La Bible traduite en Chinois par un infirme

Nous relevons le nom de cent trente-huit missionnaires, dont onze dames ou demoiselles, qui se sont occupés de la traduction de la Bible dans les différentes langues de la Chine. Parmi eux, il y en a un qui mérite une mention spéciale, c’est M. Schereschewsky.

 

Né en 1831, en Lituanie, de parents israélites, Schereschewsky fut élevé dans toute la sagesse des juifs, et fit ses études à l’Université de Breslau[1]. La lecture du Nouveau Testament traduit en hébreu le convainquit de la vérité de l’Évangile. Il se rendit aux États-Unis, y fut baptisé, y fit des études théologiques, et en 1859 partit missionnaire à Shanghai, en Chine. Très doué, connaissant l’hébreu mieux que toute autre langue, il fut appelé à s’occuper de la traduction de la Bible. En collaboration avec quatre collègues, il traduisit le Nouveau Testament en mandarin. Ensuite, à partir de 1865, il traduisit seul l’Ancien Testament dans cette même langue. Cette traduction remarquable parut en 1875 et eut plusieurs éditions, dont la dernière, révisée, est celle de 1899.

 

Il fit plus encore. Il traduisit la Bible entière en wenli[2] simplifié. Le Nouveau Testament en 1898, la Bible entière en 1902. Il révisa ensuite ses deux traductions, les corrigeant, les améliorant pour en faire des Bibles à parallèles.

 

En 1865, six ans après son arrivée en Chine, il fut frappé d’une paralysie qui alla s’aggravant jusqu’à ce qu’elle ne lui laissât plus que l’usage du doigt du milieu de chaque main. C’est avec ces deux doigts qu’il rédigea, au moyen d’une machine à écrire, ses deux traductions. Un secrétaire les recopiait en caractères chinois. Il faut noter qu’il accomplit presque tout ce labeur hors de Chine. Quelques années après être tombé malade, il retourna en Amérique et y vécut vingt ans, après quoi il se rendit au Japon. Il mourut à Kyoto[3] en 1906, après avoir passé les vingt-cinq dernières années de sa vie immobilisé dans un fauteuil.

 

Le mal dont il fut frappé, tout en étant une rude épreuve, lui permit de servir pleinement son Dieu : il put consacrer tout son temps à la traduction de la Bible, et exerça certainement, comme traducteur. Plus que beaucoup d’autres, il put dire : « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort ».

 

La Bible, Parole de Dieu, deux fois traduite, en deux formes différentes d’une même langue, pourvues de parallèles, fut ainsi donnée à près d’un quart de la population mondiale… Voici le bilan de cette vie d’infirme. Peu d’hommes, assurément, auront exercé sur l’humanité une action plus étendue et plus profonde que ce fils d’Israël, amené à Jésus Christ par la lecture d’un Nouveau Testament hébreu.

 

Il a accompli ce que l’apôtre Paul a écrit : « courons pour remporter la couronne » et « persévérons »…

 

Une difficulté de la traduction en chinois de la Bible, qui n’a pas encore été entièrement surmontée, est venue s’ajouter à toutes celles qui sont inhérentes à l’étude même de la langue, la difficulté de trouver un terme chinois qui rende convenablement le nom de Dieu. C’est là un cas extraordinaire, unique, dans l’histoire des traductions de la Bible, et qui dépasse la compréhension de ceux qui ne sont pas initiés.

 

Cette difficulté n’est pas nouvelle. La controverse à laquelle elle a donné lieu dure depuis plus de deux cents ans. Au dix-septième et au dix-huitième siècle, plusieurs papes intervinrent par des décrets contradictoires. Les missionnaires protestants, à partir de 1850, ne se trouvèrent pas moins divisés sur cette question que les missionnaires catholiques. Voici un trait qui montre combien la controverse a été ardente et compliquée. En février 1901, un missionnaire bien connu commença, sur cette question, dans le Chinese Recorder, une série d’articles mensuels qui se succédèrent jusqu’au mois d’août 1902. Il avait, pendant vingt ans, réuni et catalogué plus de 13.000 passages de la littérature chinoise pour établir son opinion. Et quand il termina ses articles, il estimait n’avoir pas épuisé le sujet! Cette difficulté n’est pas spéciale au wenli et au mandarin. Elle se reproduit dans toutes les langues provinciales.

