Parfois nous entendons des chrétiens ou des musulmans (plus souvent les chrétiens que les musulmans) affirmer qu’en fait il s’agit du même Dieu. L’Allah du Coran est-il le même Dieu que celui dont il est question dans l’Ancien et le Nouveau Testaments ?
Ceux qui préconisent le dialogue entre musulmans et chrétiens soulignent que les deux religions ont les mêmes racines : les deux révèrent Abraham et le considèrent comme leur ancêtre. Le Coran, comme la Bible, raconte l’histoire du péché d’Adam et de sa femme dans le paradis, ainsi que celle de Moïse et de la traversée de la mer Rouge. Le Coran, comme la Bible, parle de Jésus, de Marie et de Jean-Baptiste. Pourtant, malgré les similitudes, les personnes et les événements n’ont ni le même contenu, ni le même sens.
Examinons les similitudes et les différences les plus remarquables existant entre la Bible et le Coran, entre les credos chrétien et musulman.
DIEU
Chrétiens et musulmans croient en un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre, et de chaque être humain, qui a révélé sa volonté dans un livre saint. Au jour du jugement, à la fin des temps, Dieu appellera chacun à lui rendre des comptes.
Coran
Bible
Allah est le créateur de l’univers et de chaque homme, mais il est transcendant, c’est-à-dire séparé de la création. Il n’y a aucun lien entre le créateur et la création. (Sourate 55:1-78; 6:100-101)
Dieu a créé l’homme à son image et l’a fait son partenaire. Il a révélé sa nature dans sa création. Jésus est le pont qui relie Dieu à l’homme. (Jn 1:1-2)
Allah n’a pas d’enfants. Jésus ne peut pas être adoré comme Dieu. Croire à la Trinité, c’est être polythéiste. Adorer plus d’un seul dieu est le pire des péchés pour l’islam; il n’y a pas pire péché pour l’islam; il ne peut pas être pardonné, puisqu’il n’y a qu’un seul Dieu (Allah signifie « le Dieu » ou « la déesse »). (5:72-73; 4:171-172)
Jésus-Christ est le Fils unique de Dieu. Jésus est venu sur terre comme être humain tout en étant Dieu. Le Père, le Fils et l’Esprit sont un seul Dieu trinitaire. (Jn 1:1-2)
Allah n’est pas le père de Jésus- Christ. Il est le Dieu omnipotent et miséricordieux. Le Coran accuse les chrétiens d’adorer trois dieux: Dieu, Jésus et Marie. (9:30 -31)
Dieu est le Père de Jésus-Christ et le Père de ses enfants. (Rm 8:15-17). La Trinité est composée du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Marie était un simple être humain et n’a pas de place dans la Trinité. (Mt 28:19)
Jésus
Le Coran et la Bible nous apprennent que Jésus a été envoyé par Dieu à Israël. Les deux l’appellent « Christ ». Il est né de la Vierge Marie, il a appelé les Israélites à la foi, il est monté au ciel et il reviendra sur terre à la fin des temps.
Coran
Bible
Jésus a été créé par Allah, par sa parole (« Sois! »), et implanté en Marie par la puissance de Dieu. Il n’est qu’un être humain. (3:59; 5:75; 5:116-117)
Jésus a été conçu par le Saint- Esprit en Marie. Il était, en une seule personne, un véritable être humain et vrai Dieu en même temps. (Lc 1:35)
Jésus a été un des plus importants prophètes de l’histoire, mais Mahomet est le dernier prophète, le « sceau des prophètes ». (33:40; 6:16) La venue de Mahomet est déjà annoncée dans l’Ancien Testament par Moïse et Esaïe. Dans le Nouveau Testament, Jésus lui- même annonce Mahomet. (2:57ss; 7:157)
Jésus est entré dans le monde comme le Sauveur et le Rédempteur annoncé dans l’Ancien Testament. Comme Fils de Dieu, il est supérieur aux autres prophètes, et il a annoncé la venue du Saint- Esprit comme conseiller. (Jn14:16) Mahomet n’est pas annoncé dans la Bible et ne remplit pas les conditions bibliques exigées pour être prophète de Dieu. (Ac 10:43)
Jésus n’a pas été crucifié et n’est pas ressuscité. La crucifixion aurait été un échec humiliant pour Jésus. Même s’il était mort sur la croix, il n’aurait pas pu apporter la rédemption à l’humanité. Le Coran n’est pas clair sur la fin de la vie de Jésus. Sans doute Allah l’a-t-il emmené au ciel face à ses ennemis. Après cela, quelqu’un d’autre (Judas que Dieu a fait ressembler à Jésus) a été crucifié à la place de Jésus. (4:157-158)
Jésus est mort sur la croix selon la volonté de son Père. Il a été mis au tombeau et il est ressuscité des morts le troisième jour. C’est ainsi qu’il a remporté la victoire sur le péché et la mort; c’est lui, représentant de l’humanité, qui a opéré la rédemption. (1 P 1:18-19)
Le péché, la foi et le pardon
Le Coran et la Bible soulignent que la volonté de Dieu est que les hommes croient en lui et vivent selon ses commandements. Celui qui transgresse ceux-ci et pèche ne peut en être pardonné que par la miséricorde de Dieu. Le Coran comme la Bible promettent la vie éternelle à ceux qui croient.
Coran
Bible
Adam a péché au paradis en mangeant le fruit défendu, mais l’homme n’a pas été coupé de la communion avec Allah par cette transgression. Il n’y a ni Chute, ni péché originel pour l’islam. (2:35-39)
Adam a transgressé le commandement de Dieu en mangeant le fruit défendu. Ce faisant, il a fait venir sur tous les hommes le péché, la mort et la séparation d’avec Dieu. La réconciliation avec Dieu n’est possible que par la mort de Jésus. (2 Co 5:18-19; Rm 3:20)
L’homme est toujours capable de choisir entre faire le bien ou faire le mal. Il peut plaire à Allah en obéissant à ses commandements et en accomplissant de bonnes actions. S’il transgresse les commandements, cela n’affecte pas vraiment Allah, puisque c’est d’abord contre lui-même que l’homme pèche. (7:19-25; 7:23)
La nature de l’homme est corrompue après la Chute. Il est incapable de faire quoi que ce soit pour expier ses fautes. S’il essaie d’observer la Loi de Dieu, il ne fera que s’enfoncer davantage dans le péché. Chacun de ses péchés est toujours dirigé contre Dieu. (Rm 3:10-12,20; Ps 51:6)
La foi, c’est croire qu’Allah existe, lui être reconnaissant et obéir à ses commandements. (2:177)
La foi, c’est reconnaître son état de péché et sa propre condamnation, accepter la rédemption en Jésus- Christ et vivre selon les commandements de Dieu par la puissance du Saint-Esprit. (Ac 9:1-18)
Le pécheur qui se repent espère obtenir le pardon d’Allah. Le Coran loue souvent la miséricorde et la grâce d’Allah , mais dans chaque cas le pécheur ne sait pas s’il recevra ou non le pardon. Il n’est pas certain, dans la vie présente, d’aller au paradis après sa mort. Allah est trop omnipotent pour que l’homme puisse déterminer avec certitude son comportement envers les hommes. (7:156; 3:31)
Le pécheur qui se repent a la certitude que Dieu lui accorde son pardon, puisque Dieu, dans sa Parole, a promis de le faire. (1 Jn 1:9) Quiconque se réclame de la mort de Jésus et accepte son pardon a l’assurance de la vie éternelle. (Jn 1:12; 1 Jn 3:1)
La Parole de Dieu et le Saint-Esprit
Musulmans et chrétiens croient que la Parole éternelle de Dieu est authentique et révélée dans son livre sacré. La Parole de Dieu nous dit comment Dieu est intervenu dans l’histoire des hommes. La Parole de Dieu nous indique aujourd’hui comment orienter notre vie et notre foi. La révélation de Dieu aux hommes s’est faite sous l’action de l’Esprit.
Coran
Bible
Le Coran est la parole d’Allah, pure et inaltérée, copie authentique de la révélation céleste originelle. A la différence du Coran, l’Ancien et le Nouveau Testaments ont été corrompus au fil du temps. Le Coran rectifie l’Ancien et le Nouveau Testaments là où ils diffèrent de lui. (2:2; 2:97-98; 43:2-4; 2:83)
La Bible est la sûre Parole de Dieu. Le Saint- Esprit a présidé à sa rédaction. La Bible ne peut pas faire l’objet de corrections. Elle reste la Parole de Dieu immuable pour l’éternité. (Ap 22:18)
Le Coran a été directement révélé à Mahomet par l’ange Gabriel. La personnalité de Mahomet lui-même n’a eu aucun rôle, ce qui garantit l’authenticité du Coran. (26:192-194)
Diverses personnes ont été inspirées par le Saint-Esprit, de sorte que la Bible reflète leurs caractères particuliers. La personnalité des auteurs bibliques est évidente dans chacun des livres. (2 Tm 3:16)
L’Esprit de Dieu était à l’œuvre dans la révélation des Ecritures qui ont été communiquées à des individus choisis au cours de l’histoire (la Torah à Moïse, les Psaumes à David, l’Evangile à Jésus et le Coran à Mahomet). (16:102). Certains individus (par exemple Jésus) ont été remplis de la puissance de l’Esprit (2:87; 5:110), mais l’Esprit fortifie aussi les croyants (58:22).
La personne du Saint-Esprit est Dieu lui-même, et fait partie de la Trinité. L’Esprit convainc les hommes de péché et de culpabilité. C’est à la Pentecôte qu’il est venu. Il confère des dons spirituels aux croyants et produit du fruit en eux. (Gn1:26; Jn 14:16; Ga 5:22)
CONCLUSION
L’islam et le christianisme ont plusieurs points communs: Dieu, le Créateur, le Jugement dernier, la vie éternelle et la mort éternelle. Certains personnages de l’Ancien Testament comme Adam, Noé, Abraham, Moïse, David et Jonas sont également présents dans le Coran. Même Jésus et le Saint-Esprit sont mentionnés dans le livre saint des musulmans. Jésus-Christ y est appelé « Parole de Dieu », « Esprit de Dieu » et « Messie ». Cependant, souligner ces similarités ne procure qu’une compréhension superficielle des deux religions. C’est surtout à propos de la personne de Jésus-Christ que se situent les différences les plus importantes entre le Coran et la Bible.
Selon le témoignage biblique, Jésus-Christ était non seulement un prophète mais aussi le Fils unique de Dieu, tandis que le Coran nie explicitement la filiation de Jésus. Alors que l’Ancien et le Nouveau Testaments affirment que la souffrance de Jésus et sa mort sur la croix étaient nécessaires pour racheter ceux qui sont atteints par le péché originel, le Coran rejette non seulement la crucifixion de Jésus, mais aussi le péché originel et la nécessité de la rédemption. La crucifixion, la rédemption, la filiation du Christ et la Trinité, qui sont les piliers de l’enseignement biblique, constituent pour le Coran les aberrations du christianisme, et plus encore des blasphèmes.
Alors que seuls ceux qui croient en Jésus-Christ, Fils de Dieu, et qui acceptent son sacrifice expiatoire sur la croix hériteront la vie éternelle, le Coran affirme clairement que seuls ceux qui croient que Mahomet a été le dernier prophète de Dieu et que le Coran est la pure vérité hériteront la vie éternelle. Pour les musulmans, les chrétiens avec leur doctrine de la Trinité (qui comprendrait, selon le Coran, le Père, le Fils et Marie !) commettent le plus grave des péchés : celui de polythéisme. Ces principales différences théologiques entre le Coran et la Bible manifestent clairement que le créateur omnipotent du Coran ne peut pas être le Dieu trinitaire de la Bible, le Père de Jésus-Christ. Prenons donc garde d’être tenté d’amalgamer les deux dans le but :
soit d’éviter de se positionner en tant que témoins fort de la Vérité
soit en souhaitant les attirer à l’Evangile « en douceur »…
Dans les deux cas, ce n’est pas un témoignage à la Vérité que d’assimiler Dieu et Allah car il apparaît clairement à la lecture des Ecritures que les doctrines islamiques sont des « doctrines de démons » (1 Tm 4 :1)
La façon dont nous nous représentons Dieu se montre dans nos actions. Ishak Ibraham dit que « …le comportement d’un homme est la démonstration la plus convaincante de sa compréhension de Dieu; et son idée de Dieu exerce une influence profonde sur sa manière d’agir ». Cela est vrai pour les musulmans aussi bien que pour les adhérents des autres religions.
De nombreux livres ont été publiés sur la vie de Muhammad. Par millions ses disciples ont étudié et admiré sa personnalité, il semble que nous puissions percevoir dans une certaine conception musulmane et dans la vie quotidienne, que Dieu, d’une façon ou d’une autre, a pris de moins en moins de place, tandis que Muhammad a pris de plus en plus une position d’importance.
