Le chrétien et la malédiction de ses ancêtres (partie 1)

Dans le combat spirituel, les déviations ne manquent pas et en voici une qui n’a absolument rien à voir avec la réalité biblique : la théorie de « la malédiction des ancêtres » dont le chrétien doit soi-disant chercher à être délivré. Cette fausse doctrine a neutralisé la puissance libératrice de la croix, culpabilisé et paralysé certains chrétiens dans leur croissance spirituelle.

 

Le verset le plus utilisé à ce sujet est celui-ci : « Tu ne te prosterneras point devant elles (images taillées), et tu ne les serviras point; car moi, l’Eternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et à la quatrième génération de ceux qui me haïssent, et qui fais miséricorde jusqu’à mille générations à ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements » (Ex 20:5-6). L’essentiel de ces réflexions est tiré du livre anglais « Power Encounter » de Opal L. Reddin des U.S.A.[1]

 

Pourquoi la popularité d’une telle hérésie?

 

Deux raisons peuvent être données pour en expliquer le succès.

 

  1. a) La première est le refus de l’être humain d’assumer ses propres responsabilités. Les théories psychologiques modernes ont convaincu beaucoup de gens qu’ils ne sont pas vraiment pécheurs, mais plutôt victimes de la société en général et des parents en particulier.

 

  1. b) Pendant leurs réunions, lorsque les chrétiens s’approchent pour la prière, ceux qui enseignent cette «malédiction des ancêtres » prétendent être capables de « briser cette malédiction qui est sur eux ». Vivant dans la génération de « l’instantané », la promesse d’une transformation morale rapide est très attrayante.

 

L’influence importante des parents sur leurs enfants

 

Ne sous-estimons pas la puissance de l’exemple parental. C’ est dans le foyer que les parents ont l’inestimable privilège, mais aussi l’immense responsabilité de forger le caractère de leur enfant. Ils peuvent faire de leur maison un havre de bonheur et de paix ou alors un « enfer ».

 

La Parole de Dieu donne aux parents des instructions précises, aussi bien dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament. « Ces commande­ments, que je te donne aujourd’hui, seront dans ton coeur. Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu seras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras »(Dt 6:6-7). L’apôtre Paul a dit: « Et vous, pères, n’irritez pas vos enfants, mais élevez-les en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur »(Ep 6:4).

 

Les parents doivent aussi réaliser que leur mondanité ou leurs propres négligences spirituelles peuvent avoir de tragiques conséquences sur leurs enfants. Les enfants souffrent des péchés de leurs parents, seulement s’ils font le mal comme eux et adoptent leurs mauvaises habitudes. Si Dieu ne tient jamais le coupable pour innocent, il ne considère pas non plus 1’in­nocent pour le coupable (Ex 34:7; Ez 18:17).

 

La théorie des raisins verts et des dents agacées

 

Les Israélites avaient développé une « théologie de la malédiction des ancêtres » en se basant faussement sur un proverbe en circulation en Israël de ce temps-là. C’est pourquoi, le prophète Ezéchiel les reprend en disant: « Pourquoi dites-vous ce proverbe dans le pays d’Israël : Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées? »(Ez 18:2; Jr 31:29).

 

Certains prédicateurs de nos jours utilisent ce verset pour expliquer que la malédiction des parents retombe bien sur les enfants. Mais, dans ce passage, Dieu dit exactement le contraire. Il dit au prophète d’an­noncer à son peuple, qu’ils ne doivent pas l’utiliser. « Je suis vivant! dit le Seigneur, l’Eternel, vous n‘aurez plus lieu de dire ce proverbe en Israël. Voici, toutes les âmes sont à moi; l’âme du fils comme l’âme du père, l’une et l’autre sont à moi; l’âme qui pèche, c’est celle qui mourra » (Ez 18:3-4). Le prophète Jérémie confirme aussi cette réalité en déclarant : « Mais chacun mourra pour sa propre iniquité; tout homme qui mangera des raisins verts, ses dents en seront agacées » (Jr 31:30). Dieu ne tient jamais l’innocent pour coupable.

(Suite « La malédiction des ancêtres n’est pas biblique (Partie 2) » :  https://wp.me/p8REsR-gf)

[1] Opal L. Reddin, Power Encounter, p. 198 à 208

Le danger de la foi en sa propre foi

Voilà une fausse conception de la foi qui nous vient (également) de Kenneth Hagin : « Avez-vous jamais pensé, dit-il, à la possibilité d’avoir foi en votre propre foi ? Manifestement, Dieu a foi dans sa propre foi, puisqu’il pro­nonce des paroles de foi et qu’elles s’accomplissent… En d’autres termes, avoir foi dans vos paroles, c’est avoir foi en votre foi. C’est ce que vous devez apprendre pour obtenir ce que vous demandez à Dieu. Ayez donc foi en votre foi ».[1] Quelle confusion !

 

Dan McConnell nous rend attentif qu’un dieu qui dit « avoir foi en sa propre foi » n’est pas le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ. Un tel dieu n’est pas dieu du tout, mais une « force impersonnelle » qui ressemble à celui que nous présentent les sectes métaphysiques[2]. Cette force serait à la disposition de tous ceux qui connaissent et pratiquent « ses formules et ses lois ». Ce sont précisé­ment ces formules et ces lois qu’ils nomment « la foi », mais en réalité, elles ne sont rien d’autres que des formules de sectes métaphysiques recyclées.[3]

 

Quand E.W. Kenyon parle « des grandes lois spirituelles qui gouvernent les forces invisibles de la vie », en fait il épouse des concepts métaphysiques qui affirment que l’univers est gouverné par des lois spirituelles et non par Dieu. « La théologie de la foi » enseigne en principe un Dieu personnel. Mais en pra­tique, le dieu de leur théologie diffère peu de celui des sectes métaphysiques.[4]

 

Dans ces milieux, la déclaration la plus populaire en ce qui concerne la natu­re de la foi est la suivante: « Ce que je confesse, je le possède ».[5] Bien qu’attri­buée à Hagin, cette parole provient de Kenyon qui a aussi déclaré : « Une loi spirituelle que peu d’entre nous connaissent est que notre confession nous gou­verne ».[6]

 

Selon eux, une confession verbale positive deviendrait donc le détonateur qui mettrait en action « les lois spirituelles » qui gouvernent l’univers.

 

« La théologie de la foi » plaide en faveur d’un autre dieu que celui de la Bible. Cette foi se distingue de la vraie foi biblique par son concept d’un univers gou­verné par des lois spirituelles et non par Dieu. Elle détruit soit la souveraineté de Dieu, soit sa personnalité.[7]

 

Dieu est-il souverain ou sujet ? Lorsque ce mouvement enseigne que Dieu doit obéir aux lois spirituelles qu’ils ont établies et qu’il ne peut faire autrement, il détruisent sa souveraineté. La Bible enseigne clairement l’absolue souveraineté de la volonté de Dieu. « Notre Dieu est au ciel, il fait tout ce qu’il veut » (Ps 115 : 3). Aucun homme ne peut forcer la main de Dieu avec des formules et il n’existe aucune loi spirituelle en dehors de Sa volonté (Dn 4 : 34-35). Dans l’univers, Dieu « opère toutes choses d’après le conseil de sa volonté » (Ep 1:11) et non d’après des « formules » exprimées par la volonté d’un homme.[8]

 

Dieu est-il une personne ou une formule ? Si d’un côté, les docteurs de la foi acceptent la souveraineté de Dieu, ils croient que sa pensée et sa volonté ne se distinguent pas des lois spirituelles. Ils détruisent ainsi la personnalité de Dieu et nient les attributs qui font de lui une personne. Ce que ces hommes n’arrivent pas à discerner, c’est que Dieu puisse avoir une volonté séparée de leurs préten­dues lois spirituelles qui gouvernent l’univers.

 

Cette théologie de la foi donc est centrée sur l’homme. Elle est basée sur une mauvaise traduction de Marc 11:22: « Ayez foi en Dieu ». Ils traduisent: « Ayez la foi de Dieu », ce qui est totalement faux selon les spécialistes et les commen­tateurs du texte grec. Jésus ne conférait pas une sorte de divinité aux hommes qui avaient la foi, il était en train d’exhorter des hommes à mettre leur foi en Dieu, c’est-à-dire en sa personne, son caractère et son oeuvre rédemptrice. Par contre, par leur attitude, les leaders de ce mouvement réduisent la foi en une dangereuse formule abstraite qui devient ainsi une hérésie. La Bible enseigne que Dieu est à la fois le sujet et l’objet de notre foi, notre source et notre but. Un homme dont « la foi est en sa propre foi » est un homme dont la foi n’est qu’en lui-même et non en Dieu. La foi biblique est toujours théocentriste (centrée sur Dieu) et non sur l’homme.

 

Les disciples de la « confession positive » font souvent des déclarations pré­sentant l’homme comme « souverain » et Dieu comme « serviteur ». Une telle atti­tude place Dieu au service de l’homme et non l’homme au service de Dieu comme la Bible l’enseigne. Avec une telle conception de la foi, on passe forcé­ment très peu de temps à rechercher la communion avec le Seigneur et à décou­vrir sa volonté dans les Ecritures. Dans ces milieux, on entend très peu d’ex­hortations allant dans ce sens-là. Dans leur relation avec Dieu, ils donnent la priorité à leurs désirs et considèrent cela comme un signe d’autorité. Quelle illu­sion !

 

N’oublions pas que cette autorité du chrétien n’existe que lorsque ses désirs sont en harmonie avec la volonté souveraine de Dieu. L’exhortation de l’apôtre Paul est toujours actuelle: « C’est pourquoi ne soyez pas inconsidérés, mais comprenez quelle est la volonté du Seigneur » (Ep 5:17). Quand le disciple reconnaît la souveraineté de Christ dans sa vie, il ne cherche plus à lui « donner des ordres », ni à utiliser égoïstement sa puissance. Il cherche plutôt à obéir, et n’aura qu’un seul désir, s’abandonner entre les mains de son Maître pour devenir un instrument docile à son service.

——————————————–

Notes

[1] K. Copeland, Believers’ Voice of Victory (traduction en français : La Voix des croyants de la Victoire ), Sept. 91, p. 3-4, 8

[2] Description que l’on retrouve dans toutes les « philosophies » orientales et New Age.

[3] E.W. Kenyon, What Happened (traduction en français : Ce qui arriva), p. 64 ; K. Hagin, Word of Faith (traduction en français : Le Mot de la Foi), April 1982, p. 2

[4] Charles Capps, Authority in Three Words (L’Autorité en Trois Mots), 1982, p. 212-213

[5] Dan McConnell, A Different Gospel (traduction en français : Un Evangile Différent), p. 127

[6] E.W. Kenyon, Hidden Man (traduction en français : L’Homme Caché), p. 47

[7] K. Hagin, How Jesus Obtained His Name (traduction en français : Comment Jésus Obtint son Nom), tape (cassette) 44 H 01

[8] K. Hagin,, The Name of Jesus (traduction en français : Le Nom de Jésus), p. 31

Jésus crucifié un mercredi soir

Jésus fut-il crucifié un vendredi, puis ressuscité le dimanche matin ?

Selon la tradition populaire, si Jésus fut mis au tombeau le vendredi soir avant le coucher du soleil, et qu’il ressuscita le dimanche matin un peu avant ou tout juste au lever du soleil, cela fait seulement un jour et deux nuits, soit environ 36 heures.

Mais Jésus dit lui-même spécifiquement : trois jours et trois nuits.

