Le Coran, un livre adapté à la cause islamique

Une question se pose régulièrement dans les débats au sujet du coran : le texte coranique a-t-il ou aurait-il subi une manipulation, ne serait-ce que l’ajout de quelques mots ici et là, selon ce que l’on peut voir avec le terme de nasârâ[1]. Des générations de bricoleurs se sont succédé sur le texte : au début du 8ème siècle, le gouverneur Hajjaj[2] est obligé une fois encore de rappeler les textes coraniques en circulation pour les brûler et leur en substituer d’autres[3]. On ne peut regarder une histoire aussi complexe en quelques pages : un long travail d’exégèse minutieuse sera nécessaire, qui demandera la collaboration de nombreuses disciplines, dont la linguistique, l’histoire, la géographie, l’archéologie, mais aussi les études juives, syriaques, et même théologiques car il est toujours nécessaire de se demander quels sont les buts poursuivis par un groupe humain et quelles sont ses représentations de Dieu et de l’avenir du monde.

A l’origine, les sourates devaient convaincre : elles ont été composées en un style oral parfaitement clair et cohérent. Ce sont les manipulations successives qui les ont rendues souvent obscures et incohérentes, au point qu’elles ne sont même plus réellement lues : on regarde le texte non en fonction de ce qui est écrit mais de ce qu’on doit y lire en vertu du dogme islamique et des commentaires tardifs.

En attendant, il faut au moins discerner des clefs de lecture. L’une d’elles était l’objet de cet article : la distinction faite par le Coran entre yahûd et nazaréens c’est-à-dire parmi les fils d’Israël et d’Abraham à qui le Livre a été légitimement donné. Une autre clef consiste à découvrir comment le texte coranique désignait le christianisme[4] et comment cette appellation fonctionnait dialectiquement avec la dénonciation des yahûd. Une autre clef tient à la découverte de la communauté que désignait le terme de nasârâ.

Ces clefs et d’autres apportent des points de contact avec l’histoire réelle connue dont le texte semble si dépourvu[5] contrairement aux textes des évangiles qui regorgent d’informations historiques, géographiques et chronologiques. Car de tels points de contacts existent dans le texte coranique.

Comme nous l’avons vu, quelques clefs de lecture sont indispensables pour pouvoir simplement lire le texte coranique, truffé d’apparentes obscurités, sinon parfois de contradictions. A ce point de vue, le début du chapitre ou sourate 47 se révèle instructif. En effet, ces clés de lectures permettent de restaurer ce passage dans l’état premier où il était parfaitement clair et bien bâti – cet état de clarté était certainement celui de tous les feuillets coraniques qui formèrent plus tard l’actuel « Coran ». Si le texte n’a plus aujourd’hui cette même clarté au point d’être parfois complètement obscur, il faut incriminer la lecture qui en est faite[6]. Voici le texte :

v.1aCeux qui « kafarent » et empêchent du sentier de Dieu,
v.1bIl [Dieu] égare leurs actions.
v.2aCeux qui croient et font de bonnes œuvres
v.2bet croient en ce qui est descendu sur Muhammad
v.2cet cela est la vérité de la part de leur Seigneur,
v.2dIl « kaffare » leurs mauvaises actions et réforme leur pensée.

Dans l’Islam, « kafarer » est une horreur : ceux qui « kafarent » (al-ladîna kafara) sont les pires des hommes, des mécréants impies et immondes, condamnés à l’enfer :

  • « Ceux qui kafarent… le feu sera leur séjour éternel » (sourate 47, 12).
  • « Ceux qui kafarent et empêchent du sentier de Dieu, puis meurent tandis qu’ils kafarent, Dieu ne leur pardonnera pas » (s. 47, 34)

Tuer un kâfir, c’est rendre service à Dieu selon ce qu’indique le verset 3 (voir plus bas). Pour autant, aucun musulman ne pourrait expliquer exactement le sens de ce terme (kafirûn au pluriel) ou celui du verbe (kafara, racine kfr).

Ceci pose un grave problème : au sous-verset 2d, Dieu Lui-même est dit « kaffarer ». Dieu serait-Il donc très mécréant (intensif de kafara avec deux « f »), ou ferait-Il mécroire (selon un autre sens possible) ? Certes non, et tous les traducteurs rendent « kaffarer » par couvrir ou absoudre, au sens où Dieu couvre les mauvaises actions de ceux qui croient en Lui : telle est la signification évidente de du verset 2d, qui correspond à ce qu’enseignent les docteurs en islam.

Mais alors, que signifie la racine kfr en rapport avec l’idée de couvrir ? Et qui sont ceux qui « kafarent » ?

La réponse fondamentale apparaît dès qu’on recourt à un programme de recherche biblique pour rechercher les passages mentionnant le verbe hébreu correspondant : kâfar[7]. On trouve justement les deux formes que présentent les versets s.47,1 à 3 et avec des significations claires et logiques :

  • au sens premier (radical qal), l’hébreu biblique kfr[8], signifie enduire, recouvrir (voir Gn 6 :14),
  • et au sens second (radical piel) intensif, kffr[9],  signifie couvrir le visage de quelqu’un, absoudre (Ez 45 : 15s ; Lv 14 : 53 ; Dt 21 : 8 ; Dn 9 : 24).

La dernière de ces deux significations correspond d’ailleurs au nom de la grande fête juive du Yôm Kippûr[10] ou Jour des expiations-absolutions.

Ces significations bibliques sont à la base de toutes les autres, et les quelques développements qui eurent lieu à travers l’araméen avant d’aboutir aux feuillets qui formeront le texte coranique ne contredisent pas leur simplicité. C’est l’araméen du Nouveau Testament et en particulier des évangiles qu’il faut regarder pour trouver l’origine de la plupart des significations des occurrences de kfr dans le Coran[11].

Nous avons vu que, dès le verset 1, « kafarer » apparaît comme un grave reproche. Mais alors, pourquoi est-il si grave de recouvrir ?

Vers le 1er siècle avant notre ère, en araméen, un sens second de la racine de base kfr apparut : recouvrir un fait (ou une parole), c’est le passer sous silence, c’est-à-dire taire mais aussi dénier ou même être ingrat (s’il s’agit d’un bienfait, à la forme emphatique). C’est ce qu’expriment les quelques vingt-six occurrences de cette racine dans les évangiles en araméen ; en voici les principales :

  • Lc 6 : 35 : «…Car Il est bon, Lui, pour les ingrats (kafûrê’) et les méchants ».
  • Lc 8 : 45 : « Jésus demanda : « Qui m’a touché ?». Comme tous niaient (kfr), Pierre dit :… »
  • Lc 22 : 57 : [Pierre] nia (kfr) : « Femme, dit-il, je ne le connais pas ».
  • Mt 10 : 33 : « Quiconque me reniera (kfr), moi aussi je le renierai (kfr) devant mon Père qui est dans les Cieux ».
  • Mt 16 : 24 : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce (kfr) à lui-même »
  • Mt 26 : 34 et 75 : « Cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié (kfr) trois fois ».

Dans l’expression des autres textes du Nouveau Testament, ce sens se renforce : taire, c’est renier :

  • 1Jn 2 : 22 et 23 : « Qui est le menteur, sinon celui qui nie (kfr) que Jésus est le Christ ? Celui-là est l’antichrist, celui qui nie (kfr) le Père et le Fils. Quiconque nie (kfr) le Fils n’a pas non plus le Père. »
  • Jude 1 : 4 : « Car se sont glissés parmi vous des individus… et qui renient (kfr) notre seul Maître et Seigneur Jésus Christ. »

Le reproche de renier prend donc ici le sens le plus fort : celui d’être un renégat, un petit anti-christ, le véritable Anti-Messie devant apparaître seulement à l’accomplissement des temps (les musulmans le savent pour avoir conservé cette antique tradition). Mais sous ce sens très fort, le geste matériel de recouvrir est toujours présent.

Dans le Coran, on trouve ce sens très fort, employé parfois de manière purement polémique (alors, il n’a pas d’autre portée que celle d’être une invective) ; mais, bien plus généralement, il est employé de manière précise dans la ligne du sens matériel premier de recouvrir. Ce reproche de renier-recouvrir y vise en particulier ceux qui sont désignés sous le terme de Yahûd, qui forment une « partie parmi les fils d’Israël » (par opposition à une autre partie, les « Judéo-nazaréens »). Voici quelques versets révélateurs :

  • « Ceux des fils d’Israël qui kfr ont été maudits par la langue de David et de Jésus fils de Marie… Dans le châtiment, ils demeureront éternellement » (sourate 5, 78 et 80).
  • « Dieu dit : Ô Jésus,… je vais te débarrasser de ceux qui kfr, et mettre ceux qui te suivent au-dessus de ceux qui kfr, jusqu’au jour de la Résurrection » (sourate 3, 55).
  • « Ô gens de l’Ecrit, pourquoi kafarez -vous les signes de Dieu alors que vous êtes vous-mêmes témoins ? Ô gens de l’Ecrit, pourquoi enrobez-vous de faux le vrai et cachez-vous le vrai, alors que vous savez ? » (sourate 3, 70 et 71).

Le reproche exprimé vise une dissimulation par recouvrement, de la part de gens « qui savent (‘alama) », à la différence de ceux « qui ne savent pas » (parce qu’ils ne sont pas juifs, les mušrikûn associateurs[12]).

  • « Ne savent-ils pas que Dieu sait ce qu’ils cachent et ce qu’ils divulguent ? Parmi eux, des clans (ummîyûn – c’est-à-dire certains groupes juifs[13]) ne savent en fait de l’Ecrit que des illusions rêvées et des élucubrations qu’ils ont fabriquées. Malheur à ceux qui écrivent l’Ecrit de leur main et disent ensuite : Cela [vient] d’auprès de Dieu » (sourate 2, 77 à 79a).
  • « Parmi eux [les gens du Livre du verset 75], une fraction adjoint leur langage à l’Ecrit pour que vous le comptiez [comme partie] de l’Ecrit alors que ce n’est pas de l’Ecrit. Ils disent : Cela [vient] d’auprès de Dieu, alors que cela ne [vient] pas d’auprès de Dieu ! Ils disent contre Dieu le mensonge, alors qu’ils gardaient en eux-mêmes (ou savaient, ‘lm) » (s. 3, 78).
  • « Vous le mettez [l’Ecrit apporté par Moïse] en rouleaux de parchemin que vous montrez et [dont] vous dissimulez beaucoup » (s. 6, 91).

Commentant ce dernier verset, l’islamologue Régis Blachère[14] indique que le reproche de « dissimuler » (hafîy, [se] dérober à la vue de) doit s’adresser au judaïsme talmudique : « L’expression : On vous a enseigné… ni vos ancêtres paraît faire allusion à l’enseignement talmudique ».

Derrière cette question, se profile l’accusation de falsification (tahrîf) qui apparaît dans ces mêmes textes, par exemple :

  • « Parmi ceux qui sont des juifs pratiquants, [certains] falsifiaient la Parole quant à ses sens » (s. 4, 46).
  • « Dieu jugera entre eux au jour de la Résurrection sur ce que [dans le Livre] ils ont remplacé » (s. 2, 113).

Il convient de préciser ici que l’expression « gens du Livre » parfois évoquée à l’occasion du reproche de falsification désignait les juifs au sens large (qu’ils relèvent du judaïsme talmudique, du judéo-nazaréisme ou encore d’une autre mouvance), non les chrétiens ; c’est l’interprétation musulmane postérieure qui y a englobé les chrétiens[15] :

  • « Ô fils d’Israël [v.40]… Croyez à ce que J’ai fait descendre msddqn li[16] ce qui est devers vous [la Torah] et ne soyez pas les premiers à être kâfir en cela… Et ne travestissez pas la vérité au moyen du faux. Ne tenez point secrète la vérité alors que vous savez ! » (s. 2, 41 et 42).
  • « Pouvez-vous accepter de les considérer comme croyants avec vous, alors qu’une fraction d’entre eux [c’est-à-dire parmi les fils d’Israël] entendaient la parole de Dieu, puis la falsifiaient, après l’avoir comprise et sue ? » (s. 2, 75).
  • « Nous avons donné le Livre à Moïse. Nous l’avons fait suivre par des envoyés (rusul). Nous avons donné des signes à ‘Isa fils de Marie, et Nous l’avons renforcé de l’Esprit [du] Saint… Vous traitiez les uns d’imposteurs et vous tuiez les autres » (s. 2, 87).
  • « Demande aux fils d’Israël combien de signes évidents Nous leur avons apportés (s. 2, 211)… Les gens formaient alors une seule ummah. Puis Dieu envoya des prophètes (nabyûn) annonçant et avertissant. Il fit descendre avec eux le Livre avec la vérité pour régler entre les gens ce en quoi ils
  • divergent…. mais ils divergèrent après que les signes furent venus » (s. 2, 213).

Ainsi, l’objet du recouvrement, c’est la messianité de Jésus, qui est recouverte par la lecture de la Torah couverte par celle des Talmud-s[17] (c’est-à-dire que la Torah est lue à travers les commentaires que ceux-ci en donnent). Justement, le Coran reconnaît onze fois à ‘Isa-Jésus le titre de « Messie »[18] dont quatre fois sous la forme de « le Messie-Jésus »[19]. Et il dénonce les manières dont cette messianité a été recouverte dans le passé, non seulement grâce à une lecture « dissimulatrice » mais aussi en présentant Jésus comme un magicien (fin des versets s. 5, 110 et 61, 6) et sa mère comme une femme de mauvaise vie – ces deux accusations se lisent effectivement dans les Talmud-s.

Dès lors, sauf en les exceptions polémiques (à traduire au choix par : mécréant, renégat, impie, renieur), on aura tout intérêt à rendre la racine kfr à la 1ère forme par recouvrir qui est son sens primitif. Cela s’impose même particulièrement ici, au début de la sourate Muhammad, à cause du jeu de mots bâti sur les formes du verbe kfr. On retrouve d’ailleurs ce jeu de mots dans la sourate La duperie mutuelle :

  • « À celui qui croit…, Dieu couvrira ses méfaits… tandis que ceux qui recouvrent seront les compagnons du Feu [de l’Enfer] » (s. 64, 9 et 10).

Ainsi, il ressort que le début de la sourate 47 est parfaitement bâti autant au point de vue du sens que de celui de la forme, pour peu que l’on en excepte les sous-versets 2b et 2c, de cette manière :

v.1aCeux qui « kafarent » (recouvrent) et empêchent du sentier de Dieu,
v.1bIl [Dieu] égare leurs actions.
v.2aCeux qui croient et font de bonnes œuvres
v.2bet croient en ce qui est descendu sur Muhammad
v.2cet cela est la vérité de la part de leur Seigneur,
v.2dIl « kaffare » (couvre) leurs mauvaises actions et réforme leur pensée.
v.3aCertes, ceux qui « kafarent » suivent le faux, tandis que ceux qui croient suivent la vérité de la part de leur Seigneur.

L’enchaînement entre v.2a et v.2d se lit même littéralement ailleurs dans le texte coranique :

  • « Ceux qui croient et font de bonnes oeuvres, Nous couvrirons leurs mauvaises actions » (s. 29, 7) !

Il s’agit d’un schéma très bien balancé et très percutant en milieu de culture orale :

Ceux qui recouvrent / Dieu les égare

Ceux qui croient / Dieu les couvre

Ceux qui recouvrent / sont dans le faux

Ceux qui croient / sont dans le vrai

Quant au sens, il n’est pas moins percutant : toute une doctrine de la justification se trouve synthétisée là. Selon le texte, Dieu couvre ceux qui croient du manteau de Sa Justice, même s’ils font des actions mauvaises à côté des bonnes. À l’inverse, Il punira ceux qui sont volontairement dans le faux car non seulement ils ne veulent pas croire, mais détournent autrui du « sentier de Dieu » ; du reste, ils n’auront aucune bonne action à faire valoir, puisque Dieu « égare leurs actions » de sorte qu’aucune d’elles ne soit bonne. C’est terriblement logique. Ce Dieu qui couvre ne pardonne pas les fautes (contrairement à certaines doctrines modernes avancent) : dans Sa miséricorde infiniment hautaine, Il condescend simplement à ne pas en tenir compte, à cause de la foi qu’Il voit (et qui doit se voir !) chez les vrais croyants. Et ceux qui ne partagent pas cette foi iront en l’éternel Enfer.

Le texte continue ainsi :

  • « C’est ainsi que Dieu frappe [= forge] leurs exemples aux gens. Lors donc que vous rencontrez ceux qui recouvrent, frappez aux cols (litt. frappement des coups, c’est-à-dire tuez, explique le traducteur Hamidullah) » (v. 3b à 4a).

Conclusion

Les sous-versets 2b-2c introduisent une longue perturbation frappante non seulement dans l’équilibre du texte mais aussi dans sa logique thématique. De plus, le verbe « croire » apparaît deux fois de suite : Ceux qui croient (2a)… et croient en… (2b) – ce qui ne va pas dans la structure linguistique du texte. Les traducteurs n’hésitent d’ailleurs pas à mettre 2c entre tirets pour indiquer qu’il s’agit d’un ajout (« cela est la vérité de la part de leur Seigneur » – de plus, c’est d’un doublet du sous-verset 3a, « la vérité de la part de leur Seigneur »). Il est interdit de penser que le texte ait pu être manipulé mais le traducteur Hamidullah qui suggère cela ici n’a pas été inquiété – il faut dire qu’il touchait au seul sous-verset 2c qui n’a guère d’importance ; s’il avait émis un doute quant à l’authenticité de 2b où apparaît le nom de Muhammad, cela ne serait pas passé.

