La Bible en Tibétain

Le petit Yoseb Gergan, âgé de sept ans, répétait d’une voix monotone les mots de sa prière : « Ah, le bijou dans le lotus, le bijou dans le lotus… » tout en secouant avec respect sa roue de prière[1]. Son père ne semblait pas se sou­cier de ce qu’il soit ou non religieux. Tout ce qu’il faisait, c’était de s’as­seoir avec les missionnaires, Heyde et Pagell autour d’un livre étrange.

 

Yoseb était né en 1878 au Cachemire, une très jolie terre de montagnes, de lacs et de jardins, dans la région fraîche du nord de l’Inde. Son père, bien que fugitif du Tibet, était riche ; aussi avaient-ils une très jolie et vaste maison. Yoseb aimait aller sur les péniches qui naviguaient, avec leurs « jardins flottants » sur les nombreux canaux et rivières. Un vieil homme lui permettait de pêcher du haut de son petit bateau appelé « shikari », et lui donnait à boire du thé au gingembre.

Quelquefois, Yoseb dépensait de l’argent en allant sur un « doonga[2] » pour s’acheter des oeufs durs, des raisins et des morceaux de noix ce coco qu’il mangeait avec appétit. A la maison, sa mère faisait des « chapatties[3] » qu’elle servait avec un bol de lait caillé.

 

En hiver, alors que la neige tombait, embellissant le Cachemire, Yoseb sortait couvert d’un chaud manteau, tandis que les paysans s’emmitouflaient dans les couvertures de laine, charriant avec eux un petit poêle à charbon de bois sous les couvertures. Il sentaient la fumée et étaient toujours sales.

 

Le père de Yoseb avait acheté la « roue de prière » au Tibet où les gens ne connaissaient qu’une seule prière. Les Tibétains sont Bouddhistes et croient que s’ils font quelque chose de mauvais, ils meurent et renaissent sous la forme d’un serpent ou d’un âne. Cette idée faisait frissonner Yoseb. Etait-ce vrai ? Ses voisins au Cachemire n’avaient pas les mêmes croy­ances. Ils étaient Musulmans. Ils s’agenouillent pour prier en se tournant vers l’Est et ceci cinq fois par jour. « Il n’y a qu’un seul Dieu, Allah, et Mahomet est son prophète », récitaient-ils de leur voix chantonnante.

 

Quelle était la vraie prière ? Quelle était la vraie religion ? Tout cela tracassait Yoseb jusqu’au jour où il fit une merveilleuse découverte. Il trouva un petit livre ; l’Evangile de Jean en Tibétain. Il était capable de le lire car son père lui avait appris beaucoup de choses et entre autres différen­tes langues.

 

Yoseb se mit à lire la vie du Fils du Dieu qui se fit homme, vécut sur la Terre et paya pour les péchés des hommes en versant son sang. Et Yoseb lut dans l’Evangile de Jean « Si vous ne croyez pas ce que je suis, vous mourrez dans vos péchés » (Jn 8 : 24). Yoseb savait bien ce qu’était le péché car il avait fait beaucoup de vilaines choses telle que désobéir à son père, par ex­emple. Il n’avait pas envie de mourir dans ses péchés et aspirait à ce qu’ils lui soient pardonnés.

 

Yoseb apprit que le Fils de Dieu s’appelait Jésus et qu’il avait promis le pardon des péchés et la vie éternelle à ceux qui l’acceptaient comme Sau­veur. Yoseb navait jamais entendu une chose aussi merveilleuse et son cœur lui disait que c’était vrai. Sur le moment, Yoseb ne dit à personne qu’il croy­ait en Jésus et qu’il était devenu chrétien. Et les missionnaires, eux, étaient allés s’établir à Leh[4], à 80 kilomètres de là.

 

Un jour, subitement, le père de Yoseb tomba malade. Tandis que Yoseb était à son chevet, son père lui dit : « Tu sais, je crois aussi en Jésus. » Le coeur de Yoseb fut réjoui ! Puis le père implora « Envoie chercher les mis­sionnaires et demande leur de t’envoyer dans une école chrétienne. »

Le temps que les missionnaires arrivent, ayant eu à traverser un défilé montagneux de 5 400 mètres d’altitude, le père de Yoseb était mort.

A l’âge de douze ans, Yoseb était un enfant réfléchi et calme. Il dé­sirait alors que les autres sachent qu’il croyait en Jésus, le Fils parfait de Dieu. Il alla dans une école dirigée par des chrétiens à Srinagar[5], la plus grande ville du Cachemire. Il était le seul chrétien dans une école de cent garçons. Ses camarades « l’embêtaient » et lui lançaient des pier­res et de la boue.

 

Un jour, en classe, un enfant « Brahmane[6] » dit au maître :

 

« Pourquoi vous, étrangers, venez-vous ici pour nous changer et nous enlever notre religion ?

 

– Nous voulons seulement changer ce qui est faux, reprit le maître. Vo­tre religion dit que si votre père meurt, votre mère doit être brûlée vive à ses funérailles. Pensez-vous que cela soit juste ?

 

– Oui ! Oui ! Bien sûr ! crièrent tous les garçons en colère. Ça, c’est notre religion ! »

 

Yoseb bondit et s’adressant à un garçon lui dit :

 

« Aimerais-tu voir ta jolie sœur mariée brûlée vive si son mari venait à mourir ?

 

– Pourquoi pas ? répondit froidement le garçon. Notre religion nous le commande. »

 

Yoseb retint sa langue. Un jour, il ferait quelque chose pour changer cela. Si seulement ils avaient la Bible, si seulement son pays, le Tibet, avait la Bible car c’était encore pire là-bas. En effet, il y avait cinq millions et demi de gens qui avaient besoin du Seigneur Jésus et n’en avaient jamais enten­du parler.

 

Yoseb continuait à travailler dur. Il étudiait beaucoup et prenait part à toutes sortes de sports pour fortifier son corps. Mais, par-dessus tout, il priait, lisait les Evangiles et grandissait dans la foi chrétienne.

 

Yoseb réfléchissait beaucoup au sujet des différentes religions qu’il connaissait et de leurs mauvaises voies. Le christianisme était différent. Le vrai Dieu disait « Soyez saints car je suis saint »[7], et Il donnait le pouvoir de vivre comme le Christ.

 

Yoseb avait à parcourir trois kilomètres et demi pour aller à l’école et sou­vent il passait devant la Mosquée de Hazrathal[8]. Pour les musulmans, la mosquée était un lieu sacré. A l’intérieur, il y avait, sous clef, derrière des portes d’argent, un coffret dans lequel se trouvait une bouteille de verre qui contenait un simple cheveu de, Mahomet.

 

Un cheveu ! Et les gens l’adoraient ! Comment pouvaient-ils faire çà ? Yoseb réfléchit. Un cheveu n’a pas de pouvoir !

 

Onze années s’étaient écoulées et Yoseb avait fini sa scolarité. Son professeur lui dit :

 

« Maintenant tu peux devenir policier ou officier de la douane, te faire une bonne situation et gagner beaucoup d’argent.

 

La pensée du cheveu sacré et des veuves brûlées lui revinrent en mémoire ainsi que les roues de prière tibétaine avec leurs vaines redites, et les cinq millions et demi de personnes qui n’avaient jamais vu la Bible.