Voyons les faits exacts.

Tout le monde sait qu’il y a 24 heures dans un jour, ce qui veut dire que dans trois jours il y a exactement 72 heures. Si nous croyons que Jésus serait ressuscité le dimanche matin et qu’à partir de là nous entamons un compte à rebours de 72 heures, en revenant en arrière à partir du dimanche matin au lever du jour, nous arrivons à jeudi matin au lever du jour.

Nous avons là un problème de taille, car cela ne peut pas non plus être correct, car les Écritures sont très précises, Dieu est très précis, et nous voyons dans Mathieu 27 : 57-60 et dans Marc 15 : 42 que Jésus fut mis au tombeau le soir.

Examinons Matthieu 27 : 57-60 :

« Et le soir étant venu, un homme riche d’Arimathée, nommé Joseph, qui avait été, lui aussi, disciple de Jésus, vint vers Pilate et demanda le corps de Jésus ; et Pilate commanda qu’on le lui donnât. Joseph, ayant pris le corps, l’enveloppa dans un linceul blanc, et le mit dans un sépulcre neuf, qu’il s’était fait tailler dans le roc; et ayant roulé une grande pierre à l’entrée du sépulcre, il s’en alla. »

Marc 15 : 42-46 :

« Comme il était déjà tard, et que c’était le jour de la préparation, c’est-à-dire, la veille du sabbat. […] Et Joseph ayant acheté un linceul, le descendit de la croix, l’enveloppa dans ce linceul, et le mit dans un sépulcre qui était taillé dans le roc; et il roula une pierre à l’entrée du sépulcre. »

Nous serions donc obligé d’ajouter 12 heures de plus à notre compte à rebours pour arriver au soir, et arriver alors au mercredi soir. Mais cette fois il y aurait trop d’heures et on compterait donc plus de trois jours et trois nuits.

 

Et maintenant la question qui se pose est celle-ci : Jésus peut-il avoir été crucifié le mercredi ? Beaucoup diront que non, ce n’est pas possible puisque que dans Marc 15 : 42, il est clairement dit que c’était le jour avant le sabbat. Mais ce jeudi alors peut-il avoir été jour de sabbat ? Et voici la réponse : Oui, en effet, ce jeudi était un jour de sabbat !

Ceci est un fait qui déconcerte énormément  de gens. Et malheureusement c’est aussi un fait qui demeure complètement ignoré de tous, car les chrétiens ont complètement perdu le sens des jours des Fêtes de L’Éternel, jours saints pleins de signification que Dieu avait donné à Israël. La signification réelle de ces fêtes a été occultée et perdue pendant des siècles. Pourtant, ces fêtes révèlent en totalité et avec grande exactitude, les étapes précises du Grand Plan de Dieu pour le salut de l’humanité.

Bien qu’elles n’ont plus à être observées tels que prescrites à Israël, il n’en demeure pas moins que les Fêtes de L’Éternel sont un extraordinaire pédagogue sur lequel nous devrions nous appuyer pour comprendre un bonne parties de la vérité biblique, tellement elles sont révélatrices. Satan c’est bien joué de nous en les occultant et les remplaçant par d’autres fêtes qui ont l’air légitimement chrétiennes mais qui ne sont en fait que des artifices et des contrefaçons de la vérité.

 

C’est grâce cette connaissance, entres autres, que nous découvrirons que, ce fameux sabbat dont il est question en Marc 12 : 42 révèle la clé du mystère !

 

Nous lisons dans Jean 19 : 31 que c’était un grand jour de sabbat :

« Or, les Juifs, de peur que les corps ne demeurassent sur la croix le jour du sabbat (car c’était la préparation, et ce sabbat était un grand jour), demandèrent à Pilate qu’on rompît les jambes aux crucifiés, et qu’on les enlevât. »

Or, ce sabbat, un sabbat annuel, n’était pas un sabbat comme à l’ordinaire, mais un sabbat très spécial, « un grand jour ». Il était toujours fêté le 15ème jour du mois de Nisan, quel que soit le jour de la semaine où il tombait. Ce sabbat n’avait rien à voir avec le sabbat célébré chaque semaine, le samedi.

Il pouvait donc arriver, en effet, qu’il y eût deux jours de sabbat dans la même semaine. Le jour de la Pâque était célébré le 14ème jour du mois Nissan, et le jour suivant était toujours un sabbat. On peut lire cela soi-même dans Exode 12:1-14, Lévitique 23 : 5-7, Nombres 9 : 1-5, 28:16-18, et Deutéronome 16.

Il est fortement recommandé que vous examiniez ces passages des Écritures pour avoir le maximum de compréhension et de révélation de la vérité. Voyons en Lévitique 23 : 5 à 7 :

« Le premier mois, le quatorzième jour du mois, entre les deux soirs, sera la Pâque de l’Éternel ; Et le quinzième jour de ce mois, sera la fête des pains sans levain à l’Éternel; vous mangerez des pains sans levain pendant sept jours. Le premier jour vous aurez une sainte convocation; vous ne ferez aucune ouvre servile. »

Ce sabbat, dont on parle ici, fut institué lors de la première « Pâque de l’Éternel » en Égypte, à la veille de la fuite d’Israël ! Il y avait sept sabbats qui étaient célébrés seulement une fois par an (Lévitique 23:15, 24, 27, 34 et 39), en plus des sabbats hebdomadaires, et qui pouvaient tomber à différents jours de la semaine.

L’agneau pascal devait être immolé le 14ème jour, le soir de la Pâque. Nous pouvons lire dans Exode 12 : 6, 11 :

« Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour de ce mois ; et toute l’assemblée d’Israël l’immolera entre les deux soirs ». « C’est la Pâque de l’Éternel. »

Donc, si Dieu avait tant de vigilance pour que l’agneau pascal fût immolé à un moment précis, et la Bible nous révèle à quel point Dieu est précis et ne ment pas, il devrait être encore plus rigoureux au sujet du sacrifice du véritable agneau pascal : Jésus-Christ. Jésus fut donc crucifié au soir du jour de la Pâque le 14 de Nisan. S’il avait été crucifié le vendredi dans ce cas-ci, il aurait été sacrifié deux jours trop tard.

Considérons la signification immense du MIRACLE DE JONAS.

(voir la vidéo : « Le signe de Jonas » : https://www.youtube.com/watch?v=PxC1ccEQas4)

 

Mathieu 12 : 39-40.

« Quand des scribes et des pharisiens demandèrent un signe à Jésus, Il répondit: Une race méchante et adultère demande un miracle; mais il ne lui en sera accordé aucun autre que celui du prophète Jonas. Car comme Jonas fut dans le ventre d’un grand poisson trois jours et trois nuits, ainsi le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. »

 

Jésus prouvait qu’il était le Sauveur en accomplissant le signe de Jonas, le SEUL miracle  d’ailleurs, qu’Il allait donner à cette race perverse, adultère et méchante, qui demandait un miracle comme preuve de qui Il était.

Examinons encore la précision divine avec Matthieu 12:38-40 :

« Alors quelques-uns des scribes et des pharisiens lui dirent: Maître, nous voudrions te voir faire quelque miracle. Mais lui, répondant, leur dit: Une race méchante et adultère demande un miracle; mais il ne lui en sera accordé aucun autre que celui du prophète Jonas. Car comme Jonas fut dans le ventre d’un grand poisson trois jours et trois nuits, ainsi le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. »

Son corps resta donc au tombeau précisément TROIS JOURS ET TROIS NUITS. Et si nous comptons 72 heures depuis mercredi au coucher du soleil, nous arrivons au samedi au coucher du soleil. Jésus avait alors accompli le miracle de Jonas et prouvé qu’il était le Messie.

Nous avons vu que du vendredi soir au dimanche matin nous avons un sérieux problème de manque de temps. Ce qui ferait mentir Dieu ou dénigré Sa Parole. Il ne peut s’agir de plus de temps non plus, car à ce moment là cela impliquerait plus de 72 heures et il ne s’agirait plus de trois jours et trois nuits mais trois jours et trois nuits et demi ou trois quarts. Il s’agit donc d’une période très précise, ni plus, ni moins. Encore une fois, Dieu ne ment pas.

Jésus pouvait donc très bien être déjà ressuscité le samedi soir. Il n’est pas écrit à quel moment Il ressuscita, mais Jésus dit lui-même qu’il ressusciterait LE troisième jour. Pas, après le troisième jour ou tout de suite après. Mais, très exactement LE troisième jour !

Mathieu 16:21 :

« Dès lors Jésus commença à déclarer à ses disciples qu’il fallait qu’il allât à Jérusalem, et qu’il y souffrît beaucoup de la part des sénateurs, et des principaux sacrificateurs, et des scribes, et qu’il y fût mis à mort, et qu’il ressuscitât le troisième jour. »

Matthieu 17:23 :

« Et ils le feront mourir, mais il ressuscitera le troisième jour. Et les disciples en furent fort attristés. »

Matthieu 20:19 :

« Et ils le livreront aux gentils, pour être moqué, et fouetté et crucifié; mais il ressuscitera le troisième jour. »

Et puisque samedi était le troisième jour, 72 heures exactement après sa mise au tombeau juste avant le sabbat qui débutait au coucher du soleil le mercredi précédent, Jésus ressuscita donc déjà le samedi soir juste avant le couché du soleil. Cela est d’autant plus très significatif en ce que symboliquement c’est exactement au 7ème jour que, lors de la création, Dieu acheva toute son œuvre !

Quand les femmes vinrent au tombeau tôt le dimanche matin, Jésus n’y était déjà plus, il était déjà ressuscité. Examinons encore une fois la précision des Écritures en Marc 16:2, 6 :

« Et elles vinrent au sépulcre de grand matin, le premier jour de la semaine, comme le soleil venait de se lever. Mais il leur dit: Ne vous effrayez point; vous cherchez Jésus de Nazareth qui a été crucifié ; il est ressuscité [c’était déjà fait], il n’est point ici ; voici le lieu où on l’avait mis. »

Luc 24:1 :

« Mais le premier jour de la semaine, elles vinrent de grand matin au sépulcre, apportant les parfums qu’elles avaient préparés; et quelques personnes les accompagnaient.  Il n’est point ici, mais il est ressuscité. Souvenez-vous de quelle manière il vous a parlé, lorsqu’il était encore en Galilée, disant: Il faut que le Fils de l’homme soit livré entre les mains des méchants, et qu’il soit crucifié, et qu’il ressuscite le troisième jour. »

Notez qu’il n’est jamais fait mention spécifiquement que la résurrection ait eu lieu en ce premier jour au grand matin. La Bible ne dit pas qu’il venait juste de ressuscité en ce grand matin du premier jour lorsqu’elles vinrent au sépulcre. Mais précisément ce qu’elle dit c’est qu’Il n’était déjà plus là, qu’Il était parti de cet endroit parce qu’Il était en effet déjà ressuscité lorsqu’elles se présentèrent ce matin là. Quand elles vinrent, ce matin là, Il n’était déjà plus là, car il était ressuscité le troisième jour, la veille au soir juste avant le la fin du sabbat, exactement comme la Bible le mentionne.

 

De plus, une prophétie du prophète Osée nous révèle que Jésus est ressuscité le deuxième jour : « Venez, retournons à l’Éternel. Car, il a déchiré, mais il nous guérira ; il a frappé, mais il bandera nos plaies. Il nous rendra la vie dans deux jours ; le troisième jour il nous relèvera. Et nous vivrons devant lui. » (Osée 6 : 1 et 2)…

Jésus et les manuscrits de la mer morte

Le Judaïsme officiel étant muet, tant celui des Pharisiens que celui des Saducéens, aura-t-on plus de chance avec les mouvements religieux et les sectes qui, à l’époque du Christ, se rencontrent en Judée ?