Il apparaît donc que le sous-verset 2b est tout autant un ajout que 2c :

v.2bet croient en ce qui est descendu sur Muhammad
v.2cet cela est la vérité de la part de leur Seigneur,

Mais se peut-il qu’une sourate intitulée « Muhammad » n’ait justement pas parlé de Muhammad, en tout cas pas avant qu’on lui insère ces deux sous-versets ? C’est que, justement, on ne sera pas surpris d’apprendre que cette sourate avait porté un autre titre : elle s’est longtemps appelée al-Qitâl (c’est-à-dire le combat à mort, à cause du verset 20). Certes, les titres de la plupart des sourates semblent être aussi vieux qu’elles-mêmes, mais ici, « Muhammad » n’est justement pas son titre originel.

Alors, depuis quand cet ajout – qui double la longueur du verset – existe-t-il dans le texte ? Une telle question ne se pose pas uniquement à propos de ce verset s.47, 2 mais ailleurs, par exemple là où apparaît un équivalent du nom de Muhammad : ahmad. Tout porte à penser, ainsi que Blachère l’a montré, que le texte primitif du verset s.61, 6 ne faisait pas plus d’allusion à Muhammad (même sous la forme de ahmad) que la sourate 47. Ce verset a d’ailleurs été conservé sous deux versions dont l’une mentionne justement tout autre chose. Quant aux trois autres et dernières mentions du nom de « Muhammad » dans le Coran, elles laissent également songeur…

Dès lors, la question qui surgit est celle du rapport entre les feuillets coraniques primitifs et celui qui a été présenté un moment donné comme le prophète de l’Islam. Se pourrait-il que, historiquement, le rapport entre le futur Coran et celui qui fut le chef de guerre des Arabes regroupés à Yatrib-Médine fonctionne d’une manière toute autre que celle qui est habituellement présentée ?


[1] « Nazaréens » dans le Coran. 

[2] Né en 661 et mort en 714, il fut un gouverneur important pendant le califat omeyyade de Damas. Il ordonna une modernisation de l’écriture arabe, afin de faciliter aux fidèles la lecture du Coran par la différenciation des lettres qui s’écrivaient de la même manière par des points et autres mesures.

[3] Ce sont des traditions islamiques qui le racontent !

[4] Il est traité d’associationisme, « shirk ».

[5] Le texte coranique n’offre apparemment quasiment pas de repères chronologiques ou de noms de lieux connus ou même de noms de personnes ; à ce dernier point de vue, seuls apparaissent les noms de Zayd (Sourate 33 verset 37), Qurays (Sourate 106 verset 1), Abou Lahab (Sourate 111 verset 1) et, quatre fois, Muhammad, plus une fois Ahmad au centre de l’ajout inséré au milieu du verset 6 de la sourate 61. A y regarder de près, les quatre mentions du nom de Muhammad sont elles-mêmes suspectes.

[6] A moins qu’il ne s’agisse d’une manipulation subie par le texte lui-même ?

[7] Il est fondamentale de comprendre que les deux langues (l’hébreu et l’arabe) sont très proches car elles possèdent un champs sémantique premier similaire… Les racines fondamentales qui les structurent sont les mêmes ; cependant, une étude systématique et approfondie montre qu’il y a eu une évolution (majoritairement orientée vers une diminution de la précision) des racines utilisées par la langue arabe.

[8]

[9]

[10] Le son « p » étant un « f » prononcé dur : il s’agit de la même lettre mais avec une différence de prononciation

[11] C’est semblablement là aussi que l’on trouve l’origine des termes de muslim, « musulman » et de islâm.

[12] La racine šrk (associer) se rapporte aux chrétiens, accusés d’être des associateurs, et non à d’autres. On pourrait objecter les versets de la sourate 6 (v. 136 et 137) qui se rapportent aux Hébreux ; cette exception n’infirme cependant pas le sens habituel : ce ne sont pas en effet les Yahûd contemporains qui sont visés là, mais les Hébreux du temps des Juges et des Rois qui s’étaient conduits comme des idolâtres.

[13] Il est indispensable de signaler l’origine et le sens bibliques des termes ummîyûn et ummah . La traduction du mot ummah par communauté provient de l’appropriation du terme par la théologie islamique, et ne rend pas suffisamment l’aspect tribal fondamental (où prédomine la notion de umm – la mère). Le mot ummah au pluriel en Gn 25 : 16 désigne les douze tribus des Hébreux (ummot -m), et en Nb 25 : 15 il signifie simplement un clan. Cette signification fondamentale de « groupe juif » apparaît manifestement dans le texte coranique, par exemple dans la sourate 7, 159 et 160 : « Parmi le peuple de Moïse, une ummah avance sur la voie en vérité et ainsi en justice. Et Nous les partageâmes en douze tribus (ou douze clans, asbâtan ummatan), et Nous avons révélé à Moïse etc. »

On retrouve cette même idée et le terme de ummah dans le verset s. 3 : 110 : « Vous êtes la meilleure ummah qui ait été suscitée [par Dieu] pour les hommes », qui, suite à l’autodésignation de la communauté islamique comme unique ummah, est devenu la devise de la Ligue arabe basée au Caire. Le verset s. 2 : 78 constitue un autre exemple. Le terme de ummîyûn, tribus, est la forme araméenne emphatique plurielle de ummah employée dans le livre de Daniel (Dn 3 : 4, 7 et 31 ; 5 : 19 ; 6 : 26 ; 7 : 14).

[14] Orientaliste, islamologue et arabisant français, auteur de plusieurs ouvrages de référence quant à la critique du coran.

[15] L’expression « gens du Livre » ou, conformément à une traduction littérale de « ahl al-Kitâb », désignait les juifs dans leur ensemble, et eux seuls. Le Livre par excellence, c’est la Bible. Ceci ressort par exemple de s. 29, 46 et 47 où on lit que tous ceux de « la tente du Livre (ahl al-kitâb, gens de l’Ecrit) », « ont reçu l’Ecrit » et « croient en lui » ; les chrétiens, eux, n’ont pas reçu la Bible, ils seraient plutôt des voleurs d’héritage, ainsi qu’on peut le lire dans la Michna (Sanhédrin 57a) : « Rabbi Yohanan a dit : Un idolâtre qui s’occupe de l’étude de la Tôrah mérite la mort, ainsi qu’il est dit : C’est à nous que Moïse a prescrit la Tôrah en héritage [Dt 33,4] » (Rabbinat français, La guemara, Sanhédrin, Keren Hasefer, 1974, p.287). Ceux qui ont reçu la Bible, ce sont au sens propre les « Fils de l’Ecrit », à savoir tous les juifs. C’est aux premiers que l’auteur des feuillets coraniques renvoie son interlocuteur arabe quand il dit : « Interroge ceux qui ont récité (qara’a) l’Ecrit avant toi » (s. 10, 95 avec un parallèle en 17, 103).

« Parmi eux [les gens de l’Ecrit, v.65] est une communauté (ummah ) allant sans dévier [traduction de Blachère] » (s. 5, 66).

L’ummah qui est ainsi louée ne peut pas être faite de chrétiens ; et une poignée de disciples autour de Muhammad ne forme pas une umma h. Le même problème se pose en s. 7, 159 et surtout en s. 3, 113 où Tabarî pense à des juifs convertis (et Blachère à une « secte judéo-chrétienne »). Il s’agit nécessairement de juifs non rabbiniques, mais évidemment pas d’une poignée de supposés convertis à l’Islam. Ceux dont il est question sont des judéo-nazaréens.

[16] “m sd dqn li” : la lecture islamique fait de ce participe un verbe à l’actif alors que le sens cohérent à l’ensemble des occurrences est passif : justifié en fonction de ce qui se trouve dans l’Ecrit antérieur [la Torah] – ce que Mondher Sfar a été l’un des premiers à le comprendre.

[17] Il s’agit ici des Talmud de Jérusalem et de Babylone et plus généralement encore de toute lecture talmudique même ultérieure à ceux-ci.

[18] Les neuf occurrences (dont deux doubles) où le Coran indique que le Messie-masîh est Jésus, sont : s. 3, 45 ; 4, 157, 171 et 172 ; 5, 17 (2 fois), 72 (2 fois) et 75 ; 9, 30 et 31.

[19] De ces occurrences du mot masî h désignant Jésus, quatre présentent littéralement la formule « le Messie-Jésus » (al-masîh ‘Îsa) : s. 3, 45 ; 4, 157 et 171 ; 5, 17.

Le Hadith et son inspiration

Il est important de comprendre que les musulmans considèrent le Coran comme étant une copie textuelle du “Livre éternel” d’Allah, qui est préservé dans les Cieux. En plus, beaucoup de leurs pratiques et de leurs croyances reposent sur les sunna de Muhammad ou l’exemple du prophète, ses enseignements relatifs à différentes situations. La collection de tout ce qu’il a dit et fait ou la tradition de Muhammad est appelée le Hadith.

Dans un contexte religieux, hadith (un mot arabe qui signifie “récit” ou “discours”) est utilisé de deux façons. Premièrement, tout compte rendu de quelque chose que Muhammad a dit ou fait ou approuvé est appelé un hadith. Deuxième­ment, le mot peut aussi se rapporter à l’ensemble entier des affirmations, le Hadith.

Le Hadith remplit une fonction importante dans l’islam. C’est le récit de ce que le prophète a dit ou fait. Pour les musulmans, il est leur exemple le plus chéri. Des paroles qui lui furent attribuées ont été rassemblées pour que le fidèle puisse marcher dans les empreintes du prophète. Là où le Coran manque de donner à un musulman des conseils relatifs à une situation spécifique, le Hadith arrive à son secours. En réalité, le Hadith est fondamental à l’islam, deuxième en autorité juste après le Coran. Le Hadith a aussi émergé pour une autre raison. Pendant les premières décennies de l’histoire de l’islam, il semble qu’il y avait un désir d’islamiser certains concepts juifs ou chrétiens qui émouvaient et ressemblaient à la foi musulmane, mais non mentionnés dans le Coran. Le Hadith fut le véhicule primordial pour cette réalisation. Certaines traditions étaient authentiques. Cepen­dant, le désir du musulman d’avoir chaque détail de la vie dicté conformément aux paroles et aux pratiques du prophète, imposa une grande quantité de falsifications dans le Hadith. Des milliers d’affirmations et de récits furent faussement attribués à Muhammad. Plusieurs collections firent leur apparition. Nombre d’entre elles contenaient des faits et des récits injustifiés et faux et certaines furent inventées pour prouver une opinion personnelle ou pour élever ou abaisser une personne ou une idée. Il est reconnu qu’en ce qui concerne les hadiths, même les pieux sont tous, eux aussi, prêts à mentir.

La conséquence fut qu’il y eut un hadith pour chaque détail imaginable de la vie de Muhammad et de ses habitudes. Un érudit musulman de premier plan, au début de l’histoire de l’islam refusait de manger des pastèques parce qu’il ne trouvait pas un hadith concernant la façon dont Muhammad les mangeait. Et c’est pourquoi il ne se hasardait pas à en manger ! Plus tard, il devint clair qu’il y avait un grand nombre de faux hadiths. Cela incita le souverain musulman calife Omar Il (683 – 720) à ordonner le recueil de hadiths authentiques. Plusieurs compilations furent faites, mais aucune n’est considérée comme étant un canon absolu du Hadith. Cependant, certaines personnes qui rassemblèrent des textes de différentes sources furent reconnues comme plus dignes de confiance que d’autres.

Les deux plus sérieuses parmi elles sont les deux Sahihs (sahih signifie “sûr” ou “juste”). Ce sont:

I – Sahih Bukhari

Lérudit musulman Bukhari est né 180 ans après la mort de Muhammad. Il passa au crible 600 000 hadiths et n’en choisit que 4 000 qu’il considéra comme étant authentiques. Il disposa les hadiths dans son livre par sujets.

2 – Sahih Muslim

lmam Muslim était un disciple de Bukhari. Ainsi du point de vue historique, il se trouve encore plus loin de l’ère de Muhammad que Bukhari. Il rassembla aussi 4 000 hadiths qu’il considéra comme étant authentiques. Ceux-ci ne sont pas tous les mêmes que ceux de la collection de Bukhari. Il disposa les hadiths selon l’autorité finale (l’autorité finale est le premier ou tout premier témoignage de la chaîne, le plus proche de Muhammad)

Notons trois choses importantes:

  1. Les hadiths furent transmis oralement pendant plus de 150 ans avant d’être rassemblés et mis par écrit.
  2. Les deux collections les plus dignes de confiance furent compilées plus de 200 ans après Muhammad.
  3. D’après les chiffres ci-dessus, on s’aperçoit que sur 600 000 hadiths, 4 000 seulement ont été retenus comme étant authentiques par les deux meilleurs compilateurs. Cela veut dire que seulement 1 sur 150 est considéré comme étant authentique, et les 149 autres sont considérés comme étant faux. Des sciences de la tradition, ulum-al hadith avec des branches spéciales pour couvrir les domaines du rassemblement des hadiths, de la critique, de l’interpré­tation, etc, se développèrent pour filtrer et en évaluer les milliers.

Chaque hadith comporte deux parties importantes. Premièrement, il y a le sanad ou ‘autorité’. Le sanad donne la chaîne des autorités jusqu’à la source finale qui sont des témoignages de la validité et de la justesse du hadith. Il apparaît généralement au commencement. Deuxièmement, il y a le matn ou “contenu”. Le matn est le texte, le véritable hadith lui-même. Matn porte aussi un autre nom, il est appelé sunna qui signifie un “exemple à suivre”.

Voici un exemple, un hadith de Bukhari :

• Abdullah b.Aswad m’a dit:

• Fadl b.Ata nous a dit:

• lsmail b.Umaya nous a parlé par l’autorité de Yahya b. Abdullah b. Sayfi

• qu’il avait entendu Abu Ma’bad dire,

• J’ai entendu bn Abbas dire:

• le Prophète… a dit: “Tu rencontreras certaines des personne du Livre, aussi la première chose que tu devras faire est de les sommer d’affirmer que Dieu est Un… puis de leur faire connaître les cinq prières…”

Dans ce hadith, le sanad est la chaîne d’autorité, ou les différents noms qui ont véhiculé le hadith depuis la première personne qui a entendu Muhammad le dire; dans cet exemple il s’agit de bn Abbas. lbn Abbas serait donc “l’autorité finale” ou “la source finale” du hadith. Le matn est ce que le prophète a dit. Mais le matn est aussi une sunna parce que les musulmans doivent suivre ce qu’a dit Muhammad. Obéir aux sunna et donc imiter le modèle de vie de Muhammad est le devoir de tous les musulmans.

L’inspiration du Coran

Le Coran est-il véritablement inspiré par Dieu selon la conception d’inspiration musulmane ? Si c’est le cas, il faudrait que le Coran soit un document parfait, écrit en arabe pur et sans problèmes ni contradictions. Mais ce n’est pas le cas. Considérons les contradictions suivantes.

Histoires et conceptions empruntées à d’autres religions

Examinons l’affirmation islamique selon laquelle Dieu fut la seule source du Coran et qu’il aurait envoyé son message à Muhammad par l’inter­médiaire de l’ange Gabriel. C’est un fait reconnu que Muhammad, dès sa jeunesse, a subi des influences multiculturelles. Il a été ainsi en contact avec des gens d’autres religions, différentes de ses croyances païennes arabes; l’une de ces religions était le christianisme.

D’après The Encyclopedia of Islam (“L’Encyclopédie de l’islam”), les idées chrétiennes, les narrations contenues dans les Evangiles et dans les livres apocryphes s’étaient déjà répandues d’un bout à l’autre de l’Arabie au moment de la naissance de Muhammad. En fait, une communauté chrétienne en relation étroite avec les Ethiopiens existait au Yémen. Selon la tradition musulmane, Muhammad, vers l’âge de douze ans, partit avec son oncle en voyage pour la Syrie. Là il rencontra un moine chrétien du nom de Bahira qui prophétisa sur l’avenir du jeune habitant de La Mecque et le félicita.

Plusieurs érudits islamiques attestent la forte possibilité de l’existence d’un ou de plusieurs informateurs ayant donné à Muhammad des histoires ou des concepts tirés de leur propre arrière-plan religieux. Ainsi ils l’ont aidé à formuler le Coran. Waraqa, cousin de Khadija était chrétien. On dit qu’il était en train de traduire des portions du Nouveau Testament quand Muhammad eut sa première vision. Pendant quinze ans et jusqu’à sa mort, Waraqa fut très proche de lui. Salman, Zaïd, Kos et d’autres étaient juifs ou chrétiens, et étaient proches de Muhammad. Au moins trois de ses femmes avaient connaissance d’enseignement et d’histoires bibliques. Safiyyah et Rayhanah étaient juives, et Mariyah était une chrétienne copte.

