Il est souvent dit que Belschatsar n’aurait jamais existé !

Une des histoires les plus intéressantes dans la Bible est celle qui se trouve dans le livre de Daniel, chapitre 5. Dans cette histoire, il est question de Belschatsar, le dernier roi de Babylone. il a donné un grand festin auquel il avait invité mille personnes. Il leur a servi du vin dans des coupes qui avaient été volées du temple de Jérusalem.

 

Tout d’un coup, une main est apparue et a écrit quatre mots sur la muraille du palais royal. Ensuite, la main est disparue. Le roi effrayé a cherché à savoir l’explication des mots. Finalement, on a fait venir Daniel. Parce que Dieu avait révélé à Daniel l’explication de chaque mot, il a pu en faire part au roi (Daniel 5.26). Bref, Dieu avait mis fin au règne du roi Belschatsar. Cette nuit-là, Belschatsar a été tué et les Mèdes et les Perses se sont emparés de Babylone. Pendant de nombreuses années, les incrédules ont dit que l’histoire ne pouvait pas être vraie parce que Belschatsar n’était pas le dernier roi de Babylone. Selon les anciens écrits historiques, c’est Nabonide qui était le dernier roi — et il n’y a jamais eu de roi nommé Belschatsar.

 

Mais au cours de ce siècle, les archéologues qui ont fait des fouilles dans l’ancienne ville d’Ur ont découvert de nombreuses tablettes sur lesquelles les Babyloniens avaient écrit. Certaines de ces tablettes dataient de l’époque de Nabonide. Et devine ce qui y était écrit… Le roi Nabonide a quitté le pays pendant plusieurs années. Durant son absence, c’est son fils qui a régné à sa place. Le nom de son fils était Belschatsar. Il a été tué le jour que les Mèdes et les Perses se sont emparés de Babylone.

 

En fait, c’est exactement ce qu’avait affirmé le livre de Daniel.

Un sceau mentionnant Achaz, roi de Juda

Ces dernières années, un collectionneur réussissait à acquérir plusieurs impressions de sceaux. Quelle surprise de lire en toute certitude, sur l’une d’elles, l’inscription suivante: « À Achaz, (fils de) Yehotam, roi de Juda! »


Empreinte de la bulle

L’empreinte du sceau apparaît sur une bulle (petite boule de glaise collée à des ficelles attachant un rouleau de papyrus). Les marques des fibres du papyrus et des ficelles sont encore bien visibles au dos de la bulle. L’écriture est très soignée, élégante même, selon le style de la deuxième moitié du VIIIe siècle av. J.-C. Des points (.), séparent les mots comme sur les longues inscriptions officielles et publiques. Le propriétaire doit donc être un personnage illustre.

Il s’agit, en effet, de l’empreinte du sceau personnel d’Achaz, roi de Juda, à Jérusalem, au temps d’Esaïe (2 R 15,38; 736-716 av. J.-C.). C’est à lui que le prophète annonce la naissance d’un prince héritier, Emmanuel, parfaite incarnation du roi que Yahweh désire tant pour son peuple (Es 7,14-16; voir aussi 9,1-6; 11,1-9). Une si haute espérance du prophète révèle, du même coup, la profonde déception créée par Achaz lui-même. Ne résume-t-on pas ainsi son règne: « Il ne fit pas ce qui est agréable à Yahweh, son Dieu, comme avait fait David, son ancêtre » (2 Rs 16,2).

Nous tenons en main la première signature connue d’un roi du peuple de Dieu! Après des dizaines d’années de fouilles et la découverte de centaines d’impressions, nous voici en présence d’une première signature royale au sens strict. Non seulement nous avons sous les yeux la signature, mais peut-être même l’empreinte digitale du signataire sur le rebord gauche de la bulle: la glaise conserve intacte la marque d’un doigt (le pouce?) qui tenait en place la minuscule boule appliquée sur les ficelles retenant les papyrus enroulés.

Quel dommage que le papyrus ait disparu! Notre imagination a libre cours pour en rétablir le contenu: un texte administratif? une lettre à un fonctionnaire? une question du roi angoissé à Isaïe? Car ce pauvre Achaz, jeune et sans grande autorité, vit sous la menace de voisins puissants: les Israélites du Nord et les Araméens. En 732, il fera appel au roi d’Assyrie; Tiglat-Phalasar III profitera de l’occasion pour annexer la Galilée! Achaz se soumet au puissant Assyrien (2 Rs 16,5-9). Il figure en bonne place dans les Annales de ce roi en tant que fils soumis. C’était là la seule mention connue de son nom dans un document ancien; nous en avons une toute nouvelle, et qui plus est, il s’agit de sa propre signature!

Qui est Théophile ?

Quand on réalise que les renseignements pour identifier le « très excellent Théophile » (Lc 1 : 3) sont rares, la salutation et le style d’écriture de l’auteur deviennent alors des indices précieux pour déterminer le public auquel l’évangile de Luc est destiné.

 

Luc commence ses deux ouvrages en soulignant la réalité de son récit. Il a suivi ces événements, c’est- à-dire qu’il a lu attentivement ce que d’autres avaient écrit et qu’il a suivi lui-même les récits trouvés dans son Evangile quand c’était possible. Ce propos doit être pris au sérieux car la recherche moderne confirme l’exactitude de beaucoup écrits par Luc. L’évangéliste s’efforce de démontrer la fiabilité des sujets qu’il présente. Il fait un large emploi du principe traditionnel juif de l’argument et de la preuve tiré de la « règle des deux témoins » du Deutéronome (Dt 19 : 15) et du Livre des Nombres (Nb 35 : 30). Ce principe est fréquent avant le 1er siècle dans les groupes d’étude de la Torah. Parmi les preuves avancées par Luc, on trouve les paroles des prophètes, l’inspiration divine et les miracles qui jouent un rôle considérable.

 

Le passage du chapitre 4 des Actes (Ac 4 : 20 ; voir aussi Ac 26 : 10) dit que les Apôtres en tant que témoins sûrs, dignes de confiance, portent témoignage seulement sur ce qu’ils ont « vu » et « entendu ». Dans la pratique linguistique du judaïsme de l’époque de Jésus et des premiers siècles de notre ère, les termes « vu » et « entendu » ont une résonance légale précise. Ils sont employés en relation avec le témoin non seulement d’un événement, mais aussi de paroles et d’enseignements. Luc établit et structure son Evangile sur des bases juives et sur l’Ancien Testament :

