Les vœux d’un conseil municipal

Les archives de la ville de Mulhouse contiennent un intéressant document daté de janvier 1537 dont voici l’introduction :

 

« Nous, maire, petits et grands conseillers, nouveaux et anciens chefs de corporations, souhaitons à chacun de nos concitoyens et parents, ecclésiastiques et gens du monde, nobles et ordinaires dans notre ville : Paix, grâce, miséricorde de Dieu notre Père céleste, et une connaissance pure de Jésus-Christ, notre seul Sauveur.

 

Au cours de l’année écoulée, nous avons diligemment fait annoncer et prêcher la doctrine saine, pure et claire à vous, les habitants de notre ville. Par la grâce du Tout-Puissant, la connaissance de Dieu s’en est trouvée richement accrue en même temps que le véritable amour chrétien qui est un fortifiant pour nous et tous les croyants, qui est également pour nos concitoyens les plus faibles une consolation dans la peine. Ainsi, nous pouvons en ces temps difficiles, fâcheux et dangereux, nous réjouir avec vous dans notre sainte foi chrétienne. Celle-ci se fonde sur la pure parole de Dieu qui est enseignée tous les jours dans notre église ! Et c’est par elle que nous invoquons notre Père céleste en Jésus-Christ à qui soit publiquement rendu l’hommage et le respect. »

Une Bible de plus de 300 ans

Au 16ème siècle, les régions méridionales des Pays-Bas et la partie flamande de la Belgique actuelle, furent le théâtre d’atroces persécu­tions, Des douzaines de familles chrétiennes durent s’enfuir, laissant derrière elles tous leurs biens, pour chercher refuge en Hollande ou en Allemagne. Le vent de l’inquisition souffla alors avec une telle violence qu’il balaya toute trace de Protestan­tisme et que les Flandres n’eurent aucune connaissance de la Parole de Dieu pendant un laps de temps de trois cents ans. L’ennemi avait-il atteint son but? La cause de l’Evan­gile était-elle à jamais perdue? Ecoutons plutôt l’histoire que nous ra­conta l’un des rares témoins ocul­aires.

 

En 1877, le pasteur van den Brink, prédicateur hollandais, se rendit en Belgique pour annoncer l’Evangile dans une région des Flandres où, probablement depuis l’inquisition, aucun chrétien évangélique ne s’é­tait établi. Le Seigneur mit le sceau de Sa bénédiction sur son ministère et, en 1879, une petite église s’éleva dans le village de Roesselaere où un joyeux groupe de croyants se rassemblait fidèlement pour adorer le Seigneur.

 

Or, un certain dimanche, le pasteur van den Brink prêcha sur le témoi­gnage de Paul (Romains 1/16) : « Je n’ai pas honte de l’Evangile de Christ, car il est la puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit…». Tandis qu’il parlait avec ferveur et assurance, il remarqua un étranger au milieu de l’auditoire, vêtu simplement comme un fermier. Il paraissait profondément remué par ce qu’il entendait. De grosses larmes sillonnaient son visage en écoutant le joyeux message des lèvres du serviteur de Dieu. Son atti­tude peu commune ne passa pas inaperçue au reste de l’auditoire mais l’étonnement des fidèles fut à son comble quand, à l’issue du ser­mon, l’étranger se leva tout à coup et s’écria:

« C’est aussi dans mon livre ! ».

— Qu’y a-t-il dans votre livre? de­manda le pasteur.

— Mais que l’Evangile est la puis­sance de Dieu pour le salut. C’est vrai, j’en ai fait l’expérience moi-même !

— Quel est donc le livre que vous avez?

— C’est une Biblia.

 

Tout auditoire avait les yeux fixés sur le fermier dont l’émotion était visible. Il se mit aussitôt à raconter son histoire.

« Il y a plusieurs années, dit-il, nous décidâmes, mon père, mon frère et moi, de construire un poulailler der­rière notre ferme. En creusant dans le sol, nous trouvâmes tout à coup un gros paquet de vêtements liés par de grosses cordes. Notre pre­mière pensée fut que le paquet pourrait bien contenir de l’argent ou quelque objet de valeur. Nous n’eû­mes aucune difficulté à l’ouvrir, car les habits étaient on grande partie pourris. Grande fut notre déception de voir que le colis ne contenait rien d’autre qu’un vieux livre dont les couvertures et les pages du début étaient entièrement détériorées par l’humidité de la terre. En ouvrant le livre nous trouvâmes un bout de papier qui portait la signature de nos ancêtres et sur lequel ils avaient tracé les lignes suivantes:

« Nous déposons ici la Parole de Dieu qui a été si souvent notre ré­confort dans la persécution. Nous courons le danger d’être tués à cau­se du témoignage de l’Evangile et, comme nous craignons qu’on ne brûle ce Livre, nous l’enterrons ici en priant de tout notre cœur : Ô Dieu, redonne-le à nos enfants, afin qu’ils puissent y trouver la joie que nous possédons ».

 

Mon frère voulut le remettre dans la terre

— Cela pourrait amener la malé­diction sur notre famille, dit-il, mais mon père protesta:

— Non, nous ne ferons pas cela. je veux savoir quel est ce livre. Don­nez-le moi; je le mettrai de côté et dimanche prochain nous le lirons ensemble.

 

C’est ce qui arriva : nous nous réunîmes pour lire la vieille « Biblia » qui nous devint si précieu­se que nous avions de la peine à attendre le dimanche suivant pour en continuer la lecture. Bientôt nos voisins furent intéressés à leur tour et notre groupe de lecteurs com­mença à grandir. Mais le Livre parlait à nos cœurs et, petit à petit, nous nous mîmes à délaisser la voie du péché, de l’idolâtrie et des tra­ditions humaines et à observer les préceptes bénis de notre Sauveur et Seigneur.