 

« Je ne désire ni richesse, ni grandeur, répondit-il, j’ai donné ma vie au Seigneur Jésus et je veux le servir. Je vais me consacrer à traduire la Bible, ainsi elle pourra atteindre mon peuple au Tibet et ce sera comme si elle avait des jambes pour pénétrer dans ce pays. Elle annoncera à ce peuple l’amour de Dieu qui pardonne les péchés. »

Yoseb avait travaillé très dur dans l’étude des langues et avait bien réussi. Il connaissait l’anglais, l’ourdou[9], le cachemire et beaucoup d’autres langues indiennes à côté du tibétain. Pour subvenir à ses besoins, il enseignait dans une école missionnaire, mais son principal travail était la traduction.

 

Le tibétain n’est pas une langue qui a seulement vingt-six lettres faciles comme celles de notre alphabet mais il a une écriture en forme de boucles, copiée de la langue indienne il y a environ 1 300 ans. Il est très difficile à apprendre et encore plus à écrire.

 

Comment Jean 3:16[10] pouvait-il être traduit en tibétain ? « Car Dieu a tant aimé… » Quel mot pouvait être utilisé pour Dieu dans cette langue ? Pas Shiva[11] ni Bouddha ni Allah[12] ni Vishnu[13]. Ce mot devrait vouloir dire Seigneur des seigneurs, le Dieu de toute la création, un Dieu qui les aima jusqu’à mourir pour eux, un Dieu Saint. Chaque mot devait être choisi avec beaucoup de soin.

 

Yoseb devait faire attention à ce que la signification du mot soit claire. « Dieu a tellement aimé le monde… » Comprendraient-ils cette sorte d’amour ? Les dieux païens n’aimaient pas les gens et les gens ne les aimaient pas.

 

Yoseb mit 35 ans à traduire la Bible en tibétain…

 

Un jour, il écrivit une lettre à un ami missionnaire :

« Je suis en train d’écrire chez moi, à la lueur des bougies, en plein midi, Car ma maison est enfouie sous la neige. Quand je veux faire de l’exercice je dois grimper, passer par un trou dans le toit, et marcher sur la neige. »

 

Quand la Bible fut finie, il l’envoya en Angleterre où pendant six ans des personnes compétentes l’examinèrent avec attention pour qu’il n’y ait pas d’erreur. C’est alors que la deuxième guerre mondiale se déclara et la Bible tibétaine fut cachée durant le bombardement de Londres jusqu’en 1945, dans le sous-sol de la Cathédrale Ripon[14].

 

Yoseb, lui, attendait, et continuait d’attendre. Verrait-il jamais son précieux livre imprimé ? Il était maintenant âgé de soixante ans. La fin de la guerre arriva et, à nouveau, le papier d’imprimerie fut abondant. La Bible entière devait être copiée sur un papier spécial couvert de jaunes d’œufs battus et de produits chimiques. Yoseb travaillait nuit et jour, prenant à peine le temps de manger. Il se fatiguait et s’affaiblissait. Trois autres hommes l’aidaient dans ce travail. Et tous travaillaient beaucoup et dormaient peu.

Enfin, le 16 août 1946, le livre pour lequel Yoseb avait prié « qu’il ait des jambes » fut achevé. Et, cinq jours plus tard, Yoseb Gergan mourait.

 

La Bible finie fut transportée à dos de mulet jusqu’à Lahore, cinquante-deux jours de voyage, pour être préparées avant l’impression. Ce qui représentait un dange­reux voyage gravir des pics montagneux, descendre des ravins, traverser des gorges, franchir des planches de bois, passer à gué des rivières froides.

 

Des fautes dans la copie à la main furent trouvées et le livre renvoyé à Leh pour les corrections. Hélas la Bible fut perdue dans le transport et dut être recopiée entièrement. Quel travail pour tous ces chrétiens !

 

La Bible fut envoyée par la poste une seconde fois. Mais un employé du bureau de poste renversa accidentellement de l’eau sur le paquet et toutes les pages furent endommagées. Il fallut à nouveau la recopier !

 

La Bible fut pour la troisième fois postée ; c’était l’année 1947 et la guerre entre l’Inde et le Pakistan avait éclaté. Des bandits attaquaient les routes de montagne, aussi était-il impossible d’envoyer du courrier. La Bible était perdue quelque part au Cachemire…

 

Un des amis missionnaires de Yoseb, à Lahore, Monsieur Chandu Ray, avait très à cœur de voir la Bible tibétaine arriver au Tibet. Il reconnut que tou­tes ces difficultés étaient dues à Satan, l’ennemi de Dieu. Alors Chandu Ray rassembla tous les chrétiens de Lahore et ils passèrent toute une journée à prier pour la Bible tibétaine.

Pendant que les croyants de Lahore priaient, un écrivain chrétien, Gapel vivant à 3 280 kilomètres de là, dans les montagnes neigeuses de Leh, fut soudain con­scient que Dieu parlait à son cœur. Gapel ne savait rien de cette réunion de prière à Lahore mais Dieu l’aida à trouver la Bible. « Porte la Bible à Lahore », semblait lui dire Dieu.

 

Affrontant la tempête de neige avec le poids de la Bible sur son dos, dix-huit kilos, il tenta l’impossible. A plusieurs reprises, les soldats paki­stanais essayèrent de l’attraper, mais il connaissait mieux les sentiers de montagne qu’eux, et chaque fois, il s’échappait et disparaissait dans la neige et la grêle. Il n’y avait personne pour l’aider. Tous les missionnaires avaient quitté le pays à cause de la guerre.

 

Gapel était déterminé à accomplir sa mission aussi vite que possible car il savait que des millions de gens au Tibet avaient besoin de la Parole de Dieu. Aussi, glissant, tombant, écorchant ses mains et son visage, affamé, saignant et souffrant, Gapel poursuivit sa route et arriva au pont qui traverse l’Indus, rivière du Cachemire. Là, il fut attrapé par des soldats in­diens et fait prisonnier pendant quatre mois et demi.

 

Le sort du précieux livre semblait perdu. Gapel griffonna une note et paya un messager pour la porter à Chandu Ray à Lahore. Il n’osa pas signer, ni faire mention de l’endroit où il se trouvait, car il était considéré comme es­pion par ceux qui l’avaient arrêté.

 

Quand le messager arriva, haletant, il dit :

 

« Je viens du pont de l’autre côté de l’Indus au Cachemire. Un homme âgé m’a payé pour vous apporter cette note. »

 

Se dépêchant d’aller au petit aéroport voisin, Chandu Ray demanda un vol pour le Cachemire.

 

« Voler sur le territoire ennemi, pendant la guerre ! s’ex­clama le pilote. Cet avion est le dernier et j’ai reçu des ordres pour annuler le vol. »

 

Chandu Ray pria silencieusement.

 

« Comment allez-vous faire pour rembourser leurs billets à tous les passagers ? » demanda-t-il très vite. Le pilote décida alors de partir tout de suite…

En arrivant au Cachemire, Chandu Ray marcha trois jours avant d’attein­dre le pont. Gapel l’attendait de l’autre côté. Des troupes indiennes arrêtè­rent Monsieur Ray, mais il leur distribua des Evangiles dans leur propre lan­gue, ce qui procura de la joie.

