Le Coran exhorte à croire en Jésus, le Messie

L’expression « ahl al-Kitâb » est employée 31 fois dans le Coran. Arrêtons-nous sur un verset difficile à comprendre dans lequel a été introduite non une auto-référence au Coran par laquelle les musulmans deviennent des gens du Livre mais une grossière allusion à la foi chrétienne par laquelle les chrétiens deviennent des gens du Livre. Ce verset, qui est un cas unique à ce titre, doit être divisé en deux non parce qu’il est étonnement long mais parce qu’il présente deux styles :

 

  • « Ôgens du Livre, ne vous trompez pas dans votre jugement. Ne dites sur Dieu que la vérité. Que oui le Messie-Jésus fils de Marie est le messager de Dieu, Sa parole (kalima) qu’il envoya sur Marie et un souffle [de vie venu] de Lui ! Croyez en Dieu et à ses messagers ! » (Sourate 4 verset 171a) ;
  • « Et ne dites pas : Cessez ! Ce sera meilleur pour vous. Dieu est unique. Gloire à Lui ! Comment aurait-Il un fils ? À Lui ce qui est dans les cieux et sur la terre. Dieu suffit comme Protecteur » (sourate 4 verset 171b).

 

On voit tout de suite que la première partie adresse aux judaïques l’éternel reproche de ne pas reconnaître le « Messie-Jésus » tandis que la seconde apostrophe les chrétiens comme s’ils étaient les gens auxquels tout le verset s’adresse. Pour commencer, il convient de justifier quelques éléments de la traduction de la première partie.

 

Traduire « lâ taglû fi dynikum » par « n’exagérez pas dans votre religion » n’a pas de sens : c’est selon le syriaque qu’il faut traduire : « ne vous trompez pas dans votre jugement »[1].

 

L’adverbe « ’inna-mâ » qui vient ensuite est habituellement lu comme une restriction affirmant que ‘Isâ (Jésus) n’est qu’un messager, ce qui est précisément le cas de la formule adverbiale qui apparaît juste avant : « lâ taqûlû ‘alâ Llah ’illâ l-haqq », « ne dites sur Dieu que la vérité ». En vertu du dogme islamique, il faut absolument que « ’inna-mâ » présente également un sens de restriction, de sorte qu’elle s’applique ici à la messianité de Jésus : celle-ci doit être présentée comme négligeable, sinon le « rasûl » (messager) Muhammad ne tiendrait plus la comparaison avec le « rasûl ‘Isâ » qui est le Messie ! Mais si on impose le sens : « ‘Isâ est seulement (’inna-mâ) un messager, il faudra le répercuter ailleurs dans le texte, même au risque de l’absurdité, par exemple :

 

  • « Les croyants sont seulement (’inna-mâ) des frères » (Sourate 49 verset 10)[2].

 

Bien évidemment, il faut traduire : « les croyants sont ô combien des frères ! ». Le terme « ‘inna-mâ » accentue et amplifie le sens de la phrase et non l’inverse, conformément d’ailleurs au sens conjoint de ses deux composants[3]. Pour qu’il y ait un sens restrictif, il faut nécessairement la présence de « ’illâ » (sinon), ce que l’on voit effectivement dans ces deux versets où l’on trouve respectivement « ’inna » et « mâ » justement :

 

  • « ’Innahu illâ ‘abdun » : Oui, lui[4] est seulement (sinon) un serviteur » (Sourate 43 verset 59).
  • « Mâ al-Masyh ibn Maryam illâ rasulun »: Qu’est le Messie fils de Marie sinon un messager ! » (Sourate 5 verste 75)

 

En l’absence de « illâ » on doit nécessairement lire ainsi la sourate 4 verset 171a : « Que oui, le Messie-Jésus fils de Marie est le messager de Dieu ! ».

 

Une dernière remarque. Une traduction syriaque assurément antérieure au 10ème siècle[5] ne donne pas à lire « Dieu et ses messagers » à la fin de la sourate 4 verset 171a, mais : « Dieu et son Messie ». Voilà qui est surprenant dans une traduction toujours minutieuse et qui n’a pas le moindre intérêt à induire ses lecteurs chrétiens en erreur, au contraire. En fin de compte, il y a des raisons de penser que ce verset à l’état originel se présentait ainsi :

 

  • « Ô gens du Livre, ne vous trompez pas dans votre jugement. Ne dites sur Dieu que la vérité. Que oui le Messie-Jésus fils de Marie est le messager de Dieu, Sa parole qu’il envoya sur Marie et un souffle [de vie venu] de Lui ! Croyez en Dieu et à son Messie ! » (Sourate 4 verset 171).

 

Selon le texte originel du Coran, il apparaît ainsi que les chrétiens, pas plus que les musulmans, ne sont jamais dits être des gens du Livre[6]. Par contre, comme nous l’avons vu précédemment, le texte originel du Coran appuie clairement sur la nécessité de croire en Jésus, le Messie de Dieu…


Notes :

[1] Voir les ouvrages de Christoph Luxenberg. Christoph Luxenberg est le pseudonyme d’un philologue allemand analyste du Coran peut-être inspiré de Georg Christoph Lichtenberg. Il est l’auteur de Die Syro-Aramäische Lesart des Koran : Ein Beitrag zur Entschlüsselung der Koransprache (en français : Lecture syro-araméenne du Coran : une contribution pour décoder la langue du Coran), publiée en 2000 en allemand. Il s’agit d’une étude philologique dans laquelle un certain nombre d’hypothèses sont étudiées, dont il ressort que les sources du Coran proviendraient de l’adoption de lectionnaires syriaques destinés à évangéliser l’Arabie. En raison du caractère novateur de ses thèses, l’auteur a dû adopter un pseudonyme pour éviter les affrontements avec les factions islamiques intégristes, ouvertement en désaccord avec le fait que l’on puisse tenter ce genre d’étude académique sur le Coran.

[2] Déjà dès les neuf occurrences de la sourate 2 (sourate al-baqara), on voit que « ’inna-mâ » ne peut avoir de sens restrictif, en particulier dans la sourate 2 verset 107 : les anges de la magie disent : « Que oui (‘inna-mâ), nous sommes une tentation » ; dans la sourate 2 verset 137 : « S’ils se détournent, ils sont alors ô combien (‘inna-mâ) dans le désaccord » ; dans la sourate 2 verset 181 : « Alors, le péché pèse ô combien (‘inna-mâ) sur ceux qui l’ont changé [le testament] ! » ou dans la sourate 2 verset 275 : « Ils disent : le commerce, c’est en soi (‘inna-mâ) de l’intérêt ».

[3] Dans l’un livre de ses livres, Christoph Luxenberg indique que la formule arabe « ’inna + mâ » correspond à l’araméen « ên + mâ » qui signifie : « Oui vraiment ! » Ceci confirme l’analyse logique du texte que nous faisons.

[4] Il s’agit du fils de Marie mentionné deux versets auparavant.

[5] Voir l’ouvrage du théologien, historien et orientaliste Mingana Alphonse, “An ancient Syriac Translation of the Kur’ân exhibiting new Verses and Variants” (traduction syriaque antique du Coran exposant de nouveaux versets et des variantes), édité en 1925, pages 4, 6, 27 et 41.

[6] En effet, la question ne se pose à aucun autre endroit, même si au verset 77 de la sourate 5 qui commence identiquement à la sourate 4 verset 171, il est question de gens qui égarent et s’égarent et le verbe « dhalla » employé dans ce verset apparaît dans le dernier verset de la Fâtihah (la première sourate du Coran) et seulement là pour désigner les chrétiens sans les nommer, mais ce verset 77 est une longue apposition sur le mot « sirât » qui vient perturber une prière construite sur six versets (ou sept avec la bismillah : phrase récitée avant chaque sourate sauf pour la neuvième et avant chaque tâche quotidienne quelque soit son importance) et qui ajoute dix balancements là où il y en a déjà deux fois dix. C’est un jeu de ping-pong : une lecture faussée est justifiée par un ajout ailleurs qui est conforté par un autre ajout ou par une autre fausse lecture ailleurs, etc.

Le Coran exige d’appliquer l’Evangile de Jésus

Par deux fois, l’expression « gens du Livre » se lit dans le passage de la sourate 5, aux versets 15 et 19, sous la forme d’interpellations « Ô gens du Livre ! », adressée aux judaïques. Celles-ci sonnent comme un reproche : c’est ce que ceux-ci devraient être, les gens du Livre mais le Coran affirme qu’ils cachent une grande partie de ce Livre (Sourate 5 verset 15), au moins ce qui se rapporte à la venue du « Messie-Jésus »[1]. Ne faut-il pas comprendre alors l’expression « gens du Livre » au sens de ce qu’indiquait Ibn Hishâm[2] à propos de Waraqa[3] ? Elle désigne ainsi l’ensemble de ceux qui ont reçu le Livre, c’est-à-dire tous les « fils d’Abraham », parmi lesquels sont distingués d’une part ceux qui sont dits cacher une partie du Livre et qui sont souvent appelés al-Yahûd[4] dans le texte et d’autre part les juifs qui sont dits être fidèles, appelés les nazaréens[5] et qui acceptent le Livre-lumière venu en plus (Sourate 5 verset 15)[6] ? Dans cet ensemble, les chrétiens ne sont pas compris et, bien entendu, les musulmans encore moins. Le fait que Waraqa soit dit « prêtre » ne doit pas tromper : le mouvement des nazaréens avait ses propres prêtres et même un petit groupe de célibataires consacrés à sa cause comme la prédication l’explique une fois à ses auditeurs arabes :

 

« Tu trouveras que les gens les plus hostiles à ceux qui croient sont les judaïques (al-yahûd) et ceux qui associent[7] ; et tu trouveras que les amis les plus proches des croyants sont ceux qui disent : nous sommes nasârâ. Il y a parmi eux des prêtres et des moines et ils ne s’enflent pas d’orgueil »[8].

 

Beaucoup de traducteurs ne s’y trompent pas (par exemple Hamidullah[9]) et rendent nasârâ par nazaréens[10]. Du reste, pourquoi un prédicateur aurait-il dit à des Arabes au début du 7ème siècle que parmi les chrétiens il y a des prêtres et des moines ? Ils les connaissaient très bien et les rencontraient tout autour du désert[11]. Ce ne sont pas ces moines-là que le texte coranique donne en exemple mais ceux qui appartiennent à l’ummah[12] formée par les juifs nazaréens :

 

« Parmi le peuple de Moïse, une ummah avance sur la voie en vérité et ainsi en justice »[13].

 

Car certains se lèvent au milieu de la nuit pour la prière nocturne[14] :

 

« Ils ne sont pas tous semblables parmi les gens du Livre : une ummah debout récite les versets de Dieu durant la nuit et ils se prosternent »[15].

 

La question de la double identité des gens du Livre semble acquise. Cependant, certains passages montrent que les musulmans eux-mêmes doivent être intégrés dans la désignation de cette expression : quoique leur inclusion dans cette dénomination ne soit jamais indiquée clairement dans le texte, elle résulte implicitement de certains passages où apparaissent des allusions au Coran lui-même. Les gens qui lisent le Coran doivent donc être également des gens du Livre. Par extension, selon une pure logique, les chrétiens doivent également en faire partie. Ces idées se nouent notamment autour du verset 66 de la cinquième sourate où l’on trouve une auto-évocation du texte coranique entourée par deux mentions de l’expression « gens du Livre ». De plus, on y lit :

 

« Il y a parmi eux une ummah modérée (ou qui va droite, muqtasidah) »[16].

 

Par cette portion du verset, on ne peut que penser, à l’encontre du sens évident des passages cités précédemment, que l’ummah, dont il est question ici, est la communauté islamique. Une analyse est nécessaire pour situer le problème.

 

Le contexte large de ce verset est une polémique anti-judaïque qui s’étend presque depuis le début de cette sourate jusqu’au verset 82, avec une parenthèse des versets 72 à 76, contre ceux qui « associent » servant de thèse dialectique[17] et à laquelle une allusion est faite au verset 82. Dans un tel contexte anti-judaïque, il n’est pas étonnant que l’expression « ahl al-Kitâb », « gens du Livre », intervienne six fois. Il y a les occurrences des versets 15 et 19[18] et celle du verset 59 :

 

« Dis : Ô gens du Livre, nous reprochez-vous autre chose que de croire en Dieu et à ce qui est descendu vers nous et à ce qui est descendu auparavant ? Mais la plupart d’entre vous est pervers »[19].

 

Qu’est-ce qui « descendu vers nous » et qu’est-ce qui « est descendu auparavant » ? On peut le deviner. Cela va être explicitement précisé aux versets 66 et 68 : il s’agit respectivement de l’injîl[20], « lumière apportée par Jésus »[21] et de la Torah qui forme la Bible hébraïque[22].

 

Et le Coran alors ? Ne faut-il pas que le texte coranique dise que lui-même est également descendu du ciel ? Bien entendu, il est dit la même chose du Coran, aux versets 66, 67 et 68 de cette sourate 5. Cependant, la manière dont cela est dit est plus subtile que le serait une trilogie comme « la Torah, l’injîl et le Coran ». Cette trilogie se lit pourtant une fois dans le texte coranique :

 

« Certes, Dieu a acheté aux croyants leurs personnes et leurs biens contre don à eux du Paradis. Ils combattent à mort dans le chemin de Dieu. Ils tuent et sont tués. Promesse vraie à sa charge dans la Torah et l’injîl et le Coran »[23].

 

Il est notoire que les formules ternaires sont systématiquement absentes du texte coranique sauf à cet endroit où le mot « coran » fonctionne comme une autoréférence[24]. Mais comment un livre en cours de composition peut-il parler de lui-même comme d’un ouvrage déjà existant ? Certains utilisent ce verset 111 de la neuvième sourate, le désignant comme miraculeux, pour prouver qu’il existe un Coran éternel, au ciel, et que Dieu le possède dans sa bibliothèque à côté de la Torah et de l’injîl. D’autres pensent que c’est simplement un ajout ultérieur…

 

Une telle trilogie se conçoit difficilement dans les versets 66 à 68 de cette cinquième sourate qui se placent non du point de vue de Dieu qui promet (sourate 9 verset 111) mais du point de vue de l’homme qui doit appliquer « la Torah et l’injîl ». Du point de vue humain, le discours musulman raconte que le Coran était alors un texte en cours de dictée et non un livre fini. Plutôt donc que de parler de « Coran », il apparaît plus adéquat et subtil de parler de « ce qui est descendu vers… de la part du Seigneur », une formule où « vers… » vaut pour « vers toi / eux / vous ». Cette formule est déjà présente en partie au verset 59 : on va la retrouver curieusement dans les versets 66 à 68 et même deux fois dans ce dernier. À propos du verset 67, Régis Blachère[25] indiquait « qu’en son état actuel, le texte embarrasse fort les commentateurs ».

 

Etudions le texte à partir du verset 65 :

 

« Si les gens du Livre avaient cru et s’étaient comportés en piété, nous leur aurions certainement couvert leurs méfaits[26] et les aurions certainement introduits dans les Jardins de Délice »[27].

 

S’ils avaient appliqué[28] la Torah et l’injîl et « ce qui est descendu vers … de la part du Seigneur », ils auraient mangé de ce qui est au-dessus d’eux et de ce qui est sous leurs pieds. Parmi eux est une ummah qui va droite, mais pour beaucoup d’autres (parmi les mêmes), comme est mauvais ce qu’ils œuvrent ! »[29].

 

« Dis : Gens du Livre, vous ne tenez sur rien tant que vous n’appliquez pas la Torah et l’injîl et « ce qui est descendu vers… de la part du Seigneur ». Beaucoup d’entre eux ont été accrus par « ce qui est descendu vers… de la part du Seigneur » en rébellion et en kufr[30]. Ne te tourmente pas pour le peuple des recouvreurs »[31].

 

Affinons encore notre lecture.

 

Au verset 66 de la sourate 5 est soulevée la question de nourritures permises et défendues. Les commentateurs musulmans ont vainement essayé d’expliquer ces discussions relatives à ce qui avait été défendu mais qui ne l’est plus. La Torah interdisait effectivement de manger « ce qui est au-dessus »[32] et « ce qui est sous leurs pieds »[33] (Lv 11). Les versets 87 et 88 de la sourate 5 explicitent le reproche adressé aux gens du Livre en ce verset 66 :

 

« Ô les croyants, ne déclarez pas illicites les bonnes choses que Dieu vous a rendues licites… Mangez de ce que Dieu vous a attribué de licite et de bon »[34].

 

On croit lire le livre des Actes des Apôtres ou l’Evangile de Matthieu :

 

  • « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de la bouche, c’est ce qui souille l’homme. » (Mt 15 : 11développé en 15 : 17 à 20).
  • « Et pour la seconde fois la voix se fit encore entendre à lui : Ce que Dieu a déclaré pur, ne le regarde pas comme souillé » ! (Ac 10 : 15 et 11 : 9)
  • « mais qu’on leur écrive de s’abstenir des souillures des idoles, de l’impudicité, des animaux étouffés et du sang. » (Ac 15 : 20).

 

Le passage devient limpide. Un prédicateur juif nazaréen, Waraqa ou quelqu’un d’autre après lui, veut convaincre les Arabes de « judaïser »[35] mais pas à la manière des judaïques qui refusent l’apport du « Messie-Jésus » tel que le voient les nazaréens : ils sont maudits[36]. Ce prédicateur s’adresse à tous mais parfois plus particulièrement à son représentant auprès des Arabes ralliés qui pourrait être Muhammad : à celui-ci, il développe ce qu’il a dit (ou envisage de dire) à tous en lui expliquant comment polémiquer contre les judaïques et en lui disant de ne pas se décourager : tel est exactement le contenu du verset 68 par rapport au verset 66.

 

Il apparaît ainsi que les formules « ce qui est descendu vers… de la part du Seigneur » dans les versets 66 et 68 ainsi que le verset 67 lui-même, sont comme des corps étrangers : sans eux, le texte devient aussi cohérent qu’historique[37]. Aux yeux de la prédication coranique primitive, les gens du Livre sont ceux qui devraient appliquer « la Torah et l’injîl », précisément parce que c’est à eux que Dieu a donné le Livre :

 

  • « Ô fils d’Israël… Ne soyez pas les premiers à en être recouvreur… Ne travestissez pas le vrai au moyen du faux. Ne tenez point secret le vrai alors que vous savez ! »[38].
  • « Ceux à qui nous avons donné le Livre et qui le récitent comme il doit l’être, ceux-là y croient, tandis que ceux qui le recouvrent[39], ceux-là sont les perdants »[40].
  • « Quand on leur[41] dit :Venez vers ce que Dieu a fait descendre et vers le messager[42], ils disent : Suffisant pour nous est ce que nous avons trouvé suivi par nos pères »[43].
  • « Ils[44] disent :N’entreront au Paradis que ceux qui sont juifs (hûd). Ce sont leurs désirs ! Dis : Apportez votre preuve si vous êtes véridiques ! Et les Yahûd disent : Les Nazaréens tiennent sur rien ! Mais eux-mêmes récitent le Livre ! De même, ceux qui ne savent rien[45] tiennent un langage semblable au leur ! Eh bien, Dieu jugera entre eux au jour de la Résurrection dans ce qu’ils y ont changé »[46].
  • « Ceux qui recouvrent parmi lesgens du Livre et les associateurs iront dans le feu de la Géhenne »[47].

 

Comme toutes les polémiques, celles du texte coranique sont parfois un peu complexes mais, originellement en tout cas, elles sont très claires : ceux qui ont suivi l’Evangile de Jésus (injîl) forment une communauté (ummah) droite et ceux qui veulent suivre Dieu doivent suivre la Torah et l’Evangile, le Livre-lumière donné en plus …


Notes :

[1] Cette expression apparaît explicitement quatre fois dans le Coran.

[2] Ibn Hichâm (décédé vers 834) est un généalogiste et grammairien arabe. Il est connu pour avoir remanié la première « biographie du prophète » Mahomet appelée sîra et écrite par Ibn Ishaq. Cette biographie est connue sous le nom de Biographie du messager de Dieu ou La biographie du prophète ou Biographie due à Ibn Hichâm. Il a aussi écrit une histoire de l’antiquité de l’Arabie du Sud.

[3] Waraqa est le cousin de Khadija, première épouse de Muhammad. Waraqa était selon certaines sources (Histoire d’Aïcha) un prêtre converti au christianisme nestorien, le prêtre ou prêcheur de la Mecque et mourut en chrétien nestorien. Cependant, des recherches récentes tendent à faire penser qu’il était ébionite ou judéo-nazaréen. Il a présidé au mariage de Mahomet en tant que « prêtre nasraniy » (nazaréen).

[4] Ce qu’il faut traduire par judaïques.

[5] Les nazaréens sont aussi appelés les ébionites. Il faut différencier ces ébionites de ceux qui ont fait vœu d’ascétisme tel que décrit dans le Livre des Nombres (Nb 6 : 1 à 21) qui sont parfois appelés nazaréens alors que leur nom devrait être nazir ou nazarites du mot hébreu rzn nazar qui signifie « consacré » ou « séparé », ce mot peut aussi avoir le sens de « couronné ».

[6] Ce message de « Jésus » (‘Îsâ) qui apporte la lumière (sourate 5 verset 15) et qui éclaire (sourate 5 verset 19) est évidemment l’injîl, terme au singulier que le texte coranique associe souvent à celui de Torah. Il ne s’agit pas des quatre évangiles des chrétiens mais d’un seul, celui que les témoignages patristiques indiquent être celui des nazaréens, parfois appelés ébionites, ce qui n’est pas leur nom mais un qualificatif. Ils précisent que cet évangile unique est un texte déformé de l’Evangile de Matthieu.