 

Pendant des années nous tînmes nos cultes dans notre cuisine, éle­vant à Dieu des prières, chantant des cantiques que nous avions faits nous-mêmes et lisant toujours le vieux Livre. Nous ignorions totale­ment qu’il y eût d’autres personnes qui possédaient la même Bible. Mais on me dit qu’il y avait ici aussi un gros livre sur la chaire, je ne pus résister plus longtemps au désir de venir, bien qu’on m’ait averti que vous étiez protestants. Comme je suis heureux que vous ayez le même livre que nous et la même expérien­ce bénie !

 

Aujourd’hui, cette vieille Bible appartient à Pierre van Woerden qui l’a reçue de la fille du pasteur van den Brink alors qu’elle était âgée de 80 ans et après lui avoir raconté cette mer­veilleuse histoire. Ce doit être lune des premières éditions de la parole de Dieu en hollandais. Le style et le vocabulaire sont difficiles à com­prendre pour les flamands d’au­jourd’hui. Les 39 premiers chapitres de la Genèse sont écrits à la main très lisiblement. Le régent de Roee­selaere y travailla pendant des se­maines afin de remplacer les pages qui avaient pourri dans la terre. La Bible ainsi complétée fut de nouveau reliée en cuir très résistant. Quelques pages sont à demi impri­mées et à demi manuscrites et les deux moitiés laborieusement collées ensemble. Je vois les traces des vers qui ont pénétré dans le livre en en rongeant les vieilles pages.

 

Ah! si cette précieuse Bible pouvait parler, quelle histoire elle nous ra­conterait ! Une histoire de larmes, aussi de joie au sein même de la persécution.

 

Mais elle parle encore cette vieille Bible qui n’a pas d’âge ! Elle élève Sa voix par-delà les siècles et pro­clame que l’Ecriture est bien la Pa­role du Dieu vivant, semence indes­tructible et qui ne cesse de porter du fruit.

Giovanni Luzzi ou la traduction de la Bible en italien

Le 25 Janvier 1948 Dieu repre­nait à Lui le fameux théologien, traducteur de la Bible en langue italienne, Giovanni Luzzi, à l’âge de 91 ans.

 

« Toute l’activité de ma vie » écrit-il lui-même, « a eu pour but non de diviser, mais de réunir ce qui dans le domaine religieux se trouvait di­visé pour des raisons historiques ».

 

Né à Tschlin (Basse Engadine[1]), les premières années de sa vie s’écou­lèrent à Lucca où son père avait ouvert un café. A l’âge de vingt ans, il s’inscrivit à la Faculté de Théolo­gie de Florence, réalisant ainsi le rêve de sa mère et sa quotidienne prière. Il fut nommé pasteur de I’Eglise Vaudoise de Florence où il exerça son ministère pendant 15 ans au sein de la communauté puis com­me professeur à la Faculté de Théo­logie de la même ville.

 

Son œuvre monumentale : la traduction de la Bible en italien fut achevée après 25 ans de labeur sou­tenu, durant lesquels, chaque matin, il priait à genou, demandant à Dieu d’inspirer sa traduction. Quel exemple de persévérance !

 

Il écrivit encore de nombreux autres ouvrages.

 

Mais sa consécration dans cette œuvre de traduction complétait aussi des actions vivantes et concrètes ; à Florence, il créa une oeuvre d’assis­tance sociale : « Les Cuisines Econo­miques» et le «Dispensaire Médical » mettant ainsi en pratique l’enseigne­ment du Sauveur et donnant une preuve tangible de sa foi et de sa relation de proximité avec son Sauveur.


Note :

[1] L’Engadine (en réto-romanche, Engiadina ou Engadina) est une région de Suisse située à l’est du pays dans le canton des Grisons. Elle est délimitée par la frontière autrichienne et la Maloja.

Des Bibles en Ethiopie

Dans l’un de ses livres John Ortberg a écrit ces lignes : « Je devais me rendre pour deux semaines en Ethiopie, accompagné d’un ami, pour y prêcher en divers endroits. Ce pays était à l’époque dirigé par un gouvernement marxiste et plusieurs chefs d’églises, déclarées illégales par le pouvoir en place, nous demandèrent d’importer, en contrebande, une cinquantaine de Bibles d’étude. Je n’étais pas très chaud à l’idée de les importer illégalement, mais nous acceptâmes de tenter l’aventure.

 

Malheureusement, comme je l’avais prévu, les agents des douanes découvrirent ces Bibles et les confisquèrent. Quelques jours plus tard le directeur de la douane demanda à nous rencontrer, à condition que soyions accompagnés des principaux chefs des églises secrètes du pays. Nous étions pleins d’appréhension en nous rendant à son bureau, car la majorité des leaders chrétiens en Ethiopie avait déjà passé de longues années en prison, au point d’utiliser l’euphémisme « aller à l’université » pour décrire leur séjour derrière les barreaux. C’était, à leurs yeux l’université où Dieu les envoyait lorsqu’Il voulait affermir leur foi !

 

Comme Joseph, longtemps avant eux, certains avaient même été chargés par leurs gardes de surveiller la prison lorsque ces derniers souhaitaient s’absenter quelques heures ou quelques jours. Dans ces cas les gardes vidaient leurs fusils automatiques de leur chargeur et les remettaient aux chrétiens avec la mission de surveiller leurs collègues prisonniers !

 

Imaginez notre surprise lorsque le chef de la douane nous déclara : « Ces Bibles ont été importées illégalement. Néanmoins vous pouvez les récupérer à deux conditions : un, vous devez en garder le secret et deux, je tiens à en garder une pour moi-même. »

 

Et John Ortberg d’ajouter : « Ce jour-là mon Dieu est devenu encore un peu plus grand et redoutable ! »

 

Chaque fois que vous ferez un pas de foi, votre Dieu vous apparaîtra un peu plus grand qu’avant et vous découvrirez le vrai sens des paroles de Paul : « A Dieu qui a le pouvoir de faire infiniment plus que tout ce que nous demandons ou même imaginons, par la puissance qui agit en nous… » (Ephésiens 3.20).