Certains adversaires de Muhammad l’accusèrent d’être un imposteur. Ils disaient que celui-ci ne leur offrait que des mythes et des dictons anciens. Ils déclaraient que quelqu’un lui avait rapporté ces histoires et qu’à son tour, il les attribua faussement à une révélation divine (Coran 25: 4-6). Sa seule réponse à de telles accusations était celle-ci : « Celui qui connaît le secret du Ciel et de la terre, Il l’a fait descendre. Il a été clément et miséricordieux ! » (Coran 3 : 3, 7 ; 5 : 48 ; 44: 2-4).

D’autres sources religieuses ont fourni des éléments utilisés dans le Coran. Les experts de l’islam déclarent que des parties importantes de celui-ci ont leurs racines dans des écrits et des croyances déjà connus à l’époque du prophète. Certaines histoires et concepts coraniques doivent avoir été tirés des sources suivantes.

1-La Bible.

Beaucoup d’idées, d’histoires et de croyances dans le Coran sont tirées de l’Ancien et du Nouveau Testaments. La Création et les récits d’Adam, d’Abraham, de Moïse et d’autres en sont des exemples. Quelques-uns d’entre eux sont très fidèles aux récits bibliques alors que d’autres ne le sont pas et seraient considérés comme étant une distorsion des événements bibliques. Dans ces derniers cas, on cite les exemples du Samaritain qui incita lsraël à adorer le veau d’or, et Marie la mère de Jésus présentée comme étant la sœur d’Aaron et la fille d’Amram.

2 – Les livres apocryphes et écrits chrétiens autre que la Bible. Les histoires tirées de ces sources comprennent:

          a – L’histoire des sept jeunes hommes endormis dans une caverne pendant trois cent neuf ans (Coran 18 : 8-26), tirée d’un livre sur la gloire des martyrs par Grégoire de Tours et,

          b – Jésus crée des oiseaux à partir de boue (Coran 3: 49) tirée d’un livre appelé l’Evangile de Thomas l’israélite.

3 – Des écrits juifs rabbiniques.

Du temps de Muhammad, il y avait beaucoup de juifs en Arabie. Ils exerçaient sur leurs voisins arabes une forte influence économique et culturelle. A Médine, au temps de l’Hégire vivaient trois principales tribus juives. Les croyances, les usages et les informations contenus dans leurs livres sacrés étaient à la disposition de Muhammad. On peut remarquer des similitudes frappantes entre ces textes juifs et le Coran.

Voici deux exemples:

          a – Abraham est sauvé des flammes dans lesquelles Nimrod l’avait jeté (Coran 21:51-73), récit tiré de Midrash Rabbah et,

          b- la reine de Séba rencontre Salomon qui est entouré de ses armées de La jinn[1], d’hommes et d’oiseaux (Coran 27 : 20-45), récit tiré du Deuxième Targum du Livre d’Esther.

4 – Usages et croyances arabes païennes.

Le Coran contient plusieurs références aux croyances religieuses et populaires et aux coutumes du peuple arabe avant l’islam. Ainsi nous avons:

          a – Le pèlerinage à La Mecque (Coran 2:196-198) et,

          b – La vénération de la Kaaba considérée comme étant la maison de Dieu et le lieu le plus sacré sur terre (Coran 5 : 97).

5 – Anciennes histoires indiennes et perses.

Le voyage effectué de nuit par Muhammad de La Mecque à Jérusalem (Coran 17:1) et les détails du récit dans le Hadith de son ascension à travers les sept cieux ressemblent d’une manière frappante aux anciennes traditions perses concernant l’ascension du prêtre perse appelé Arta Viraf Namak.

Les hommes entourant et influençant Muhammad

Quelques affirmations impromptues faites par les hommes qui entouraient Muhammad furent ajoutées au Coran. Suyouti, un des premiers écrivains musulmans, note qu’à plusieurs reprises la révélation coranique vint à travers des personnes autres que le prophète. Il cite Ibn Merdawiyya qui a dit : « Umar avait une opinion sur un sujet donné, et voilà qu’une révélation coranique descendit en accord avec celle-ci ».

Egalement, quelques scribes ou secrétaires de Muhammad ont affirmé qu’ils l’avaient persuadé de changer les termes de certains versets coraniques.

Des conflits, des annulations et des changements

Dans le Coran il y a la preuve d’inconsistances et de conflits internes, certains étant le résultat des changements qui, d’après Muhammad, auraient été ordonnés par Dieu.

Regardons par exemple le chapitre de « I’Etoile » (Sourate 53). Un jour alors que Muhammad était à La Mecque, il récita ce chapitre à un groupe de gens, où il y avait certains de ses disciples aussi bien que des étrangers.

Dans une partie de ce chapitre, il jura par trois déesses arabes païennes, en fit l’éloge et autorisa qu’on les invoque disant: « Par Al-lat et Al-Uzzah et Manat la troisième, l’autre. Elles sont des êtres exaltés. Il faut rechercher leur intercession et celles de leur genre ne doivent pas être négligées (première version de “l’Etoile”, Coran 53:19 et versets suivants).

Les idolâtres qui écoutaient furent très satisfaits que Muhammad rende publiquement témoignage de l’importance de leurs dieux. Cependant, l’incident créa un immense problème entre lui et ses disciples. Ils le critiquèrent sévèrement, lui reprochant d’enseigner le culte des idoles. Il répondit que Satan était intervenu et lui avait donné les versets sur les déesses. En théologie islamique, ceux-là sont appelés les versets sataniques. Puis il déclara qu’il avait reçu une autre révélation pour remplacer l’original. Il prétendit qu’Allah avait parlé, disant: « Toutes les fois que nous [Allah] avons envoyé un messager ou un prophète avant toi [Muhammad] et que ce dernier faisait preuve de trop de fantaisie, Satan venait et introduisait d’autres pensées dans son imagination. Mais Allah a aboli ce que Satan avait fait entrer; puis Allah a confirmé ses versets. Allah est intelligent et sage » (Coran 22: 52).

La nouvelle version des versets du chapitre “l’Etoile” se présente comme suit: « Avez-vous considéré Al-lat et Al-Uzzah et Manat la troisième, l’autre? Quoi Vous avez des fils alors que Lui [Allah] aurait des filles? Cela serait un partage injuste. Ce ne sont rien d’autre que des noms donnés par vous et vos pères; Allah ne leur a donné aucune autorité. [Leurs adorateurs] ne suivent que des suppositions et ce que leurs âmes imaginent, bien que la direction leur soit venue de la part de leur Seigneur » (Coran 53:19-24).

Considérant cette nouvelle version, nous remarquons que Muhammad:

a – Annula le serment;

b-Annula la partie concernant les êtres exaltés, prétendant au contraire qu’ils ne sont que des noms inventés;

c-Annula la partie concernant leur intercession et dit que Dieu ne leur a aucunement donné d’autorité et,

d – Ajouta des parties concernant hommes, femmes, suppositions, etc.

Plusieurs fois, Muhammad eut à se rétracter sur des principes doctrinaux qu’il avait déjà donnés comme étant inspirés. Dans chaque cas, il insistait sur le fait que le nouveau principe doctrinal ou le nouveau point de vue était lui aussi inspiré. De cette manière, les versets les plus récents étaient donnés pour abroger ou abolir les précédents. Ainsi le Coran dit: « Quel que soit le verset que nous [Allah] abrogeons ou te [Muhammad] faisons oublier, nous en offrirons un meilleur ou un qui lui ressemble. Ne sais-tu pas qu’Allah peut tout faire ? » (Coran 2: 106; voir aussi 16:101 et 17:86).

Il y a beaucoup de changements similaires.

Considérons les exemples suivants:

1 – La façon dont on traite les non-musulmans.

Plusieurs versets dans le Coran encouragent les musulmans à montrer de la tolérance envers les non-musulmans. « Vous trouverez certainement que ceux qui sont les plus disposés à aimer les croyants sont ceux qui disent, “Nous sommes chrétiens”; et cela parce que certains d’entre eux sont des prêtres et des moines, des hommes qui ne sont pas orgueilleux » (Coran 5 : 82). Mais dans un passage plus loin nous lisons, « Massacrez ceux qui ne croient pas, partout où vous les trouvez » (Coran 9: 5). « Ceux qui ne croient pas » s’applique quelquefois à tous les non ­musulmans. Alfred Guillaume remarque qu’en effet ce dernier passage « annulait pas moins de cent vingt-quatre versets ».

2- Le nombre des femmes de Muhammad

Dans le passage suivant, il n’y a aucune limite fixée au prophète quant au nombre de femmes qu’il pouvait épouser.

« O, prophète, nous avons décidé qu’il est légitime que tu prennes pour épouses ces femmes pour qui tu as versé une dot et celles que tu as gagnées comme butin de guerre et les filles de tes oncles et tantes paternels et maternels qui ont émigré avec toi et les femmes croyantes qui s’offrent elles-mêmes au prophète, s’il désire les épouser. Ce privilège est le tien en particulier, il                   n’est pas pour les autres croyants » (Coran 33: 50).

Puis deux versets plus loin, il lui fut interdit de prendre davantage de femmes ou d’en changer: « Tu n’es pas autorisé à épouser d’autres femmes à partir de maintenant. Tu ne peux pas non plus remplacer les femmes par d’autres, même si tu es attiré par leur beauté » (Coran 33: 52).

En dépit des efforts de Muhammad pour ôter le reproche des contradictions en adoptant l’explication de l’annulation, il demeure dans le Coran de nombreuses contradictions. Le livre sacré de l’islam déclare que l’épreuve concluante de son inspiration divine est l’absence de toute contradiction puisqu’Allah ne peut se contredire lui-même (Coran 4: 82). En conséquence, on voit que le Coran n’est pas crédible par rapport à ses propres affirmations.

Des termes non arabes

Le Coran prétend que son langage est le pur arabe (Coran 26:193-95; 39 : 28; 44: 58; 16:103). Pourtant, il contient un grand nombre de mots qui ne sont pas du tout arabes, mais qui ont été empruntés à d’autres langues telles que le perse, l’hébreu, le grec.

En voici quelques exemples:

                  jinn                                perse
                  tawrah                         hébreu
                  ibrahim                        assyrien
                  géhannam                 hébreu
                  Injil                                grec
                  houri                             perse
                  fer- ‘awn                     vieil égyptien
                  fer-daws                     perse
                  ahad                            hébreu

A côté de ces mots, certains des noms du Coran ne sont pas dans leur forme arabe. La véritable écriture arabe du nom lsmaël est Yesma’il qui commence avec la lettre arabe Ya. Dans le Coran, cependant, il commence avec un Aleph et donne Isma’il. De toute évidence, Muhammad tira son information de sources grecques ou syriennes. Le même problème se retrouve avec de nombreux autres noms tels que Is-hak au lieu de Yes-hak pour lsaac et ls-ra-il au lieu de Yes-ra-il pour lsraël. Aussi, Yunus est mis pour Jonas, Ilyas pour Elie et lsa pour Jésus, tous de toute évidence dérivés du grec.

Si le Coran avait été véritablement donné par Dieu dans la langue arabe, pourquoi des formes grecques ou syriennes des noms citées ci-dessus ont été utilisées au lieu de leurs formes arabes? Pas étonnant que les Mecquois accusèrent avec ténacité Muhammad de composer le Coran avec l’aide d’étrangers qui lui fournirent d’anciens récits d’origines bibliques, talmudiques et païennes.

Des faits erronés

Plusieurs erreurs de faits apparaissent dans le Coran. Par exemple, il nous est raconté:

  1. Dhul Qarnain marcha jusqu’au lieu où le soleil se couche et trouva que c’était un puits boueux (Coran 18 : 83-86) ;
  2. La terre est rendue stable et solide grâce aux montagnes (Coran 31:10);
  3. La révélation de Dieu à Moïse dans le buisson ardent n’a pas eu lieu sur le Mont Horeb comme l’affirme Exode 3:1-5, mais dans “la sainte vallée de Towa” (Coran 20: 12)et,
  4. Le soleil court vers son lieu de demeure (Coran 36 : 38).

Selon le Coran, Haman était premier ministre du pharaon qui gouvernait l’Egypte lorsque Moïse chercha à délivrer son peuple (Coran 28: 8, 38; 40: 36). Cependant, la Bible déclare qu’Haman était le plus haut fonctionnaire à la cour du roi Assuérus dans le royaume de Perse. La recherche archéologique montre que le royaume perse était florissant vers 400 ans avant Christ. Au contraire, le pharaon auquel fut opposé Moïse vécut environ 15 siècles avant Christ.

Le Coran dit que le Samaritain fit un veau en or pour les Israélites et leur demanda de l’adorer disant: “Voici votre Dieu et celui de Moïse” (Coran 20:

85-88). Selon le récit biblique:

  1. Aaron fut de façon claire celui qui fit le veau d’or pendant les pérégrinations d’Israël dans le désert (14ème siècle avant Jésus-Christ) et,
  2. Il n’y avait pas de “Samaritains” jusqu’au règne d’Omri, roi d’lsraël (8ème siècle av. J.-C), après que les Israélites soient arrivés en Canaan et s’y soient établis pendant des siècles (Exode 32:1-6; 1 Rois 16 : 24).

Selon le Coran (19: 27,28; et 66:12), la vierge Marie était la fille d’Emran (Amram de la Bible) et la sœur d’Aaron (par conséquent la sœur de Moïse). Dans l’Ancien Testament, Aaron et Moïse avaient une sœur dont le nom était Marie (la forme hébraïque originale était Myriam). Cependant, elle ne fut pas la mère de Jésus. Il y a un espace de 1 500 années entre les deux Marie.

Le Coran lui-même affirme que si l’on devait y trouver des contradictions, cela montrerait qu’il ne vient pas de Dieu.

L’éthique et la morale

Les enseignements du Coran n’exposent pas le genre de supériorité morale ou d’éthique que l’on souhaiterait trouver dans un livre d’inspiration divine.

Le meurtre est autorisé pour obliger les gens à accepter l’islam (Coran 2:191, 193; 216, 244; 4: 76; 8:12, 13, 39) ; le mensonge est toléré (Coran 5 : 89; 16:106) ; jurer est permis (Coran 86:1-4; 89:1-5; 91:1-9; 95 :1-4) ; se venger est autorisé (Coran 5:45)…

Que penser de l’injonction donnée par le Coran de suivre les préceptes du Livre (la Thora) ?

Conclusion

Après avoir étudié le rapport entre « Muhammad et le Coran » et « l’inspiration du Coran » dans son écriture historique, nous arrivons à une pensée simple : Muhammad (et ses successeurs via le Haddith) n’ont pas été sous l’influence de Dieu (Le Dieu de la Bible) pour écrire ces textes (mais peut-être sous celle d’Allah qui n’est pas du tout le même être)… Cela se remarque en particulier par rapport à une liberté relative de leurs écrits par rapport à Jésus-Christ, fils unique de Dieu et la Bible… En effet, malgré la volonté évidente de négation de Jésus et de son œuvre, Dieu ne permet pas que soit écrit n’importe quoi : il ressort des textes coraniques l’inspiration divine de la Bible et l’œuvre de Jésus-Christ, Sauveur du monde (Jn 3 :16), donnant la possibilité à tout musulman honnête de trouver le chemin de la Vérité et de la lumière…


[1] L’armée des esprits.

L’écriture du Coran

Le Coran est écrit en arabe. Une caractéristique de la langue arabe est que les verbes qui sont écrits sans voyelles peuvent être lus à la fois à la forme active ou passive. Lorsque le Coran fut assemblé, il était écrit en koufic, une sorte d’écriture arabe qui ne contient pas de voyelles. Plus tard, lorsque les gens voulurent y ajouter des voyelles, un problème majeur se présenta. Ils eurent à décider quels verbes étaient actifs et lesquels étaient passifs. Ils devaient déterminer la signification du mot d’abord avant d’ajouter les voyelles. Un mot arabe sans ces marques pourrait avoir différentes significations. Ainsi plusieurs interprétations différentes sont possibles.

Voici un exemple d’un mot en écriture arabe et les significations différentes qu’il pourrait avoir.

Pour donner une idée de sa taille, le Coran est un peu plus petit que le Nouveau Testament. Il contient 114 chapitres ou sourates qui varient beaucoup en longueur. Les chapitres sont arrangés selon la longueur: les plus longs viennent en premier, puis viennent les plus courts. Dans le Coran arabe, les chapitres ne sont pas numérotés, mais chacun porte un titre comme par exemple: “La Vache”, “Les Femmes”, “Les Croyants”. Les chapitres sont subdivisés en 6 236 versets.

Ce n’est pas Muhammad qui a écrit les sourates qui lui ont été révélées. Pendant sa vie les gens apprenaient par cœur le Coran. Une petite partie seulement a été rédigée, et même cela a été fait un peu au hasard. Des portions ont été écrites sur des feuilles de palmier, d’autres gravées sur de la pierre. D’autres encore sur des os d’animaux, et encore sur d’autres matériaux. On rapporte qu’après la mort de Muhammad sa chèvre aurait mangé une partie du chapitre 33 “Les Confédérés” qui avait été écrite sur un morceau de tissu placé sous son oreiller. Aïcha, sa plus jeune femme, fut celle à qui avait été confié le chapitre et c’est elle qui rapporta l’incident.