[7] Le mot « associateur », dans le Coran, est associé à celui de chrétien.

[8] Sourate 5 : 82

[9] Muhammad Hamidullah (1908 – 2002) est un érudit, théologien et chercheur musulman, diplômé en droit islamique international et docteur en philosophie et docteur ès lettres.

[10] Voir « 41 Mc 008-029 001 Le Coran affirme que Jésus est le Messie »

[11] Par exemple, lors de pèlerinages à saint Serge, très populaire parmi les Arabes puisque plusieurs sanctuaires lui étaient dédiés. Serge aurait été un officier supérieur romain, commandant avec son collègue Bacchus une troupe d’élite composée de Barbares, appelée la Schola Gentilium. Ils auraient été dénoncés comme chrétiens. Bacchus serait mort sous la flagellation ; Serge aurait été décapité. Il ne reste que quelques ruines de ce qui fut un centre de pèlerinage d’une très grande richesse : au 6ème siècle, on bâtit une muraille de trois mètres d’épaisseur entourant un rectangle de 500 mètres sur 100 mètres pour protéger les dons que faisaient les pèlerins des voleurs.

[12] Une communauté unie par les mêmes fondements religieux.

[13] Sourate 7 : 159

[14] Conformément aux règles monastiques.

[15] Sourate 3 : 113

[16] Sourate 5 : 66

[17] Dialogue entre deux interlocuteurs ayant des idées différentes et cherchant à se convaincre mutuellement.

[18] Ces deux versets sont étudiés dans la réflexion « Le Coran originel affirme que Jésus est le Messie »

[19] Sourate 5 verset 59.

[20] L’Injil est le nom que le Coran donne à la révélation divine qui a été faite à Jésus.

[21] Sourate 5 verset 15

[22] La Bible hébraïque se nomme TaNaKh, acronyme basé sur les noms de ses trois parties constituantes, la Torah est la loi, les Neviim sont les prophètes, les Ketouvim sont les autres écrits. Il s’agit de l’Ancien Testament.

[23] Sourate 9 verset 111

[24] Une soixantaine de fois, le texte coranique évoque un Coran-qur’ân. Ce n’est généralement pas à lui-même qu’il fait référence mais à un lectionnaire (tel est le sens du mot qur’ân), adapté de l’hébreu et en usage à ce moment-là. Le lectionnaire ou épistolier est un livre liturgique contenant les passages des lectures de l’Ancien Testament, des Actes des Apôtres et des épîtres apostoliques.

[25] Régis Blachère (1900 – 1973) est un orientaliste français. Membre de l’Institut (1972), Directeur d’études à l’Institut des hautes études marocaines de Rabat (1930-1935), Professeur d’arabe à l’École nationale des langues orientales (1935-1950), Professeur de littérature arabe du Moyen Âge à la Sorbonne (1950-1970), Directeur d’études à l’École pratique des hautes études (1950-1968), Directeur de l’Institut d’études islamiques de l’université de Paris (1956-1965), Directeur du Centre de lexicographie arabe, associé au CNRS (1962-1971)1. On lui doit une traduction « critique » du Coran (1947) et un essai de reclassement des sourates dans l’ordre chronologique de leur révélation.

[26] « Couvert », c’est-à-dire effacé : couvrir une faute (kaffara, intensif de kafara) est une expression utilisée dans la Bible ayant pour sens « Dieu pardonne » (voir « 19 Ps 091-004 001 Les sens de couvrir dans le Bible »). Cette racine a donné le nom à la grande fête juive du Yom Kippour. Tous les traducteurs utilisent ce terme correctement mais ne mentionnent jamais le fait qu’à la première forme en particulier ce mot évoque une action que le texte coranique réprouve et qui a fourni l’insulte de kâfir que l’on voit à la fin du verset 68 de la sourate 5 ainsi qu’en bien d’autres endroits. Mais que fait donc de mal quelqu’un qui kafare si Dieu est dit kafarer encore plus intensément ? Voir « 55 2 Ti 004-003 001 Le Coran, un livre adapté à la cause islamique »

[27] Sourate 5 : 65.

[28] On lit plus loin : « Chaque fois qu’un messager leur apporte ce que leur âme ne désire pas, ils traitent les uns de menteurs et ils tuent les autres » (Sourate 5 verset 70). La similitude avec le discours d’Etienne est frappante : « Lequel des prophètes vos pères n’ont–ils pas persécuté ? Ils ont tué ceux qui annonçaient d’avance la venue du Juste, que vous avez livré maintenant, et dont vous avez été les meurtriers, vous qui avez reçu la loi (torah) d’après des commandements d’anges et qui ne l’avez point gardée !… » (Ac 7 : 52 et 53).

[29] Sourate 5 versets 66 et 67.

[30] Kufr : action de recouvrir (une vérité, un texte…) ; voir notes précédentes. On ne « cache » pas vraiment puisque le texte est là – dans certains autres versets coraniques, ce sont des dissimulations qui sont visées, mais c’est alors précisé par un autre verbe mais on lit à travers une interprétation tronquée.

[31] Sourate 5 verset 68.

[32] La plupart des oiseaux.

[33] Toutes les bêtes rampantes : serpents, lézards, belettes, souris, etc., mais aussi les insectes sauf certaines sauterelles

[34] Sourate 5 verste 87 et 88.

[35] Il s’agit du verbe hâda au verset 69.

[36] « Ceux des fils d’Israël qui recouvrent ont été maudits par la langue de David et de Jésus, fils de Marie » (Sourate 5 : 78).

[37] En tout cas, entre le verset 5:51 tel qu’il est restitué ci-dessus et le verset 5:71 qui clôt la diatribe.

[38] Sourate 2 versets 40 à 42.

[39] Voir notes 26 et 30.

[40] Sourate 2 verste 121.

[41] Il s’agit des « recouvreurs » du verset précédent.

[42] Il s’agit de Jésus.

[43] Sourate 5 verset 104.

[44] Il s’agit des gens du Livre mentionnés 4 versets auparavant.

[45] Sont visés ici les « associateurs », c’est-à-dire les chrétiens, qui n’approuvent pas les nazaréens non plus ; ils sont « ceux qui ne savent rien » ou encore : « Gloire au Seigneur des Cieux et de la Terre, Seigneur du Trône, Qui est au-dessus de ce qu’ils racontent. Laisse-les [les chrétiens visés aux versets 81 et 82] donc ergoter et jouer jusqu’à ce qu’ils rencontrent le Jour dont ils sont menacés » (Sourate 43 versets 82 et 83).

[46] Sourate 2 versets 111 à 113.

[47] Sourate 98 verset 6.

Le Coran, un livre adapté à la cause islamique

Une question se pose régulièrement dans les débats au sujet du coran : le texte coranique a-t-il ou aurait-il subi une manipulation, ne serait-ce que l’ajout de quelques mots ici et là, selon ce que l’on peut voir avec le terme de nasârâ[1]. Des générations de bricoleurs se sont succédé sur le texte : au début du 8ème siècle, le gouverneur Hajjaj est obligé une fois encore de rappeler les textes coraniques en circulation pour les brûler et leur en substituer d’autres[2]. On ne peut regarder une histoire aussi complexe en quelques pages : un long travail d’exégèse minutieuse sera nécessaire, qui demandera la collaboration de nombreuses disciplines, dont la linguistique, l’histoire, la géographie, l’archéologie, mais aussi les études juives, syriaques, et même théologiques car il est toujours nécessaire de se demander quels sont les buts poursuivis par un groupe humain et quelles sont ses représentations de Dieu et de l’avenir du monde.

 

A l’origine, les sourates devaient convaincre : elles ont été composées en un style oral parfaitement clair et cohérent. Ce sont les manipulations successives qui les ont rendues souvent obscures et incohérentes, au point qu’elles ne sont même plus réellement lues : on regarde le texte non en fonction de ce qui est écrit mais de ce qu’on doit y lire en vertu du dogme islamique et des commentaires tardifs.

 

En attendant, il faut au moins discerner des clefs de lecture. L’une d’elles était l’objet de cet article : la distinction faite par le Coran dans la « tente du Livre » entre yahûd et nazaréens c’est-à-dire parmi les fils d’Israël et d’Abraham à qui le Livre a été légitimement donné. Une autre clef consiste à découvrir comment le texte coranique désignait le christianisme[3] et comment cette appellation fonctionnait dialectiquement avec la dénonciation des yahûd. Une autre clef tient à la découverte de la communauté que désignait le terme de nasârâ.

 

Ces clefs et d’autres apportent des points de contact avec l’histoire réelle connue dont le texte semble si dépourvu[4] contrairement aux textes des évangiles qui regorgent d’informations historiques, géographiques et chronologiques. Car de tels points de contacts existent dans le texte coranique.

 

Comme nous l’avons vu, quelques clefs de lecture sont indispensables pour pouvoir simplement lire le texte coranique, truffé d’apparentes obscurités, sinon parfois de contradictions. A ce point de vue, le début du chapitre ou sourate 47 se révèle instructif. En effet, ces clés de lectures permettent de restaurer ce passage dans l’état premier où il était parfaitement clair et bien bâti – cet état de clarté était certainement celui de tous les feuillets coraniques qui formèrent plus tard l’actuel « Coran ». Si le texte n’a plus aujourd’hui cette même clarté au point d’être parfois complètement obscur, il faut incriminer la lecture qui en est faite[5]. Voici le texte :

v.1a Ceux qui « kafarent » et empêchent du sentier de Dieu,
v.1b Il [Dieu] égare leurs actions.
v.2a Ceux qui croient et font de bonnes œuvres
v.2b et croient en ce qui est descendu sur Muhammad
v.2c et cela est la vérité de la part de leur Seigneur,
v.2d Il « kaffare » leurs mauvaises actions et réforme leur pensée.

 

Dans l’Islam, « kafarer » est une horreur : ceux qui « kafarent » (al-ladîna kafara) sont les pires des hommes, des mécréants impies et immondes, condamnés à l’enfer :

  • « Ceux qui kafarent… le feu sera leur séjour éternel » (sourate 47, 12).
  • « Ceux qui kafarent et empêchent du sentier de Dieu, puis meurent tandis qu’ils kafarent, Dieu ne leur pardonnera pas » (s. 47, 34)

 

Tuer un kâfir, c’est rendre service à Dieu selon ce qu’indique le verset 3 (voir plus bas). Pour autant, aucun musulman ne pourrait expliquer exactement le sens de ce terme (kafirûn au pluriel) ou celui du verbe (kafara, racine kfr).

 

Ceci pose un grave problème : au sous-verset 2d, Dieu Lui-même est dit « kaffarer ». Dieu serait-Il donc très mécréant (intensif de kafara avec deux « f »), ou ferait-Il mécroire (selon un autre sens possible) ? Certes non, et tous les traducteurs rendent « kaffarer » par couvrir ou absoudre, au sens où Dieu couvre les mauvaises actions de ceux qui croient en Lui : telle est la signification évidente de du verset 2d, qui correspond à ce qu’enseignent les docteurs en islam.

 

Mais alors, que signifie la racine kfr en rapport avec l’idée de couvrir ? Et qui sont ceux qui « kafarent » ?

 

La réponse fondamentale apparaît dès qu’on recourt à un programme de recherche biblique pour rechercher les passages mentionnant le verbe hébreu correspondant : kâfar[6]. On trouve justement les deux formes que présentent les versets s.47,1 à 3 et avec des significations claires et logiques :

  • au sens premier (radical qal), l’hébreu biblique kfr, rpk, signifie enduire, recouvrir (voir Gn 6 :14),
  • et au sens second (radical piel) intensif, kffr, rPk, signifie couvrir le visage de quelqu’un, absoudre (Ez 45 : 15s ; Lv 14 : 53 ; Dt 21 : 8 ; Dn 9 : 24).

 

La dernière de ces deux significations correspond d’ailleurs au nom de la grande fête juive du Yôm Kippûr[7] ou Jour des expiations-absolutions.

 

Ces significations bibliques sont à la base de toutes les autres, et les quelques développements qui eurent lieu à travers l’araméen avant d’aboutir aux feuillets qui formeront le texte coranique ne contredisent pas leur simplicité. C’est l’araméen du Nouveau Testament et en particulier des évangiles qu’il faut regarder pour trouver l’origine de la plupart des significations des occurrences de kfr dans le Coran[8].

 

Nous avons vu que, dès le verset 1, « kafarer » apparaît comme un grave reproche. Mais alors, pourquoi est-il si grave de recouvrir ?

 

Vers le 1er siècle avant notre ère, en araméen, un sens second de la racine de base kfr apparut : recouvrir un fait (ou une parole), c’est le passer sous silence, c’est-à-dire taire mais aussi dénier ou même être ingrat (s’il s’agit d’un bienfait, à la forme emphatique). C’est ce qu’expriment les quelques vingt-six occurrences de cette racine dans les évangiles en araméen ; en voici les principales :

  • Lc 6 : 35 : «…Car Il est bon, Lui, pour les ingrats (kafûrê’) et les méchants ».
  • Lc 8 : 45 : « Jésus demanda : « Qui m’a touché ?». Comme tous niaient (kfr), Pierre dit :… »
  • Lc 22 : 57 : [Pierre] nia (kfr) : « Femme, dit-il, je ne le connais pas ».
  • Mt 10 : 33 : « Quiconque me reniera (kfr), moi aussi je le renierai (kfr) devant mon Père qui est dans les Cieux ».
  • Mt 16 : 24 : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce (kfr) à lui-même »
  • Mt 26 : 34 et 75 : « Cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié (kfr) trois fois ».

 

Dans l’expression des autres textes du Nouveau Testament, ce sens se renforce : taire, c’est renier :

  • 1Jn 2 : 22 et 23 : « Qui est le menteur, sinon celui qui nie (kfr) que Jésus est le Christ ? Celui-là est l’antichrist, celui qui nie (kfr) le Père et le Fils. Quiconque nie (kfr) le Fils n’a pas non plus le Père. »
  • Jude 1 : 4 : « Car se sont glissés parmi vous des individus… et qui renient (kfr) notre seul Maître et Seigneur Jésus Christ. »

 

Le reproche de renier prend donc ici le sens le plus fort : celui d’être un renégat, un petit anti-christ, le véritable Anti-Messie devant apparaître seulement à l’accomplissement des temps (les musulmans le savent pour avoir conservé cette antique tradition). Mais sous ce sens très fort, le geste matériel de recouvrir est toujours présent.

 

Dans le Coran, on trouve ce sens très fort, employé parfois de manière purement polémique (alors, il n’a pas d’autre portée que celle d’être une invective) ; mais, bien plus généralement, il est employé de manière précise dans la ligne du sens matériel premier de recouvrir. Ce reproche de renier-recouvrir y vise en particulier ceux qui sont désignés sous le terme de Yahûd, qui forment une « partie parmi les fils d’Israël » (par opposition à une autre partie, les « Judéo-nazaréens »). Voici quelques versets révélateurs :

 

  • « Ceux des fils d’Israël qui kfr ont été maudits par la langue de David et de Jésus fils de Marie… Dans le châtiment, ils demeureront éternellement » (sourate 5, 78 et 80).
  • « Dieu dit : Ô Jésus,… je vais te débarrasser de ceux qui kfr, et mettre ceux qui te suivent au-dessus de ceux qui kfr, jusqu’au jour de la Résurrection » (sourate 3, 55).
  • « Ô gens de l’Ecrit, pourquoi kafarez -vous les signes de Dieu alors que vous êtes vous-mêmes témoins ? Ô gens de l’Ecrit, pourquoi enrobez-vous de faux le vrai et cachez-vous le vrai, alors que vous savez ? » (sourate 3, 70 et 71).

 

Le reproche exprimé vise une dissimulation par recouvrement, de la part de gens « qui savent (‘alama) », à la différence de ceux « qui ne savent pas » (parce qu’ils ne sont pas juifs, les mušrikûn associateurs[9]).

 

  • « Ne savent-ils pas que Dieu sait ce qu’ils cachent et ce qu’ils divulguent ? Parmi eux, des clans (ummîyûn – c’est-à-dire certains groupes juifs[10]) ne savent en fait de l’Ecrit que des illusions rêvées et des élucubrations qu’ils ont fabriquées. Malheur à ceux qui écrivent l’Ecrit de leur main et disent ensuite : Cela [vient] d’auprès de Dieu » (sourate 2, 77 à 79a).
  • « Parmi eux [les gens du Livre du verset 75], une fraction adjoint leur langage à l’Ecrit pour que vous le comptiez [comme partie] de l’Ecrit alors que ce n’est pas de l’Ecrit. Ils disent : Cela [vient] d’auprès de Dieu, alors que cela ne [vient] pas d’auprès de Dieu ! Ils disent contre Dieu le mensonge, alors qu’ils gardaient en eux-mêmes (ou savaient, ‘lm) » (s. 3, 78).
  • « Vous le mettez [l’Ecrit apporté par Moïse] en rouleaux de parchemin que vous montrez et [dont] vous dissimulez beaucoup » (s. 6, 91).

 

Commentant ce dernier verset, l’islamologue Régis Blachère[11] indique que le reproche de « dissimuler » (hafîy, [se] dérober à la vue de) doit s’adresser au judaïsme talmudique : « L’expression : On vous a enseigné… ni vos ancêtres paraît faire allusion à l’enseignement talmudique ».

 

Derrière cette question, se profile l’accusation de falsification (tahrîf) qui apparaît dans ces mêmes textes, par exemple :

  • « Parmi ceux qui sont des juifs pratiquants, [certains] falsifiaient la Parole quant à ses sens » (s. 4, 46).
  • « Dieu jugera entre eux au jour de la Résurrection sur ce que [dans le Livre] ils ont remplacé » (s. 2, 113).

 

Il convient de préciser ici que l’expression « gens du Livre » parfois évoquée à l’occasion du reproche de falsification désignait les juifs au sens large (qu’ils relèvent du judaïsme talmudique, du judéo-nazaréisme ou encore d’une autre mouvance), non les chrétiens ; c’est l’interprétation musulmane postérieure qui y a englobé les chrétiens[12] :

  • « Ô fils d’Israël [v.40]… Croyez à ce que J’ai fait descendre msddqn li[13] ce qui est devers vous [la Torah] et ne soyez pas les premiers à être kâfir en cela… Et ne travestissez pas la vérité au moyen du faux. Ne tenez point secrète la vérité alors que vous savez ! » (s. 2, 41 et 42).
  • « Pouvez-vous accepter de les considérer comme croyants avec vous, alors qu’une fraction d’entre eux [c’est-à-dire parmi les fils d’Israël] entendaient la parole de Dieu, puis la falsifiaient, après l’avoir comprise et sue ? » (s. 2, 75).
  • « Nous avons donné le Livre à Moïse. Nous l’avons fait suivre par des envoyés (rusul). Nous avons donné des signes à ‘Isa fils de Marie, et Nous l’avons renforcé de l’Esprit [du] Saint… Vous traitiez les uns d’imposteurs et vous tuiez les autres » (s. 2, 87).
  • « Demande aux fils d’Israël combien de signes évidents Nous leur avons apportés (s. 2, 211)… Les gens formaient alors une seule ummah. Puis Dieu envoya des prophètes (nabyûn) annonçant et avertissant. Il fit descendre avec eux le Livre avec la vérité pour régler entre les gens ce en quoi ils
  • divergent…. mais ils divergèrent après que les signes furent venus » (s. 2, 213).

 

Ainsi, l’objet du recouvrement, c’est la messianité de Jésus, qui est recouverte par la lecture de la Torah couverte par celle des Talmud-s[14] (c’est-à-dire que la Torah est lue à travers les commentaires que ceux-ci en donnent). Justement, le Coran reconnaît onze fois à ‘Isa-Jésus le titre de « Messie »[15] dont quatre fois sous la forme de « le Messie-Jésus »[16]. Et il dénonce les manières dont cette messianité a été recouverte dans le passé, non seulement grâce à une lecture « dissimulatrice » mais aussi en présentant Jésus comme un magicien (fin des versets s. 5, 110 et 61, 6) et sa mère comme une femme de mauvaise vie – ces deux accusations se lisent effectivement dans les Talmud-s.

 

Dès lors, sauf en les exceptions polémiques (à traduire au choix par : mécréant, renégat, impie, renieur), on aura tout intérêt à rendre la racine kfr à la 1ère forme par recouvrir qui est son sens primitif. Cela s’impose même particulièrement ici, au début de la sourate Muhammad, à cause du jeu de mots bâti sur les formes du verbe kfr. On retrouve d’ailleurs ce jeu de mots dans la sourate La duperie mutuelle :

  • « À celui qui croit…, Dieu couvrira ses méfaits… tandis que ceux qui recouvrent seront les compagnons du Feu [de l’Enfer] » (s. 64, 9 et 10).

 

Ainsi, il ressort que le début de la sourate 47 est parfaitement bâti autant au point de vue du sens que de celui de la forme, pour peu que l’on en excepte les sous-versets 2b et 2c, de cette manière :

 

v.1a Ceux qui « kafarent » (recouvrent) et empêchent du sentier de Dieu,
v.1b Il [Dieu] égare leurs actions.
v.2a Ceux qui croient et font de bonnes œuvres
v.2b et croient en ce qui est descendu sur Muhammad
v.2c et cela est la vérité de la part de leur Seigneur,
v.2d Il « kaffare » (couvre) leurs mauvaises actions et réforme leur pensée.
v.3a Certes, ceux qui « kafarent » suivent le faux, tandis que ceux qui croient suivent la vérité de la part de leur Seigneur.