L’autobus de la mort

« Avec mes frères responsables de l’Eglise de Medellin, nous avions décidé un jour de nous rendre dans une ville qui se nomme Armenia. Il fallait trois heures de bus et vous savez, en Colombie, posséder une voiture est un luxe. Le bus est le moyen de transport le plus commode et le plus économique.

Nous devions aller prier dans cette ville, comme nous le faisions aussi ailleurs. Ce jour là, nous n’avons pu être à l’heure, et notre départ fut manqué. Alors que nous arrivions, le bus venait de partir.

Tant pis, je n’ai pas mis la faute sur le diable comme beaucoup le font, mais j’ai remercié Dieu pensant qu’il avait autre chose pour nous.

Dieu permit que dans cette journée mon oreille reçoive une information catastrophique. L’autobus que nous devions prendre pour Armenia était tombé dans un ravin. Tous les passagers furent tués, à l’exception d’un homme qui eut les deux jambes coupées.

Dieu nous avait encore gardés de la mort »

« Genèse 28/15 : Voici, je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai dans ce pays ; car je ne t’abandonnerai point, que je n’aie exécuté ce que je te dis »

Qu’est-ce qui a fait effondrer le mur de la chambre ?

Il y a bien des années, Lilias Trotter[1], jeune fille d’une famille nombreuse, avait été élevée dans une belle maison. C’est à son adolescence que quelqu’un découvrit son merveilleux don pour le dessin et la peinture.

Passant ses vacances avec sa mère[2] dans l’hôtel « Europa » à Venise en Italie, elle en avait profité pour faire des esquisses et des dessins[3]. Sa mère, ayant entendu que le célèbre critique d’art John Ruskin[4] séjournait dans le même hôtel, lui écrivit un billet pour lui demander de jeter un coup d’œil sur les dessins de Lilias. Il accepta avec réserve estimant qu’une femme ne peut réellement bien peindre. Mais ce qu’il vit le fit changer d’avis.

 

Il devint son professeur et son ami, convaincu que la jeune Lilias était destinée à devenir une des plus grandes artistes du siècle. Mais il ne put comprendre que l’art n’était pas le plus grand amour de Lilias[5]. Il fut amèrement déçu quand elle abandonna la peinture en tant que carrière. Elle s’exila en Algérie, en Afrique du Nord, pour travailler parmi les mulsumanes et fonda ce qui fut appelé plus tard l’« Algiers Mission Band »[6].

 

C’était un travail très dur. Elle qui appréciait tant la beauté, commença sa vie dans les bas quartiers et les ruelles sordides d’une grande ville. Mais il lui arrivait aussi de voyager. Elle aimait les grands espaces du Sahara et peignait souvent des scènes du désert. Au-dessus de son lit était accrochée une carte de l’Afrique du Nord et elle passait des heures à genoux, en face d’elle, priant pour les villes et les villages éparpillés en Algérie.

 

Peu de gens prêtaient attention au message de l’Evangile qu’elle apportait et parfois elle en était découragée. Alors, elle était tentée de demander : « A quoi sert-il de prier ? Dieu n’a pas l’air de répondre et si peu de gens viennent à la foi en Christ ! »

 

Mais un jour quelque chose se passa, quelque chose qui lui enseigna à persévérer dans la prière, car ce n’est jamais inutile.

 

Un matin, très tôt, elle dormait dans sa maison située dans une ruelle passante, quand soudain, sans le moindre avertissement, le mur entre sa maison et la maison voisine s’écroula avec grand fracas. Heureusement, elle ne fut pas touchée mais sa chambre fut encombrée de poussière et de gravats, de lattes et de plâtre ; elle se surprit à regarder d’un air hébété dans l’étroit passage qui séparait sa maison de l’échoppe du boulanger. Elle n’y comprit rien, car elle n’avait remarqué aucune fissure dans le mur.

Elle fit venir l’entrepreneur local pour reconstruire le mur et essayer de découvrir la cause de l’effondrement. L’entrepreneur, qui était un peu architecte à ses heures, constata l’ampleur des dégâts. Après avoir fait un tour dehors, il revint particulièrement troublé.

 

— J’ai trouvé la vraie raison, dit-il, de l’effondrement de votre mur : il y a sous la boulangerie une sorte de cave aux murs de pierres avec un four et une machine munie d’un mouvement de va-et-vient pour pétrir la pâte à pain.

 

Depuis plus de vingt ans chaque nuit, le boulanger mettait cette machine en marche les vibrations nocturnes ont secoué et affaibli le mur jusqu’à ce jour où, au petit matin, la dernière vibration fait son travail et le mur s’écroule.

 

Le mur fut reconstruit. Les voisins compatirent avec Lilias et l’incitèrent à poursuivre en justice le boulanger mais ne le fit pas. Elle ne regretta pas l’incident car il lui avait enseigné quelque chose d’important.

 

Elle réalisa que ses prières n’étaient pas vaines. Elle réalisa pleinement qu’elle œuvrait au milieu de la souffrance et que le combat qui mène à la Vie ne se gagne pas forcément en un jour… Les victoires sont souvent gagnées petit à petit, étape par étape…

 

De même que chaque vibration avait affaibli son mur, ainsi chaque prière formulée au nom de Jésus a pour effet d’affaiblir l’emprise du péché. Et Lilias, ainsi que d’autres chrétiens continuaient à prier quotidiennement. Ayant persévéré dans la foi et étant resté fermes, ils purent voire à maintes reprises les effets de cet engagement dans la prière pour ses femmes perdues auxquelles ils continuaient à apporter des soins en témoignant de l’Amour de Dieu en Jésus-Christ.

 

Le Nouveau Testament nous encourage à nous revêtir de « toute l’armure de Dieu » pour « résister dans le mauvais jour, et tenir ferme après avoir tout surmonté » (Ep 6 : 13). L’arme la plus puissante que nous ayons c’est la prière (Ep 6 : 18) car c’est par elle avant tout que nous restons en contact avec Dieu, en utilisant notre propre façon de parler, et les mots qui nous sont personnels. Gardons à la pensée que Dieu ne répond pas forcément de la manière et au moment que nous attendons :

  • A certaines de nos prières, Dieu répond « oui » ;
  • A certaines de nos prières, Dieu répond « non » ;
  • Et bien souvent, Dieu répond « Attends ».