 

L’un des officiers accompagna Monsieur Ray de l’autre côté du pont dé­fendu où il trouva Gapel. Comment allaient-ils pouvoir rentrer à Lahore main­tenant ? Un avion chargé de soldats indiens blessés était sur le point de dé­coller pour Dehli[15] qui se trouvait très loin de leur destination. Chandu Ray et Gapel reçurent deux permis spéciaux. C’était encore là un miracle !

A Dehli, les deux hommes prirent un vieux train délabré pour le nord, et restèrent debout tout le voyage entassée avec des centaines d’autres personnes. Ayant traversé la frontière entre l’Inde et le Pakistan, ils louèrent un vieux taxi pour se rendre à Lahore. Quelles péripéties pour arriver à la maison ! Mais le livre était sauf.

 

 

La Bible tibétaine fut mise sous presse et des hommes y travaillèrent nuit et jour. Les machines, elles, ne s’arrêtèrent que lorsque le travail fut fini et Gapel reçut la première copie de la Bible tibétaine, puis il s’en alla chez lui.

 

Il avait été absent plusieurs mois et ses amis le croyaient mort. Quand il atteignit son village, il montra la Bible à ses amis et ils se mirent à pleurer de joie. Ils s’agenouillèrent pour remercier et louer Dieu de leur avoir donné la Bible car ils étaient tous tibétains.

 

Les Bibles tibétaines se vendirent aussi vite qu’elles avaient été im­primées. Les missionnaires n’avaient pas pu pénétrer au Tibet mais les prières de Yoseb avaient été exaucées. « Le livre qui a des jambes » a pu y pénétrer, transporté par des chrétiens de l’autre côté de la frontière.

 

Les prêtres dans les monastères se mirent, avec empressement, à lire la Bible tibétaine. Des marchands, des moines vinrent à la frontière et en empor­tèrent des copies au Tibet ; et même des troupes chinoises communistes achetè­rent des copies de la Bible tibétaine. Ils voulaient apprendre le tibétain, aussi comparaient-ils ces copies avec celles de la Bible chinoise et de cette façon apprenaient la langue.

Avec beaucoup de travail et de sacrifices de la part des chrétiens, la Bible tibétaine put être finalement envoyée au Tibet. « Dieu ne permettra pas que sa Parole retourne à lui sans effet, sans avoir accompli ses desseins. » (Es 55 : 11)

 

Le « Livre qui a des jambes » avait voyagé à travers quatre pays : l’Inde, le Cachemire, l’Angleterre et le Pakistan. Maintenant, il était dans un cinquième pays : le Tibet ! Des miracles s’étaient succédés les uns après les autres, et beaucoup de prières avaient été exaucées.

 

Le Tibet est toujours un pays[16] interdit aux missionnaires, mais il n’est pas entièrement fermé parce que Jésus, la Lumière du monde, y est, et le « Livre qui a des jambes », parlant d’un Sauveur qui nous aime et qui est mort pour nous sauver de nos péchés, s’y trouve aussi. Il a pénétré au Tibet parce qu’un gar­çon de sept ans avait mis sa confiance en Jésus-Christ et lui avait donné sa vie.

 

Voici quelques chiffres montrant comment Dieu agit. D’après un rapport portant sur six années[17], plus d’un million et demi de Bibles ou por­tions de 1’Ecriture en tibétain ont été distribuées. L’armée Rouge de Chine a transporté des Bibles au Tibet pour enseigner à leurs troupes à lire la langue tibétaine pendant des années.


Notes :

[1] Il s’agit de roues (Il en existe de grandes dans tous les temples bouddhistes tibétains) à l’intérieur desquelles sont enroulés des parchemins sur lesquels ont été écrites des prières. Lorsque ces roues à prières tournent dans le sens de l’horloge, les prières écrites sur des parchemins roulés à l’intérieur sont considérées comme étant prononcées, apportant ainsi des mérites à ceux qui les font tourner.

[2] Un bateau-restaurant.

[3] Des gâteaux frits.

[4] Leh (sle en tibétain) est la ville la plus importante du Ladakh, située à 3500 m d’altitude, dans la vallée de l’Indus. La ville appartient maintenant au district Leh dans l’état de Jammu et Cachemire en Inde.

[5] Srinagar ou Shrînâgar – de nâgar, ville et shrî, sainte – est la capitale de l’ États indien du Jammu-Kashmir. La ville est située à 1768 m d’altitude, sur le lac Dal, formé par la Jhelum et célèbre pour ses houseboats, des bateaux d’habitation à l’aménagement souvent luxueux.

[6] Le brahmane est un membre d’une des quatre castes en Indes : avec les brahmanes, il y a les prêtres, les enseignants et les hommes de loi. Les brahmanes font partie des Castes supérieures en Inde. Ce sont les hommes les plus importants. Ils sont très respectés.

[7] Lv 11 : 45, 1 Pi 1 : 15 et 16.

[8] Construite par l’empereur Shah Jehan qui construisit aussi le Tadj Mahall en Inde.

[9] L’ourdou ou urdu est une langue indienne. Il est parlé au Pakistan, dont il est la langue officielle, ainsi que dans le nord de l’Inde, où il est également une langue officielle reconnue par la Constitution. Environ 160 millions de personnes utilisent l’ourdou, dont 60 à 80 millions qui l’utilisent comme première langue.

[10] « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. »

[11] Shiva transcrit parfois par Siva ou Çiva, « le bon, le gentil, qui porte bonheur », est un dieu hindou. Il est la personnification de l’Absolu, le principe destructeur et en même temps régénérateur du monde, dispensateur de mort et de renaissance.

[12] Le dieu des musulmans.

[13] Vishnu ou Vishnou, également appelé Hari, est un dieu hindou, associé à la conservation et à la protection. Il forme avec Brahma et Shiva la base des divinités hindoues. C’est une divinité de vie-mort-renaissance.

[14] Ripon : ville située au nord de Londres.

[15] New Delhi est la capitale de l’Inde.

[16] Le Tibet a été annexé par la Chine en 1951… Depuis les années 1975 à 1985, l’oppression chinoise est très importante… Le réveil spirituel qui a suivi la diffusion de la Bible en tibétain a préparé des centaines de milliers de personnes aux grandes difficultés et à la persécution.

[17] Société biblique en Inde 1969 à 1975.

La première Bible en portugais

« Qui persévère réussira. » Cette devise apparaît sur la page de titre d’un pamphlet religieux du 17ème siècle écrit par Joâo Fer­reira de Almeida. Difficile d’imaginer une maxime qui convienne mieux pour un homme qui a consacré sa vie à la tra­duction et à la publication de la Bible en portugais !

 

Almeida naît en 1628 à Torre de Tava­res, un village du nord du Portugal. Or­phelin depuis l’enfance, il est élevé à Lisbonne, la capitale, par un oncle qui est membre d’un ordre religieux. D’après la tradition, Almeida reçoit une excel­lente éducation le préparant à la prê­trise, ce qui lui permet de développer très jeune son aptitude exceptionnelle pour les langues.

 

Cependant, s’il reste dans son pays, il ne pourra probablement pas mettre ses talents à profit pour traduire la Bible. En effet, tandis que la Ré­forme inonde le nord et le centre de l’Europe de bibles en langues verna­culaires, le Portugal demeure sous la forte influence de l’Inquisition catholi­que. Le simple fait de posséder une bible dans la langue du peuple peut valoir une comparution devant le tribunal de l’Inquisition[1].