  • Après le prologue, Luc débute son évangile par l’épisode du prêtre Zacharie offrant de l’encens dans le sanctuaire du Temple de Jérusalem tandis que le peuple prie dans la cour. Cette scène se rapproche de celles qui annoncent la naissance de personnages de l’Ancien Testament tels Isaac, Samson et Samuel, dans l’histoire du peuple de Dieu.
  • Les descriptions d’événements surnaturels sont associées à des figures importantes dans l’histoire juive.
  • L’apparition d’anges et leurs messages font entièrement partie de l’élaboration de la pensée juive en ce qui concerne l’idée messianique.
  • Les prévisions selon lesquelles la naissance du messie serait annoncée par les anges correspond à la pensée populaire juive du 1er siècle.
  • Le baptême de Jésus rapporté par Luc rappelle l’expérience du prophète Ézéchiel (Ez 1 : 1) : Jean baptise Jésus ; les cieux s’ouvrent et la descente spectaculaire de la colombe accompagne l’événement miraculeux. Dieu parle : Jésus est reconnu et son œuvre commence.
  • Luc dit que Jésus s’abstint de toute nourriture et de toute boisson pendant son jeûne de quarante jours. Ce récit d’un événement miraculeux est significatif pour un public juif qui sait que Dieu a nourri Moïse et Élie au cours de leur jeûne de quarante jours.
  • La tentation suit le jeûne. Seuls les Juifs pouvaient savoir que Luc fait référence au livre de l’Exode (Ex 34 : 28) et au Premier Livre des Rois (1 Rs 19 : 8), et qu’une appréciation totale des tentations devait être basée sur le Deutéronome (Dt 6 à 8).
  • Dans l’évangile de Luc l’histoire de Jésus résonne de la foi juive concernant le plan de salut de Dieu et l’arrivée promise d’un messie libérateur. Le texte s’enracine dans la riche diversité de la pensée messianique juive qui caractérise la période du Second Temple[1].

 

Plusieurs auteurs et exégètes (Gerhardsson[2], Adolf Schatter[3], Johannes Weiss[4], Bertil Gartner[5]…) concluent leurs études en affirmant que le caractère du texte et d’autres signes indiquent que l’auteur appartient à l’Eglise juive. En 1892, Johannes Weiss disait que les Evangiles doivent être étudiés en gardant à l’esprit que les idées énoncées sont exprimées dans des termes qui étaient et sont intelligibles pour tous les lecteurs. Par conséquent, nous devons conclure que les idées de Luc ont été exprimées en termes compréhensibles pour « l’excellent Théophile » qui devait certainement être un Juif de haut rang et d’une grande richesse.

 

L’Evangile de Luc et le livre des Actes sont composés dans un style et selon des techniques utilisés dans les ouvrages historiques de l’Ancien Testament et, peut-être aussi, dans des œuvres historiques juives postérieures telles que le Premier Livre des Maccabées, et qu’il fut écrit dans une forme familière au peuple hébreu. Bertil Gartner conclut que les écrits de Luc « ressemblent beaucoup aux deux premiers livres des Maccabées qui présentent certaines caractéristiques en commun avec les récits historiques grecs[6] bien qu’ils soient considérés comme part entière d’une tradition typiquement juive ». Il ajoute que les mentions historiques présentées sont marquées par la foi dans l’intervention de Dieu, les conséquences du péché, la réparation et le pardon. Mais ils sont également désireux d’enseigner et de publier à l’étranger leur foi qui repose sur la confiance en Dieu ; c’est toute la fonction essentielle de leurs discours. Leur style n’obéit pas à l’idéal rhétorique mais appartient plutôt à la tradition de l’Ancien Testament. L’enchaînement des événements, dont le premier est l’annonciation de Jean, est vu par Luc comme une série d’exemples d’actes et d’actions de la puissance divine. Ses écrits mettent en valeur la puissance de Dieu, et dans ce sens limité, Luc rejoint l’évaluation de Paul sur « la puissance de l’œuvre accomplie à la croix »[7]. Il le fait pour démontrer la véracité de l’information à Théophile qui a entendu parler de la récente intervention de Dieu dans l’histoire humaine. Le pouvoir de Dieu est manifesté par les miracles qu’Il accomplit par l’intermédiaire de ses représentants, dont il authentifie le rôle.

 

Existe-t-il, au 1er siècle de notre ère, un Juif de haut rang et très riche qui pourrait être sensible aux idées exprimées dans l’Évangile ? Quelques spécialistes font remarquer que Théophile signifie « ami de Dieu » et qu’en employant ce terme, Luc s’adresse à un personnage imaginaire qui représente le type de personne à qui s’adresse son évangile. Cependant, il est improbable qu’un auteur ancien tel que Luc ait accompagné sa salutation d’un « très excellent » s’il s’agissait d’une personne fictive. C’est la mention d’une telle salutation qui amène la plupart des spécialistes à conclure que Théophile est bien un personnage réel, occupant une certaine position et possédant des biens dans le monde romain.

Puisque les propositions pour la rédaction de l’évangile de Luc vont de 40 au plus tôt à 140 après J.-C. au plus tard, n’importe où dans le monde romain de cette époque, notre recherche de Théophile se limitera à cette période et à cette zone géographique. Existait-il alors dans cet empire, une personne d’un certain rang et/ou d’une certaine richesse portant ce nom et pour laquelle la salutation de « très excellent » aurait été appropriée ?

Grâce à une liste de 2 040 noms masculins juifs du 1er siècle utilisés depuis la période du Second Temple jusqu’à l’époque de la Mishna[8], dressée à partir de diverses sources (les écrits de l’historien juif Flavius Josèphe, le Nouveau Testament, la littérature rabbinique ainsi que les papyri et les inscriptions diverses retrouvées), nous savons  que le nom de Théophile apparaît trois fois, ce qui en fait un prénom très rare[9]. Tous les exemples que nous rapportons dans cette étude font référence à la même personne.

Selon Flavius Josèphe, un homme du nom de Théophile a servi comme Grand Prêtre de 37 à 41 après J.-C. Ce Théophile appartenait à la plus importante et la plus riche famille juive. En plus de cette mention dans les écrits de Josèphe, un autre exemple établit de manière décisive l’existence historique de Théophile le Grand Prêtre. Lors de fouilles archéologiques à Hizma[10], il a été retrouvé un ossuaire en calcaire[11] qui identifie les ossements qui s’y trouvent avec ceux de Yehohanah, petite-fille du Grand Prêtre Théophile. L’inscription sur trois lignes se lit ainsi :

Yehohanah

Yehohanah fille de Yehohanan

fils de Théophile le Grand Prêtre

Théophile n’est pas un nom commun, et lorsqu’il est associé à celui de Yohanah, l’identification se confirme et explique pourquoi Luc est le seul évangéliste à citer Yohanah dans ses écrits. Yohanah a certainement été l’un des témoins oculaires qui renseigna Luc.

 

La parabole de l’homme riche et de Lazare (Lc 16 : 19 à 31), typiquement juive et correspond la structure hébraïque du récit de Luc, n’est rapporté que par Luc car celui-ci connaissait bien le destinataire de l’Evangile.

 

  • L’homme riche fait appel à Abraham, en croyant peut-être, à tort, que son héritage le sauvera ; mais Jean le Baptiste avait déjà prévenu contre ce faux espoir (Lc 3 : 8). Luc perçoit Abraham comme le père et les Juifs ses enfants (Lc 1 : 73 ; 13 : 16 ; 19 ; 9), comme c’est le cas de tout juif, en référence à la promesse de Dieu à Abraham (Gn 17 : 4 et 5 et Ac 7 : 17). L’espoir en la résurrection était répandu dans le Judaïsme.
  • La rétribution divine après la vie est un concept juif fondamental. Les discussions des Juifs sur la vie après la vie impliquaient la possibilité pour le défunt de voir et de converser avec les autres.
  • Les vêtements de l’homme riche décrits par Luc (Lc 16 : 19) correspondent à ceux du Grand Prêtre.