Notes :

[1] Lilias Trotter (1853 – 1928) fut une missionnaire active en Algérie auprès des femmes musulmanes.

[2] Le père de Lilias Trotter décéda alors qu’elle avait 12 ans.

[3] A cette époque, Lilias Trotter est âgée de 23 ans.

[4] John Ruskin (1819 – 1900) est un écrivain, poète, peintre et critique d’art britannique, issu d’une famille d’origine écossaise. Élevé dans une tradition évangélique qui interprète le monde comme le signe du divin, Ruskin voit dans la nature l’expression de Dieu. Il dévoile au grand jour des grands talents de la peinture.

[5] Il réprimandait souvent Lilias qui, à son avis, ne passait pas assez de temps à peindre, et trop de temps dans les rues de Londres pour soutenir et témoigner de sa foi aux femmes démunies (Lilias était très engagée dans l’association « Union Chrétienne des Jeunes Femmes », appelée YWCA encore aujourd’hui).

[6] C’est en 1888 que Lilias Trotter commença cette œuvre en Algérie du Nord en fondant une « mission » qui groupe une trentaine de missionnaires, oeuvrant dans dix localités. C’est après 19 ans d’activité qu’elle reçoit le nom de « Algiers Mission Band » qui se traduit par « Groupe de Mission Algérienne ». En 1928, année de la mort de Miss Trotter, la Mission comptait 13 stations et une trentaine de missionnaires. Dans les années 1960, « Algiers Mission Band » fut rattachée à « Arab World Ministries » (Les ministères du Monde Arabe).

La Bible traduite en polonais

Le 6 juillet 1525, le duc Albert de Brandebourg décrète que la religion d’Etat devient le luthérianisme[1]. Le duché de Prusse[2], alors fief du royaume de Pologne sous le contrôle du trente-septième grand maître de l’Ordre teutonique[3], devient ainsi le premier État d’Europe à adopter officiellement les enseignements de Martin Luther.

 

Albert de Brandebourg veut faire de la capitale de la Prusse-Orientale, Königsberg, un centre culturel protestant. Il y fonde une université et soutient financièrement l’impression des écrits de Luther en plusieurs langues. En 1544, le duc décrète également qu’on devrait lire aux Polonais qui vivent sur ses terres des portions des Saintes Écritures dans leur langue. Toutefois, il n’existe encore, à ce moment-là, aucune traduction de la Bible en polonais.

 

Pour remédier à la situation, le duc Albert se met en quête de quelqu’un qui puisse réaliser une traduction des Écritures grecques chrétiennes en polonais. Aux alentours de 1550, il loue les services d’un homme à la fois écrivain, libraire et imprimeur, appelé Jan Seklucjan. Diplômé de l’université de Leipzig, Seklucjan, en tant que théologien et pasteur luthérien, est connu pour irriter l’Église catholique en répandant les enseignements protestants. D’ailleurs, par le passé, il a dû se rendre à Königsberg pour échapper à un procès qui lui avait été intenté parce qu’il propageait ses croyances religieuses.

 

La mission consistant à traduire les Écritures en polonais enthousiasme Jan Seklucjan. Un an suffit pour que les premiers exemplaires de l’Évangile selon Matthieu soient imprimés. Cette édition inclut un commentaire détaillé et de précieuses notes marginales qui présentent, pour certains passages, d’autres options de traduction possibles. Peu après, Seklucjan supervise l’impression d’une édition contenant les quatre Évangiles. En trois ans à peine, il publie l’intégralité des Écritures grecques chrétiennes.

Début du chapitre 3 de l’Evangile de

Matthieu traduit par Stanislaw Murzynowski.

 

Par souci d’exactitude, le traducteur se réfère aux textes grecs. La préface de l’édition de 1551 signale par ailleurs que des traductions latines et « des traductions en d’autres langues ont été consultées ». Stanislaw Rospond[4], auteur d’un ouvrage consacré à la langue polonaise du 16ème siècle, décrit cette traduction comme étant réalisée en « une prose belle et fluide ». Il indique par ailleurs qu’il ne s’est pas astreint à utiliser la « langue littéraire » mais s’est appliqué à employer des mots qui étaient « très proches du parler de tous les jours ».

 

Bien que Seklucjan ait coordonné ce projet, les faits attestent que ce n’est pas lui qui a réalisé la traduction. Qui, alors, était ce traducteur érudit ? Stanislaw Murzynowski, un jeune homme qui n’a guère plus de 20 ans quand Seklucjan l’engage pour qu’il effectue cette tâche difficile.

 

Murzynowski naît dans un village, mais dès que son père l’estime suffisamment grand, il l’envoie à Königsberg pour entreprendre l’étude du grec et de l’hébreu. Par la suite, Murzynowski entre à l’université de Wittenberg, en Allemagne, où il rencontre probablement Martin Luther[5] et Melanchthon[6]. Après avoir complété ses études en Italie, Murzynowski retourne à Königsberg et offre ses services au duc Albert.

 

Murzynowski a travaillé avec application et efficacité mais il n’a jamais attiré l’attention sur lui, ni cherché une position en vue et encore moins que son nom figure sur la page de titre de sa traduction. Comme l’a si souvent écrit Jean Sébastien Bach, « Soli Deo Gloria », expression latine tirée de la version latine de la Bible, dite la Vulgate, du Nouveau Testament (1 Ti 1 : 17 et Jud 1 : 25) et signifiant à Dieu seul la gloire.


Notes :

[1] Le luthérianisme (ou luthéranisme) est la théologie fondée à partir des écrits et des pensées de Martin Luther.