 

Vraisemblablement désireux d’échap­per à cette atmosphère répressive, Ai­meida s’installe aux Pays-Bas au début de son adolescence. Peu après, alors qu’il a tout juste 14 ans, il entreprend un voyage en Asie via Batavia (à pré­sent Jakarta). Cette ville indonésienne est à l’époque le centre administratif de la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales en Asie du Sud-Est.

 

La dernière étape de son voyage en Asie mar­que un tournant dans la vie d’Almeida. Tandis qu’il navigue de Batavia à Melaka (une ville de Malaisie occidentale), il trouve par hasard un pamphlet protestant écrit en espagnol et inti­tulé « Diferencias de la Cristiandad » (Les différen­ces dans la chrétienté). Non seule­ment ce pamphlet s’attaque aux doctrines religieuses erronées, mais il contient une déclaration qui impressionne tout particuliè­rement le jeune voyageur : « L’uti­lisation à l’église d’une langue inconnue, même à la gloire de Dieu, n’apporte aucun bienfait à celui qui écoute sans compren­dre. » (Voir 1 Co 14 : 9)

 

Almeida en conclut naturelle­ment que le seul moyen de dé­masquer l’erreur religieuse est de rendre la Bible compréhensible à tous. À son arrivée à Melaka, il de­vient membre de l’Église hollan­daise réformée et il se met immé­diatement à traduire des portions des Évangiles de l’espagnol en portugais. Puis il fait bénéficier de son travail « ceux qui manifestent un désir sin­cère de connaître la vérité ».

 

Deux ans plus tard, Almeida est prêt à se lan­cer dans une entreprise plus ambitieuse encore : la traduction de l’intégralité des Écritures grec­ques chrétiennes à partir du texte latin de la Vulgate. Il atteint son objectif en moins d’un an, ce qui est un véritable exploit pour un jeune homme de 16 ans ! Courageusement, il remet un exemplaire de sa traduction au gouverneur général néerlandais de Batavia afin qu’elle soit publiée. Selon toute apparence, le manuscrit est envoyé par l’Église réformée à Amsterdam, où il est confié à un pasteur âgé, mais il disparaît à la mort de ce pasteur.

 

En 1651, quand on demande à Almeida de fournir une copie de sa traduction à l’Église ré­formée de Ceylan (aujourd’hui le Sri Lanka), il se rend compte que l’original a disparu des archives de l’Église. Sans se décourager, il par­vient à mettre la main sur une copie, peut-être un brouillon, et l’année suivante il termine sa version révisée des Évangiles et du livre des Ac­tes. À Batavia, le consistoire[2] le rétribue de 30 florins. C’est « une somme dérisoire pour la tâche colossale qu’il a effectuée », écrit l’un de ses collègues.

 

Malgré ce semblant de reconnaissance of­ficielle, Almeida persévère. En 1654, il soumet au consistoire une révision de sa traduction du Nouveau Testament dans son intégralité, dont la publication est à nouveau envisagée. Cepen­dant, rien de concret ne se produit, mis à part la réalisation de copies manuscrites à l’usage de quelques églises.

 

Au cours des dix années suivantes, Almeida se consacre à l’œuvre pastorale et missionnaire de l’Église réformée. Il reçoit l’ordination en 1656. Il accomplit d’abord son ministère à Cey­lan — où il manque d’être piétiné par un élé­phant —, et par la suite en Inde, où il est l’un des premiers missionnaires protestants à aller.

 

De nombreux membres des communautés de langue portugaise à qui il rend visite consi­dèrent ce protestant converti comme un apos­tat et un traître… d’autant plus qu’il est au ser­vice d’une puissance étrangère. Le fait qu’il dénonce sans détour la corruption morale du clergé et qu’il remette en question la doctrine de l’Église catholique lui vaut aussi de fréquents démêlés avec les missionnaires de cette confes­sion. Ces conflits atteignent leur paroxysme en 1661 lorsque le tribunal de l’Inquisition de Goa, en Inde, le condamne à mort pour hérésie. En son absence, il est brûlé en effigie. Probable­ment alarmé par son ardeur belliqueuse, le gou­verneur général néerlandais le rappelle à Bata­via peu après.

 

Almeida est un missionnaire zélé, mais il ne perd jamais de vue la nécessité de disposer de la Bible en portugais. Au contraire, les résultats de l’ignorance biblique — bien trop manifeste au­tant parmi le clergé que parmi les laïcs — ne font que le conforter dans son opinion. Il an­nonce à ses lecteurs dans la préface d’un tract religieux daté de 1668 : « J’espère […] bientôt vous honorer de la Bible complète dans votre langue, le don le plus beau et le trésor le plus précieux que quiconque puisse jamais vous re­mettre. »

 

En 1676, Almeida soumet sa version finale du Nouveau Testament au consistoire de Batavia pour révision. Dès le début, ses relations avec les réviseurs sont tendues. Le biographe Ian Swellengrebel rapporte que les collègues néer­landophones du traducteur ont des difficultés à saisir certaines nuances sur le fond et le style. La controverse porte également sur le niveau de langue. La Bible doit-elle employer la langue courante, ou alors un langage recherché que beaucoup auraient du mal à comprendre ? En­fin, l’empressement d’Almeida à voir la tâche terminée est une source constante de frictions.

 

Le travail de vérification progresse très lente­ment, sans doute en raison de ces querelles ou du manque d’intérêt de la part des réviseurs. Quatre ans plus tard, ils en sont encore à se dé­battre avec les premiers chapitres de l’Évangile de Luc. Irrité par cette lenteur, le traducteur en­voie une copie de son manuscrit aux Pays-Bas afin qu’elle soit publiée à l’insu des réviseurs.

 

En 1681, en dépit des tentatives du con­sistoire visant à empêcher sa publication, le Nouveau Testament d’Almeida est mis sous presse à Amsterdam, et les premiers exemplaires imprimés arrivent à Batavia l’année suivante. On peut imaginer à quel point Almeida est déçu de constater qu’aux Pays-Bas des réviseurs ont apporté des modifications à sa traduction. Ne maîtrisant pas le portugais, ces réviseurs ont introduit « des tournures maladroites et contradictoires qui obscurcissent la nature du Saint-Esprit », pour reprendre les propos d’Ai­meida.

 

Le gouvernement néerlandais est lui aussi mécontent ; il ordonne la destruction de l’édi­tion complète. Almeida réussit tout de même à obtenir des autorités qu’elles en épargnent quelques exemplaires sous réserve que les erreurs les plus graves soient corrigées à la main. Ces exemplaires seront utilisés jusqu’à ce qu’une édition révisée soit prête.

 

À Batavia, les réviseurs se réunissent pour re­prendre leur travail de vérification des Écritures grecques chrétiennes, et pour préparer les livres des Ecritures hébraïques au fur et à mesure qu’Almeida en termine la traduction. De crainte que l’impatience du traducteur ne prenne le dessus, le consistoire décide de conserver les pa­ges signées de la version finale dans le trésor de l’Église. Il va sans dire qu’Almeida conteste cette décision.

 

Des décennies de dur labeur et les rigueurs du climat tropical ne manquent pas de l’affaiblir. En 1689, en raison d’une santé déficiente, il se retire des activités ecclésiales pour se livrer en­tièrement à la traduction des Écritures hébraï­ques. Malheureusement, il meurt en 1691 tan­dis qu’il est en train de traduire le dernier chapitre du livre d’Ézéchiel.