 

L’enchaînement entre v.2a et v.2d se lit même littéralement ailleurs dans le texte coranique :

  • « Ceux qui croient et font de bonnes oeuvres, Nous couvrirons leurs mauvaises actions » (s. 29, 7) !

 

Il s’agit d’un schéma très bien balancé et très percutant en milieu de culture orale :

Ceux qui recouvrent / Dieu les égare

Ceux qui croient / Dieu les couvre

Ceux qui recouvrent / sont dans le faux

Ceux qui croient / sont dans le vrai

 

Quant au sens, il n’est pas moins percutant : toute une doctrine de la justification se trouve synthétisée là. Selon le texte, Dieu couvre ceux qui croient du manteau de Sa Justice, même s’ils font des actions mauvaises à côté des bonnes. À l’inverse, Il punira ceux qui sont volontairement dans le faux car non seulement ils ne veulent pas croire, mais détournent autrui du « sentier de Dieu » ; du reste, ils n’auront aucune bonne action à faire valoir, puisque Dieu « égare leurs actions » de sorte qu’aucune d’elles ne soit bonne. C’est terriblement logique. Ce Dieu qui couvre ne pardonne pas les fautes (contrairement à certaines doctrines modernes avancent) : dans Sa miséricorde infiniment hautaine, Il condescend simplement à ne pas en tenir compte, à cause de la foi qu’Il voit (et qui doit se voir !) chez les vrais croyants. Et ceux qui ne partagent pas cette foi iront en l’éternel Enfer.

 

Le texte continue ainsi :

  • « C’est ainsi que Dieu frappe [= forge] leurs exemples aux gens. Lors donc que vous rencontrez ceux qui recouvrent, frappez aux cols (litt. frappement des coups, c’est-à-dire tuez, explique le traducteur Hamidullah) » (v. 3b à 4a).

 

Conclusion

 

Les sous-versets 2b-2c introduisent une longue perturbation frappante non seulement dans l’équilibre du texte mais aussi dans sa logique thématique. De plus, le verbe « croire » apparaît deux fois de suite : Ceux qui croient (2a)… et croient en… (2b) – ce qui ne va pas dans la structure linguistique du texte. Les traducteurs n’hésitent d’ailleurs pas à mettre 2c entre tirets pour indiquer qu’il s’agit d’un ajout (« cela est la vérité de la part de leur Seigneur » – de plus, c’est d’un doublet du sous-verset 3a, « la vérité de la part de leur Seigneur »). Il est interdit de penser que le texte ait pu être manipulé mais le traducteur Hamidullah qui suggère cela ici n’a pas été inquiété – il faut dire qu’il touchait au seul sous-verset 2c qui n’a guère d’importance ; s’il avait émis un doute quant à l’authenticité de 2b où apparaît le nom de Muhammad, cela ne serait pas passé.

 

Il apparaît donc que le sous-verset 2b est tout autant un ajout que 2c :

 

v.2b et croient en ce qui est descendu sur Muhammad
v.2c et cela est la vérité de la part de leur Seigneur,

 

Mais se peut-il qu’une sourate intitulée « Muhammad » n’ait justement pas parlé de Muhammad, en tout cas pas avant qu’on lui insère ces deux sous-versets ? C’est que, justement, on ne sera pas surpris d’apprendre que cette sourate avait porté un autre titre : elle s’est longtemps appelée al-Qitâl (c’est-à-dire le combat à mort, à cause du verset 20). Certes, les titres de la plupart des sourates semblent être aussi vieux qu’elles-mêmes, mais ici, « Muhammad » n’est justement pas son titre originel.

 

Alors, depuis quand cet ajout – qui double la longueur du verset – existe-t-il dans le texte ? Une telle question ne se pose pas uniquement à propos de ce verset s.47, 2 mais ailleurs, par exemple là où apparaît un équivalent du nom de Muhammad : ahmad. Tout porte à penser, ainsi que Blachère l’a montré, que le texte primitif du verset s.61, 6 ne faisait pas plus d’allusion à Muhammad (même sous la forme de ahmad) que la sourate 47. Ce verset a d’ailleurs été conservé sous deux versions dont l’une mentionne justement tout autre chose. Quant aux trois autres et dernières mentions du nom de « Muhammad » dans le Coran, elles laissent également songeur…

 

Dès lors, la question qui surgit est celle du rapport entre les feuillets coraniques primitifs et celui qui a été présenté un moment donné comme le prophète de l’Islam. Se pourrait-il que, historiquement, le rapport entre le futur Coran et celui qui fut le chef de guerre des Arabes regroupés à Yatrib-Médine fonctionne d’une manière toute autre que celle qui est habituellement présentée ?


Notes :

[1] « Nazaréens » dans le Coran.

[2] Ce sont des traditions islamiques qui le racontent !

[3] Il est traité d’associationisme, « shirk ».

[4] Le texte coranique n’offre apparemment quasiment pas de repères chronologiques ou de noms de lieux connus ou même de noms de personnes ; à ce dernier point de vue, seuls apparaissent les noms de Zayd (Sourate 33 verset 37), Qurays (Sourate 106 verset 1), Abou Lahab (Sourate 111 verset 1) et, quatre fois, Muhammad, plus une fois Ahmad au centre de l’ajout inséré au milieu du verset 6 de la sourate 61. A y regarder de près, les quatre mentions du nom de Muhammad sont elles-mêmes suspectes.

[5] A moins qu’il ne s’agisse d’une manipulation subie par le texte lui-même ?

[6] Il est fondamentale de comprendre que les deux langues (l’hébreu et l’arabe) sont très proches car elles possèdent un champs sémantique premier similaire… Les racines fondamentales qui les structurent sont les mêmes ; cependant, une étude systématique et approfondie montre qu’il y a eu une évolution (majoritairement orientée vers une diminution de la précision) des racines utilisées par la langue arabe.

[7] Le son « p » étant un « f » prononcé dur : il s’agit de la même lettre mais avec une différence de prononciation

[8] C’est semblablement là aussi que l’on trouve l’origine des termes de muslim, « musulman » (voir le texte « Le mot musulman emprunté au Nouveau Testament ») et de islâm (voir le texte  « L’Islam issu d’une hérésie chrétienne »).

[9] La racine šrk (associer) se rapporte aux chrétiens, accusés d’être des associateurs, et non à d’autres. On pourrait objecter les versets de la sourate 6 (v. 136 et 137) qui se rapportent aux Hébreux ; cette exception n’infirme cependant pas le sens habituel : ce ne sont pas en effet les Yahûd contemporains qui sont visés là, mais les Hébreux du temps des Juges et des Rois qui s’étaient conduits comme des idolâtres.

[10] Il est indispensable de signaler l’origine et le sens bibliques des termes ummîyûn et ummah . La traduction du mot ummah par communauté provient de l’appropriation du terme par la théologie islamique, et ne rend pas suffisamment l’aspect tribal fondamental (où prédomine la notion de umm – la mère). Le mot ummah au pluriel en Gn 25 : 16 désigne les douze tribus des Hébreux (ummot -m), et en Nb 25 : 15 il signifie simplement un clan. Cette signification fondamentale de « groupe juif » apparaît manifestement dans le texte coranique, par exemple dans la sourate 7, 159 et 160 : « Parmi le peuple de Moïse, une ummah avance sur la voie en vérité et ainsi en justice. Et Nous les partageâmes en douze tribus (ou douze clans, asbâtan ummatan), et Nous avons révélé à Moïse etc. »

On retrouve cette même idée et le terme de ummah dans le verset s. 3 : 110 : « Vous êtes la meilleure ummah qui ait été suscitée [par Dieu] pour les hommes », qui, suite à l’autodésignation de la communauté islamique comme unique ummah, est devenu la devise de la Ligue arabe basée au Caire. Le verset s. 2 : 78 constitue un autre exemple. Le terme de ummîyûn, tribus, est la forme araméenne emphatique plurielle de ummah employée dans le livre de Daniel (Dn 3 : 4, 7 et 31 ; 5 : 19 ; 6 : 26 ; 7 : 14).

[11] Orientaliste, islamologue et arabisant français, auteur de plusieurs ouvrages de référence quant à la critique du coran.

[12] L’expression « gens du Livre » ou, conformément à une traduction littérale de « ahl al-Kitâb », désignait les juifs dans leur ensemble, et eux seuls. Le Livre par excellence, c’est la Bible. Ceci ressort par exemple de s. 29, 46 et 47 où on lit que tous ceux de « la tente du Livre (ahl al-kitâb, gens de l’Ecrit) », « ont reçu l’Ecrit » et « croient en lui » ; les chrétiens, eux, n’ont pas reçu la Bible, ils seraient plutôt des voleurs d’héritage, ainsi qu’on peut le lire dans la Michna (Sanhédrin 57a) : « Rabbi Yohanan a dit : Un idolâtre qui s’occupe de l’étude de la Tôrah mérite la mort, ainsi qu’il est dit : C’est à nous que Moïse a prescrit la Tôrah en héritage [Dt 33,4] » (Rabbinat français, La guemara, Sanhédrin, Keren Hasefer, 1974, p.287). Ceux qui ont reçu la Bible, ce sont au sens propre les « Fils de l’Ecrit », à savoir tous les juifs. C’est aux premiers que l’auteur des feuillets coraniques renvoie son interlocuteur arabe quand il dit : « Interroge ceux qui ont récité (qara’a) l’Ecrit avant toi » (s. 10, 95 avec un parallèle en 17, 103).

« Parmi eux [les gens de l’Ecrit, v.65] est une communauté (ummah ) allant sans dévier [traduction de Blachère] » (s. 5, 66).

L’ummah qui est ainsi louée ne peut pas être faite de chrétiens ; et une poignée de disciples autour de Muhammad ne forme pas une umma h. Le même problème se pose en s. 7, 159 et surtout en s. 3, 113 où Tabarî pense à des juifs convertis (et Blachère à une « secte judéo-chrétienne »). Il s’agit nécessairement de juifs non rabbiniques, mais évidemment pas d’une poignée de supposés convertis à l’Islam. Ceux dont il est question sont des judéo-nazaréens.

[13] “m sd dqn li” : la lecture islamique fait de ce participe un verbe à l’actif alors que le sens cohérent à l’ensemble des occurrences est passif : justifié en fonction de ce qui se trouve dans l’Ecrit antérieur [la Torah] – ce que Mondher Sfar a été l’un des premiers à le comprendre.

[14] Il s’agit ici des Talmud de Jérusalem et de Babylone et plus généralement encore de toute lecture talmudique même ultérieure à ceux-ci.

[15] Les neuf occurrences (dont deux doubles) où le Coran indique que le Messie-masîh est Jésus, sont : s. 3, 45 ; 4, 157, 171 et 172 ; 5, 17 (2 fois), 72 (2 fois) et 75 ; 9, 30 et 31.

[16] De ces occurrences du mot masî h désignant Jésus, quatre présentent littéralement la formule « le Messie-Jésus » (al-masîh ‘Îsa) : s. 3, 45 ; 4, 157 et 171 ; 5, 17.

Mahomet ou Muhammad ?

La scène se déroule à La Mecque en Arabie Saoudite. La date, 570 après J.C. L’événement, un garçon est né !

 

Muhammad est né dans la tribu Qoraïch, de la famille Béni-Hachim. Son grand-père s’appelait Abd-al-Mouttalib, son père Abdallah (décédé avant sa naissance) et sa mère Amina (elle était femme au foyer ou ménagère).

 

Ce fut un événement très important, parce que la naissance de Muhammad déclencha une succession d’événements qui aboutirent à l’apparition d’une nouvelle religion: l’islam. “Il n’y a aucun Dieu, sinon Allah et Muhammad est l’apôtre d’Allah”, c’est ce que déclare le musulman pieux.

 

Enfance et jeunesse

 

Les premières années de la vie de Muhammad furent marquées par la tragédie et le deuil. Quelques mois avant sa naissance, son père mourut. Quand il eut six ans, sa mère mourut aussi et le jeune garçon fut placé sous la tutelle de son grand-père. Deux ans après la mort de sa mère, son grand-père mourut aussi. Abou-Talib, l’un de ses oncles, devint alors responsable de son éducation.

 

Muhammad était de race sémite. Il appartenait à Qoraïch, l’une des nombreuses tribus arabes de la région. Certains Arabes, comme les Hébreux, sont descendants de Jokthan (Genèse 10 : 26), frère de Péleg. D’autres viennent d’lsmaël, le fils d’Abraham. Certains sont issus d’Abraham par sa femme Ketura (ou Quétoura). D’après la tradition, Muhammad était un homme vigoureux de taille moyenne, au teint légèrement brun, aux yeux noirs, avec une barbe épaisse, des mains et des pieds rugueux et un visage rouge de santé.

 

La Mecque, lieu de naissance de Muhammad, située sur une route commerciale, était devenue une ville de commerce importante. Les marchands faisaient affaire avec des Perses, des Byzantins, et des Ethiopiens (Abyssiniens). La Mecque était aussi l’un des plus grands centres religieux de la région. Ses habitants étaient très fiers d’avoir la Kaaba dans ses environs, le temple païen le plus prestigieux de l’Arabie pré-islamique.

 

Jeune homme, Muhammad entra au service de Khadija, une veuve fortunée. Il prit la direction de ses caravanes de commerce, voyageant ainsi à l’extérieur de son pays natal, visitant la Syrie et la Palestine à maintes reprises. Il gagna la réputation d’être un marchand honnête, suscitant ainsi l’admiration de Khadija. Ce succès personnel aboutit finalement à leur mariage.

 

Mariage et famille

 

Lorsque Muhammad revint de l’un de ses voyages d’affaires, il se maria avec Khadija. Elle était âgée de quarante ans et avait déjà eu deux maris, tandis que Muhammad avait vingt-cinq ans et n’avait jamais été marié. Leur union s’avéra heureuse. La richesse de Khadija rendit Muhammad prestigieux parmi les siens à La Mecque. Le couple donna naissance à plusieurs enfants, mais seulement quatre filles atteignirent l’âge adulte. Du vivant de Khadija, il n’épousa aucune autre femme.

 

Après la mort de Khadija, Muhammad se sentit libre de prendre d’autres femmes. Les rapports diffèrent quant au nombre précis de femmes qu’il épousa dans sa vie. Certains disent neuf, d’autres beaucoup plus. Certains de ces mariages étaient d’intérêt politique. Ils lui assuraient l’allégeance d’une famille ou d’une tribu particulière.

 

Ses femmes étaient censées être voilées en présence d’autres hommes par pudeur (une coutume que pratiquaient les juifs de son époque). Comme on pouvait le prévoir, la jalousie et les chamailleries entraînaient de violentes disputes entre les femmes et c’était à lui d’arbitrer. D’après le Coran (33 37, 38), Dieu lui permit d’épouser sa belle-fille Zaïnab, après que son fils adoptif Zaïd eut divorcé d’elle. Dans le cas d’Aïcha, la fille de son meilleur ami Abou-Bakr, il avait cinquante-trois ans et elle avait à peu près neuf ans quand ils se marièrent. Elle devint sa femme favorite. C’était l’usage à cette époque que les filles soient données en mariage très jeunes, offertes en cadeau ou comme le signe d’une alliance. D’après le Coran, un homme ne doit pas avoir plus de quatre femmes en même temps, cependant Muhammad fut exempté de cette règle et en eut plus que quatre à la fois.

 

Réactions, visions et activités religieuses

 

Les coutumes des religions païennes de la tribu de Muhammad semblent l’avoir fait souffrir. Ils adoraient des idoles qu’ils gardaient dans leurs maisons et dans leur temple, la Kaaba. Ils craignaient aussi les arbres, les puits, les vents et les collines, les considérant comme la demeure d’esprits bons ou mauvais. La Kaaba était un haut lieu religieux important. Il abritait de nombreuses idoles destinées à l’adoration de plusieurs dieux dont l’un était Allah, ‘le Dieu”. Les Arabes prétendaient qu’Abraham lui-même avait construit la Kaaba. Chaque année, des tribus arabes venant d’autres parties de la région faisaient un pèlerinage à La Mecque. Ils faisaient le tour de la Kaaba en marche rituelle.

 

Muhammad et quelques autres détestaient la religion idolâtre de leur communauté. Il se sentait attiré par la méditation solitaire et se rendait régulièrement dans une grotte pour être à l’écart du monde. A l’une de ces occasions, il vécut la première de ses expériences intenses et effrayantes. Tout son être trembla. Il eut peur et entra en transe. Puis il crut entendre une voix lui commander :

Lis, au nom de ton Dieu qui a créé.

Créé l’homme à partir d’un caillot de sang.

Lis, et ton Dieu est le plus généreux.

Celui qui a enseigné par la plume,

Enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas.

(Coran 96:1-5)

 

A la suite de cela, Muhammad plongea dans une détresse et un état dépressif extrêmes. Il consulta avec sa femme Khadija, le cousin de celle-ci et d’autres amis, cherchant de l’aide. Aucune autre révélation ne lui fut faite pendant deux ans. Puis soudain, alors qu’il traversait une période de dépression qui lui faisait penser au suicide, on dit qu’il eut une autre vision qui le renvoya chez lui en tremblant.

 

D’abord, il pensa qu’il était possédé par l’un des jinn (“esprits”) ; on disait généralement que ceux-ci possédaient les poètes arabes et les devins. Puis il pensa que ce qu’il avait vu et entendu était le suprême Allah Lui-même. Cependant, il en vint finalement à croire que ce qu’il avait vu, c’était Jibril (l’ange Gabriel), l’envoyé d’Allah, lui annonçant qu’il avait été choisi pour être le prophète de Dieu. Selon la vision, Gabriel devait aussi lui révéler le Coran, la parole d’Allah. Les révélations vinrent avec une fréquence croissante à partir de ce moment-là, et Muhammad les dictait à ses scribes.

 

Il retint en lui-même son zèle religieux pendant trois ans après sa première révélation. Il n’avait fait que quelques convertis – quelques membres de sa famille, quelques amis proches, et ses esclaves. Les Mecquois considéraient les enseignements de Muhammad comme une menace pour leur religion. Ils disaient qu’il avait des visions et entendait des voix parce qu’il était possédé par des démons. Muhammad proclamait un seul Dieu : les Mecquois croyaient en plusieurs divinités. Il déclarait qu’il était un messager envoyé par AIIah : ils pensaient qu’il n’était qu’un devin. Il disait que Dieu lui donnait de nouvelles révélations : ils répondaient qu’il ne faisait que répéter des idées et des informations utiles pour les gens des siècles passés.

 

Lorsqu’il essaya d’élargir ses possibilités et de convaincre d’autres Mecquois de la validité de ses déclarations, il se heurta à une violente opposition. L’animosité de ceux-ci envers lui augmenta encore plus après la mort de sa femme bien-aimée Khadija, et de son oncle influent, Abou-Talib. La persécution devint intense. Ils l’insultèrent et se moquèrent de lui. Finalement, ils complotèrent de le tuer.

 

Muhammad, de nouveau dépressif, fit une autre expérience. Une nuit, selon ses déclarations, il voyagea de La Mecque à Jérusalem. Là, il vit des anges et des prophètes. Puis il s’éleva à travers les sept cieux vers le trône divin et la présence de Dieu. Les écoles d’interprétation islamiques modernes soutiennent que cette expérience de Muhammad n’était qu’une vision ou qu’un rêve. Néanmoins, la tradition islamique et la religion populaire affirment que son voyage et son ascension corporelle vers les cieux étaient réels, et non une simple vision. Pendant cette période de dépression et de persécution, il décida de quitter La Mecque. Il organisa « l’Hégire », ou « l’émigration ».

 

Emigration et conquête

 

L’Hégire se produisit au cours de l’été de l’année 622 après J.-C. Avec ses soixante disciples, le prophète quitta La Mecque et alla à Yathrib, à environ 450 kilomètres au nord. Yathrib prit plus tard le nom de Médine, la Cité. Les chefs juifs de Yathrib conseillèrent aux juifs comme aux Arabes païens d’accueillir Muhammad dans leur ville.

 

L’Hégire marqua l’islam comme une religion identifiable et devint le début officiel du calendrier musulman. Commençant avec l’année de l’Hégire, les musulmans mesurent le temps en utilisant les années lunaires et ajoutent A.H. (anno Hegirae ou l’année de l’Hégire). Pour Muhammad, le départ de La Mecque signala la fin d’environ treize années de persécutions et de mauvais traitements de la part des Mecquois. A Médine (Yathrib), où il avait plus de liberté pour répandre sa nouvelle religion, il devint le chef respecté et vénéré, le commandant militaire suprême, et le fondateur de génie de l’islam. Médine devint son quartier général jusqu’à sa mort qui survint dix ans après l’Hégire.

 

Pendant sa première année à Médine, Muhammad organisa ses disciples et planifia des tactiques. Il demandait à tous de se soumettre à Dieu comme la seule divinité et de croire en ses prophètes, en ses anges et dans le Jour du Jugement. Cette obéissance était appelée islam, un mot arabe qui signifie “soumission”. Une personne qui se soumet et abandonne sa vie à Dieu en accord avec l’islam est appelée un musulman.

 

Les immigrants construisirent des maisons dans leur nouvelle communauté, et les jardins et les fermes aux alentours de Médine leur procuraient suffisamment de nourriture. Mais bientôt l’énorme flux des disciples de Muhammad causa une pénurie, Ils décidèrent alors d’attaquer les caravanes mecquoises pour se ravitailler et ainsi se venger de leurs mauvais traitements. Au cours de la seconde année de l’Hégire, les musulmans attaquèrent une caravane mecquoise d’environ mille chameaux, mettant les voyageurs en déroute et prenant un énorme butin.

