Le violoniste et son maître

Un jeune homme avait étudié le violon sous la direction d’un grand maître et donnait son premier récital en présence de celui-ci. Le concert eut un très grand succès. En dépit des applaudissements de la foule, le jeune musicien semblait insatis­fait. A la dernière note de son morceau, tandis que les acclamations devenaient plus bruyantes que jamais, il avait les yeux fixés sur son maître assis au bal­con. Enfin, celui-ci lui adressa un sourire d’approbation et aussitôt le jeune violoniste se détendit et devint rayonnant de joie. Les applaudissements de la foule ne signifiaient rien pour lui, tant qu’il n’avait pas reçu l’approbation de son maître.

 

Quel beau comportement digne d’être imité! « Voici, comme les yeux des serviteurs sont fixés sur la main de leurs maîtres… ainsi nos yeux se tournent vers l’Eternel, notre Dieu» (Ps 123:2).

 

Le serviteur de Dieu ou le disciple de Jésus-Christ doit veiller, car il peut servir son Maître avec de mauvaises motivations. Certains travailleront pour se bâtir un empire personnel, d’autres pour avoir le consentement des hommes, d’autres encore pour se faire un nom dans leur organisation. Mais toutes ces choses disparaîtront un jour.

 

La seule récompense que nous devrions tous rechercher, c’est d’avoir l’approbation de notre Maître, afin qu’un jour il puisse nous dire: «C’est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de choses, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître» (Mt 25:21).

Quand la foi devient philosophie

Timothée Richard était un jeune baptiste gallois, compétent et à la forte personnalité. Il avait d’abord voulu se mettre au service de la CIM[1], mais on lui avait conseillé de travailler avec la Société Mission­naire Baptiste. il était arrivé en Chine en 1870, âgé de 25 ans. D’emblée, Richard se mit à attacher une grande importance à l’établissement du royaume de Dieu sur la terre, et à protéger le pauvre et le malheureux d’une exploitation tyrannique.

 

Etabli dans la province du nord de Shantung[2], il avait été très touché par la grande famine qui avait sévi durant les années 1877-79, tout particulièrement dans le Shanxi[3]. Il aspirait de tout son cœur à voir la Chine transformée par l’adoption de ce qu’il y avait de meilleur en Occident, notamment les techniques, de telle sorte que pareil désastre ne puisse plus jamais se reproduire.

 

Malheureusement, Richard prétendait que Dieu agissait au travers des autres religions comme le confucia­nisme, le bouddhisme et le taoïsme[4]. Si on pouvait souligner les aspects de ces religions qui étaient en accord avec le christianisme, leurs adeptes seraient facilement amenés à la foi en Christ, et avec le temps, toute la Chine connaîtrait une profonde transformation chrétienne. Il ne tarissait pas d’éloges sur le bon côté de la civilisation chinoise, et consacra beaucoup de temps à étudier les classiques chinois et les écrits sacrés. Il s’efforça d’atteindre l’élite intellectuelle et usa plus tard de son influence pour fonder dans le Shanxi une université où les idées occidentales allaient être enseignées parallè­lement à l’histoire et à la culture chinoises.

 

Hudson Taylor estimait que sa théorie menait à la mort, car Richard était réfractaire à la prédication de la grâce, préférant, pour préparer le chemin de l’Evangile, distribuer des traités moraux parlant de Dieu mais non de Christ.

 

Mais Timothée Richard savait se montrer persuasif, et il com­mença à gagner à ses idées certains membres de la CIM, notamment ceux qui vivaient dans la province de Shanxi. L’expression « l’esprit de Shanxi » servit à désigner la diminution de la ferveur évangélique consécutive à l’enseignement de Richard. La foi d’un des membres de la CIM fut ébranlée au point que le missionnaire dut être rapatrié. Un autre envisagea de quitter la CIM pour se mettre au service d’une société missionnaire qui assurait à ses ouvriers un salaire régulier. A la suite des doctrines propagées par Richard, trois ou quatre missionnaires quittèrent la CIM, bien que quelques-uns revinrent plus tard à leurs convictions premières. Richard lui-même, devenu de plus en plus libéral dans son enseignement, démissionna de la Société Missionnaire Baptiste, mais continua à travailler en Chine durant près de cinquante ans.


Notes :

[1] Acronyme de l’anglais pour la Mission de l’Intérieur de la Chine qui est une société de missions en Chine, fondée par Hudson Taylor le 25 juin 1865 à Brighton.

[2] Shantung est une province du nord est de la Chine. Elle est située au nord de la province de Shanghai.

[3] Le Shanxi est une province du nord-est de la Chine, à l’ouest de la province de Shantung. Elle est surtout de religion bouddhique (Les grottes bouddhiques de Yungang shiku qui sont dans cette province contiennent les plus anciennes sculptures de Chine).

[4] Le taoïsme (« enseignement de la Voie ») est à la fois une philosophie et une religion chinoise. Plongeant ses racines dans la culture ancienne, ce courant se fonde sur des textes, dont le Dao De Jing (tao te ting) de Lao Zi (Lao-tseu), et s’exprime par des pratiques qui influencèrent tout l’Extrême-Orient. Il apporte entre autres : 1°) une mystique quiétiste, reprise par le bouddhisme Chan (ancêtre du zen japonais) ; 2°) une éthique libertaire qui inspira notamment la littérature ; 3°) un sens des équilibres yin yang poursuivi par la médecine chinoise et le développement personnel ; 4°) un naturalisme visible dans la calligraphie et l’art.

Le dernier Noël de Anna

Suzanne est une belle fillette de douze ans, très développée pour son âge et remarquablement douée. Elle est l’aînée d’une fa­mille de trois enfants et habite, avec ses parents, un bel appar­tement, dans un quartier central de Paris.

 

Nous voici à la veille de Noël et les enfants qui sont en vacances bavardent à qui mieux mieux à la table du petit déjeuner.

 

Le facteur a apporté un livre, à l’adresse de Suzanne, qui est bientôt profondément absorbée, tournant l’une après l’autre les pages bien illustrées. Puis, tout à coup, se tournant vers sa mère:

— Maman, tu vas lever ma puni­tion, dis?