 

Bien que Lazare ait été un nom très courant en Palestine, sa signification échappe au public païen… Lazare est la forme abrégée d’Éléazare qui, en hébreu, signifie « Dieu aide ». C’est certainement une juxtaposition de ce sens et de l’action demandée par l’homme riche qui donne à ce texte un sens particulier pour un juif hébraïsant lorsqu’il dit à Abraham : « Je te prie alors, Père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père, car j’ai cinq frères. Qu’il les avertisse pour qu’ils ne viennent pas eux aussi dans ce lieu de tourment » (Lc 16 : 27 et 28). Cette phrase fait aussi référence à la maison de Anne, le Grand Prêtre.

 

Nous connaissons l’existence du Grand Prêtre Anne par les Evangiles (Lc 3 : 2, Jn 18 : 13 et 24), le livre des Actes (Ac 4 : 6) et Flavius Josèphe[12]. Ce dernier nous apprend que le Grand Prêtre Anne est en vie et encore très respecté à la veille de la révolte contre Rome[13], mais aussi que « cet Anne l’Ancien est le plus béni des hommes car il a cinq fils », qui ont tous exercé les fonctions de Grand Prêtre, ainsi que leur beau-frère, Caïphe (Mt 26 : 3, Ac 4 : 6).

 

Mais « très excellent Théophile » comprend-il que cette parabole de l’homme riche et de Lazare s’adresse directement à lui ? Certainement car il avait un frère nommé Éléazare qui servit, lui aussi, comme Grand Prêtre ! Nous comprenons pourquoi Luc relate ce récit qu’il juge essentiel alors que les autres Evangiles ne le font pas !

 

Les commentateurs avouent ne pas connaître le destinataire de l’Evangile de Luc et les Actes des Apôtres. Certains ont avancé que Théophile était une personne de haut rang dans le groupe à qui Luc s’adressait. Nombreux sont ceux qui ont conclu que Théophile était un officier romain mais nombreux sont ceux aussi qui ont souligné que Théophile était un nom grec.
Cette supposition est correcte mais elle n’empêche pas que le porteur de ce nom soit le Grand Prêtre qui, désigné par le procurateur, soit, de fait, un officier romain qui s’avérait être un Juif palestinien et à qui Luc s’adresse correctement en l’appelant « très excellent Théophile ».

 

À l’époque du Second Temple, le Grand Prêtre n’est pas seulement le chef religieux d’Israël et du Temple, il est aussi à la tête de la théocratie et le représentant officiel de la nation auprès des dirigeants perses et, plus tard, des romains. Il se distingue des prêtres ordinaires de plusieurs manières. Son service au Temple se singularise par l’autorisation qu’il a reçue d’offrir un sacrifice expiatoire sur l’autel intérieur et d’entrer dans le Saint des saints. Les offrandes sont faites pour racheter les péchés personnels, pour ceux jugés par le sanhédrin et pour les fautes de la communauté. Son service le plus solennel se fait le jour des propitiations. Lorsqu’il est rempli correctement, le service permet de racheter les péchés de toute la nation juive.

Le Grand Prêtre est nommé à vie, et même lorsque les Romains commencèrent à le désigner, l’ancien Grand Prêtre conservait certaines prérogatives. La mort du Grand Prêtre en exercice ou de l’ancien Grand Prêtre a une signification rédemptrice. Les personnes poursuivies pour homicide involontaire et qui ont trouvé refuge dans une autre ville sont autorisées à revenir chez elles après la mort du Grand Prêtre sans crainte d’être arrêtées. Même après sa destitution, le Grand Prêtre conserve son titre et son autorité ; c’est la raison pour laquelle, même un ancien Grand Prêtre peut être qualifié de « très excellent » lorsqu’on s’adresse à lui. En outre, beaucoup de spécialistes reconnaissent aujourd’hui que le grec était largement utilisé au 1er siècle en Palestine aussi bien par les chrétiens que par les autres juifs. Jean rappelle que l’inscription au-dessus de la croix était rédigé en grec, en latin et en hébreu (Jn 19 : 20). Or les inscriptions funéraires sont probablement le meilleur indicateur de la langue parlée par le petit peuple, et, à ce titre, il est intéressant de noter que leur grande majorité a été rédigée en grec. Jésus a grandi à Nazareth près de la cité grecque de Sépphoris et à proximité d’autres villes grecques. Le grec était couramment parlé à l’instar de l’araméen. Après sa mort et sa résurrection, les disciples ont prêché et rédigé leurs évangiles en grec. Dès lors, il n’est pas surprenant que beaucoup de Grands Prêtres de cette époque aient porté des noms grecs.

 

Si donc Théophile est le Grand Prêtre, pourquoi Luc lui dédie-t-il son évangile et ses Actes ? L’évangéliste a écrit une œuvre irénique[14], [15] qu’il adresse au Grand Prêtre pour lui annoncer et lui expliquer que de nombreuses prophéties se sont accomplies[16]. Il explique la signification des paroles et des actions de Jésus dans le contexte prophétique de l’Ancien Testament, dont les arguments ne peuvent émouvoir qu’un public qui croyait déjà et respectait le texte qu’il considérait comme sacré. Seul un juif pouvait écouter et comprendre un récit basé sur l’accomplissement des promesses faites à David à travers Jésus le Messie.

L’attente juive de l’arrivée d’un roi davidique est particulièrement forte chez les Juifs du premier siècle. Le statut royal de Jésus comme descendant de David n’aurait en rien impressionné un gentil, mais le Grand Prêtre, lui, aurait prit en compte un tel argument. Il y a un miracle accompli par Jésus qui a été très impressionnant et dont le Grand Prêtre en a eu connaissance. Lorsque les gardes du Temple viennent arrêter Jésus, Pierre sort une épée et coupe l’oreille du serviteur du Grand Prêtre. Jésus, dans l’évangile de Luc, guérit ce serviteur en lui touchant l’oreille (Lc 22 : 51). Tous les évangiles rapportent l’arrestation de Jésus, mais seul celui de Luc mentionne le miracle de l’oreille.

Une nouvelle aussi incroyable ne peut être faite au Grand Prêtre à moins d’être vraie. Cette guérison miraculeuse de l’oreille a joué le même rôle que la résurrection de Lazare dans l’évangile de Jean. C’était la manifestation de la puissance de Dieu en tant que prélude à sa résurrection. Paul, à l’instar de Luc et de Jean, considérait la résurrection comme le signe le plus éclatant de la puissance divine.

Cette action divine est constamment mise en avant par Luc ; il souligne davantage que Matthieu et Marc le plan de Dieu et son action dans l’histoire. Il développe ce thème avec prudence étant donné les croyances du Grand Prêtre et le statut marginal de l’immortalité et de la résurrection[17] dans les croyances du judaïsme au Ier siècle[18].