 

Muhammad vainquit les trois tribus juives de Médine, forçant l’une d’entre elles, Bani-Nader, à quitter la ville. Ainsi tout Médine passa sous son contrôle. A partir de ce moment-là, et jusqu’à sa mort, lui et ses disciples menèrent environ soixante-seize campagnes militaires contre des tribus et des villes voisines ou éloignées. Quelques-unes de ces batailles étaient destinées à convertir des peuples à l’islam, alors que d’autres visaient à obtenir de la nourriture et des biens pour la communauté musulmane de Médine. En guise de réponse, les Mecquois et d’autres tribus organisèrent plusieurs campagnes pour détruire Muhammad et ses disciples. Qoraïch, sa propre tribu, jura de détruire sa religion. Mais dans la plupart des batailles, Muhammad et ses convertis remportaient des victoires sur leurs ennemis, les massacraient, et saisissaient leurs propriétés et leurs provisions.

 

Vers la fin de sa vie, Muhammad put reprendre La Mecque. Triom­phant, il entra dans sa ville natale avec ses armées. Il alla vers la Kaaba et détruisit toutes les idoles et les autels païens, ne préservant que la “Pierre noire”. Il déclara que la Kaaba était le lieu de pèlerinage le plus saint de l’islam et le réserva à l’adoration d’AIIah seul. Il établit le hajj, le pèlerinage musulman à la Kaaba, pour remplacer le pèlerinage païen arabe qui avait lieu à cet endroit. Muhammad vécut encore deux ans après la conquête de La Mecque. Il mourut à l’âge de soixante­ deux ans, le 8 juin 632 après J-C., et fut enterré à Médine.

 

On dit qu’une femme juive l’a empoisonné. Mohammed M. Pickthall affirme que : une juive prépara de la viande empoisonnée pour le prophète, dont il ne goûta qu’un morceau sans l’avaler, puis il prévint ses camarades qu’elle était empoisonnée. Un musulman, qui en avait déjà avalé une bouchée, mourut immédiatement, et le prophète lui-même, en la goûtant à peine, contracta une maladie qui finalement causa sa mort (1961: XXIII).

 

De nos jours, après la visite de la Kaaba à La Mecque, les pèlerins musulmans vont à Médine pour présenter leurs respects à Muhammad sur sa tombe.

 

Après sa mort, sa position de leader fut occupée par une longue lignée de califes. Calife est un mot arabe qui signifie “député” ou “successeur”. Dans un sens plus large, ce terme fait référence à l’humanité en tant qu’agents de Dieu sur la terre. Mais au niveau du titre, il signifie successeur de Muhammad en tant que chef religieux et politique de la communauté de l’islam. Beaucoup de califes, dont les quatre premiers qui arrivèrent au pouvoir, eurent une mort violente.

 

Le tableau suivant résume les premiers développements de l’islam lors du séjour de Muhammad à La Mecque, puis à Médine. Remarquez les changements qui se produisirent.

 

  Période à la Mecque Période à Médine
Le Coran 1 – Se réfère en grande partie à l’information biblique; déclare qu’il est venu pour confirmer la Bible (Coran 35: 31) ;

affirme que c’est l’interprétation arabe de la Bible (Coran 10:37).

 

2 – Utilise le style poétique et rythmique; la rime domine. Les vers sont courts, émouvants et imagés.

1 – Se réfère en grande partie à la culture arabe, aux événements dans la communauté musulmane, et aux expériences personnelles de Muhammad.

 

 

2 – Utilise la prose. La rime et le rythme sont moins courants. Les vers sont longs, peu émouvants et empreints de peu d’imagination.

L’appel islamique à se soumettre à AIIah 1 – Est un mouvement spirituel,

2 – Se préoccupe de religion.

3 – Utilise le plus souvent le terme “Le Miséricordieux” pour Dieu.

4 – Met l’accent sur des commandements pratiques.

5 – Se préoccupe de la réforme du vieux statu quo.

6 -Voit l’islam comme un ensemble de croyances

qui doivent être acceptées.

7 – Utilise le terme biblique pour lsraël, « Les enfants d’Israël ».

1 – Est un mouvement politique.

2 – Se préoccupe de l’Etat.

3 – Utilise le plus souvent le nom d’ « Allah » pour Dieu.

4 – Met l’accent sur les arguments philosophiques.

5 – Se préoccupe de l’établissement de la nouvelle religion qui ne fait qu’un avec l’Etat.

6 – Voit l’islam comme un en-semble de lois aux-quelles il faut obéir.

7 – Utilise le terme “juifs” pour lsraël comme un terme de mépris.

Muhammad 1 – Est un ascète.

2 – Est un messager pour les Arabes.

3 – Se dispute avec les païens.

4 – Appelle les gens avec bienveillance à se convertir à l’islam.

 

1  – Apprécie les bonnes choses de la vie.

2 – Est un messager pour les Arabes aussi bien que pour les autres.

3 – Se dispute avec “les gens du Livre” (juifs et chrétiens).

4 – Mène les guerres pour obtenir du butin et soumettre les peuples à l’islam.

 

En tant qu’homme et fondateur d’une nouvelle religion, la personne de Muhammad présente plusieurs contrastes. Il avait de nombreuses qualités d’un grand leader et d’un homme d’État. Il défendait souvent la cause du pauvre, de la veuve, et de l’orphelin. Il mit en place beaucoup de réformes sociales en faveur des Arabes. Lune de ses importantes réalisations fut d’interdire la coutume païenne arabe de tuer les bébés de sexe féminin. Mais il y a un autre aspect à sa vie personnelle et à sa carrière publique.

 

Il était souvent vicieux et cruel. L’histoire islamique comprend plusieurs récits qui racontent sa revanche contre ses ennemis. Parfois des familles et même des tribus entières furent anéanties. Des atrocités étaient commises même quand il y avait peu de provocation. Muhammad rejetait la critique de ses actes. La défense musulmane ici est que, quoiqu’il fît, cela était juste et bien, car il était le prophète.

 

Après sa mort, il se produisit un important phénomène qui montra que beaucoup de ses convertis n’étaient pas vraiment convaincus de ses revendications. Plusieurs tribus qui avaient été contraintes d’adopter l’islam durant sa vie retournèrent à leur ancienne religion.

 

Finalement, elles avaient été obligées de rester musulmanes par le tranchant de l’épée. Cela se passa dans une série de batailles qui sont encore connues comme les “Guerres de retour”.

 

Comme d’autres êtres humains, Muhammad pécha et fit des erreurs. Plusieurs versets dans le Coran indiquent qu’il avait besoin de pardon pour des choses qu’il avait faites. Par exemple, on lui demanda d’invoquer le pardon d’AIIah (Coran 40: 55; 47:19; 48:1,2). En se basant sur le Coran 80:111, la tradition musulmane dit qu’un mendiant aveugle vint à Muhammad dans le besoin, mais ce dernier le repoussa. Allah le réprimanda. A côté de son besoin de pardon, le Coran indique en fait qu’il était sujet à des pensées et des influences sataniques (Coran 7 :200, 201 ; 113:1-5; et 114:1-6). Il avait des rencontres et des relations avec des jinn.

 

Muhammad ne fit jamais de miracle. A ceux qui demandaient conti­nuellement un signe miraculeux pour prouver qu’Allah l’avait délégué, il répondait qu’il n’était pas envoyé pour faire des signes, mais que son cadeau qui était le Coran était son miracle (Coran 17: 59, 90-94; 29: 50). Les musulmans croient que le Coran est le plus grand des miracles.

 

Muhammad est-il un successeur de Jésus ?

Dans Daniel 9 : 26, la traduction Louis Second révisée  traduit la fin de la phrase de la première partie du verset par « et il n’aura pas de successeur ». Cette formulation dans la traduction n’existe nulle part ailleurs[1].

Hormis la version Louis Segond, il n’existe aucune trace de ce passage ni dans les textes originaux ni dans les autres versions de la Bible. Avant de discuter le fond du problème, il importe de passer en revue ledit verset dans les autres versions de la Bible :

Bible de Jérusalem :

« Et après les 62 semaines, un messie supprimé, et il n’y a pas pour[2] … la ville et le sanctuaire détruits par un prince qui viendra. Sa fin sera dans le cataclysme et, jusqu’à la fin, la guerre et les désastres décrétés. »

 

Bible du Semeur :

« A la fin des soixante-deux semaines, un homme ayant reçu l’onction sera mis à mort, bien qu’on ne puisse rien lui reprocher. Quant à la ville et au sanctuaire, ils seront détruits par le peuple d’un chef qui viendra, mais sa fin arrivera, provoquée comme par une inondation, et jusqu’à la fin, séviront la guerre et les dévastations qui ont été décrétées. »

Bible de l’Alliance Biblique Universelle :

« A la fin de ces 62 périodes, on tuera un homme consacré, et personne ne le défendra. Puis un chef viendra avec son armée détruire la ville et le lieu Saint. Pourtant, ce chef finira sous les coups de la colère de Dieu. Mais jusqu’à sa mort, il fera la guerre et il détruira tout comme cela a été décidé. »

 

Bible de la Ligue Catholique de l’Evangile (Sous la direction du cardinal Liénart )

« Et après soixante-deux semaines un oint sera retranché sans qu’il ait eu de faute. Et le peuple d’un chef qui viendra détruira la ville et le sanctuaire, et sa fin sera dans l’inondation, et jusqu’à la fin sera la guerre, savoir les dévastations décrétées. »

Bible TOB (Traduction Oecuménique de la Bible) :

« Et après soixante-deux semaines, un oint sera retranché, mais non pas pour lui-même. Quant à la ville et au sanctuaire, le peuple d’un chef à venir les détruira ; mais sa fin viendra dans un déferlement, et jusqu’à la fin de la guerre seront décrétées des dévastations. »

 

Bible Version autorisée anglaise, dite King James (Version J.N. Darby, considérée comme l’une des plus proches de l’Original) :

« Et après les soixante-deux semaines [le] Messie sera retranché et n’aura rien ; et le peuple du prince qui viendra, détruira la ville et le lieu saint, et la fin en sera avec débordement ; et jusqu’à la fin, [il y aura ] guerre, un décret de désolation. »[3]

 

Bible David Martin, texte de 1744 :

« Et après ces soixante-deux semaines, le Christ sera retranché, mais non pas pour soi ; puis le peuple du conducteur, qui viendra, détruira la ville et le Sanctuaire, et la fin en sera avec débordement, et les désolations sont déterminées jusqu’à la fin de la guerre. »

 

Bible d’André Chouraki :

« Après les soixante-deux semaines, un messie sera tranché, il ne sera plus. Un peuple-guide viendra et détruira la ville et le sanctuaire. Mais sa fin sera dans un cataclysme. Les désolations sont décrétées jusqu’à la fin de la guerre. »

 

Bible version arabe[4] (traduit des langues originales, soit l’Hébreu, l’Araméen et le Grec)

« Et après soixante-deux semaines, le Messie sera coupé et non pour lui-même. Et le peuple d’un futur Chef détruira la ville et le lieu saint et la fin en sera avec submersion ; et jusqu’à la fin, il y aura guerre et ruine décrétées. »

 

Les anciens manuscrits :

Les plus anciens manuscrits en notre possession sont en grec ancien. Dans ceux-ci, il n’est pas fait mention du mot successeur. D’ailleurs, voici le texte :

Et la traduction française : « Et après les soixante-deux semaines, un Messie supprimé, il n’y a pas pour lui… La ville et le sanctuaire détruits par un prince qui viendra. Sa fin sera dans le cataclysme et, jusqu’à la fin, la guerre et les désastres décrétés. »

 

Conclusion

Il est clair que l’expression « et il n’aura pas de successeur » ne figure pas dans les textes originaux. Cette expression résulte donc d’une interpolation pure et simple, ce qui explique pourquoi on ne la trouve pas dans les autres traductions.

 

Ainsi, une fois de plus, les musulmans utilisent une erreur de traduction moderne pour tenter de ramener à eux les textes bibliques… En effet, ils doivent impérativement « prouver » la l’islam par la Bible puisque le Coran lui-même affirme que la Thora et les Evangiles sont des écrits de Dieu, qu’ils sont bons, et qu’il faut les suivre…


Notes :

[1] La Traduction littérale du verset serait : « Et après les soixante-deux semaines (le) Messie sera retranché et n’aura don. » La Bible traduite sous la direction des membres du rabbinat français, sous l’égide de M. Zadoc Khan, transcrit cette dernière phrase ainsi :- Et après ces soixante-deux semaines. un oint sera comme sans avoir de successeur légitime. Pour ce traducteur, il s’agirait ici de l’assassinat du grand-prêtre Onias. En fait Onias III fut assassiné à Antioche en 171 av. 1.-C. Mais deux séries d’obstacles se dressent contre cette interprétation.

D’abord Onias n’a pas droit à la qualification de Prince, et de plus, d’autres grands-prêtres lui ont succédé.

La deuxième objection est plus sérieuse encore. L’assassinat d’Onias a eu lien 51 semaines d’années après l’édit de Cyrus et 40 semaines d’années après l’édit d’Artaxerxès et non pas soixante neuf semaines d’années après!

Or, il faut faire partir cette chronologie, non de l’édit de Cyrus qui avait pour objet uniquement la reconstruction du temple (2 Chr. 36:23 Esd. 1:1-3), mais de l’édit d’Artaxerxès (Néh. 2 : 5-8), qui avait pour objet la reconstruction de la ville. Or cet édit fut promulgué vers 450 av. J-C. Si Ion y ajoute 69 semaines d’années. on arrive à la deuxième décennie de l’ère chrétienne. Cette période correspond au début du ministère de Jésus, qui se termina par son retranchement.

[2] Une note de bas de page indique que la traduction est incertaine.

[3] And after threescore and two weeks shall Messiah be cut off, but not for himself : and the people of the prince that shall come shall destroy the city and the sanctuary ; and the end thereof [shall be] with a flood, and unto the end of the war desolations are determined.

[4] Arabic Bible 43, édition Maison de la Sainte Bible du Moyen Orient, 28M– 1988

Preuve par le Coran de l’invariabilité de la Bible

Chaque fois qu’un chrétien s’appuie sur un passage biblique pour justifier devant un musulman ce qu’il croit, il obtient de son interlocuteur invariablement la même réponse: « VOUS AVEZ MODIFIE VOTRE BIBLE ». Pour fonder une accusation aussi grave, les musulmans se servent du mot harrafa et invoquent les versets du Coran où ce mot est employé. Etudions de plus près le témoignage rendu par le Coran à la Torah de Moïse, aux Psaumes de David (Zabur) et à l’Evangile (Injil) de Jésus.

 

  1. Préambule

 

Une première question surgit: « Comment un non-musulman peut-il entreprendre une étude valable du Coran? » En effet, pour comprendre un livre, il faut adopter, préalablement à son étude, une attitude qui soit en harmonie avec la vision du monde présentée par le livre en question. Mais puisque le Coran prétend lui-même être « un livre clair[1] » , écrit en « claire langue arabe[2] » qu’un Quraychite[3] incroyant pouvait comprendre, nous allons aborder notre étude des textes du Coran comme nous le ferions pour un passage de la Bible.

 

Il nous faudra évoquer tous les versets qui ont un rapport avec le sujet traité, et les évoquer dans leurs contextes. Il arrivera que ce contexte se limite à un seul verset ou moins. Mais il se pourra aussi que nous ayons à examiner une page entière pour déterminer clairement le sens d’un mot ou d’une phrase.

 

Pour la traduction française des passages du Coran, l’ouvrage Le Coran, traduit par Muhammad Hamidullah, et publié par le Club Français du Livre, 1959 sert ici de texte de base. Cette traduction est très souvent utilisée dans divers ouvrages de référence. Il existe encore une raison plus déterminante qui tient à la traduction elle-même. Car, comme l’exprime si bien Louis Massignon dans sa préface, « Hamidullah a essayé de préserver en français les tournures verbales abruptes et déconcertantes de la syntaxe arabe coranique. »

 

Malheureusement, ce grand souci de fidélité au texte arabe aboutit, dans quelques cas, à des tournures françaises difficilement compréhensibles. Dans ce cas, la traduction de D. Masson, éditée par Gallimard, 1967 sert de référence.

 

Il est important de noter que cette traduction a été homologuée par l’Assemblée de la Recherche Islamique de l’Université al-Azhar, au Caire.

 

 

 

  1. Liste des témoignages du Coran

 

Ces remarques préliminaires étant faites, voici tous les textes qui rapportent le témoignage explicite du Coran rendu à la Bible.

 

A. Versets qui attestent que la Torah était authentique au temps de Jésus

 

A1. Marie (Maryam) 19.12, de la période mecquoise intermédiaire, an 7 avant l’Hégire[4].

Dieu dit: « O Jean (Yahya) prends le livre avec force! Et Nous lui apportâmes la sagesse, tout jeune qu’il était. »

 

A2. La famille d’Amram (Al ‘Imran) 3.48, an 2-3 de l’Hégire.

L’ange Gabriel annonce à Marie la naissance de Jésus et dit: « Et Lui (Dieu) enseigne le Livre de la sagesse et la Torah et l’Evangile. »

 

A3. L’interdiction (Al-Tahrim) 66.12, an 7 de l’Hégire.

« De même Marie (la mère de Jésus)… avait traité de vraies les paroles de son Seigneur ainsi que Ses Livres. »

 

A4. La famille d’Amram (Al ‘Imran) 3.49-50, an 2-3 de l’Hégire.

Jésus dit : « Et me voici en tant que confirmateur de ce qui EST entre mes mains de la Torah, et pour vous rendre licite partie de ce qui vous était interdit. »

 

A5. Le rang (Al-Saff) 61.6, an 3 de l’Hégire.

Et quand Jésus fils de Marie dit: « O enfants d’Israël! Je suis vraiment un messager de Dieu à vous, confirmateur de ce qui EST entre mes mains de la Torah. »

 

A6. Le plateau servi (Al-Ma’ida) 5.46, an 10 de l’Hégire.

« Et Nous avons lancé sur leurs (celles de Moïse et des Juifs) traces Jésus fils de Marie en tant que confirmateur de ce qui est entre ses mains de la Torah. Et Nous lui avons donné l’Evangile – où il y a direction et lumière – en tant que confirmation de ce qui est entre ses mains de la Torah et en tant que guidée et exhortation pour les pieux. »

 

A7. 5.113.

Et quand Dieu dira: « O Jésus fils de Marie! Rappelle-toi Mon bienfait sur toi et sur ta mère quand Je te fortifiai de l’esprit de sainteté! Au berceau tu parlais aux gens, puis comme homme ayant atteint l’âge mûr. Et quand Je t’enseignai le Livre de la sagesse et la Torah et l’Evangile! »

 

Nous pouvons résumer ainsi le contenu de ces versets dont le premier cité provient des révélations finales de l’an 10 de l’Hégire: Jean-Baptiste (Yahya) reçut l’ordre de se saisir du « Livre » (A1); Marie, la mère de Jésus croyait dans les « Livres » de Dieu (A3) ; Dieu avait promis, dès avant la naissance de Jésus de lui enseigner la Torah (A2) ; Jésus affirma que son Evangile « confirmait la vérité de la Torah qui est entre ses mains » (A4, A5) ; Dieu confirme, du temps de Muhammad[5], qu’Il avait bien enseigné à Jésus la Torah (A6, A7). Nous en concluons qu’au siècle où vécut Jésus, la Torah était authentique et n’avait subi aucune altération.

 

Ajoutons que la Sourate l’Interdiction, évoquée en A3, et qui date de l’an 7 de l’Hégire, précise que  » Marie estimait vrais ses Livres » (ceux de Dieu); il ne peut s’agir que des livres donnés au peuple d’Israël par les Prophètes, au même titre que la Torah avait été donnée au peuple par Moïse.

 

  1. Versets qui attestent qu’il y a eu de vrais chrétiens dans l’intervalle de temps qui sépare Jésus de Muhammad

 

B1. Le plateau servi (Al-Ma’ida) 5.110-111, de l’an 10 de l’Hégire.

Et quand Dieu dira:  » O Jésus fils de Marie, rappelle-toi Mon bienfait sur toi… Et quand Je t’enseignerai le Livre et la sagesse et la Torah et l’Evangile… Et quand J’ai révélé aux apôtres ceci: Croyez en Moi et en Mon messager (Jésus), ils lui (à Jésus) dirent: Nous croyons, et sois témoin qu’en vérité nous sommes des musulmans (des Soumis). »

 

B2. La famille d’Amram (Al ‘Imran) 3.52-53, de l’an 2-3 de l’Hégire.

Puis, quand Jésus sentit de la mécréance de leur part, il dit: « Qui sont mes secoureurs en Dieu? Les apôtres dirent : Nous sommes les secoureurs de Dieu! Nous croyons en Dieu et sois témoin que certes nous sommes des musulmans (des Soumis).

Seigneur, nous avons cru en ce que Tu as fait descendre, et suivi le messager (Jésus). »

 

B3. Le rang (Al-S aff) 61.14, an 3 de l’Hégire.

O vous les croyants! Soyez les auxiliaires de Dieu, comme au temps où Jésus fils de Marie, dit aux apôtres : « Qui seront mes auxiliaires dans la Voie de Dieu? Les apôtres dirent: Nous sommes les auxiliaires de Dieu! Un groupe des fils d’Israël crut, un groupe fut incrédule. Nous avons soutenu contre leurs ennemis ceux qui croyaient et ils ont remporté la victoire. » (Trad. D. Masson).

 

B4. Le fer (Al-Hadid) 57.26-27, an 8 de l’Hégire.