— Quelle punition?

— Mais tu sais bien, tu as dit que je n’irais pas à l’arbre de Noël !

— Oui, je me souviens mainte­nant. Eh! bien non, ma fille, ta punition ne sera pas levée du tout. Tu te plains toujours que ces arbres de Noël sont assom­mants, qu’on s’y ennuie, que c’est tous les ans la même cho­se, etc. … donc, je t’ai prise au mot.

 

Suzanne baissa la tête et garda le silence, car elle savait bien que les décisions de Maman étaient immuables. Quand elle avait dit: Non, c’était non! Il n’y avait rien à faire.

 

Pauvre Suzanne! Elle aurait pu être si heureuse et faire le bon­heur des siens si ce n’eût été son terrible orgueil!

 

Elle avait tellement conscience d’elle-même, de sa beauté, de sa brillante intelligence qui lui atti­rait toujours les compliments de ses professeurs et l’admiration parfois un peu mêlée de jalousie de ses compagnes de classe.

 

Elle travaillait avec un zèle in­lassable, mais non pas pour plai­re à ses parents, ni encore moins au Seigneur Jésus, auquel elle ne pensait guère, mais unique­ment pour satisfaire ses ambi­tions et obtenir les plus beaux prix à la fin de l’année.

 

Quant à ses deux mignonnes pe­tites sœurs, elle ne s’en souciait pas le moins du monde, de sorte qu’elles ne la recherchaient pas non plus, préférant aller vers leur maman dans leurs petits cha­grins comme dans leurs joies en­fantines.

 

Les parents de Suzanne se ren­daient bien compte du péril pour leur enfant et l’entouraient de leurs prières constantes, comp­tant sur le Seigneur pour lui ré­véler son état de péché.

 

Tout le monde est parti pour l’arbre de Noël, même la bonne qui, jeune encore, n’est nulle­ment blasée de ces sortes de choses.

 

Restée toute seule dans l’appar­tement, Suzanne tâche de chas­ser les idées sombres qui, com­me autant de petits papillons noirs, tournent et retournent dans sa tête.

 

S’installant alors dans un bon fauteuil, à côté d’une élégante lampe portative, elle essaie de s’absorber dans son beau livre, reçu le matin même, afin d’ou­blier ses ennuis.

 

Au bout d’un moment, voilà qu’un coup de sonnette la fait tressaillir. Qui donc peut bien venir les déranger la veille de Noël ?

 

Elle pourrait bien ne pas répon­dre, car ne devait-elle pas être sortie à cette heure-ci avec tou­te la famille? Pourtant, la curio­sité l’emportant sur la paresse, elle se décida, au second coup, à aller ouvrir la porte.

 

Une femme vêtue de noir, la fi­gure pâle et triste, se présenta alors, et elle reconnut immédia­tement leur voisine, Mme Pinnel, que sa mère visitait souvent pour lui faire du bien. Refusant résolument d’entrer, Mme Pinnel expliqua qu’elle devait s’absen­ter un moment pour aller rap­porter son ouvrage et avait es­péré que Mme D. voudrait bien tenir compagnie à sa fille, bien malade.

 

Suzanne connaissait bien la pe­tite Anna qui était venue tant de fois avec sa mère quand Mme D. l’employait pour des journées de couture. Mais, bien que son aînée d’un an seulement, Suzan­ne se considérait comme telle­ment supérieure à cette pauvre petite si ignorante, qu’elle ne lui adressait presque jamais la pa­role et la laissait entièrement à ses jeux puérils, en compagnie de ses petites sœurs.

 

Or, depuis plusieurs mois, Anna était alitée, gravement atteinte de la poitrine. Sa pauvre mère, veuve et sans ressources, devait travailler nuit et jour à l’aiguille pour pourvoir aux frais écrasants des remèdes, venant s’ajouter à leur entretien.

 

La maman d’Anna était conster­née de ne pas trouver son amie et protectrice sur qui elle avait compté pour venir au chevet de sa chère enfant, pendant ces longs moments de solitude. Voyant son expression de si pro­fond désappointement, Suzanne eut un bon mouvement et décida spontanément de se rendre elle-même auprès d’Anna.

 

Mme Pinnel la remercia avec ef­fusion de sa complaisance et, son gros paquet sous le bras, se hâta de redescendre les éta­ges pour se rendre à son atelier aussi vite que ses pauvres jam­bes pouvaient la porter.

 

Suzanne, tout en s’habillant pour sortir, se demandait pourquoi el­le avait été poussée à prendre cette brusque décision. Plus tard, elle comprit que Dieu incli­ne les cœurs des hommes (et même des petites filles parfois) «comme des ruisseaux d’eau», selon Sa Parole.

 

Au moment de quitter le salon, elle aperçut le joli bouquet de violettes, et pensant qu’il ferait plaisir à la petite malade, elle l’enveloppa soigneusement et l’emporta.

 

Après avoir gravi quatre à quatre les six étages de la maison voi­sine, elle s’arrêta un instant pour reprendre haleine puis frappa un petit coup timide à la porte.

 

Une voix faible répondit: « En­trez ! ».

 

En s’approchant du lit où repo­sait la malade, Suzanne fut frap­pée de la voir si changée, depuis qu’elle ne l’avait pas vue. Ses joues étaient creuses, ses yeux brillants de fièvre, ses longues mains amaigries reposaient sur les pages de sa vieille Bible, ou­verte sur son lit.

 

En voyant Suzanne, au lieu de sa mère, la pauvre petite fut plu­tôt déçue, mais surmontant bien vite ce sentiment, elle la remer­cia d’être venue et fut ravie du joli bouquet. Puis, la conversation s’engagea entre nos deux fillettes.

— J’espère que tu vas aller mieux et que tu pourras bientôt te lever.

— Oh! je sais bien que je n’irai jamais mieux; je vais bientôt partir.

— Partir où? Qu’est-ce que tu veux dire?

— Mais là-haut, près de Jésus

 

Il m’appelle et … je suis si heu­reuse ! Je L’aime tant, le Seigneur Jésus! … Est-ce que tu L’aimes aussi ?