Abou Bakr et Omar, les deux premiers califes, travaillèrent à rassembler toutes les archives du Coran, et bientôt il y eut quatre versions rivales. Quand Othman devint calife en 644 après J.-C., il ordonna que toutes les versions à l’exception d’une soient détruites. C’est celle dont nous disposons aujourd’hui. Cependant, une édition différente continua de circuler jusqu’à l’an mil (1000).

Le Coran et Muhammad

Tournons notre attention vers le livre sacré de l’islam: le Coran. Pour les musulmans il est bien plus qu’une collection d’idées, d’histoires, et de croyances religieuses : c’est la véritable parole d’Allah envoyée à Muhammad. Le musulman pieux croit que le simple fait de réciter des paroles du Coran dans la langue arabe originelle apporte la bénédiction et le met en contact avec le divin.

Les musulmans considèrent le Coran comme étant la suprême et finale révélation de Dieu aux humains. Ils croient qu’il a été envoyé par Dieu, par l’intermédiaire de l’ange Gabriel[1] à Muhammad. Ils maintiennent qu’il est entièrement d’origine divine et qu’il n y a rien d’humain en lui. Selon leur enseignement, l’ange a révélé chaque mot, chaque lettre à Muhammad. Certains disent que même l’encre et le papier qui servent à imprimer le Coran deviennent divins, car ils sont utilisés pour exprimer les paroles de Dieu. Certains musulmans affirment que le Coran n’a pas été créé mais est éternel. Ils déclarent que sa forme originelle était préexistante en tant qu’entité avant la création du monde, présent dans le passé depuis toujours avant même qu’il n’ait été révélé à Muhammad. L’original divin, appelé « Mère du Livre » est écrit sur des tablettes en or qui sont conservées au ciel.

D’autres vont même jusqu’à dire que le Coran est « l’alpha et l’oméga », le début et la fin de toute connaissance. Cette connaissance, disent-ils, est contenue en essence dans le Coran. C’est potentiellement comme une graine. Le mystère de Dieu, l’ordre du monde, les principes de vie, etc., se trouvent tous dans le Coran. C’est la « Mère de tous les livres », un terme qui signifie que tout doit être compris, expliqué, et évalué à la lumière du Coran.

La façon dont l’islam considère le Coran a des implications d’une grand portée. Par exemple, si le Coran est éternel et non créé, alors il doit être Dieu. Mais les musulmans proclament l’unité absolue de Dieu sans multiplicité de personnes. Cependant ils disent que le Coran, la parole de Dieu n’a pas été créé et que c’est un attribut nécessaire de Dieu. Le Coran n’est pas Dieu, mais il est inséparable de Lui. Il est fixé dans l’essence de Dieu. Qu’est-ce que cela signifie sinon une « bi-unité » à l’instar de la « tri-unité » chrétienne ?

Il semble que l’orthodoxie islamique revendique ici pour le Coran ce que la chrétienté biblique croit au sujet du Logos (« la Parole ») (Jean 1 :1-14). Certains ont suggéré que l’Eglise grecque en Méditerranée orientale et Jean de Damas en particulier jouèrent peut-être un rôle dans la formation de la pensée islamique primitive. En résumé, la « Mère du Livre » céleste dans la pensée islamique a acquis les attributs bibliques de la Parole de Dieu. Ainsi son contenu, sa signification et sa forme sont supposés être d’inspiration divine. L’initiative de son octroi était entièrement entre les mains de Dieu. L’arabe est la langue du Coran, parce que c’est la langue qu’on parle au Paradis. Ce fait est une partie intégrante du concept d’inspiration islamique. Cela signifie que chaque mot est divin. Même les formes des mots et des lettres comme leur signification viennent de Dieu. De plus, en récitant le Coran, le musulman reçoit une puissance. Ainsi, même les sons et les articulations qui sont émis permettent au lecteur et à l’auditeur de pénétrer le contenu et d’être béni par le Livre de Dieu. Il est donc important que les gens mémorisent les versets coraniques, qu’ils les comprennent ou non. Dans la pensée islamique, ce que le Coran dit a une identité inséparable d’avec la façon dont on le dit. Le Coran terrestre dans la langue arabe est le point où la divinité rencontre l’humanité. Donc, lorsque les musulmans récitent le Coran, ils le font toujours en arabe, et non en traduction, même lorsque leur propre langue n’est pas l’arabe.

Selon I’enseignement islamique, le véhicule du message divin du Coran était l’âme « pure » du prophète Muhammad. Parce que son âme était pure, la parole de Dieu était transmise sans aucune interférence ou interprétation humaine; il la recevait d’une façon passive et mécanique. Si l’un de ses sentiments ou l’une de ses opinions avait dû entrer dans le processus, le message aurait été entaché. Mais cela ne fut pas le cas. Donc le Coran n’est pas souillé par l’homme. Cependant Muhammad était présent lorsque il a été donné. Quelle était la nature de sa participation?

La tradition islamique dit que le Coran est le recueil des affirmations que Muhammad entendait, étant en état de transe. Le prophète éprouva des expériences traumatisantes en recevant les différentes parties de la révélation coranique. Il était pris d’attaques et de douleurs, ou bien il entendait des bruits tels que le tintement de cloches, perdait connaissance et transpirait à profusion. Après s’être remis de ces symptômes physiques, il faisait une déclaration qui devenait une partie du Coran.

Il y a eu de nombreuses tentatives pour interpréter et expliquer les symptômes de la révélation de Muhammad. Abdul-Mun’em Maged, auteur de L’Histoire politique de I’État arabe, dit ceci: « Parfois l’inspiration venait à Muhammad alors qu’il dormait. Et parfois lui-même annulait quelques versets qu’il avait déjà dictés à ses scribes et revenait avec d’autres pour les remplacer ». Abdur-rahman-Ash-sharquawi dit dans Muhammad, le messager de la liberté: « La prophétie et l’inspiration acquises par Muhammad ne furent rien d’autre que l’imagination perçue par son esprit. Le Coran n’était rien de plus que ses propres paroles prononcées par son âme claire et pure. »

Il y a quatre interprétations principales des symptômes qui accompa­gnaient les moments où il recevait le Coran:

1 – Les symptômes étaient produits artificiellement. Muhammad les utilisait pour convaincre les gens de la validité de ses proclamations.

2 – Les symptômes indiquaient une concentration proche de l’état mental de transe.

3 – Il était malade et sujet à des crises d’épilepsie.

4 – Muhammad était possédé.

Beaucoup de musulmans concluent à la lumière des affirmations personnelles de Muhammad, qu’il n’était pas dans un état de conscience normal lorsqu’il était sous inspiration divine et que le Coran est donc pur et non falsifié. En fait, la signification coranique de l’inspiration divine de Muhammad est un acte de possession qui supplantait temporairement les capacités normales de l’agent terrestre. De telles croyances nous amènent à conclure que la doctrine coranique de l’inspiration est verbale et mécanique dans le sens le plus fort. L’agent humain est passif, totalement contrôlé par l’impulsion « divine ».

La tradition musulmane affirme que Muhammad ne savait ni lire, ni écrire, citant comme base de cette affirmation le Coran 7:157; 29 : 48 et 62 : 2. Cela signifie que le miracle du Coran serait grand, en effet. Cependant, quelques érudits musulmans et non-musulmans contestent cette revendication. Les références coraniques qui soutiendraient cela ne disent pas nécessairement que le prophète était incapable de lire ou d’écrire, mais plutôt que ce n’était pas son habitude de le faire; en d’autres mots, il n’était pas érudit.


[1] Gabriel serait en fait ce que les chrétiens appellent le Saint-Esprit pour certains musulmans

Le Coran exhorte à croire en Jésus, le Messie

L’expression « ahl al-Kitâb » est employée 31 fois dans le Coran. Arrêtons-nous sur un verset difficile à comprendre dans lequel a été introduite non une auto-référence au Coran par laquelle les musulmans deviennent des gens du Livre mais une grossière allusion à la foi chrétienne par laquelle les chrétiens deviennent des gens du Livre. Ce verset, qui est un cas unique à ce titre, doit être divisé en deux non parce qu’il est étonnement long mais parce qu’il présente deux styles :

 

  • « Ôgens du Livre, ne vous trompez pas dans votre jugement. Ne dites sur Dieu que la vérité. Que oui le Messie-Jésus fils de Marie est le messager de Dieu, Sa parole (kalima) qu’il envoya sur Marie et un souffle [de vie venu] de Lui ! Croyez en Dieu et à ses messagers ! » (Sourate 4 verset 171a) ;
  • « Et ne dites pas : Cessez ! Ce sera meilleur pour vous. Dieu est unique. Gloire à Lui ! Comment aurait-Il un fils ? À Lui ce qui est dans les cieux et sur la terre. Dieu suffit comme Protecteur » (sourate 4 verset 171b).

 

On voit tout de suite que la première partie adresse aux judaïques l’éternel reproche de ne pas reconnaître le « Messie-Jésus » tandis que la seconde apostrophe les chrétiens comme s’ils étaient les gens auxquels tout le verset s’adresse. Pour commencer, il convient de justifier quelques éléments de la traduction de la première partie.

 

Traduire « lâ taglû fi dynikum » par « n’exagérez pas dans votre religion » n’a pas de sens : c’est selon le syriaque qu’il faut traduire : « ne vous trompez pas dans votre jugement »[1].

 

L’adverbe « ’inna-mâ » qui vient ensuite est habituellement lu comme une restriction affirmant que ‘Isâ (Jésus) n’est qu’un messager, ce qui est précisément le cas de la formule adverbiale qui apparaît juste avant : « lâ taqûlû ‘alâ Llah ’illâ l-haqq », « ne dites sur Dieu que la vérité ». En vertu du dogme islamique, il faut absolument que « ’inna-mâ » présente également un sens de restriction, de sorte qu’elle s’applique ici à la messianité de Jésus : celle-ci doit être présentée comme négligeable, sinon le « rasûl » (messager) Muhammad ne tiendrait plus la comparaison avec le « rasûl ‘Isâ » qui est le Messie ! Mais si on impose le sens : « ‘Isâ est seulement (’inna-mâ) un messager, il faudra le répercuter ailleurs dans le texte, même au risque de l’absurdité, par exemple :

 

  • « Les croyants sont seulement (’inna-mâ) des frères » (Sourate 49 verset 10)[2].

 

Bien évidemment, il faut traduire : « les croyants sont ô combien des frères ! ». Le terme « ‘inna-mâ » accentue et amplifie le sens de la phrase et non l’inverse, conformément d’ailleurs au sens conjoint de ses deux composants[3]. Pour qu’il y ait un sens restrictif, il faut nécessairement la présence de « ’illâ » (sinon), ce que l’on voit effectivement dans ces deux versets où l’on trouve respectivement « ’inna » et « mâ » justement :

 

  • « ’Innahu illâ ‘abdun » : Oui, lui[4] est seulement (sinon) un serviteur » (Sourate 43 verset 59).
  • « Mâ al-Masyh ibn Maryam illâ rasulun »: Qu’est le Messie fils de Marie sinon un messager ! » (Sourate 5 verste 75)

 

En l’absence de « illâ » on doit nécessairement lire ainsi la sourate 4 verset 171a : « Que oui, le Messie-Jésus fils de Marie est le messager de Dieu ! ».

 

Une dernière remarque. Une traduction syriaque assurément antérieure au 10ème siècle[5] ne donne pas à lire « Dieu et ses messagers » à la fin de la sourate 4 verset 171a, mais : « Dieu et son Messie ». Voilà qui est surprenant dans une traduction toujours minutieuse et qui n’a pas le moindre intérêt à induire ses lecteurs chrétiens en erreur, au contraire. En fin de compte, il y a des raisons de penser que ce verset à l’état originel se présentait ainsi :

 

  • « Ô gens du Livre, ne vous trompez pas dans votre jugement. Ne dites sur Dieu que la vérité. Que oui le Messie-Jésus fils de Marie est le messager de Dieu, Sa parole qu’il envoya sur Marie et un souffle [de vie venu] de Lui ! Croyez en Dieu et à son Messie ! » (Sourate 4 verset 171).

 

Selon le texte originel du Coran, il apparaît ainsi que les chrétiens, pas plus que les musulmans, ne sont jamais dits être des gens du Livre[6]. Par contre, comme nous l’avons vu précédemment, le texte originel du Coran appuie clairement sur la nécessité de croire en Jésus, le Messie de Dieu…


Notes :

[1] Voir les ouvrages de Christoph Luxenberg. Christoph Luxenberg est le pseudonyme d’un philologue allemand analyste du Coran peut-être inspiré de Georg Christoph Lichtenberg. Il est l’auteur de Die Syro-Aramäische Lesart des Koran : Ein Beitrag zur Entschlüsselung der Koransprache (en français : Lecture syro-araméenne du Coran : une contribution pour décoder la langue du Coran), publiée en 2000 en allemand. Il s’agit d’une étude philologique dans laquelle un certain nombre d’hypothèses sont étudiées, dont il ressort que les sources du Coran proviendraient de l’adoption de lectionnaires syriaques destinés à évangéliser l’Arabie. En raison du caractère novateur de ses thèses, l’auteur a dû adopter un pseudonyme pour éviter les affrontements avec les factions islamiques intégristes, ouvertement en désaccord avec le fait que l’on puisse tenter ce genre d’étude académique sur le Coran.

[2] Déjà dès les neuf occurrences de la sourate 2 (sourate al-baqara), on voit que « ’inna-mâ » ne peut avoir de sens restrictif, en particulier dans la sourate 2 verset 107 : les anges de la magie disent : « Que oui (‘inna-mâ), nous sommes une tentation » ; dans la sourate 2 verset 137 : « S’ils se détournent, ils sont alors ô combien (‘inna-mâ) dans le désaccord » ; dans la sourate 2 verset 181 : « Alors, le péché pèse ô combien (‘inna-mâ) sur ceux qui l’ont changé [le testament] ! » ou dans la sourate 2 verset 275 : « Ils disent : le commerce, c’est en soi (‘inna-mâ) de l’intérêt ».

[3] Dans l’un livre de ses livres, Christoph Luxenberg indique que la formule arabe « ’inna + mâ » correspond à l’araméen « ên + mâ » qui signifie : « Oui vraiment ! » Ceci confirme l’analyse logique du texte que nous faisons.

[4] Il s’agit du fils de Marie mentionné deux versets auparavant.

[5] Voir l’ouvrage du théologien, historien et orientaliste Mingana Alphonse, “An ancient Syriac Translation of the Kur’ân exhibiting new Verses and Variants” (traduction syriaque antique du Coran exposant de nouveaux versets et des variantes), édité en 1925, pages 4, 6, 27 et 41.

[6] En effet, la question ne se pose à aucun autre endroit, même si au verset 77 de la sourate 5 qui commence identiquement à la sourate 4 verset 171, il est question de gens qui égarent et s’égarent et le verbe « dhalla » employé dans ce verset apparaît dans le dernier verset de la Fâtihah (la première sourate du Coran) et seulement là pour désigner les chrétiens sans les nommer, mais ce verset 77 est une longue apposition sur le mot « sirât » qui vient perturber une prière construite sur six versets (ou sept avec la bismillah : phrase récitée avant chaque sourate sauf pour la neuvième et avant chaque tâche quotidienne quelque soit son importance) et qui ajoute dix balancements là où il y en a déjà deux fois dix. C’est un jeu de ping-pong : une lecture faussée est justifiée par un ajout ailleurs qui est conforté par un autre ajout ou par une autre fausse lecture ailleurs, etc.

Le Coran exige d’appliquer l’Evangile de Jésus

Par deux fois, l’expression « gens du Livre » se lit dans le passage de la sourate 5, aux versets 15 et 19, sous la forme d’interpellations « Ô gens du Livre ! », adressée aux judaïques. Celles-ci sonnent comme un reproche : c’est ce que ceux-ci devraient être, les gens du Livre mais le Coran affirme qu’ils cachent une grande partie de ce Livre (Sourate 5 verset 15), au moins ce qui se rapporte à la venue du « Messie-Jésus »[1]. Ne faut-il pas comprendre alors l’expression « gens du Livre » au sens de ce qu’indiquait Ibn Hishâm[2] à propos de Waraqa[3] ? Elle désigne ainsi l’ensemble de ceux qui ont reçu le Livre, c’est-à-dire tous les « fils d’Abraham », parmi lesquels sont distingués d’une part ceux qui sont dits cacher une partie du Livre et qui sont souvent appelés al-Yahûd[4] dans le texte et d’autre part les juifs qui sont dits être fidèles, appelés les nazaréens[5] et qui acceptent le Livre-lumière venu en plus (Sourate 5 verset 15)[6] ? Dans cet ensemble, les chrétiens ne sont pas compris et, bien entendu, les musulmans encore moins. Le fait que Waraqa soit dit « prêtre » ne doit pas tromper : le mouvement des nazaréens avait ses propres prêtres et même un petit groupe de célibataires consacrés à sa cause comme la prédication l’explique une fois à ses auditeurs arabes :

 

« Tu trouveras que les gens les plus hostiles à ceux qui croient sont les judaïques (al-yahûd) et ceux qui associent[7] ; et tu trouveras que les amis les plus proches des croyants sont ceux qui disent : nous sommes nasârâ. Il y a parmi eux des prêtres et des moines et ils ne s’enflent pas d’orgueil »[8].