 

La deuxième édition du Nouveau Testament d’Almeida, achevée peu avant sa mort, est pu­bliée en 1693. Apparemment, son oeuvre souf­fre une fois de plus aux mains de réviseurs in­compétents. Dans son livre « A Biblia em Portugal » (La Bible au Portugal), Guilherme Santos Fer­reira écrit : « Les réviseurs […] ont apporté des modifications importantes à l’excellent travail d’Almeida, défigurant et altérant par là même toute beauté de l’original qui aurait échappé aux réviseurs de la première édition. »

 

Avec la mort d’Almeida, la révision et la publication de la Bible en portugais perdent leur force d’impulsion. C’est une société londo­nienne dont le but est de promouvoir la con­naissance chrétienne qui, en 1711, finance la troisième édition du Nouveau Testament d’Ai­meida. Elle le fait à la demande de missionnai­res danois affectés à Tranquebar, une ville du sud de l’Inde.

 

Cette société entreprend d’installer une pe­tite imprimerie à Tranquebar même. Toutefois, le navire qui transporte le matériel d’impres­sion ainsi qu’une cargaison de bibles en portu­gais est détourné par des pirates français et abandonné finalement au Brésil, dans le port de Rio de Janeiro. Santos Ferreira écrit : « Dans des circonstances inexplicables que beaucoup tiennent pour miraculeuses, les caisses contenant le matériel d’impression ont été retrouvées intactes au fond de la cale, et elles ont conti­nué leur voyage jusqu’à Tranquebar à bord du même navire. » La traduction d’Almeida des au­tres livres bibliques est soigneusement révisée par les missionnaires danois, puis publiée. La Bible en portugais paraît en un volume en 1751, près de 110 ans après qu’Almeida s’est lancé dans la traduction des Saintes Écritures.

 

Très jeune, Almeida a compris la nécessité de la Bible en portugais : les gens du peuple avaient besoin de la Bible dans leur propre langue pour découvrir la vérité. Malgré l’op­position de l’Église catholique, l’indifférence de ses pairs, les difficultés de révision appa­remment sans fin et une santé déficiente, il a résolument poursuivi son objectif tout au long de sa vie. Et sa persévérance a été récom­pensée.

 

Nombre des communautés d’expression portugaise auxquelles Almeida a prêché ont disparu avec le temps, mais sa Bible a survécu. Au 19ème siècle, la Société biblique britannique et étrangère ainsi que la Société biblique amé­ricaine ont distribué des milliers d’exemplai­res de la version d’Almeida au Portugal et dans les villes côtières du Brésil. En consé­quence, les Bibles qui ont pour base le texte original de cette version sont à ce jour parmi les plus populaires et les plus largement diffu­sées dans le monde lusophone.

 

Nous devrions être encore plus reconnais­sants à Dieu « qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » (1 Ti 2 : 3 et 4) En définitive, c’est Lui qui a préservé sa Parole et qui l’a mise à notre disposition. Puissions-­nous toujours chérir et étudier assidûment ce trésor le plus précieux qui nous vient de notre Père céleste !


Notes :

[1] Dans la seconde moitié du 16ème siècle, en éditant l’Index des livres interdits, l’Église catholique impose de sévères restrictions à l’utilisation de bibles en langues vernaculaires, arrêtant efficacement le travail de traduction de la Bible durant les deux siècles suivants.

[2] L’assemblée de ministres religieux qui dirigent l’Église réformée.

La Bible de William Tyndale ou la Bible de Matthieu

« Je défie le pape et toutes ses lois, et si Dieu me prête vie, je ferai qu’en Angleterre le garçon qui pousse la charrue connaisse l’Écriture mieux que le pape lui-même ». Ainsi s’exprimait William Tyndale[1] à Cambridge en 1522. Et il tint parole. Brillant érudit, il parlait l’hébreu, le grec, le latin, l’espagnol et le français, « si bien que chacune de ces langues aurait pu être sa langue maternelle ». Tyndale avait rencontré Érasme et découvert son Nouveau Testament grec-latin et s’était mis à le traduire en anglais. Dans un premier temps, il rechercha la protection de Tunstall, évêque de Londres, mais lorsque ce dernier apprit ses intentions, il lui refusa l’accès à son palais.

 

En 1524, Tyndale quitte sa patrie qu’il ne reverra plus. Il achève sa traduction à Hambourg et la remet à un imprimeur. Des ouvriers trop bavard en informent le prêtre Cochlaeus, qui s’apprête à mettre la main sur l’édition. Tyndale se précipite à l’atelier, saisit ses précieux manuscrits et les emporte à Worms. Son Nouveau Testament y paraîtra en 1525.

 

Cochlaeus alerte cependant l’évêque de Londres. Tyndale sait donc que les précieux volumes seront saisis à leur arrivée en Angleterre. Pour déjouer l’étroite surveillance qui s’exerce dans les ports, les Nouveaux Testaments sont cachés dans des ballots d’étoffe ou des barils de vin. Beaucoup d’exemplaires sont néanmoins confisqués. Leurs destinataires sont astreints à défiler à cheval, le visage tourné vers la queue de l’animal, et portant visiblement le livre défendu; ils devront le jeter eux-mêmes au feu devant tous, et faire pénitence. Mais les efforts de l’évêque de Londres sont voués à l’échec. Chaque londonien veut prendre connaissance de l’ouvrage proscrit et s’ingénie à l’obtenir au mépris des menaces. En désespoir de cause, l’évêque de Londres prie Packington, un négociant de la cité, de mettre à profit ses relations commerciales avec le port d’Anvers, pour accaparer à la source toute l’édition de Tyndale. Muni d’une forte somme d’argent, Packington se rend sur le continent. L’évêque a cru « mener Dieu par le bout du doigt », écrit un chroniqueur de l’époque. Mais il ne réussira pas mieux dans cette entreprise que dans les précédentes. Packington, ami secret de Tyndale, arrive chez le traducteur :

 

– « Monsieur Tyndale, je vous ai trouvé un bon acquéreur pour vos livres,

– Et qui donc ?

– L’évêque de Londres !

– Mais, si l’évêque veut ces livres, ce ne peut être que pour les brûler !

– Eh bien qu’importe ! D’une manière ou d’une autre l’évêque les brûlera. Il vaut mieux qu’ils vous soient payés; cela vous permettra d’en imprimer d’autres à leur place ! »

 

Le marché est conclu et l’édition est apportée en Angleterre. L’évêque de Londres convoque la population devant la cathédrale Saint-Paul pour assister à la destruction massive des livres hérétiques. Cependant, le bûcher de l’évêque devient une publicité inespérée pour la deuxième édition du Nouveau Testament Tyndale. Imprimé cette fois en petit format, pour faciliter la dissimulation des volumes et mieux échapper aux perquisitions, sa diffusion est un vif succès.

 

Pourtant les adversaires de la Bible ne désarment pas. Ils tendent un piège à Tyndale. Trop confiant, le traducteur accepte une invitation à un repas chez de prétendus amis; on met la main sur lui et on l’enferme au château de Vilvoorde (Belgique). Dans son cachot, le réformateur, ayant obtenu Bible, grammaire et dictionnaire hébreu, traduisit, vingt siècles après, un texte qui fit d’innombrables croyants dans les pays anglo-saxons : les Épîtres de Paul.