Les Zéloles : on ne connaît aucun texte. Professionnels du poignard, ils se souciaient moins de théologie que de politique, s’opposaient aux pouvoirs établis qu’ils tenaient pour trop faibles et n’hésitaient pas à tuer sans mot ceux qu’ils jugeaient traîtres à la cause de la liberté d’Israël. En ce cas, furent-ils d’accord avec les Princes des prêtres pour condamner un personnage assez fou pour prêcher l’amour des ennemis et la fraternité universelle ? Ils n’ont pas laissé le moindre document sur ce point, pas plus que sur d’autres.

Les Esséniens : Ceux-ci, jusqu’à une date récente, nous sont connus, non par des textes juifs officiels mais par les écrivains Philon d’Alexandrie[1], Pline l’Ancien[2] et Flavius Josè­phe. Selon ces témoignages, les Esséniens étaient des sortes de moines, vivant en retrait du monde une existence de prière et d’ascèse, « sans femme et sans argent, dans la seule société des palmiers », travaillant pour assurer leur subsistance. Ils étaient organisés selon une hiérarchie stricte. Depuis longtemps on se posait des questions à propos de ces moines mysté­rieux vêtus de blanc, pratiquant la mise en commun intégrale des biens, multipliant les ablutions et les observances ; La communauté principale était à En Guédi[3], près de la Mer Morte.

Or, depuis mars 1947, dans la région même d’En Guédi, au nord-ouest de la Mer Morte, des découvertes sensationnelles ont été faites. Dans une, puis dans plusieurs grottes de la falaise par laquelle la Judée se termine en abrupt sur la Mer maudite, des manuscrits sont trouvés, tous religieux, un grand nombre de textes bibliques, les autres exposant la doctrine et la règle d’une secte juive qui s’appelait elle-même « Commu­nauté de la Nouvelle Alliance ». Peu après, les Pères Dominicains français, de l’École Biblique de Jérusa­lem, fouillant d’autres ruines pro­ches des grottes aux trouvailles, en un lieu dit Khirbet Qûmran, révélèrent qu’il s’agissait du couvent où avaient vécu les adeptes de la Nouvelle Alliance ; salles de réunion, « scriptorium », piscines, magasins ; rien ne manquait pour que la description de ces ruines fût celle d’un monastère. Le rapprochement avec les Esséniens s’imposa donc aux esprits, et se fit de plus en plus persuasif à mesure que les textes des rouleaux découverts furent publiés.

Tout ce que l’on savait des Esséniens, de leur mode de vie, de leur doctrine se trouvait confirmé. Leur origine, demeurée mystérieuse, pou­vait être mise en relation avec ces Hassidim qui s’étaient écartés du reste de la Communauté à l’époque de la domination hellénistique pour ne pas obéir aux Grands Prêtres Asmonéens, suspects à leurs yeux de trop de complaisance à l’égard des Grecs. D’après les textes découverts, on pouvait dire que, vers 65 avant notre ère, la secte était entrée en conflit violent avec les chefs officiels d’Israël et que son supérieur, dit « le Maître de Jus­tice », fut mis à mort. Fuyant un temps les  solitudes de la Mer Morte, les disciples de la Nouvelle Alliance se réfugièrent quelque temps en Syrie[4] pour revenir se fixer au Khir­bet Qûmran, une fois la domination romaine installée en Judée, probablement vers 4 avant J.-C.

La Communauté resta alors dans son monastère environ trois quarts de siècle, connaissant certaine­ment un rayonnement dans tout le monde juif. On a retrouvé près de Qûmran un vaste cimetière où des gens pieux, même des femmes furent inhumés à côté des ascètes. Mais au cours de la « Guerre Juive » en 68 de notre ère, où Titus[5] réprima rudement la révolte de la Judée la 10ème légion opéra dans cette région de la Mer Morte. Les moines esséniens s’enfuirent, en ayant pris soin de cacher dans des grottes inaccessibles leurs précieux trésors, leurs livres sacrés, avec l’espoir de les retrouver un jour…

Les Esséniens, ou si l’on préfère les zélateurs de la Nouvelle Alliance, sont donc installés près de la Mer Morte au moment où Jésus paraît et s’engage dans Sa mission. Leurs textes les plus récents se situent entre -4 et +68. Parlent-ils de Jésus ? Non. Aucun document n’est trouvé dans les Manuscrits de la Mer Morte où il est fait mention du fils de Marie. Cela paraît étonnant si l’on sait que le rapproche­ment entre Essénisme et Christianisme s’est fait depuis longtemps. Dans une lettre à d’Alembert[6], le 17 octobre 1770, Frédéric Il de Prusse[7] écrivait « Jésus était propre­ment un Essénien ; il était imbu de la morale des Essé­niens, qui tient beaucoup de celle de Zénon[8] », ce qui était fort aventuré. Plus prudent, Renan, sans admettre de « commerce direct » entre Jésus et la secte essénienne, disait que « le Christianisme est un essé­nisme qui a largement réussi ». En tout cas les moines de la Nouvelle Alliance n’ont pas fait ce rapprochement.

Il ne semble pas davantage qu’ils aient prêté attention à d’autres rapprochements sur lesquels les historiens et exégètes modernes discutent encore. Par exem­ple, entre Jean Baptiste et les plus ardents des membres de la secte qui, refusant même la vie com­mune, fuyaient toute présence humaine dans le désert ou dans quelque anfractuosité de la falaise. Non plus qu’ils aient su ce qui se passait au gué de Bethabara[9], sur le Jourdain, où Jean Baptiste baptisait procédant à ce qui pouvait paraître des cérémonies d’ablutions analogues aux leurs. Et bien entendu, rien n’indi­que dans leurs textes qu’ils aient identifié Jésus le Nazaréen à l’un de leurs « Maîtres de Justice », selon une hypothèse que certaines cri­tiques ont avancée complaisamment.

Le silence des Manuscrits de la Mer Morte n’a rien de surprenant. Les Esséniens et les Moines de Qûmran appartenaient certainement à la caste sacerdotale juive, eux-mêmes l’écrivent dans leurs textes, se désignant comme fils de Sa­doc[10], ou encore descendants de Lévi et d’Aaron. Même sépa­rés du sacerdoce officiel, ils en gardaient les habitudes de pensée, les préjugés, un mépris tacite des « ignorants » et dont Jésus et ses disciples étaient tout proches. Pour ces austères ascètes, enfermés dans un légalisme plus strict que celui des Pharisiens, quelle importance pouvait avoir l’aventure d’un charpentier, flanqué de quelques pêcheurs du lac de Galilée, qui venait se faire prendre à Jérusalem et crucifier comme un bandit vulgaire ? Les pieux de Qûmran n’avaient jamais perdu leur temps ni leur encre à raconter des événements historiques, tout occupés qu’ils étaient des seules choses religieuses, ils n’allaient pas commencer à parler d’un si piètre sujet !

—————————————————————————————–

Notes

[1] Philon d’Alexandrie (vers -12 – vers +54) est un philosophe juif hellénisé né à Alexandrie. Les rares détails biographiques le concernant se trouvent dans ses propres œuvres, en particulier Legatio ad Caium (Ambassade chez Caligula) et chez Flavius Josèphe.

[2] Pline l’Ancien est un auteur et naturaliste romain, auteur notamment d’une monumentale encyclopédie intitulée Histoire naturelle. Il est né en 23 après J.-C. à Novum Comum (l’actuelle Côme) et mort en 79 à Stabies (Stabia en latin), près de Pompéi, lors de l’éruption du Vésuve. Il adopte son neveu qui prend le nom de Gaius Plinius Caecilius Secundus (Pline le Jeune) en 79 après J.-C.

[3] En-Guédi est une ville remarquable : elle se trouve dans un désert. Lors du partage du pays de la promesse elle a été donnée en héritage à la tribu royale, la tribu de Juda (Jos 45 : 62). C’est dans cette ville que David, le roi rejeté, a trouvé des lieux forts où il s’est réfugié lorsqu’il était poursuivi par Saül (1 Sm 24 : 1 et 2). C’est aussi à En-Guédi que se réunirent les rois qui s’étaient ligués contre le roi Josaphat (2 Ch 22 : 2).

[4] D’où provient le curieux Écrit de Damas trouvé en 1896 dans une synagogue du Caire, et dont la ressemblance avec les Manuscrits de la Mer Morte ne fait aucun doute.

[5] Voir « 17 Est 003-010 001 Hip hip hip hourra »

[6] Jean le Rond d’Alembert, né le 16 novembre 1717 à Paris où il est mort le 29 octobre 1783, est un mathématicien et philosophe français. Il est célèbre pour avoir donné naissance à l’Encyclopédie avec Denis Diderot.

[7] Frédéric II de Prusse, dit Frédéric le Grand (24 janvier 1712, Berlin – 17 août 1786, Potsdam) fut le troisième roi de Prusse (1740-1772). Après avoir un temps fréquenté Voltaire, il devient célèbre pour être l’un des porteurs de l’idéal du prince du siècle des Lumières en tant que « despote éclairé ».

[8] Il parlait de Zénon de Citium, v.-335, mort à Athènes v.-262/-261, philosophe, fondateur du stoïcisme, ou de Zénon d’Élée, né vers -495, mort vers -430, philosophe grec, surnommé par Platon le Palamède d’Elée, inventeur de la dialectique (art du discours bref).

[9] Jean 1 : 28 « Ces choses se passèrent à Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait. » Béthanie est la traduction de Bhyabara Bethabara, qui signifie le lieu du passage, voir « 23 Es 040-003 001 L’importance de la voix qui crie dans le désert »

[10] Prêtre du temps de Salomon.

J.C. pour les croyants des 1er siècles

Le témoignage de la Bible seule est suffisant pour établir la divinité de Jésus-Christ. Mais si nous mentionnons quelques autres documents datant des premiers siècles, c’est pour démontrer que la foi des premiers chrétiens avait effectivement pour objet Christ, Dieu incarné, et cela bien avant toute formulation dogmatique.

Nous n’insisterons pas sur les évangiles apocryphes tout imprégnés de merveilleux, mais demeurant le fruit d’imaginations incontrôlées. Cependant, eux aussi affirment explicitement la divinité de Christ. Les écrits auxquels nous nous adresserons seront des écrits religieux, mais qui n’ont pas été écrits dans un souci apologétique. Ils traduisent tout simplement la foi de l’Eglise primitive. Ce n’est qu’à l’époque de Sabellius[1] et de Samosate[2] (vers 275), puis d’Arius[3] que les écrits sur la divinité du Christ (Athanase[4] 295 à 373) deviennent apologéti­ques[5].

Non seulement les historiens, mais aussi les croyants proclament la divinité du Christ, et cela bien avant la formulation de la doctrine trinitaire.

Voici quelques déclarations de croyants :

Il serait utile d’explorer tous les textes de l’Eglise primitive. Ils ne feraient que confirmer ce que ces quelques citations affirment.

  1. La Didaché

La Didaché (ou doctrine des douze apôtres) date du 1er ou du 2nd siècle. Certains la datent des années 70 à 90, d’autres des années 120 à 160, voire 200. Cet ouvrage s’occupe de morale, de discipline et de liturgie, et ne contient aucun exposé doctrinal. Mais on y retrouve la formule baptismale trinitaire de Matthieu 28 :19 (VII. 1-4). D’autre part, en parlant du retour du Christ, la Didaché (XVI. 7) cite Zacharie 14 : 5, qui parle de l’avènement de l’Eternel.