[2] La fondation du duché de Prusse résulte d’une négociation engagée, sur les conseils de Martin Luther, par Albert de Brandebourg-Ansbach, trente-septième grand maître de l’Ordre teutonique, pour sauver les possessions de l’État teutonique qu’il dirigeait.

[3] L’ordre de la Maison de Sainte-Marie-des-Teutoniques, plus connu sous le nom d’ordre des Chevaliers teutoniques, d’ordre Teutonique ou de maison des chevaliers de l’hôpital de Sainte-Marie-des-Teutoniques à Jérusalem, est un ordre militaire chrétien issu du Moyen Âge. Cet ordre est aujourd’hui un institut religieux clérical de droit pontifical.

[4] Rospond Stanislaw (1906 – 1982) était un linguiste polonais, professeur à l’Université de Wroclaw.

[5] Wittenberg est célèbre pour ses liens étroits avec Martin Luther et l’aube de la Réforme : plusieurs de ses bâtiments sont associés aux événements de ce temps. Une partie du monastère augustin dans laquelle Luther a demeuré, d’abord en tant que moine puis comme propriétaire avec son épouse et sa famille, est préservée, et a été transformée en musée de Luther. Il contient de nombreuses reliques de Luther, ainsi que des portraits et d’autres peintures par Cranach. L’Augusteum, construit entre 1564 et 1583 en raison de la présence du monastère, est maintenant un séminaire théologique.

[6] Melanchthon (1497 – 1560) est souvent appelé le « Précepteur » de la Germanie et « un inspirateur de l’Église territoriale luthérienne ». Il est surtout un des maîtres du protestantisme et était très proche de Luther.

Le Nouveau Testament en langue vuté

Au Cameroun, il existe 22 langues[1] outre l’Anglais et le Français qui sont les deux langues officielles du pays[2].

 

Le projet a commencé en 1973 avec l’arrivée à Yoko d’un couple de linguistes américains, Rhon et Ronda Twing. L’étude phonologique que ce couple amorce aboutira à la mise sur pied d’un système d’écriture et aux premières classes d’alphabétisation. Ceci après la formation de quelques traducteurs à la SIL[3]. Lorsque le couple Twing quitte Yoko en 1981, l’évangile de Luc est imprimé. Au même titre que quelques livres destinés à l’alphabétisation de la langue vuté. Des passages parallèles figurent dans les Evangiles, et quelques dessins bien placés, soulignent et facilitent la compréhension de certains enseignements bibliques.

 

Le projet va connaître une traversée de désert pendant 6 ans. Jusqu’à l’arrivée, en 1991, d’un autre couple de linguistes américains, Pam et James Maxery. Avec eux, et grâce à l’appui de deux traducteurs vutés que sont Jean Soussam et Alfred Oumarou, le projet reprend. En 2002 toutes les épîtres et l’Apocalypse sont traduites et vérifiées. L’ébauche est envoyée à la United Bible Societies à Naïrobi au Kenya en 2005 pour une première édition test, puis en Corée du Sud pour l’édition finale. C’est ainsi que le 2 décembre 2007, Dieudonné Aroga Bessong, conseiller en traduction à l’Alliance Biblique Universelle pour le Cameroun et le Gabon, a déclaré publiquement à Yoko[4] que « la tradition du Nouveau Testament en langue vuté est conforme aux textes initiaux grecs ».

 

Le 1er décembre 2007, tout le pays a fêté cette bonne nouvelle en se réunissant et en manifestant sa joie d’avoir enfin la Parole de Dieu accessible pour tous…


Notes :

[1] Il existe un 23ème dialecte, le Camfranglais qui est un mélange linguistique, qui ne retiens essentiellement que les mots vulgaires et grossiers des différentes langues et dialectes.

[2] Les 22 langues sont le Bamiléké (famille de langues semi-bantoues, parlée par environ 3 millions de personnes au Cameroun), le Bulu (langue africaine, parlée principalement au Cameroun par 800 000 locuteurs, dont 200 000 personnes pour lesquelles il s’agit de la langue maternelle), le Douala (ou Bwambo ba Duala, appartient au groupe des langues bantoues. C’est une langue tonale, et elle possède quelques dialectes), Le Ewondo (à peu près similaire à quelques exceptions près, à d’autres dialectes du Cameroun comme l’Eton, le Nanga, le Bulu, le ntumu[fang]), le Ghomala (fait office de langue écrite commune à plusieurs dialectes bamilékés parlés), le Haoussa (aussi appelé hausawa, hausa, abakwariga, mgbakpa, habe, kado) est une des principales langues commerciales d’Afrique de l’Ouest; elle est parlée par environ 50 millions de personnes), le Kwa’, le Massa (masana ou masa) est une langue parlée au Tchad et au Cameroun. Elle compte environ 200 000 locuteurs), le Medumba (serait d’origine Egyptienne et à la source du Bamiléké), le Mengaka, le Moundang (langue parlée au Tchad et au Cameroun et écrite avec l’alphabet latin depuis que les missionnaires J.I. KAARDAL et Donald RAUN ont traduit l’Evangile de Marc en 1937, le Nouveau Testament en 1948 et la Bible entière en 1983), le Moussey (langue parlée au Tchad et au Cameroun, comptant environ 200 000 locuteurs), Nda’nda’, le Ngiemboon, le Ngomba, le Ngombale, le Ngwe (proche du Yemba et du Ngiemboon), le Ntoumou, le Nufi (également connu sous le nom de Fe’fe’ ou Bafang), le Peul (Le peul est une langue parlée dans une vingtaine d’États d’Afrique occidentale et centrale, des rives du Sénégal à celles du Nil, par les ethnies peuls, toucouleurs et laobés), Le Toupouri (parlée au Tchad et au Cameroun. Le Toupouri ou Tupuri ou encore Tpuri compte environ 200 000 locuteurs) et le Yemba. Beaucoup de ces langues sont à l’origine de plusieurs dialectes.