« Et très certainement, Nous avions envoyé Noé et Abraham, et assigné à leur descendance la fonction de prophète et le livre. Puis, tel en fut qui se guida, tandis que beaucoup d’autres furent pervers.

Sur leurs traces Nous avions fait suivre Nos messagers tout comme Nous avions fait suivre Jésus fils de Marie, tandis que Nous lui avions apporté l’Evangile, et mis au coeur de ceux qui le suivirent, douceur et mansuétude, ainsi que le monachisme qu’ils inventèrent – Nous ne leur avions rien prescrit… – Nous avions apporté leur salaire à ceux d’entre eux qui crurent. Beaucoup d’entre eux cependant furent pervers. » Cf. 5.85.

Ce verset nous apprend une chose intéressante : bien que le monachisme ne venait pas de Dieu, il y eut d’authentiques croyants parmi ces disciples de Jésus, et ils reçurent  » la récompense méritée » (dans le ciel).

Historiquement parlant, le monachisme débute au 4e siècle. Mais des hommes, tels que Paul de Thèbes, menaient déjà une vie d’ermite dès le 3e siècle. St-Antoine d’Egypte fut le premier à organiser de petits groupes d’anachorètes en 305. Le monachisme s’implanta aussi dans le Sinaï à la même époque.

 

B5. La grotte (Al-Kahf) 18.10-25, Sourate mecquoise:

Quand les jeunes gens se furent réfugiés vers la grotte, ils dirent: « O notre Seigneur apporte-nous de Ta part une miséricorde ; et arrange-nous une bonne conduite de notre affaire. »

Or ils demeurèrent dans leur grotte trois cents ans, et en ajoutèrent neuf.[6]

 

B6. Les constellations (Al-Buruj) 85.4-9, de la période mecquoise primitive

« A mort les gens de l’Ukhdûd, du feu plein de combustible! Tandis qu’ils s’y trouvaient assis, témoins de ce qu’ils faisaient aux croyants a qui ils ne reprochaient que d’avoir cru en Dieu… »

Dans la note qui accompagne sa traduction, Hamidullah applique cet épisode à un roi juif du Yémen, du nom de Dhou Nuwas, qui persécuta des chrétiens au 6e siècle, livrant aux flammes ceux d’entre eux qui refusèrent de se convertir au judaïsme. Le calife Omar construisit au Yémen une grande mosquée pour honorer les martyrs chrétiens. » Yusuf Ali fait également état de cette explication possible.

 

Des trois premières citations coraniques, retenons ceci : les disciples de Jésus furent « inspirés » par Dieu pour suivre le Messie (B1) ; ils acceptèrent d’être les « auxiliaires de Dieu » (B2, B3) ; ils furent les vainqueurs (B3). De plus, même lorsque le monachisme se développa (B4), c’est-à-dire au 4e siècle, il existait encore d’authentiques croyants.

 

Si Muhammad et ses contemporains de La Mecque appliquaient les événements évoqués en B5 et en B6 à un contexte chrétien, alors nous aurions un témoignage coranique en faveur de chrétiens véridiques, agréés par Dieu, à Ephèse (Turquie actuelle) en l’an 450 ap. J.-C., et au Yémen au 6e siècle, comme l’atteste le martyre rappelé ci-dessus.

 

Certes, on doit reconnaître que ces versets ne disent rien des doctrines professées par ces chrétiens. Mais on peut penser que des groupes de chrétiens disséminés dans une région comprise entre la Turquie et le Yémen ont dû laisser des copies des Ecritures et de leurs propres écrits – et certaines auraient pu nous parvenir. Si leurs Ecritures avaient été différentes de la Torah et de l’Evangile, tels que nous les possédons aujourd’hui, et dont des copies datant de l’an 350 ap. J.-C. sont conservées au British Museum et au Vatican, nous en aurions très certainement trouvé des traces.

 

  1. Versets qui attestent que la Torah et l’Evangile n’avaient pas été altérés à l’époque de Muhammad

 

Cl. Saba (Saba) 34.31, Sourate mecquoise ancienne.

Et ceux qui mécroient disent: « Jamais nous ne croirons à ce Coran ni à ce qui EST entre ses mains (la Torah et l’Evangile)… »

Remarque: Les verbes qui sont employés au temps présent pour Muhammad et pour son peuple sont imprimés en lettres capitales. Les caractères italiques sont réservés pour les allusions faites à des groupes de juifs ou de chrétiens envisagés tantôt comme croyants, tantôt comme incrédules au temps de Muhammad. De leur existence ainsi bien attestée par le Coran on peut déduire qu’il y avait donc de vrais croyants qui n’ont certainement pas altéré leurs Ecritures.

 

C2. Le créateur ou les anges (Fatir) 35.31, Sourate mecquoise ancienne.

« Et ce que Nous te révélons du Livre, c’est cela la vérité, confirmation de ce qui EST entre ses mains (la Torah et l’Evangile)… »

 

C3. Jonas (Yunus) 10.37, Sourate mecquoise tardive.

« Ce Coran n’a pas été inventé par un autre Dieu. C’est la confirmation de ce qui EST (Torah et Evangile) entre ses mains; l’explication du Livre envoyé par le Seigneur des mondes et qui ne RENFERME ancun doute. » (trad. D. Masson).

 

C4. Joseph (Yusuf) 12.111, Sourate mecquoise tardive.

« Ce (le Coran) n’est point là récit à être blasphémé, c’est au contraire la confirmation de ce (Torah et Evangile) qui EST entre ses mains l’exposé détaillé de toute chose une direction et une miséricorde pour un peuple qui croit. »

 

C5. Les bestiaux (Al-An’am) 6.154-157, Sourate mecquoise tardive.

« Ensuite Nous avons donné à Moïse le Livre, – complément du bien qu’il avait fait et exposé détaillé de toute chose, et guidée et miséricorde; peut-être auraient-ils cru en la rencontre de leur Seigneur? Et voici (le Coran) un Livre béni que Nous avons fait descendre suivez-le donc et comportez-vous en piété. Peut-être vous sera-t-il fait miséricorde? – Afin que vous ne disiez pas : Oui, on n’a fait descendre le Livre que sur deux peuples d’avant nous, et nous étions bien dans l’ignorance de leur étude. Ou que vous disiez: Si c’était à nous qu’on eût fait descendre le Livre (Torah et Evangile) nous aurions certainement été mieux guidés qu’eux. »

 

C6. Le croyant (Al-Mu’min) 40.69-70, Sourate mecquoise tardive.

« N’as-tu (Muhammad) pas vu ceux qui disputent sur les signes de Dieu? Comme ils se sont écartés! Ceux qui TRAITENT DE MENSONGE le livre et ce (Livre) avec quoi Nous avons envoyé Nos messagers? Et bien, ils vont savoir quand, des carcans à leurs cous et avec des chaînes ils seront entraînés. »

 

C7. Al-Ahqaf 46.12, Sourate mecquoise tardive.

Et avant ceci, il y avait le Livre de Moïse, comme dirigeant et miséricorde. Ce Livre-ci cependant est un confirmateur en langue arabe, pour avertir ceux qui prévariquent, pour être aussi, bonne annonce aux bienfaisants. »

 

C8. 46.29-30.

« Et quand Nous déployâmes vers toi une troupe de djinns[7] qui prêtèrent l’oreille à la Lecture (le Coran)… Puis, quand elle fut finie, ils retournèrent à leur peuple en avertisseurs. Ils dirent: « Peuple ! Nous venons d’entendre en vérité un Livre qui a été descendu (révélé) après Moïse, confirmateur de ce qui EST entre ses mains (Torah). Il guide vers la vérité et vers un chemin droit. »

 

C9. La vache (Al-Baqara) 2.91, an 2 de l’Hégire.

Et quand on leur dit : « Croyez à ce que Dieu fait descendre, il disent : Nous croyons à ce qu’on nous a fait descendre à nous (la Torah). Et ils mécroient le reste, cela même qui est vérité confirme ce (la vérité) qui EST AVEC EUX (la Torah)… »

 

Cl0. La famille d’Amram (Al’Imran) 3.3, an 2-3 de l’Hégire.

« Il (Dieu) a peu à peu fait descendre sur toi le Livre, avec vérité en tant que confirmateur de ce (la vérité) qui EST entre ses mains (la Bible). Et il a fait descendre en bloc la Torah et l’Evangile. »

 

C11. Les femmes (AI-Nisa’) 4.162-163, an 5-6 de l’Hégire.

« Mais ceux d’entre eux (les juifs) qui sont bien enracinés dans la science ainsi que les croyants CROIENT en ce qu’on a fait descendre sur toi (Muhammad) et en ce qu’on a fait descendre avant toi… Oui, Nous t’avons fait révélation comme Nous avons fait révélation à Noé et aux prophètes après lui. Et Nous avons fait révélation à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob et aux tribus, à Jésus, à Job, à Jonas, à Aaron, à Salomon, et Nous avons donné le Psautier à David. »

 

 

C12. Le repentir (Al-Tauba) 9.111, an 9 de l’Hégire.

« Oui, aux croyants le Paradis! Ainsi Dieu a-t-Il acheté leurs personnes et leurs biens: ils combattent dans le sentier de Dieu, puis ils tuent aussi bien qu’ils sont eux-mêmes tués. Promesse vraie qui, dans la Torah et l’Evangile et le Coran Lui incombe. Et qui, plus que Dieu, est à remplir son contrat? »

 

C13. Le plateau servi (Al-Ma’ida) 5.48, an 10 de l’Hégire.

« Et vers toi (Muhammad) Nous avons fait descendre le Livre avec vérité, en tant que confirmateur du Livre ( la Torah ) qui EST entre ses mains et en tant que son protecteur. »

 

Dans ces versets nous sommes donc en présence d’un puissant témoignage rendu à la Torah et à l’Evangile qui apparaissent comme des Ecrits authentiques et concrètement présents à l’époque de Muhammad.

 

Le Coran affirme être un « confirmateur », en langue arabe, du Livre de Moïse (C7) devenu nécessaire du fait que les habitants de La Mecque ne pouvaient comprendre ce que « les deux peuples avant eux » avaient appris par « une étude assidue » ; ou qu’ils l’auraient mieux suivi (C5). En outre, il affirme être une explication de la Torah et de l’Evangile, ce « Livre qui ne RENFERME aucun doute » (C3), en même temps que son protecteur (C13).

 

Les mecquois déclarent: « Nous ne voulons pas croire au Coran ni en ce qui EST entre ses mains de la Torah et de l’Evangile (C1). Certains des juifs affirment ne vouloir croire qu’en ce qui leur a été révélé à eux, même si le Coran confirme la vérité de ce qui « EST AVEC EUX » (C9). Ceux qui REJETTENT (maintenant) le Coran et ce Livre que Nous avons envoyé avec nos messagers seront jugés (C6). Mais ceux d’entre les juifs qui sont enracinés dans la connaissance CROIENT en ce qui a été révélé à Muhammad et dans ce (la Torah) qui a été révélé avant lui (Cl1). Les djinns aussi croient à la fois dans le Coran et dans la Torah (C8).

 

Dans l’une des dernières Sourates « révélées » à Muhammad, celle du Repentir, il est explicitement déclaré : « La Promesse de Dieu EST vraie dans la Torah, dans l’Evangile et dans le Coran. » (C12).

 

Revenons un instant sur l’expression entre ses mains (baina yadaihi ) qui est revenue maintes fois dans les textes coraniques mentionnés (C2, C3, C4, C8, ClO, C13, ainsi que précédemment en A5 et en A6). La traduire de cette expression arabe mot à mot est le seul moyen de rendre le temps présent qui accompagne ces mots. L’expression revêt souvent un sens littéral « entre », ou « dans ses mains », mais c’est le plus souvent une tournure idiomatique pour signifier « en présence de », « en face de », « devant quelqu’un », « en sa possession » ou « à sa disposition ». Ainsi la phrase arabe traduite littéralement « les mots sont entre vos mains » signifie en fait : « Vous avez la parole ». De même : « aucune arme n’est entre ses mains » veut dire « il est désarmé ». La Sourate 34.12 parle des « djinns qui travaillent entre les mains de Salomon ». Yusuf Ali a traduit : « … travaillent en face de lui », mais, dans un note il explique: « les djinns travaillent sous ses yeux ».

 

Ces versets donnent donc le sens général suivant: le Coran serait venu pour confirmer, attester et vérifier la Torah et l’Evangile qui sont maintenant « en sa présence » ou « devant ses yeux ». Ils appuient le témoignage rendu par les versets des autres paragraphes de cette section : Muhammad admettait l’existence d’une Torah et d’un Evangile authentiques « sous ses yeux ».

 

  1. Versets qui attestent que Muhammad cite ou évoque effectivement la Torah et/ou l’Evangile

 

Dl. L’Etoile (Najm) 53.33-38, de la période mecquoise primitive

« Eh bien, le vois-tu (Muhammad) celui qui tourne le dos et donne peu et interrompt même? A-t-il près de lui science de l’invisible, pour qu’il voie? Ne lui a-t-on pas donné nouvelle de ce qui EST dans les feuilles de Moïse et d’Abraham, l’homme de devoir? Que nul porteur, en vérité, ne porte le port d’autrui… »

 

D2. Les Poètes (Al-Shu’ara’) 26.192-197, de la période mecquoise intermédiaire.

 » Oui, c’est là ce que le Seigneur des mondes a fait descendre; et avec cela est descendu l’Esprit fidèle, sur ton coeur, pour que tu sois du nombre des avertisseurs en claire langue arabe. Oui, et ceci EST déjà dans les Ecrits (Zubur) aux anciens. N’EST-ce pas pour eux un signe, que les savants des Enfants d’Israël le RECONNAISSENT? »

 

D3. Ta-Ha 20.133, de l’an 7 pré-hégirien.

« Et ils (les mecquois) disent: « Pourquoi celui-ci ne nous apporte-t-il pas de son Seigneur un signe? La Preuve de ce qui EST dans les anciens Livres ne leur est-elle pas venue? »

D’après le commentaire de Baidawi sur ce verset, les mot « anciens livres » s’appliquent à « la Torah et à l’Evangile et à tous les livres divins ».

 

D4. Les Prophètes (Al-Anbiya’) 21.7, de la période mecquoise intermédiaire.

« Or Nous n’avons envoyé avant toi (Muhammad) que des hommes à qui Nous faisions révélation. DEMANDEZ donc aux gens du Rappel (les juifs et les chrétiens) si vous ne savez pas ! »

 

D5. Les Prophètes (Al-Anbiya’) 21.105, période mecquoise intermédiaire.

Et très certainement Nous avons écrit dans le Psautier, après le Rappel (donné à Moïse): « Oui, ils hériterons la terre, Mes esclaves, gens de bien » .

Il s’agit là d’une citation du Psaume 37.29: « Les Justes posséderont la terre et ils y demeureront à jamais ». En rapprochant cette citation du verset 7 de la même Sourate, il apparaît clairement que, d’après le Coran, Dieu considère les Psaumes comme faisant encore autorité et comme vrais à l’époque de Muhammad.

 

D6. L’Ornement (Al-Zukhruf) 43.44-45, de la période mecquoise tardive.

« Oui ceci (le Coran) est un Rappel, certes, pour toi (Muhammad) ainsi que pour ton peuple. Et vous serez bientôt interrogés. Et DEMANDE à ceux de Nos messagers que Nous avons envoyés avant toi, si Nous avons désigné, en dehors du Très Miséricordieux, des dieux à adorer? »

D’après Baidawi, Jelaleddin et Yusuf Ali, l’expression « demande à ceux de Nos messagers que Nous avons envoyés avant toi » signifie: « Interroge ceux qui ont été instruits par leurs écrits et enseignés de leurs doctrines « . Par conséquent, ces écrits et ces doctrines étaient accessibles à l’époque de Muhammad.

 

D7. Jonas (Yunus) 10.94, de la période mecquoise tardive.

« Et si tu (Muhammad) es en doute sur ce que Nous avons fait descendre vers toi, alors DEMANDE ceux qui dès avant toi LISENT le Livre… »

 

D8. Les Abeilles (Al-Nahl) 16.43, periode mecquoise tardive

« Nous n’avons envoyé avant toi (Muhammad) que des hommes à qui Nous avions fait révélation. DEMANDEZ donc aux gens du Rappel (les juifs et les chrétiens), – Si vous ne savez pas… »

 

D9. Le Voyage nocturne (Al-Isra’) 17.101, an 1 pré-hégérique:

« Nous avons apporté à Moïse neuf signes manifestes, DEMANDE (O Muhammad) donc aux Enfants d’Israël … »

 

D10. 17.107-108:

Dis: « Croyez (au Coran) ou ne croyez pas (O Mecquois). Ceux à qui science a été donnée avant cela, lorsqu’on le leur a récité, oui, tombent sur le menton, prosternés… Et cela les fait croître en humilité. »

 

D11. Le Tonnerre (Al-Ra’d) 13.43, période mecquoise tardive:

Les incrédules disent: « Tu (Muhammad) n’es pas un envoyé ! Dis: Dieu suffit comme témoin entre moi et vous; et lui qui POSSEDE la science du Livre. »

 

D12. Al-A’raf 7.156-157, période mecquoise tardive:

« Je prescrirai donc Ma miséricorde pour ceux qui pratiquent la piété et acquittent l’impôt, pour ceux aussi qui sont croyants en Nos signes, ceux-là qui suivent le messager, le prophète gentil qu’ils trouvent en toutes lettres CHEZ EUX dans la Torah et dans l’Evangile… »

 

D13. 7.159:

« Et dans le peuple de Moïse, Il est une communauté (UMMA), qui GUIDE avec le droit et qui, par là EXERCE la justice. »

 

D14. 7.168-170:

« Nous les avons divisé, sur la terre, en communauté : Il y a parmi eux des justes et d’autres qui ne le sont pas. Nous les avons éprouvés par des biens et par des maux. Ils reviendront peut-être vers Nous …. L’alliance du Livre n’a-t-elle pas été contractée ? Elle les OBLIGE A NE DIRE sur Dieu que la vérité, puisqu’ils ont étudié le contenu de Livre… Pour ceux (juifs) qui S’ATTACHENT fermement au Livre; pour ceux qui s’acquittent de la prière. Nous ne laisserons certainement pas perdre la récompense de ceux qui s’amendent. » (Trad. D.Masson).

 

D15. La vache (Al-Baqara) 2.113, an 2 de l’Hégire:

Et les juifs disent : « Les chrétiens ne sont pas dans le vrai ! » . Et les chrétiens disent : « Les juifs ne sont pas dans le vrai ! Et pourtant ils LISENT le Livre. (Trad. D. Masson).

 

D16. La Famille d’Amram (Al ‘Imran) 3.23, an 2-3 de l’Hégire:

« Ne les as-tu pas vus ceux à qui on avait donné une part du Livre, et qui ont été invités au Livre de Dieu (Torah) pour qu’il soit leur juge? Puis un groupe des leurs tourne le dos : des indifférents. »

Les commentateurs appliquent ces versets à différents incidents, mais ils sont unanimes à penser que des juifs s’étaient adressés à Muhammad et avaient demandé son arbitrage. Muhammad leur ayant suggéré d’en référer à leurs Ecritures, ils refusèrent et s’en allèrent.

 

D17. 3.79:

Il ne conviendrait pas à un homme, à qui Dieu donne le Livre et la sagesse et la dignité de prophète, de dire ensuite aux gens : « Soyez des adorateurs en marge de Dieu ! », mais « Soyez des vrais dévôts »[8] (rabbaniyin) du Seigneur, puisque vous ENSEIGNEZ le Livre et puisque vous ETUDIEZ.

 

D18. 3.93-94:

« Toute nourriture était licite aux enfants d’Israël, sauf celle qu’Israël lui-même s’interdit avant qu’on eut fait descendre la Torah. Dis: Venez donc avec la Torah, et RECITEZ-LA, Si vous êtes véridiques! Donc, quiconque, après cela, blasphème le mensonge contre Dieu… ce sont eux les prévaricateurs. »

 

D19. Les Femmes (Al-Nisa’) 4.60, an 5-6 de l’Hégire

« N’as-tu (Muhammad) pas vu ceux-là : qui en vérité prétendent croire à ce que Nous t’avons révélé, et qui a été révélé avant toi? Ils veulent s’en rapporter aux Taghout (idoles), bien qu’ils aient reçu l’ordre (dans la Torah) de ne pas croire en eux. Le démon veut les jeter dans un profond égarement. » (Trad.D. Masson).

 

D20. La Victoire (Al-Fath) 48.29, an 6 de l’Hégire:

« Leur marque est sur leurs visages (ceux des croyants musulmans) la trace de prosternations. Voilà l’image qu’on DONNE d’eux dans la Torah. Et l’image que l’on DONNE d’eux dans l’Evangile, c’est celle de la semence qui sort sa pousse, puis Dieu l’affermit, puis elle s’épaissit, puis elle se dresse sur sa tige, à l’émerveillement des semeurs. »

Ce texte semble être une allusion non voilée au paroles de Jésus rapportées dans Marc 4.26-28 : « Il dit encore: Il en est du royaume de Dieu comme d’un homme qui jette sa semence en terre qu’il dorme ou qu’il veille, nuit et jour, la semence germe et croît sans qu’il sache comment. La terre produit d’elle-même premièrement de l’herbe, puis l’épi, enfin le blé bien formé dans l’épi et dès que le fruit est mûr, on y met la faucille car la moisson est là. »

 

D21. Le Plateau servi (Al-Ma’ida) 5.43, an 10 de l’Hégire

« Mais comment peuvent-ils (les juifs) te prendre pour juge: ils ont près d’eux la Torah où EST le jugement de Dieu. »

 

D22. 5.45:

Et Nous y avons prescrit pour eux: « Vie pour vie, oeil pour oeil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Le talion aussi pour les blessures. » Après, quiconque en FAIT charité, cela lui VAUT expiation. Et quiconque ne JUGE pas d’après ce que Dieu a fait descendre eh bien, les voilà les prévaricateurs.