 

Le style d’écriture relève de la tradition de l’Ancien Testament. Les idées exprimées par Luc auraient été compréhensibles au très excellent Théophile, le Grand Prêtre. En réalité, la signification d’un certain nombre de passages ne pouvait être comprise que par ce dernier. Les deux mentions brèves de Yohana dans l’évangile de Luc (Lc 8 : 3 et 24 : 10) peuvent être reconnues maintenant comme ayant joué un rôle plus important qu’on ne le croyait jusqu’ici. Luc a utilement cité Yohana, la petite-fille de Théophile le Grand Prêtre, comme l’un des témoins. Dans sa présentation, il a observé le principe traditionnel juif de l’argument et de la preuve supporté par de nombreuses citations de l’Écriture pour démontrer que la puissance de Dieu a rendu possible tout ce que Théophile a vu et entendu.

 

Le plus extraordinaire dans le texte de Luc, marque de la perfection de l’inspiration divine, c’est qu’il peut être lu par un païen, un juif d’origine grecque, un juif imprégné de la culture biblique ou le Grand Prêtre Théophile. Il sera toujours compris et transmet à tous le message de la puissance de Dieu révélé dans l’œuvre de Jésus-Christ. Comme l’a écrit Johannes Weiss[19], la marque de l’inspiration divine se voit dans « l’intelligibilité universelle » du texte.

 

NOTES

[1] Le Second Temple était le Temple de Jérusalem, reconstruit en 515 avant JC, après la captivité de Babylone, comme rapporté dans le livre de Néhémie, et détruit en 70 après JC par les Romains, au terme d’une révolte ayant duré quatre ans.

[2] Exégète luthérien et professeur à la faculté de théologie de Lund, en Suède. Il a écrit de nombreux ouvrages sur les origines et la transmission des Evangiles via la structure rythmique et mnémotechnique de la transmission des écrits de l’Ancien Testament.

[3] Adolf Schlatter (1852 -1938) était un théologien allemand, professeur protestant qui enseigna le Nouveau Testament et la systématique dans plusieurs universités.

[4] Théologien protestant allemand et auteur de plusieurs ouvrages sur les Evangiles et la confiance que l’on peut donner aux textes.

[5] Exégète et auteur de plusieurs ouvrages de référence concernant les Evangiles et leur historicité.

[6] Ecrits biographiques ou relatant des faits qui ne dépendent pas de l’auteur et dans lequel l’auteur ne s’engage pas.

[7] L’intérêt de Luc pour la puissance de Dieu est illustré par le fait qu’il utilise le mot   dunamis (traduit par puissance, miracle, capacité, force, pouvoir…) 15 fois dans son évangile, 10 fois dans les Actes ; le verbe dunamai (être capable, avoir le pouvoir de…) 26 fois dans son évangile, 21 fois dans les Actes ; l’adjectif dunatos (capable, puissant, fort… Il est aussi utilisé pour « Tout-Puissant » dans le Dieu Tout-Puissant en Lc 1 : 49 par exemple) 4 fois dans son évangile et 6 fois dans les Actes. Il s’agit d’une réaffirmation forte du monothéisme juif traditionnel.

[8] La Mishna est un ensemble de textes correspondant à une compilation de la tradition orale juive. On la trouve dans le talmud où elle est associée à la guemara (commentaires). Elle comporte six grands thèmes : – agriculture / – fêtes / – relations conjugales / – droit civil / – sacrifice / – lois de pureté. Les premiers textes datent de 330 avant à 200 après J.-C : elle est la première et la plus importante des sources rabbiniques obtenues par compilation écrite des lois orales juives, projet défendu par les pharisiens, et considéré comme le premier ouvrage de littérature rabbinique.

[9] Yehohanah est la variante araméenne du nom Yohanah, notre « Jeanne » (Lc 8 : 3 et 24 : 10). Le nombre total de toutes les femmes juives de Palestine dont on connaît le nom, depuis la période du Second Temple jusqu’à celle de la Mishna, se chiffre à 247. Ici aussi, ce nombre a été fixé grâce à l’étude des différentes sources de cette époque dont Flavius Josèphe, le Nouveau Testament, la littérature rabbinique, les inscriptions et les papyri. Les huit occurrences de Yohanah identifiées dans cette étude, dont l’exemple donné par Barag et Flusser et ceux trouvés chez Luc représentent 3,24 % du total. Yohanah est le cinquième nom le plus commun présent dans cette étude. Les trois occurrences de Théophile identifiées dans l’étude des noms masculins juifs, en excluant celle donnée par Barag et Flusser et celles de Luc (Lc 1 : 3) et des Actes (Ac 1 : 1) représentent 0,01 % du total des noms réunis grâce aux mêmes sources utilisées pour l’étude des noms de femmes. Cette remarque a aussi était faite dans « A Lexicon of Jewish Names: part I: Palestine 330 avant JC à 200 après JC » de Ilan et  » Notes on the Distribution of Jewish Women’s Names in Palestine in the Second Temple and Mishnaic Periods » dans Journal of Jewish Studies n°40 de 1989.

[10] Hizma ou Bet ‘Azmaweth est à 7,25 km environ au nord/nord-est de Jérusalem.

[11] Les ossuaires étaient des récipients destinés aux enterrements secondaires juifs et furent en usage de 100 avant à 100 après J.C. Ils étaient réalisés en creusant un simple bloc de calcaire doux que l’on trouve dans les environs de Jérusalem.

[12] C’est à Anne seul que Luc reconnaît la qualité de grand prêtre ; Caïphe était nommé à la suite, sans indication de son rôle. La même particularité se retrouve en Ac 4 : 6. Or selon Flavius Josèphe, en la quinzième année du principat de Tibère, le grand-prêtre reconnu par Rome était Caïphe. En effet Anne qui avait été institué grand-prêtre en l’an 6 à l’arrivée de Quirinius, exerça le pontificat jusqu’en 15 de notre ère, puis ses fils assurèrent la continuité pendant les deux décennies suivantes, sans compter les intermèdes dont celui de Caïphe de18 à 36. Dans ces conditions, pourquoi Luc dit-il qu’à la fin des années 20, Anne portait toujours le titre, et il exerçait l’autorité au sein du Sanhédrin ? (Ac 4 : 6 ; 5 : 21 et 27).  Il est inconcevable qu’il ait commis une erreur grossière en s’adressant à Théophile ! En fait, si le pouvoir romain nommait et destituait le grand-prêtre, dans la hiérarchie sacerdotale, on reconnaissait une moindre autorité à celui qui n’avait été investi qu’officiellement de cette charge ; le vrai grand-prêtre était celui qui avait été consacré par l’onction sainte et éternelle : « Le grand-prêtre oint de l’huile d’onction précède [dans la hiérarchie] le grand prêtre distingué (des autres prêtres)  seulement par l’investiture. Entre le pontife oint par l’huile d’onction et celui qui l’est par un titre, la différence consiste en ce que le premier seul est tenu d’offrir en expiation un taureau pour la communauté. Entre le pontife en exercice et celui qui l’a remplacé provisoirement, la distinction consiste  en ce que le premier offre le taureau du grand pardon et la dîme d’épha (Talmud traité Meg. I-10). (le second étant suppléant dans le cas où le premier ne pourrait tenir son rôle pour une raison ou une autre, un décès dans sa famille par exemple)

[13] Qui s’est achevée par la prise de Jérusalem et la destruction du Temple par l’armée de Titus en 70.