Dieu est si merveilleux, si majestueux, si inaccessible. Mais Muhammad est humain, il est plus proche.
Les musulmans tendent à être davantage impressionnés par lui. C’est une légende. C’est leur héros. Ils utilisent son nom pour un serment. Ils font la louange de ses actions et ils évoquent les détails de sa vie quotidienne. Comme l’explique Ray Register: « Les musulmans ont développé une aura de sainteté autour de Muhammad. Chacun de ses actes en tant qu’homme a fixé le modèle de la vie quotidienne de tout musulman pieux »
Il est le sceau de tous les prophètes.
C’est-à-dire qu’il est le dernier et le plus important de tous. Ainsi, c’est le dernier messager de Dieu pour ce monde. Son message est donc la conclusion de tous les messages divins. Celui-ci s’adresse à tous les peuples, de toute race et de toute langue jusqu’au Jour du Jugement (Coran 7:158). Tous les apôtres et prophètes avant Muhammad étaient régionaux, et leurs messages ne s’adressaient qu’aux personnes de leur région.
Il fut créé avant tout autre création ou vie humaine.
Il est né pur.
Tor Andrae montre que les musulmans croient que Muhammad « était né pur et sans tache comme un agneau qui naît circoncis, et avec le cordon ombilical déjà coupé »
Sa religion est la religion parfaite.
Le Coran dit que l’islam est la religion parfaite de Dieu. Par elle, Dieu a accompli sa faveur envers l’homme (Coran 5: 3).
En fait, on peut observer des signes de vénération, d’adoration et presque de déification de Muhammad bien que les musulmans prétendent ne pas l’adorer et que lui-même les exhortait à n’adorer que Dieu seul. Considérons ce qui suit :
1 – Muhammad est vénéré au-dessus de tout autre être humain. Zafar Ah Khan dit dans l’un de ses poèmes: « Même si ma relation avec Dieu est rompue, que ma main ne se détache jamais du bord du vêtement de l’élu [Muhammad]. »
2- Il est considéré comme étant infaillible dans son jugement.
3- Il est considéré comme étant sans péché. Cette idée est maintenue, bien que le Coran dise que Muhammad fut chargé :
a – de dire à ses disciples, « Je ne suis qu’un être humain comme vous »
b – de demander pardon à Dieu pour son péché (Coran 18:109 ; 40: 55).
4-Son intercession peut procurer aux personnes l’entrée au Paradis.
5 – il est invoqué dans la prière. Les musulmans s’adressent à Muhammad dans certains appels à la prière, disant: « O! le plus beau dans la création de Dieu, celui au beau visage [visage aimable] le messager de Dieu… »
Allah est le mot arabe pour désigner « Dieu ». L’étymologie que rapporte Dalil Boubakeur[1] est la contraction de Al-Ilāh, (« le Dieu ») en Arabe.
Le mot Allah est utilisé par les musulmans du monde entier, ainsi que par les arabophones chrétiens, juifs ou autres. La plupart des musulmans francophones préfèrent utiliser cette appellation plutôt que le mot « Dieu »[2], car celui-ci peut prendre une forme féminine (déesse) ou un pluriel (dieux), alors qu’Allah est unique, ni masculin ni féminin. D’un point de vue musulman, Allah est considéré comme le nom le plus précieux, nom qui n’est pas descriptif comme les quatre-vingt-dix-neuf attributs qui lui sont traditionnellement attribués, mais évoque la présence même du Dieu unique.
Pour comprendre qui est Allah, faisons un retour historique sur les débuts de l’utilisation de ce nom…
Le symbole du père des dieux au Moyen-Orient, c’est-à-dire Baal, l’équivalent de Zeus pour les Grecs et Jupiter pour les Romains, est, d’après l’archéologie et la Bible, un taureau avec des cornes en croissant de lune. Le dieu principal de Babylone dans l’Antiquité est le dieu de la lune lui aussi représenté par un taureau avec des cornes en croissant de lune, et plus simplement parfois par un croissant de lune.
Image ci-contre : Relief du dieu-lune Sîn, 8ème siècle av. J.-C., Harran, calcaire. Musée d’Alep (Syrie) : Le dieu Sîn disposait à Harran d’un important sanctuaire symbolisé par des hampes surmontées d’un croissant lunaire.
Au Moyen-Orient, le dieu de la lune est Ilah[3]. Il ne s’agit pas du nom propre d’un dieu spécifique mais d’une appellation générique pour « le dieu ». Chaque tribu arabe locale se rapportait à son propre dieu tribal local en le nommant Al-Ilah[4] qui est devenu plus tard Allah[5]. De plus Al-Lât, féminin de Allah est une divinité adorée à la Mecque bien avant la venue de Mahomet. Nous apprenons ainsi que Ilah (ou Allah) est adoré sur une longue période pré-islamique, parfois sous d’autres appellations de Allah que nous connaissons aujourd’hui, et donc que Allah ne trouve pas son origine dans la Bible, comme essaient de le faire croire les musulmans, mais du paganisme païen[6]. D’ailleurs, des érudits arabes le reconnaissent puisque Al-Kindi[7] a précisé que l’Islam et son dieu Allah ne sont pas venus de la Bible mais du paganisme des Sabéens[8].
Dans le hadith de Sahîh de Bukhari[9], il est rapporté, au moment où Mahomet reconquit la Mecque en 630[10], qu’il y avait 360 statuettes représentant autant de divinités. Parmi ces divinités, il y avait Baal, le seigneur et maître de tous les autres dieux !
Nous savons par ailleurs que les arabes païens de la Mecque adoraient le Al-Ilah, dieu de la lune qu’ils appelaient Hubal[11]. Ce dieu est présenté par ces habitants de la Mecque comme le seigneur le plus élevé des 360 dieux de ka’ba, tout comme Allah. En fait, Hubal est le dieu auquel les arabes païens adressaient leur prières pour Allah. En d’autres termes, Allah était Hubal[12], dieu de la lune.
Il est clair que Allah était un dieu païen vénéré à la Ka’ba avant la venue de Mahomet.
Nous venons de démontrer qui est Allah, le dieu que Mahomet a choisi d’adorer[13] : c’est le dieu de la lune[14] appelé Baal[15] dans la Bible et dans les textes des civilisation sumériennes, raison pour laquelle le croissant de lune[16] est le symbole universel de l’Islam : il se rencontre sur tous les drapeaux, toutes les mosquées…
Dans la Bible, Baal n’a aucune identité précise mais rassemble toutes les divinités qui peuvent détourner le peuple de Yahvé (Dieu dans la Bible) du droit chemin. Nous trouvons à plusieurs reprises dans la Bible « Le peuple de l’Eternel se détourna du Seigneur et adora les Baals et les Astartés[17] » (Jg 2 : 13).
[1] Personnalité de la communauté musulmane en France : recteur de la mosquée de Paris et ancien président du conseil français du culte musulman.
[2] Chaque fois qu’un musulman prononce le mot Allah en dehors de la récitation d’un verset du Coran ou de la prière, il doit prononcer la formule « Soubhanahou wa ta’ala » qui signifie « Gloire à lui, il s’est élevé (au-dessus de tout) ».
[3] Le i majuscule pourrait laisser penser qu’il s’agit de Llah au lieu de ilah.
[4] D’après le lexique arabe de Lane de 1893, Al-Ilah fait référence « au grand serpent ».
[5] La plupart des lexiques étymologiques arabes reconnaissent que le mot Allah tire son origine de Al-Ilah par contraction.
[6] Nous trouvons le signe du croissant de lune associé aux philistins et aux madianites dans la Bible (Jg 8 : 26 et Es 3 : 18), c’est-à-dire des peuples païens imprégnés de paganismes et d’idolâtries.
[7] Abu Yusuf Yaqub ibn Ishaq al-Sabah Al-Kindi (801 – 873), plus connu en Occident sous son nom latinisé de Alchindius ou Al-kindi, est considéré comme le premier philosophe (faylasuf) arabe, féru dans des domaines très variés : philosophie, mathématiques, médecine, musique, physique, astronomie. Il a écrit 290 ouvrages sous forme de bref traités.
[8] Courant religieux très antérieur à l’Islam (Jb 1 : 15, Es 45 : 14, Ez 23 : 42, Jl 3 : 8) qui consiste dans l’adoration des corps célestes, du soleil de la lune mais aussi des étoiles, soit séparément, soit ensemble. Son nom vient des Sabéens ou Sabiens, ancien peuple de l’Arabie.
[9] L’autorité du Sahîh de Bukhari est reconnue dans le monde musulman. Il comprend 7397 hadith dont 2762 différents. Les Hadith (commentaires initialement oraux et mis par écrit sous forme de recueils) sont classés par thèmes et chaque thème forme un livre (kitâb), divisé en chapitres (bâb). Il y a ainsi 97 kitâb et 3450 bâb.
[10] Les diverses divinités mentionnées dans le Coran sont: Wadd, Suwâ, Yagûth, Yaûq, Nasr (sourate 71.23), Manât, Al-Lât, Uzza (sourate 53.19 et 20).
[11] Certains auteurs arabes modernes estiment que son nom vient de Baal, appellation des dieux cananéens et phéniciens, précédé de hou, article défini dans un dialecte cananéen.
[12] Selon Muhammad ibn Ishaq (historien traditionaliste musulman arabe de Médine [704 – vers 767], connu pour avoir rédigé la première « biographie du prophète » Mahomet appelée sîra.), la statue de Hubal aurait été rapportée de voyage alors qu’elle était placée sur le toit de l’édifice de la Ka’aba. Mahomet l’aurait obtenue à Moab.
[13] Les premiers musulmans étaient à l’aise avec l’Islam, et lui faisaient confiance puisque dans la pratique il n’était pas différent des conceptions mystiques de Qusayy (gouverneur de la Mecque vers 430) : Tabari 6 : 25 « Les ordres de Qusayy n’étaient jamais désobéis » et « En ce qui concerne le hadj, il confirma le droit des Arabes de continuer leur anciennes coutumes. Il les considéra comme un devoir religieux qui ne devait pas changer. » (Tabari est né en 839 au Tabaristan en Iran, ce qui lui vaut son surnom de at-Tabarî. Il est un des plus précoces et des plus célèbres historiens, exégète et écrivain perse du Coran)
[14] Nanna ou Sîn sont les noms les plus courants du dieu mésopotamien de la Lune. Il s’agit d’une des plus importantes divinités des panthéons du Proche-orient ancien. Les Sumériens le nommaient entre autres Nanna ou Zu-en, les Akkadiens, les Babyloniens et les Assyriens plus volontiers Sîn. Son culte est réputé très ancien dans la ville d’Ur mais aussi à Harran. Sous ses différents noms, il fut très tôt adoré dans la plupart des grands centres urbains mésopotamiens. Dans la période où le pays de Sumer et toute la vallée de l’Euphrate furent sous la domination de la cité d’Ur, entre – 2600 et -2400 environ, Nanna en vint à être considéré comme le chef du panthéon sumérien. On le vénérait alors comme le « Père des dieux » ou le « Créateur de toute chose ». Le dieu-Lune est comparé à un taureau, symbole de force, de fécondité, mais surtout, en tant que « porteur des cornes puissantes », du croissant lunaire. Il est représenté par le croissant orienté vers le haut, évoquant tout à la fois la nouvelle lune, des cornes de taureau ainsi qu’une embarcation.
[15] Dans le Coran, Baal est comparé à Allah et présenté comme le Meilleur des créateurs : « Invoquerez-vous Baal (une idole) et délaisserez-vous le Meilleur des créateurs, Allah, votre Seigneur et le Seigneur de vos plus anciens ancêtres ? » (Coran, sourate 37 [les rangées] verset 125).
[16] Mahomet, en détruisant les idoles de la Mecque, dont Hubal, laissait les païens sans idole pour prier. Hubal, leur dieu principal a été remplacé par Allah, les signes associés auparavant à Hubal (comme les croissant de lune et la ka’ba) le furent à Allah. Ainsi, les païens priaient Allah devant l’image de Hubal (sources: La Mecque de Mohammed par W. Mongomery Watt chapitre 3: Religion des l’Arabie préislamique Page 26 à 45). Le culte de la lune a donc été pratiqué en Arabie plus de 2000 av Jésus-christ. La lune en croissant est le symbole le plus commun de ce culte ! Un apologiste musulman a établi que le symbole du dieu de la lune Hubal fut placé sur le toit de la Ka’ba environ 400 ans avant la naissance de Mohamet. Ceci nous donne l’origine du symbole du croissant de lune placé sur chaque minaret à la Mecque aujourd’hui et symbole central de l’Islam placé sur chaque mosquée dans le monde entier ! (source complémentaire : Muhammad le prophète, le Hafiz Ghulam Sarwar (Pakistan), p 18 et 19)
[17] De la même façon, Astartés rassemble les divinités se référant à Ishtar, la déesse de Babylone.