 

Beaucoup de traducteurs ne s’y trompent pas (par exemple Hamidullah[9]) et rendent nasârâ par nazaréens[10]. Du reste, pourquoi un prédicateur aurait-il dit à des Arabes au début du 7ème siècle que parmi les chrétiens il y a des prêtres et des moines ? Ils les connaissaient très bien et les rencontraient tout autour du désert[11]. Ce ne sont pas ces moines-là que le texte coranique donne en exemple mais ceux qui appartiennent à l’ummah[12] formée par les juifs nazaréens :

 

« Parmi le peuple de Moïse, une ummah avance sur la voie en vérité et ainsi en justice »[13].

 

Car certains se lèvent au milieu de la nuit pour la prière nocturne[14] :

 

« Ils ne sont pas tous semblables parmi les gens du Livre : une ummah debout récite les versets de Dieu durant la nuit et ils se prosternent »[15].

 

La question de la double identité des gens du Livre semble acquise. Cependant, certains passages montrent que les musulmans eux-mêmes doivent être intégrés dans la désignation de cette expression : quoique leur inclusion dans cette dénomination ne soit jamais indiquée clairement dans le texte, elle résulte implicitement de certains passages où apparaissent des allusions au Coran lui-même. Les gens qui lisent le Coran doivent donc être également des gens du Livre. Par extension, selon une pure logique, les chrétiens doivent également en faire partie. Ces idées se nouent notamment autour du verset 66 de la cinquième sourate où l’on trouve une auto-évocation du texte coranique entourée par deux mentions de l’expression « gens du Livre ». De plus, on y lit :

 

« Il y a parmi eux une ummah modérée (ou qui va droite, muqtasidah) »[16].

 

Par cette portion du verset, on ne peut que penser, à l’encontre du sens évident des passages cités précédemment, que l’ummah, dont il est question ici, est la communauté islamique. Une analyse est nécessaire pour situer le problème.

 

Le contexte large de ce verset est une polémique anti-judaïque qui s’étend presque depuis le début de cette sourate jusqu’au verset 82, avec une parenthèse des versets 72 à 76, contre ceux qui « associent » servant de thèse dialectique[17] et à laquelle une allusion est faite au verset 82. Dans un tel contexte anti-judaïque, il n’est pas étonnant que l’expression « ahl al-Kitâb », « gens du Livre », intervienne six fois. Il y a les occurrences des versets 15 et 19[18] et celle du verset 59 :

 

« Dis : Ô gens du Livre, nous reprochez-vous autre chose que de croire en Dieu et à ce qui est descendu vers nous et à ce qui est descendu auparavant ? Mais la plupart d’entre vous est pervers »[19].

 

Qu’est-ce qui « descendu vers nous » et qu’est-ce qui « est descendu auparavant » ? On peut le deviner. Cela va être explicitement précisé aux versets 66 et 68 : il s’agit respectivement de l’injîl[20], « lumière apportée par Jésus »[21] et de la Torah qui forme la Bible hébraïque[22].

 

Et le Coran alors ? Ne faut-il pas que le texte coranique dise que lui-même est également descendu du ciel ? Bien entendu, il est dit la même chose du Coran, aux versets 66, 67 et 68 de cette sourate 5. Cependant, la manière dont cela est dit est plus subtile que le serait une trilogie comme « la Torah, l’injîl et le Coran ». Cette trilogie se lit pourtant une fois dans le texte coranique :

 

« Certes, Dieu a acheté aux croyants leurs personnes et leurs biens contre don à eux du Paradis. Ils combattent à mort dans le chemin de Dieu. Ils tuent et sont tués. Promesse vraie à sa charge dans la Torah et l’injîl et le Coran »[23].

 

Il est notoire que les formules ternaires sont systématiquement absentes du texte coranique sauf à cet endroit où le mot « coran » fonctionne comme une autoréférence[24]. Mais comment un livre en cours de composition peut-il parler de lui-même comme d’un ouvrage déjà existant ? Certains utilisent ce verset 111 de la neuvième sourate, le désignant comme miraculeux, pour prouver qu’il existe un Coran éternel, au ciel, et que Dieu le possède dans sa bibliothèque à côté de la Torah et de l’injîl. D’autres pensent que c’est simplement un ajout ultérieur…

 

Une telle trilogie se conçoit difficilement dans les versets 66 à 68 de cette cinquième sourate qui se placent non du point de vue de Dieu qui promet (sourate 9 verset 111) mais du point de vue de l’homme qui doit appliquer « la Torah et l’injîl ». Du point de vue humain, le discours musulman raconte que le Coran était alors un texte en cours de dictée et non un livre fini. Plutôt donc que de parler de « Coran », il apparaît plus adéquat et subtil de parler de « ce qui est descendu vers… de la part du Seigneur », une formule où « vers… » vaut pour « vers toi / eux / vous ». Cette formule est déjà présente en partie au verset 59 : on va la retrouver curieusement dans les versets 66 à 68 et même deux fois dans ce dernier. À propos du verset 67, Régis Blachère[25] indiquait « qu’en son état actuel, le texte embarrasse fort les commentateurs ».

 

Etudions le texte à partir du verset 65 :

 

« Si les gens du Livre avaient cru et s’étaient comportés en piété, nous leur aurions certainement couvert leurs méfaits[26] et les aurions certainement introduits dans les Jardins de Délice »[27].

 

S’ils avaient appliqué[28] la Torah et l’injîl et « ce qui est descendu vers … de la part du Seigneur », ils auraient mangé de ce qui est au-dessus d’eux et de ce qui est sous leurs pieds. Parmi eux est une ummah qui va droite, mais pour beaucoup d’autres (parmi les mêmes), comme est mauvais ce qu’ils œuvrent ! »[29].

 

« Dis : Gens du Livre, vous ne tenez sur rien tant que vous n’appliquez pas la Torah et l’injîl et « ce qui est descendu vers… de la part du Seigneur ». Beaucoup d’entre eux ont été accrus par « ce qui est descendu vers… de la part du Seigneur » en rébellion et en kufr[30]. Ne te tourmente pas pour le peuple des recouvreurs »[31].

 

Affinons encore notre lecture.

 

Au verset 66 de la sourate 5 est soulevée la question de nourritures permises et défendues. Les commentateurs musulmans ont vainement essayé d’expliquer ces discussions relatives à ce qui avait été défendu mais qui ne l’est plus. La Torah interdisait effectivement de manger « ce qui est au-dessus »[32] et « ce qui est sous leurs pieds »[33] (Lv 11). Les versets 87 et 88 de la sourate 5 explicitent le reproche adressé aux gens du Livre en ce verset 66 :

 

« Ô les croyants, ne déclarez pas illicites les bonnes choses que Dieu vous a rendues licites… Mangez de ce que Dieu vous a attribué de licite et de bon »[34].

 

On croit lire le livre des Actes des Apôtres ou l’Evangile de Matthieu :

 

  • « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de la bouche, c’est ce qui souille l’homme. » (Mt 15 : 11développé en 15 : 17 à 20).
  • « Et pour la seconde fois la voix se fit encore entendre à lui : Ce que Dieu a déclaré pur, ne le regarde pas comme souillé » ! (Ac 10 : 15 et 11 : 9)
  • « mais qu’on leur écrive de s’abstenir des souillures des idoles, de l’impudicité, des animaux étouffés et du sang. » (Ac 15 : 20).

 

Le passage devient limpide. Un prédicateur juif nazaréen, Waraqa ou quelqu’un d’autre après lui, veut convaincre les Arabes de « judaïser »[35] mais pas à la manière des judaïques qui refusent l’apport du « Messie-Jésus » tel que le voient les nazaréens : ils sont maudits[36]. Ce prédicateur s’adresse à tous mais parfois plus particulièrement à son représentant auprès des Arabes ralliés qui pourrait être Muhammad : à celui-ci, il développe ce qu’il a dit (ou envisage de dire) à tous en lui expliquant comment polémiquer contre les judaïques et en lui disant de ne pas se décourager : tel est exactement le contenu du verset 68 par rapport au verset 66.

 

Il apparaît ainsi que les formules « ce qui est descendu vers… de la part du Seigneur » dans les versets 66 et 68 ainsi que le verset 67 lui-même, sont comme des corps étrangers : sans eux, le texte devient aussi cohérent qu’historique[37]. Aux yeux de la prédication coranique primitive, les gens du Livre sont ceux qui devraient appliquer « la Torah et l’injîl », précisément parce que c’est à eux que Dieu a donné le Livre :

 

  • « Ô fils d’Israël… Ne soyez pas les premiers à en être recouvreur… Ne travestissez pas le vrai au moyen du faux. Ne tenez point secret le vrai alors que vous savez ! »[38].
  • « Ceux à qui nous avons donné le Livre et qui le récitent comme il doit l’être, ceux-là y croient, tandis que ceux qui le recouvrent[39], ceux-là sont les perdants »[40].
  • « Quand on leur[41] dit :Venez vers ce que Dieu a fait descendre et vers le messager[42], ils disent : Suffisant pour nous est ce que nous avons trouvé suivi par nos pères »[43].
  • « Ils[44] disent :N’entreront au Paradis que ceux qui sont juifs (hûd). Ce sont leurs désirs ! Dis : Apportez votre preuve si vous êtes véridiques ! Et les Yahûd disent : Les Nazaréens tiennent sur rien ! Mais eux-mêmes récitent le Livre ! De même, ceux qui ne savent rien[45] tiennent un langage semblable au leur ! Eh bien, Dieu jugera entre eux au jour de la Résurrection dans ce qu’ils y ont changé »[46].
  • « Ceux qui recouvrent parmi lesgens du Livre et les associateurs iront dans le feu de la Géhenne »[47].

 

Comme toutes les polémiques, celles du texte coranique sont parfois un peu complexes mais, originellement en tout cas, elles sont très claires : ceux qui ont suivi l’Evangile de Jésus (injîl) forment une communauté (ummah) droite et ceux qui veulent suivre Dieu doivent suivre la Torah et l’Evangile, le Livre-lumière donné en plus …


Notes :

[1] Cette expression apparaît explicitement quatre fois dans le Coran.

[2] Ibn Hichâm (décédé vers 834) est un généalogiste et grammairien arabe. Il est connu pour avoir remanié la première « biographie du prophète » Mahomet appelée sîra et écrite par Ibn Ishaq. Cette biographie est connue sous le nom de Biographie du messager de Dieu ou La biographie du prophète ou Biographie due à Ibn Hichâm. Il a aussi écrit une histoire de l’antiquité de l’Arabie du Sud.

[3] Waraqa est le cousin de Khadija, première épouse de Muhammad. Waraqa était selon certaines sources (Histoire d’Aïcha) un prêtre converti au christianisme nestorien, le prêtre ou prêcheur de la Mecque et mourut en chrétien nestorien. Cependant, des recherches récentes tendent à faire penser qu’il était ébionite ou judéo-nazaréen. Il a présidé au mariage de Mahomet en tant que « prêtre nasraniy » (nazaréen).

[4] Ce qu’il faut traduire par judaïques.

[5] Les nazaréens sont aussi appelés les ébionites. Il faut différencier ces ébionites de ceux qui ont fait vœu d’ascétisme tel que décrit dans le Livre des Nombres (Nb 6 : 1 à 21) qui sont parfois appelés nazaréens alors que leur nom devrait être nazir ou nazarites du mot hébreu rzn nazar qui signifie « consacré » ou « séparé », ce mot peut aussi avoir le sens de « couronné ».

[6] Ce message de « Jésus » (‘Îsâ) qui apporte la lumière (sourate 5 verset 15) et qui éclaire (sourate 5 verset 19) est évidemment l’injîl, terme au singulier que le texte coranique associe souvent à celui de Torah. Il ne s’agit pas des quatre évangiles des chrétiens mais d’un seul, celui que les témoignages patristiques indiquent être celui des nazaréens, parfois appelés ébionites, ce qui n’est pas leur nom mais un qualificatif. Ils précisent que cet évangile unique est un texte déformé de l’Evangile de Matthieu.

[7] Le mot « associateur », dans le Coran, est associé à celui de chrétien.

[8] Sourate 5 : 82

[9] Muhammad Hamidullah (1908 – 2002) est un érudit, théologien et chercheur musulman, diplômé en droit islamique international et docteur en philosophie et docteur ès lettres.

[10] Voir « 41 Mc 008-029 001 Le Coran affirme que Jésus est le Messie »

[11] Par exemple, lors de pèlerinages à saint Serge, très populaire parmi les Arabes puisque plusieurs sanctuaires lui étaient dédiés. Serge aurait été un officier supérieur romain, commandant avec son collègue Bacchus une troupe d’élite composée de Barbares, appelée la Schola Gentilium. Ils auraient été dénoncés comme chrétiens. Bacchus serait mort sous la flagellation ; Serge aurait été décapité. Il ne reste que quelques ruines de ce qui fut un centre de pèlerinage d’une très grande richesse : au 6ème siècle, on bâtit une muraille de trois mètres d’épaisseur entourant un rectangle de 500 mètres sur 100 mètres pour protéger les dons que faisaient les pèlerins des voleurs.

[12] Une communauté unie par les mêmes fondements religieux.

[13] Sourate 7 : 159

[14] Conformément aux règles monastiques.

[15] Sourate 3 : 113

[16] Sourate 5 : 66

[17] Dialogue entre deux interlocuteurs ayant des idées différentes et cherchant à se convaincre mutuellement.

[18] Ces deux versets sont étudiés dans la réflexion « Le Coran originel affirme que Jésus est le Messie »

[19] Sourate 5 verset 59.

[20] L’Injil est le nom que le Coran donne à la révélation divine qui a été faite à Jésus.

[21] Sourate 5 verset 15

[22] La Bible hébraïque se nomme TaNaKh, acronyme basé sur les noms de ses trois parties constituantes, la Torah est la loi, les Neviim sont les prophètes, les Ketouvim sont les autres écrits. Il s’agit de l’Ancien Testament.

[23] Sourate 9 verset 111

[24] Une soixantaine de fois, le texte coranique évoque un Coran-qur’ân. Ce n’est généralement pas à lui-même qu’il fait référence mais à un lectionnaire (tel est le sens du mot qur’ân), adapté de l’hébreu et en usage à ce moment-là. Le lectionnaire ou épistolier est un livre liturgique contenant les passages des lectures de l’Ancien Testament, des Actes des Apôtres et des épîtres apostoliques.

[25] Régis Blachère (1900 – 1973) est un orientaliste français. Membre de l’Institut (1972), Directeur d’études à l’Institut des hautes études marocaines de Rabat (1930-1935), Professeur d’arabe à l’École nationale des langues orientales (1935-1950), Professeur de littérature arabe du Moyen Âge à la Sorbonne (1950-1970), Directeur d’études à l’École pratique des hautes études (1950-1968), Directeur de l’Institut d’études islamiques de l’université de Paris (1956-1965), Directeur du Centre de lexicographie arabe, associé au CNRS (1962-1971)1. On lui doit une traduction « critique » du Coran (1947) et un essai de reclassement des sourates dans l’ordre chronologique de leur révélation.

[26] « Couvert », c’est-à-dire effacé : couvrir une faute (kaffara, intensif de kafara) est une expression utilisée dans la Bible ayant pour sens « Dieu pardonne » (voir « 19 Ps 091-004 001 Les sens de couvrir dans le Bible »). Cette racine a donné le nom à la grande fête juive du Yom Kippour. Tous les traducteurs utilisent ce terme correctement mais ne mentionnent jamais le fait qu’à la première forme en particulier ce mot évoque une action que le texte coranique réprouve et qui a fourni l’insulte de kâfir que l’on voit à la fin du verset 68 de la sourate 5 ainsi qu’en bien d’autres endroits. Mais que fait donc de mal quelqu’un qui kafare si Dieu est dit kafarer encore plus intensément ? Voir « 55 2 Ti 004-003 001 Le Coran, un livre adapté à la cause islamique »

[27] Sourate 5 : 65.

[28] On lit plus loin : « Chaque fois qu’un messager leur apporte ce que leur âme ne désire pas, ils traitent les uns de menteurs et ils tuent les autres » (Sourate 5 verset 70). La similitude avec le discours d’Etienne est frappante : « Lequel des prophètes vos pères n’ont–ils pas persécuté ? Ils ont tué ceux qui annonçaient d’avance la venue du Juste, que vous avez livré maintenant, et dont vous avez été les meurtriers, vous qui avez reçu la loi (torah) d’après des commandements d’anges et qui ne l’avez point gardée !… » (Ac 7 : 52 et 53).

[29] Sourate 5 versets 66 et 67.

[30] Kufr : action de recouvrir (une vérité, un texte…) ; voir notes précédentes. On ne « cache » pas vraiment puisque le texte est là – dans certains autres versets coraniques, ce sont des dissimulations qui sont visées, mais c’est alors précisé par un autre verbe mais on lit à travers une interprétation tronquée.

[31] Sourate 5 verset 68.

[32] La plupart des oiseaux.

[33] Toutes les bêtes rampantes : serpents, lézards, belettes, souris, etc., mais aussi les insectes sauf certaines sauterelles

[34] Sourate 5 verste 87 et 88.

[35] Il s’agit du verbe hâda au verset 69.

[36] « Ceux des fils d’Israël qui recouvrent ont été maudits par la langue de David et de Jésus, fils de Marie » (Sourate 5 : 78).