[14] Qui a pour but d’établir la paix.

[15] “The Book of Acts in the Setting of Hellenistic History” de Hemer, et “The Lord of the Banquet” de Baur F. C. et Moessner.

[16] L’accomplissement des prophéties était d’un intérêt majeur pour Luc qui souligne sans cesse que « cette théologie de la « preuve-par-la-prophétie » est un concept théologique central, ce que l’on trouve dans ses deux ouvrages.

[17] La première référence explicite à la résurrection contenue dans la Bible hébraïque est Daniel 12 : 1 à 3, or la date de rédaction du livre de Daniel est tardive dans l’histoire du peuple juif.

[18] On peut se demander si Luc, par ses nombreuses références aux anges, en s’adressant à Théophile le Grand Prêtre, un sadducéen qui croyait aux anges, ne lui pose pas implicitement la question : « si vous croyez aux anges, pourquoi ne croyez vous pas en la résurrection ? Et donc dans l’œuvre de Jésus-Christ, ressuscité ? ».

[19] A savoir que les Evangiles doivent être étudiés en gardant à l’esprit que les idées énoncées sont exprimées dans des termes qui étaient et sont intelligibles pour le lecteur.

Zacharie et Siméon, deux personnages bibliques qui ont laissé leur nom…

Zacharie, le père de Jean-Baptiste, et Siméon, ce vieillard touchant qui reçut dans ses bras le bébé Jésus, au Temple, viennent de connaître une certaine notoriété, dans des circonstances pour le moins inattendues.

Nous sommes dans la vallée du Cédron, située entre Jérusalem et le mont des Oliviers. Un jeune photographe s’amuse à prendre des clichés de monuments funéraires à la lumière rasante du soleil couchant. Au développement du film, des inscriptions en grec deviennent visibles. Une telle découverte ne peut être reléguée aux oubliettes!

Depuis des siècles, la vallée du Cédron est un lieu de sépultures. Au Ier siècle avant notre ère, à l’époque hellénistique, de magnifiques monuments funéraires, encore visibles, y furent construits. À compter du Moyen Âge, on associe trois de ces tombeaux à des personnages connus : Absalom, fils maudit du roi David; Jacques, frère de Jésus et premier évêque de Jérusalem, et Zacharie, père de Jean-Baptiste. Évidemment, une telle désignation fait sourire les historiens!

Les inscriptions

Sur la tombe dite d’Absalom, le photographe a cueilli trois inscriptions gravées au-dessus de la porte d’entrée. Ces épitaphes sont en caractères grecs, sans espacement des mots. La première, à gauche du monument, est perpendiculaire. Elle ne comporte qu’un mot : psichè (âme), traduction grecque du néfèsh hébreu signifiant « stèle funéraire ». Ce mot ne veut donc préciser que le type du monument.

La deuxième inscription, au centre, s’étend sur deux lignes horizontales. Sans difficulté majeure, on peut lire : « Ceci est le tombeau de Zacharie, martyr, prêtre très pieux, père de Jean ». Il s’agit bien ici du père de Jean-Baptiste, d’après Luc 1,6-7.11-13, et le Protévangile de Jacques 23,3, daté de la fin du IIe ou du début du IIIe siècle, un texte qui évoque le martyre de ce même Zacharie.
À droite, les six lignes verticales de la troisième inscription se lisent facilement : « Le sépulcre de Siméon, qui était un homme juste et un vieillard très religieux et (qui) attendait la consolation du peuple ». De toute évidence, l’inscription est inspirée de Luc 2,25; l’évangéliste parle ainsi du vieillard Siméon, lors de la présentation de Jésus au Temple de Jérusalem. On s’entend pour dater ces inscriptions de la fin du IVe ou du début du Ve siècle.

Les tombeaux

Entre 330 et 350, Constantin édifie des églises aux lieux de la naissance, de la mort et de la résurrection de Jésus : Bethléem et Jérusalem. Les chrétiens cherchent alors à identifier d’autres lieux importants pour la foi chrétienne. C’est ainsi que, selon des témoins de la fin du IVe siècle, une tombe de la vallée du Cédron renferme les restes de Zacharie, de Siméon et de Jacques. Cette vieille tradition refait donc surface, mais les changements survenus par la suite appellent une explication.

Depuis le Moyen Âge, une croyance veut que la tombe porteuse d’inscriptions soit celle d’Absalom, fils de David. La mémoire de Jacques et celle de Zacharie se retrouvent dans les deux monuments voisins. Et Siméon disparaît dans un total oubli! Quant au nom de Jacques, absent, de « nos » inscriptions, il pourrait se trouver, à peine visible, ailleurs sur le monument.

Concluons par deux observations. Tout d’abord, puisque les monuments sont antérieurs à ces figures du Nouveau Testament, les inscriptions laissent entière la question du lieu de sépulture de Zacharie, de Siméon et de Jacques. Elles disent seulement que leur souvenir a été logé sur ce monument après le IVe siècle. C’est aussi la première fois qu’un texte évangélique figure sur un monument ancien.

La deuxième remarque porte sur le nom d’Absalom attaché, pour des raisons inconnues, à cette tombe aux inscriptions, à la même époque du Moyen Âge. Cette identification explique sans doute que Zacharie et Siméon aient été relogés dans des monuments voisins. Comme cet Absalom était honni de tous, juifs, chrétiens et musulmans lapidaient ce monument, lui causant bien des dommages. Serait-ce là la cause de l’absence d’une inscription dédiée à Jacques? On peut le penser.

Le sceau du commissaire de Jérémie, Seraja

Une signature officielle apparaît sur un sceau trouvé récemment et dont l’inscription comporte deux noms: Seraja/Nérija, le second étant celui du père. S’agirait-il du commissaire de Jérémie que la Bible appelle ainsi? (Jr 51 : 59) Ce même Seraja serait le frère de Baruk (Jr 36 : 4), ami et secrétaire de Jérémie dont on a aussi retrouvé le sceau.

Reproduction de l’empreinte du sceau

 

Jérémie faisait sans doute partie du cercle d’amis de Nérija. Voilà pourquoi il mettra toute sa confiance en deux de ses fils, Seraja et Baruk. L’époque était sombre. Jérémie annonçait que Jérusalem allait être détruite par ses ennemis. Le peuple refusait d’y croire et ne supportait plus Jérémie à cause de ses messages menaçants. Il persécutait aussi Baruk qui écrivait et lisait publiquement ses messages.