[3] SIL International (Summer Institute of Linguistics, “Institut Linguistique d’Eté”) a été fondé en 1934 pour former des jeunes gens à l’étude de langues de groupes ethniques à travers le monde pour la traduction de textes de la Bible (voire de la Bible entière). Les premières sessions se déroulèrent dans une ferme du Khansas, aux Etat-Unis (2 étudiant la première année, et 5 la deuxième). Par le passé, les équipes de la SIL ont participées à l’étude de plus de 2300 langues ; aujourd’hui, la SIL est implantée dans plus de 50 pays, et ses équipes travaillent sur plus de 1400 langues.

[4] Ville du Cameroun.

La Bible traduite en Chinois par un infirme

Nous relevons le nom de cent trente-huit missionnaires, dont onze dames ou demoiselles, qui se sont occupés de la traduction de la Bible dans les différentes langues de la Chine. Parmi eux, il y en a un qui mérite une mention spéciale, c’est M. Schereschewsky.

 

Né en 1831, en Lituanie, de parents israélites, Schereschewsky fut élevé dans toute la sagesse des juifs, et fit ses études à l’Université de Breslau[1]. La lecture du Nouveau Testament traduit en hébreu le convainquit de la vérité de l’Évangile. Il se rendit aux États-Unis, y fut baptisé, y fit des études théologiques, et en 1859 partit missionnaire à Shanghai, en Chine. Très doué, connaissant l’hébreu mieux que toute autre langue, il fut appelé à s’occuper de la traduction de la Bible. En collaboration avec quatre collègues, il traduisit le Nouveau Testament en mandarin. Ensuite, à partir de 1865, il traduisit seul l’Ancien Testament dans cette même langue. Cette traduction remarquable parut en 1875 et eut plusieurs éditions, dont la dernière, révisée, est celle de 1899.

 

Il fit plus encore. Il traduisit la Bible entière en wenli[2] simplifié. Le Nouveau Testament en 1898, la Bible entière en 1902. Il révisa ensuite ses deux traductions, les corrigeant, les améliorant pour en faire des Bibles à parallèles.

 

En 1865, six ans après son arrivée en Chine, il fut frappé d’une paralysie qui alla s’aggravant jusqu’à ce qu’elle ne lui laissât plus que l’usage du doigt du milieu de chaque main. C’est avec ces deux doigts qu’il rédigea, au moyen d’une machine à écrire, ses deux traductions. Un secrétaire les recopiait en caractères chinois. Il faut noter qu’il accomplit presque tout ce labeur hors de Chine. Quelques années après être tombé malade, il retourna en Amérique et y vécut vingt ans, après quoi il se rendit au Japon. Il mourut à Kyoto[3] en 1906, après avoir passé les vingt-cinq dernières années de sa vie immobilisé dans un fauteuil.

 

Le mal dont il fut frappé, tout en étant une rude épreuve, lui permit de servir pleinement son Dieu : il put consacrer tout son temps à la traduction de la Bible, et exerça certainement, comme traducteur. Plus que beaucoup d’autres, il put dire : « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort ».

 

La Bible, Parole de Dieu, deux fois traduite, en deux formes différentes d’une même langue, pourvues de parallèles, fut ainsi donnée à près d’un quart de la population mondiale… Voici le bilan de cette vie d’infirme. Peu d’hommes, assurément, auront exercé sur l’humanité une action plus étendue et plus profonde que ce fils d’Israël, amené à Jésus Christ par la lecture d’un Nouveau Testament hébreu.

 

Il a accompli ce que l’apôtre Paul a écrit : « courons pour remporter la couronne » et « persévérons »…

 

Une difficulté de la traduction en chinois de la Bible, qui n’a pas encore été entièrement surmontée, est venue s’ajouter à toutes celles qui sont inhérentes à l’étude même de la langue, la difficulté de trouver un terme chinois qui rende convenablement le nom de Dieu. C’est là un cas extraordinaire, unique, dans l’histoire des traductions de la Bible, et qui dépasse la compréhension de ceux qui ne sont pas initiés.

 

Cette difficulté n’est pas nouvelle. La controverse à laquelle elle a donné lieu dure depuis plus de deux cents ans. Au dix-septième et au dix-huitième siècle, plusieurs papes intervinrent par des décrets contradictoires. Les missionnaires protestants, à partir de 1850, ne se trouvèrent pas moins divisés sur cette question que les missionnaires catholiques. Voici un trait qui montre combien la controverse a été ardente et compliquée. En février 1901, un missionnaire bien connu commença, sur cette question, dans le Chinese Recorder, une série d’articles mensuels qui se succédèrent jusqu’au mois d’août 1902. Il avait, pendant vingt ans, réuni et catalogué plus de 13.000 passages de la littérature chinoise pour établir son opinion. Et quand il termina ses articles, il estimait n’avoir pas épuisé le sujet! Cette difficulté n’est pas spéciale au wenli et au mandarin. Elle se reproduit dans toutes les langues provinciales.

 

En fait, le chinois n’a pas de mot pour désigner la divinité, pas de mot qui réponde à l’Elohim hébreu. Le mot propre manquant, trois termes se sont présentés:

 

Schang-Ti (maître suprême), Shen (esprit), et Tien-Tchéou (Seigneur du ciel). La majorité des missionnaires anglais ont été pour le premier de ces termes, et la majorité des missionnaires américains, pour le second. Le troisième, depuis le décret papal de 1704, a été adopté par les catholiques. La raison pour laquelle la controverse sur ce sujet a été si passionnée, c’est que Shang-Ti est le nom donné à certains dieux chinois et aux empereurs déifiés. Les adversaires de ce terme ne voulaient pas donner au vrai Dieu le nom d’une idole, afin de ne pas risquer de l’abaisser au niveau des images de bois qu’on trouve dans les temples païens des villes chinoises. Les partisans de Shang-Ti répondaient que ce terme appartenait à l’époque primitive, monothéiste, antérieure au bouddhisme et au taoïsme, qu’il désignait le maître suprême du ciel et de la terre, un dieu dont les attributs rappelaient ceux du Jéhovah de l’Ancien Testament, et qu’on pouvait l’adopter comme les apôtres avaient adopté le mot Théos, qui était loin de désigner le vrai Dieu des chrétiens.