Dans ce passage coranique, Dieu répète les paroles qu’il a données lui-même à Moïse dans la Torah. « Mais s’il y a un accident, tu donneras vie pour vie, oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure. » Exode 21.23-25.

Les juifs de Médine sont donc avertis : « Et quiconque ne JUGE pas d’après ce que Dieu a fait descendre (la Torah), eh bien voilà les prévaricateurs. »

 

D23. 5.47, an 10 de l’Hégire

« Que les gens de l’Evangile JUGENT les hommes d’après ce que Dieu y a révélé. Les pervers sont ceux qui ne jugent pas les hommes d’après ce que Dieu a révélé. »

 

D24. 5.65-68 :

« Oui, Si les gens du Livre croyaient et craignaient Dieu, Nous aurions effacé leurs mauvaises actions; Nous les aurions introduits dans les Jardins du Délice. S’ils avaient observé la Torah et I’Evangile et ce qui leur a été révélé par leur Seigneur, ils auraient certainement joui des biens du ciel et de ceux de la terre.

Il existe, parmi eux, des gens (Umma) modérés mais beaucoup d’entre eux font le mal ».

Dis: « O gens du Livre Vous ne vous appuyez sur rien, tant que vous n OBSERVEZ pas la Torah, l’Evangile et ce qui vous a été révélé par votre Seigneur. »

Les versets précédents témoignent d’une présence continue d’une authentique Torah et d’un authentique Evangile à l’époque de Muhammad et ces écrits étaient reconnus aussi bien par les musulmans que par les non-musulmans.

 

A La Mecque, un incrédule qui se détourne connaît ce qui EST dans les feuilles de Moïse et d’Abraham (Dl). Une preuve évidente leur a été fournie dans ce qui EST dans les Ecrits aux anciens (D3). Muhammad fait appel à « celui qui POSSEDE la science du Livre » (D11).

 

Certains textes affirment que l’annonce du Coran « EST (incluse) dans les Ecrits des anciens » et que « les savants des Enfants d’Israël le RECONNAISSENT (D2). Ceux à qui la connaissance avait été révélée avant CROIENT en lui (le Coran) (D10). Certains juifs sont des justes et « S’ATTACHENT fermement au Livre » (la Torah), mais d’autres refusent de reconnaître Muhammad bien qu’ils aient ETUDIE avec soin leur Livre (D14). Juifs et chrétiens « LISENT le Livre » (D15) et « ENSEIGNENT le Livre » (D17). Certains juifs sont des justes (D14) qui GUIDENT avec le droit et qui EXERCENT la justice (D13) ; parmi les juifs et les chrétiens, il existe des gens modérés (D24).

 

Les Mecquois sont exhortés à « DEMANDER aux gens du Rappel, s’ils ne le savent pas » (D4, D8) et à « DEMANDER à ceux des messagers que Dieu a envoyés » c’est-à-dire à interroger les gens instruits dans leurs écrits et dans leurs doctrines (D6).

 

Muhammad est invité à « DEMANDER à ceux qui LISENT le livre avant lui, s’il doutait » (D7), et à « DEMANDER aux enfants d’Israël » à propos des neuf signes évidents donnés à Moïse (D9).

 

Nous constatons encore par d’autres passages que Dieu répète certains commandements de la Torah, mettant en demeure les juifs de JUGER d’après ces commandements (D22) et qu’il fait une citation des Psaumes de David (D5). Il compare les croyants musulmans à ceux qui se prosternaient comme l’indique la Torah, et fait allusion à la parabole du semeur dans l’Evangile de Jésus pour illustrer la foi des croyants (D20).

 

Muhammad invite les juifs à apporter la Torah afin qu’elle soit leur JUGE (D16). Ailleurs, Muhammad les presse d’APPORTER la Torah et de la RECITER s’ils sont véridiques (D18).

 

Dieu demande à Muhammad pourquoi les juifs viennent le trouver lui, alors qu’ils ONT la Torah où EST le jugement de Dieu (D21); les chrétiens sont exhortés à JUGER d’après ce que Dieu a révélé dans l’Evangile (D23).

 

Dieu déclare que la Torah et l’Evangile SONT CHEZ EUX (D12). Dans la dernière Sourate reçue par Muhammad, la Sourate du Plateau servi (Al Ma’ida ), de l’an 10 de l’Hégire, les juifs ainsi que les chrétiens sont mis en face du même reproche: Vous ne vous appuyez sur rien tant que vous n’OBSERVEZ pas la Torah et l’Evangile et tout ce qui vous a été révélé par votre Seigneur (D24).

 

Voici le hadith[9] que rapporte à propos de ce passage (D24) Ibn Ishaq, l’un des commentateurs: « Rafi, le fils de Haritha, et Salam Ibn Mashkum, ainsi que deux autres vinrent trouver Muhammad et lui dirent: « O Muhammad! N’as-tu pas affirmé être un disciple de la religion d’Abraham et de sa foi? Ne crois-tu pas en ce que nous avons la Torah et n’attestes-tu pas qu’elle tire vraiment son origine de Dieu? »

Il répondit :  » Si ! Mais, en vérité, vous avez inventé de nouvelles doctrines et vous niez son contenu relatif à l’alliance que Dieu a conclue avec vous et vous cachez ce qu’il vous a été demandé de révéler à l’humanité. C’est pourquoi je me sépare de vos idées nouvelles. »

Ils reprirent :  » Quant à nous, nous nous en tenons à ce qui est entre nos mains, et nous suivons la vérité et la direction; nous ne croyons pas en toi et ne voulons pas te suivre ».

 

Alors le Dieu grand et glorieux révéla : Dis :  » O Gens du Livre ! Vous ne vous appuyez sur rien tant que vous n’observez pas la Torah, l’Evangile et tout ce qui vous a été révélé par votre Seigneur. »

 

Si ce hadith est vrai, alors il prouve que Muhammad croyait dans la Torah dont disposaient les juifs de Médine en l’an 10 de l’Hégire. Même s’il ne s’agit pas d’un hadith fort, il n’en constitue pas moins un témoignage important en faveur de la connaissance qu’avaient les musulmans des deux premiers siècles de l’Hégire, de la Torah et de l’Evangile en Arabie.

 

Outre le hadith ci-dessus, nous disposons de 24 passages examinés dans ce paragraphe et de 13 autres examinés dans le précédent, soit 37 citations au total, qui attestent qu’il existait, du vivant de Muhammad, une Torah et un Evangile authentiques, accessibles aux habitants de La Mecque et de Médine.

 

Des musulmans peuvent bien prétendre que la Torah et l’Evangile authentiques répandus en Arabie étaient différents des Ecrits correspondants contemporains. Mais où sont passés cette Torah et cet Evangile authentiques? On peut supposer que des musulmans auraient conservé des livres d’une telle importance dans l’une des nombreuses bibliothèques islamiques répandues de par le monde, ne serait-ce que pour aider les juifs et les chrétiens à « observer la Torah et l’Evangile ». Cela nous aurait permis, en outre, de comparer ces exemplaires avec ceux conservés par les juifs et par les chrétiens.

 

Mais il faut nous rendre à l’évidence il n’existe pas de tels écrits. Aucun exemplaire de cette Torah prétendument différente n’a été conservée par les musulmans. Il n’existe qu’une seule Torah au monde et elle EST entre les mains des juifs et des chrétiens, de même qu’il n’existe qu’un seul Evangile au monde, et il EST entre les mains des chrétiens.

 

  1. Les versets qui attestent que la Torah et/ou l’Evangile sont bons, mais ces versets ne précisent pas clairement leur époque

 

En introduction à ce chapitre j’avais déclaré qu’une étude sérieuse d’un sujet imposait que tous les versets et toutes les données concernant ce sujet soient cités. Quelque 55 autres passages coraniques mentionnent la Torah et l’Evangile, mais comme aucun d’eux ne confirme ou n’infirme l’existence de ces livres à l’époque de Muhammad, je me contente de ne donner que la liste complète de ces références : 74.31; 87.18; 25.35; 35.25; 34.23-24; 54.43; 37.114-117; 19.28-29; 21.48; 29.27; 29.46-47; 32.23; 40.53-55; 41.45; 42.15; 45.16-17; 45.28-29; 46.10; 11.16-17; 28.43; 28.48-49; 28.52-53; 23.49; 13.36; 17.2; 17.4-7; 17.55; 6.20; 6.114; 6.124; 98.1; 2.1-5; 2.53; 2.87; 2.121; 2.136; 2.144-145; 2.176; 2.213; 2.285; 3.65; 3.81; 3.84; 3.99; 3.119; 3.183-184; 3.187; 62.5; 4.51; 4.54; 4.131; 4.136; 4.150-153; 4.171; 57.25; 5.62; 5.85-86.

 

Le lecteur peut, s’il le désire, examiner ces passages.

 

F. Versets qui attestent les divergences et les luttes entre chrétiens

 

Fl. La Consultation (Al-Shura) 42.13-14, période mecquoise tardive:

« Il vous a tracé, en matière de religion, le chemin qu’il avait enjoint à Noé, et ce que Nous te révélons ainsi que ce que Nous avons enjoint à Abraham et à Moïse et à Jésus, C’est ceci .. « Etablissez la religion ; et n’y divergez pas ( ~ ~ ). » … Ils ont divergé, par rebellion entre eux, qu’après que science leur fut venue. Et si une parole de la part de ton Seigneur n’eût pas pris les devants jusqu’à un terme dénommé, tout aurait été décidé entre eux ! Oui, et ceux à que le Livre a été donné en héritage après ces gens-là sont à son sujet dans un doute qui mène à l’incertitude ! »

 

F2. La Preuve (Al-Baiyina) 98.14, période primitive à Médine:

« Et ceux à qui le Livre a été donné ne se sont divisés ( ~ ) qu’après que la preuve leur fut venue. »

 

F3. La Vache (Al-Baqara) 2.253, an 2 de l’Hégire:

« A Jésus fils de Marie, Nous avons apporté les preuves et l’avons fortifié par l’esprit de sainteté. Et si Dieu avait voulu, les gens qui vinrent après eux ne se seraient pas entre-tués, après que les preuves leur furent venues mais ils se mirent à disputer ( ~ ): certains parmi eux ont cru et d’autres furent incrédules. »

 

F4. La Famille d’Amram (Al ‘Imran) 3.19, an 2-3 de l’Hégire:

« Ceux à qui le Livre a été apporté ne se sont disputés (~ ), rebellés les uns contre les autres, qu’après que science leur fut venue. »

 

F5. Le Plateau servi (Al Ma’ida) 5.14-15, an iOde l’Hégire

Parmi ceux qui disent:  » Nous sommes chrétiens, nous avons accepté l’alliance », certains ont oublié une partie de ce qui leur a été rappelé. Nous avons suscité entre eux l’hostilité et la haine, jusqu’au Jour de la résurrection… Dieu leur montrera bientôt ce qu’ils ont fait.

O gens du Livre! Notre prophète est venu à nous. Il vous explique une grande partie du Livre que vous cachiez. Il en abroge une grande partie.  » (Trad. D. Masson)

 

Ces passages nous apprennent que les chrétiens se divisèrent (Fl, F2) à cause de la jalousie et de la haine (F2, F4), qu’ils eurent des différends (F3, F4); aussi Dieu suscita-t-il l’hostilité et la haine entre eux (FS); jusqu’à s’entretuer (F3).

 

Il nous est encore dit qu’ils oublièrent une partie de leur Livre et de leur alliance (F5), qu’ils en cachèrent une grande partie (F5) et qu’ils sont dans un doute qui mène à l’incertitude (F1).

 

Pourtant, comme nous l’avons déjà constaté dans le paragraphe B, il nous est dit ici que « certains crurent  » (F3).

 

L’histoire chrétienne et profane confirme l’existence des divergences et des combats sanglants entre chrétiens. Pourtant ils s’appuyaient tous sur la même Bible ; il en est d’ailleurs de même entre les chiites et les sunnites, qui, bien qu’étant tous deux des mouvements musulmans et possédant le même Coran, ne s’en sont pas moins violemment combattus.

 

Aucun des passages relevés n’accuse des chrétiens incrédules d’avoir altéré leur Bible ; beaucoup moins encore peut-on penser que les chrétiens fidèles aient osé le faire!

 

  1. Versets qui attestent que les juifs refusèrent le Coran, tentèrent de le changer ou cachèrent des versets de leur propre Torah et rejetèrent sa signification

 

Gl. Les Bestiaux (Al-An’am) 6.89-92, période mecquoise tardive:

« C’est à eux (les prophètes de Noé à Jésus énumérés dans les versets 84 à 86) que Nous avons apporté le Livre et la sagesse et la fonction de prophète. Si ces autres-là n’y croient pas, c’est certainement que Nous confions ces choses à des gens qui n’en sont pas mécréants. Ils ne mesurent pas Dieu à sa vraie mesure quand ils disent: Dieu n’a rien fait descendre sur un humain ! Dis: « Qui a fait descendre le Livre que Moïse a apporté à titre de lumière et de guide pour les gens, que vous mettez en pages pour les montrer, mais dont vous cachez beaucoup et par lequel vous avez été instruits de ce que vous ne saviez pas non plus que vos ancêtres? « … Voici un Livre que Nous avons fait descendre, béni, confirmant ce qui EST entre ses mains (la Torah) – afin que tu avertisses la Mère des Cités et les gens tout autour. »

 

G2. Houd (Hud) 11.110, période mecquoise tardive:

« Et très certainement Nous avions donné à Moïse le Livre. Puis on y divergea. Et, n’était qu’une parole de la part de ton Dieu eût pris les devants, tout aurait été décidé entre eux Oui, ils sont à son sujet, en un doute qui mène à l’incertitude. » (Même idée en 10.93)

 

G3. La vache (Al-Baqara) 2.85, an 2 de l’Hégire:

« Croyez-vous donc à une certaine partie du Livre et restez-vous incrédules à l’égard d’une autre ! Quelle sera la rétribution de celui d’entre vous qui agit ainsi, sinon d’être humilié durant la vie de ce monde et d’être refoulé vers le châtiment le plus dur, le Jour de la Résurrection? » (Trad. D. Masson)

 

G4. 2.89-90

« Lorsqu’un Livre venant de Dieu, et confirmant ce qu’ils ONT AVEC EUX (la Torah) leur est parvenu… ils n’y crurent pas… Combien est exécrable ce contre quoi ils ont troqué leurs âmes!  » (Trad. D. Masson)

 

G5. 2.97,101:

« C’est lui (Gabriel) qui a fait descendre sur ton coeur avec la permission de Dieu le Livre qui confirme ce qui EST entre ses mains (la Torah)… Lorsqu’un prophète envoyé par Dieu est venu à eux, confirmant ce qu’ils ONT AVEC EUX (la Torah), plusieurs (fariq ) de ceux auxquels le Livre avait été donné rejetèrent derrière leur dos le Livre de Dieu comme s’ils ne savaient rien (de ce qu’il contenait). »

 

G6. 2.140:

« Diront-ils : ‘Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et les tribus, étaient-ils vraiment juifs ou chrétiens?’ Dis : ‘Est-ce vous, ou bien Dieu, qui êtes les plus savants?’ Qui est plus injuste que celui qui cache un témoignage qu’il A de Dieu? « (Trad. D. Masson)

G7. 2.146:

« Ceux à qui Nous avons donné le Livre le reconnaissent comme ils reconnaissent leurs enfants. Oui, or partie d’entre eux cachent la vérité alors qu’ils SAVENT! »

 

G8. 2.159:

« Ceux (d’entre les juifs) qui cachent les Signes manifestes et la direction que Nous avons révélés depuis que Nous les avons fait connaître aux hommes au moyen du Livre: voilà ceux que Dieu maudit. » (Trad. D. Masson)

 

G9. 2.174:

« Ceux qui cachent ce que Dieu a fait descendre du fait du Livre et le vendent à vil prix, ceux-là ne s’emplissent le ventre que de Feu. »

 

G10. La Famille d’Amram (Al ‘Imran) 3.69-71, an 2-3 de l’Hégire:

« Une partie (Ta’ifa, ~ ) des gens du Livre aurait voulu vous égarer: ils n’égarent qu’eux-mêmes et ils n’en n’ont pas conscience.

O gens du Livre ! Pourquoi êtes-vous incrédules envers les signes de Dieu, alors que vous en êtes témoins?

O gens du Livre ! Pourquoi dissimulez-vous la Vérité sous le mensonge? Pourquoi cachez-vous la vérité, alors que vous SAVEZ? » (Trad. D. Masson)

 

G11. 3.75:

« Certains parmi les gens du Livre te rendront le quintar que tu leur as confié. D’autres ne te rendent le dinar que tu leur as confié que si tu les harcèles. » (Trad. D. Masson)

 

G12. 3.199:

« Oui, il y en a parmi les gens du Livre qui certes croient en Dieu et en ce qu’on a fait descendre vers vous et en ce qu’on a fait descendre vers eux, humbles qu’ils sont devant Dieu et ne vendant point les signes de Dieu à vil prix. Voilà ceux dont le salaire est auprès de leur Seigneur. En vérité, Dieu est prompt de compter. »

 

Ces versets font état de plusieurs accusations portées contre les juifs. Ils se sont écartés de la Torah et éprouvent un grand doute (G2). Ils écrivent leurs livres sur des feuilles séparées dont ils montrent certaines et cachent beaucoup, selon ce qu’ils veulent que les musulmans voient (G1).

 

Mais les plus graves accusations contre les juifs ont trait à leur attitude face au Coran. Ils refusent de croire au Coran (G3) et rejettent les signes de Dieu (G10). Ils vendent les signes de Dieu et leurs propres âmes pour un vil prix (G9, G12). Ils cachent la vérité – c’est-à-dire le témoignage rendu au Coran – dans leurs Ecritures (G6, G7, G9, GlO) et dissimulent la vérité concernant le Coran sous le mensonge (G10). Ils n’acceptent que la partie du Coran qui leur convient et rejettent le reste (G3) ; ils rejettent le Livre derrière leur dos (G5).

 

Cependant le Coran déclare qu’ils ont la Torah AVEC EUX (G4, G5) et rend témoignage à la vérité de la Torah qui est « entre leurs mains » (G1, G5). Les juifs ONT un témoignage de Dieu (G6) ; ils sont des « témoins » (G10); ils ONT la connaissance (G7, G10); ils LISENT le Livre.

 

Un autre verset qui résume le mieux ce jugement du Coran est tiré de la Sourate de la Vache (Al-Baqara) 2.40-44, datée de l’an 2 de l’Hégire. On lit

 

« O fils d’Israël… croyez à ce que J’ai révélé, confirmant ce qui EST AVEC VOUS (la Torah). Ne soyez pas les premiers à ne pas croire ; ne troquez pas mes signes à vil prix… Ne dissimulez pas la vérité en la revêtant du mensonge… Commanderez-vous aux hommes la bonté, alors que vous-mêmes, vous l’oubliez? Vous LISEZ le Livre. »

 

Le Coran vient donc à l’appui de la vérité de la Torah qui est AVEC les juifs et qu’ils ETUDIENT. Les juifs incrédules attendent la bonté de la part des autres, mais ils oublient de la pratiquer eux-mêmes parce qu’ils mentent en rejetant le Coran et cachent, dans leurs Ecritures, la vérité le concernant.

 

Le Coran reconnaît aussi qu’une partie du peuple du Livre est parfaitement honnête (G 12), qu’elle croit en Dieu et que certains d’entre les juifs acceptent le Coran au même titre que la Torah.

 

Mais remarquons qu’aucun des versets évoqués ne contient le moindre reproche adressé par Dieu, accusant les juifs incrédules d’avoir modifié les mots de la Torah; et des juifs tels que Abdullah Ibn Salam et Mukhairiq qui ont accepté le message du Prophète et sont devenus musulmans n’auraient certainement pas apporté de changements à la Torah.

 

  1. Versets qui parlent spécifiquement de Tahrif[10]

 

Quatre versets du Coran reprochent aux juifs d’avoir modifié ou altéré des mots et un autre les accuse de déformer la lecture par une gymnastique de leurs langues. Examinons ces versets dans leur contexte global. Souvenons-nous cependant que les quelques 50 ou 60 citations coraniques représentent déjà un contexte élargi de ces versets – dans le cadre plus général du Coran tout entier.

 

H1. La Famille d’Amram (Al ‘Imran) 3.78, an 2-3 de l’Hégire:

« Oui, et il y en a parmi eux (le peuple du Livre) qui roulent leurs langues avec une Prescription pour vous faire croire qu’elle est du Livre, alors qu’elle n’est point du livre; et ils disent : ‘Elle vient de Dieu’, alors qu’elle ne vient point de Dieu. Et ils disent le mensonge contre Dieu. Alors qu’ils savent! »

Ce verset accuse ouvertement les juifs de déformer les mots au cours de leur lecture. Ils le font pour faire croire à leur auditeurs qu’il s’agit d’autres mots de la Torah et, par conséquent, de Dieu. Le verset coranique déjoue la ruse en affirmant : « il ne vient pas du Livre, et il n’est pas de Dieu ».