 

Suzanne fit un signe affirmatif, et pour cacher son trouble propo­sa de mettre les violettes dans l’eau. Anna continua d’une voix entre­coupée par les accès de toux:

— L’année dernière, ta maman m’avait invitée à l’arbre de Noël, mais j’étais trop enrhumée … je n’ai pas pu y aller … Je n’en ai jamais vu, moi, d’arbre de Noël ça doit être bien joli! … Mais là-haut, je verrai des choses bien plus belles encore !

 

Ici, l’enfant fut Interrompue par une violente quinte qui la laissa toute épuisée et haletante. Su­zanne était de plus en plus trou­blée et ne voulait à aucun prix laisser deviner l’émotion étran­ge qui l’étreignait en présence de cette âme au seuil de l’éter­nité.

 

Courant à la cuisine, elle décou­vrit une petite casserole contenant de l’infusion et crut bien faire d’en donner quelques cuil­lerées à Anna qui la remercia d’un gracieux sourire. Après avoir un peu repris haleine, elle continua la conversation.

 

— Je l’aime bien, ta maman C’est elle qui m’a appris à con­naître Jésus … depuis que je L’ai reçu dans mon cœur… je n’ai plus du tout peur de mourir. Avant j’avais bien peur

— Mais tu ne devrais pas penser à la mort, Anna, tu es encore si jeune! Et que deviendrait ta pau­vre maman?

 

Ici, un léger nuage passa sur le visage de l’enfant et d’une voix faible, elle murmura.

— Je crois que maman viendra bientôt me rejoindre.

 

Sur ces entrefaites, la nuit était venue et Suzanne proposa d’al­lumer la lampe, quand des pas se firent entendre dans l’esca­lier. Un instant après, Mme Pin­nel entrait, tout essoufflée, tant elle s’était dépêchée.

 

Tandis qu’elle s’empressait au­tour de sa chère malade pour lui faire prendre le sirop qu’elle ve­nait de rapporter, Suzanne, pres­sée de fuir cette atmosphère qui lui causait un malaise croissant, enfilait son manteau sans per­dre un instant. Puis, tendant la main à la fillette et à sa mère qui se confondit encore en remer­ciements, descendit prestement l’escalier, en se demandant

ce que penserait sa mère de son absence prolongée.

 

Quand elle arriva chez elle, tou­te la famille était de retour et un joyeux brouhaha se faisait en­tendre, les enfants étant au com­ble de la joie de pouvoir s’ébat­tre librement et raconter leurs impressions sur la fête.

 

Courant vers sa mère, elle lui raconta les événements de l’a­près-midi, et fut soulagée de voir l’expression sévère de maman se radoucir immédiatement.

Elle savait bien que maman ne manquerait pas d’approuver sa conduite.

 

Après tout, c’était bien une «bonne oeuvre» qu’elle venait d’accomplir, en allant s’enfer­mer dans cette chambre malsai­ne, près d’une tuberculeuse! Tout le monde n’en ferait pas autant, un jour de fête!

 

Et Suzanne chercha ainsi à se persuader que tout était bien en règle et que le Seigneur devait être bien content d’elle. Pourtant, le malaise intérieur causé par les paroles d’Anna persistait à la hanter. «Je m’en vais près de Jésus … je L’aime tant … est-ce que tu L’aimes aus­si ?».

 

Ces paroles résonnaient tou­jours au fond de son cœur com­me une accusation terrible. Pen­dant toute la soirée, elle ne prê­ta qu’une attention distraite à tout ce qui se passait autour d’elle.

 

Quand enfin elle put se trouver seule, dans sa jolie chambre ro­se, un texte pendu au-dessus de son lit attira son attention (bien qu’il eût été là depuis bien long­temps sans qu’elle l’eût jamais remarqué): «Le Maître est là et Il t’appelle».

 

Elle mit longtemps à s’endormir, ce soir-là, poursuivie par tant de pensées et de désirs contradic­toires. Quand, enfin, le sommeil vint, elle rêva qu’elle contemplait un ciel étoilé d’une splendeur merveilleuse, puis il parut à l’ho­rizon un nuage blanc, lumineux et dans ce nuage apparut le vi­sage d’Anna rayonnant d’une gloire et d’une beauté indescrip­tibles, tandis qu’au loin, un chant céleste se faisait enten­dre.

 

Elle se réveilla en sursaut, le vi­sage inondé de larmes. Oui, elle avait vraiment pleuré, mais quel­le bêtise! … Ce n’était pourtant qu’un rêve!

 

Le jour suivant, toujours tant at­tendu par les enfants, apporta son butin de choses désirables, jouets, bonbons, cadeaux divers. Pour Suzanne, il y avait un al­bum superbe représentant les plus belles scènes de lia vie du Sauveur. Elle le contempla lon­guement avec une expression sérieuse qui ne lui était pas ha­bituelle, puis avec un profond soupir, se tournant vers sa mère:

—  Maman, est-ce que tu me permettrais de le donner à An­na?

— Vraiment, ma fille? Est-ce que ce cadeau ne t’intéresse pas, que tu penses déjà à t’en défai­re?

— Oh! non, Maman, je t’assure ce n’est pas parce que je ne l’aime pas, mais… je pensais que, puisqu’Anna va bientôt mou­rir, peut-être … j’aimerais lui fai­re ce plaisir.

 

Mme D. se douta que quelque chose avait dû se passer entre les deux enfants, mais avec son tact habituel, elle s’abstint de toute question devant les autres membres de la famille.

— Très bien, ma chérie, je compte lui rendre visite cet après-midi. Si tu veux, tu pour­ras m’accompagner et lui offrir toi-même ton cadeau.

 

Quelques heures plus tard, la mère et la fille se rendaient dans l’humble demeure de la coutu­rière qui les reçut avec joie.

 

Pendant que les mamans cau­saient entre elles, Suzanne s’ap­procha du lit de sa nouvelle amie et lui montra le beau livre dont les gravures la remplirent d’ad­miration. Quand enfin elle com­prit qu’il lui était vraiment don­né, une couleur inusitée monta à ses joues pâles et ses yeux se remplirent de larmes. Suzanne était profondément é­mue et, surmontant ses craintes de contagion, elle se pencha vers Anna et l’embrassa au front, tandis que sa mère qui observait de loin cette petite scène, ren­dait grâces à Dieu pour le chan­gement qui s’était opéré dans le cœur de son enfant.