 

Alors Baruk s’est mis à se plaindre de son sort : « Malheur à moi ! – disait-il – car l’Eternel a ajouté le chagrin à ma douleur ; je me suis fatigué dans mon gémissement, et je n’ai pas trouvé de repos » (Jr 45 : 3). Certes, il aurait préféré écrire des messages de victoire et de paix.

 

Un jour pourtant, Baruk a reçu de Dieu un message qui était pour lui. En quelque sorte, l’Eternel lui disait : « Vois-tu, Baruk, cette ville va être détruite, alors ne recherche pas de grandes choses. Contente-toi de ce que je te donne à faire et de ma promesse : tu vivras ! »

 

Sommes-nous satisfaits de ce que le Seigneur nous donne ? Avons-nous tendance à nous apitoyer sur notre sort ? Non, chassons cet état d’esprit car il laisse supposer que le Seigneur est injuste à notre égard. Jésus, alors qu’il était incompris et rejeté, savait louer le Père pour toutes ses décisions. Puissions-nous l’imiter !

 

James Bartley ou l’expérience impossible de Jonas

Des critiques superficiels et incroyants trouvent bien difficile de croire que Jonas ait réellement été englouti par un gros poisson, qu’il ait séjourné trois jours et trois nuits dans son estomac, et qu’ensuite il ait été dégorgé vivant sur la plage.

 

Tout d’abord, remarquons. qu’on ne peut croire sincè­rement en Jésus-Christ et mettre en doute l’histoire de Jonas, car il a apposé son sceau sur ce sujet difficile en disant : « De même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d’un grand poisson, de même le Fils de l’Homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre » (Mt 12 : 40). Il rejette ainsi d’emblée, —du moins aux yeux de ses disciples, — l’idée que cette histoire ne serait qu’une allégorie, comme le pensent cer­tains critiques. Car si ce n’est qu’allégoriquement que Jonas a été dans le ventre d’un grand poisson, il s’ensuit que ce n’est aussi qu’allégoriquement que Christ a été trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. Voilà bien un exemple qui montre comment, en rejetant l’Ancien Testament, on prépare la route qui conduit à rejeter aussi Christ lui-même et ses paroles.

 

Remarquons que le terme employé par Jésus-Christ, et qu’on traduit souvent par « baleine », serait mieux rendu par « monstre marin » ou « grand poisson ». Nulle part dans le livre de Jonas il n’est dit que ce fut une baleine qui engloutit le prophète. Ainsi tombent à plat toutes les plaisanteries des railleurs qui demandent de quelle grosseur est le gosier d’une baleine.

 

Remarquons en outre le terme employé (Jon 2 : 1) « L’Eternel fit venir un grand poisson pour engloutir Jonas ». Le verbe traduit par « fit venir » (manah) signi­fie « désigner », « choisir en vue d’un certain but » ; ce passage signifie donc que le Dieu de toute la création avait choisi un certain poisson dont les dimensions et les autres caractéristiques convenaient à l’emploi qu’il en vou­lait faire, tant pour donner une leçon à Jonas que pour donner aux Juifs un « signe » de la résurrection de Christ.

 

Il est fort probable que le « poisson » choisi était plu­tôt un cachalot ; car rien dans sa constitution ne l’empê­cherait d’avaler deux ou même trois hommes…

 

Feu M. Frank Bullen, l’auteur bien connu de « La Croi­sière du Cachalot », et qui est un témoin digne de foi, atteste qu’il a aidé lui-même à capturer des cachalots de 21,33 mètres de long et d’une grosseur proportionnelle. Le capitaine du « Cachalot » estimait le poids d’un cacha­lot à quinze tonnes. On trouva une fois un requin de près de cinq mètres de long dans l’estomac d’un cachalot.

 

  1. Bullen affirme aussi que le cachalot vomit fréquemment en mourant, le contenu de son estomac. Une fois, dit-il, un énorme cachalot vomit une quantité colos­sale d’aliments, formant un tas de plus de deux mètres cubes…

 

La seule difficulté réelle, à première vue, c’est de com­prendre comment Jonas a pu vivre si longtemps dans une telle prison. Cependant il est arrivé récemment un cas solidement authentique d’un homme avalé par un cachalot, et pourtant secouru vivant après un séjour assez prolongé dans l’estomac du monstre.

 

Il en a paru deux comptes rendus au moins, parfai­tement d’accord jusque dans les moindres détails et M. de Parville, rédacteur au Journal des Débats, que son nom met à l’abri de tout soupçon de légèreté, les a passés au crible et en garantit l’authenticité. En voici le récit détaillé : (article de 1906)

 