  1. L’épître de Barnabé

 Cette épitre daterait des années 96 à 98 ou 117 à118. Comme le Nouveau Testament, l’épître de Barnabé accorde au Fils tous les attributs de la divinité : la création (V. 5; VI. 12; XII. 7), l’inspiration des prophètes (V. 6), le jugement à venir (VII. 2), la résurrection (V. 5-7). Le Christ y est dépeint comme le Seigneur, auteur de l’Ecriture, et manifesté dans la chair (V. 6, 10, 12). Pour l’épître de Barnabé, le « faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance » de Genèse 1 : 26, est bien un dialogue entre le Père et le Fils (VI. 12).

  1. La première épître de Clément

 Cette épître date des années 92 à 98. Elle mentionne, côte à côte les trois personnes de la divinité: « N’avons-nous pas un même Dieu, un même Christ, un même Esprit de grâce ? » (XLVI. 6 ; LVIII. 2). Pour cette épître aussi, l’inspirateur des Ecritures est Christ. En XXII. 1, Clément écrit: « Le Christ, en effet, nous invite par l’organe du Saint-Esprit :  Venez, mes fils, écoutez-moi! Je vous enseignerai la crainte du Seigneur » (Ps. 34:12). Ainsi, Christ est identifié au Père.

  1. La seconde épître de Clément

 C’est une homélie composée au milieu du 2nd siècle. Elle parle de Jésus-Christ comme de celui « que nous devons considérer comme Dieu, comme le juge des vivants et des morts » (I. 1); il y est aussi qualifié de « Dieu médecin » (IX. 7). De plus, la parole de Jésus y est appelée « parole de Dieu » (XIII. 3). De même le texte d’Esaïe 29:13 où c’est le Seigneur qui parle, est mis, par cette épître, dans la bouche de Jésus (III. 5), et la parousie de Jésus y est appelée « jour de la manifestation de Dieu » (XII. 1).

  1. Ignace d’Antioche

 Ignace d’Antioche est mort martyr en 107. Voici quelques unes de ses paroles lors de son procès :

Empereur Trajan : Es-tu celui qui, semblable à un démon pernicieux, persévère à contrevenir à mes ordres, et entraîne les hommes dans la perdition ?

Ignace:    Que personne n’appelle Théophore[6] un démon pernicieux.

Trajan:       Et qui est Théophore ?

Ignace:    Celui qui porte le Christ dans son cœur…

Trajan:       Portes-tu en toi celui qui a été crucifié ?

Ignace:    Oui, car il est écrit : j’habiterai en eux et je marcherai avec eux. (Ici, Ignace applique à Christ le texte de Il Corinthiens 6:16 qui reproduit les paroles de l’Eternel en Lévitique 26:11 et 12)

Dans sa prière, Ignace disait :

«Je suis le froment de Dieu; que je sois moulu par la dent des bêtes pour devenir le pain dur du Christ… Permettez-moi d’imiter les passions de MON DIEU ».

Mais dans ses écrits aussi, il avait défendu la même doctrine:

« Il n’y a qu’un seul médecin à la fois chair et esprit. Dieu fait chair.., né de Marie et de Dieu… Jésus-Christ, notre Seigneur » (Eph. VII. 2). « Il est un, sorti du Père un, tout en lui restant uni, et est retourné à lui » (Magn. VII. 2). « … en nous retrempant dans le sang de Dieu (Ep 1 : 1). « …(Jésus-Christ) au-dessus duquel il n’y a rien » (Magn. VIL. 1). « Notre DIEU, JESUS-CHRIST, a été, selon le plan divin, porté dans le sein de Marie, issu du sang de David et aussi du Saint-Esprit » (Eph. XVIIL. 2). 

  1. Polycarpe

Ses épîtres dateraient des années 107 à 111. Polycarpe, disciple immédiat de l’apôtre Jean, est mort martyr en 155 ou 156. Dans ses épîtres, de même que dans le « martyre de Polycarpe » écrit peu de temps après sa mort, les doxologies trinitaires abondent. Mais voici un texte qui établit clairement que les premiers chrétiens vouaient leur adoration à Christ. « Les Juifs ignoraient que jamais nous ne pourrons ni abandonner le Christ,.., ni rendre un culte à un autre : car Lui, nous L’adorons, parce qu’Il est Fils de Dieu » (Mart. de Pol. XVII. 2, 3).

  1. Le Pasteur d’Hermas

Le Pasteur d’Hermas, ouvrage du milieu du 2nd siècle, n’est pas une apologétique mais une collec­tion de Cinq Visions, de Douze Préceptes et de Dix Similitudes. Ces dernières accordent aussi à Christ tous les attributs divins (IX. 12/2 – 14/5).

  1. Théophile d’Antloche

Né au début du 2nd siècle, mort en 190, Théophile d’Antioche nous est connu par ses livres à Autolique.

Dans son deuxième livre à Autolique (Chap. 22), il appelle Christ: « Dieu issu de Dieu ».

  1. Justin le martyr

Justin le martyr répond en 163 à Ruscus :

« Nous croyons que Jésus-Christ, l’enfant de Dieu, est le Seigneur ; annoncé par les prophètes comme devant assister la race des hommes ; messager du salut et maître du beau savoir, moi qui ne suis qu’un homme, je suis trop petit, je l’avoue, pour parler dignement de sa divinité infinie ».

  1. Hiérax

 Hiérax, vers la même époque que Justin, affirme devant Rusticus:

« Notre Père véritable : c’est le Christ ».

  1. Clément d’Alexandrle

Mort avant 215, Clément d’Alexandrie, dans la Prière au Divin Pédagogue, qualifie Jésus de « Père et Fils tout à la fois ».

  1. Maximillen

En 295, près de Carthage, à Théveste, Maximilien, fils de Fabius Victor, jugé pour refus de servir dans l’armée, répondit à Diu le proconsul : « Je n’ai que faire de votre signe ; je porte déjà le signe de Christ, mon Dieu ».

  1. Le martyr Euplius

 En 304, à Catane en Sicile, le martyr Euplius répond au gouverneur qui lui demande de sacrifier aux idoles pour avoir la vie sauve : « Je sacrifie. Mais c’est moi-même que j’offre au Christ-Dieu ».

Conclusion

Ce n’est donc ni Tertullien (155-222), ni le synode d’Alexandrie (317), ni le concile de Nicée (325) ou de Constantinople (381) qui imposèrent la doctrine de la divinité de Jésus-Christ. Elle découlait des Saintes Ecritures. Ces quelques données historiques en sont la preuve manifeste.

De plus, depuis les temps primitifs jusqu’aux temps actuels, la divinité du Christ n’a jamais été mise en doute par les croyants bibliques.

Citons les Vaudois (vers 1100), excommuniés et persécutés, mais fermement attachés à la Bible : ils affirment la divinité de Jésus-Christ.

Puis toutes les confessions de foi des Eglises issues de la Réforme, et pour lesquelles la Bible est la seule autorité en matière de foi, reconnaissent la divinité du Christ. Ainsi la confession de foi d’Augsbourg (1530), de la Rochelle (1559), belge (1561), des Pays-Bas (1571), de Westminster (1647)…

Mais dès que les théologiens se sont écartés de la Révélation en se livrant à des spéculations philo­sophiques, ils ont achoppé à la pierre d’achoppement : Dieu manifesté en chair.

C’était le cas de Sabellius et de Samosate vers 275, puis d’Arius vers 300, d’Abelard (1079-1142), de Lellio Sozzini dit Socin (1525-1562), de Michel Servet (1511-1553), des Unitariens anglais du XVIIIe siècle, des Russelistes (devenus plus tard les Témoins de Jéhovah) au XIXe siècle, des Théologiens modernes…

Le retour à la Bible comme seule et unique auto­rité conduit, au contraire, à la reconnaissance de la divinité de Jésus-Christ.

——————————————————————————–

Notes

[1] Théologien et prêtre chrétien du 3ème siècle. Il soutenait une interprétation du dogme chrétien de la Trinité, appelée modalisme, selon laquelle, puisque Dieu est indivisible, le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont trois modes d’un même Être.

[2] Paul de Samosate est un religieux chrétien du 3ème siècle, originaire de Samosate (actuellement en Turquie). En 260, il fut élu évêque d’Antioche. En 268, il est condamné par le concile d’Antioche de 269 comme hérétique, et il fut déposé. Il fallut attendre 272 et l’intervention de l’empereur romain Aurélien pour que l’évêque Timée puisse occuper le siège apostolique.

[3] Arius (256 – 336) est un prêtre, théologien et ascète chrétien. Il est à l’origine de la doctrine qui porte son nom, l’arianisme : l’arianisme défend la position que la divinité du Très-Haut est supérieure à celle de son fils fait homme.

[4] Athanase d’Alexandrie (vers 298 – 373) est un Patriarche d’Alexandrie au 4ème siècle.

[5] L’apologétique est un champ d’études théologique ou littéraire consistant en la défense systématique d’une position. Un auteur s’engageant dans cette démarche est appelé un « apologiste » ou un « apologète » (ce dernier terme ayant une connotation plus religieuse).

[6] Théophore est le deuxième prénom d’Ignace et signifie : porteur de Dieu.

J.C. pour les historiens et philosophes des 1er siècles

« Nous ne pourrons ni

abandonner le Christ ni

rendre un culte à un autre:

car Lui nous L’adorons

parce qu’il est Fils de Dieu.»

(Polycarpe)

 

Le témoignage de la Bible seule est suffisant pour établir la divinité de Jésus-Christ. Mais si nous mentionnons quelques autres documents datant des premiers siècles, c’est pour démontrer que la foi des premiers chrétiens avait effectivement pour objet Christ, Dieu incarné, et cela bien avant toute formulation dogmatique.

Les écrits auxquels nous nous adresserons seront des écrits historiques ou de philosophes qui n’ont pas été écrits dans un souci apologétique[1]. Ils traduisent tout simplement la foi de l’Eglise primitive.

  1. Le témoignage de Flavius Josèphe

 Flavius Joséphe, historien juif né à Jérusalem en 37-38 et mort à. la fin du premier siècle, a mentionné Jésus dans les Antiquités Judaïques (publiées entre 93 et 94), ainsi que Jean-Baptiste et Jacques, frère du Seigneur. Ces mentions permettent de conclure non seulement à l’historicité de Jésus, de sa crucifixion et de sa résurrection, mais aussi à sa nature surnaturelle.

« Vers cette époque surgit Jésus, homme sage, s’il faut vraiment l’appeler homme. Car il faisait des choses miraculeuses… Il était le Christ.[2] » La version slave donne davantage de précisions:

« Sa nature et son extérieur étaient d’un homme, mais son apparence plus qu’humaine et ses oeuvres divines. »

A propos de la résurrection, la même version slave note: «Car un mort ne peut se relever de lui-même, mais avec l’aide de la prière d’un autre juste, à moins que ce ne soit un ange ou quelqu’une des puissances célestes, ou que Dieu lui-même ne paraisse comme homme et accomplisse tout ce qu’il veut et marche avec les hommes et tombe et se couche et se relève selon sa volonté. »

Plusieurs critiques pensent qu’il s’agirait là d’ajouts postérieurs à Flavius Josèphe. Cependant, le manus­crit arabe du 10ème siècle découvert en février 1972 par le professeur Shlomo Pines[3] de l’Université hébraïque de Jérusalem, et qui passe pour authentique et non retou­ché, parle aussi des miracles, de la crucifixion et de la résurrection de Jésus.