 

L’entente ne pouvant se faire, ni parmi les traducteurs, ni parmi les missionnaires, il fallut imprimer des éditions diverses des mêmes traductions, afin que personne ne fût choqué en trouvant dans sa Bible le nom qu’il désapprouvait.

 

Actuellement la controverse touche à sa fin. Les missionnaires se sont mis d’accord pour adopter, dans la version en mandarin, Shen, comme terme générique pour Dieu, et Shang-Ti pour désigner le vrai Dieu.


Notes :

[1] Wrocław (Breslau en allemand) est la quatrième ville de Pologne.

[2] Le wenli (ce mot signifie littéraire, classique) n’est pas une langue parlée; c’est une langue écrite, susceptible de prononciations fort différentes. Deux Chinois, l’un de Canton, l’autre de Ning-po, lisant à haute voix la même page en wenli ne se comprendront pas l’un l’autre, parce qu’ils la liront, l’un dans la langue de Canton, l’autre dans la langue de Ning-po. C’est un peu comme nos chiffres arabes, qui, pour les yeux, sont les mêmes dans toutes les langues européennes, mais qui pour l’oreille s’expriment de manières très différentes et qui parfois n’ont aucun rapport entre elles. Quinze, fünfzehn, fifteen, pymp theg, quindichi, décapenté, piatnadziat, voilà comment on dit 15 en français, en allemand, en anglais, en gallois, en italien, en grec, en russe. C’est la même chose, et ce n’est pas la même chose. Cette langue littéraire a trois formes : le wenli proprement dit, le wenli ancien, ou ku-wen, et le wenli simplifié, ou siao-wen. C’est le wenli simplifié qui est la langue officielle, la langue de tous les décrets du gouvernement, la langue des affiches. En dehors du wenli et du mandarin, répandus le premier dans la totalité, le second dans les trois quarts de l’empire chinois, il y a neuf langues provinciales qui ne sont pas des dialectes, mais des langues tout à fait distinctes, et dont quelques-unes sont parlées par des millions d’hommes.

[3] Kyoto (littéralement, ville capitale) fut de 794 à 1868 la capitale du Japon.

Les Bibles malgaches

Les premiers missionnaires protestants arrivèrent à Madagascar en 1818. C’étaient David Jones et Thomas Bevan, chacun accompagné de sa femme et d’un enfant. Au bout de quelques mois, sur ces six personnes, cinq étaient mortes de la malaria, et David Jones, seul survivant, était lui-même très malade. Il se rétablit, et en 1821 fut rejoint par David Griffith, gallois comme lui.

 

À ce moment-là, il y avait peut-être en tout six Malgaches capables d’écrire leur langue, et cela en empruntant les caractères arabes. Le malgache n’existait pas comme langue écrite. Mais en 1823, Jones et Griffith avaient créé une écriture en harmonie avec les règles de grammaire qu’ils avaient détectées. En 1826, la Société missionnaire de Londres leur envoyait une machine à imprimer.

 

En janvier 1827, les missionnaires écrivaient:

 

Nous avons consacré la journée du 1er janvier à la révision finale et à l’impression du premier chapitre de Luc. Nous voulions, par ce ministère, en ouvrant sur un sol aride et desséché la fontaine des eaux vives, sanctifier cette nouvelle année de labeur missionnaire. Puissent les eaux de guérison couler bientôt en mille canaux et transformer ce pays en un jardin de l’Éternel

 

Avant la fin de l’année, les missionnaires avaient imprimé l’Évangile de Luc à 1.500 exemplaires. En 1830, le Nouveau Testament était imprimé à 3.000 exemplaires.

 

Je ne veux pas prophétiser, écrivait le missionnaire-imprimeur, mais je ne puis pas croire que la Parole de Dieu soit jamais exterminée de ce pays, ou que le nom de Jésus y soit jamais oublié.

 

La publication du Nouveau Testament excita chez les indigènes un esprit de saine curiosité. Leur Nouveau Testament à la main, ils entouraient en grand nombre la demeure des missionnaires pour se faire expliquer les passages qu’ils avaient marqués. On était étonné de voir la Parole de Dieu trouver chez eux tant d’écho. Ils comprenaient très bien tous les passages qui condamnaient l’idolâtrie et la sorcellerie. À propos du passage : Vous observez les jours et les mois, un jeune garçon fit cette remarque : «Voilà qui condamne les gens qui tuent leurs enfants parce que le jour ou le mois de leur naissance est réputé mauvais, et ceux qui s’abstiennent de faire quelque chose aux temps dits néfastes».

 

En mars 1835, comme l’impression de l’Ancien Testament touchait à son terme, la persécution éclata. La reine Ranavalona fit réunir tous les exemplaires des Écritures qu’on put trouver, et les fit remettre aux missionnaires comme objets prohibés. La lecture des Écritures, comme la prière, fut interdite sous peine de condamnation à la mort ou à l’esclavage. À cette époque, il restait à imprimer les livres d’Ézéchiel à Malachie, et une partie du livre de Job. Aucun indigène n’osait prêter la main à ce travail. Tout ce qui restait fut composé par le missionnaire Baker et imprimé par un artisan missionnaire, M. Kitching. Le 21 juin, la première Bible malgache était imprimée et reliée. Jamais ministère ne fut plus fécond et plus glorieux que celui qu’accomplirent ces deux hommes pendant ces trois mois. Il se prépara là bien des palmes et bien des couronnes!

 

Des exemplaires de la Bible furent remis aux indigènes. Ceux qui les recevaient savaient fort bien qu’en les recevant ils risquaient leur vie. Quand les missionnaires, expulsés, quittèrent l’île, en juillet 1836, il restait encore un stock de soixante-dix Bibles. Les missionnaires enterrèrent ces soixante-dix Bibles et en indiquèrent la cachette à quelques-uns de leurs convertis. Ce fut là, pour de longues années, le dépôt biblique des chrétiens malgaches. Ces Bibles, comme on l’a dit, furent le combustible qui, pendant plus d’un quart de siècle de persécution, alimenta le feu sacré à Madagascar. Plusieurs de ces Bibles existent encore. On en voit une à la bibliothèque de la Société biblique britannique.