 

En fait, le chinois n’a pas de mot pour désigner la divinité, pas de mot qui réponde à l’Elohim hébreu. Le mot propre manquant, trois termes se sont présentés:

 

Schang-Ti (maître suprême), Shen (esprit), et Tien-Tchéou (Seigneur du ciel). La majorité des missionnaires anglais ont été pour le premier de ces termes, et la majorité des missionnaires américains, pour le second. Le troisième, depuis le décret papal de 1704, a été adopté par les catholiques. La raison pour laquelle la controverse sur ce sujet a été si passionnée, c’est que Shang-Ti est le nom donné à certains dieux chinois et aux empereurs déifiés. Les adversaires de ce terme ne voulaient pas donner au vrai Dieu le nom d’une idole, afin de ne pas risquer de l’abaisser au niveau des images de bois qu’on trouve dans les temples païens des villes chinoises. Les partisans de Shang-Ti répondaient que ce terme appartenait à l’époque primitive, monothéiste, antérieure au bouddhisme et au taoïsme, qu’il désignait le maître suprême du ciel et de la terre, un dieu dont les attributs rappelaient ceux du Jéhovah de l’Ancien Testament, et qu’on pouvait l’adopter comme les apôtres avaient adopté le mot Théos, qui était loin de désigner le vrai Dieu des chrétiens.

 

L’entente ne pouvant se faire, ni parmi les traducteurs, ni parmi les missionnaires, il fallut imprimer des éditions diverses des mêmes traductions, afin que personne ne fût choqué en trouvant dans sa Bible le nom qu’il désapprouvait.

 

Actuellement la controverse touche à sa fin. Les missionnaires se sont mis d’accord pour adopter, dans la version en mandarin, Shen, comme terme générique pour Dieu, et Shang-Ti pour désigner le vrai Dieu.


Notes :

[1] Wrocław (Breslau en allemand) est la quatrième ville de Pologne.

[2] Le wenli (ce mot signifie littéraire, classique) n’est pas une langue parlée; c’est une langue écrite, susceptible de prononciations fort différentes. Deux Chinois, l’un de Canton, l’autre de Ning-po, lisant à haute voix la même page en wenli ne se comprendront pas l’un l’autre, parce qu’ils la liront, l’un dans la langue de Canton, l’autre dans la langue de Ning-po. C’est un peu comme nos chiffres arabes, qui, pour les yeux, sont les mêmes dans toutes les langues européennes, mais qui pour l’oreille s’expriment de manières très différentes et qui parfois n’ont aucun rapport entre elles. Quinze, fünfzehn, fifteen, pymp theg, quindichi, décapenté, piatnadziat, voilà comment on dit 15 en français, en allemand, en anglais, en gallois, en italien, en grec, en russe. C’est la même chose, et ce n’est pas la même chose. Cette langue littéraire a trois formes : le wenli proprement dit, le wenli ancien, ou ku-wen, et le wenli simplifié, ou siao-wen. C’est le wenli simplifié qui est la langue officielle, la langue de tous les décrets du gouvernement, la langue des affiches. En dehors du wenli et du mandarin, répandus le premier dans la totalité, le second dans les trois quarts de l’empire chinois, il y a neuf langues provinciales qui ne sont pas des dialectes, mais des langues tout à fait distinctes, et dont quelques-unes sont parlées par des millions d’hommes.

[3] Kyoto (littéralement, ville capitale) fut de 794 à 1868 la capitale du Japon.

Les Bibles malgaches

Les premiers missionnaires protestants arrivèrent à Madagascar en 1818. C’étaient David Jones et Thomas Bevan, chacun accompagné de sa femme et d’un enfant. Au bout de quelques mois, sur ces six personnes, cinq étaient mortes de la malaria, et David Jones, seul survivant, était lui-même très malade. Il se rétablit, et en 1821 fut rejoint par David Griffith, gallois comme lui.

 

À ce moment-là, il y avait peut-être en tout six Malgaches capables d’écrire leur langue, et cela en empruntant les caractères arabes. Le malgache n’existait pas comme langue écrite. Mais en 1823, Jones et Griffith avaient créé une écriture en harmonie avec les règles de grammaire qu’ils avaient détectées. En 1826, la Société missionnaire de Londres leur envoyait une machine à imprimer.