  1. Le témoignage de Pline le Jeune[4]

 Dans une lettre à l’empereur Trajan[5], et datant de 110 à 113, Pline affirme que les chrétiens se réunissaient un jour déterminé, avant l’aube et chantant un hymne à la gloire du Christ, comme si c’était un Dieu (quasi Deo). (Epist. X.96).

  1. Le témoignage de Tacite[6]

 Vers 115 ou 117, Tacite parle du christianisme comme d’une « superstition détestable » (Ann. XV.44). Ne voulait-il pas par là insinuer que les chrétiens rendaient un culte au Crucifié ?

  1. Le témoignage de Suétone[7]

 Vers 120, Suétone, dans la Vie de Claude[8], affirme que l’empereur Claude « expulsa les Juifs de Rome, car sous l’influence de « Chrestus», ils causaient un grand tumulte » (Claudius, XXV). Dans sa Vie de Néron[9], à l’instar de Tacite, il qualifie les chrétiens « une côterie[10] de gens adonnés à une superstition nouvelle et pernicieuse…» (Nero, XVI).

  1. La lettre de Trajan

 Cette lettre, reprise par Vopiscus[11] dans sa Vie de Saturnin et datant de 134, parlait des vicissitudes religieuses de l’époque: « Le patriarche lui-même est contraint par d’aucuns à adorer Sérapis[12], par d’autres à se prosterner devant le Christ ».

  1. L’apologie d’Aristide[13]

 De cet ouvrage[14] cité par Eusèbe de Césaré[15] on connaît une version arménienne, un manuscrit Syriaque et un texte grec. On y lit : « Il est dit que Dieu descendit des cieux et naquit d’une vierge hébraïque et prit chair… »[16]

  1. Le rhéteur Lucien de Samosate[17]

 Lucien de Samosate était un grand voyageur[18] qui se tenait au courant des idées de son temps. Il fait confesser le chrétien dans son « Philopatris » : « le Dieu exalté… Fils du Père, Esprit procédant du Père, l’Un d’entre les Trois et Trois d’entre un »[19].

  1. La lettre du roi Abgar[20]

 Eusèbe reproduit une lettre extraite des archives d’Edesse[21], qu’il traduisit du syriaque et qui est attribué au roi Abgar d’Edesse qui aurait écrit à Jésus : « …et ayant entendu tout cela (les miracles) sur ton compte, j’ai décidé de deux choses l’une, ou bien tu es Dieu descendu du ciel, et fais ainsi ces choses, ou que tu es un fils de Dieu pour faire ces choses… ».

Des copies de cette lettre et de la réponse qu’aurait donnée Jésus, ont aussi été trouvées sur des papyrus grecs des 4ème et 5ème siècles, ainsi que sur un linteau découvert à Ephèse.

En fait, s’il est difficile de croire en l’authenticité de cet échange de lettres, ce document ancien accorde lui aussi, à Jésus, les attributs de la divinité.

  1. L’Epître à Diognète[22]

 L’épître[23] à Diognète date du milieu du 2nd siècle. Elle contient sur Jésus, ce renseignement: « Il l’envoya comme Dieu comme un homme parmi les hommes ».

  1. Le témoignage de Celse[24]

 Celse, le philosophe païen, platonicien, peu avant l’an 180, dans son Discours véritable[25], n’accepte des évangiles que les faits correspondant à ses visées polémiques, telles les faiblesses de la nature humaine de Jésus, les plaintes de son agonie, sa mort sur la croix, etc., qui d’après lui, seraient toutes indignes d’un Dieu. Il accuse d’ailleurs les chrétiens d’avoir plagié la doctrine trinitaire d’une mauvaise interprétation de Platon, à quoi Origène répondra que c’est dans l’Ecriture qu’on trouve cette doctrine.

  1. La pensée de Porphyre[26]

 Porphyre, disciple du néo-platonicien Plotin, à la fin du 3ème siècle, dans ses quinze livres Contre les Chrétiens soulève au nom de principes philo­sophiques, la même objection que Celse: « Un Dieu peut-il souffrir ? »

  1. Le témoignage des ennemis

 En 1856[27], on découvrit une caricature grossière de la crucifixion gravée sur le mur d’un bâtiment antique de la colline du Palatin à Rome. Elle représente un corps humain à tête animale cloué sur une croix, les bras étendus. Sur le côté se trouve un jeune garçon, la main levée en signe d’adoration. L’inscription figurant en-dessous de cette gravure est la suivante : « Alexamenos adore son Dieu ». Ce document date du 2nd siècle[28].

——————————————————————-

Notes

[1] L’apologétique est un champ d’études théologique ou littéraire consistant en la défense systématique d’une position. Un auteur s’engageant dans cette démarche est appelé un « apologiste » ou un « apologète » (ce dernier terme ayant une connotation plus religieuse).

[2] Version grecque. Antiq. iud. XVIII. 63-64.

[3] Philosophe israélien (1908 – 1990). Il fut un expert des philosophies arabes et juives médiévales, ainsi que du monde paléo-chrétien oriental, particulièrement de la translatio studiorum (déplacement des lettres grecques et particulièrement de la philosophie du monde grec vers le Proche-Orient syriaque, puis arabe, suite à la fermeture des écoles philosophiques grecques non-chrétiennes par l’empereur Justinien en 529 après Jésus-Christ. On peut traduire en français cette locution latine en transmission des études, voire en transfert des études, ou en déplacement des études).

[4] Pline le Jeune est un écrivain et homme politique romain (environ 61 – environ 114). Il vécut ainsi sous les règnes de cinq empereurs successifs : Vespasien, Titus, Domitien, Nerva et Trajan.

[5] Empereur romain (53 – 117). Il régna de janvier 98 à sa mort. Trajan est le premier empereur romain originaire d’une province et non de Rome même ou de l’Italie, et il est considéré traditionnellement par l’historiographie des sénateurs romains comme le meilleur des empereurs.

[6] Tacite est un historien et un philosophe romain (55 – vers 120 après  Jésus-Christ).

[7] Suétone est un polygraphe et un érudit romain ayant vécu entre le 1er et le 2ème siècle. Il est principalement connu pour ses Vie des douze Césars, qui comprend les biographies de Jules César à Domitien.

[8] Claude (10 – 54) est le quatrième empereur romain, qui régna de 41 à 54. Il apparaissait peu probable que Claude devienne empereur : il était bègue et sa famille l’avait jugé incapable d’exercer une fonction publique.

[9] Néron (37 – 68) est le cinquième et dernier empereur romain de la dynastie julio-claudienne ; il règna de 54 à 68 après la mort de son grand-oncle et père adoptif Claude.

[10] Une coterie est une association entre certains groupes d’individus unis par un intérêt commun qui favorisent ceux qui font partie de leur compagnie et cabalent contre ceux qui n’en sont pas.

[11] Flavius Vopiscus (ou Flavianus) est un historien latin du 4ème siècle après Jésus-Christ.

[12] Sarapis ou Sérapis est une divinité syncrétique créée à l’époque hellénistique par Ptolémée 1er, premier pharaon de la dynastie lagide, afin d’unifier les différentes cultures présentes en Egypte. Sarapis rassemble des traits d’Hadès, du dieu-taureau Apis et d’Osiris. Aux côtés d’Isis, il devient au 2ème siècle de notre ère, l’une des divinités les plus aimées du panthéon égyptien. Son culte s’étend alors à l’ensemble du bassin méditerranéen.

[13] Aristide d’Athènes (mort vers 134) est un apologiste chrétien du 2ème siècle. Il enseignait la philosophie à Athènes.

[14] Lorsque l’empereur Hadrien visita cette ville en 125, Aristide lui présenta une Apologie de la religion qui fut bien accueillie.

[15] Eusèbe Pamphile de Césarée (environ 265 – environ 340), évêque de Césarée, est un prélat grec, écrivain, théologien et apologiste chrétien. Père de l’histoire ecclésiastique, il n’est pas reconnu comme un Père de l’Église mais ses écrits historiques ont une importance capitale pour la connaissance des trois premiers siècles de l’histoire chrétienne.

[16] Dans un discours prononcé devant l’empereur, Aristide d’Athènes soutint le principe de la divinité de Jésus-Christ. Il est probable que cette Apologie et ce discours eurent une influence sur l’édit que rendit peu après l’empereur, interdisant d’exécuter les suspects sans mise en examen et jugement préalables, ce qui permit aux chrétiens de vivre leur foi dans un relatif calme.

[17] Lucien de Samosate (vers 120 – mort après 180) était un rhéteur et satiriste de Syrie qui écrivait en grec. Il naquit à Samosate, dans l’ancienne Syrie et mourut à Athènes. Il fut sculpteur puis avocat.

[18] Il voyagea dans tout l’Empire romain.

[19] Voir « La trinité par les transfinis »

[20] Abgar est le nom de plusieurs princes arabes qui régnèrent à Édesse en Mésopotamie, depuis le 2ème siècle avant Jésus-Christ jusqu’au 3ème siècle après. Celui qui aurait vécu au temps de Jésus serait Abgar 5 Oukama ou Ukomo, parfois appelé Ukkama Bar Ma’Nu.

[21] Eusèbe de Césarée cite dans son « Histoire ecclésiastique » une correspondance que le roi Abgar d’Édesse aurait eue avec Jésus pour le prier de venir le guérir d’une maladie réputée incurable.

[22] Diognète serait un païen de haut rang d’Alexandrie.

[23] L’Épître à Diognète est une œuvre d’un auteur chrétien anonyme.

[24] Celse, philosophe épicurien grec du 2ème siècle.

[25] Ce texte fut rédigé vers 178. Il s’agissait d’un ouvrage où Celse attaquait le Christianisme naissant par les armes du raisonnement et du ridicule. Le texte original a été perdu et nous est parvenu par les extraits étendus cités par son grand contradicteur Origène dans son ouvrage La Réfutation. Celse était lié avec Lucien de Samosate, qui lui dédia son Alexandre ou le faux Prophète.

[26] Porphyre (234 – vers 305) est un philosophe néoplatonicien. C’est par lui que le néoplatonisme est passé en milieu chrétien. Il écrivit un traité intitulé « Contre les chrétiens » dans lequel il expose que, d’après lui, le christianisme implique une conception absurde et irrationnelle de la divinité qui le condamnerait, aussi bien du point de vue des religions particulières que du point de vue transcendant de la philosophie. Dans le traité « Sur le retour de l’âme », il propose une tout autre théorie des rapports entre philosophie et religion : les religions ne s’adresseraient qu’à des dieux inférieurs ou à des démons ; la philosophie les transcenderait, parce qu’elle serait le culte du Dieu suprême, dont le philosophe est le prêtre. Voir « 59 Jc 003-015 001 L’œcuménisme, un préliminaire à la théosophie »

[27] Ce graffiti a été transféré au musée Kircher puis au Musée national romain avant d’être restitué au musée du Palatin à Rome en 1946.