Islam est un mot arabe qui veut dire “soumission, renonciation et abandon”. En tant que religion, l’islam signifie une soumission totale à la volonté de Dieu en toutes choses. Un musulman est quelqu’un qui s’est abandonné à Dieu selon la foi islamique. Même des personnages historiques ayant vécu avant l’apparition de l’islam sont appelés musulmans dans le Coran, dont Abraham (Coran 2:128, 133-136), les prophètes juifs (Coran 5: 44) et les disciples de Jésus (Coran 3: 52). (Dans la version française du Coran, le mot « musulman » dans ces versets est traduit par « soumis ».)
Les musulmans vénèrent Dieu et parlent de Lui. Il est le centre de leur philosophie. Il est Un – le Souverain Créateur, le Souverain Tout-Puissant, le Juge incontestable et le Planificateur de tout – et Il est absolu dans sa volonté.
Les musulmans moyens citent avec vénération le nom de Dieu plusieurs fois par jour. Au commencement de la journée, du repas, d’une discussion ou de toute autre activité, ils disent souvent bismellah (« au nom de Dieu »). D’autres expressions telles que inshaAllah (« s’il plaît à Dieu »), subhanAllah ou alhamdulellah (« louange à Dieu »), masha’ Allah (« comme il est bon ») et Allah-u Akbar (« Dieu est grand ») ne sont que quelques-unes des déclarations généralement entendues tout au long d’une journée dans une communauté musulmane. Une réponse typique à la question désinvolte « Comment allez-vous ? » n’est pas: « Bien, merci » mais « Louange à Dieu ». Il est vrai, pourtant, que les gens utilisent de telles expressions pieuses davantage par tradition et habitude que par ferveur religieuse. Ces expressions n’indiquent pas particulièrement une foi consciente, bien que la foi en l’existence de Dieu soit une chose normale et indiscutable.
Dieu est Un
Les musulmans croient que Dieu est Un. Son unité est simple et absolue. Il n’a pas d’égal ni d’associés. En réalité, Muhammad[1] ne fut pas le premier Arabe à présenter a ses compatriotes Allah comme le seul Dieu. Son père qui naquit dans une famille pré-islamique, fut appelé Abd-ullah, « le serviteur du Dieu ». Même avant l’islam, de nombreux Arabes préféraient n’adorer qu’Allah. Ils étaient appelés des Hanifs. La croyance dans l’unité absolue de Dieu est si importante qu’elle est considérée comme étant le dogme le plus essentiel de la théologie islamique.
Il est au-dessus de tout
Les musulmans disent que Dieu est supérieur et au-dessus de tout. Il est le Créateur, mais Il est bien au-dessus de sa création et n’y intervient pas. Il est partout. Il voit et veille sur les humains, mais Il s’en tient éloigné. Il est éternel, alors que tout autre est mortel. Il est parfait en majesté et beauté. Il est tout-puissant. Il est une abstraction et les gens ne peuvent pas Le comprendre. En réalité, les gens ne devraient même pas essayer de l’expliquer. Il est au-dessus de l’analogie.
Pour la plupart des musulmans, expérimenter la réalité de Dieu ou son essence est hors de question. Il est lointain et inaccessible mais très proche d’une façon mystérieuse.
Il est le Maître Souverain
La volonté de Dieu est suprême et il fait ce qu’il veut, il pardonne à qui Il veut pardonner et il punit qui Il veut punir. Les humains ne sont pas les enfants de Dieu; plutôt, ils sont ses esclaves ou ses serviteurs et n’ont pas à discuter ou à s’élever contre sa volonté. Peu importe le fait qu’une personne soit proche de Dieu, elle se tiendra toujours dans la présence du Tout-Puissant comme un abd (un « esclave »).
L’islam rejette catégoriquement le concept chrétien d’un Dieu qui est notre Père, de peur d’en diminuer la grandeur (Coran 5:18). Par ailleurs, l’idée que « Dieu est amour » ne se trouve pas dans le Coran. Selon le saint livre de l’islam, l’amour de Dieu est réservé aux gens biens (Coran 3: 76; 9 : 4; 2:195; 3:146). De plus, même si Dieu s’intéresse à la souffrance humaine, il ne s’en occupe pas. L’islam ne voit rien de faux ou de problématique dans une telle idée.
La compréhension générale musulmane au sujet de Dieu peut être comparée à un juge assis à l’extrémité d’une course d’obstacles, sur un trône dans le faste et le luxe du Paradis. Ce souverain délivre des lois et des règlements à travers des messagers. Cependant, il n’est pas lui-même directement préoccupé à secourir les gens dans leur lutte. Alors que les coureurs rivalisent, le juge distribue récompense ou punition à chaque personne selon de ce qu’il a accompli.
Dans la compréhension chrétienne, Dieu donne les règles, et Il est directement impliqué Lui-même en parcourant la même course. Dans la Bible, Dieu a choisi la voie de la souffrance. A travers l’incarnation, Il s’identifie à l’humanité souffrante, et cela ne Le rabaisse pas et ne diminue ni sa gloire ni sa grandeur. Dans l’islam, Dieu manifeste sa souveraineté en envoyant des messagers ; dans le christianisme, en venant Lui-même. Dans la théologie islamique, la relation de Dieu avec les personnes se fait à travers la révélation et les prophètes; dans la théologie chrétienne, Dieu va jusqu’à se donner Lui-même par amour.
Le message central de l’Evangile est que Dieu a pris Lui-même l’initiative de chercher et de sauver les gens. il a visité les humains et a pris contact avec eux. Un tel concept est tout à fait incompréhensible et inacceptable pour l’islam qui enseigne que Dieu se tient à l’écart des personnes. Celles-ci doivent prendre l’initiative et entreprendre seules la course à travers une véritable lutte et une persévérance afin de transformer leur situation.
La Bible enseigne que Dieu qui est le Seigneur Souverain est profondément compatissant à l’égard de l’humanité pécheresse et impuissante. Dans son amour, Dieu est descendu pour sauver l’homme de son état de misère et de dépravation (1 Jean 4 :10). C’est la vérité la plus grande et la plus réconfortante. L’Eternel Roi Souverain de l’univers est aussi le Père compatissant et aimant !
La pensée musulmane refuse et rejette une telle idée, la trouvant inconcevable. L’islam enseigne que l’homme est censé aimer Dieu en premier et obéir à ses ordres. Alors Dieu l’aimera (voir Coran 3 : 31). Dans le Haddith, nous lisons que Dieu dit:
Si mon serviteur continue à s’approcher de moi avec des sacrifices,
Il me sera plus proche jusqu’à ce que je l’aime.
Et une fois que je l’aimerai, je deviendrai pour lui l’oreille par laquelle il entendra, l’œil par lequel il verra, la main avec laquelle il touchera, et le pied avec lequel il marchera. Et s’il m’adresse une demande, je lui donnerai, et s’il a besoin de mon aide, je la lui accorderai.
Dans le Coran, Dieu a plusieurs noms. Les musulmans en ont pris 99 et les appellent « les noms merveilleux de Dieu ». (Certains pensent que cela fut fait pour satisfaire les Arabes païens polythéistes qui adoraient les nombreuses filles de Dieu qui furent toutes détrônées par Muhammad. Mais rien ne prouve cette théorie).
Ces 99 noms parlent des attributs et des caractéristiques de Dieu. Bien que certains de ces noms se rapportent à sa compassion et à sa miséricorde, la plupart d’entre eux se rapportent à sa puissance, à sa force, et à sa vengeance. Ainsi, Il est grand, juste, exalté; Il est le Juge, le Roi du Jour du Jugement, etc.
Parfois, on peut avoir l’impression que le Dieu islamique est capricieux, parce que tandis qu’il guide dans le droit chemin, il égare aussi quelquefois les gens. Par ailleurs, Il apporte de temps à autre dégât et destruction. il est décrit aussi par des expressions comme « Celui qui abaisse », « Celui qui oblige » ou « le Tyran », « le Hautain ». Tous ces termes, quand ils sont utilisés par les hommes, ont un sens péjoratif.
Même le musulman le plus pieux n’est pas sûr que Dieu l’acceptera ou non au Dernier Jour; il ira soit au paradis soit en enfer. Abu Bakr (le premier homme converti à l’islam, le compagnon le plus proche du prophète, et le premier calife musulman après Muhammad) jura un jour: « Par le nom de Dieu, je me méfierais de la ruse de Dieu, même si j’avais déjà un pied dans le Paradis. »
Puisque Dieu est bien au-dessus de la compréhension de l’homme, celui-ci est incapable de Le définir. Même si quelqu’un essayait de Le décrire en disant « Dieu est amour » comme le font les chrétiens, cela pourrait signifier qu’il n’est pas haine. Si quelqu’un disait « Dieu est bon », cela pourrait vouloir dire qu’il n’est pas méchant. Les musulmans considèrent que de telles descriptions imposent des limites à la nature de Dieu. L’idée que Dieu soit limité est inacceptable pour eux.
L’islam enseigne cependant qu’une personne peut connaître Dieu parce qu’il s’est annoncé et s’est révélé Lui-même aux prophètes pour guider le peuple dans le droit chemin. Selon l’islam, Dieu a envoyé le Coran au plus grand des prophètes, Muhammad. L’islam est une religion avec un livre, le Coran. Pour les musulmans, le Coran est la révélation finale. C’est le plus grand de tous les livres par sa langue, son style et son message.
Le Coran est lu, appris, étudié, mémorisé et récité. Son contenu est sacré et vénéré. En tant que livre, il ne doit pas être manipulé avec légèreté ou négligence. C’est la déclaration essentielle et centrale de la religion, ce qui lui donne une extrême valeur aux yeux des musulmans. Il les influence grandement dans tous les aspects et les activités de la vie.
Une question se pose régulièrement dans les débats au sujet du coran : le texte coranique a-t-il ou aurait-il subi une manipulation, ne serait-ce que l’ajout de quelques mots ici et là, selon ce que l’on peut voir avec le terme de nasârâ[1]. Des générations de bricoleurs se sont succédé sur le texte : au début du 8ème siècle, le gouverneur Hajjaj[2] est obligé une fois encore de rappeler les textes coraniques en circulation pour les brûler et leur en substituer d’autres[3]. On ne peut regarder une histoire aussi complexe en quelques pages : un long travail d’exégèse minutieuse sera nécessaire, qui demandera la collaboration de nombreuses disciplines, dont la linguistique, l’histoire, la géographie, l’archéologie, mais aussi les études juives, syriaques, et même théologiques car il est toujours nécessaire de se demander quels sont les buts poursuivis par un groupe humain et quelles sont ses représentations de Dieu et de l’avenir du monde.
A l’origine, les sourates devaient convaincre : elles ont été composées en un style oral parfaitement clair et cohérent. Ce sont les manipulations successives qui les ont rendues souvent obscures et incohérentes, au point qu’elles ne sont même plus réellement lues : on regarde le texte non en fonction de ce qui est écrit mais de ce qu’on doit y lire en vertu du dogme islamique et des commentaires tardifs.
En attendant, il faut au moins discerner des clefs de lecture. L’une d’elles était l’objet de cet article : la distinction faite par le Coran entre yahûd et nazaréens c’est-à-dire parmi les fils d’Israël et d’Abraham à qui le Livre a été légitimement donné. Une autre clef consiste à découvrir comment le texte coranique désignait le christianisme[4] et comment cette appellation fonctionnait dialectiquement avec la dénonciation des yahûd. Une autre clef tient à la découverte de la communauté que désignait le terme de nasârâ.
Ces clefs et d’autres apportent des points de contact avec l’histoire réelle connue dont le texte semble si dépourvu[5] contrairement aux textes des évangiles qui regorgent d’informations historiques, géographiques et chronologiques. Car de tels points de contacts existent dans le texte coranique.
Comme nous l’avons vu, quelques clefs de lecture sont indispensables pour pouvoir simplement lire le texte coranique, truffé d’apparentes obscurités, sinon parfois de contradictions. A ce point de vue, le début du chapitre ou sourate 47 se révèle instructif. En effet, ces clés de lectures permettent de restaurer ce passage dans l’état premier où il était parfaitement clair et bien bâti – cet état de clarté était certainement celui de tous les feuillets coraniques qui formèrent plus tard l’actuel « Coran ». Si le texte n’a plus aujourd’hui cette même clarté au point d’être parfois complètement obscur, il faut incriminer la lecture qui en est faite[6]. Voici le texte :
v.1a
Ceux qui « kafarent » et empêchent du sentier de Dieu,
v.1b
Il [Dieu] égare leurs actions.
v.2a
Ceux qui croient et font de bonnes œuvres
v.2b
et croient en ce qui est descendu sur Muhammad
v.2c
et cela est la vérité de la part de leur Seigneur,
v.2d
Il « kaffare » leurs mauvaises actions et réforme leur pensée.