 

Le souvenir de la persécution le plus émouvant que j’aie rapporté, racontait plus tard un missionnaire, consiste en quelques fragments des Écritures, usés, déchirés, portant des taches de terre ou de fumée qui sont les marques de leur cachette, mais soigneusement réparées : ces feuilles sont cousues entre elles par des fibres d’écorce, et leurs marges sont recouvertes de papier plus fort.

 

On comprend que ces Bibles se soient usées! Elles circulaient par fragments; on échangeait des moitiés, des quarts de Bible. Comme les exemplaires étaient rares, il circulait aussi des fragments copiés à la main. Des chrétiens se réunissaient pour méditer la Bible et prier, en particulier sur une montagne, à quelque distance de la capitale. Quand on les découvrait, ou quand on découvrait leur Bible, c’était l’esclavage ou la torture, ou une mort cruelle.

 

Plusieurs réussirent à cacher leurs Bibles. Les uns les dissimulaient adroitement dans des troncs d’arbres, d’autres les confiaient à des cachettes pratiquées dans des endroits réputés inaccessibles, d’autres, après les avoir enveloppées, les enterraient soigneusement. Voici à quel moyen on eut recours dans le Vonizongo.

 

Quand la reine Ranavalona ordonna des perquisitions sévères pour faire saisir toutes les Bibles qu’il y avait à Madagascar, les chrétiens du Vonizongo se dirent : «Si nous perdons notre Bible, que deviendrons-nous?» Et ils décidèrent de cacher leur Bible dans une caverne creusée, au temps jadis, près du village de Fihaonana, pour servir d’hôpital aux varioleux. Les chrétiens malgaches bravaient, pour l’amour de leur Bible, le danger de la contamination, bien assurés que les émissaires de la reine n’auraient pas le même courage.

 

Les émissaires vinrent dans le village et y firent une recherche acharnée, sans rien trouver. Ils se dirigèrent ensuite vers la caverne. «Vous savez sans doute, leur dit quelqu’un, que cette caverne est l’hôpital des varioleux? — Non! répondit, sursautant avec horreur, l’un des émissaires. Pourquoi ne nous l’avez-vous pas dit plus tôt, malheureux?» Les émissaires opérèrent une prompte retraite, et la Bible fut sauvée.

 

Ces Bibles, on allait, aussi souvent que possible, les retirer de leur cachette, les lire en secret ou en public, selon le degré qu’atteignait la persécution, et on les replaçait bien vite en lieu sûr.

 

Pendant un quart de siècle, les chrétiens malgaches persécutés n’eurent d’autre missionnaire que la Bible. Et lorsque, en 1861, après la mort de Ranavalona, les missionnaires anglais revinrent, au lieu de mille adhérents et de deux cents chrétiens déclarés qu’il y avait en 1835 à Madagascar, ils trouvèrent cinq mille chrétiens déclarés. Voilà ce qu’avait fait la lecture de la Bible. La Bible est un bon missionnaire.

 

En 1872, les missionnaires commencèrent à procéder à la révision de la Bible malgache. La Bible révisée fut imprimée en 1888 par la Société britannique.

 

«Nous voici en septembre 1897, écrit le missionnaire Élisée Escande en 1906, dans cette province d’Ambositra connue par un récent et magnifique réveil. Le missionnaire qui s’y installe est en proie à la plus profonde détresse. Un vent de persécution a passé sur ce district. La population presque toute entière est passée au catholicisme.

 

«Qu’est-ce qui va empêcher le missionnaire de se sentir vaincu avant d’entreprendre la lutte ? C’est ce qu’il apprend de l’amour des Malgaches pour leur Bible.

 

«Lorsque les habitants du district d’Ambositra crurent qu’ils n’avaient qu’un moyen de montrer leur soumission à la France, celui de «devenir catholiques», ils furent sollicités par le père jésuite de lui remettre leurs Bibles. Les plus peureux le firent, et quelle ne fut pas leur consternation quand ils virent le père jésuite faire brûler toutes ces Bibles! Dès ce moment, aucune Bible ne lui fut plus apportée. À l’exemple de leurs pères, ces Malgaches cachèrent leurs Bibles dans des endroits où les émissaires du père jésuite ne pouvaient les trouver. Eux aussi lisaient en secret, en cachette des voisins et de certains membres de leur famille, leur chère Bible. Ils sont venus dire au premier missionnaire protestant d’Ambositra leur honte d’avoir abandonné le protestantisme, et, comme s’ils devinaient ce qui leur concilierait le plus l’affection de celui qui venait leur montrer leur faute et les exhorter à revenir au Christ de l’Évangile, ils lui disaient : «Mais nous avons conservé nos Bibles, nous continuons à les lire en cachette, et dès que vous serez venu rouvrir la lutte dans notre village, nous tirerons nos Bibles de leur cachette, et nous nous en servirons ouvertement comme par le passé». Et l’une des joies les plus pures que ce missionnaire a éprouvées pendant les premiers mois de son ministère a été de voir ces Malgaches venir assister au culte, dans une case basse et enfumée, se tassant comme des harengs, la joie peinte sur leur figure, et leur Bible, leur chère Bible à la main. Avec quelle promptitude les passages indiqués étaient trouvés, avec quelle émotion ils étaient relus en public à haute voix, avec quel entrain parfois ils étaient commentés!»

 

En 1900 et 1901 éclata dans le Betsiléo un puissant réveil religieux au sujet duquel le missionnaire norvégien Borchgrevink a écrit ceci : «Ce qu’il y a de plus remarquable dans ce réveil, c’est qu’il faut l’attribuer non à la prédication de l’Évangile, mais à la lecture de la Bible. La Bible en a été le seul instrument ».