[28] Cette scène est aussi rapportée par Tertullien (entre 150 et 160 – vers 230-240) est un écrivain de langue latine issu d’une famille berbère romanisée et païenne. Il se convertit au christianisme à la fin du 2ème siècle et devient la figure emblématique de la communauté chrétienne de Carthage. Théologien, père de l’Église, auteur prolifique, catéchète, son influence sera grande dans l’Occident chrétien. Il est cependant controversé : il lutte d’une part activement contre les cultes païens, est considéré comme le plus grand théologien chrétien de son temps (on lui doit le terme de trinité) mais il rejoint d’autre part le mouvement hérétique montaniste à la fin de sa vie. Le montanisme est le rejet du clergé et de toute hiérarchie, pour mieux exalter le martyre. Ce mouvement fondait son système de croyance sur la promesse de Jésus à ses disciples de leur envoyer, après sa mort, le Paraclet. Montanus (fondateur du montanisme) se présenta comme l’organe du Paraclet. Il ne prétendait pas être le Paraclet lui-même, mais un médium humain en extase prophétique.

Il est souvent dit que Belschatsar n’aurait jamais existé !

Une des histoires les plus intéressantes dans la Bible est celle qui se trouve dans le livre de Daniel, chapitre 5. Dans cette histoire, il est question de Belschatsar, le dernier roi de Babylone. il a donné un grand festin auquel il avait invité mille personnes. Il leur a servi du vin dans des coupes qui avaient été volées du temple de Jérusalem.

 

Tout d’un coup, une main est apparue et a écrit quatre mots sur la muraille du palais royal. Ensuite, la main est disparue. Le roi effrayé a cherché à savoir l’explication des mots. Finalement, on a fait venir Daniel. Parce que Dieu avait révélé à Daniel l’explication de chaque mot, il a pu en faire part au roi (Daniel 5.26). Bref, Dieu avait mis fin au règne du roi Belschatsar. Cette nuit-là, Belschatsar a été tué et les Mèdes et les Perses se sont emparés de Babylone. Pendant de nombreuses années, les incrédules ont dit que l’histoire ne pouvait pas être vraie parce que Belschatsar n’était pas le dernier roi de Babylone. Selon les anciens écrits historiques, c’est Nabonide qui était le dernier roi — et il n’y a jamais eu de roi nommé Belschatsar.

 

Mais au cours de ce siècle, les archéologues qui ont fait des fouilles dans l’ancienne ville d’Ur ont découvert de nombreuses tablettes sur lesquelles les Babyloniens avaient écrit. Certaines de ces tablettes dataient de l’époque de Nabonide. Et devine ce qui y était écrit… Le roi Nabonide a quitté le pays pendant plusieurs années. Durant son absence, c’est son fils qui a régné à sa place. Le nom de son fils était Belschatsar. Il a été tué le jour que les Mèdes et les Perses se sont emparés de Babylone.

 

En fait, c’est exactement ce qu’avait affirmé le livre de Daniel.

Un sceau mentionnant Achaz, roi de Juda

Ces dernières années, un collectionneur réussissait à acquérir plusieurs impressions de sceaux. Quelle surprise de lire en toute certitude, sur l’une d’elles, l’inscription suivante: « À Achaz, (fils de) Yehotam, roi de Juda! »


Empreinte de la bulle

L’empreinte du sceau apparaît sur une bulle (petite boule de glaise collée à des ficelles attachant un rouleau de papyrus). Les marques des fibres du papyrus et des ficelles sont encore bien visibles au dos de la bulle. L’écriture est très soignée, élégante même, selon le style de la deuxième moitié du VIIIe siècle av. J.-C. Des points (.), séparent les mots comme sur les longues inscriptions officielles et publiques. Le propriétaire doit donc être un personnage illustre.

Il s’agit, en effet, de l’empreinte du sceau personnel d’Achaz, roi de Juda, à Jérusalem, au temps d’Esaïe (2 R 15,38; 736-716 av. J.-C.). C’est à lui que le prophète annonce la naissance d’un prince héritier, Emmanuel, parfaite incarnation du roi que Yahweh désire tant pour son peuple (Es 7,14-16; voir aussi 9,1-6; 11,1-9). Une si haute espérance du prophète révèle, du même coup, la profonde déception créée par Achaz lui-même. Ne résume-t-on pas ainsi son règne: « Il ne fit pas ce qui est agréable à Yahweh, son Dieu, comme avait fait David, son ancêtre » (2 Rs 16,2).

Nous tenons en main la première signature connue d’un roi du peuple de Dieu! Après des dizaines d’années de fouilles et la découverte de centaines d’impressions, nous voici en présence d’une première signature royale au sens strict. Non seulement nous avons sous les yeux la signature, mais peut-être même l’empreinte digitale du signataire sur le rebord gauche de la bulle: la glaise conserve intacte la marque d’un doigt (le pouce?) qui tenait en place la minuscule boule appliquée sur les ficelles retenant les papyrus enroulés.

Quel dommage que le papyrus ait disparu! Notre imagination a libre cours pour en rétablir le contenu: un texte administratif? une lettre à un fonctionnaire? une question du roi angoissé à Isaïe? Car ce pauvre Achaz, jeune et sans grande autorité, vit sous la menace de voisins puissants: les Israélites du Nord et les Araméens. En 732, il fera appel au roi d’Assyrie; Tiglat-Phalasar III profitera de l’occasion pour annexer la Galilée! Achaz se soumet au puissant Assyrien (2 Rs 16,5-9). Il figure en bonne place dans les Annales de ce roi en tant que fils soumis. C’était là la seule mention connue de son nom dans un document ancien; nous en avons une toute nouvelle, et qui plus est, il s’agit de sa propre signature!

Qui est Théophile ?

Quand on réalise que les renseignements pour identifier le « très excellent Théophile » (Lc 1 : 3) sont rares, la salutation et le style d’écriture de l’auteur deviennent alors des indices précieux pour déterminer le public auquel l’évangile de Luc est destiné.

 

Luc commence ses deux ouvrages en soulignant la réalité de son récit. Il a suivi ces événements, c’est- à-dire qu’il a lu attentivement ce que d’autres avaient écrit et qu’il a suivi lui-même les récits trouvés dans son Evangile quand c’était possible. Ce propos doit être pris au sérieux car la recherche moderne confirme l’exactitude de beaucoup écrits par Luc. L’évangéliste s’efforce de démontrer la fiabilité des sujets qu’il présente. Il fait un large emploi du principe traditionnel juif de l’argument et de la preuve tiré de la « règle des deux témoins » du Deutéronome (Dt 19 : 15) et du Livre des Nombres (Nb 35 : 30). Ce principe est fréquent avant le 1er siècle dans les groupes d’étude de la Torah. Parmi les preuves avancées par Luc, on trouve les paroles des prophètes, l’inspiration divine et les miracles qui jouent un rôle considérable.

 

Le passage du chapitre 4 des Actes (Ac 4 : 20 ; voir aussi Ac 26 : 10) dit que les Apôtres en tant que témoins sûrs, dignes de confiance, portent témoignage seulement sur ce qu’ils ont « vu » et « entendu ». Dans la pratique linguistique du judaïsme de l’époque de Jésus et des premiers siècles de notre ère, les termes « vu » et « entendu » ont une résonance légale précise. Ils sont employés en relation avec le témoin non seulement d’un événement, mais aussi de paroles et d’enseignements. Luc établit et structure son Evangile sur des bases juives et sur l’Ancien Testament :

  • Après le prologue, Luc débute son évangile par l’épisode du prêtre Zacharie offrant de l’encens dans le sanctuaire du Temple de Jérusalem tandis que le peuple prie dans la cour. Cette scène se rapproche de celles qui annoncent la naissance de personnages de l’Ancien Testament tels Isaac, Samson et Samuel, dans l’histoire du peuple de Dieu.
  • Les descriptions d’événements surnaturels sont associées à des figures importantes dans l’histoire juive.
  • L’apparition d’anges et leurs messages font entièrement partie de l’élaboration de la pensée juive en ce qui concerne l’idée messianique.
  • Les prévisions selon lesquelles la naissance du messie serait annoncée par les anges correspond à la pensée populaire juive du 1er siècle.
  • Le baptême de Jésus rapporté par Luc rappelle l’expérience du prophète Ézéchiel (Ez 1 : 1) : Jean baptise Jésus ; les cieux s’ouvrent et la descente spectaculaire de la colombe accompagne l’événement miraculeux. Dieu parle : Jésus est reconnu et son œuvre commence.
  • Luc dit que Jésus s’abstint de toute nourriture et de toute boisson pendant son jeûne de quarante jours. Ce récit d’un événement miraculeux est significatif pour un public juif qui sait que Dieu a nourri Moïse et Élie au cours de leur jeûne de quarante jours.
  • La tentation suit le jeûne. Seuls les Juifs pouvaient savoir que Luc fait référence au livre de l’Exode (Ex 34 : 28) et au Premier Livre des Rois (1 Rs 19 : 8), et qu’une appréciation totale des tentations devait être basée sur le Deutéronome (Dt 6 à 8).
  • Dans l’évangile de Luc l’histoire de Jésus résonne de la foi juive concernant le plan de salut de Dieu et l’arrivée promise d’un messie libérateur. Le texte s’enracine dans la riche diversité de la pensée messianique juive qui caractérise la période du Second Temple[1].

 

Plusieurs auteurs et exégètes (Gerhardsson[2], Adolf Schatter[3], Johannes Weiss[4], Bertil Gartner[5]…) concluent leurs études en affirmant que le caractère du texte et d’autres signes indiquent que l’auteur appartient à l’Eglise juive. En 1892, Johannes Weiss disait que les Evangiles doivent être étudiés en gardant à l’esprit que les idées énoncées sont exprimées dans des termes qui étaient et sont intelligibles pour tous les lecteurs. Par conséquent, nous devons conclure que les idées de Luc ont été exprimées en termes compréhensibles pour « l’excellent Théophile » qui devait certainement être un Juif de haut rang et d’une grande richesse.

 

L’Evangile de Luc et le livre des Actes sont composés dans un style et selon des techniques utilisés dans les ouvrages historiques de l’Ancien Testament et, peut-être aussi, dans des œuvres historiques juives postérieures telles que le Premier Livre des Maccabées, et qu’il fut écrit dans une forme familière au peuple hébreu. Bertil Gartner conclut que les écrits de Luc « ressemblent beaucoup aux deux premiers livres des Maccabées qui présentent certaines caractéristiques en commun avec les récits historiques grecs[6] bien qu’ils soient considérés comme part entière d’une tradition typiquement juive ». Il ajoute que les mentions historiques présentées sont marquées par la foi dans l’intervention de Dieu, les conséquences du péché, la réparation et le pardon. Mais ils sont également désireux d’enseigner et de publier à l’étranger leur foi qui repose sur la confiance en Dieu ; c’est toute la fonction essentielle de leurs discours. Leur style n’obéit pas à l’idéal rhétorique mais appartient plutôt à la tradition de l’Ancien Testament. L’enchaînement des événements, dont le premier est l’annonciation de Jean, est vu par Luc comme une série d’exemples d’actes et d’actions de la puissance divine. Ses écrits mettent en valeur la puissance de Dieu, et dans ce sens limité, Luc rejoint l’évaluation de Paul sur « la puissance de l’œuvre accomplie à la croix »[7]. Il le fait pour démontrer la véracité de l’information à Théophile qui a entendu parler de la récente intervention de Dieu dans l’histoire humaine. Le pouvoir de Dieu est manifesté par les miracles qu’Il accomplit par l’intermédiaire de ses représentants, dont il authentifie le rôle.