 

En janvier 1827, les missionnaires écrivaient:

 

Nous avons consacré la journée du 1er janvier à la révision finale et à l’impression du premier chapitre de Luc. Nous voulions, par ce ministère, en ouvrant sur un sol aride et desséché la fontaine des eaux vives, sanctifier cette nouvelle année de labeur missionnaire. Puissent les eaux de guérison couler bientôt en mille canaux et transformer ce pays en un jardin de l’Éternel

 

Avant la fin de l’année, les missionnaires avaient imprimé l’Évangile de Luc à 1.500 exemplaires. En 1830, le Nouveau Testament était imprimé à 3.000 exemplaires.

 

Je ne veux pas prophétiser, écrivait le missionnaire-imprimeur, mais je ne puis pas croire que la Parole de Dieu soit jamais exterminée de ce pays, ou que le nom de Jésus y soit jamais oublié.

 

La publication du Nouveau Testament excita chez les indigènes un esprit de saine curiosité. Leur Nouveau Testament à la main, ils entouraient en grand nombre la demeure des missionnaires pour se faire expliquer les passages qu’ils avaient marqués. On était étonné de voir la Parole de Dieu trouver chez eux tant d’écho. Ils comprenaient très bien tous les passages qui condamnaient l’idolâtrie et la sorcellerie. À propos du passage : Vous observez les jours et les mois, un jeune garçon fit cette remarque : «Voilà qui condamne les gens qui tuent leurs enfants parce que le jour ou le mois de leur naissance est réputé mauvais, et ceux qui s’abstiennent de faire quelque chose aux temps dits néfastes».

 

En mars 1835, comme l’impression de l’Ancien Testament touchait à son terme, la persécution éclata. La reine Ranavalona fit réunir tous les exemplaires des Écritures qu’on put trouver, et les fit remettre aux missionnaires comme objets prohibés. La lecture des Écritures, comme la prière, fut interdite sous peine de condamnation à la mort ou à l’esclavage. À cette époque, il restait à imprimer les livres d’Ézéchiel à Malachie, et une partie du livre de Job. Aucun indigène n’osait prêter la main à ce travail. Tout ce qui restait fut composé par le missionnaire Baker et imprimé par un artisan missionnaire, M. Kitching. Le 21 juin, la première Bible malgache était imprimée et reliée. Jamais ministère ne fut plus fécond et plus glorieux que celui qu’accomplirent ces deux hommes pendant ces trois mois. Il se prépara là bien des palmes et bien des couronnes!

 

Des exemplaires de la Bible furent remis aux indigènes. Ceux qui les recevaient savaient fort bien qu’en les recevant ils risquaient leur vie. Quand les missionnaires, expulsés, quittèrent l’île, en juillet 1836, il restait encore un stock de soixante-dix Bibles. Les missionnaires enterrèrent ces soixante-dix Bibles et en indiquèrent la cachette à quelques-uns de leurs convertis. Ce fut là, pour de longues années, le dépôt biblique des chrétiens malgaches. Ces Bibles, comme on l’a dit, furent le combustible qui, pendant plus d’un quart de siècle de persécution, alimenta le feu sacré à Madagascar. Plusieurs de ces Bibles existent encore. On en voit une à la bibliothèque de la Société biblique britannique.

 

Le souvenir de la persécution le plus émouvant que j’aie rapporté, racontait plus tard un missionnaire, consiste en quelques fragments des Écritures, usés, déchirés, portant des taches de terre ou de fumée qui sont les marques de leur cachette, mais soigneusement réparées : ces feuilles sont cousues entre elles par des fibres d’écorce, et leurs marges sont recouvertes de papier plus fort.

 

On comprend que ces Bibles se soient usées! Elles circulaient par fragments; on échangeait des moitiés, des quarts de Bible. Comme les exemplaires étaient rares, il circulait aussi des fragments copiés à la main. Des chrétiens se réunissaient pour méditer la Bible et prier, en particulier sur une montagne, à quelque distance de la capitale. Quand on les découvrait, ou quand on découvrait leur Bible, c’était l’esclavage ou la torture, ou une mort cruelle.