Dans l’Islam, « kafarer » est une horreur : ceux qui « kafarent » (al-ladîna kafara) sont les pires des hommes, des mécréants impies et immondes, condamnés à l’enfer :
« Ceux qui kafarent… le feu sera leur séjour éternel » (sourate 47, 12).
« Ceux qui kafarent et empêchent du sentier de Dieu, puis meurent tandis qu’ils kafarent, Dieu ne leur pardonnera pas » (s. 47, 34)
Tuer un kâfir, c’est rendre service à Dieu selon ce qu’indique le verset 3 (voir plus bas). Pour autant, aucun musulman ne pourrait expliquer exactement le sens de ce terme (kafirûn au pluriel) ou celui du verbe (kafara, racine kfr).
Ceci pose un grave problème : au sous-verset 2d, Dieu Lui-même est dit « kaffarer ». Dieu serait-Il donc très mécréant (intensif de kafara avec deux « f »), ou ferait-Il mécroire (selon un autre sens possible) ? Certes non, et tous les traducteurs rendent « kaffarer » par couvrir ou absoudre, au sens où Dieu couvre les mauvaises actions de ceux qui croient en Lui : telle est la signification évidente de du verset 2d, qui correspond à ce qu’enseignent les docteurs en islam.
Mais alors, que signifie la racine kfr en rapport avec l’idée de couvrir ? Et qui sont ceux qui « kafarent » ?
La réponse fondamentale apparaît dès qu’on recourt à un programme de recherche biblique pour rechercher les passages mentionnant le verbe hébreu correspondant : kâfar[7]. On trouve justement les deux formes que présentent les versets s.47,1 à 3 et avec des significations claires et logiques :
au sens premier (radical qal), l’hébreu biblique kfr[8], signifie enduire, recouvrir (voir Gn 6 :14),
et au sens second (radical piel) intensif, kffr[9], signifie couvrir le visage de quelqu’un, absoudre (Ez 45 : 15s ; Lv 14 : 53 ; Dt 21 : 8 ; Dn 9 : 24).
La dernière de ces deux significations correspond d’ailleurs au nom de la grande fête juive du Yôm Kippûr[10] ou Jour des expiations-absolutions.
Ces significations bibliques sont à la base de toutes les autres, et les quelques développements qui eurent lieu à travers l’araméen avant d’aboutir aux feuillets qui formeront le texte coranique ne contredisent pas leur simplicité. C’est l’araméen du Nouveau Testament et en particulier des évangiles qu’il faut regarder pour trouver l’origine de la plupart des significations des occurrences de kfr dans le Coran[11].
Nous avons vu que, dès le verset 1, « kafarer » apparaît comme un grave reproche. Mais alors, pourquoi est-il si grave de recouvrir ?
Vers le 1er siècle avant notre ère, en araméen, un sens second de la racine de base kfr apparut : recouvrir un fait (ou une parole), c’est le passer sous silence, c’est-à-dire taire mais aussi dénier ou même être ingrat (s’il s’agit d’un bienfait, à la forme emphatique). C’est ce qu’expriment les quelques vingt-six occurrences de cette racine dans les évangiles en araméen ; en voici les principales :
Lc 6 : 35 : «…Car Il est bon, Lui, pour les ingrats (kafûrê’) et les méchants ».
Lc 8 : 45 : « Jésus demanda : « Qui m’a touché ?». Comme tous niaient (kfr), Pierre dit :… »
Lc 22 : 57 : [Pierre] nia (kfr) : « Femme, dit-il, je ne le connais pas ».
Mt 10 : 33 : « Quiconque me reniera (kfr), moi aussi je le renierai (kfr) devant mon Père qui est dans les Cieux ».
Mt 16 : 24 : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce (kfr) à lui-même »
Mt 26 : 34 et 75 : « Cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié (kfr) trois fois ».
Dans l’expression des autres textes du Nouveau Testament, ce sens se renforce : taire, c’est renier :
1Jn 2 : 22 et 23 : « Qui est le menteur, sinon celui qui nie (kfr) que Jésus est le Christ ? Celui-là est l’antichrist, celui qui nie (kfr) le Père et le Fils. Quiconque nie (kfr) le Fils n’a pas non plus le Père. »
Jude 1 : 4 : « Car se sont glissés parmi vous des individus… et qui renient (kfr) notre seul Maître et Seigneur Jésus Christ. »
Le reproche de renier prend donc ici le sens le plus fort : celui d’être un renégat, un petit anti-christ, le véritable Anti-Messie devant apparaître seulement à l’accomplissement des temps (les musulmans le savent pour avoir conservé cette antique tradition). Mais sous ce sens très fort, le geste matériel de recouvrir est toujours présent.
Dans le Coran, on trouve ce sens très fort, employé parfois de manière purement polémique (alors, il n’a pas d’autre portée que celle d’être une invective) ; mais, bien plus généralement, il est employé de manière précise dans la ligne du sens matériel premier de recouvrir. Ce reproche de renier-recouvrir y vise en particulier ceux qui sont désignés sous le terme de Yahûd, qui forment une « partie parmi les fils d’Israël » (par opposition à une autre partie, les « Judéo-nazaréens »). Voici quelques versets révélateurs :
« Ceux des fils d’Israël qui kfr ont été maudits par la langue de David et de Jésus fils de Marie… Dans le châtiment, ils demeureront éternellement » (sourate 5, 78 et 80).
« Dieu dit : Ô Jésus,… je vais te débarrasser de ceux qui kfr, et mettre ceux qui te suivent au-dessus de ceux qui kfr, jusqu’au jour de la Résurrection » (sourate 3, 55).
« Ô gens de l’Ecrit, pourquoi kafarez -vous les signes de Dieu alors que vous êtes vous-mêmes témoins ? Ô gens de l’Ecrit, pourquoi enrobez-vous de faux le vrai et cachez-vous le vrai, alors que vous savez ? » (sourate 3, 70 et 71).
Le reproche exprimé vise une dissimulation par recouvrement, de la part de gens « qui savent (‘alama) », à la différence de ceux « qui ne savent pas » (parce qu’ils ne sont pas juifs, les mušrikûn associateurs[12]).
« Ne savent-ils pas que Dieu sait ce qu’ils cachent et ce qu’ils divulguent ? Parmi eux, des clans (ummîyûn – c’est-à-dire certains groupes juifs[13]) ne savent en fait de l’Ecrit que des illusions rêvées et des élucubrations qu’ils ont fabriquées. Malheur à ceux qui écrivent l’Ecrit de leur main et disent ensuite : Cela [vient] d’auprès de Dieu » (sourate 2, 77 à 79a).
« Parmi eux [les gens du Livre du verset 75], une fraction adjoint leur langage à l’Ecrit pour que vous le comptiez [comme partie] de l’Ecrit alors que ce n’est pas de l’Ecrit. Ils disent : Cela [vient] d’auprès de Dieu, alors que cela ne [vient] pas d’auprès de Dieu ! Ils disent contre Dieu le mensonge, alors qu’ils gardaient en eux-mêmes (ou savaient, ‘lm) » (s. 3, 78).
« Vous le mettez [l’Ecrit apporté par Moïse] en rouleaux de parchemin que vous montrez et [dont] vous dissimulez beaucoup » (s. 6, 91).
Commentant ce dernier verset, l’islamologue Régis Blachère[14] indique que le reproche de « dissimuler » (hafîy, [se] dérober à la vue de) doit s’adresser au judaïsme talmudique : « L’expression : On vous a enseigné… ni vos ancêtres paraît faire allusion à l’enseignement talmudique ».
Derrière cette question, se profile l’accusation de falsification (tahrîf) qui apparaît dans ces mêmes textes, par exemple :
« Parmi ceux qui sont des juifs pratiquants, [certains] falsifiaient la Parole quant à ses sens » (s. 4, 46).
« Dieu jugera entre eux au jour de la Résurrection sur ce que [dans le Livre] ils ont remplacé » (s. 2, 113).
Il convient de préciser ici que l’expression « gens du Livre » parfois évoquée à l’occasion du reproche de falsification désignait les juifs au sens large (qu’ils relèvent du judaïsme talmudique, du judéo-nazaréisme ou encore d’une autre mouvance), non les chrétiens ; c’est l’interprétation musulmane postérieure qui y a englobé les chrétiens[15] :
« Ô fils d’Israël [v.40]… Croyez à ce que J’ai fait descendre msddqn li[16] ce qui est devers vous [la Torah] et ne soyez pas les premiers à être kâfir en cela… Et ne travestissez pas la vérité au moyen du faux. Ne tenez point secrète la vérité alors que vous savez ! » (s. 2, 41 et 42).
« Pouvez-vous accepter de les considérer comme croyants avec vous, alors qu’une fraction d’entre eux [c’est-à-dire parmi les fils d’Israël] entendaient la parole de Dieu, puis la falsifiaient, après l’avoir comprise et sue ? » (s. 2, 75).
« Nous avons donné le Livre à Moïse. Nous l’avons fait suivre par des envoyés (rusul). Nous avons donné des signes à ‘Isa fils de Marie, et Nous l’avons renforcé de l’Esprit [du] Saint… Vous traitiez les uns d’imposteurs et vous tuiez les autres » (s. 2, 87).
« Demande aux fils d’Israël combien de signes évidents Nous leur avons apportés (s. 2, 211)… Les gens formaient alors une seule ummah. Puis Dieu envoya des prophètes (nabyûn) annonçant et avertissant. Il fit descendre avec eux le Livre avec la vérité pour régler entre les gens ce en quoi ils
divergent…. mais ils divergèrent après que les signes furent venus » (s. 2, 213).
Ainsi, l’objet du recouvrement, c’est la messianité de Jésus, qui est recouverte par la lecture de la Torah couverte par celle des Talmud-s[17] (c’est-à-dire que la Torah est lue à travers les commentaires que ceux-ci en donnent). Justement, le Coran reconnaît onze fois à ‘Isa-Jésus le titre de « Messie »[18] dont quatre fois sous la forme de « le Messie-Jésus »[19]. Et il dénonce les manières dont cette messianité a été recouverte dans le passé, non seulement grâce à une lecture « dissimulatrice » mais aussi en présentant Jésus comme un magicien (fin des versets s. 5, 110 et 61, 6) et sa mère comme une femme de mauvaise vie – ces deux accusations se lisent effectivement dans les Talmud-s.
Dès lors, sauf en les exceptions polémiques (à traduire au choix par : mécréant, renégat, impie, renieur), on aura tout intérêt à rendre la racine kfr à la 1ère forme par recouvrir qui est son sens primitif. Cela s’impose même particulièrement ici, au début de la sourate Muhammad, à cause du jeu de mots bâti sur les formes du verbe kfr. On retrouve d’ailleurs ce jeu de mots dans la sourate La duperie mutuelle :
« À celui qui croit…, Dieu couvrira ses méfaits… tandis que ceux qui recouvrent seront les compagnons du Feu [de l’Enfer] » (s. 64, 9 et 10).
Ainsi, il ressort que le début de la sourate 47 est parfaitement bâti autant au point de vue du sens que de celui de la forme, pour peu que l’on en excepte les sous-versets 2b et 2c, de cette manière :
v.1a
Ceux qui « kafarent » (recouvrent) et empêchent du sentier de Dieu,
v.1b
Il [Dieu] égare leurs actions.
v.2a
Ceux qui croient et font de bonnes œuvres
v.2b
et croient en ce qui est descendu sur Muhammad
v.2c
et cela est la vérité de la part de leur Seigneur,
v.2d
Il « kaffare » (couvre) leurs mauvaises actions et réforme leur pensée.
v.3a
Certes, ceux qui « kafarent » suivent le faux, tandis que ceux qui croient suivent la vérité de la part de leur Seigneur.
L’enchaînement entre v.2a et v.2d se lit même littéralement ailleurs dans le texte coranique :
« Ceux qui croient et font de bonnes oeuvres, Nous couvrirons leurs mauvaises actions » (s. 29, 7) !