[37] En tout cas, entre le verset 5:51 tel qu’il est restitué ci-dessus et le verset 5:71 qui clôt la diatribe.

[38] Sourate 2 versets 40 à 42.

[39] Voir notes 26 et 30.

[40] Sourate 2 verste 121.

[41] Il s’agit des « recouvreurs » du verset précédent.

[42] Il s’agit de Jésus.

[43] Sourate 5 verset 104.

[44] Il s’agit des gens du Livre mentionnés 4 versets auparavant.

[45] Sont visés ici les « associateurs », c’est-à-dire les chrétiens, qui n’approuvent pas les nazaréens non plus ; ils sont « ceux qui ne savent rien » ou encore : « Gloire au Seigneur des Cieux et de la Terre, Seigneur du Trône, Qui est au-dessus de ce qu’ils racontent. Laisse-les [les chrétiens visés aux versets 81 et 82] donc ergoter et jouer jusqu’à ce qu’ils rencontrent le Jour dont ils sont menacés » (Sourate 43 versets 82 et 83).

[46] Sourate 2 versets 111 à 113.

[47] Sourate 98 verset 6.

Le Coran, un livre adapté à la cause islamique

Une question se pose régulièrement dans les débats au sujet du coran : le texte coranique a-t-il ou aurait-il subi une manipulation, ne serait-ce que l’ajout de quelques mots ici et là, selon ce que l’on peut voir avec le terme de nasârâ[1]. Des générations de bricoleurs se sont succédé sur le texte : au début du 8ème siècle, le gouverneur Hajjaj est obligé une fois encore de rappeler les textes coraniques en circulation pour les brûler et leur en substituer d’autres[2]. On ne peut regarder une histoire aussi complexe en quelques pages : un long travail d’exégèse minutieuse sera nécessaire, qui demandera la collaboration de nombreuses disciplines, dont la linguistique, l’histoire, la géographie, l’archéologie, mais aussi les études juives, syriaques, et même théologiques car il est toujours nécessaire de se demander quels sont les buts poursuivis par un groupe humain et quelles sont ses représentations de Dieu et de l’avenir du monde.

 

A l’origine, les sourates devaient convaincre : elles ont été composées en un style oral parfaitement clair et cohérent. Ce sont les manipulations successives qui les ont rendues souvent obscures et incohérentes, au point qu’elles ne sont même plus réellement lues : on regarde le texte non en fonction de ce qui est écrit mais de ce qu’on doit y lire en vertu du dogme islamique et des commentaires tardifs.

 

En attendant, il faut au moins discerner des clefs de lecture. L’une d’elles était l’objet de cet article : la distinction faite par le Coran dans la « tente du Livre » entre yahûd et nazaréens c’est-à-dire parmi les fils d’Israël et d’Abraham à qui le Livre a été légitimement donné. Une autre clef consiste à découvrir comment le texte coranique désignait le christianisme[3] et comment cette appellation fonctionnait dialectiquement avec la dénonciation des yahûd. Une autre clef tient à la découverte de la communauté que désignait le terme de nasârâ.

 

Ces clefs et d’autres apportent des points de contact avec l’histoire réelle connue dont le texte semble si dépourvu[4] contrairement aux textes des évangiles qui regorgent d’informations historiques, géographiques et chronologiques. Car de tels points de contacts existent dans le texte coranique.

 

Comme nous l’avons vu, quelques clefs de lecture sont indispensables pour pouvoir simplement lire le texte coranique, truffé d’apparentes obscurités, sinon parfois de contradictions. A ce point de vue, le début du chapitre ou sourate 47 se révèle instructif. En effet, ces clés de lectures permettent de restaurer ce passage dans l’état premier où il était parfaitement clair et bien bâti – cet état de clarté était certainement celui de tous les feuillets coraniques qui formèrent plus tard l’actuel « Coran ». Si le texte n’a plus aujourd’hui cette même clarté au point d’être parfois complètement obscur, il faut incriminer la lecture qui en est faite[5]. Voici le texte :

v.1a Ceux qui « kafarent » et empêchent du sentier de Dieu,
v.1b Il [Dieu] égare leurs actions.
v.2a Ceux qui croient et font de bonnes œuvres
v.2b et croient en ce qui est descendu sur Muhammad
v.2c et cela est la vérité de la part de leur Seigneur,
v.2d Il « kaffare » leurs mauvaises actions et réforme leur pensée.

 

Dans l’Islam, « kafarer » est une horreur : ceux qui « kafarent » (al-ladîna kafara) sont les pires des hommes, des mécréants impies et immondes, condamnés à l’enfer :

  • « Ceux qui kafarent… le feu sera leur séjour éternel » (sourate 47, 12).
  • « Ceux qui kafarent et empêchent du sentier de Dieu, puis meurent tandis qu’ils kafarent, Dieu ne leur pardonnera pas » (s. 47, 34)

 

Tuer un kâfir, c’est rendre service à Dieu selon ce qu’indique le verset 3 (voir plus bas). Pour autant, aucun musulman ne pourrait expliquer exactement le sens de ce terme (kafirûn au pluriel) ou celui du verbe (kafara, racine kfr).

 

Ceci pose un grave problème : au sous-verset 2d, Dieu Lui-même est dit « kaffarer ». Dieu serait-Il donc très mécréant (intensif de kafara avec deux « f »), ou ferait-Il mécroire (selon un autre sens possible) ? Certes non, et tous les traducteurs rendent « kaffarer » par couvrir ou absoudre, au sens où Dieu couvre les mauvaises actions de ceux qui croient en Lui : telle est la signification évidente de du verset 2d, qui correspond à ce qu’enseignent les docteurs en islam.

 

Mais alors, que signifie la racine kfr en rapport avec l’idée de couvrir ? Et qui sont ceux qui « kafarent » ?

 

La réponse fondamentale apparaît dès qu’on recourt à un programme de recherche biblique pour rechercher les passages mentionnant le verbe hébreu correspondant : kâfar[6]. On trouve justement les deux formes que présentent les versets s.47,1 à 3 et avec des significations claires et logiques :

  • au sens premier (radical qal), l’hébreu biblique kfr, rpk, signifie enduire, recouvrir (voir Gn 6 :14),
  • et au sens second (radical piel) intensif, kffr, rPk, signifie couvrir le visage de quelqu’un, absoudre (Ez 45 : 15s ; Lv 14 : 53 ; Dt 21 : 8 ; Dn 9 : 24).

 

La dernière de ces deux significations correspond d’ailleurs au nom de la grande fête juive du Yôm Kippûr[7] ou Jour des expiations-absolutions.

 

Ces significations bibliques sont à la base de toutes les autres, et les quelques développements qui eurent lieu à travers l’araméen avant d’aboutir aux feuillets qui formeront le texte coranique ne contredisent pas leur simplicité. C’est l’araméen du Nouveau Testament et en particulier des évangiles qu’il faut regarder pour trouver l’origine de la plupart des significations des occurrences de kfr dans le Coran[8].

 

Nous avons vu que, dès le verset 1, « kafarer » apparaît comme un grave reproche. Mais alors, pourquoi est-il si grave de recouvrir ?

 

Vers le 1er siècle avant notre ère, en araméen, un sens second de la racine de base kfr apparut : recouvrir un fait (ou une parole), c’est le passer sous silence, c’est-à-dire taire mais aussi dénier ou même être ingrat (s’il s’agit d’un bienfait, à la forme emphatique). C’est ce qu’expriment les quelques vingt-six occurrences de cette racine dans les évangiles en araméen ; en voici les principales :

  • Lc 6 : 35 : «…Car Il est bon, Lui, pour les ingrats (kafûrê’) et les méchants ».
  • Lc 8 : 45 : « Jésus demanda : « Qui m’a touché ?». Comme tous niaient (kfr), Pierre dit :… »
  • Lc 22 : 57 : [Pierre] nia (kfr) : « Femme, dit-il, je ne le connais pas ».
  • Mt 10 : 33 : « Quiconque me reniera (kfr), moi aussi je le renierai (kfr) devant mon Père qui est dans les Cieux ».
  • Mt 16 : 24 : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce (kfr) à lui-même »
  • Mt 26 : 34 et 75 : « Cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié (kfr) trois fois ».

 

Dans l’expression des autres textes du Nouveau Testament, ce sens se renforce : taire, c’est renier :

  • 1Jn 2 : 22 et 23 : « Qui est le menteur, sinon celui qui nie (kfr) que Jésus est le Christ ? Celui-là est l’antichrist, celui qui nie (kfr) le Père et le Fils. Quiconque nie (kfr) le Fils n’a pas non plus le Père. »
  • Jude 1 : 4 : « Car se sont glissés parmi vous des individus… et qui renient (kfr) notre seul Maître et Seigneur Jésus Christ. »

 

Le reproche de renier prend donc ici le sens le plus fort : celui d’être un renégat, un petit anti-christ, le véritable Anti-Messie devant apparaître seulement à l’accomplissement des temps (les musulmans le savent pour avoir conservé cette antique tradition). Mais sous ce sens très fort, le geste matériel de recouvrir est toujours présent.

 

Dans le Coran, on trouve ce sens très fort, employé parfois de manière purement polémique (alors, il n’a pas d’autre portée que celle d’être une invective) ; mais, bien plus généralement, il est employé de manière précise dans la ligne du sens matériel premier de recouvrir. Ce reproche de renier-recouvrir y vise en particulier ceux qui sont désignés sous le terme de Yahûd, qui forment une « partie parmi les fils d’Israël » (par opposition à une autre partie, les « Judéo-nazaréens »). Voici quelques versets révélateurs :

 

  • « Ceux des fils d’Israël qui kfr ont été maudits par la langue de David et de Jésus fils de Marie… Dans le châtiment, ils demeureront éternellement » (sourate 5, 78 et 80).
  • « Dieu dit : Ô Jésus,… je vais te débarrasser de ceux qui kfr, et mettre ceux qui te suivent au-dessus de ceux qui kfr, jusqu’au jour de la Résurrection » (sourate 3, 55).
  • « Ô gens de l’Ecrit, pourquoi kafarez -vous les signes de Dieu alors que vous êtes vous-mêmes témoins ? Ô gens de l’Ecrit, pourquoi enrobez-vous de faux le vrai et cachez-vous le vrai, alors que vous savez ? » (sourate 3, 70 et 71).

 

Le reproche exprimé vise une dissimulation par recouvrement, de la part de gens « qui savent (‘alama) », à la différence de ceux « qui ne savent pas » (parce qu’ils ne sont pas juifs, les mušrikûn associateurs[9]).

 

  • « Ne savent-ils pas que Dieu sait ce qu’ils cachent et ce qu’ils divulguent ? Parmi eux, des clans (ummîyûn – c’est-à-dire certains groupes juifs[10]) ne savent en fait de l’Ecrit que des illusions rêvées et des élucubrations qu’ils ont fabriquées. Malheur à ceux qui écrivent l’Ecrit de leur main et disent ensuite : Cela [vient] d’auprès de Dieu » (sourate 2, 77 à 79a).
  • « Parmi eux [les gens du Livre du verset 75], une fraction adjoint leur langage à l’Ecrit pour que vous le comptiez [comme partie] de l’Ecrit alors que ce n’est pas de l’Ecrit. Ils disent : Cela [vient] d’auprès de Dieu, alors que cela ne [vient] pas d’auprès de Dieu ! Ils disent contre Dieu le mensonge, alors qu’ils gardaient en eux-mêmes (ou savaient, ‘lm) » (s. 3, 78).
  • « Vous le mettez [l’Ecrit apporté par Moïse] en rouleaux de parchemin que vous montrez et [dont] vous dissimulez beaucoup » (s. 6, 91).

 

Commentant ce dernier verset, l’islamologue Régis Blachère[11] indique que le reproche de « dissimuler » (hafîy, [se] dérober à la vue de) doit s’adresser au judaïsme talmudique : « L’expression : On vous a enseigné… ni vos ancêtres paraît faire allusion à l’enseignement talmudique ».

 

Derrière cette question, se profile l’accusation de falsification (tahrîf) qui apparaît dans ces mêmes textes, par exemple :

  • « Parmi ceux qui sont des juifs pratiquants, [certains] falsifiaient la Parole quant à ses sens » (s. 4, 46).
  • « Dieu jugera entre eux au jour de la Résurrection sur ce que [dans le Livre] ils ont remplacé » (s. 2, 113).

 

Il convient de préciser ici que l’expression « gens du Livre » parfois évoquée à l’occasion du reproche de falsification désignait les juifs au sens large (qu’ils relèvent du judaïsme talmudique, du judéo-nazaréisme ou encore d’une autre mouvance), non les chrétiens ; c’est l’interprétation musulmane postérieure qui y a englobé les chrétiens[12] :

  • « Ô fils d’Israël [v.40]… Croyez à ce que J’ai fait descendre msddqn li[13] ce qui est devers vous [la Torah] et ne soyez pas les premiers à être kâfir en cela… Et ne travestissez pas la vérité au moyen du faux. Ne tenez point secrète la vérité alors que vous savez ! » (s. 2, 41 et 42).
  • « Pouvez-vous accepter de les considérer comme croyants avec vous, alors qu’une fraction d’entre eux [c’est-à-dire parmi les fils d’Israël] entendaient la parole de Dieu, puis la falsifiaient, après l’avoir comprise et sue ? » (s. 2, 75).
  • « Nous avons donné le Livre à Moïse. Nous l’avons fait suivre par des envoyés (rusul). Nous avons donné des signes à ‘Isa fils de Marie, et Nous l’avons renforcé de l’Esprit [du] Saint… Vous traitiez les uns d’imposteurs et vous tuiez les autres » (s. 2, 87).
  • « Demande aux fils d’Israël combien de signes évidents Nous leur avons apportés (s. 2, 211)… Les gens formaient alors une seule ummah. Puis Dieu envoya des prophètes (nabyûn) annonçant et avertissant. Il fit descendre avec eux le Livre avec la vérité pour régler entre les gens ce en quoi ils
  • divergent…. mais ils divergèrent après que les signes furent venus » (s. 2, 213).

 

Ainsi, l’objet du recouvrement, c’est la messianité de Jésus, qui est recouverte par la lecture de la Torah couverte par celle des Talmud-s[14] (c’est-à-dire que la Torah est lue à travers les commentaires que ceux-ci en donnent). Justement, le Coran reconnaît onze fois à ‘Isa-Jésus le titre de « Messie »[15] dont quatre fois sous la forme de « le Messie-Jésus »[16]. Et il dénonce les manières dont cette messianité a été recouverte dans le passé, non seulement grâce à une lecture « dissimulatrice » mais aussi en présentant Jésus comme un magicien (fin des versets s. 5, 110 et 61, 6) et sa mère comme une femme de mauvaise vie – ces deux accusations se lisent effectivement dans les Talmud-s.

 

Dès lors, sauf en les exceptions polémiques (à traduire au choix par : mécréant, renégat, impie, renieur), on aura tout intérêt à rendre la racine kfr à la 1ère forme par recouvrir qui est son sens primitif. Cela s’impose même particulièrement ici, au début de la sourate Muhammad, à cause du jeu de mots bâti sur les formes du verbe kfr. On retrouve d’ailleurs ce jeu de mots dans la sourate La duperie mutuelle :

  • « À celui qui croit…, Dieu couvrira ses méfaits… tandis que ceux qui recouvrent seront les compagnons du Feu [de l’Enfer] » (s. 64, 9 et 10).

 

Ainsi, il ressort que le début de la sourate 47 est parfaitement bâti autant au point de vue du sens que de celui de la forme, pour peu que l’on en excepte les sous-versets 2b et 2c, de cette manière :

 

v.1a Ceux qui « kafarent » (recouvrent) et empêchent du sentier de Dieu,
v.1b Il [Dieu] égare leurs actions.
v.2a Ceux qui croient et font de bonnes œuvres
v.2b et croient en ce qui est descendu sur Muhammad
v.2c et cela est la vérité de la part de leur Seigneur,
v.2d Il « kaffare » (couvre) leurs mauvaises actions et réforme leur pensée.
v.3a Certes, ceux qui « kafarent » suivent le faux, tandis que ceux qui croient suivent la vérité de la part de leur Seigneur.

 

L’enchaînement entre v.2a et v.2d se lit même littéralement ailleurs dans le texte coranique :

  • « Ceux qui croient et font de bonnes oeuvres, Nous couvrirons leurs mauvaises actions » (s. 29, 7) !

 

Il s’agit d’un schéma très bien balancé et très percutant en milieu de culture orale :

Ceux qui recouvrent / Dieu les égare

Ceux qui croient / Dieu les couvre

Ceux qui recouvrent / sont dans le faux

Ceux qui croient / sont dans le vrai

 

Quant au sens, il n’est pas moins percutant : toute une doctrine de la justification se trouve synthétisée là. Selon le texte, Dieu couvre ceux qui croient du manteau de Sa Justice, même s’ils font des actions mauvaises à côté des bonnes. À l’inverse, Il punira ceux qui sont volontairement dans le faux car non seulement ils ne veulent pas croire, mais détournent autrui du « sentier de Dieu » ; du reste, ils n’auront aucune bonne action à faire valoir, puisque Dieu « égare leurs actions » de sorte qu’aucune d’elles ne soit bonne. C’est terriblement logique. Ce Dieu qui couvre ne pardonne pas les fautes (contrairement à certaines doctrines modernes avancent) : dans Sa miséricorde infiniment hautaine, Il condescend simplement à ne pas en tenir compte, à cause de la foi qu’Il voit (et qui doit se voir !) chez les vrais croyants. Et ceux qui ne partagent pas cette foi iront en l’éternel Enfer.