 

Huit jours plus tard, la petite brebis du Bon Berger avait été recueillie dans le Bercail céles­te. Elle était partie sans souf­france et dans la joie parfaite en murmurant: «Seigneur Jésus, je viens … je viens!».

 

Sa mère, humble et soumise, re­mit à Son Père céleste le trésor qu’il lui avait confié avec les pa­roles sublimes de Job: «L’Eter­nel l’a donné, l’Eternel l’a ôté; que le Nom de l’Eternel soit bé­ni!».

 

Une année s’est écoulée et de nouveau, c’est la veille de Noël. Mme D. assise à son bureau, écrit une lettre d’encouragement à son ancienne protégée qui est maintenant bien loin de Paris. Elle a trouvé sa place dans un orphelinat chrétien où, comme lingère bénévole, elle exerce autour d’elle une influence bénie par sa piété sereine et joyeuse, malgré son grand deuil.

 

Suzanne se souvient de cette veille de Noël, mémorable entre toutes, où pour la première fois, Dieu avait parlé à son cœur par le témoignage de son enfant mourante. Aussi, elle se sent poussée à joindre un petit mot à la lettre de Maman:

 

« Chère Madame Pinnel, Je veux vous dire que cette veille de Noël me rappelle ma vi­site de l’an passé à notre chère petite Anna. Je sais que vous serez heureuse de savoir que c’est par son moyen que je suis venue au Seigneur Jésus, moi aussi ! Je suis loin de ressembler à Anna, je suis encore bien mé­chante parfois, mais je sais qu’il m’aime et qu’il m’a pardonné tous mes péchés. Voulez-vous prier aussi pour moi, afin que je sois gardée fidèle et que je puis­se parler de Lui à l’école, car c’est si difficile, vous savez ! Mais je crois qu’il m’aidera. Mes pe­tites sœurs aussi vous envoient leurs amitiés, et moi je vous em­brasse de tout mon cœur.

 

Votre petite sœur en Jésus,

Suzanne »

Sa mort fut une véritable prédication

C’était une visite de routine qui amena Stephan Schmidt, pasteur d’une paroisse de campagne de l’Allemagne du Sud, à l’hôpital. Là se trouvait couchée sur son lit de mort, une dame de sa paroisse, âgée de 87 ans, désirant lui parler encore une dernière fois. Elle remercia son pasteur pour ses prédications au travers desquelles elle avait connu la vérité sur Dieu.

Elle le remercia également, parce que trois ans auparavant, elle avait ainsi pris la décision de confier sa vie à Jésus.  » Je sais où mène le voyage « , dit-elle. Elle décéda trois jours après. Selon des témoins, elle mourut dans une paix totale, se réjouissant à la pensée de ce qui l’attendait au ciel.  » Jésus, Jésus !  » furent les derniers mots que ses lèvres prononcèrent. Sa mort fut une véritable prédication pour toutes les personnes présentes, comme nous le rapporte le pasteur Schmidt.

Quelques jours plus tard, le téléphone sonna chez ce pasteur. L’un des médecins de la clinique s’annonça. Il lui dit :  » Vous êtes bien le pasteur qui a encore parlé avec cette vieille dame, peu de temps avant qu’elle ne décède ?  » Ce docteur n’avait encore jamais été témoin d’une mort aussi paisible.  » Qu’avait donc cette femme que moi je n’ai pas ? « , demanda finalement le médecin.  » Je peux vous le dire exactement « , répondit Schmidt, en invitant celui-ci à venir à une réunion dans son église. Lors de cette réunion, on pria aussi pour les malades. A sa grande surprise, le
médecin expérimenta une guérison physique dans son propre corps. La réunion qu’il venait de vivre, plus la guérison dont il venait de faire l¹expérience, ainsi que l’entretien personnel qu’il eut avec le pasteur, tout cela eut un grand impact sur sa vie.

Ce même soir, le pasteur accompagna le médecin à son domicile. Sur le chemin du retour, dans la voiture, le docteur exprima le désir de se convertir sur le champ à Jésus-Christ. Pour ce faire, il conduisit le véhicule jusqu’à la bande d’arrêt d’urgence d’une voie express, déclencha le signal de détresse et, avec le pasteur, ils se mirent à prier. C¹est alors qu’il accepta le pardon de Dieu et qu’une grande joie remplit son cœur.

A peine eurent-ils fini de prier qu’une patrouille de police s’arrêta derrière leur voiture. Les policiers contrôlèrent voiture et papiers. Lorsqu’ils leur demandèrent ce qu’ils faisaient là le soir, sur la bande d’arrêt d’urgence, la réponse fut spontanée :  » Nous prions !  » Cela leur parut suspect. C’est pourquoi ils soumirent le pasteur et son passager à un test d’alcoolémie. Ce dernier fut également sans résultat. Au moment du départ le médecin, s¹adressant à l’un des policiers, lui dit :  » Jeune homme, je vous souhaite de vivre un jour quelque chose d’aussi beau que ce que je viens de vivre ici ce soir !  »

Quelques jours plus tard, le téléphone sonna une nouvelle fois chez le pasteur Schmidt. Le policier qui l’avait contrôlé récemment, était à l’appareil, lui posant la question suivante :  » Je voudrais savoir ce que ce médecin a que je n¹ai pas ?  » –  » Je peux vous le dire exactement « , répondit le pasteur en invitant promptement le policier à la prochaine réunion dans son église. Ce jeune policier y apparut accompagné cette fois de son amie.

 » C’est quand même étonnant, déclare le pasteur, les heureuses répercussions que peut avoir la mort d¹une personne en paix avec Jésus-Christ et réconciliée avec Dieu « .

Alexandre le mauvais soldat

Il y avait dans l’armée d’Alexandre le Grand, le conquérant macédo­nien, un fort mauvais soldat. Il y en avait certainement d’autres, mais celui-là avait le tort de porter le même nom que son général. Il s’appelait Alexandre.