« En février dernier, le baleinier « Etoile de l’Est » se trouvait dans le voisinage des îles Falkland, à la chasse aux baleines, qui étaient fort rares. Un matin, la vigie signala une baleine[1] à environ cinq kilomètres à tribord. Deux canots furent équipés. Bientôt l’un d’eux fut assez près pour permettre au harponneur de lancer son harpon dans le flanc de la baleine, qui se trouva être de dimensions rares. Blessée, elle plongea et s’enfuit en entraînant le canot à une allure effrayante. Après avoir nagé environ sept kilomètres en droite ligne, elle se retourna et revint presque directement vers l’endroit où elle avait été harponnée. Le second canot l’attendait. Arrivée à une petite distance de ce canot, elle remonta à la surface de l’eau. Aussitôt que son dos émergea suffisamment, le harponneur du second canot lui lança un second harpon. La douleur apparemment, rendit la baleine furieuse; elle se débattit violemment, au point qu’on pouvait s’at­tendre à voir chavirer les canots et se noyer leur équipage. Finalement elle prit le large, en entraînant après elle les deux canots. Quand elle eut franchi ainsi environ cinq kilomètres, elle plongea, de façon qu’on ne pouvait dire exactement où elle était. Les cordes des har­pons se détendirent et les harponneurs se mirent à les retirer dou­cement et à les enrouler à leur place. Mais, dès qu’elles se trouvèrent de nouveau tendues, la baleine revint à la surface et donna des coups de queue comme dans un état de folie furieuse. Les canots s’effor­cèrent de se mettre hors de l’atteinte du monstre, qui paraissait à l’agonie; l’un d’eux y parvint, mais l’autre n’eut pas cette chance : la baleine le frappa de son mufle et le renversa. Les hommes furent jetés à l’eau, et, avant que l’équipage de l’autre canot eût put les repêcher, l’un d’eux s’était noyé, et James Bartley avait disparu. Lorsque l’épuisement eut calmé la baleine, on fit de longues recher­ches pour retrouver ce Bartley; mais elles furent vaines. Supposant donc qu’il avait reçu un coup de queue de la baleine et qu’il avait coulé à pic, les autres matelots rejoignirent le navire. La baleine était morte, et quelques heures après son grand corps s’allongeait au flanc du navire, tandis que l’équipage, armé de haches et de bêches, en dépe­çait la chair pour la dépouiller de sa graisse. On y travailla toute la journée et une partie de la nuit, puis on se remit à l’œuvre le lende­main matin et l’on put bientôt dégager l’estomac, qu’il s’agissait de hisser sur le pont. Les travailleurs sursautèrent lorsqu’en s’efforçant d’y fixer la chaîne, ils s’aperçurent que quelque chose de plié en deux s’y trouvait et donnait des signes spasmodiques de vie. L’énorme panse fut hissée sur le pont; on l’ouvrit, et l’on y trouva le matelot disparu, plié en deux et sans connaissance. On l’étendit sur le pont et on le baigna dans de l’eau de mer. Il ne tarda pas à revenir à lui, mais la raison ne lui revenait pas; on le mit donc dans la cabine du capitaine, où il resta deux semaines fou furieux. Cependant; le capi­taine et les officiers l’entourèrent de soins attentifs, et il finit par reprendre ses sens. A la fin de la troisième semaine, il se trouva suffisamment remis pour se remettre au travail. Pendant ce court séjour dans le ventre de la baleine, la peau de Bartley subit une sin­gulière transformation partout où elle se trouva exposée à l’action des sucs gastriques. Son visage et  ses mains devinrent d’une pâleur mortelle, et la peau se rida, lui donnant l’aspect d’un homme qu’on aurait à moitié cuit. Bartley affirme qu’il aurait pu vivre dans cette maison de chair jusqu’à ce qu’il pérît de faim, car, s’il perdit con­naissance, ce fut de frayeur, et non pas de manque d’air. Il se rappelle s’être senti soulevé en l’air par le mufle de la baleine, puis être retombé dans l’eau; après quoi il y eut un fracas effrayant d’eau qui se précipitait, sans doute, pensa-t-il, le bruit des coups de queue de la baleine; puis il se trouva enveloppé d’une terrible obscurité, et se sentit glisser le long d’un passage lisse qui lui semblait se mouvoir et le faire avancer. Mais cela ne dura qu’un instant, et il sentit alors qu’il avait plus d’espace. Il tâtonna autour de lui, et ses mains se trouvèrent en contact avec une substance visqueuse qui paraissait se recroqueviller dès qu’il la touchait. Il commença enfin à comprendre qu’il avait été avalé par la baleine, et l’horreur de sa situation le terrifia. Il n’avait point de peine à respirer, mais la chaleur était into­lérable. Elle ne le brûlait ni ne le suffoquait, mais elle semblait lui ouvrir les pores et le priver de sa vitalité. Il devint extrêmement faible, et souffrit de l’estomac. Il savait qu’il n’y avait guère d’es­poir de s’évader de cette étrange prison. Voyant la mort en face, il tâchait de l’affronter en brave, mais l’affreux silence, l’effroyable obs­curité, l’horrible sensation de ce qui l’entourait, et la chaleur terrible finirent par avoir raison de lui, et il dut s’évanouir, puisqu’il ne se rappela plus rien jusqu’au moment où il se retrouva dans la cabine du capitaine.

 

Ce Bartley n’est pas un pusillanime, mais il affirme qu’il s’est passé bien des semaines avant qu’il ait pu passer une nuit sans que d’affreux cauchemars vinssent lui faire voir des baleines en fureur et les horreurs de son effroyable prison. La peau de son visage et de ses mains n’a jamais recouvré son aspect naturel, elle est jaune et ridée, et ressemble à un vieux parchemin. Mais la santé générale de ce Bartley ne paraît pas avoir souffert de cette terrible expérience. Il est plein d’entrain, et il paraît jouir pleinement de tout ce que la vie lui apporte.

 

Les capitaines de baleiniers assurent n’avoir jamais entendu parler d’aucun autre cas pareil. Mais, disent-ils, il arrive assez fréquemment que des hommes sont engloutis par des baleines rendues furieuses par la douleur causée par les blessures des harpons et qui se tournent contre les canots, mais jamais encore ils n’avaient entendu dire qu’un homme eût passé par une expérience semblable à celle de Bartley et en fût ressorti vivant.»

POUR EN CONNAÎTRE PLUS :

NOTES

[1] Il s’agit évidemment d’un cachalot, improprement appelé baleine en langage populaire.

Un sceau royal du roi Osée retrouvé

Dans l’Antiquité, des particuliers autant que des personnages officiels authentifiaient leurs documents par l’impression d’un sceau sur des pastilles de glaise (bulles). Nous en connaissons des centaines en Israël, certains ayant appartenu à des personnages de l’Ancien Testament. Parfois on a retrouvé le sceau lui-même, grande convoitise des collectionneurs. Récemment, à New York, un de ces sceaux a été vendu. Il s’agit, de toute évidence, du sceau du premier ministre d’Osée, le dernier roi d’Israël (732-724 av. J.-C.).

 

Le sceau

L’homme en marche

Observons les différents motifs du sceau finement taillé dans une calcédoine orange. Au centre, un homme en marche esquisse un geste de la main droite alors que, de la gauche, il tend une sorte de sceptre à fleur de lotus. Il coiffe une perruque. Son port et son vêtement, une jupe, sont de style égyptien, ce qui est fréquent à cette époque, même en Israël. Sous ses pieds, un soleil ailé, autre motif égyptien. De nombreux artistes étaient alors influencés par cet art merveilleux du pays voisin, au sud. L’identification du propriétaire est en bel hébreu typique de la deuxième moitié du VIIIe siècle (750-700 av. J.-C.). Le nom et le titres inscrits se lisent facilement aussi bien derrière le personnage (malgré une échancrure) que devant: « À Abdi », une forme abrégée pour Abdiyo, signifiant « Serviteur de Yahweh », un nom courant à l’époque, et « Serviteur (ebed) d’Osée (Hoshéa) ». Le mot serviteur, présent sur d’autres sceaux, désigne un ministre royal, une sorte de « premier ministre ». Le nom propre qui suit (Osée) doit donc être celui de son roi. Et le dernier roi d’Israël ne portait-il pas ce nom (tout comme un prophète du VIIIe siècle)?

 

Osée

L’Ancien Testament et des textes assyriens nous apprennent du personnage qu’il prit le pouvoir par un coup d’état, en 732 (2 Rois 15,30), avec l’appui du roi d’Assyrie. Celui-ci exige cependant d’Israël un lourd tribut si bien que, vers 727, Osée s’allie au roi d’Égypte pour s’affranchir du joug assyrien. Salmanasar, nouveau roi d’Assyrie, après l’avoir emprisonné (2 Rois 17,3-4), assiège la ville de Samarie (en 724). Ce malheureux Osée mourut en captivité, sans que nous sachions si ce fut avant ou après la chute de Samarie qui entraîna la disparition du royaume d’Israël (en 721).

 

C’est donc bien émouvant de lire, sur un sceau, le nom de ce dernier roi de la plus grande partie de la terre promise au peuple de Yahweh!