 

Condamné par Charles Quint, Tyndale fut étranglé et brûlé le 6 octobre 1536. Avant de subir le supplice, il cria d’une voix puissante: « Seigneur, daigne ouvrir les yeux du roi d’Angleterre ! ».

 

Cette ultime requête sera exaucée deux ans plus tard. Recueillant sa traduction faite en prison, les amis de Tyndale la complètent et la font imprimer. Il aurait été beaucoup trop dangereux d’indiquer le nom du traducteur sur la page de garde; aussi cette édition est-elle désignée comme la « Bible de Matthieu » (Matthew’s Bible), selon le prénom de l’imprimeur.

 

En 1538, un exemplaire de cette édition est remis au roi Henri VIII. Bouleversé par la beauté du texte et la profondeur de son message, le monarque qui s’est distingué par ses actes d’indépendance à l’égard du pape, passe outre une nouvelle fois les interdictions ecclésiastiques et décrète que cette Bible doit être lue « dans toutes les paroisses d’Angleterre ».


Note :

[1] Voir « La vie de William Tyndale »

La vie de William Tyndale

Nous savons peu de choses sur cet homme remarquable, sinon que c’est à lui qu’on doit l’impression de la première traduction de la Bible en anglais. Il naquit aux environs de 1492, fit des études aux Universités d’Oxford et de Cambridge; les connaissances acquises lui permirent de lire les Saintes Ecritures en grec, il apprit ainsi à les aimer et à mettre sa confiance en elles.

 

A cette époque, il était formellement interdit de traduire aucune portion des textes bibliques en langue anglaise sans l’autorisation de l’évêque: «Cela seul m’induisit à traduire le Nouveau Testament », écrivit alors Tyndale.

 

Il considérait ce travail comme le service le plus noble qu’il pût rendre à son pays; lorsqu’il eut pris cette décision, il prononça ces paroles bien connues.: «Si Dieu me prête vie, d’ici peu d’années je ferai en sorte que le garçon qui tient les cornes de la charrue en saura plus long que toi sur les Saintes Ecritures ».

 

Il se rendit à Londres dans ce but, mais ne tarda pas à se rendre compte d’une chose, à savoir qu’il n’y avait pas « dans le palais de Monseigneur de Londres une seule pièce appropriée à la traduction du Nouveau Testament, que même, dans l’Angleterre entière, il ne trouverait pas un seul endroit pour y travailler ». Aussi se décida-t-il de partir pour Hambourg; il ne devait jamais revoir sa terre natale.

 

Thomas More qui le connut en Allemagne affirme que «Tyndale était connu comme un homme de bien, rangé dans ses habitudes, studieux et bien versé dans les Ecritures». Et Foxe déclare qu’il possédait sept langues: l’anglais, le français, l’italien, l’espagnol, l’hébreu, le grec et le latin, et que, quelle que fût celle qu’il parlait, on aurait cru que c’était sa langue maternelle.

 

Dès 1526, les premiers exemplaires de sa traduction parvinrent en Angleterre; des marchands britanniques les passèrent en contrebande dans leurs bateaux chargés de blé, et les volumes circulèrent aussitôt de mains en mains.

 

Bien qu’exilé, Tyndale n’en restait pas moins sujet du roi, Henri VIII, qui essaya de le persuader de revenir au pays, mais le chrétien refusa en répliquant à l’envoyé: «S’il était conforme au bon plaisir du Roi de donner le simple texte des Saintes Ecritures à son peuple dans la traduction qui plairait à Sa Majesté, je ferais immédiatement la promesse de ne plus écrire et de ne pas rester deux jours de plus ici; je retournerais immédiatement dans son royaume et là, je me jetterais aux pieds de Sa Majesté royale, offrant mon corps pour qu’on lui inflige n’importe quelle douleur ou torture, et même n’importe quelle mort que Sa Majesté ordonnerait, pourvu que j’obtienne cela».

 

Tyndale parle peu de sa vie privée. Il fait de lui-même la description suivante: «Peu favorisé des biens de ce monde, sans grâce aux yeux des hommes, timide, d’aspect rude, monotone et sans esprit ». D’Allemagne il se rendit en Hollande, où il eut à coeur de visiter les réfugiés anglais malades et pauvres; le dimanche il prêchait à un petit auditoire.

 

Malheureusement trahi, il fut jeté en prison, où il languit pendant près d’une année.

 

Au cours de sa captivité il adressa au gouverneur une lettre que voici:

«Je présumé, honoré seigneur, que vous n’ignorez pas le sort qui m’attend. Je supplie donc votre seigneurie, au nom de Jésus-Christ, que, si je dois demeurer ici tout l’hiver, elle veuille bien intercéder auprès du Procureur pour qu’il prenne, parmi ceux de mes biens qu’il détient en sa possession, un bonnet plus chaud, car je souffre cruellement de froid à la tête, étant affligé d’un catarrhe continuel qui ne fait que s’aggraver dans cette cellule. Et aussi qu’il m’octroie un manteau plus chaud, car celui que je porte est des plus minces; puis une pièce d’étoffe pour raccommoder mes guêtres, mon manteau est tout usé, mes chemises aussi. Qu’il veuille bien me faire remettre une chemise de laine qu’il a en sa possession, ainsi que des guêtres plus épaisses et un bonnet chaud pour la nuit. J’implore aussi la grâce que l’on m’accorde une lampe pour la soirée, car il est très pénible de rester seul dans l’obscurité. Mais, par dessus tout, je supplie instamment votre Hautesse d’insister auprès du Procureur pour qu’il m’autorise à avoir ma Bible hébraïque, ma grammaire hébraïque et mon dictionnaire hébreu, afin que je puisse utiliser mon temps à étudier. En retour, puissiez-vous obtenir la réalisation de vos voeux les plus chers, pourvu qu’ils soient en harmonie avec le salut de votre âme. Mais si, avant la fin de l’hiver, on prend une autre décision à mon endroit, j’aurai patience et j’attendrai de voir la volonté de Dieu à mon sujet, afin que tout tourne à la gloire de la grâce du Seigneur Jésus-Christ, dont je souhaite que l’esprit dirige toujours votre coeur. Ainsi soit-il! W. Tyndale.»

 

Ses amis anglais écrivirent des lettres d’appel pour obtenir sa grâce, mais ce fut en vain. Le 6 octobre 1536 Tyndale fut conduit à l’échafaud où il fut étranglé, puis brûlé. Avant de subir le supplice, il cria d’une voix puissante: «Seigneur, daigne ouvrir les yeux du roi d’Angleterre!»

 

Cette prière fut exaucée une année après, quand le roi donna l’autorisation de publier et de vendre la Bible en anglais. Cette nouvelle édition contenait la traduction faite par Tyndale des cinq livres de Moïse, des livres historiques jusqu’au second livre des Chroniques, et du Nouveau Testament.

 

De son oeuvre Tyndale avait écrit ce qui suit: « J’appelle Dieu à témoin, au jour où nous comparaîtrons devant son trône pour rendre compte de nos actes, que je n’ai pas altéré la moindre syllabe de sa Parole le sachant et le voulant, et ne le ferais pas aujourd’hui, même si l’on m’offrait toutes les richesses, tous les honneurs et tous les plaisirs du monde.»