Il s’agit d’un schéma très bien balancé et très percutant en milieu de culture orale :
Ceux qui recouvrent / Dieu les égare
Ceux qui croient / Dieu les couvre
Ceux qui recouvrent / sont dans le faux
Ceux qui croient / sont dans le vrai
Quant au sens, il n’est pas moins percutant : toute une doctrine de la justification se trouve synthétisée là. Selon le texte, Dieu couvre ceux qui croient du manteau de Sa Justice, même s’ils font des actions mauvaises à côté des bonnes. À l’inverse, Il punira ceux qui sont volontairement dans le faux car non seulement ils ne veulent pas croire, mais détournent autrui du « sentier de Dieu » ; du reste, ils n’auront aucune bonne action à faire valoir, puisque Dieu « égare leurs actions » de sorte qu’aucune d’elles ne soit bonne. C’est terriblement logique. Ce Dieu qui couvre ne pardonne pas les fautes (contrairement à certaines doctrines modernes avancent) : dans Sa miséricorde infiniment hautaine, Il condescend simplement à ne pas en tenir compte, à cause de la foi qu’Il voit (et qui doit se voir !) chez les vrais croyants. Et ceux qui ne partagent pas cette foi iront en l’éternel Enfer.
Le texte continue ainsi :
« C’est ainsi que Dieu frappe [= forge] leurs exemples aux gens. Lors donc que vous rencontrez ceux qui recouvrent, frappez aux cols (litt. frappement des coups, c’est-à-dire tuez, explique le traducteur Hamidullah) » (v. 3b à 4a).
Conclusion
Les sous-versets 2b-2c introduisent une longue perturbation frappante non seulement dans l’équilibre du texte mais aussi dans sa logique thématique. De plus, le verbe « croire » apparaît deux fois de suite : Ceux qui croient (2a)… et croient en… (2b) – ce qui ne va pas dans la structure linguistique du texte. Les traducteurs n’hésitent d’ailleurs pas à mettre 2c entre tirets pour indiquer qu’il s’agit d’un ajout (« cela est la vérité de la part de leur Seigneur » – de plus, c’est d’un doublet du sous-verset 3a, « la vérité de la part de leur Seigneur »). Il est interdit de penser que le texte ait pu être manipulé mais le traducteur Hamidullah qui suggère cela ici n’a pas été inquiété – il faut dire qu’il touchait au seul sous-verset 2c qui n’a guère d’importance ; s’il avait émis un doute quant à l’authenticité de 2b où apparaît le nom de Muhammad, cela ne serait pas passé.
Il apparaît donc que le sous-verset 2b est tout autant un ajout que 2c :
v.2b
et croient en ce qui est descendu sur Muhammad
v.2c
et cela est la vérité de la part de leur Seigneur,
Mais se peut-il qu’une sourate intitulée « Muhammad » n’ait justement pas parlé de Muhammad, en tout cas pas avant qu’on lui insère ces deux sous-versets ? C’est que, justement, on ne sera pas surpris d’apprendre que cette sourate avait porté un autre titre : elle s’est longtemps appelée al-Qitâl (c’est-à-dire le combat à mort, à cause du verset 20). Certes, les titres de la plupart des sourates semblent être aussi vieux qu’elles-mêmes, mais ici, « Muhammad » n’est justement pas son titre originel.
Alors, depuis quand cet ajout – qui double la longueur du verset – existe-t-il dans le texte ? Une telle question ne se pose pas uniquement à propos de ce verset s.47, 2 mais ailleurs, par exemple là où apparaît un équivalent du nom de Muhammad : ahmad. Tout porte à penser, ainsi que Blachère l’a montré, que le texte primitif du verset s.61, 6 ne faisait pas plus d’allusion à Muhammad (même sous la forme de ahmad) que la sourate 47. Ce verset a d’ailleurs été conservé sous deux versions dont l’une mentionne justement tout autre chose. Quant aux trois autres et dernières mentions du nom de « Muhammad » dans le Coran, elles laissent également songeur…
Dès lors, la question qui surgit est celle du rapport entre les feuillets coraniques primitifs et celui qui a été présenté un moment donné comme le prophète de l’Islam. Se pourrait-il que, historiquement, le rapport entre le futur Coran et celui qui fut le chef de guerre des Arabes regroupés à Yatrib-Médine fonctionne d’une manière toute autre que celle qui est habituellement présentée ?
[2] Né en 661 et mort en 714, il fut un gouverneur important pendant le califat omeyyade de Damas. Il ordonna une modernisation de l’écriture arabe, afin de faciliter aux fidèles la lecture du Coran par la différenciation des lettres qui s’écrivaient de la même manière par des points et autres mesures.
[3] Ce sont des traditions islamiques qui le racontent !
[5] Le texte coranique n’offre apparemment quasiment pas de repères chronologiques ou de noms de lieux connus ou même de noms de personnes ; à ce dernier point de vue, seuls apparaissent les noms de Zayd (Sourate 33 verset 37), Qurays (Sourate 106 verset 1), Abou Lahab (Sourate 111 verset 1) et, quatre fois, Muhammad, plus une fois Ahmad au centre de l’ajout inséré au milieu du verset 6 de la sourate 61. A y regarder de près, les quatre mentions du nom de Muhammad sont elles-mêmes suspectes.
[6] A moins qu’il ne s’agisse d’une manipulation subie par le texte lui-même ?
[7] Il est fondamentale de comprendre que les deux langues (l’hébreu et l’arabe) sont très proches car elles possèdent un champs sémantique premier similaire… Les racines fondamentales qui les structurent sont les mêmes ; cependant, une étude systématique et approfondie montre qu’il y a eu une évolution (majoritairement orientée vers une diminution de la précision) des racines utilisées par la langue arabe.
[10] Le son « p » étant un « f » prononcé dur : il s’agit de la même lettre mais avec une différence de prononciation
[11] C’est semblablement là aussi que l’on trouve l’origine des termes de muslim, « musulman » et de islâm.
[12] La racine šrk (associer) se rapporte aux chrétiens, accusés d’être des associateurs, et non à d’autres. On pourrait objecter les versets de la sourate 6 (v. 136 et 137) qui se rapportent aux Hébreux ; cette exception n’infirme cependant pas le sens habituel : ce ne sont pas en effet les Yahûd contemporains qui sont visés là, mais les Hébreux du temps des Juges et des Rois qui s’étaient conduits comme des idolâtres.
[13] Il est indispensable de signaler l’origine et le sens bibliques des termes ummîyûn et ummah . La traduction du mot ummah par communauté provient de l’appropriation du terme par la théologie islamique, et ne rend pas suffisamment l’aspect tribal fondamental (où prédomine la notion de umm – la mère). Le mot ummah au pluriel en Gn 25 : 16 désigne les douze tribus des Hébreux (ummot -m), et en Nb 25 : 15 il signifie simplement un clan. Cette signification fondamentale de « groupe juif » apparaît manifestement dans le texte coranique, par exemple dans la sourate 7, 159 et 160 : « Parmi le peuple de Moïse, une ummah avance sur la voie en vérité et ainsi en justice. Et Nous les partageâmes en douze tribus (ou douze clans, asbâtan ummatan), et Nous avons révélé à Moïse etc. »
On retrouve cette même idée et le terme de ummah dans le verset s. 3 : 110 : « Vous êtes la meilleure ummah qui ait été suscitée [par Dieu] pour les hommes », qui, suite à l’autodésignation de la communauté islamique comme unique ummah, est devenu la devise de la Ligue arabe basée au Caire. Le verset s. 2 : 78 constitue un autre exemple. Le terme de ummîyûn, tribus, est la forme araméenne emphatique plurielle de ummah employée dans le livre de Daniel (Dn 3 : 4, 7 et 31 ; 5 : 19 ; 6 : 26 ; 7 : 14).
[14] Orientaliste, islamologue et arabisant français, auteur de plusieurs ouvrages de référence quant à la critique du coran.
[15] L’expression « gens du Livre » ou, conformément à une traduction littérale de « ahl al-Kitâb », désignait les juifs dans leur ensemble, et eux seuls. Le Livre par excellence, c’est la Bible. Ceci ressort par exemple de s. 29, 46 et 47 où on lit que tous ceux de « la tente du Livre (ahl al-kitâb, gens de l’Ecrit) », « ont reçu l’Ecrit » et « croient en lui » ; les chrétiens, eux, n’ont pas reçu la Bible, ils seraient plutôt des voleurs d’héritage, ainsi qu’on peut le lire dans la Michna (Sanhédrin 57a) : « Rabbi Yohanan a dit : Un idolâtre qui s’occupe de l’étude de la Tôrah mérite la mort, ainsi qu’il est dit : C’est à nous que Moïse a prescrit la Tôrah en héritage [Dt 33,4] » (Rabbinat français, La guemara, Sanhédrin, Keren Hasefer, 1974, p.287). Ceux qui ont reçu la Bible, ce sont au sens propre les « Fils de l’Ecrit », à savoir tous les juifs. C’est aux premiers que l’auteur des feuillets coraniques renvoie son interlocuteur arabe quand il dit : « Interroge ceux qui ont récité (qara’a) l’Ecrit avant toi » (s. 10, 95 avec un parallèle en 17, 103).
« Parmi eux [les gens de l’Ecrit, v.65] est une communauté (ummah ) allant sans dévier [traduction de Blachère] » (s. 5, 66).
L’ummah qui est ainsi louée ne peut pas être faite de chrétiens ; et une poignée de disciples autour de Muhammad ne forme pas une umma h. Le même problème se pose en s. 7, 159 et surtout en s. 3, 113 où Tabarî pense à des juifs convertis (et Blachère à une « secte judéo-chrétienne »). Il s’agit nécessairement de juifs non rabbiniques, mais évidemment pas d’une poignée de supposés convertis à l’Islam. Ceux dont il est question sont des judéo-nazaréens.
[16] “m sd dqn li” : la lecture islamique fait de ce participe un verbe à l’actif alors que le sens cohérent à l’ensemble des occurrences est passif : justifié en fonction de ce qui se trouve dans l’Ecrit antérieur [la Torah] – ce que Mondher Sfar a été l’un des premiers à le comprendre.
[17] Il s’agit ici des Talmud de Jérusalem et de Babylone et plus généralement encore de toute lecture talmudique même ultérieure à ceux-ci.
[18] Les neuf occurrences (dont deux doubles) où le Coran indique que le Messie-masîh est Jésus, sont : s. 3, 45 ; 4, 157, 171 et 172 ; 5, 17 (2 fois), 72 (2 fois) et 75 ; 9, 30 et 31.
[19] De ces occurrences du mot masî h désignant Jésus, quatre présentent littéralement la formule « le Messie-Jésus » (al-masîh ‘Îsa) : s. 3, 45 ; 4, 157 et 171 ; 5, 17.
Il est important de comprendre que les musulmans considèrent le Coran comme étant une copie textuelle du “Livre éternel” d’Allah, qui est préservé dans les Cieux. En plus, beaucoup de leurs pratiques et de leurs croyances reposent sur les sunna de Muhammad ou l’exemple du prophète, ses enseignements relatifs à différentes situations. La collection de tout ce qu’il a dit et fait ou la tradition de Muhammad est appelée le Hadith.
Dans un contexte religieux, hadith (un mot arabe qui signifie “récit” ou “discours”) est utilisé de deux façons. Premièrement, tout compte rendu de quelque chose que Muhammad a dit ou fait ou approuvé est appelé un hadith. Deuxièmement, le mot peut aussi se rapporter à l’ensemble entier des affirmations, le Hadith.
Le Hadith remplit une fonction importante dans l’islam. C’est le récit de ce que le prophète a dit ou fait. Pour les musulmans, il est leur exemple le plus chéri. Des paroles qui lui furent attribuées ont été rassemblées pour que le fidèle puisse marcher dans les empreintes du prophète. Là où le Coran manque de donner à un musulman des conseils relatifs à une situation spécifique, le Hadith arrive à son secours. En réalité, le Hadith est fondamental à l’islam, deuxième en autorité juste après le Coran. Le Hadith a aussi émergé pour une autre raison. Pendant les premières décennies de l’histoire de l’islam, il semble qu’il y avait un désir d’islamiser certains concepts juifs ou chrétiens qui émouvaient et ressemblaient à la foi musulmane, mais non mentionnés dans le Coran. Le Hadith fut le véhicule primordial pour cette réalisation. Certaines traditions étaient authentiques. Cependant, le désir du musulman d’avoir chaque détail de la vie dicté conformément aux paroles et aux pratiques du prophète, imposa une grande quantité de falsifications dans le Hadith. Des milliers d’affirmations et de récits furent faussement attribués à Muhammad. Plusieurs collections firent leur apparition. Nombre d’entre elles contenaient des faits et des récits injustifiés et faux et certaines furent inventées pour prouver une opinion personnelle ou pour élever ou abaisser une personne ou une idée. Il est reconnu qu’en ce qui concerne les hadiths, même les pieux sont tous, eux aussi, prêts à mentir.