 

Un jour, excédé d’entendre parler de la mauvaise conduite du soldat Alexandre, le Général Alexandre fit comparaître le premier devant lui.

 

« Ecoute, lui dit-il, de deux choses l’une ou tu deviens un vaillant soldat, ou tu prends un autre nom que le mien ! »

 

A combien de chrétiens, le Seigneur pourrait dire très justement :

« Change de conduite ou ne t’appelle plus chrétien ! »

 

« Conduisez-vous d’une manière digne de l’Evangile du Christ… » Philippiens 1 : 27

Torturé, son bourreau se converti

J’étais médecin au 1st Cavalry[1] dans les montagnes du centre du Vietnam. J’y étais depuis huit mois lorsque nous fûmes pris dans un combat. J’étais sur le terrain en train de m’occuper d’un camarade blessé quand l’ennemi surgit derrière nous, et nous fûmes faits prisonniers.

Quand je suis parti au Vietnam, j’ai emporté un petit Nouveau Testament sur lequel j’avais inscrit mon nom et l’adresse de mes parents. Quand nous fûmes capturés, je le cachai et je pus ainsi le garder subrepticement avec moi en détention. Je restais prisonnier de guerre pendant quatre ans et pendant ce temps, j’ai été battu et parfois mis en isolement. Certains gardiens étaient plus hostiles que d’autres.

Trois d’entre nous s’évadèrent en utilisant une courroie de sandalette pour brûler les barres de bambou de notre fenêtre. Nous avons tout laissé derrière nous y compris mon Nouveau Testament. Nous avons réussi à quitter le pays, en nous déplaçant surtout de nuit. Nous sommes tombés sur nos troupes trois semaines plus tard et fûmes enfin sauvés.

Il y a environ deux ans, mes parents m’ont téléphoné pour me dire que j’avais reçu une lettre du Vietnam. A ma plus grande surprise, elle venait d’un des gardiens qui m’avaient torturé pendant ma détention. Il avait trouvé mon Nouveau Testament et l’avait gardé. Après la guerre, il s’était enfui en Thaïlande et après avoir lu le Nouveau Testament, il avait accepté Jésus comme son Sauveur personnel. Maintenant il servait le Seigneur auprès des Vietnamiens. Il déclarait qu’il venait à Miami et qu’il voulait prendre contact avec moi. Je lui répondis et lui donnai mon numéro de téléphone.

Quand il arriva en Floride avec sa femme, ils m’appelèrent. Nous nous sommes mis d’accord pour une rencontre. J’étais déjà dans la pièce lorsqu’il est arrivé. Il est aussitôt tombé à genoux devant moi et m’a demandé pardon. Je lui répondis que je ne pouvais pas encore lui pardonner pour la douleur et les dégâts physiques qu’il m’avait causés. Je lui dis que je devais travailler à cela.

Il m’invita à venir à Miami pour raconter notre histoire à l’assemblée. J’acceptais mais, une semaine avant la date où l’on devait se voir, l’ouragan Andrew frappa la région de Miami. Pendant l’ouragan, il sortit et il fut tué.

Sa femme insista pour que je vienne parler dans l’église comme son mari l’avait voulu. De la chaire, j’ai pu lui pardonner toute la brutalité dont il avait fait preuve à mon égard. Sa femme m’offrit le petit Nouveau Testament que j’avais laissé derrière moi lors de mon évasion.

Mon expérience montre combien est puissante la Parole de Dieu et ce qu’elle peut faire. Elle m’a réconforté et m’a fortifié pendant ma détention. Ensuite elle a changé la vie d’un homme qui avait été extrêmement brutal et hostile, qui n’avait rien connu de l’amour de Dieu et de Sa tendre main jusqu’à sa lecture. Aujourd’hui, il est dans les bras du Père.

Fred Hanzlik, Floride


Note :

[1] La 1re division de cavalerie américaine est une division blindée appartenant à l’US Army.

Il n’y a pas d’obscénité dans notre langage

Qu’est-ce qu’un langage obscène? Selon un dictionnaire, il s’agit d’un langage « inju­rieux, vulgaire ou irrévérencieux ». Malheureuse­ment, dans bon nombre de pays, cette façon de parler est devenue monnaie courantes. Si autrefois, en général, seuls les hommes se permettaient d’employer un tel langage, aujourd’hui il est de plus en plus fréquent de l’entendre dans la bouche des femmes. Toutefois, dans certai­nes cultures, il fut un temps où le langage obs­cène nexistait pas. Considérons par exemple le témoignage de James Kaywaykla, un Apache.

 

James est né au Nouveau-Mexique (États­Unis), en 1873 suppose-t-on. Vers la fin du sa vie, alors quil atteignait les 90 ans, voici ce qu’il a raconté:

 

“Un matin, j’ai été réveillé par le son de la voix de mon grand-pères. Assis à l’entrée de no­tre hutte, il contemplait le lever du soleil et chantait la Chanson du matin, un hymne à la gloire de Yusn[1] […] Il le remerciait ainsi pour l’un de ses plus beaux dons : l’amour entre un homme et une femme, lien que les Apache con­sidèrent comme sacré. Jamais ils ne font de plaisanteries obscènes sur le sexe, et ils ne comprennent pas que l’homme blanc ose tour-ner en dérision la conception et la naissance. A leurs yeux, cela équivaut à blasphémer le nom de Dieu. Je suis très fier qu’il n’y ait pas d’obscénité dans notre langage. Pour nous, le privilège de pouvoir participer à la création d’une nou­velle vie est plutôt une occasion de remercier le Créateur de la vie.

 

Voilà près de 2000 ans, l’apôtre Paul a écrit: “Qu’aucune parole pourrie ne sorte de vo­tre bouche, mais quelque parole qui soit bonne pour bâtir quand il en est besoin, pour qu’elle communique à ceux qui l’entendent ce qui est favorable. “ Il a également déclaré; “Que for­nication et Impureté sous toutes ses formes ou avidité ne soient même pas mentionnées parmi vous comme il convient à des saints; ni con­duite honteuse, ni propos stupides, ni plaisan­teries obscènes-— choses qui ne sont pas convenables —, mais plutôt l’action de grâces. “  — Ep 4 : 29 ; 5 : 3 et 4.