 

Cela est si vrai que sa traduction servit de base à celles de ses successeurs, notamment à la version la plus populaire en Angleterre, celle faite sur l’ordre du roi Jacques (King James)[1].


Note :

[1] Voir «La traduction en letton de Ernst Gluck »

La traduction de la Bible en letton de Ernst Gluck

Il y a de cela plus de trois siè­cles, Ernst Glück s’est chargé d’une tâche à laquelle peu d’hommes à travers l’Histoire ont osé s’atteler : il a décidé de traduire la Bible dans une lan­gue qu’il ne connaissait pas.

 

Gluck naquit vers 1654 dans la petite ville de Wettin, près de Halle, en Allemagne. Son père était pasteur luthérien. L’atmosphère pieuse dans laquelle baignait le jeune Ernst fit naître en lui des aspirations spirituelles. Après avoir achevé ses études de théologie en Allemagne, à l’âge de 21 ans, il partit s’installer dans ce qui est aujourd’hui la Lettonie. À cette époque, la plupart des habitants de ces contrées avaient peu d’instruction. Il n’existait que de rares li­vres dans leur langue[1]. Glück écrivit : « Lorsque, jeune homme, je suis arrivé dans ce pays, la première anomalie que j’ai constatée, c’est que l’Église de Lettonie ne disposait pas de la Bible ! […] C’est ce qui m’a amené à m’engager devant Dieu à étudier la langue jusqu’à la maîtriser à fond. » Glück était déterminé à fournir aux Let­tons la Bible dans leur langue.

 

Préparatifs en vue de la traduction

 

La région où Glück s’était installé portait alors le nom de Livonie et se trouvait sous do­mination suédoise. Le représentant du roi de Suède s’appelait Johannes Fischer. Cet homme poursuivait deux objectifs : améliorer le niveau d’instruction de la population, et gagner de l’argent. Glück lui parla de son projet de traduc­tion de la Bible en letton. Fischer possédait une imprimerie à Riga, la capitale. En imprimant la Bible en letton, il pourrait contribuer à l’ins­truction du peuple… et, avec un peu de chance, en tirer un joli bénéfice. Il demanda donc au roi Charles XI de Suède l’autorisation de faire tra­duire la Bible, et il l’obtint, en même temps que le financement du projet. Une ordonnance royale, datée du 31 août 1681, donna officielle­ment le coup d’envoi aux travaux.

 

Dans l’intervalle, Glück se préparait. Avec ses origines allemandes, il aurait pu se contenter d’utiliser la traduction de Marfin Luther pour produire la Bible en letton. Mais il voulait obte­nir le meilleur résultat possible et, pour lui, cela exigeait de travailler à partir des langues origi­nales, l’hébreu et le grec. N’ayant qu’une con­naissance limitée de ces langues, il retourna en Allemagne, à Hambourg, pour les étudier. Jânis Reiters, un pasteur de Livonie, l’aida, semble-t-il, dans son apprentissage du letton ainsi que du grec biblique.

 

Années de labeur — années d’attente

 

En 1680, après avoir terminé ses études lin­guistiques, Glück rejoignit la Lettonie, où il commença son pastorat. Rapidement, il s’attela à son travail de traduction. En 1683, il se vit at­tribuer une paroisse plus large, celle d’Alùksne[2], dont le nom en vint à être étroitement associé au projet de traduction.

 

À l’époque, la langue n’offrait pas un vocabu­laire suffisamment étendu pour traduire tous les concepts et expressions bibliques. Glück em­ploya donc certains vocables allemands. Mais il fit tout son possible pour que la Parole de Dieu soit disponible en letton, et les spécialistes re­connaissent que sa traduction est d’une grande qualité. Il créa même certains mots, dont beau­coup sont encore largement utilisés aujour­d’hui en Lettonie. Parmi eux figurent les mots pour « exemple », « banquet », « géant », « es­pionner » ou « témoigner ».

La correspondance que Johannes Fischer entretenait régulièrement avec le roi de Suède au sujet de l’avancée des travaux révèle que, vers 1683, Glück avait terminé la traduction des Écritures grecques chrétiennes. Il acheva la traduction de la Bible dans son intégralité vers 1689. Cette entreprise monumentale avait duré tout juste huit années[3]. Il fallut attendre longtemps avant la publication de l’ouvrage. Mais, en 1694, Glück atteignait enfin son objec­tif. La diffusion de la Bible en letton venait en effet d’être autorisée par le gouvernement.

Certains historiens ont mis en doute le fait que Glück ait été le seul auteur de sa traduction. Il est certain qu’il consulta la traduction de Lu­ther et qu’il utilisa certaines portions de la Bi­ble qui avaient déjà été traduites en letton à son époque. Mais ces apports ne constituent qu’une petite partie de son ouvrage. Y aurait-il eu d’autres traducteurs à ses côtés ? Glück avait un assistant. Des correcteurs et des réviseurs tra­vaillèrent sur son texte. Mais, selon toute appa­rence, aucun de ces intervenants ne contribua directement à la traduction, qui semble bien avoir été effectuée par le seul Ernst Glück.

 

L’œuvre de Glück a contribué largement au développement de la langue écrite en Lettonie, mais, plus important encore, elle a enfin per­mis aux habitants du pays de lire la Parole de Dieu dans leur langue et de faire leurs les en­seignements vitaux qu’elle contient. Ils n’ont d’ailleurs pas oublié ce qu’Ernst Glück a fait pour eux. A Alùksne, depuis plus de trois siè­cles, les Lettons prennent grand soin de deux chênes nommés Glika ozoli, c’est-à-dire « les chênes de Glück ». Ce sont ceux qu’avait plan­tés le traducteur pour marquer la parution de la Bible en letton. La ville possède en outre un pe­tit musée où l’on trouve différentes versions de la Bible, parmi lesquelles un exemplaire de la première édition de la traduction de Glück. Les armoiries d’Alùksne arborent une bible et une date : 1689, l’année où Glück achevait son oeuvre.

 

Il ne s’arrête pas là

 

Peu de temps après son arrivée en Lettonie, Glück s’était mis à étudier le russe. En 1699, il écrivait qu’il était en train de réaliser un nou­veau projet : traduire la Bible dans cette lan­gue. Par une lettre datée de 1702, on apprend qu’il avait commencé la révision de sa traduc­tion en letton. Malheureusement, le contexte avait changé, et les conditions n’étaient plus fa­vorables à la traduction de la Bible. Après avoir connu une longue période de paix, la Lettonie devint un champ de bataille. En 1702, l’armée russe écrasa les Suédois et prit Alùksne. Glück fut déporté en Russie avec sa famille. Dans la confusion qui s’ensuivit, il perdit les manus­crits de sa nouvelle version de la Bible en letton et de la traduction en russe. Il mourut à Moscou en 1705.

 

La disparition de ces versions lettone et russe fut une perte énorme. Il n’en reste pas moins que tous ceux qui lisent la Bible en letton ti­rent, aujourd’hui encore, profit de la traduction d’origine de Glück.