 

Existe-t-il, au 1er siècle de notre ère, un Juif de haut rang et très riche qui pourrait être sensible aux idées exprimées dans l’Évangile ? Quelques spécialistes font remarquer que Théophile signifie « ami de Dieu » et qu’en employant ce terme, Luc s’adresse à un personnage imaginaire qui représente le type de personne à qui s’adresse son évangile. Cependant, il est improbable qu’un auteur ancien tel que Luc ait accompagné sa salutation d’un « très excellent » s’il s’agissait d’une personne fictive. C’est la mention d’une telle salutation qui amène la plupart des spécialistes à conclure que Théophile est bien un personnage réel, occupant une certaine position et possédant des biens dans le monde romain.

Puisque les propositions pour la rédaction de l’évangile de Luc vont de 40 au plus tôt à 140 après J.-C. au plus tard, n’importe où dans le monde romain de cette époque, notre recherche de Théophile se limitera à cette période et à cette zone géographique. Existait-il alors dans cet empire, une personne d’un certain rang et/ou d’une certaine richesse portant ce nom et pour laquelle la salutation de « très excellent » aurait été appropriée ?

Grâce à une liste de 2 040 noms masculins juifs du 1er siècle utilisés depuis la période du Second Temple jusqu’à l’époque de la Mishna[8], dressée à partir de diverses sources (les écrits de l’historien juif Flavius Josèphe, le Nouveau Testament, la littérature rabbinique ainsi que les papyri et les inscriptions diverses retrouvées), nous savons  que le nom de Théophile apparaît trois fois, ce qui en fait un prénom très rare[9]. Tous les exemples que nous rapportons dans cette étude font référence à la même personne.

Selon Flavius Josèphe, un homme du nom de Théophile a servi comme Grand Prêtre de 37 à 41 après J.-C. Ce Théophile appartenait à la plus importante et la plus riche famille juive. En plus de cette mention dans les écrits de Josèphe, un autre exemple établit de manière décisive l’existence historique de Théophile le Grand Prêtre. Lors de fouilles archéologiques à Hizma[10], il a été retrouvé un ossuaire en calcaire[11] qui identifie les ossements qui s’y trouvent avec ceux de Yehohanah, petite-fille du Grand Prêtre Théophile. L’inscription sur trois lignes se lit ainsi :

Yehohanah

Yehohanah fille de Yehohanan

fils de Théophile le Grand Prêtre

Théophile n’est pas un nom commun, et lorsqu’il est associé à celui de Yohanah, l’identification se confirme et explique pourquoi Luc est le seul évangéliste à citer Yohanah dans ses écrits. Yohanah a certainement été l’un des témoins oculaires qui renseigna Luc.

 

La parabole de l’homme riche et de Lazare (Lc 16 : 19 à 31), typiquement juive et correspond la structure hébraïque du récit de Luc, n’est rapporté que par Luc car celui-ci connaissait bien le destinataire de l’Evangile.

 

  • L’homme riche fait appel à Abraham, en croyant peut-être, à tort, que son héritage le sauvera ; mais Jean le Baptiste avait déjà prévenu contre ce faux espoir (Lc 3 : 8). Luc perçoit Abraham comme le père et les Juifs ses enfants (Lc 1 : 73 ; 13 : 16 ; 19 ; 9), comme c’est le cas de tout juif, en référence à la promesse de Dieu à Abraham (Gn 17 : 4 et 5 et Ac 7 : 17). L’espoir en la résurrection était répandu dans le Judaïsme.
  • La rétribution divine après la vie est un concept juif fondamental. Les discussions des Juifs sur la vie après la vie impliquaient la possibilité pour le défunt de voir et de converser avec les autres.
  • Les vêtements de l’homme riche décrits par Luc (Lc 16 : 19) correspondent à ceux du Grand Prêtre.

 

Bien que Lazare ait été un nom très courant en Palestine, sa signification échappe au public païen… Lazare est la forme abrégée d’Éléazare qui, en hébreu, signifie « Dieu aide ». C’est certainement une juxtaposition de ce sens et de l’action demandée par l’homme riche qui donne à ce texte un sens particulier pour un juif hébraïsant lorsqu’il dit à Abraham : « Je te prie alors, Père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père, car j’ai cinq frères. Qu’il les avertisse pour qu’ils ne viennent pas eux aussi dans ce lieu de tourment » (Lc 16 : 27 et 28). Cette phrase fait aussi référence à la maison de Anne, le Grand Prêtre.

 

Nous connaissons l’existence du Grand Prêtre Anne par les Evangiles (Lc 3 : 2, Jn 18 : 13 et 24), le livre des Actes (Ac 4 : 6) et Flavius Josèphe[12]. Ce dernier nous apprend que le Grand Prêtre Anne est en vie et encore très respecté à la veille de la révolte contre Rome[13], mais aussi que « cet Anne l’Ancien est le plus béni des hommes car il a cinq fils », qui ont tous exercé les fonctions de Grand Prêtre, ainsi que leur beau-frère, Caïphe (Mt 26 : 3, Ac 4 : 6).

 

Mais « très excellent Théophile » comprend-il que cette parabole de l’homme riche et de Lazare s’adresse directement à lui ? Certainement car il avait un frère nommé Éléazare qui servit, lui aussi, comme Grand Prêtre ! Nous comprenons pourquoi Luc relate ce récit qu’il juge essentiel alors que les autres Evangiles ne le font pas !

 

Les commentateurs avouent ne pas connaître le destinataire de l’Evangile de Luc et les Actes des Apôtres. Certains ont avancé que Théophile était une personne de haut rang dans le groupe à qui Luc s’adressait. Nombreux sont ceux qui ont conclu que Théophile était un officier romain mais nombreux sont ceux aussi qui ont souligné que Théophile était un nom grec.
Cette supposition est correcte mais elle n’empêche pas que le porteur de ce nom soit le Grand Prêtre qui, désigné par le procurateur, soit, de fait, un officier romain qui s’avérait être un Juif palestinien et à qui Luc s’adresse correctement en l’appelant « très excellent Théophile ».

 

À l’époque du Second Temple, le Grand Prêtre n’est pas seulement le chef religieux d’Israël et du Temple, il est aussi à la tête de la théocratie et le représentant officiel de la nation auprès des dirigeants perses et, plus tard, des romains. Il se distingue des prêtres ordinaires de plusieurs manières. Son service au Temple se singularise par l’autorisation qu’il a reçue d’offrir un sacrifice expiatoire sur l’autel intérieur et d’entrer dans le Saint des saints. Les offrandes sont faites pour racheter les péchés personnels, pour ceux jugés par le sanhédrin et pour les fautes de la communauté. Son service le plus solennel se fait le jour des propitiations. Lorsqu’il est rempli correctement, le service permet de racheter les péchés de toute la nation juive.

Le Grand Prêtre est nommé à vie, et même lorsque les Romains commencèrent à le désigner, l’ancien Grand Prêtre conservait certaines prérogatives. La mort du Grand Prêtre en exercice ou de l’ancien Grand Prêtre a une signification rédemptrice. Les personnes poursuivies pour homicide involontaire et qui ont trouvé refuge dans une autre ville sont autorisées à revenir chez elles après la mort du Grand Prêtre sans crainte d’être arrêtées. Même après sa destitution, le Grand Prêtre conserve son titre et son autorité ; c’est la raison pour laquelle, même un ancien Grand Prêtre peut être qualifié de « très excellent » lorsqu’on s’adresse à lui. En outre, beaucoup de spécialistes reconnaissent aujourd’hui que le grec était largement utilisé au 1er siècle en Palestine aussi bien par les chrétiens que par les autres juifs. Jean rappelle que l’inscription au-dessus de la croix était rédigé en grec, en latin et en hébreu (Jn 19 : 20). Or les inscriptions funéraires sont probablement le meilleur indicateur de la langue parlée par le petit peuple, et, à ce titre, il est intéressant de noter que leur grande majorité a été rédigée en grec. Jésus a grandi à Nazareth près de la cité grecque de Sépphoris et à proximité d’autres villes grecques. Le grec était couramment parlé à l’instar de l’araméen. Après sa mort et sa résurrection, les disciples ont prêché et rédigé leurs évangiles en grec. Dès lors, il n’est pas surprenant que beaucoup de Grands Prêtres de cette époque aient porté des noms grecs.

 

Si donc Théophile est le Grand Prêtre, pourquoi Luc lui dédie-t-il son évangile et ses Actes ? L’évangéliste a écrit une œuvre irénique[14], [15] qu’il adresse au Grand Prêtre pour lui annoncer et lui expliquer que de nombreuses prophéties se sont accomplies[16]. Il explique la signification des paroles et des actions de Jésus dans le contexte prophétique de l’Ancien Testament, dont les arguments ne peuvent émouvoir qu’un public qui croyait déjà et respectait le texte qu’il considérait comme sacré. Seul un juif pouvait écouter et comprendre un récit basé sur l’accomplissement des promesses faites à David à travers Jésus le Messie.

L’attente juive de l’arrivée d’un roi davidique est particulièrement forte chez les Juifs du premier siècle. Le statut royal de Jésus comme descendant de David n’aurait en rien impressionné un gentil, mais le Grand Prêtre, lui, aurait prit en compte un tel argument. Il y a un miracle accompli par Jésus qui a été très impressionnant et dont le Grand Prêtre en a eu connaissance. Lorsque les gardes du Temple viennent arrêter Jésus, Pierre sort une épée et coupe l’oreille du serviteur du Grand Prêtre. Jésus, dans l’évangile de Luc, guérit ce serviteur en lui touchant l’oreille (Lc 22 : 51). Tous les évangiles rapportent l’arrestation de Jésus, mais seul celui de Luc mentionne le miracle de l’oreille.

Une nouvelle aussi incroyable ne peut être faite au Grand Prêtre à moins d’être vraie. Cette guérison miraculeuse de l’oreille a joué le même rôle que la résurrection de Lazare dans l’évangile de Jean. C’était la manifestation de la puissance de Dieu en tant que prélude à sa résurrection. Paul, à l’instar de Luc et de Jean, considérait la résurrection comme le signe le plus éclatant de la puissance divine.

Cette action divine est constamment mise en avant par Luc ; il souligne davantage que Matthieu et Marc le plan de Dieu et son action dans l’histoire. Il développe ce thème avec prudence étant donné les croyances du Grand Prêtre et le statut marginal de l’immortalité et de la résurrection[17] dans les croyances du judaïsme au Ier siècle[18].

 

Le style d’écriture relève de la tradition de l’Ancien Testament. Les idées exprimées par Luc auraient été compréhensibles au très excellent Théophile, le Grand Prêtre. En réalité, la signification d’un certain nombre de passages ne pouvait être comprise que par ce dernier. Les deux mentions brèves de Yohana dans l’évangile de Luc (Lc 8 : 3 et 24 : 10) peuvent être reconnues maintenant comme ayant joué un rôle plus important qu’on ne le croyait jusqu’ici. Luc a utilement cité Yohana, la petite-fille de Théophile le Grand Prêtre, comme l’un des témoins. Dans sa présentation, il a observé le principe traditionnel juif de l’argument et de la preuve supporté par de nombreuses citations de l’Écriture pour démontrer que la puissance de Dieu a rendu possible tout ce que Théophile a vu et entendu.

 

Le plus extraordinaire dans le texte de Luc, marque de la perfection de l’inspiration divine, c’est qu’il peut être lu par un païen, un juif d’origine grecque, un juif imprégné de la culture biblique ou le Grand Prêtre Théophile. Il sera toujours compris et transmet à tous le message de la puissance de Dieu révélé dans l’œuvre de Jésus-Christ. Comme l’a écrit Johannes Weiss[19], la marque de l’inspiration divine se voit dans « l’intelligibilité universelle » du texte.