La conséquence fut qu’il y eut un hadith pour chaque détail imaginable de la vie de Muhammad et de ses habitudes. Un érudit musulman de premier plan, au début de l’histoire de l’islam refusait de manger des pastèques parce qu’il ne trouvait pas un hadith concernant la façon dont Muhammad les mangeait. Et c’est pourquoi il ne se hasardait pas à en manger ! Plus tard, il devint clair qu’il y avait un grand nombre de faux hadiths. Cela incita le souverain musulman calife Omar Il (683 – 720) à ordonner le recueil de hadiths authentiques. Plusieurs compilations furent faites, mais aucune n’est considérée comme étant un canon absolu du Hadith. Cependant, certaines personnes qui rassemblèrent des textes de différentes sources furent reconnues comme plus dignes de confiance que d’autres.
Les deux plus sérieuses parmi elles sont les deux Sahihs (sahih signifie “sûr” ou “juste”). Ce sont:
I – Sahih Bukhari
Lérudit musulman Bukhari est né 180 ans après la mort de Muhammad. Il passa au crible 600 000 hadiths et n’en choisit que 4 000 qu’il considéra comme étant authentiques. Il disposa les hadiths dans son livre par sujets.
2 – Sahih Muslim
lmam Muslim était un disciple de Bukhari. Ainsi du point de vue historique, il se trouve encore plus loin de l’ère de Muhammad que Bukhari. Il rassembla aussi 4 000 hadiths qu’il considéra comme étant authentiques. Ceux-ci ne sont pas tous les mêmes que ceux de la collection de Bukhari. Il disposa les hadiths selon l’autorité finale (l’autorité finale est le premier ou tout premier témoignage de la chaîne, le plus proche de Muhammad)
Notons trois choses importantes:
Les hadiths furent transmis oralement pendant plus de 150 ans avant d’être rassemblés et mis par écrit.
Les deux collections les plus dignes de confiance furent compilées plus de 200 ans après Muhammad.
D’après les chiffres ci-dessus, on s’aperçoit que sur 600 000 hadiths, 4 000 seulement ont été retenus comme étant authentiques par les deux meilleurs compilateurs. Cela veut dire que seulement 1 sur 150 est considéré comme étant authentique, et les 149 autres sont considérés comme étant faux. Des sciences de la tradition, ulum-al hadith avec des branches spéciales pour couvrir les domaines du rassemblement des hadiths, de la critique, de l’interprétation, etc, se développèrent pour filtrer et en évaluer les milliers.
Chaque hadith comporte deux parties importantes. Premièrement, il y a le sanad ou ‘autorité’. Le sanad donne la chaîne des autorités jusqu’à la source finale qui sont des témoignages de la validité et de la justesse du hadith. Il apparaît généralement au commencement. Deuxièmement, il y a le matn ou “contenu”. Le matn est le texte, le véritable hadith lui-même. Matn porte aussi un autre nom, il est appelé sunna qui signifie un “exemple à suivre”.
Voici un exemple, un hadith de Bukhari :
• Abdullah b.Aswad m’a dit:
• Fadl b.Ata nous a dit:
• lsmail b.Umaya nous a parlé par l’autorité de Yahya b. Abdullah b. Sayfi
• qu’il avait entendu Abu Ma’bad dire,
• J’ai entendu bn Abbas dire:
• le Prophète… a dit: “Tu rencontreras certaines des personne du Livre, aussi la première chose que tu devras faire est de les sommer d’affirmer que Dieu est Un… puis de leur faire connaître les cinq prières…”
Dans ce hadith, le sanad est la chaîne d’autorité, ou les différents noms qui ont véhiculé le hadith depuis la première personne qui a entendu Muhammad le dire; dans cet exemple il s’agit de bn Abbas. lbn Abbas serait donc “l’autorité finale” ou “la source finale” du hadith. Le matn est ce que le prophète a dit. Mais le matn est aussi une sunna parce que les musulmans doivent suivre ce qu’a dit Muhammad. Obéir aux sunna et donc imiter le modèle de vie de Muhammad est le devoir de tous les musulmans.
Le Coran est-il véritablement inspiré par Dieu selon la conception d’inspiration musulmane ? Si c’est le cas, il faudrait que le Coran soit un document parfait, écrit en arabe pur et sans problèmes ni contradictions. Mais ce n’est pas le cas. Considérons les contradictions suivantes.
Histoires et conceptions empruntées à d’autres religions
Examinons l’affirmation islamique selon laquelle Dieu fut la seule source du Coran et qu’il aurait envoyé son message à Muhammad par l’intermédiaire de l’ange Gabriel. C’est un fait reconnu que Muhammad, dès sa jeunesse, a subi des influences multiculturelles. Il a été ainsi en contact avec des gens d’autres religions, différentes de ses croyances païennes arabes; l’une de ces religions était le christianisme.
D’après The Encyclopedia of Islam (“L’Encyclopédie de l’islam”), les idées chrétiennes, les narrations contenues dans les Evangiles et dans les livres apocryphes s’étaient déjà répandues d’un bout à l’autre de l’Arabie au moment de la naissance de Muhammad. En fait, une communauté chrétienne en relation étroite avec les Ethiopiens existait au Yémen. Selon la tradition musulmane, Muhammad, vers l’âge de douze ans, partit avec son oncle en voyage pour la Syrie. Là il rencontra un moine chrétien du nom de Bahira qui prophétisa sur l’avenir du jeune habitant de La Mecque et le félicita.
Plusieurs érudits islamiques attestent la forte possibilité de l’existence d’un ou de plusieurs informateurs ayant donné à Muhammad des histoires ou des concepts tirés de leur propre arrière-plan religieux. Ainsi ils l’ont aidé à formuler le Coran. Waraqa, cousin de Khadija était chrétien. On dit qu’il était en train de traduire des portions du Nouveau Testament quand Muhammad eut sa première vision. Pendant quinze ans et jusqu’à sa mort, Waraqa fut très proche de lui. Salman, Zaïd, Kos et d’autres étaient juifs ou chrétiens, et étaient proches de Muhammad. Au moins trois de ses femmes avaient connaissance d’enseignement et d’histoires bibliques. Safiyyah et Rayhanah étaient juives, et Mariyah était une chrétienne copte.
Certains adversaires de Muhammad l’accusèrent d’être un imposteur. Ils disaient que celui-ci ne leur offrait que des mythes et des dictons anciens. Ils déclaraient que quelqu’un lui avait rapporté ces histoires et qu’à son tour, il les attribua faussement à une révélation divine (Coran 25: 4-6). Sa seule réponse à de telles accusations était celle-ci : « Celui qui connaît le secret du Ciel et de la terre, Il l’a fait descendre. Il a été clément et miséricordieux ! » (Coran 3 : 3, 7 ; 5 : 48 ; 44: 2-4).
D’autres sources religieuses ont fourni des éléments utilisés dans le Coran. Les experts de l’islam déclarent que des parties importantes de celui-ci ont leurs racines dans des écrits et des croyances déjà connus à l’époque du prophète. Certaines histoires et concepts coraniques doivent avoir été tirés des sources suivantes.
1-La Bible.
Beaucoup d’idées, d’histoires et de croyances dans le Coran sont tirées de l’Ancien et du Nouveau Testaments. La Création et les récits d’Adam, d’Abraham, de Moïse et d’autres en sont des exemples. Quelques-uns d’entre eux sont très fidèles aux récits bibliques alors que d’autres ne le sont pas et seraient considérés comme étant une distorsion des événements bibliques. Dans ces derniers cas, on cite les exemples du Samaritain qui incita lsraël à adorer le veau d’or, et Marie la mère de Jésus présentée comme étant la sœur d’Aaron et la fille d’Amram.
2 – Les livres apocryphes et écrits chrétiens autre que la Bible. Les histoires tirées de ces sources comprennent:
a – L’histoire des sept jeunes hommes endormis dans une caverne pendant trois cent neuf ans (Coran 18 : 8-26), tirée d’un livre sur la gloire des martyrs par Grégoire de Tours et,
b – Jésus crée des oiseaux à partir de boue (Coran 3: 49) tirée d’un livre appelé l’Evangile de Thomas l’israélite.
3 – Des écrits juifs rabbiniques.
Du temps de Muhammad, il y avait beaucoup de juifs en Arabie. Ils exerçaient sur leurs voisins arabes une forte influence économique et culturelle. A Médine, au temps de l’Hégire vivaient trois principales tribus juives. Les croyances, les usages et les informations contenus dans leurs livres sacrés étaient à la disposition de Muhammad. On peut remarquer des similitudes frappantes entre ces textes juifs et le Coran.
Voici deux exemples:
a – Abraham est sauvé des flammes dans lesquelles Nimrod l’avait jeté (Coran 21:51-73), récit tiré de Midrash Rabbah et,
b- la reine de Séba rencontre Salomon qui est entouré de ses armées de La jinn[1], d’hommes et d’oiseaux (Coran 27 : 20-45), récit tiré du Deuxième Targum du Livre d’Esther.
4 – Usages et croyances arabes païennes.
Le Coran contient plusieurs références aux croyances religieuses et populaires et aux coutumes du peuple arabe avant l’islam. Ainsi nous avons:
a – Le pèlerinage à La Mecque (Coran 2:196-198) et,
b – La vénération de la Kaaba considérée comme étant la maison de Dieu et le lieu le plus sacré sur terre (Coran 5 : 97).
5 – Anciennes histoires indiennes et perses.
Le voyage effectué de nuit par Muhammad de La Mecque à Jérusalem (Coran 17:1) et les détails du récit dans le Hadith de son ascension à travers les sept cieux ressemblent d’une manière frappante aux anciennes traditions perses concernant l’ascension du prêtre perse appelé Arta Viraf Namak.
Les hommes entourant et influençant Muhammad
Quelques affirmations impromptues faites par les hommes qui entouraient Muhammad furent ajoutées au Coran. Suyouti, un des premiers écrivains musulmans, note qu’à plusieurs reprises la révélation coranique vint à travers des personnes autres que le prophète. Il cite Ibn Merdawiyya qui a dit : « Umar avait une opinion sur un sujet donné, et voilà qu’une révélation coranique descendit en accord avec celle-ci ».
Egalement, quelques scribes ou secrétaires de Muhammad ont affirmé qu’ils l’avaient persuadé de changer les termes de certains versets coraniques.
Des conflits, des annulations et des changements
Dans le Coran il y a la preuve d’inconsistances et de conflits internes, certains étant le résultat des changements qui, d’après Muhammad, auraient été ordonnés par Dieu.
Regardons par exemple le chapitre de « I’Etoile » (Sourate 53). Un jour alors que Muhammad était à La Mecque, il récita ce chapitre à un groupe de gens, où il y avait certains de ses disciples aussi bien que des étrangers.
Dans une partie de ce chapitre, il jura par trois déesses arabes païennes, en fit l’éloge et autorisa qu’on les invoque disant: « Par Al-lat et Al-Uzzah et Manat la troisième, l’autre. Elles sont des êtres exaltés. Il faut rechercher leur intercession et celles de leur genre ne doivent pas être négligées (première version de “l’Etoile”, Coran 53:19 et versets suivants).
Les idolâtres qui écoutaient furent très satisfaits que Muhammad rende publiquement témoignage de l’importance de leurs dieux. Cependant, l’incident créa un immense problème entre lui et ses disciples. Ils le critiquèrent sévèrement, lui reprochant d’enseigner le culte des idoles. Il répondit que Satan était intervenu et lui avait donné les versets sur les déesses. En théologie islamique, ceux-là sont appelés les versets sataniques. Puis il déclara qu’il avait reçu une autre révélation pour remplacer l’original. Il prétendit qu’Allah avait parlé, disant: « Toutes les fois que nous [Allah] avons envoyé un messager ou un prophète avant toi [Muhammad] et que ce dernier faisait preuve de trop de fantaisie, Satan venait et introduisait d’autres pensées dans son imagination. Mais Allah a aboli ce que Satan avait fait entrer; puis Allah a confirmé ses versets. Allah est intelligent et sage » (Coran 22: 52).
La nouvelle version des versets du chapitre “l’Etoile” se présente comme suit: « Avez-vous considéré Al-lat et Al-Uzzah et Manat la troisième, l’autre? Quoi Vous avez des fils alors que Lui [Allah] aurait des filles? Cela serait un partage injuste. Ce ne sont rien d’autre que des noms donnés par vous et vos pères; Allah ne leur a donné aucune autorité. [Leurs adorateurs] ne suivent que des suppositions et ce que leurs âmes imaginent, bien que la direction leur soit venue de la part de leur Seigneur » (Coran 53:19-24).
Considérant cette nouvelle version, nous remarquons que Muhammad:
a – Annula le serment;
b-Annula la partie concernant les êtres exaltés, prétendant au contraire qu’ils ne sont que des noms inventés;
c-Annula la partie concernant leur intercession et dit que Dieu ne leur a aucunement donné d’autorité et,
d – Ajouta des parties concernant hommes, femmes, suppositions, etc.