 

Plusieurs réussirent à cacher leurs Bibles. Les uns les dissimulaient adroitement dans des troncs d’arbres, d’autres les confiaient à des cachettes pratiquées dans des endroits réputés inaccessibles, d’autres, après les avoir enveloppées, les enterraient soigneusement. Voici à quel moyen on eut recours dans le Vonizongo.

 

Quand la reine Ranavalona ordonna des perquisitions sévères pour faire saisir toutes les Bibles qu’il y avait à Madagascar, les chrétiens du Vonizongo se dirent : «Si nous perdons notre Bible, que deviendrons-nous?» Et ils décidèrent de cacher leur Bible dans une caverne creusée, au temps jadis, près du village de Fihaonana, pour servir d’hôpital aux varioleux. Les chrétiens malgaches bravaient, pour l’amour de leur Bible, le danger de la contamination, bien assurés que les émissaires de la reine n’auraient pas le même courage.

 

Les émissaires vinrent dans le village et y firent une recherche acharnée, sans rien trouver. Ils se dirigèrent ensuite vers la caverne. «Vous savez sans doute, leur dit quelqu’un, que cette caverne est l’hôpital des varioleux? — Non! répondit, sursautant avec horreur, l’un des émissaires. Pourquoi ne nous l’avez-vous pas dit plus tôt, malheureux?» Les émissaires opérèrent une prompte retraite, et la Bible fut sauvée.

 

Ces Bibles, on allait, aussi souvent que possible, les retirer de leur cachette, les lire en secret ou en public, selon le degré qu’atteignait la persécution, et on les replaçait bien vite en lieu sûr.

 

Pendant un quart de siècle, les chrétiens malgaches persécutés n’eurent d’autre missionnaire que la Bible. Et lorsque, en 1861, après la mort de Ranavalona, les missionnaires anglais revinrent, au lieu de mille adhérents et de deux cents chrétiens déclarés qu’il y avait en 1835 à Madagascar, ils trouvèrent cinq mille chrétiens déclarés. Voilà ce qu’avait fait la lecture de la Bible. La Bible est un bon missionnaire.

 

En 1872, les missionnaires commencèrent à procéder à la révision de la Bible malgache. La Bible révisée fut imprimée en 1888 par la Société britannique.

 

«Nous voici en septembre 1897, écrit le missionnaire Élisée Escande en 1906, dans cette province d’Ambositra connue par un récent et magnifique réveil. Le missionnaire qui s’y installe est en proie à la plus profonde détresse. Un vent de persécution a passé sur ce district. La population presque toute entière est passée au catholicisme.

 

«Qu’est-ce qui va empêcher le missionnaire de se sentir vaincu avant d’entreprendre la lutte ? C’est ce qu’il apprend de l’amour des Malgaches pour leur Bible.

 

«Lorsque les habitants du district d’Ambositra crurent qu’ils n’avaient qu’un moyen de montrer leur soumission à la France, celui de «devenir catholiques», ils furent sollicités par le père jésuite de lui remettre leurs Bibles. Les plus peureux le firent, et quelle ne fut pas leur consternation quand ils virent le père jésuite faire brûler toutes ces Bibles! Dès ce moment, aucune Bible ne lui fut plus apportée. À l’exemple de leurs pères, ces Malgaches cachèrent leurs Bibles dans des endroits où les émissaires du père jésuite ne pouvaient les trouver. Eux aussi lisaient en secret, en cachette des voisins et de certains membres de leur famille, leur chère Bible. Ils sont venus dire au premier missionnaire protestant d’Ambositra leur honte d’avoir abandonné le protestantisme, et, comme s’ils devinaient ce qui leur concilierait le plus l’affection de celui qui venait leur montrer leur faute et les exhorter à revenir au Christ de l’Évangile, ils lui disaient : «Mais nous avons conservé nos Bibles, nous continuons à les lire en cachette, et dès que vous serez venu rouvrir la lutte dans notre village, nous tirerons nos Bibles de leur cachette, et nous nous en servirons ouvertement comme par le passé». Et l’une des joies les plus pures que ce missionnaire a éprouvées pendant les premiers mois de son ministère a été de voir ces Malgaches venir assister au culte, dans une case basse et enfumée, se tassant comme des harengs, la joie peinte sur leur figure, et leur Bible, leur chère Bible à la main. Avec quelle promptitude les passages indiqués étaient trouvés, avec quelle émotion ils étaient relus en public à haute voix, avec quel entrain parfois ils étaient commentés!»