Notes :

[1] Les premiers témoignages écrits du letton datent du 17ème siècle et ils appartiennent aux pasteurs et linguistes allemands. Parmi eux, le nom de Rehehusen, considéré comme l’auteur de la première grammaire lettone, occupe une place toute particulière. Ernst Glück quant à lui réalisa la première traduction de la Bible en langue lettone en 1694. Plus tard, en 1756, fut publiée une autre traduction biblique, signée par Gotards Fredrikis Stenders. Lettisches Lexicon, paru en 1789 en tant que dictionnaire, fut la seule source pour apprendre le letton jusqu’en 1872, l’année où G. Ulman publie son dictionnaire letton (Lettisches Worterbuch).

[2] Aluksne (vieux nom allemand – Marienburg) est située au nord-est de la Lettonie sur l’élévation d’Aluksne au bord du lac d’Aluksne. La ville est à 200 km de Riga, la plus grande ville des états baltes, appelée autrefois « la Paris du Nord ».

[3] À titre de comparaison, en 1611, la Version autorisée (ou Bible du roi Jacques) en anglais fut le fruit d’un travail de sept années, mené par 47 spécialistes. Voir « T0079 La vie de William Tyndale » et « T0358 La Bible de William Tyndale ou la Bible de Matthieu »

Test en pleine brousse

Invité, un matin de 1938, à an­noncer l’Evangile dans un vil­lage de la forêt ivoirienne où il ne l’a encore jamais été, le missionnaire André Roux[1] se trouve confronté à une situation délicate… Voici ce qu’il écrivit lui-même de cette expérience :

 

‘’ Que dois-je dire, et comment le di­re pour que ceux qui se pressent autour de moi, qui n’ont jamais eu l’occasion d’apprendre à lire et qui ne savent rien de la Bible, entendent une parole de Dieu? Jeune missionnaire, tout juste arrivé, après un premier séjour au Dahomey, dans un pays, une région dont je ne connais encore ni la langue ni les coutumes, et traduit par un jeune catéchiste venu lui aussi depuis peu d’une tribu assez lointaine où l’on par­le bien sûr une autre langue, j’é­prouve comme je ne l’ai encore jamais fait ce que Karl Barth[2] a pu appeler la « détresse » de la prédication évangélique.

 

Et comme si cela ne suffisait pas, voici qu’on me demande, avant toute autre chose, de ré­concilier deux jeunes époux qui se sont disputés cette nuit. Dans ce pays où règne la poly­gamie et où les parents décident seuls du mariage de leurs en­fants, que signifie pour eux le foyer, le couple, et à quel sens de la fidélité, de l’amour, pour­rais-je en appeler ? Mais d’abord pourquoi me pré­sente-t-on cette affaire ? A quel test me soumet-on ainsi ?

 

Toutes ces questions se pressent à mon esprit, me harcèlent mais une chose est claire, c’est que je dois agir, parler, sentant bien que de mon comportement, de mes paroles, dépendra largement la façon dont, ensuite, l’Evangile sera accueilli dans ce village.

 

Ou plutôt même que ma répon­se a une question qui peut pa­raître parfaitement étrangère à une première annonce de l’E­vangile doit être elle-même une parole d’Evangile.

 

Je parle alors simplement du Dieu au nom duquel je suis ici. De ce Dieu qui nous aime tous, même quand nous ne le savons pas. Qui nous aime tant qu’il a envoyé sur la terre son Fils, Jé­sus-Christ, pour qu’il nous an­nonce la bonne nouvelle de cet amour.

 

A ces hommes pour lesquels la notion de sacrifice de propitia­tion, d’expiation, est au cœur même de leur religion tradition­nelle, je parle de Jésus qui a ac­cepté de mourir pour nous afin que, à cause même de l’amour qu’il a montre ainsi, Dieu nous pardonne et nous reçoive tous, nous adopte tous comme ses en­fants.., pourvu que nous nous re­pentions de ce que nous avens fait de mal et que nous croyons vraiment que Dieu veut nous accueillir ainsi et qu’il le fait. Mais voici que, quand nous cro­yons cela, Dieu nous donne un cœur nouveau qui nous rend capables d’aimer à notre tour, et de pardonner, comme lui, a ceux qui nous ont fait du mal. Pendant que je parle ainsi, je sens toujours plus clairement que la tâche même qui m’a été proposée et qui, au début, m’a pris au dépourvu – réconcilier, après leur dispute, un homme et une femme que me sont parfai­tement inconnus – m’a en fait introduit au cœur même de ce ministère dont j’ai la charge : le ministère de la réconciliation, cette réconciliation qui leur deviendra possible, vraie en pro­fondeur, quand chacun d’eux se sera d’abord réconcilié avec Dieu.

 

Oui, mais, encore une fois, com­ment cela peut-il être entendu par ceux qui m’écoutent ? La ré­ponse m’est donnée d’une façon bien inattendue. Un vieillard vraiment très âgé, se lève, vient vers moi et dit : « Si cette paro­le que tu dis est vraie, c’est un miracle. Aujourd’hui, je viens avec toi ».

 

Qu’est-ce à dire ? Je ne le com­prendrai que quelques mois plus tard quand, à l’heure de son baptême, je demanderai à cet homme ce qu’il a voulu dire ce jour-là, ce qui l’a poussé à s’en­gager ainsi, et qu’il répondra par ces paroles si simples : « On nous a toujours dit que Zo[3], le dieu qui a tout créé, et qui au­trefois, vivait avec les hommes, dans leurs villages, s’est fâché avec eux parce qu’ils avaient fait du mal, et qu’il est parti. Alors nous sommes seuls, seuls devant la foudre et la variole, devant l’inondation et la séche­resse, les bêtes sauvages et tous nos ennemis, morts ou vivants, et nous avons peur. Mais tu nous as dit que Dieu nous ai­mait – et pour dire Dieu, pour parler de ce Dieu que nous a révélé Jésus-Christ, il emploie bien sûr, comme le catéchiste l’a fait, le nom « Zo », qu’il nous aimait et nous prenait pour ses enfants. Alors ça chan­ge tout, je n’ai plus peur ».

 

Ainsi, à ce vieillard, au travers de paroles pourtant bien mala­droites, Dieu avait fait entendre une parole vivante, créatrice. Il lui avait donné de faire de fa­çon proprement immédiate l’ex­périence de l’amour de Dieu dont parle Jean dans sa première épître, cet amour qui bannit toute crainte du cœur  de ceux qui l’écoutent.

 

« Détresse et promesse de la pré­dication évangélique », dit si justement Karl Barth. » ‘’


Notes :

[1] Le pasteur André Roux a été trente-cinq ans missionnaire en Afrique et en Océanie. Il a été directeur adjoint de la Société des missions évangéliques.

[2] Karl Barth (Bâle, 10 mai 1886 – Bâle, 10 décembre 1968) est un théologien protestant suisse. En 1921, il devient professeur de théologie à Göttingen. et entreprend une réflexion théologique systématique qui deviendra une référence majeure pour son siècle. En 1934, il est le principal auteur de la Déclaration théologique de Barmen, texte fondamental d’opposition chrétienne à l’idéologie nazie. Suspendu à cause de son refus de prêter serment au Führer, puis expulsé d’Allemagne, il devient professeur de théologie systématique à Bâle.

[3] Prononcer Dzo. Dans la langue Attié, Zo est le nom du dieu qui a créé toute chose ; ce dieu n’est pas à confondre avec le dieu tibétain, sorte de taureau hybride issu du croisement d’un yak et d’une vache (dzopkyo) et dont la femelle est dzum.