Plusieurs fois, Muhammad eut à se rétracter sur des principes doctrinaux qu’il avait déjà donnés comme étant inspirés. Dans chaque cas, il insistait sur le fait que le nouveau principe doctrinal ou le nouveau point de vue était lui aussi inspiré. De cette manière, les versets les plus récents étaient donnés pour abroger ou abolir les précédents. Ainsi le Coran dit: « Quel que soit le verset que nous [Allah] abrogeons ou te [Muhammad] faisons oublier, nous en offrirons un meilleur ou un qui lui ressemble. Ne sais-tu pas qu’Allah peut tout faire ? » (Coran 2: 106; voir aussi 16:101 et 17:86).
Il y a beaucoup de changements similaires.
Considérons les exemples suivants:
1– La façon dont on traite les non-musulmans.
Plusieurs versets dans le Coran encouragent les musulmans à montrer de la tolérance envers les non-musulmans. « Vous trouverez certainement que ceux qui sont les plus disposés à aimer les croyants sont ceux qui disent, “Nous sommes chrétiens”; et cela parce que certains d’entre eux sont des prêtres et des moines, des hommes qui ne sont pas orgueilleux » (Coran 5 : 82). Mais dans un passage plus loin nous lisons, « Massacrez ceux qui ne croient pas, partout où vous les trouvez » (Coran 9: 5). « Ceux qui ne croient pas » s’applique quelquefois à tous les non musulmans. Alfred Guillaume remarque qu’en effet ce dernier passage « annulait pas moins de cent vingt-quatre versets ».
2- Le nombre des femmes de Muhammad
Dans le passage suivant, il n’y a aucune limite fixée au prophète quant au nombre de femmes qu’il pouvait épouser.
« O, prophète, nous avons décidé qu’il est légitime que tu prennes pour épouses ces femmes pour qui tu as versé une dot et celles que tu as gagnées comme butin de guerre et les filles de tes oncles et tantes paternels et maternels qui ont émigré avec toi et les femmes croyantes qui s’offrent elles-mêmes au prophète, s’il désire les épouser. Ce privilège est le tien en particulier, il n’est pas pour les autres croyants » (Coran 33: 50).
Puis deux versets plus loin, il lui fut interdit de prendre davantage de femmes ou d’en changer: « Tu n’es pas autorisé à épouser d’autres femmes à partir de maintenant. Tu ne peux pas non plus remplacer les femmes par d’autres, même si tu es attiré par leur beauté » (Coran 33: 52).
En dépit des efforts de Muhammad pour ôter le reproche des contradictions en adoptant l’explication de l’annulation, il demeure dans le Coran de nombreuses contradictions. Le livre sacré de l’islam déclare que l’épreuve concluante de son inspiration divine est l’absence de toute contradiction puisqu’Allah ne peut se contredire lui-même (Coran 4: 82). En conséquence, on voit que le Coran n’est pas crédible par rapport à ses propres affirmations.
Des termes non arabes
Le Coran prétend que son langage est le pur arabe (Coran 26:193-95; 39 : 28; 44: 58; 16:103). Pourtant, il contient un grand nombre de mots qui ne sont pas du tout arabes, mais qui ont été empruntés à d’autres langues telles que le perse, l’hébreu, le grec.
A côté de ces mots, certains des noms du Coran ne sont pas dans leur forme arabe. La véritable écriture arabe du nom lsmaël est Yesma’il qui commence avec la lettre arabe Ya. Dans le Coran, cependant, il commence avec un Aleph et donne Isma’il. De toute évidence, Muhammad tira son information de sources grecques ou syriennes. Le même problème se retrouve avec de nombreux autres noms tels que Is-hak au lieu de Yes-hak pour lsaac et ls-ra-il au lieu de Yes-ra-il pour lsraël. Aussi, Yunus est mis pour Jonas, Ilyas pour Elie et lsa pour Jésus, tous de toute évidence dérivés du grec.
Si le Coran avait été véritablement donné par Dieu dans la langue arabe, pourquoi des formes grecques ou syriennes des noms citées ci-dessus ont été utilisées au lieu de leurs formes arabes? Pas étonnant que les Mecquois accusèrent avec ténacité Muhammad de composer le Coran avec l’aide d’étrangers qui lui fournirent d’anciens récits d’origines bibliques, talmudiques et païennes.
Des faits erronés
Plusieurs erreurs de faits apparaissent dans le Coran. Par exemple, il nous est raconté:
Dhul Qarnain marcha jusqu’au lieu où le soleil se couche et trouva que c’était un puits boueux (Coran 18 : 83-86) ;
La terre est rendue stable et solide grâce aux montagnes (Coran 31:10);
La révélation de Dieu à Moïse dans le buisson ardent n’a pas eu lieu sur le Mont Horeb comme l’affirme Exode 3:1-5, mais dans “la sainte vallée de Towa” (Coran 20: 12)et,
Le soleil court vers son lieu de demeure (Coran 36 : 38).
Selon le Coran, Haman était premier ministre du pharaon qui gouvernait l’Egypte lorsque Moïse chercha à délivrer son peuple (Coran 28: 8, 38; 40: 36). Cependant, la Bible déclare qu’Haman était le plus haut fonctionnaire à la cour du roi Assuérus dans le royaume de Perse. La recherche archéologique montre que le royaume perse était florissant vers 400 ans avant Christ. Au contraire, le pharaon auquel fut opposé Moïse vécut environ 15 siècles avant Christ.
Le Coran dit que le Samaritain fit un veau en or pour les Israélites et leur demanda de l’adorer disant: “Voici votre Dieu et celui de Moïse” (Coran 20:
85-88). Selon le récit biblique:
Aaron fut de façon claire celui qui fit le veau d’or pendant les pérégrinations d’Israël dans le désert (14ème siècle avant Jésus-Christ) et,
Il n’y avait pas de “Samaritains” jusqu’au règne d’Omri, roi d’lsraël (8ème siècle av. J.-C), après que les Israélites soient arrivés en Canaan et s’y soient établis pendant des siècles (Exode 32:1-6; 1 Rois 16 : 24).
Selon le Coran (19: 27,28; et 66:12), la vierge Marie était la fille d’Emran (Amram de la Bible) et la sœur d’Aaron (par conséquent la sœur de Moïse). Dans l’Ancien Testament, Aaron et Moïse avaient une sœur dont le nom était Marie (la forme hébraïque originale était Myriam). Cependant, elle ne fut pas la mère de Jésus. Il y a un espace de 1 500 années entre les deux Marie.
Le Coran lui-même affirme que si l’on devait y trouver des contradictions, cela montrerait qu’il ne vient pas de Dieu.
L’éthique et la morale
Les enseignements du Coran n’exposent pas le genre de supériorité morale ou d’éthique que l’on souhaiterait trouver dans un livre d’inspiration divine.
Le meurtre est autorisé pour obliger les gens à accepter l’islam (Coran 2:191, 193; 216, 244; 4: 76; 8:12, 13, 39) ; le mensonge est toléré (Coran 5 : 89; 16:106) ; jurer est permis (Coran 86:1-4; 89:1-5; 91:1-9; 95 :1-4) ; se venger est autorisé (Coran 5:45)…
Que penser de l’injonction donnée par le Coran de suivre les préceptes du Livre (la Thora) ?
Conclusion
Après avoir étudié le rapport entre « Muhammad et le Coran » et « l’inspiration du Coran » dans son écriture historique, nous arrivons à une pensée simple : Muhammad (et ses successeurs via le Haddith) n’ont pas été sous l’influence de Dieu (Le Dieu de la Bible) pour écrire ces textes (mais peut-être sous celle d’Allah qui n’est pas du tout le même être)… Cela se remarque en particulier par rapport à une liberté relative de leurs écrits par rapport à Jésus-Christ, fils unique de Dieu et la Bible… En effet, malgré la volonté évidente de négation de Jésus et de son œuvre, Dieu ne permet pas que soit écrit n’importe quoi : il ressort des textes coraniques l’inspiration divine de la Bible et l’œuvre de Jésus-Christ, Sauveur du monde (Jn 3 :16), donnant la possibilité à tout musulman honnête de trouver le chemin de la Vérité et de la lumière…
Le Coran est écrit en arabe. Une caractéristique de la langue arabe est que les verbes qui sont écrits sans voyelles peuvent être lus à la fois à la forme active ou passive. Lorsque le Coran fut assemblé, il était écrit en koufic, une sorte d’écriture arabe qui ne contient pas de voyelles. Plus tard, lorsque les gens voulurent y ajouter des voyelles, un problème majeur se présenta. Ils eurent à décider quels verbes étaient actifs et lesquels étaient passifs. Ils devaient déterminer la signification du mot d’abord avant d’ajouter les voyelles. Un mot arabe sans ces marques pourrait avoir différentes significations. Ainsi plusieurs interprétations différentes sont possibles.
Voici un exemple d’un mot en écriture arabe et les significations différentes qu’il pourrait avoir.
Pour donner une idée de sa taille, le Coran est un peu plus petit que le Nouveau Testament. Il contient 114 chapitres ou sourates qui varient beaucoup en longueur. Les chapitres sont arrangés selon la longueur: les plus longs viennent en premier, puis viennent les plus courts. Dans le Coran arabe, les chapitres ne sont pas numérotés, mais chacun porte un titre comme par exemple: “La Vache”, “Les Femmes”, “Les Croyants”. Les chapitres sont subdivisés en 6 236 versets.
Ce n’est pas Muhammad qui a écrit les sourates qui lui ont été révélées. Pendant sa vie les gens apprenaient par cœur le Coran. Une petite partie seulement a été rédigée, et même cela a été fait un peu au hasard. Des portions ont été écrites sur des feuilles de palmier, d’autres gravées sur de la pierre. D’autres encore sur des os d’animaux, et encore sur d’autres matériaux. On rapporte qu’après la mort de Muhammad sa chèvre aurait mangé une partie du chapitre 33 “Les Confédérés” qui avait été écrite sur un morceau de tissu placé sous son oreiller. Aïcha, sa plus jeune femme, fut celle à qui avait été confié le chapitre et c’est elle qui rapporta l’incident.
Abou Bakr et Omar, les deux premiers califes, travaillèrent à rassembler toutes les archives du Coran, et bientôt il y eut quatre versions rivales. Quand Othman devint calife en 644 après J.-C., il ordonna que toutes les versions à l’exception d’une soient détruites. C’est celle dont nous disposons aujourd’hui. Cependant, une édition différente continua de circuler jusqu’à l’an mil (1000).
Tournons notre attention vers le livre sacré de l’islam: le Coran. Pour les musulmans il est bien plus qu’une collection d’idées, d’histoires, et de croyances religieuses : c’est la véritable parole d’Allah envoyée à Muhammad. Le musulman pieux croit que le simple fait de réciter des paroles du Coran dans la langue arabe originelle apporte la bénédiction et le met en contact avec le divin.
Les musulmans considèrent le Coran comme étant la suprême et finale révélation de Dieu aux humains. Ils croient qu’il a été envoyé par Dieu, par l’intermédiaire de l’ange Gabriel[1] à Muhammad. Ils maintiennent qu’il est entièrement d’origine divine et qu’il n y a rien d’humain en lui. Selon leur enseignement, l’ange a révélé chaque mot, chaque lettre à Muhammad. Certains disent que même l’encre et le papier qui servent à imprimer le Coran deviennent divins, car ils sont utilisés pour exprimer les paroles de Dieu. Certains musulmans affirment que le Coran n’a pas été créé mais est éternel. Ils déclarent que sa forme originelle était préexistante en tant qu’entité avant la création du monde, présent dans le passé depuis toujours avant même qu’il n’ait été révélé à Muhammad. L’original divin, appelé « Mère du Livre » est écrit sur des tablettes en or qui sont conservées au ciel.
D’autres vont même jusqu’à dire que le Coran est « l’alpha et l’oméga », le début et la fin de toute connaissance. Cette connaissance, disent-ils, est contenue en essence dans le Coran. C’est potentiellement comme une graine. Le mystère de Dieu, l’ordre du monde, les principes de vie, etc., se trouvent tous dans le Coran. C’est la « Mère de tous les livres », un terme qui signifie que tout doit être compris, expliqué, et évalué à la lumière du Coran.
La façon dont l’islam considère le Coran a des implications d’une grand portée. Par exemple, si le Coran est éternel et non créé, alors il doit être Dieu. Mais les musulmans proclament l’unité absolue de Dieu sans multiplicité de personnes. Cependant ils disent que le Coran, la parole de Dieu n’a pas été créé et que c’est un attribut nécessaire de Dieu. Le Coran n’est pas Dieu, mais il est inséparable de Lui. Il est fixé dans l’essence de Dieu. Qu’est-ce que cela signifie sinon une « bi-unité » à l’instar de la « tri-unité » chrétienne ?