Une preuve de l’existence du roi David sur la Pierre de Moab (ou stèle de Mésa)

Conservée au musée du Louvre cette stèle de 1,13 m de haut est écrite avec les fameux caractères alphabétiques cananéens. Elle mentionne entre autres les noms de l’Eternel (YAHVEH) et du roi David. L’inscription en est parfaitement intelligible. Elle provient de Mécha (ou Mésa), roi de Moab, mentionné dans 2 Rois 3:4-27 et confirme et complète de façon remarquable le récit biblique. Elle prouve qu’à cette époque-là (environ 850 avant J.-C., après la mort du roi Achab) l’écriture alphabétique était connue dans les pays du Jourdain. D’autre part, la forme des lettres de la Pierre de Moab montre que l’écriture alphabétique avait déjà dû être longtemps en usage. La langue de l’inscription est remarquable ; entre elle et l’hébreu les différences sont rares et petites. Cela confirme que les Moabites étaient apparentés aux Israélites au point de vue de la langue comme de la race (la Bible les présente comme descendants de Lot, le neveu d’Abraham).

 

Goliath a-t-il existé ?

Une inscription portant le nom du géant Goliath dans une antique langue cananéenne a été découverte dans le site archéologique de Tel Tsafit au mois de novembre 2005, près de Kiryat Malakhi, par un groupe d’archéologues de l’université de Bar Ilan, dirigés par le Pr. Aaron Meir.

Le site identifié comme Gat, ville peuplée de Phlistins, a été reconnu par les chercheurs comme une des cinq villes de ces ennemis jurés du peuple d’Israël du temps de la Bible et comme étant la ville d’origine de Goliath.

Ce site renferme des découvertes des dix phases de l’époque philistine de 586 à 100 avant l’ère chrétienne. Entre autres, y ont été découvertes les preuves du siège de la ville par le roi d’Aram Hazael, décrit dans le livre des Rois (2 Rois 10).

 

La céramique, où a été déchiffrée le nom Goliath a été décryptée par le Pr. Aaaron Dameski de l’université de Bar Ilan et le Dr Stefan Wimer de l’université de Munich.

 

« Il s’agit de la preuve écrite la plus antique de l’existence d’un Philistin répondant au nom de Goliath, découverte qui plus est dans sa ville d’origine », a déclaré le P. Meir. LD

 

Source Aroutz 7

Samson et Dalila ont-ils vraiment existé ?

Ascalon, une ville philistine sur la côte méditerranéenne, au nord de la bande de Gaza, fut sauvagement détruite par Nabuchodonosor, roi de Babylone, en 604 av. J.-C. L’incident est rapporté dans Jérémie 47 : 5-7 et dans les Annales babyloniennes. Récemment, des archéologues américains ont montré qu’il en fut bien ainsi, révélant aussi que la ville fut abandonnée jusqu’à la fin du IVe siècle av. J.-C.

Un chantier de fouilles à Ascalon
(photo : BiblePlaces.com)

C’est dans le niveau de cette destruction qu’un fragment de jarre fut aussitôt remarqué : il était inscrit! L’encre est parfois presque effacée, car il se trouvait proche de la surface du sol pendant une bien longue période. Ce n’est pas un faux, comme il en circule plusieurs à l’heure actuelle ; il fait bien partie du niveau de destruction!

L’ostracon et ses inscriptions

Voici ce que l’on peut lire, après une longue étude : « À Hanno de Gaza : la tête de l’hébreu Samson, qui est attaché à Dalila, j’ai mis dans les mains d’Agga, le fils d’Aquish d’Ascalon, le roi. » Quelle surprise, qui mérite quelques explications!

L’auteur de ce billet ne peut être qu’un messager qui avait l’ordre de remettre cette tête à Ascalon. Donc, mission accomplie! Ce fait peut aussi expliquer bien des gaucheries de rédaction. Ainsi il dessine une « tête » en début de ligne 2, devant « hébreu Samson »; après le nom de Dalila, à la fin de la ligne 3, il dessine une tête de femme. Surtout, après une première rédaction, il ajoute des notes explicatives à deux reprises : les lignes 1A et 5B. En 5B, qui précise qu’il s’agit du fils du roi d’Ascalon, il dessine un grand et un petit bonhomme! Vraiment, c’est là l’oeuvre d’un apprenti!

Pour sûr, nous sommes renvoyés à un incident des premiers siècles (XIIe et XIe) de l’histoire d’Israël, au temps des Juges. Un de ces chefs de tribus est Samson l’hébreu, qui donna beaucoup de fils à retordre aux Philistins, occupant toute la côte méditerranéenne (Juges 13-16). Après un mariage avorté avec une israélite, il s’éprend follement d’une philistine, la fameuse Dalila! Ses charmes lui feront révéler le secret de sa force, sa longue chevelure (Jg 16). Et on connaît la suite. Écrasé avec les Philistins sous les ruines du temps, ses parents viennent chercher son corps qu’ils enterrent dans leur village (Jg 16 :31). On ne dit pas que ce corps est décapité!

Mais le jeune David ne décapita-t-il pas Goliath, ce géant philistin, pour ensuite déposer sa tête à Jérusalem, sans doute dans un lieu saint (1 Sm 17 :46, 51, 54)? De plus, après la défaite de Saül contre les Philistins, ces derniers décapitèrent Saül et ses trois fils; après une parade des têtes à travers leur pays, ces Philistins les déposèrent dans un temple (1 Sm 31 : 2, 9-10). Nous sommes toujours aux premiers siècles de l’histoire d’Israël, et dans le même contexte culturel : Israël et la Philistie! Samson a sans doute subi le même sort.

Deux raisons nous incitent à croire à l’authenticité de cette inscription. La première est le nom propre du roi de Gaza : Hanno. Ce nom est inconnu dans la Bible, mais il figure à deux reprises comme nom du roi de cette même ville, un siècle et demi plus tôt. Le grand roi d’Assyrie, Téglat-Phalasar III (745-727 av. J.-C.), raconte dans ses Annales qu’il livra un dur combat contre un certain Hanunu, roi de Gaza, qui dût lui payer un bien lourd tribut. Nous sommes assurés que c’est la forme assyrienne du Hanno philistin de notre inscription. Il y aurait peut-être eu un dynastie de Hanno à Gaza.

La seconde raison concerne le nom du roi d’Ascalon, Agga. Ce nom est aussi inconnu dans la Bible, mais il est bien attesté dans un texte babylonien, au temps de Nabuchodonosor lui-même. À Babylone, on a trouvé la liste des rois et des princes tenus captifs dans cette grande capitale, et qui peuvent recevoir des rations de vivre. On y rencontre le nom de Joiakîn, roi de Jérusalem, et celui d’Agga, d’Ascalon! Notons que le nom de son père, Aquish, est aussi celui du roi philistin de Gat, au temps de David (1 Sm 21 :11 ; 1 Rs 2 :39). Nous sommes donc en terrain bien connu.

Nous connaissons les réserves récentes sur la valeur historique des textes de la Bible concernant l’ancien Israël, avant le VIIIe siècle av. J.-C. L’époque des juges (VIIIe et XIe siècles) est souvent qualifiée de « pure légende ». Et pourtant, si le livre des Juges est souvent considéré comme s’apparentant à des récits légendaires, Samson étant donné comme le plus bel exemple, nous avons là la preuve que le personnage lui-même est réel.