 

NOTES

[1] Le Second Temple était le Temple de Jérusalem, reconstruit en 515 avant JC, après la captivité de Babylone, comme rapporté dans le livre de Néhémie, et détruit en 70 après JC par les Romains, au terme d’une révolte ayant duré quatre ans.

[2] Exégète luthérien et professeur à la faculté de théologie de Lund, en Suède. Il a écrit de nombreux ouvrages sur les origines et la transmission des Evangiles via la structure rythmique et mnémotechnique de la transmission des écrits de l’Ancien Testament.

[3] Adolf Schlatter (1852 -1938) était un théologien allemand, professeur protestant qui enseigna le Nouveau Testament et la systématique dans plusieurs universités.

[4] Théologien protestant allemand et auteur de plusieurs ouvrages sur les Evangiles et la confiance que l’on peut donner aux textes.

[5] Exégète et auteur de plusieurs ouvrages de référence concernant les Evangiles et leur historicité.

[6] Ecrits biographiques ou relatant des faits qui ne dépendent pas de l’auteur et dans lequel l’auteur ne s’engage pas.

[7] L’intérêt de Luc pour la puissance de Dieu est illustré par le fait qu’il utilise le mot   dunamis (traduit par puissance, miracle, capacité, force, pouvoir…) 15 fois dans son évangile, 10 fois dans les Actes ; le verbe dunamai (être capable, avoir le pouvoir de…) 26 fois dans son évangile, 21 fois dans les Actes ; l’adjectif dunatos (capable, puissant, fort… Il est aussi utilisé pour « Tout-Puissant » dans le Dieu Tout-Puissant en Lc 1 : 49 par exemple) 4 fois dans son évangile et 6 fois dans les Actes. Il s’agit d’une réaffirmation forte du monothéisme juif traditionnel.

[8] La Mishna est un ensemble de textes correspondant à une compilation de la tradition orale juive. On la trouve dans le talmud où elle est associée à la guemara (commentaires). Elle comporte six grands thèmes : – agriculture / – fêtes / – relations conjugales / – droit civil / – sacrifice / – lois de pureté. Les premiers textes datent de 330 avant à 200 après J.-C : elle est la première et la plus importante des sources rabbiniques obtenues par compilation écrite des lois orales juives, projet défendu par les pharisiens, et considéré comme le premier ouvrage de littérature rabbinique.

[9] Yehohanah est la variante araméenne du nom Yohanah, notre « Jeanne » (Lc 8 : 3 et 24 : 10). Le nombre total de toutes les femmes juives de Palestine dont on connaît le nom, depuis la période du Second Temple jusqu’à celle de la Mishna, se chiffre à 247. Ici aussi, ce nombre a été fixé grâce à l’étude des différentes sources de cette époque dont Flavius Josèphe, le Nouveau Testament, la littérature rabbinique, les inscriptions et les papyri. Les huit occurrences de Yohanah identifiées dans cette étude, dont l’exemple donné par Barag et Flusser et ceux trouvés chez Luc représentent 3,24 % du total. Yohanah est le cinquième nom le plus commun présent dans cette étude. Les trois occurrences de Théophile identifiées dans l’étude des noms masculins juifs, en excluant celle donnée par Barag et Flusser et celles de Luc (Lc 1 : 3) et des Actes (Ac 1 : 1) représentent 0,01 % du total des noms réunis grâce aux mêmes sources utilisées pour l’étude des noms de femmes. Cette remarque a aussi était faite dans « A Lexicon of Jewish Names: part I: Palestine 330 avant JC à 200 après JC » de Ilan et  » Notes on the Distribution of Jewish Women’s Names in Palestine in the Second Temple and Mishnaic Periods » dans Journal of Jewish Studies n°40 de 1989.

[10] Hizma ou Bet ‘Azmaweth est à 7,25 km environ au nord/nord-est de Jérusalem.

[11] Les ossuaires étaient des récipients destinés aux enterrements secondaires juifs et furent en usage de 100 avant à 100 après J.C. Ils étaient réalisés en creusant un simple bloc de calcaire doux que l’on trouve dans les environs de Jérusalem.

[12] C’est à Anne seul que Luc reconnaît la qualité de grand prêtre ; Caïphe était nommé à la suite, sans indication de son rôle. La même particularité se retrouve en Ac 4 : 6. Or selon Flavius Josèphe, en la quinzième année du principat de Tibère, le grand-prêtre reconnu par Rome était Caïphe. En effet Anne qui avait été institué grand-prêtre en l’an 6 à l’arrivée de Quirinius, exerça le pontificat jusqu’en 15 de notre ère, puis ses fils assurèrent la continuité pendant les deux décennies suivantes, sans compter les intermèdes dont celui de Caïphe de18 à 36. Dans ces conditions, pourquoi Luc dit-il qu’à la fin des années 20, Anne portait toujours le titre, et il exerçait l’autorité au sein du Sanhédrin ? (Ac 4 : 6 ; 5 : 21 et 27).  Il est inconcevable qu’il ait commis une erreur grossière en s’adressant à Théophile ! En fait, si le pouvoir romain nommait et destituait le grand-prêtre, dans la hiérarchie sacerdotale, on reconnaissait une moindre autorité à celui qui n’avait été investi qu’officiellement de cette charge ; le vrai grand-prêtre était celui qui avait été consacré par l’onction sainte et éternelle : « Le grand-prêtre oint de l’huile d’onction précède [dans la hiérarchie] le grand prêtre distingué (des autres prêtres)  seulement par l’investiture. Entre le pontife oint par l’huile d’onction et celui qui l’est par un titre, la différence consiste en ce que le premier seul est tenu d’offrir en expiation un taureau pour la communauté. Entre le pontife en exercice et celui qui l’a remplacé provisoirement, la distinction consiste  en ce que le premier offre le taureau du grand pardon et la dîme d’épha (Talmud traité Meg. I-10). (le second étant suppléant dans le cas où le premier ne pourrait tenir son rôle pour une raison ou une autre, un décès dans sa famille par exemple)

[13] Qui s’est achevée par la prise de Jérusalem et la destruction du Temple par l’armée de Titus en 70.

[14] Qui a pour but d’établir la paix.

[15] “The Book of Acts in the Setting of Hellenistic History” de Hemer, et “The Lord of the Banquet” de Baur F. C. et Moessner.

[16] L’accomplissement des prophéties était d’un intérêt majeur pour Luc qui souligne sans cesse que « cette théologie de la « preuve-par-la-prophétie » est un concept théologique central, ce que l’on trouve dans ses deux ouvrages.

[17] La première référence explicite à la résurrection contenue dans la Bible hébraïque est Daniel 12 : 1 à 3, or la date de rédaction du livre de Daniel est tardive dans l’histoire du peuple juif.

[18] On peut se demander si Luc, par ses nombreuses références aux anges, en s’adressant à Théophile le Grand Prêtre, un sadducéen qui croyait aux anges, ne lui pose pas implicitement la question : « si vous croyez aux anges, pourquoi ne croyez vous pas en la résurrection ? Et donc dans l’œuvre de Jésus-Christ, ressuscité ? ».

[19] A savoir que les Evangiles doivent être étudiés en gardant à l’esprit que les idées énoncées sont exprimées dans des termes qui étaient et sont intelligibles pour le lecteur.

Zacharie et Siméon, deux personnages bibliques qui ont laissé leur nom…

Zacharie, le père de Jean-Baptiste, et Siméon, ce vieillard touchant qui reçut dans ses bras le bébé Jésus, au Temple, viennent de connaître une certaine notoriété, dans des circonstances pour le moins inattendues.

Nous sommes dans la vallée du Cédron, située entre Jérusalem et le mont des Oliviers. Un jeune photographe s’amuse à prendre des clichés de monuments funéraires à la lumière rasante du soleil couchant. Au développement du film, des inscriptions en grec deviennent visibles. Une telle découverte ne peut être reléguée aux oubliettes!

Depuis des siècles, la vallée du Cédron est un lieu de sépultures. Au Ier siècle avant notre ère, à l’époque hellénistique, de magnifiques monuments funéraires, encore visibles, y furent construits. À compter du Moyen Âge, on associe trois de ces tombeaux à des personnages connus : Absalom, fils maudit du roi David; Jacques, frère de Jésus et premier évêque de Jérusalem, et Zacharie, père de Jean-Baptiste. Évidemment, une telle désignation fait sourire les historiens!

Les inscriptions

Sur la tombe dite d’Absalom, le photographe a cueilli trois inscriptions gravées au-dessus de la porte d’entrée. Ces épitaphes sont en caractères grecs, sans espacement des mots. La première, à gauche du monument, est perpendiculaire. Elle ne comporte qu’un mot : psichè (âme), traduction grecque du néfèsh hébreu signifiant « stèle funéraire ». Ce mot ne veut donc préciser que le type du monument.

La deuxième inscription, au centre, s’étend sur deux lignes horizontales. Sans difficulté majeure, on peut lire : « Ceci est le tombeau de Zacharie, martyr, prêtre très pieux, père de Jean ». Il s’agit bien ici du père de Jean-Baptiste, d’après Luc 1,6-7.11-13, et le Protévangile de Jacques 23,3, daté de la fin du IIe ou du début du IIIe siècle, un texte qui évoque le martyre de ce même Zacharie.
À droite, les six lignes verticales de la troisième inscription se lisent facilement : « Le sépulcre de Siméon, qui était un homme juste et un vieillard très religieux et (qui) attendait la consolation du peuple ». De toute évidence, l’inscription est inspirée de Luc 2,25; l’évangéliste parle ainsi du vieillard Siméon, lors de la présentation de Jésus au Temple de Jérusalem. On s’entend pour dater ces inscriptions de la fin du IVe ou du début du Ve siècle.

Les tombeaux

Entre 330 et 350, Constantin édifie des églises aux lieux de la naissance, de la mort et de la résurrection de Jésus : Bethléem et Jérusalem. Les chrétiens cherchent alors à identifier d’autres lieux importants pour la foi chrétienne. C’est ainsi que, selon des témoins de la fin du IVe siècle, une tombe de la vallée du Cédron renferme les restes de Zacharie, de Siméon et de Jacques. Cette vieille tradition refait donc surface, mais les changements survenus par la suite appellent une explication.

Depuis le Moyen Âge, une croyance veut que la tombe porteuse d’inscriptions soit celle d’Absalom, fils de David. La mémoire de Jacques et celle de Zacharie se retrouvent dans les deux monuments voisins. Et Siméon disparaît dans un total oubli! Quant au nom de Jacques, absent, de « nos » inscriptions, il pourrait se trouver, à peine visible, ailleurs sur le monument.

Concluons par deux observations. Tout d’abord, puisque les monuments sont antérieurs à ces figures du Nouveau Testament, les inscriptions laissent entière la question du lieu de sépulture de Zacharie, de Siméon et de Jacques. Elles disent seulement que leur souvenir a été logé sur ce monument après le IVe siècle. C’est aussi la première fois qu’un texte évangélique figure sur un monument ancien.

La deuxième remarque porte sur le nom d’Absalom attaché, pour des raisons inconnues, à cette tombe aux inscriptions, à la même époque du Moyen Âge. Cette identification explique sans doute que Zacharie et Siméon aient été relogés dans des monuments voisins. Comme cet Absalom était honni de tous, juifs, chrétiens et musulmans lapidaient ce monument, lui causant bien des dommages. Serait-ce là la cause de l’absence d’une inscription dédiée à Jacques? On peut le penser.