Il semble que l’orthodoxie islamique revendique ici pour le Coran ce que la chrétienté biblique croit au sujet du Logos (« la Parole ») (Jean 1 :1-14). Certains ont suggéré que l’Eglise grecque en Méditerranée orientale et Jean de Damas en particulier jouèrent peut-être un rôle dans la formation de la pensée islamique primitive. En résumé, la « Mère du Livre » céleste dans la pensée islamique a acquis les attributs bibliques de la Parole de Dieu. Ainsi son contenu, sa signification et sa forme sont supposés être d’inspiration divine. L’initiative de son octroi était entièrement entre les mains de Dieu. L’arabe est la langue du Coran, parce que c’est la langue qu’on parle au Paradis. Ce fait est une partie intégrante du concept d’inspiration islamique. Cela signifie que chaque mot est divin. Même les formes des mots et des lettres comme leur signification viennent de Dieu. De plus, en récitant le Coran, le musulman reçoit une puissance. Ainsi, même les sons et les articulations qui sont émis permettent au lecteur et à l’auditeur de pénétrer le contenu et d’être béni par le Livre de Dieu. Il est donc important que les gens mémorisent les versets coraniques, qu’ils les comprennent ou non. Dans la pensée islamique, ce que le Coran dit a une identité inséparable d’avec la façon dont on le dit. Le Coran terrestre dans la langue arabe est le point où la divinité rencontre l’humanité. Donc, lorsque les musulmans récitent le Coran, ils le font toujours en arabe, et non en traduction, même lorsque leur propre langue n’est pas l’arabe.
Selon I’enseignement islamique, le véhicule du message divin du Coran était l’âme « pure » du prophète Muhammad. Parce que son âme était pure, la parole de Dieu était transmise sans aucune interférence ou interprétation humaine; il la recevait d’une façon passive et mécanique. Si l’un de ses sentiments ou l’une de ses opinions avait dû entrer dans le processus, le message aurait été entaché. Mais cela ne fut pas le cas. Donc le Coran n’est pas souillé par l’homme. Cependant Muhammad était présent lorsque il a été donné. Quelle était la nature de sa participation?
La tradition islamique dit que le Coran est le recueil des affirmations que Muhammad entendait, étant en état de transe. Le prophète éprouva des expériences traumatisantes en recevant les différentes parties de la révélation coranique. Il était pris d’attaques et de douleurs, ou bien il entendait des bruits tels que le tintement de cloches, perdait connaissance et transpirait à profusion. Après s’être remis de ces symptômes physiques, il faisait une déclaration qui devenait une partie du Coran.
Il y a eu de nombreuses tentatives pour interpréter et expliquer les symptômes de la révélation de Muhammad. Abdul-Mun’em Maged, auteur de L’Histoire politique de I’État arabe, dit ceci: « Parfois l’inspiration venait à Muhammad alors qu’il dormait. Et parfois lui-même annulait quelques versets qu’il avait déjà dictés à ses scribes et revenait avec d’autres pour les remplacer ». Abdur-rahman-Ash-sharquawi dit dans Muhammad, le messager de la liberté: « La prophétie et l’inspiration acquises par Muhammad ne furent rien d’autre que l’imagination perçue par son esprit. Le Coran n’était rien de plus que ses propres paroles prononcées par son âme claire et pure. »
Il y a quatre interprétations principales des symptômes qui accompagnaient les moments où il recevait le Coran:
1 – Les symptômes étaient produits artificiellement. Muhammad les utilisait pour convaincre les gens de la validité de ses proclamations.
2 – Les symptômes indiquaient une concentration proche de l’état mental de transe.
3 – Il était malade et sujet à des crises d’épilepsie.
4 – Muhammad était possédé.
Beaucoup de musulmans concluent à la lumière des affirmations personnelles de Muhammad, qu’il n’était pas dans un état de conscience normal lorsqu’il était sous inspiration divine et que le Coran est donc pur et non falsifié. En fait, la signification coranique de l’inspiration divine de Muhammad est un acte de possession qui supplantait temporairement les capacités normales de l’agent terrestre. De telles croyances nous amènent à conclure que la doctrine coranique de l’inspiration est verbale et mécanique dans le sens le plus fort. L’agent humain est passif, totalement contrôlé par l’impulsion « divine ».
La tradition musulmane affirme que Muhammad ne savait ni lire, ni écrire, citant comme base de cette affirmation le Coran 7:157; 29 : 48 et 62 : 2. Cela signifie que le miracle du Coran serait grand, en effet. Cependant, quelques érudits musulmans et non-musulmans contestent cette revendication. Les références coraniques qui soutiendraient cela ne disent pas nécessairement que le prophète était incapable de lire ou d’écrire, mais plutôt que ce n’était pas son habitude de le faire; en d’autres mots, il n’était pas érudit.
[1] Gabriel serait en fait ce que les chrétiens appellent le Saint-Esprit pour certains musulmans
L’expression « ahl al-Kitâb » est employée 31 fois dans le Coran. Arrêtons-nous sur un verset difficile à comprendre dans lequel a été introduite non une auto-référence au Coran par laquelle les musulmans deviennent des gens du Livre mais une grossière allusion à la foi chrétienne par laquelle les chrétiens deviennent des gens du Livre. Ce verset, qui est un cas unique à ce titre, doit être divisé en deux non parce qu’il est étonnement long mais parce qu’il présente deux styles :
« Ôgens du Livre, ne vous trompez pas dans votre jugement. Ne dites sur Dieu que la vérité. Que oui le Messie-Jésus fils de Marie est le messager de Dieu, Sa parole (kalima) qu’il envoya sur Marie et un souffle [de vie venu] de Lui ! Croyez en Dieu et à ses messagers ! » (Sourate 4 verset 171a) ;
« Et ne dites pas : Cessez ! Ce sera meilleur pour vous. Dieu est unique. Gloire à Lui ! Comment aurait-Il un fils ? À Lui ce qui est dans les cieux et sur la terre. Dieu suffit comme Protecteur » (sourate 4 verset 171b).
On voit tout de suite que la première partie adresse aux judaïques l’éternel reproche de ne pas reconnaître le « Messie-Jésus » tandis que la seconde apostrophe les chrétiens comme s’ils étaient les gens auxquels tout le verset s’adresse. Pour commencer, il convient de justifier quelques éléments de la traduction de la première partie.
Traduire « lâ taglû fi dynikum » par « n’exagérez pas dans votre religion » n’a pas de sens : c’est selon le syriaque qu’il faut traduire : « ne vous trompez pas dans votre jugement »[1].
L’adverbe « ’inna-mâ » qui vient ensuite est habituellement lu comme une restriction affirmant que ‘Isâ (Jésus) n’est qu’un messager, ce qui est précisément le cas de la formule adverbiale qui apparaît juste avant : « lâ taqûlû ‘alâ Llah ’illâ l-haqq », « ne dites sur Dieu que la vérité ». En vertu du dogme islamique, il faut absolument que « ’inna-mâ » présente également un sens de restriction, de sorte qu’elle s’applique ici à la messianité de Jésus : celle-ci doit être présentée comme négligeable, sinon le « rasûl » (messager) Muhammad ne tiendrait plus la comparaison avec le « rasûl ‘Isâ » qui est le Messie ! Mais si on impose le sens : « ‘Isâ est seulement (’inna-mâ) un messager, il faudra le répercuter ailleurs dans le texte, même au risque de l’absurdité, par exemple :
« Les croyants sont seulement (’inna-mâ) des frères » (Sourate 49 verset 10)[2].
Bien évidemment, il faut traduire : « les croyants sont ô combien des frères ! ». Le terme « ‘inna-mâ » accentue et amplifie le sens de la phrase et non l’inverse, conformément d’ailleurs au sens conjoint de ses deux composants[3]. Pour qu’il y ait un sens restrictif, il faut nécessairement la présence de « ’illâ » (sinon), ce que l’on voit effectivement dans ces deux versets où l’on trouve respectivement « ’inna » et « mâ » justement :
« ’Innahu illâ ‘abdun »: Oui, lui[4] est seulement (sinon) un serviteur » (Sourate 43 verset 59).
« Mâ al-Masyh ibn Maryam illâ rasulun »: Qu’est le Messie fils de Marie sinon un messager ! » (Sourate 5 verste 75)
En l’absence de « illâ » on doit nécessairement lire ainsi la sourate 4 verset 171a : « Que oui, le Messie-Jésus fils de Marie est le messager de Dieu ! ».
Une dernière remarque. Une traduction syriaque assurément antérieure au 10ème siècle[5] ne donne pas à lire « Dieu et ses messagers » à la fin de la sourate 4 verset 171a, mais : « Dieu et son Messie ». Voilà qui est surprenant dans une traduction toujours minutieuse et qui n’a pas le moindre intérêt à induire ses lecteurs chrétiens en erreur, au contraire. En fin de compte, il y a des raisons de penser que ce verset à l’état originel se présentait ainsi :
« Ô gens du Livre, ne vous trompez pas dans votre jugement. Ne dites sur Dieu que la vérité. Que oui le Messie-Jésus fils de Marie est le messager de Dieu, Sa parole qu’il envoya sur Marie et un souffle [de vie venu] de Lui ! Croyez en Dieu et à son Messie ! » (Sourate 4 verset 171).
Selon le texte originel du Coran, il apparaît ainsi que les chrétiens, pas plus que les musulmans, ne sont jamais dits être des gens du Livre[6]. Par contre, comme nous l’avons vu précédemment, le texte originel du Coran appuie clairement sur la nécessité de croire en Jésus, le Messie de Dieu…
Notes :
[1] Voir les ouvrages de Christoph Luxenberg. Christoph Luxenberg est le pseudonyme d’un philologue allemand analyste du Coran peut-être inspiré de Georg Christoph Lichtenberg. Il est l’auteur de Die Syro-Aramäische Lesart des Koran : Ein Beitrag zur Entschlüsselung der Koransprache (en français : Lecture syro-araméenne du Coran : une contribution pour décoder la langue du Coran), publiée en 2000 en allemand. Il s’agit d’une étude philologique dans laquelle un certain nombre d’hypothèses sont étudiées, dont il ressort que les sources du Coran proviendraient de l’adoption de lectionnaires syriaques destinés à évangéliser l’Arabie. En raison du caractère novateur de ses thèses, l’auteur a dû adopter un pseudonyme pour éviter les affrontements avec les factions islamiques intégristes, ouvertement en désaccord avec le fait que l’on puisse tenter ce genre d’étude académique sur le Coran.
[2] Déjà dès les neuf occurrences de la sourate 2 (sourate al-baqara), on voit que « ’inna-mâ » ne peut avoir de sens restrictif, en particulier dans la sourate 2 verset 107 : les anges de la magie disent : « Que oui (‘inna-mâ), nous sommes une tentation » ; dans la sourate 2 verset 137 : « S’ils se détournent, ils sont alors ô combien (‘inna-mâ) dans le désaccord » ; dans la sourate 2 verset 181 : « Alors, le péché pèse ô combien (‘inna-mâ) sur ceux qui l’ont changé [le testament] ! » ou dans la sourate 2 verset 275 : « Ils disent : le commerce, c’est en soi (‘inna-mâ) de l’intérêt ».
[3] Dans l’un livre de ses livres, Christoph Luxenberg indique que la formule arabe « ’inna + mâ » correspond à l’araméen « ên + mâ » qui signifie : « Oui vraiment ! » Ceci confirme l’analyse logique du texte que nous faisons.
[4] Il s’agit du fils de Marie mentionné deux versets auparavant.
[5] Voir l’ouvrage du théologien, historien et orientaliste Mingana Alphonse, “An ancient Syriac Translation of the Kur’ân exhibiting new Verses and Variants” (traduction syriaque antique du Coran exposant de nouveaux versets et des variantes), édité en 1925, pages 4, 6, 27 et 41.
[6] En effet, la question ne se pose à aucun autre endroit, même si au verset 77 de la sourate 5 qui commence identiquement à la sourate 4 verset 171, il est question de gens qui égarent et s’égarent et le verbe « dhalla » employé dans ce verset apparaît dans le dernier verset de la Fâtihah (la première sourate du Coran) et seulement là pour désigner les chrétiens sans les nommer, mais ce verset 77 est une longue apposition sur le mot « sirât » qui vient perturber une prière construite sur six versets (ou sept avec la bismillah : phrase récitée avant chaque sourate sauf pour la neuvième et avant chaque tâche quotidienne quelque soit son importance) et qui ajoute dix balancements là où il y en a déjà deux fois dix. C’est un jeu de ping-pong : une lecture faussée est justifiée par un ajout ailleurs qui est conforté par un autre ajout ou par une autre fausse lecture ailleurs, etc.