 

En 1900 et 1901 éclata dans le Betsiléo un puissant réveil religieux au sujet duquel le missionnaire norvégien Borchgrevink a écrit ceci : «Ce qu’il y a de plus remarquable dans ce réveil, c’est qu’il faut l’attribuer non à la prédication de l’Évangile, mais à la lecture de la Bible. La Bible en a été le seul instrument ».

Le violoniste et son maître

Un jeune homme avait étudié le violon sous la direction d’un grand maître et donnait son premier récital en présence de celui-ci. Le concert eut un très grand succès. En dépit des applaudissements de la foule, le jeune musicien semblait insatis­fait. A la dernière note de son morceau, tandis que les acclamations devenaient plus bruyantes que jamais, il avait les yeux fixés sur son maître assis au bal­con. Enfin, celui-ci lui adressa un sourire d’approbation et aussitôt le jeune violoniste se détendit et devint rayonnant de joie. Les applaudissements de la foule ne signifiaient rien pour lui, tant qu’il n’avait pas reçu l’approbation de son maître.

 

Quel beau comportement digne d’être imité! « Voici, comme les yeux des serviteurs sont fixés sur la main de leurs maîtres… ainsi nos yeux se tournent vers l’Eternel, notre Dieu» (Ps 123:2).

 

Le serviteur de Dieu ou le disciple de Jésus-Christ doit veiller, car il peut servir son Maître avec de mauvaises motivations. Certains travailleront pour se bâtir un empire personnel, d’autres pour avoir le consentement des hommes, d’autres encore pour se faire un nom dans leur organisation. Mais toutes ces choses disparaîtront un jour.

 

La seule récompense que nous devrions tous rechercher, c’est d’avoir l’approbation de notre Maître, afin qu’un jour il puisse nous dire: «C’est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de choses, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître» (Mt 25:21).

Ne remplaçons pas la vertu par nos valeurs

« Dieu, du haut des cieux, regarde les fils de l’homme, pour voir s’il y a quelqu’un qui soit intelligent, qui cherche Dieu. » (Ps 53 : 2)

 

Un récit grec raconte que, muni d’une lan­terne, Diogène[1] errait vainement en plein jour à la recherche d’un homme ver­tueux.

 

Personne ne peut dire si cette histoire est exacte. Une chose est sûre cependant : si Dio­gène était en vie aujourd’hui, sa quête serait plus difficile encore. Beaucoup, en effet, sem­blent rejeter l’idée qu’il soit nécessaire d’adhé­rer à une quelconque norme morale. Les mé­dias font constamment état de graves entorses à la morale, touchant aussi bien la vie pri­vée que les domaines de la politique, du tra­vail, du sport, des affaires… De nombreuses valeurs chères aux générations passées sont désormais bafouées. Les normes établies sont remises en question et souvent écartées. D’au­tres valeurs sont respectées verbalement, mais non dans les faits.

 

« Le temps où il existait une échelle des valeurs commune est révolu », déclare Alan Wolfe[2], sociologue des religions. Il dresse éga­lement ce constat : « Jamais dans l’Histoire, on n’a autant perçu la faillite des traditions et des institutions pour ce qui est d’offrir une direc­tion morale. » Le Los Angeles Times rapporte les commentaires de Jonathan Glover[3] à pro­pos des cent dernières années. Pour ce philo­sophe, l’explosion générale de la violence est en grande partie imputable au déclin de la re­ligion et des lois morales universelles.