 

Le texte continue ainsi :

  • « C’est ainsi que Dieu frappe [= forge] leurs exemples aux gens. Lors donc que vous rencontrez ceux qui recouvrent, frappez aux cols (litt. frappement des coups, c’est-à-dire tuez, explique le traducteur Hamidullah) » (v. 3b à 4a).

 

Conclusion

 

Les sous-versets 2b-2c introduisent une longue perturbation frappante non seulement dans l’équilibre du texte mais aussi dans sa logique thématique. De plus, le verbe « croire » apparaît deux fois de suite : Ceux qui croient (2a)… et croient en… (2b) – ce qui ne va pas dans la structure linguistique du texte. Les traducteurs n’hésitent d’ailleurs pas à mettre 2c entre tirets pour indiquer qu’il s’agit d’un ajout (« cela est la vérité de la part de leur Seigneur » – de plus, c’est d’un doublet du sous-verset 3a, « la vérité de la part de leur Seigneur »). Il est interdit de penser que le texte ait pu être manipulé mais le traducteur Hamidullah qui suggère cela ici n’a pas été inquiété – il faut dire qu’il touchait au seul sous-verset 2c qui n’a guère d’importance ; s’il avait émis un doute quant à l’authenticité de 2b où apparaît le nom de Muhammad, cela ne serait pas passé.

 

Il apparaît donc que le sous-verset 2b est tout autant un ajout que 2c :

 

v.2b et croient en ce qui est descendu sur Muhammad
v.2c et cela est la vérité de la part de leur Seigneur,

 

Mais se peut-il qu’une sourate intitulée « Muhammad » n’ait justement pas parlé de Muhammad, en tout cas pas avant qu’on lui insère ces deux sous-versets ? C’est que, justement, on ne sera pas surpris d’apprendre que cette sourate avait porté un autre titre : elle s’est longtemps appelée al-Qitâl (c’est-à-dire le combat à mort, à cause du verset 20). Certes, les titres de la plupart des sourates semblent être aussi vieux qu’elles-mêmes, mais ici, « Muhammad » n’est justement pas son titre originel.

 

Alors, depuis quand cet ajout – qui double la longueur du verset – existe-t-il dans le texte ? Une telle question ne se pose pas uniquement à propos de ce verset s.47, 2 mais ailleurs, par exemple là où apparaît un équivalent du nom de Muhammad : ahmad. Tout porte à penser, ainsi que Blachère l’a montré, que le texte primitif du verset s.61, 6 ne faisait pas plus d’allusion à Muhammad (même sous la forme de ahmad) que la sourate 47. Ce verset a d’ailleurs été conservé sous deux versions dont l’une mentionne justement tout autre chose. Quant aux trois autres et dernières mentions du nom de « Muhammad » dans le Coran, elles laissent également songeur…

 

Dès lors, la question qui surgit est celle du rapport entre les feuillets coraniques primitifs et celui qui a été présenté un moment donné comme le prophète de l’Islam. Se pourrait-il que, historiquement, le rapport entre le futur Coran et celui qui fut le chef de guerre des Arabes regroupés à Yatrib-Médine fonctionne d’une manière toute autre que celle qui est habituellement présentée ?


Notes :

[1] « Nazaréens » dans le Coran.

[2] Ce sont des traditions islamiques qui le racontent !

[3] Il est traité d’associationisme, « shirk ».

[4] Le texte coranique n’offre apparemment quasiment pas de repères chronologiques ou de noms de lieux connus ou même de noms de personnes ; à ce dernier point de vue, seuls apparaissent les noms de Zayd (Sourate 33 verset 37), Qurays (Sourate 106 verset 1), Abou Lahab (Sourate 111 verset 1) et, quatre fois, Muhammad, plus une fois Ahmad au centre de l’ajout inséré au milieu du verset 6 de la sourate 61. A y regarder de près, les quatre mentions du nom de Muhammad sont elles-mêmes suspectes.

[5] A moins qu’il ne s’agisse d’une manipulation subie par le texte lui-même ?

[6] Il est fondamentale de comprendre que les deux langues (l’hébreu et l’arabe) sont très proches car elles possèdent un champs sémantique premier similaire… Les racines fondamentales qui les structurent sont les mêmes ; cependant, une étude systématique et approfondie montre qu’il y a eu une évolution (majoritairement orientée vers une diminution de la précision) des racines utilisées par la langue arabe.

[7] Le son « p » étant un « f » prononcé dur : il s’agit de la même lettre mais avec une différence de prononciation

[8] C’est semblablement là aussi que l’on trouve l’origine des termes de muslim, « musulman » (voir le texte « Le mot musulman emprunté au Nouveau Testament ») et de islâm (voir le texte  « L’Islam issu d’une hérésie chrétienne »).

[9] La racine šrk (associer) se rapporte aux chrétiens, accusés d’être des associateurs, et non à d’autres. On pourrait objecter les versets de la sourate 6 (v. 136 et 137) qui se rapportent aux Hébreux ; cette exception n’infirme cependant pas le sens habituel : ce ne sont pas en effet les Yahûd contemporains qui sont visés là, mais les Hébreux du temps des Juges et des Rois qui s’étaient conduits comme des idolâtres.

[10] Il est indispensable de signaler l’origine et le sens bibliques des termes ummîyûn et ummah . La traduction du mot ummah par communauté provient de l’appropriation du terme par la théologie islamique, et ne rend pas suffisamment l’aspect tribal fondamental (où prédomine la notion de umm – la mère). Le mot ummah au pluriel en Gn 25 : 16 désigne les douze tribus des Hébreux (ummot -m), et en Nb 25 : 15 il signifie simplement un clan. Cette signification fondamentale de « groupe juif » apparaît manifestement dans le texte coranique, par exemple dans la sourate 7, 159 et 160 : « Parmi le peuple de Moïse, une ummah avance sur la voie en vérité et ainsi en justice. Et Nous les partageâmes en douze tribus (ou douze clans, asbâtan ummatan), et Nous avons révélé à Moïse etc. »

On retrouve cette même idée et le terme de ummah dans le verset s. 3 : 110 : « Vous êtes la meilleure ummah qui ait été suscitée [par Dieu] pour les hommes », qui, suite à l’autodésignation de la communauté islamique comme unique ummah, est devenu la devise de la Ligue arabe basée au Caire. Le verset s. 2 : 78 constitue un autre exemple. Le terme de ummîyûn, tribus, est la forme araméenne emphatique plurielle de ummah employée dans le livre de Daniel (Dn 3 : 4, 7 et 31 ; 5 : 19 ; 6 : 26 ; 7 : 14).

[11] Orientaliste, islamologue et arabisant français, auteur de plusieurs ouvrages de référence quant à la critique du coran.

[12] L’expression « gens du Livre » ou, conformément à une traduction littérale de « ahl al-Kitâb », désignait les juifs dans leur ensemble, et eux seuls. Le Livre par excellence, c’est la Bible. Ceci ressort par exemple de s. 29, 46 et 47 où on lit que tous ceux de « la tente du Livre (ahl al-kitâb, gens de l’Ecrit) », « ont reçu l’Ecrit » et « croient en lui » ; les chrétiens, eux, n’ont pas reçu la Bible, ils seraient plutôt des voleurs d’héritage, ainsi qu’on peut le lire dans la Michna (Sanhédrin 57a) : « Rabbi Yohanan a dit : Un idolâtre qui s’occupe de l’étude de la Tôrah mérite la mort, ainsi qu’il est dit : C’est à nous que Moïse a prescrit la Tôrah en héritage [Dt 33,4] » (Rabbinat français, La guemara, Sanhédrin, Keren Hasefer, 1974, p.287). Ceux qui ont reçu la Bible, ce sont au sens propre les « Fils de l’Ecrit », à savoir tous les juifs. C’est aux premiers que l’auteur des feuillets coraniques renvoie son interlocuteur arabe quand il dit : « Interroge ceux qui ont récité (qara’a) l’Ecrit avant toi » (s. 10, 95 avec un parallèle en 17, 103).

« Parmi eux [les gens de l’Ecrit, v.65] est une communauté (ummah ) allant sans dévier [traduction de Blachère] » (s. 5, 66).

L’ummah qui est ainsi louée ne peut pas être faite de chrétiens ; et une poignée de disciples autour de Muhammad ne forme pas une umma h. Le même problème se pose en s. 7, 159 et surtout en s. 3, 113 où Tabarî pense à des juifs convertis (et Blachère à une « secte judéo-chrétienne »). Il s’agit nécessairement de juifs non rabbiniques, mais évidemment pas d’une poignée de supposés convertis à l’Islam. Ceux dont il est question sont des judéo-nazaréens.

[13] “m sd dqn li” : la lecture islamique fait de ce participe un verbe à l’actif alors que le sens cohérent à l’ensemble des occurrences est passif : justifié en fonction de ce qui se trouve dans l’Ecrit antérieur [la Torah] – ce que Mondher Sfar a été l’un des premiers à le comprendre.

[14] Il s’agit ici des Talmud de Jérusalem et de Babylone et plus généralement encore de toute lecture talmudique même ultérieure à ceux-ci.

[15] Les neuf occurrences (dont deux doubles) où le Coran indique que le Messie-masîh est Jésus, sont : s. 3, 45 ; 4, 157, 171 et 172 ; 5, 17 (2 fois), 72 (2 fois) et 75 ; 9, 30 et 31.

[16] De ces occurrences du mot masî h désignant Jésus, quatre présentent littéralement la formule « le Messie-Jésus » (al-masîh ‘Îsa) : s. 3, 45 ; 4, 157 et 171 ; 5, 17.

Mahomet ou Muhammad ?

La scène se déroule à La Mecque en Arabie Saoudite. La date, 570 après J.C. L’événement, un garçon est né !

 

Muhammad est né dans la tribu Qoraïch, de la famille Béni-Hachim. Son grand-père s’appelait Abd-al-Mouttalib, son père Abdallah (décédé avant sa naissance) et sa mère Amina (elle était femme au foyer ou ménagère).

 

Ce fut un événement très important, parce que la naissance de Muhammad déclencha une succession d’événements qui aboutirent à l’apparition d’une nouvelle religion: l’islam. “Il n’y a aucun Dieu, sinon Allah et Muhammad est l’apôtre d’Allah”, c’est ce que déclare le musulman pieux.

 

Enfance et jeunesse

 

Les premières années de la vie de Muhammad furent marquées par la tragédie et le deuil. Quelques mois avant sa naissance, son père mourut. Quand il eut six ans, sa mère mourut aussi et le jeune garçon fut placé sous la tutelle de son grand-père. Deux ans après la mort de sa mère, son grand-père mourut aussi. Abou-Talib, l’un de ses oncles, devint alors responsable de son éducation.

 

Muhammad était de race sémite. Il appartenait à Qoraïch, l’une des nombreuses tribus arabes de la région. Certains Arabes, comme les Hébreux, sont descendants de Jokthan (Genèse 10 : 26), frère de Péleg. D’autres viennent d’lsmaël, le fils d’Abraham. Certains sont issus d’Abraham par sa femme Ketura (ou Quétoura). D’après la tradition, Muhammad était un homme vigoureux de taille moyenne, au teint légèrement brun, aux yeux noirs, avec une barbe épaisse, des mains et des pieds rugueux et un visage rouge de santé.

 

La Mecque, lieu de naissance de Muhammad, située sur une route commerciale, était devenue une ville de commerce importante. Les marchands faisaient affaire avec des Perses, des Byzantins, et des Ethiopiens (Abyssiniens). La Mecque était aussi l’un des plus grands centres religieux de la région. Ses habitants étaient très fiers d’avoir la Kaaba dans ses environs, le temple païen le plus prestigieux de l’Arabie pré-islamique.

 

Jeune homme, Muhammad entra au service de Khadija, une veuve fortunée. Il prit la direction de ses caravanes de commerce, voyageant ainsi à l’extérieur de son pays natal, visitant la Syrie et la Palestine à maintes reprises. Il gagna la réputation d’être un marchand honnête, suscitant ainsi l’admiration de Khadija. Ce succès personnel aboutit finalement à leur mariage.

 

Mariage et famille

 

Lorsque Muhammad revint de l’un de ses voyages d’affaires, il se maria avec Khadija. Elle était âgée de quarante ans et avait déjà eu deux maris, tandis que Muhammad avait vingt-cinq ans et n’avait jamais été marié. Leur union s’avéra heureuse. La richesse de Khadija rendit Muhammad prestigieux parmi les siens à La Mecque. Le couple donna naissance à plusieurs enfants, mais seulement quatre filles atteignirent l’âge adulte. Du vivant de Khadija, il n’épousa aucune autre femme.

 

Après la mort de Khadija, Muhammad se sentit libre de prendre d’autres femmes. Les rapports diffèrent quant au nombre précis de femmes qu’il épousa dans sa vie. Certains disent neuf, d’autres beaucoup plus. Certains de ces mariages étaient d’intérêt politique. Ils lui assuraient l’allégeance d’une famille ou d’une tribu particulière.

 

Ses femmes étaient censées être voilées en présence d’autres hommes par pudeur (une coutume que pratiquaient les juifs de son époque). Comme on pouvait le prévoir, la jalousie et les chamailleries entraînaient de violentes disputes entre les femmes et c’était à lui d’arbitrer. D’après le Coran (33 37, 38), Dieu lui permit d’épouser sa belle-fille Zaïnab, après que son fils adoptif Zaïd eut divorcé d’elle. Dans le cas d’Aïcha, la fille de son meilleur ami Abou-Bakr, il avait cinquante-trois ans et elle avait à peu près neuf ans quand ils se marièrent. Elle devint sa femme favorite. C’était l’usage à cette époque que les filles soient données en mariage très jeunes, offertes en cadeau ou comme le signe d’une alliance. D’après le Coran, un homme ne doit pas avoir plus de quatre femmes en même temps, cependant Muhammad fut exempté de cette règle et en eut plus que quatre à la fois.

 

Réactions, visions et activités religieuses

 

Les coutumes des religions païennes de la tribu de Muhammad semblent l’avoir fait souffrir. Ils adoraient des idoles qu’ils gardaient dans leurs maisons et dans leur temple, la Kaaba. Ils craignaient aussi les arbres, les puits, les vents et les collines, les considérant comme la demeure d’esprits bons ou mauvais. La Kaaba était un haut lieu religieux important. Il abritait de nombreuses idoles destinées à l’adoration de plusieurs dieux dont l’un était Allah, ‘le Dieu”. Les Arabes prétendaient qu’Abraham lui-même avait construit la Kaaba. Chaque année, des tribus arabes venant d’autres parties de la région faisaient un pèlerinage à La Mecque. Ils faisaient le tour de la Kaaba en marche rituelle.

 

Muhammad et quelques autres détestaient la religion idolâtre de leur communauté. Il se sentait attiré par la méditation solitaire et se rendait régulièrement dans une grotte pour être à l’écart du monde. A l’une de ces occasions, il vécut la première de ses expériences intenses et effrayantes. Tout son être trembla. Il eut peur et entra en transe. Puis il crut entendre une voix lui commander :

Lis, au nom de ton Dieu qui a créé.

Créé l’homme à partir d’un caillot de sang.

Lis, et ton Dieu est le plus généreux.

Celui qui a enseigné par la plume,

Enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas.

(Coran 96:1-5)

 

A la suite de cela, Muhammad plongea dans une détresse et un état dépressif extrêmes. Il consulta avec sa femme Khadija, le cousin de celle-ci et d’autres amis, cherchant de l’aide. Aucune autre révélation ne lui fut faite pendant deux ans. Puis soudain, alors qu’il traversait une période de dépression qui lui faisait penser au suicide, on dit qu’il eut une autre vision qui le renvoya chez lui en tremblant.

 

D’abord, il pensa qu’il était possédé par l’un des jinn (“esprits”) ; on disait généralement que ceux-ci possédaient les poètes arabes et les devins. Puis il pensa que ce qu’il avait vu et entendu était le suprême Allah Lui-même. Cependant, il en vint finalement à croire que ce qu’il avait vu, c’était Jibril (l’ange Gabriel), l’envoyé d’Allah, lui annonçant qu’il avait été choisi pour être le prophète de Dieu. Selon la vision, Gabriel devait aussi lui révéler le Coran, la parole d’Allah. Les révélations vinrent avec une fréquence croissante à partir de ce moment-là, et Muhammad les dictait à ses scribes.

 

Il retint en lui-même son zèle religieux pendant trois ans après sa première révélation. Il n’avait fait que quelques convertis – quelques membres de sa famille, quelques amis proches, et ses esclaves. Les Mecquois considéraient les enseignements de Muhammad comme une menace pour leur religion. Ils disaient qu’il avait des visions et entendait des voix parce qu’il était possédé par des démons. Muhammad proclamait un seul Dieu : les Mecquois croyaient en plusieurs divinités. Il déclarait qu’il était un messager envoyé par AIIah : ils pensaient qu’il n’était qu’un devin. Il disait que Dieu lui donnait de nouvelles révélations : ils répondaient qu’il ne faisait que répéter des idées et des informations utiles pour les gens des siècles passés.