 

Comment chasser de notre cœur, de notre esprit et de notre bouche le langage et les plai­santeries obscènes ? Ce conseil que PauI a donné aux Philippiens peut tous nous aider:

 

« Frères, toutes les choses qui sont vraies, tou­tes celles qui sont dignes, toutes celles qui sont justes, toutes celles qui sont pures, toutes celles qui méritent d’être aimées, toutes celles qui ont bon renom, s’il y a quelque vertu et s’il y a quel­que chose qui soit digne de louanges, conti­nuez à considérer ces choses. » — Phi 4 : 8.


Note :

[1] Selon la croyance apache, Yusn est le créateur de la vie.

Le Kundalini yoga ou la puissance du Serpent

Témoignage d’un ex-pratiquant du Kundalini Yoga libéré à sa conversion

Dans les années 70, j’étais un adolescent. J’ai abandonné les racines de ma religion Réformée (Protestante) pour plonger dans le mysticisme. Avant de revenir à Christ, j’avais déjà absorbé près de 200 doses de LSD, et un grand nombre d’autres produits chimiques qui détraquent le cerveau. Certains de ces produits étaient directement fabriqués par mes amis et moi dans nos « laboratoires » domestiques.

 

Pendant toute cette époque, j’ai lu un grand nombre de livres sur la méditation, l’alchimie, et la sorcellerie. Quand je m’inscrivis à l’Université du Michigan, je me joignis à l’Ashram Siddha Yoga, qui était sous la direction spirituelle de Muktananda Paramahansa, par l’intermédiaire d’un gourou qui officiait près de chez moi.

 

J’avais l’habitude de me rendre à l’Ashram pour y pratiquer la méditation, et invoquer les dieux Hindous. Nous mangions la nourriture placée devant l’autel, et qui avait été soumise à l’influence des chants sacrés, afin de pouvoir recevoir la grâce du gourou.

 

Puis vint le moment où l’on nous offrit l’occasion de passer par l’aboutissement de notre formation. Cela consistait à recevoir l’initiation de la shaktipat. Je passai par la formation adéquate. À la fin de la cérémonie, le gourou local vint m’imposer les mains sur la tête.

 

Quand il m’imposa les mains, mes yeux se fermèrent aussitôt et se tournèrent vers le haut. Je sentis des courants électriques me parcourir le corps.

 

Puis le gourou se dirigea vers les autres candidats à l’initiation et leur imposa les mains. Certains se mirent à respirer rapidement et avec force. D’autres ont commencé à faire des mouvements physiques. D’autres encore eurent des manifestations diverses.

 

J’ai continué à fréquenter l’Ashram pendant un moment… J’ai aussi fréquenté le Sidda Yoga Dham à Ann Arbor. J’y ai étudié le Kundalini Yoga[1] sous la direction d’un gourou. J’ai poussé mes études assez loin pour recevoir l’initiation « shaktipat. »

 

Heureusement, le Seigneur Jésus avait d’autres plans pour ma vie. Il me ramena à Lui et me donna une foi totale en Lui seul. Je renonçai à toutes mes pratiques antérieures lorsque je revins à mon Sauveur.


Note :

[1] Le Kundalini Yoga est encore appelé Raja Yoga ou Roi des Yogas. Il existe diverses formes de yoga, dont le Hatha Yoga. La traduction en français de l’expression « Kundalini Yoga » signifie « Yoga de la puissance du Serpent. »

Bénédiction de Toronto et manifestations démoniaques

Témoignage du Pasteur G. Williams[1].

 

Après m’être longuement informé sur l’église Vineyard de Toronto, j’ai finalement décidé de m’y rendre en personne pour voir ce qui s’y passait, et qui attirait toute l’attention, non seulement de Toronto, mais dans tout le Canada et même dans le monde entier.

 

En entrant dans l’église de Toronto, mon attention fut immédiatement attirée par un jeune homme d’environ 35 ans, qui était debout à l’arrière de l’église. Il avait les yeux fermés, les bras étendus devant lui. Il les élevait et les abaissait très rapidement, comme s’il maniait le manche d’une ancienne pompe à eau. Il faisait aussi un bruit de moteur d’avion.

(…/…)

Tout son corps tremblait violemment, apparemment sans qu’il puisse le contrôler. Je pris un siège. Peu après, une jeune femme vint s’asseoir à côté de moi et commença à faire les mêmes exercices giratoires avec son corps. Je parcourus du regard la salle, et je vis que beaucoup de gens s’efforçaient « d’entrer dans l’Esprit » de la même manière. Il me sembla que ce phénomène était accepté par tout le monde, et même, je m’en rendis compte plus tard, encouragé.

 

La réunion commença par un moment de « louange et d’adoration. » Les gens semblaient tout à fait libres de lever les bras dans la louange. Les cantiques et les chœurs étaient bien conduits. On pouvait assurément ressentir une atmosphère d’attente. L’auditorium était plein à craquer. Quand la louange fut achevée, on nous conduisit dans la prière.

 

L’un des responsables nous expliqua ensuite qu’il allait demander à plusieurs personnes de partager leur témoignage, pour raconter ce que le Seigneur avait fait pour eux depuis qu’ils étaient venus dans cette église Vineyard. La première personne invitée à monter sur l’estrade fut justement ce jeune homme qui avait attiré mon attention quand je suis entré dans la salle. Apparemment, c’était un prédicateur Baptiste de l’Angleterre. Il vint sur le devant de l’estrade et commença à parler. Après avoir prononcé quelques phrases, il s’écroula à terre en rugissant et en poussant des cris perçants.

 

Le responsable nous assura que tout allait bien. Il nous expliqua que ce rugissement venait du Saint-Esprit… C’était le rugissement du lion de Juda. Cela semblait se produire fréquemment dans leurs réunions. Cette explication me surprit, parce que j’avais rencontré de tels rugissements des centaines de fois au cours de mes réunions tout au long des années passées. Et je peux vous assurer que ces rugissements ne venaient pas du Saint-Esprit. C’étaient simplement des démons qui exprimaient leur angoisse et leurs tourments, parce qu’ils possédaient ou tourmentaient ces gens (Marc 5:7).