 

H2. Le Plateau servi (Al-Ma’ida) 5.13-14, an 10 de l’Hégire

« Et Dieu, très certainement, prit l’engagement des enfants d’Israël. Et Nous suscitâmes d’entre eux douze chefs…

Et puis à cause de leur violation de l’engagement, Nous les avons maudits et endurci leurs cœurs : ils détournent le mot de ses sens et oublient une partie de ce par quoi on les a rappelés. Tu ne cesseras pas d’entrevoir de la trahison de leur part sauf d’un petit nombre d’entre eux, Pardonne-leur donc et passe. Oui Dieu aime les bienfaisants. »

Les juifs incrédules, dont le cœur a été endurci parce qu’ils ont violé l’alliance, « ont détourné le mot de ses sens » , et oublient (à dessein) une partie de leur loi. »

Pris isolément, ce verset pourrait signifier que les juifs découpaient au couteau des parties de leur Torah pour en changer des mots ou supprimer des passages entiers. Mais les sections D et E, ainsi que la référence H6, ont montré que le Coran considère la Torah comme « étant AVEC les juifs », comme « ETANT lue » par eux et comme « AYANT le commandement de Dieu » en elle.

C’est pourquoi il doit vouloir reprocher aux juifs de dissimuler certains versets et d’en lire d’autres hors de leur contexte, comme le confirme l’exemple bien connu du verset sur la lapidation. C’est ce qu’on appelle en arabe tahrif al-ma’nawi ou « modifier le sens ».

Mais il faut fortement souligner cette petite expression « sauf un petit nombre d’entre eux »,. Ce témoignage atteste qu’il existait quelques juifs intègres qui croyaient, comme le confirme cette autre citation du Coran. Ces juifs n’auraient jamais consenti à modifier quoi que ce soit ni dans les mots ni dans la signification de leur Torah.

 

H3. La Famille d’Amram (Al ‘Imran) 3.113-114, an 2-3 de l’Hégire

« Ils ne sont pas tous égaux. Il est, parmi les gens du Livre, une communauté droite qui, aux heures de la nuit, récite en se prosternant les versets de Dieu. Ils croient en Dieu et au Jour dernier, et ordonnent le convenable, et interdisent le blâmable, et concourent aux oeuvres bonnes. Ce sont des gens de bien… »

Dans les trois extraits coranique suivants, je crois que le Coran accuse certains juifs non de changer leur Torah, mais de modifier et de tordre le sens des paroles de Muhammad lorsqu’il récitait ou expliquait le Coran.

 

H4. La vache (Al-Baqara) 2.75-79, an 2 de l’Hégire

« Eh bien, espérez-vous que ceux-là (les juifs) deviennent croyants en votre faveur? Alors qu’un groupe (fariq, ~ ) des leurs s’est trouvé entendre la parole de Dieu, puis ils la corrompaient ( ~ ) après l’avoir comprise, – alors qu’ils savaient!

Et quand ils rencontrent des croyants, ils disent « Nous croyons » ,et une fois seuls entre eux ils disent « Allez-vous leur raconter ce que Dieu vous a découvert (dans la Torah)? » Pour qu’ils s’en fassent un argument contre vous devant votre Seigneur ! Ne comprenez-vous donc pas?

Ne savent-ils pas qu’en vérité Dieu sait ce qu’ils cachent et ce qu’ils divulguent? Et il y a parmi eux des illettrés qui ne savent du Livre que leurs désirs et ne font que conjectures.

Malheur, donc, à ceux qui de leurs mains écrivent le Livre puis disent: « C’est de la part de Dieu », pour le vendre à vil prix. Malheur à eux donc, à cause de ce que leurs mains ont écrit, et malheur à eux à cause de ce qu’ils acquièrent ! »

« Un groupe de juifs » (et non la totalité) écoutent le lecture du Coran et disent aux musulmans: « Nous croyons ». Puis ils « corrompent » sciemment les explications données par Muhammad et répondent comme le décrit d’une manière détaillée le passage suivant tiré de la Sourate des femmes. Mais en privé, ils s’adressent des reproches mutuels en disant: « Pourquoi leur dévoilez-vous ce qu’affirme la Torah? La prochaine fois, ils s’en serviront contre vous. »

 

H5. Les Femmes (Al-Nisa’) 4.44-47, an 5-6 de l’Hègire

« N’as-tu pas vu ceux-là à qui on a fait part du Livre acheter l’egarement et chercher à ce que vous vous égariez du chemin?

… Il en est parmi les judaïsés qui détournent les mots de ses sens (~) et disent: « Nous avions entendu, mais nous avons désobéi », ou : « Ecoute sans personne qui te fasse entendre », ou : « Favorise-nous », (Ra’ina), tordant la langue et attaquant la religion.

Si au contraire ils disaient : « Nous avons entendu et nous avons obéi », et « Ecoute » et « Regarde-nous » ce serait meilleur pour eux et plus droit. Mais Dieu les a maudits à cause de leur incrédulité donc, sauf un petit nombre, il ne croiront pas. O vous à qui on a donné le Livre, croyez en ce que Nous avons fait descendre (le Coran) en confirmation de ce qui EST AVEC NOUS (la Torah), avant que Nous effacions les visages… »

Comme dans le texte précédent, l’accusation est portée contre « ceux (certains) des juifs » qui « détournent le mot de ses sens »; mais les exemples donnés montrent bien qu’il s’agit des paroles de Muhammad. Yusuf Ali explique admirablement cette attitude dans sa note qui accompagne ce texte:

« Un artifice qu’utilisaient les juifs consistait à tordre le sens des mots et des expressions pour tourner en ridicule l’enseignement le plus solennel sur la religion. Alors qu’ils auraient dû dire : « Nous entendons et nous obéissons », ils affirmaient à voix haute: « Nous obéissons » et ajoutaient en murmurant: « Nous désobéissons » ; au lieu de déclarer avec le plus grand respect: « Nous entendons », ils ajoutaient à voix basse « ce qui ne s’entend pas » pour ironiser. Quand ils voulaient attirer l’attention du Maître, ils se servaient d’une formule ambiguë, apparemment innocente, mais en réalité intentionnellement irrespectueuse. Quand les arabes veulent dire « S’il te plaît, prête attention ! », ils emploient avec un profond respect l’expression ‘Ra’ina’ qui signifie aussi « Regarde-nous ». Avec une contorsion de leurs langues, ces juifs prononçaient quelque chose comme ‘O toi qui nous mènes au pâturage !' »(13)

 

H6. Le Plateau servi (Al-Ma’ida) 5.41-48, an 10 de l’Hégire:

« O messager ! Que ne t’affligent pas ceux qui concourent en mécréance, de ceux dont la bouche dit: ‘Nous croyons’ alors que leurs cœurs ne croient point! Ni non plus ceux qui se sont judaïsés. Ce sont des espions qui n’écoutent que pour le mensonge, espions qui écoutent pour les autres qui ne viennent pas près de toi détournant ensuite le mot de ses sens ils disent: ‘Si c’est ça qu’on vous a donné, alors recevez-le et si ce n’est pas ça qu’on vous a donné, alors prenez garde!’… S’ils viennent chez toi, donc, juge entre eux : ou laisse-les. Et si tu les laisses, jamais ils ne sauront en quoi que ce soit te nuire. Et si tu juges, alors juge entre eux à la balance. Oui Dieu aime ceux qui jugent à la balance. Mais comment peuvent-ils te prendre pour juge (Muhammad), – et ils ONT près d’eux la Torah où EST le jugement de Dieu -,et ensuite, après cela, tourner le dos? Ces gens-là ne sont pas croyants ! Oui, Nous avons fait descendre la Torah, où IL Y A guidée et lumière. Par elle jugent, parmi ceux qui sont judaïsés, les prophètes – ceux là sont les soumis – ainsi que les rabbins et les docteurs: par le Livre de Dieu dont on leur a confié la garde, et dont ils étaient les témoins. Ne craignez donc pas les gens, mais craignez-Moi. Et ne vendez pas Mes signes à vil prix. Et quiconque ne juge pas d’après ce que Dieu a fait descendre, eh bien, voilà les mécréants !

Et Nous y avons prescrit pour eux: vie pour vie, oeil pour oeil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Le talion aussi pour les blessures. Après, quiconque en FAIT charité, cela lui VAUT expiation. Et quiconque ne JUGE pas d’après ce que Dieu a fait descendre, eh bien, voilà les prévaricateurs.

Et nous avons lancé sur leurs traces Jésus fils de Marie, en tant que confirmateur de ce qui (la vérité) est entre les mains de la Torah. Et Nous lui avons donné l’Evangile, – où IL Y A guidée (direction) et lumière – en tant que confirmateur de ce (la vérité) qui était entre les mains de la Torah, et en tant que guidée et exhortation pour le pieux.

Que les gens de l’Evangile JUGENT d’après ce que Dieu y a fait descendre. Et quiconque ne juge pas d’après ce que Dieu a fait descendre, eh bien, voilà les pervers.

Et vers toi (Muhammad) Nous avons fait descendre le Livre avec vérité, en tant que confirmateur (de la vérité) du Livre qui est entre ses mains (en sa présence), et en tant que son protecteur. Juge donc parmi eux d’après ce que Dieu a fait descendre ; et ne suis pas leurs passions loin de la vérité qui t’est venue. A chacun de vous Nous avons assigné une voie et un chemin.

Si Dieu avait voulu, certes Il aurait fait de vous une seule communauté. Mais non. Afin de vous éprouver en ce qu’Il vous donne. Concurrencez-vous donc dans les bonnes oeuvres : vers Dieu est votre retour a tous… »

Ce passage décrit donc une situation identique. Certains « parmi les juifs (ou judaïsés) » qui prêtent l’oreille à tout mensonge – même aux citations de paroles de Muhammad par des gens qui ne l’ont jamais entendu – « changent le mot de ses sens » (litt. qui changent le mot de ses places, selon la note portée par Hamidullah dans la Sourate 4.46). Ils disent: « Si Muhammad vous affirme telle ou telle chose, acceptez-la. Sinon, prenez garde. » Ce sont les explications de Muhammad qu’ils faussent ou qu’ils rejettent, et non leur Torah.

 

Cependant, même Si je commets une erreur d’interprétation, car ces trois derniers passages font aussi allusion aux juifs qui altèrent le sens de leurs propres Ecritures (al-tahrif al-ma’nawi), le contexte général des versets mentionnés permet de déduire les faits suivants:

 

  1. Des juifs furent incrédules. Combien? Certains? Beaucoup? La plupart? Mais certains CROYAIENT en Dieu et désiraient accomplir sa volonté.

 

  1. Le Coran atteste la vérité de la Torah qui EST AVEC EUX.

 

  1. Le Coran prête à Dieu les paroles selon lesquelles les juifs « ONT la Torah qui contient le commandement de Dieu. »

 

  1. Le principe « vie pour vie, oeil pour oeil » est tiré de la Torah (Exode) comme un principe toujours valable d’après lequel les juifs doivent JUGER à moins qu’ils ne préfèrent FAIRE charité (ou pardonner la faute).

 

  1. Le peuple de l’Evangile est invité à « JUGER d’après ce que Dieu y a révélé »,

 

De ces textes – les seuls qui parlent de tahrif – nous concluons qu’à l’époque de Muhammad il y avait des juifs et des chrétiens intègres qui possédaient, lisaient et suivaient la Torah authentique et l’Evangile authentique.

 

  1. Conclusion

Résumons ce que nous avons tiré de l’enseignement que donne le Coran sur la Torah, sur l’Evangile et sur le peuple du Livre, dans les divers groupes de versets coraniques.

 

Groupe A. La vraie Torah était connue de Jean-Baptiste (Yahya, de Marie, de Jésus et de ses disciples au 1ère siècle.

 

Groupe B. Le Coran atteste l’existence de vrais croyants chrétiens au moins jusqu’au début du monachisme, vers 300-350 ap. J.-C. On peut raisonnablement admettre que ces fidèles croyants n’ont pas altéré leur propre Evangile, autrement le Coran les désignerait de faux croyants.

 

Groupe C. Le Coran confirme la vérité des livres antérieurs qui sont « entre ses mains » c’est-à-dire « en sa présence » ou « sous ses yeux ». Ces livres sont AVEC les mecquois, mais puisque ces derniers ne pouvaient pas comprendre les livres antérieurs, il fallut leur donner le Coran arabe.

 

Groupe D. D’après le Coran, Dieu lui-même, ou Muhammad à qui il l’ordonnait, en appelle à la Torah et à l’Evangile plus de vingt fois. Les Psaumes de David et la Torah sont mentionnés. Muhammad demande aux juifs d’apporter la Torah pour résoudre un différend. Les gens LISENT la Torah et l’Evangile qui sont AVEC EUX.

 

Groupe F. Les chrétiens se sont divisés et combattus mutuellement, et ils ont oublié une partie du Livre, mais aucun verset n’affirme qu’ils ont modifié ou corrompu le texte.

 

Groupes G et H. Certains des juifs sont coupables de al-tahrif al-ma’nawi parce qu’ils dissimulent des choses qui sont écrites dans leurs Livres et rejettent des passages qui ne leur conviennent pas. Ils rejettent le Coran, le revêtent de mensonge, vendent les signes de Dieu à vil prix, et sont doublement coupables de tahrif parce qu’ils transforment aussi les explications données par Muhammad. Mais rien, dans tout cela, n’indique que même ces juifs incrédules ont modifié le texte écrit de leur Torah ; de toute façon, les juifs croyants ne l’ont pas altérée et n’auraient pas toléré que d’autres le fassent.

 

Le Coran déclare lui-même dans la Sourate des Bestiaux (Al-An’am) 6.34 : « Et nul ne peut changer les paroles de Dieu », affirmation répétée dans la Sourate de Jonas (Yunus) 10.64: « Pas de modifications aux paroles de Dieu ».

 

Notre étude du Coran aboutit donc à la seule conclusion possible: des exemplaires de la VRAIE TORAH et DU VERITABLE EVANGILE circulaient à La Mecque et à Médine à l’époque de Muhammad. De plus, puisque aucun musulman n’a jamais trouvé dans les bibliothèques islamiques une Torah différente ou un Evangile différent, et puisque aucune découverte archéologique n’a mis au jour une inscription gravée qui soit différente de celles de la Torah et de l’Evangile « qui SONT AVEC NOUS », je suis absolument convaincu que les livres qui circulaient à La Mecque du vivant de Muhammad étaient identiques A LA TORAH ET A L’EVANGILE QUE NOUS LISONS AUJOURD’HUI.


Notes :

[1] Les abeilles ou An-Nahl 16:44

[2] Les abeilles ou An-Nahl 16:103 et Les poètes ou As-Shuaraa 26:195 et encore Les versets détaillés ou Fussilat 41:44.

[3] Les plus farouches adversaires du prophète Muhammad (Mahomet) (Voir « Mahomet ou Muhammad ») se sont recrutés parmi les Quraychites.

[4] Le mot hégire (arabe : هجرة hiǧraʰ, exil; rupture; séparation) signifie en arabe « émigration» ; le sens de « rupture de liens » est parfois rencontré. Il désigne la journée du 16 juillet 622 où se produit le départ des quelques premiers compagnons de Mahomet de La Mecque vers l’oasis de Yathrib, ancien nom de Médine.

Cet événement crée une rupture fondamentale avec la société telle qu’elle était connue des arabes jusqu’alors. Mahomet vient en effet de rompre un modèle sociétal établi sur les liens du sang (organisation clanique), vers un modèle de communauté de croyance.

[5] Voir «Mahomet ou Muhammad »

[6] Yusuf Ali indique dans plusieurs notes de sa traduction du Coran que cet épisode pourrait désigner 7 jeunes chrétiens d’Ephèse qui trouvèrent refuge dans une caverne lors des persécutions et furent plongés dans un sommeil de trois siècles. Il propose des dates s’échelonnant entre 440 et 450 de 1’ère chrétienne comme époque marquant la fin de leur sommeil. Yusuf Ali ajoute que le calife Wathiq (842-846 ap.J-C.) avait envoyé une expédition pour examiner et identifier la localité.(8) Dans son commentaire du verset, Hamidullah ne fait qu’évoquer cette hypothèse mais pense qu’ « il s’agit plutôt d’une époque bien antérieure au Christianisme ».

[7] Pour les Arabes, les djinns représentent une autre race habitant la terre, ce sont des esprits qui habitent les endroits déserts, les points d’eau, les cimetières et les forêts. Pour se manifester, ils prennent diverses formes, dont celles de l’homme ou des animaux, couramment des serpents. Le mot djinn ou ‘ifrit (عِفٰرِيتْ) (pluriel : ‘apharit) (عَفَارِيت) désigne d’ailleurs à la fois ces esprits ainsi que certaines variétés de serpents.

Dans l’Islam, les jinns sont des créatures dotées de pouvoirs surnaturels, ils ont été créés d’un maillage/tissage de « lumière d’une flamme subtile, d’un feu éclairant (ناَر) » (comme l’être humain l’a été à partir d’argile), ils sont appelés à croire et subiront le jugement dernier.

Les appellations spécifiques des jinns sont :

les ‘afarits (عِفَارِيت) (de ‘Iphrit عِفٰرِيتْ) : djinn de feu.

les Maritins (مَاَرِدْ) (de Marid مَاَرِدْ) : djinn d’eau.

les Sylphes (سلف) : djinn d’air

Les diables, Shèïètines (شَيٰطَيِنْ) (au singulier Shèïtan (شَيْطان), Satan pour les langues latines) sont de mauvais djinns.

 

[8] Au lieu de « dévôts »‘, D. Masson traduit : « maîtres »

[9] Hadith (arabe : حديث [ḥadīθ], hadith ; tradition du prophète, pl. أحاديث [aḥādīθ]) est un terme arabe qui désigne des paroles ou actes de Mahomet considérés comme des exemples à suivre par les musulmans. Voir « Le Hadith et son inspiration »

[10] Falsification scripturaire

Le Coran affirme que Jésus est le Messie

Le discours habituel, musulman ou islamique, affirme que :

 

  • l’expression coranique « gens du Livre » (ahl al-kitâb, littéralement « tente de l’Ecrit ») désignerait globalement les juifs, les chrétiens et les musulmans ;

 

  • le terme de « nasârâ » seraitle nom des chrétiens en arabe.

 

En fait il n’en était pas ainsi à l’origine des écrits islamiques : ce sens ne s’accorde pas avec de nombreux passages dans lesquels apparaît l’une de ces deux expressions.

 

A l’origine :

  • « ahl al-kitâb » désigneexclusivement les possesseurs de l’Ecrit, ceux qui forment sa « famille » c’est-à-dire l’ensemble des fils d’Israël, quelle que soit leur obédience. « L’Ecrit » en question étant la Torah[1].
  • les« nasârâ » constituent l’autre branche juive dont il est question dans le Coran, à côté de celle des yahûd (juifs) d’obédience rabbinique ; ce terme doit être rendu par « nazaréens », ce que même les Saoudiens sont obligés de faire à certains endroits dans leur traduction.

 

Dans quelques versets coraniques seulement, « ahl al-kitâb » et « nasârâ » supportent le sens qui leur est donné aujourd’hui ; il s’agit de versets qui ont été l’objet de manipulations, introduites dans le texte ou résultant de fausses lectures, ce que cette réflexion met en lumière.

 

Sans ces clefs de compréhension, la lecture du texte coranique actuel ne peut pas sortir d’un carcan d’obscurités et de contradictions.

 

Une des questions essentielles à se poser, parmi tant d’autres : quand le texte coranique évoque les gens du Livre ou l’appellation de nasârâ, de qui parle-t-il ?

 

L’expression « ahl al-kitâb » est utilisée 31 fois dans le texte coranique[2]. Ces occurrences ne sont pas réparties également : au-delà de la sourate 5, elles deviennent rares, apparaissant dans les sourates 29, 33, 57, 59 (2 fois) et 98 (2 fois).

 

Les chrétiens n’ont jamais été appelés et ne se sont jamais appelés nazaréens, sauf les dix premières années environ après la Pentecôte : les appellations utilisées étaient mešîhâyê en araméen qui pourrait se rendre par « messiens » ou Christianoi en grec qui a donné chrétiens dans l’Empire gréco-latin et dans l’Empire perse.

 

Pourquoi seraient-ils appelés autrement dans le Coran ? Les chrétiens se seraient-ils trompés d’appellation durant six siècles avant l’Islam ? Par ailleurs, même les traductions les plus étroitement conformes au dogme islamique ne rendent pas toujours nasârâ par chrétiens ; voici deux contre-exemples :

 

  • « Ceux qui ont cru, ceux qui judaïsent, lesNazaréens et les Sabéens, quiconque d’entre eux a cru en Dieu… sera récompensé » (sourates 2 : 62 et 5 : 69).
  • « Ceux qui ont cru, ceux qui judaïsent, lesSabéens, les Nazaréens, les Mages et ceux qui donnent à Dieu des associés, Dieu tranchera entre eux au jour du Jugement » (sourate 22 : 17).

 

Certes, on peut le comprendre : tout au long du Coran, les chrétiens sont accusés « d’associer » à Dieu[3] et sont voués à l’enfer. Or, le premier de ces versets et implicitement le second vouent les nasârâ au Paradis. Faudrait-il donc penser que Dieu qui dicte le Coran utilise ici le même terme pour désigner une réalité et son contraire au sujet de la communauté des Nazaréens ? Dieu ignore-t-Il que les noms propres sont faits pour désigner des gens précis ? Ou alors, est-ce une erreur continuelle de lecture, à moins que ce soit une erreur du texte lui-même ? Mais comment ? L’analyse attentive des 12 autres occurrences du terme de nazaréen et d’une partie des 31 de l’expression « gens du Livre » fournit une réponse.