 

Lorsqu’il essaya d’élargir ses possibilités et de convaincre d’autres Mecquois de la validité de ses déclarations, il se heurta à une violente opposition. L’animosité de ceux-ci envers lui augmenta encore plus après la mort de sa femme bien-aimée Khadija, et de son oncle influent, Abou-Talib. La persécution devint intense. Ils l’insultèrent et se moquèrent de lui. Finalement, ils complotèrent de le tuer.

 

Muhammad, de nouveau dépressif, fit une autre expérience. Une nuit, selon ses déclarations, il voyagea de La Mecque à Jérusalem. Là, il vit des anges et des prophètes. Puis il s’éleva à travers les sept cieux vers le trône divin et la présence de Dieu. Les écoles d’interprétation islamiques modernes soutiennent que cette expérience de Muhammad n’était qu’une vision ou qu’un rêve. Néanmoins, la tradition islamique et la religion populaire affirment que son voyage et son ascension corporelle vers les cieux étaient réels, et non une simple vision. Pendant cette période de dépression et de persécution, il décida de quitter La Mecque. Il organisa « l’Hégire », ou « l’émigration ».

 

Emigration et conquête

 

L’Hégire se produisit au cours de l’été de l’année 622 après J.-C. Avec ses soixante disciples, le prophète quitta La Mecque et alla à Yathrib, à environ 450 kilomètres au nord. Yathrib prit plus tard le nom de Médine, la Cité. Les chefs juifs de Yathrib conseillèrent aux juifs comme aux Arabes païens d’accueillir Muhammad dans leur ville.

 

L’Hégire marqua l’islam comme une religion identifiable et devint le début officiel du calendrier musulman. Commençant avec l’année de l’Hégire, les musulmans mesurent le temps en utilisant les années lunaires et ajoutent A.H. (anno Hegirae ou l’année de l’Hégire). Pour Muhammad, le départ de La Mecque signala la fin d’environ treize années de persécutions et de mauvais traitements de la part des Mecquois. A Médine (Yathrib), où il avait plus de liberté pour répandre sa nouvelle religion, il devint le chef respecté et vénéré, le commandant militaire suprême, et le fondateur de génie de l’islam. Médine devint son quartier général jusqu’à sa mort qui survint dix ans après l’Hégire.

 

Pendant sa première année à Médine, Muhammad organisa ses disciples et planifia des tactiques. Il demandait à tous de se soumettre à Dieu comme la seule divinité et de croire en ses prophètes, en ses anges et dans le Jour du Jugement. Cette obéissance était appelée islam, un mot arabe qui signifie “soumission”. Une personne qui se soumet et abandonne sa vie à Dieu en accord avec l’islam est appelée un musulman.

 

Les immigrants construisirent des maisons dans leur nouvelle communauté, et les jardins et les fermes aux alentours de Médine leur procuraient suffisamment de nourriture. Mais bientôt l’énorme flux des disciples de Muhammad causa une pénurie, Ils décidèrent alors d’attaquer les caravanes mecquoises pour se ravitailler et ainsi se venger de leurs mauvais traitements. Au cours de la seconde année de l’Hégire, les musulmans attaquèrent une caravane mecquoise d’environ mille chameaux, mettant les voyageurs en déroute et prenant un énorme butin.

 

Muhammad vainquit les trois tribus juives de Médine, forçant l’une d’entre elles, Bani-Nader, à quitter la ville. Ainsi tout Médine passa sous son contrôle. A partir de ce moment-là, et jusqu’à sa mort, lui et ses disciples menèrent environ soixante-seize campagnes militaires contre des tribus et des villes voisines ou éloignées. Quelques-unes de ces batailles étaient destinées à convertir des peuples à l’islam, alors que d’autres visaient à obtenir de la nourriture et des biens pour la communauté musulmane de Médine. En guise de réponse, les Mecquois et d’autres tribus organisèrent plusieurs campagnes pour détruire Muhammad et ses disciples. Qoraïch, sa propre tribu, jura de détruire sa religion. Mais dans la plupart des batailles, Muhammad et ses convertis remportaient des victoires sur leurs ennemis, les massacraient, et saisissaient leurs propriétés et leurs provisions.

 

Vers la fin de sa vie, Muhammad put reprendre La Mecque. Triom­phant, il entra dans sa ville natale avec ses armées. Il alla vers la Kaaba et détruisit toutes les idoles et les autels païens, ne préservant que la “Pierre noire”. Il déclara que la Kaaba était le lieu de pèlerinage le plus saint de l’islam et le réserva à l’adoration d’AIIah seul. Il établit le hajj, le pèlerinage musulman à la Kaaba, pour remplacer le pèlerinage païen arabe qui avait lieu à cet endroit. Muhammad vécut encore deux ans après la conquête de La Mecque. Il mourut à l’âge de soixante­ deux ans, le 8 juin 632 après J-C., et fut enterré à Médine.

 

On dit qu’une femme juive l’a empoisonné. Mohammed M. Pickthall affirme que : une juive prépara de la viande empoisonnée pour le prophète, dont il ne goûta qu’un morceau sans l’avaler, puis il prévint ses camarades qu’elle était empoisonnée. Un musulman, qui en avait déjà avalé une bouchée, mourut immédiatement, et le prophète lui-même, en la goûtant à peine, contracta une maladie qui finalement causa sa mort (1961: XXIII).

 

De nos jours, après la visite de la Kaaba à La Mecque, les pèlerins musulmans vont à Médine pour présenter leurs respects à Muhammad sur sa tombe.

 

Après sa mort, sa position de leader fut occupée par une longue lignée de califes. Calife est un mot arabe qui signifie “député” ou “successeur”. Dans un sens plus large, ce terme fait référence à l’humanité en tant qu’agents de Dieu sur la terre. Mais au niveau du titre, il signifie successeur de Muhammad en tant que chef religieux et politique de la communauté de l’islam. Beaucoup de califes, dont les quatre premiers qui arrivèrent au pouvoir, eurent une mort violente.

 

Le tableau suivant résume les premiers développements de l’islam lors du séjour de Muhammad à La Mecque, puis à Médine. Remarquez les changements qui se produisirent.

 

  Période à la Mecque Période à Médine
Le Coran 1 – Se réfère en grande partie à l’information biblique; déclare qu’il est venu pour confirmer la Bible (Coran 35: 31) ;

affirme que c’est l’interprétation arabe de la Bible (Coran 10:37).

 

2 – Utilise le style poétique et rythmique; la rime domine. Les vers sont courts, émouvants et imagés.

1 – Se réfère en grande partie à la culture arabe, aux événements dans la communauté musulmane, et aux expériences personnelles de Muhammad.

 

 

2 – Utilise la prose. La rime et le rythme sont moins courants. Les vers sont longs, peu émouvants et empreints de peu d’imagination.

L’appel islamique à se soumettre à AIIah 1 – Est un mouvement spirituel,

2 – Se préoccupe de religion.

3 – Utilise le plus souvent le terme “Le Miséricordieux” pour Dieu.

4 – Met l’accent sur des commandements pratiques.

5 – Se préoccupe de la réforme du vieux statu quo.

6 -Voit l’islam comme un ensemble de croyances

qui doivent être acceptées.

7 – Utilise le terme biblique pour lsraël, « Les enfants d’Israël ».

1 – Est un mouvement politique.

2 – Se préoccupe de l’Etat.

3 – Utilise le plus souvent le nom d’ « Allah » pour Dieu.

4 – Met l’accent sur les arguments philosophiques.

5 – Se préoccupe de l’établissement de la nouvelle religion qui ne fait qu’un avec l’Etat.

6 – Voit l’islam comme un en-semble de lois aux-quelles il faut obéir.

7 – Utilise le terme “juifs” pour lsraël comme un terme de mépris.

Muhammad 1 – Est un ascète.

2 – Est un messager pour les Arabes.

3 – Se dispute avec les païens.

4 – Appelle les gens avec bienveillance à se convertir à l’islam.

 

1  – Apprécie les bonnes choses de la vie.

2 – Est un messager pour les Arabes aussi bien que pour les autres.

3 – Se dispute avec “les gens du Livre” (juifs et chrétiens).

4 – Mène les guerres pour obtenir du butin et soumettre les peuples à l’islam.

 

En tant qu’homme et fondateur d’une nouvelle religion, la personne de Muhammad présente plusieurs contrastes. Il avait de nombreuses qualités d’un grand leader et d’un homme d’État. Il défendait souvent la cause du pauvre, de la veuve, et de l’orphelin. Il mit en place beaucoup de réformes sociales en faveur des Arabes. Lune de ses importantes réalisations fut d’interdire la coutume païenne arabe de tuer les bébés de sexe féminin. Mais il y a un autre aspect à sa vie personnelle et à sa carrière publique.

 

Il était souvent vicieux et cruel. L’histoire islamique comprend plusieurs récits qui racontent sa revanche contre ses ennemis. Parfois des familles et même des tribus entières furent anéanties. Des atrocités étaient commises même quand il y avait peu de provocation. Muhammad rejetait la critique de ses actes. La défense musulmane ici est que, quoiqu’il fît, cela était juste et bien, car il était le prophète.

 

Après sa mort, il se produisit un important phénomène qui montra que beaucoup de ses convertis n’étaient pas vraiment convaincus de ses revendications. Plusieurs tribus qui avaient été contraintes d’adopter l’islam durant sa vie retournèrent à leur ancienne religion.

 

Finalement, elles avaient été obligées de rester musulmanes par le tranchant de l’épée. Cela se passa dans une série de batailles qui sont encore connues comme les “Guerres de retour”.

 

Comme d’autres êtres humains, Muhammad pécha et fit des erreurs. Plusieurs versets dans le Coran indiquent qu’il avait besoin de pardon pour des choses qu’il avait faites. Par exemple, on lui demanda d’invoquer le pardon d’AIIah (Coran 40: 55; 47:19; 48:1,2). En se basant sur le Coran 80:111, la tradition musulmane dit qu’un mendiant aveugle vint à Muhammad dans le besoin, mais ce dernier le repoussa. Allah le réprimanda. A côté de son besoin de pardon, le Coran indique en fait qu’il était sujet à des pensées et des influences sataniques (Coran 7 :200, 201 ; 113:1-5; et 114:1-6). Il avait des rencontres et des relations avec des jinn.

 

Muhammad ne fit jamais de miracle. A ceux qui demandaient conti­nuellement un signe miraculeux pour prouver qu’Allah l’avait délégué, il répondait qu’il n’était pas envoyé pour faire des signes, mais que son cadeau qui était le Coran était son miracle (Coran 17: 59, 90-94; 29: 50). Les musulmans croient que le Coran est le plus grand des miracles.

 

Muhammad est-il un successeur de Jésus ?

Dans Daniel 9 : 26, la traduction Louis Second révisée  traduit la fin de la phrase de la première partie du verset par « et il n’aura pas de successeur ». Cette formulation dans la traduction n’existe nulle part ailleurs[1].

Hormis la version Louis Segond, il n’existe aucune trace de ce passage ni dans les textes originaux ni dans les autres versions de la Bible. Avant de discuter le fond du problème, il importe de passer en revue ledit verset dans les autres versions de la Bible :

Bible de Jérusalem :

« Et après les 62 semaines, un messie supprimé, et il n’y a pas pour[2] … la ville et le sanctuaire détruits par un prince qui viendra. Sa fin sera dans le cataclysme et, jusqu’à la fin, la guerre et les désastres décrétés. »

 

Bible du Semeur :

« A la fin des soixante-deux semaines, un homme ayant reçu l’onction sera mis à mort, bien qu’on ne puisse rien lui reprocher. Quant à la ville et au sanctuaire, ils seront détruits par le peuple d’un chef qui viendra, mais sa fin arrivera, provoquée comme par une inondation, et jusqu’à la fin, séviront la guerre et les dévastations qui ont été décrétées. »

Bible de l’Alliance Biblique Universelle :

« A la fin de ces 62 périodes, on tuera un homme consacré, et personne ne le défendra. Puis un chef viendra avec son armée détruire la ville et le lieu Saint. Pourtant, ce chef finira sous les coups de la colère de Dieu. Mais jusqu’à sa mort, il fera la guerre et il détruira tout comme cela a été décidé. »

 

Bible de la Ligue Catholique de l’Evangile (Sous la direction du cardinal Liénart )

« Et après soixante-deux semaines un oint sera retranché sans qu’il ait eu de faute. Et le peuple d’un chef qui viendra détruira la ville et le sanctuaire, et sa fin sera dans l’inondation, et jusqu’à la fin sera la guerre, savoir les dévastations décrétées. »

Bible TOB (Traduction Oecuménique de la Bible) :

« Et après soixante-deux semaines, un oint sera retranché, mais non pas pour lui-même. Quant à la ville et au sanctuaire, le peuple d’un chef à venir les détruira ; mais sa fin viendra dans un déferlement, et jusqu’à la fin de la guerre seront décrétées des dévastations. »

 

Bible Version autorisée anglaise, dite King James (Version J.N. Darby, considérée comme l’une des plus proches de l’Original) :

« Et après les soixante-deux semaines [le] Messie sera retranché et n’aura rien ; et le peuple du prince qui viendra, détruira la ville et le lieu saint, et la fin en sera avec débordement ; et jusqu’à la fin, [il y aura ] guerre, un décret de désolation. »[3]

 

Bible David Martin, texte de 1744 :

« Et après ces soixante-deux semaines, le Christ sera retranché, mais non pas pour soi ; puis le peuple du conducteur, qui viendra, détruira la ville et le Sanctuaire, et la fin en sera avec débordement, et les désolations sont déterminées jusqu’à la fin de la guerre. »

 

Bible d’André Chouraki :

« Après les soixante-deux semaines, un messie sera tranché, il ne sera plus. Un peuple-guide viendra et détruira la ville et le sanctuaire. Mais sa fin sera dans un cataclysme. Les désolations sont décrétées jusqu’à la fin de la guerre. »

 

Bible version arabe[4] (traduit des langues originales, soit l’Hébreu, l’Araméen et le Grec)

« Et après soixante-deux semaines, le Messie sera coupé et non pour lui-même. Et le peuple d’un futur Chef détruira la ville et le lieu saint et la fin en sera avec submersion ; et jusqu’à la fin, il y aura guerre et ruine décrétées. »

 

Les anciens manuscrits :

Les plus anciens manuscrits en notre possession sont en grec ancien. Dans ceux-ci, il n’est pas fait mention du mot successeur. D’ailleurs, voici le texte :

Et la traduction française : « Et après les soixante-deux semaines, un Messie supprimé, il n’y a pas pour lui… La ville et le sanctuaire détruits par un prince qui viendra. Sa fin sera dans le cataclysme et, jusqu’à la fin, la guerre et les désastres décrétés. »

 

Conclusion

Il est clair que l’expression « et il n’aura pas de successeur » ne figure pas dans les textes originaux. Cette expression résulte donc d’une interpolation pure et simple, ce qui explique pourquoi on ne la trouve pas dans les autres traductions.

 

Ainsi, une fois de plus, les musulmans utilisent une erreur de traduction moderne pour tenter de ramener à eux les textes bibliques… En effet, ils doivent impérativement « prouver » la l’islam par la Bible puisque le Coran lui-même affirme que la Thora et les Evangiles sont des écrits de Dieu, qu’ils sont bons, et qu’il faut les suivre…


Notes :

[1] La Traduction littérale du verset serait : « Et après les soixante-deux semaines (le) Messie sera retranché et n’aura don. » La Bible traduite sous la direction des membres du rabbinat français, sous l’égide de M. Zadoc Khan, transcrit cette dernière phrase ainsi :- Et après ces soixante-deux semaines. un oint sera comme sans avoir de successeur légitime. Pour ce traducteur, il s’agirait ici de l’assassinat du grand-prêtre Onias. En fait Onias III fut assassiné à Antioche en 171 av. 1.-C. Mais deux séries d’obstacles se dressent contre cette interprétation.

D’abord Onias n’a pas droit à la qualification de Prince, et de plus, d’autres grands-prêtres lui ont succédé.

La deuxième objection est plus sérieuse encore. L’assassinat d’Onias a eu lien 51 semaines d’années après l’édit de Cyrus et 40 semaines d’années après l’édit d’Artaxerxès et non pas soixante neuf semaines d’années après!

Or, il faut faire partir cette chronologie, non de l’édit de Cyrus qui avait pour objet uniquement la reconstruction du temple (2 Chr. 36:23 Esd. 1:1-3), mais de l’édit d’Artaxerxès (Néh. 2 : 5-8), qui avait pour objet la reconstruction de la ville. Or cet édit fut promulgué vers 450 av. J-C. Si Ion y ajoute 69 semaines d’années. on arrive à la deuxième décennie de l’ère chrétienne. Cette période correspond au début du ministère de Jésus, qui se termina par son retranchement.

[2] Une note de bas de page indique que la traduction est incertaine.

[3] And after threescore and two weeks shall Messiah be cut off, but not for himself : and the people of the prince that shall come shall destroy the city and the sanctuary ; and the end thereof [shall be] with a flood, and unto the end of the war desolations are determined.

[4] Arabic Bible 43, édition Maison de la Sainte Bible du Moyen Orient, 28M– 1988