 

Je fus plus que surpris par ce manque de « discernement des esprits ». Ce jeune homme fut suivi par trois autres personnes. Dès qu’elles se mirent à donner leur témoignage, elles tombèrent à terre en rugissant et en hurlant. Les responsables se mirent à rire et à louer le Seigneur, puis ils reprirent le cours de la réunion.

 

Ce soir-là, l’orateur était un Pasteur Vineyard des Etats-Unis. Apparemment, il appartenait à l’équipe dirigeante du Mouvement. Il nous dit qu’il avait préparé un message, mais qu’il se sentait conduit à le laisser de côté, et à le remplacer par un meilleur, que le Seigneur venait de lui donner. En commençant son message, il nous dit qu’auparavant il était « bien élevé », mais qu’à présent, il était « oint ». Cela ne me dérange pas du tout qu’un prédicateur mette de côté un message, même si le Saint-Esprit le lui a inspiré, pour en donner un autre, que le saint-Esprit lui inspire sur le moment. Cependant, si un prédicateur me dit qu’il met de côté son intellect et qu’il utilise le Saint-Esprit pour justifier un message douteux et confus, je pense qu’il y a là un problème, car l’onction du Saint-Esprit n’est pas incompatible avec le fait d’être bien élevé. En fait, le Saint-Esprit utilise très bien notre éducation, quand c’est Lui qui nous dirige.

 

Pour nous prouver que son nouveau message était bien conduit par le Saint-Esprit, l’orateur ponctuait sa prédication, de temps en temps, par de brefs soubresauts de sa tête, de ses épaules et de ses mains, accompagnés d’un roulement de ses yeux. À chaque fois, il disait : « L’onction du Saint-Esprit est toujours avec moi ! » Je crois que l’onction se démontre par le message lui-même, et non par des secousses physiques ou des manifestations spéciales, qui peuvent ou non accompagner ce message.

 

L’orateur conclut son message en nous disant que le Saint-Esprit était en train d’agir au milieu de nous, et que tous ceux qui ressentaient des tremblements, des secousses quelconques, ou une insensibilité de leurs membres, devaient comprendre que ces manifestations venaient du Saint-Esprit. Il demanda à tous ceux qui ressentaient ces manifestations de lever la main, pour qu’un membre de leur équipe pastorale vienne prier pour eux. Beaucoup de gens commencèrent à manifester un tremblement incontrôlable de leur corps. Beaucoup tombèrent à terre en rugissant et en poussant de grands cris. D’autres se mirent à rire à gorge déployée. Je pus marcher à mon aise dans toute la salle pour observer ce qui se passait.

 

Il ne fait aucun doute que si ces gens étaient à la recherche d’une expérience religieuse, ils étaient en train d’en vivre une, qui était complètement différente de celles qu’ils pouvaient avoir dans une église évangélique, pentecôtiste ou charismatique traditionnelle. Même s’il y avait certaines ressemblances.

 

En observant ce qui se passait dans cette église Vineyard, beaucoup de gens pourraient en conclure que, même si tout cela semblait assez différent de ce qui se passait dans la plupart des églises, c’était probablement bon, et que cela venait sans doute de Dieu. Après tout, les gens venaient ici du monde entier, et repartaient dans leurs églises pour y répandre ce qu’ils avaient reçu à Toronto !

 

Je retournai à l’église de Toronto le 17 novembre, dans l’après-midi, pour une conférence réservée aux Pasteurs et responsables d’églises. Voici le programme : louange, adoration, prière, et message donné par un ancien professeur d’un Institut Biblique de Dallas, dirigeant du Mouvement Vineyard, qui était à présent Pasteur d’une Eglise Presbytérienne.

(…/…)

Ce message fut bien reçu, et se conclut par une (prétendue) parole de connaissance invitant ceux qui le désiraient à s’approcher, pour qu’ils soient guéris de divers problèmes de santé. La réponse fut positive. Là encore, un peu partout dans l’assistance, des gens ont commencé à trembler d’une manière incontrôlable. Plusieurs tombèrent à terre.

 

Je crois que le ministère de l’église Vineyard de Toronto doit être évalué et examiné à la lumière des Ecritures. Nous ne pouvons pas nous contenter de l’écarter d’un revers de main, comme certains ont tenté de le faire pour les premiers disciples, le jour de la Pentecôte, en disant qu’ils étaient ivres. Mais nous devons l’évaluer et l’examiner, pour voir ce qui est de Dieu et ce qui ne l’est pas. Jacques a dit, en parlant de la bouche : « De la même bouche sortent la bénédiction et la malédiction. Il ne faut pas, mes frères, qu’il en soit ainsi. La source fait-elle jaillir par la même ouverture l’eau douce et l’eau amère ? Un figuier, mes frères, peut-il produire des olives, ou une vigne des figues ? De l’eau salée ne peut pas non plus produire de l’eau douce (Jc 3:10-12). On pourrait dire de même en ce qui concerne la louange et l’exercice du ministère. Si un ministère produit à la fois la bénédiction et la malédiction, nous devons l’examiner pour voir d’où cela provient afin de sonder les Ecritures (Jn 5 : 39 et Ac 17 : 11) et de juger de tout au travers de celles-ci.

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Note :

[1] Le Pasteur G. Williams a exercé son ministère pendant plusieurs années en compagnie du Pasteur David Mainse, à l’Eglise du 100, Huntley Street, à Kitchener, au Canada. Il a ensuite été Pasteur de l’Eglise du Bon Samaritain, dans la même ville. Il exerce à présent un ministère d’évangéliste dans tout le Canada.

L’homme qui était différent

Il y a bien des années, quand la Chine était encore un pays libre et ouvert aux étrangers, deux jeunes gens se mirent en route, tôt le matin, le long d’une piste cahoteuse. Ils portaient des sacs à dos regorgeant de Bibles, de Nouveaux Testaments et d’Evangiles, car ils se rendaient à une petite ville de marché pour vendre leurs livres, et, si possible, pour parler du Dieu vivant aux gens du pays, qui rendaient un culte aux idoles.