 

En fait, la clef du problème a déjà été avancée par Antoine Moussali[4] dans un article[5] où il pointe le mécanisme introduisant des contradictions dans la signification du mot nasârâ dans le Coran, en particulier dans la sourate 5 où on lit :

 

  • « O les croyants ! Ne prenez pas pour amis (alliés) les juifs et lesnasârâ : ils sont amis les uns des autres »[6] ;
  • « Tu trouveras que les amis les plus proches des croyants sont ceux qui disent :Nous sommes nasârâ »[7].

 

La contradiction est telle qu’en ce dernier verset, nasârâ est rendu par Nazaréens par beaucoup de traducteurs. De plus, le premier verset coranique cité est absurde : comment peut-on prétendre que les juifs et les chrétiens sont amis ou alliés « les uns des autres » ? Les commentateurs musulmans se justifient en disant que tous ceux qui contribuent au mal sont alliés entre eux. Le sont-ils s’ils sont des ennemis les uns des autres, comme c’est généralement le cas ? Le problème se situe dans ce verset où nasârâ, qui est mis en parallèle avec yahûd (juifs), ne peut signifier que chrétiens. Une difficulté technique doit attirer l’attention : la psalmodie du passage laisse apparaître une rupture de rythme et un déséquilibre qui disparaissent si l’on omet « et les nasârâ » (wa n-nasârâ). Le texte équilibré est alors :

 

  • « O les croyants ! Ne prenez pas pour amis les juifs : ils sont amis les uns des autres ».

 

Le verset devient clair, sensé et cohérent et la contradiction avec le verset 82 disparaît. La convergence de ces trois facteurs ne laisse guère de place au doute : on est devant une interpolation. Mais pourquoi avoir ainsi inséré « wa n-nasârâ » ? Certains pourraient objecter : peut-il exister une raison grave au point qu’on ait pris le risque d’introduire une contradiction formelle majeure dans le texte à quelques versets de distance ? Il y en a une.

 

Cependant, avant d’aborder cette raison, il faut remarquer, à la suite d’Antoine Moussali, que les expressions coraniques du genre : « et / ou les nasârâ » sont toutes des interpolations perceptibles à l’audition pour tout lecteur habitué à la langue arabe[8].

 

Dans le verset 135 de la sourate 2, l’introduction de « ou nasârâ » après « soyez juifs » apparaît tout spécialement absurde ; elle amène à lire que les « fils d’Abraham » recommandent d’être « juifs ou chrétiens ». Sans l’ajout, le verset redevient sensé : « Ils ont dit : soyez juifs, vous serez sur la bonne voie. Dis : Non, suivez la religion (milla) d’Abraham, en hanîf soumis ».

 

Ce verset prend alors un sens à mettre en relation avec un autre qui lui est proche et qui doit être débarrassé, lui aussi, de son ajout, « et pas un nasrânî », ce qui donne alors : « Abraham ne fut pas un juif mais au contraire il fut un hanîf soumis » (Sourate 3 : 67).

 

Ces deux versets disent qu’Abraham n’était pas juif puisqu’il est lui-même le père des juifs et que ceux-ci, tout en se prévalant de ce qu’ils sont, n’ont pas été fidèles à la religion de ce père soumis à Dieu (muslim). Une telle idée est présente dans les Evangiles (Mt 3 : 9, Lc 3 : 8) ; mais ici s’ajoute de l’ironie car Abraham est donné en modèle du hanîf[9].

 

Les expressions coraniques du type « wa n-nasârâ » sont des ajouts qui obligent le lecteur à penser que nasârâ signifie chrétiens. Quel but poursuivait-on en tronquant sciemment le sens du mot par ces ajouts ? Le contexte historique fournit l’explication. Si, à partir de ‘Uthmân[10], la décision fut prise de présenter « l’Islam » de l’époque comme une réalité autonome voulue par Dieu, il fallait occulter son enracinement nazaréen, en particulier dans le recueil de textes qu’on cherchait à produire en opposition à la Bible des juifs et des chrétiens, même si, chronologiquement, rien indique que ce recueil n’ait jamais été dit de provenance divine avant la fin du 7ème siècle, de même que rien indique que les appellations d’Islam et de musulman aient été déjà employées au sens actuel[11].

 

Faute d’avoir des gens capables de tout réécrire, on s’est contenté d’imposer, par des ajouts, un sens nouveau au terme de nasârâ, ce qui était plus habile que de supprimer ses mentions : il est plus facile de détourner un texte fondateur que de l’effacer de manière autoritaire. Il en reste d’ailleurs des traces : deux siècles après Muhammad[12], Ibn Hishâm[13] qualifie encore Waraqa[14], qui a béni le mariage du prophète de l’Islam avec Khadija[15], de « prêtre nazaréen ». On lit également que :

 

  • « Waraqa ibn Nawfal était prêtre et chef des Nazaréens… Il était excellent connaisseur du nazaréisme. Il a fréquenté les livres des Nazaréens, jusqu’à les connaître comme lesgens du Livre ».
  • « Quant à Waraqa, il cherchait la sagesse dans le nazaréisme ; il a été mis au courant de leurs livres par lesnazaréens eux-mêmes, de sorte qu’il avait acquis une science certaine des gens du Livre ».
  • Un passage de Bukhârî[16] précise : « Il est arrivé que Waraqa est décédé et larévélation s’est tarie »[17].

 

Bukhârî ne parle-t-il pas ici des textes rassemblés en un recueil qui s’est appelé plus tard « révélation coranique » ? Il convient de signaler encore que Khadija est présentée comme apparentée à Waraqa, c’est-à-dire qu’elle était elle-même nazaréenne ; ce mariage n’est-il pas une des clefs de ce qui deviendra « l’Islam »[18] ?

 

Pour en terminer avec les occurrences du terme nasârâ, il faudrait citer les Sourates 5 (verset 14) et 9 (verset 30) où les interpolations ne se réduisent pas à quelques mots perceptibles à l’audition : elles sont plus vastes et complexes.

 

  • Sourate 5 verset 14 : Ce verset accuse lesnasârâ d’avoir « oublié une partie de ce qui leur avait été rappelé ». Mais dans le Coran, où lit-on que les chrétiens ont « oublié » une partie de la Révélation, c’est à dire ce qui aurait concerné la future venue de Muhammad[19] ? Ou alors, il faut voir une relation avec le verset 6 de la sourate 61 où le texte fait dire à « Jésus » qu’Il est « l’annonciateur d’un messager après moi, dont le nom sera Ahmad[20] »[21]. Mais là encore, on se trouve confronté à une apologétique[22] islamique tardive, qui s’est bâtie sur une comparaison très imaginative avec le mot grec paraklètos, présent dans l’Evangile selon Jean[23]. Le texte coranique originel peut-il receler des polémiques qui apparaissent plus d’un siècle plus tard ? Tout comme le verset 6 de la sourate 61, le verset 14 de la sourate 5 apparaît comme une longue interpolation faite d’emprunts aux versets 12 et 13 qui précèdent.

 

  • Sourate 9 verset 30 : l’interpolation commence par l’expression « wa n-nasârâ » et continue par ce que ces nasârâ sont supposés dire : « disent que le Messie est le fils de Dieu ». On dirait que les interpolateurs ont eu peur que les autres interpolations avec le mot nasârâ, plus subtiles, ne suffisent pas à convaincre les lecteurs du fait que ce mot veuille dire chrétiens. Ce verset affirme donc que les nasârâ croient que Jésus est le Fils de Dieu, ce qui est absolument contraire à ce que croyaient les nazaréens historiques[24].

 

L’enjeu est d’importance, car si on lit ces passages à la lumière du véritable sens de nasârâ alors non seulement le message du Coran s’en trouve modifié mais son origine ne fait plus aucun doute… Par exemple, si on lit à la suite les versets 12 à 20 de la sourate 5, en omettant le verset 14, non seulement il n’est plus question de chrétiens, mais l’ensemble du passage prend un sens rigoureusement cohérent : il s’agit d’une diatribe[25] contre une partie importante des « fils d’Israël » qui n’est pas restée fidèle à ses engagements (Sourate 5 verset 12), qui a oublié « une partie de ce qui leur a été rappelé » (Sourate 5 verset 13) et à qui un « Messager est venu dans le passé (qad) » apportant une lumière et un écrit qui expose ce qui était tenu caché (sourate 5 verset 15). Or, ce « Messager de Dieu envoyé aux fils d’Israël », d’après le verset 6 de la sourate 61 sans la partie interpolée, c’est Jésus ! La diatribe des versets 12 à 20 de la sourate 5 est donc un long reproche fait aux judaïques de ne pas reconnaître le Messie-Jésus, d’imaginer qu’Il est mort (sourate 5 verset 17 où s’insère une allusion dialectique et sans doute originelle à la foi chrétienne[26]), de se croire les « fils préférés de Dieu » (sourate 5 verset 18 sans l’interpolation wa n-nasârâ), de ne pas recevoir le message de Jésus (sourate 5 verset 19) et de ne pas écouter Moïse alors qu’ils lui doivent tout (sourate 5 verset 20).


Notes :

[1] Le terme Torah, ou Thora ( ou , instruction) est employé pour désigner, au sens restreint, la Torah de Moïse et au sens large la totalité des textes légaux, éthiques et religieux fondant le judaïsme.

[2] Ce qui représente un pourcentage important (24,41%) des 127 occurrences du mot ahl au total. Lorsque le mot « Ahl » (gens) s’ajoute à un autre mot pour déterminer une zone d’influence ou une appartenance forte : « Ahl » d’un homme -> les personnes particulières à lui ; « Ahl » de la mosquée -> ceux qui fréquentent telle mosquée ; « Ahl » de la forêt -> les habitants de cette forêt ; « Ahl » d’un acte -> ceux qui sont les responsables de l’acte… « Ahl-al-kitâb » -> ceux qui sont sous l’influence du Livre (la Torah).

[3] Cette expression exprime la pensée islamique que Jésus est associé à Dieu qui est Unique car Jésus ne peut être Dieu. Les chrétiens sont donc appelés des associateurs.

[4] Le Père Antoine Moussali (1921 – 2003) a été directeur des établissements scolaires lazaristes de Damas. Il a enseigné l’arabe à l’Université d’Alger de 1980 à 1986 et publié plusieurs études théologiques et sociologiques en langue arabe. Il a reçu le prix 1998 de l’Académie d’Education et d’Etudes Sociales pour la Croix et le Croissant.

[5] Interrogations d’un ami des musulmans, Collection Vivre avec l’Islam ?, 1997, pages 235 à 240.

[6] Sourate 5 : 51.

[7] Sourate 5 : 82.

[8] Par exemple : sourates 2 : 111 ;  2 : 113 avec la suite : « et les nasârâ disent : les juifs ne tiennent sur rien » ; 2 : 120 ;  2 : 135 ; 2 : 140 ; 5 : 18.

[9] Pluriel : hanefîm ou hanupa. Le Midrash ajoute cette précision : « R. Jonathan a dit : Quand un dérivé de la racine hnf apparaît dans l’Ecriture, le texte vise les mînîm » (Bereshit Rabba chapitre 48, 18,1). Minim (hébreu mishnaïque, francisé en Minéens) est un terme utilisé dans le Talmud et le Midrash pour désigner des Juifs dissidents, hérétiques ou sectaires. Bien que rien ne l’indique avec certitude, il est généralement (mais pas unanimement) admis que le terme désigne plus souvent les premiers chrétiens que les autres sectes.

[10] ‘Uthman ibn Affan, `Othman ou `Othmân ben `Affân ben al-`Âs ben Amîa est le troisième calife de l’Islam (644-656). Selon la tradition, il est le premier mecquois converti à l’islam. Choisi comme calife de préférence à un autre, il suscita des mécontentements autour de lui : d’abord, par la confiscation au profit de son clan d’une partie du butin ramené des conquêtes d’Afrique, d’Asie Mineure et de Perse, ensuite, en fixant officiellement le texte du Coran. Les copies du Coran écrites de nos jours sont censées suivre mot pour mot et lettre pour lettre cette compilation des copies d’Uthman, écriture nommée « ar-rasm al-othmanî ». Quelques-unes de ces copies existeraient encore aujourd’hui, une à Istanbul, une à Tachkent (Ouzbékistan), une copie au British Museum de Londres. Le matériel qui aurait servi à la compilation a été détruit sur la demande d’Uthman. Les hommes pieux et, plus récemment, les scientifiques, s’interrogent sur cette décision qui rend la reconstitution chronologique de la révélation très difficile et incertaine.

[11] Avant le 8ème siècle, muslim signifiait « soumis à Dieu » comme on le lit dans le texte citant les Apôtres dans la sourate 5 au verset 111 (conformément à l’araméen) et islâm signifiait soumission : voir «Le mot musulman emprunté au Nouveau Testament ».

[12] Voir « Mahomet ou Muhammad »

[13] Ibn Hisham (mort en 833) a publié une biographie de Mahomet écrite par Ibn Ishaq (historien arabe musulman et hagiographe. Il a recueilli des traditions orales qui ont formé la base de la première biographie du prophète islamique Mahomet. Cette biographie est généralement appelée Sirat Rasul Allah, « La vie du Messager de Dieu »). L’œuvre d’Ibn Ishaq est perdue et n’est aujourd’hui connue qu’au travers de textes de Ibn Hisham et al-Tabari (l’un des premiers et le plus éminent historien et exégète du Coran).

[14] Cousin de Khadija, première épouse de Muhammad. Waraqa était selon certaines sources (Histoire d’Aïcha) un prêtre converti au christianisme nestorien, le prêtre ou prêcheur de la Mecque et mourut en chrétien nestorien. Cependant, des recherches récentes tendent à faire penser qu’il était ébionite ou judéo-nazaréen. Il a présidé au mariage de Mahomet en tant que « prêtre nasraniy » (nazaréen).

[15] Première épouse du prophète de l’islam Muhammad qui n’en épousa pas d’autres tant qu’elle était vivante.

[16] Mohammed al-Boukhari (810 – 870) est un célèbre érudit musulman dont les écrits sont des références islamiques.

[17] Azzi, page 205. Une étude exhaustive concernant Waraqa a été menée par Joseph AZZI dans les chapitres I et III de son livre Le prêtre et le prophète. Une étude sur les origines de l’Islam, traduite de l’arabe par Salina Morsy, Paris, Maisonneuve et Larose, 2004. Les citations qui en sont tirées ici proviennent d’Ibn Hishâm, as-Sîratan-nabawîya, et d’Al-Bukhârî pour ce qui concerne la troisième.

[18] Voir « L’Islam issu d’une hérésie chrétienne »

[19] Voir « Mahomet est-il prédit dans Deutéronome 18 »

[20] Equivalant à Muhammad.

[21] Voir « Le paraclet, le Saint-Esprit et Mahomet »

[22] L’apologétique est un champ d’études théologiques ou littéraires consistant en la défense systématique d’une position.

[23] Aux chapitres 14 et 15 de l’Evangile de Jean, Jésus annonce un Parakletos qui doit venir. La partie centrale du verset 6 de la sourate 61 se présente comme l’écho de cette annonce. Or, ceci ne fonctionne que si ahmad est le même mot que Parakletos, comme le répète le discours islamique depuis le 10ème siècle jusqu’à nos jours… Alors qu’il n’existe aucune identité entre les deux termes et que le vague rapprochement invoqué ne peut jouer que sur une transposition erronée de parakletos en arabe et une compréhension erronée en grec. De plus, selon la version du Coran de Ubbay, Jésus n’annonce pas ahmad mais une communauté à venir. En d’autres termes, il apparaît que la version originelle du verset 6 de la sourate 61 disait simplement : « Et quand ‘Îsâ (Jésus) fils de Marie dit : Ô fils d’Israël, je suis le messager de Dieu vers vous, ils dirent : Ceci est de la sorcellerie manifeste ».

[24] « Leur croyance était que le Jésus n’était pas le Fils de Dieu, mais simplement un prophète qui voulait suivre Jean » (Origène, Volume 11 page 150 ; Origène fut un philosophe, et théologien chrétien du 2ème et 3ème siècle)

[25] Une diatribe est un texte ou un discours qui attaque de façon violente une personne ou une institution. C’est une critique amère, violente, le plus souvent sur un ton injurieux.

[26] Ce verset 17 de la sourate 5 vise « ceux qui disent : Dieu est le Messie ». Dans le langage et la culture, la dialectique est toujours un moyen de s’autojustifier en opposant entre elles deux positions contraires à celle qu’on veut promouvoir. Ici et ailleurs, le texte coranique entend opposer les judaïques qui refusent le Messie et disent qu’Il est mort, aux chrétiens qui Le considèrent comme Dieu venu en Marie c’est-à-dire comme présence de Dieu venu visiter son peuple. Le but de la dialectique est toujours la synthèse : si d’une part les judaïques ont tort et que d’autre part les chrétiens ont tort également mais en sens contraire, ceux qui sont au milieu, ou plutôt au-dessus des oppositions, ont raison. Ils proclament que Jésus est le Messie mais non présence de Dieu et qu’Il est tenu vivant en réserve au Ciel depuis son enlèvement de la croix. Ils affirment ainsi avoir la vraie doctrine (millah, religion), celle d’Abraham.

La divinité Jésus-Christ par le Coran

La Bible (Thora et Evangiles) est annoncée comme le livre de Dieu par le Coran… Plusieurs sourates nous donnent même l’information que la Thora et les Evangiles sont bons : 74.31; 87.18; 25.35; 35.25; 34.23-24; 54.43; 37.114-117; 19.28-29; 21.48; 29.27; 29.46-47; 32.23; 40.53-55; 41.45; 42.15; 45.16-17; 45.28-29; 46.10; 11.16-17; 28.43; 28.48-49; 28.52-53; 23.49; 13.36; 17.2; 17.4-7; 17.55; 6.20; 6.114; 6.124; 98.1; 2.1-5; 2.53; 2.87; 2.121; 2.136; 2.144-145; 2.176; 2.213; 2.285; 3.65; 3.81; 3.84; 3.99; 3.119; 3.183-184; 3.187; 62.5; 4.51; 4.54; 4.131; 4.136; 4.150-153; 4.171; 57.25; 5.62; 5.85-86.

 

De plus, il est clair que d’un point de vue coranique, la Bible n’a pas été modifiée comme certains le prétendent depuis non seulement Muhammad, mais depuis les disciples de Jésus eux-mêmes.[1]

 

Ceci exposé, nous voyons que dans la Parole de Dieu, les personnes qui croient en Christ sont appelées « fils de Dieu » (Romain 8:14). Certains musulmans s’appuient sur cet état de fait pour « prouver » que Jésus n’est pas le Messie, ou le dernier des prophètes[2]… mais que le Dernier des derniers prophètes est Muhammad[3]… Cependant aucun n’est appelé fils UNIQUE de Dieu, si ce n’est à Jésus seul :

Personne n’a jamais vu Dieu; LE FILS UNIQUE, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître. (Jean 1:18)

Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné SON FILS UNIQUE, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. (Jean 3:16)

 

Il faut donc comprendre qu’il y a une distinction très nette entre les croyants qui sont appelés fils de Dieu, et Jésus, le Fils Unique de Dieu. Les croyants (disciples de Jésus-Christ) deviennent enfant de Dieu par adoption ; c’est une pure grâce de l’Amour de Dieu.

 

Une autre distinction faite entre l’appellation de « fils de Dieu » donnée aux prophètes et celle donnée à Jésus est encore plus clairement établie en ces versets :

Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères PAR LES PROPHETES, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé PAR LE FILS, qu’il a établi HERITIER de toutes choses, par lequel il a aussi créé le monde, et qui, étant le reflet de sa gloire et l’empreinte de sa personne, et soutenant toutes choses par sa parole puissante, a fait la purification des péchés et s’est assis à la droite de la majesté divine dans les lieux très hauts. (Hébreux 1:1-3)

Dans ce passage, Jésus est distingué des autres prophètes par l’appellation « LE FILS », ceci nous fait bien comprendre que l’appellation de « fils de Dieu » attribuée aux croyants obtenue par la foi, n’est pas à confondre avec le titre de « fils de Dieu » attribué à Jésus.

Par ailleurs notons que dans ce passage, Jésus est dit être l’Héritier de toutes choses. Seulement qui est l’Héritier de toutes choses si ce n’est Dieu ? Et les enfants de Dieu (aussi appelé « fils de Dieu ») ne sont, eux, que « co-héritiers » (Ep 3 :6).

 

Les musulmans ne devraient pas avoir de problème avec cette dernière affirmation, puisque selon le Coran, l’Héritier de toutes choses, n’est autre qu’Allah :
Et c’est bien Nous qui donnons la vie et donnons la mort, et c’est Nous qui sommes l’HERITIER [de tout]. (Sourate 15:24)

C’est Nous, en vérité, qui HERITERONS la terre et TOUT ce qui s’y trouve, et c’est à Nous qu’ils seront ramenés. (Sourate 19:40)

Ainsi le Coran déclare que Dieu est l’Héritier de toutes choses, et la Bible indique que l’Héritier de toutes choses, c’est Jésus. Par conséquent, ceci signifie pour le musulman, que Jésus est réellement Dieu selon la Bible.

 

Ceci n’est qu’un exemple ! En effet, une étude minutieuse des titres et des qualificatifs donnés à Jésus dans la Bible montre rapidement que Jésus a les attributs de Dieu, mais aussi ceux octroyés à Allah par le Coran… Jésus est donc bien Dieu !


Notes :

[1] Voir « Preuve par le Coran de l’invariabilité de la Bible »

[2] Voir « Muhammad est-il un successeur de Jésus »

[3] Voir « Mahomet ou Muhammad »