Ils marchaient avec entrain, d’un pas rythmé, entre de profondes rizières vertes, et au bout de deux heures environ, ils atteignirent la périphérie de la ville de marché — une étendue à ciel ouvert, grouillant de monde et encombrée de mules et de marchandises. Les jeunes gens hésitèrent.

— Ils n’ont peut-être jamais vu quelqu’un comme nous, dit le plus jeune, qui s’appelait Jacques.

 

— Mais nous pouvons toujours leur montrer les livres, dit David, l’aîné des deux. Vas-y ! je crois qu’ils nous ont vus.

 

Il avait raison. A leur approche, tous les visages semblaient tournés vers eux, et ils furent entourés d’une foule de curieux. Quelques-uns riaient, d’autres s’interrogeaient, mais aucun ne montrait de l’hostilité, et les livres furent avidement achetés, car bien que la plupart des fermiers eussent été analphabètes, beaucoup d’entre eux avaient des proches ou des enfants qui savaient lire, et un livre était un objet rare et précieux — en plus, ceux-là étaient si bon marché !

 

David et Jacques se déplacèrent lentement à travers le marché. C’était un lieu sordide. Les mendiants pleurnichaient pour obtenir quelques pièces, et les marchands les repoussaient violemment. Chacun marchandait, se querellait, trichait, et essayait de l’emporter sur quelqu’un d’autre. Les jeunes gens se dirigèrent vers un bouquet d’arbres et s’accroupirent au milieu d’une foule de gens qui prenaient leur repas de midi à l’ombre. Puis ils sortirent les livres qui leur restaient.

 

— Dis-nous de quoi parlent ces livres !, lança un paysan d’une voix dolente. Nous ne savons pas lire.

 

Qu’est-ce que David pouvait bien leur dire ? Que comprendraient-ils d’un Dieu vivant et aimant ? Est-ce que cela les intéresserait ? Il regarda à la ronde les visages qui étaient tournés vers lui, certains si mornes, d’autres si cupides et sournois, et il se mit à parler de Jésus, celui qui allait çà et là, en faisant du bien, qui enseignait aux gens à aimer leurs ennemis et qui disait: « Heureux ceux qui procurent la paix, ceux qui sont miséricordieux, et ceux qui ont le coeur pur. » Les chinois l’écoutèrent avec étonnement, et l’auditoire ne cessa de s’élargir. Emporté par son sujet, David parla encore et encore..

Soudain, il fut interrompu. Un homme se fraya un chemin dans la foule, empressé et tout souriant :

 

— Je connais cet homme, annonça-t-il. Il habite dans notre village. Viens et je te le présenterai.

 

C’est en vain que David tenta d’expliquer que cet homme, dont il avait parlé, avait depuis longtemps quitté ce monde. Le chinois balaya ses explications.

 

— Non, non, ton ami, il n’y en a qu’un comme lui. Il sera heureux de te voir, puisque tu le connais si bien. Viens, suis-moi. Il habite dans la prochaine vallée.

David et Jacques furent d’emblée disposés à le suivre ; les paroles de cet homme avaient éveillé leur curiosité, et ils avaient encore beaucoup de temps devant eux. Le paysan avait hâte de se mettre en route, c’est pourquoi ils endossèrent leur sac à dos et le suivirent, prenant leur déjeuner en marchant. Une heure de marche les amena au village — une étendue sur laquelle étaient éparpillées des huttes branlantes, où des porcs farfouillaient avec leur groin dans la poussière et les immondices qui pourrissaient de chaque côté de la piste.

 

— Ton ami habite ici, dit le paysan, en poussant de côté un enfant aux yeux enflés et infectés. Il sera surpris de te voir.

 

Avant même que le paysan ne s’arrêtât, David et Jacques surent qu’ils étaient arrivés. Il n’y avait pas d’immondices jetés devant cette hutte, et à la place de la boue piétinée, poussaient des plantes vertes. C’était différent.

 

L’homme qui se présenta à la porte était différent, lui aussi. Son visage n’était ni cupide, ni sournois, mais simple et bienveillant. L’enfant aux yeux infectés rampa en douce jusqu’à la porte, et il ne fut pas poussé de côté.

 

— Tes amis, dit le paysan en guise de présentation. Ils ont parlé de toi au marché et moi je leur ai servi de guide.

 

Jacques remit au paysan la pièce de monnaie attendue. L’homme tourna les talons et les laissa en compagnie de ce noble étranger, qui d’une manière ou d’une autre n’était pas un étranger du tout.

 

— Entrez, dit l’homme avec courtoisie, et asseyez-vous. Vous avez fait un long voyage à pied, et je n’ai pas grand-chose à vous offrir. Je vais faire du thé.

 

Pendant qu’ils buvaient, la conversation s’engagea.

 

— Qu’êtes-vous venus faire dans ce village perdu?

 

— Nous vendons des livres.

 

— Des livres qui parlent de quoi?

 

— De Dieu, le Créateur et de son fils Jésus-Christ.

 

– Jésus ?

 

L’homme se leva et son visage s’éclaira étrangement.

 

— Est-ce possible que ce soit le même ? Le connaissez-vous ?, murmura-t-il. Se peut-il que ce soit l’homme que je connais ?

 

Il alla ouvrir une boîte et il revint, tenant dans ses mains un vieil Evangile de Marc en lambeaux.

— Voilà le livre qui parle de mon Jésus, dit-il, (il avait l’air de s’attarder affectueusement sur ce nom). Il y a des années de cela, un homme me l’a vendu sur le marché, et depuis, je le lis jour et nuit. Je n’ai jamais connu d’homme comme lui ! Je me suis dit : « Il est si bon, pourrai-je jamais devenir comme lui ? » Chaque jour, je me demande ce qu’il ferait s’il était ici dans nia maison. Parfois, j’ai l’impression qu’il est réellement là dans cette hutte, ou qu’il laboure et récolte avec moi, ou alors qu’il m’accompagne sur la route du marché. Se pourrait-il que ce soit le même Jésus que vous connaissez?

 

Les yeux des missionnaires se fixèrent sur lui et son visage leur parut si lumineux, si rayonnant d’amour.

 

— Oui, c’est le même Jésus, dit Jacques. Il est Unique.