 

Autrefois, la vertu était bien définie. Soit on était honnête, fidèle, chaste et hono­rable, soit on ne l’était pas. Aujourd’hui, « valeurs » a remplacé « vertus ». Mais cela pose un problème, comme l’observe l’historienne Gertrude Himmelfarb[4] : « On ne peut pas dire des vertus ce qu’on peut dire des valeurs, […] que chacun a le droit d’avoir les siennes[5]. »

 

Dans la société libéralisée actuelle, on se croit autorisé à choisir ses valeurs, comme on choisirait ses provisions dans un super­marché. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil (Ecc 1 : 9) : la Bible nous décrit une situation analogue à l’époque des juges : « En ce temps-là, il n’y avait point de roi en Israël. Chacun faisait ce qui lui semblait bon. » (Jg 17 : 6 et 21 : 25) « Toutes les voies d’un homme sont pures à ses yeux, mais l’Éternel pèse les cœurs. » (Pr 16 : 2)

 

La Parole de Dieu est donc très claire : il n’est pas question de se trouver juste par rapport à un contexte comme pouvait le faire

 

  • Lot, à Sodome. En effet, le récit de Lot est éloquent : les hommes de Sodome cherchaient à mettre la main sur les deux envoyés[6] que Lot hébergeait, pour les connaître[7]. Lot, dans son référentiel de valeurs, pour protéger ses hôtes, propose ses filles vierges à ces hommes pervers et violents… (Gn 19 : 1 à 8)

 

  • Agar vis à vis de sa descendance avec son mari : Gn 16 : 2 à 4… La coutume et des lois[8] de l’époque voulait que soit inscrit sur le contrat de mariage que, dans le cas de stérilité de la femme, le mari puisse avoir un enfant avec une servante choisie par elle[9]

 

Dieu nous propose une référence et un fondement immuables et sûrs afin de bâtir notre vie sur le rocher des siècles qui n’est autre que Jésus-Christ (Lc 6 : 48 et Ep 2 : 20).

 

Ne nous conformons pas au siècle présent en remplaçant la vertu par nos valeurs fluctuantes et relatives… Mais, comme Job, disons : « Je n’ai pas abandonné les commandements de ses lèvres ; j’ai fait plier ma volonté aux paroles de sa bouche. » (Jb 23 : 12)


Notes :

[1] Il s’agit ici de Diogène le Cynique (appelé aussi Diogène de Sinope). Contemporain de Platon (4ème siècle avant notre ère), Diogène est connu dans l’imagerie populaire comme le philosophe qui habitait un tonneau. Avec le temps, le cynisme a pris une connotation péjorative de mépris et de dénigrement d’autrui, qualifiant tous ceux qui, par peur de leur propre médiocrité, rabaissent systématiquement autrui.

[2] Alan Wolfe est l’un des sociologues américains les plus réputés dans l’étude des phénomènes religieux.

[3] Philosophe et écrivain britannique.

[4] Dans « La démoralisation de la société ».

[5] L’historienne note que les valeurs « peuvent être des croyances, des opinions, des dispositions, des sentiments, des habitudes, des conventions, des préférences, des préjugés, des excentricités même, bref tout ce à quoi tient un individu, un groupe ou une société, à quelque époque et pour quelque raison que ce soit ».

[6] Ces deux envoyés n’étaient autres qu’une théophanie de la trinité.

[7] Euphémisme biblique pour « abuser d’eux ».

[8] Code d’Hammourabi.

[9] Les paragraphes 170 et 171 du Code d’Hammourabi paraissent s’appliquer dans Gn 21 : 8 à 13 nous montrant bien que la femme d’Abraham se base uniquement sur les lois et coutumes de son époque : comme le paragraphe 170 lui en donnait le droit, Abraham aurait voulu adopter pleinement et par suite admettre à la participation à son héritage Ismaël, le fils qu’il avait eu de sa concubine esclave ; il avait donné dans ce dessein un grand banquet le jour où cet enfant avait été sevré (Gn 21 : 8). Mais, par rivalité, Sara s’oppose à l’adoption. Elle dit à son époux : « Chasse cette esclave et son fils, afin que le fils de cette esclave n’hérite point avec mon fils, avec Isaac… » (Gn 21 : 10). En d’autres termes, Sara demande à Abraham d’appliquer à Ismaël le paragraphe 171 et non le 170 du Code d’Hammourabi. En effet l’exclusion du fils de la servante était un moyen d’empêcher sa pleine adoption et sa participation à l’héritage paternel suivant le paragraphe  170. On voit par le texte de la Genèse que la contrariété éprouvée par Abraham, était due à sa tendresse paternelle et non à la crainte de commettre un acte illégal : « cette chose parût très mauvaise aux yeux d’Abraham à cause de son fils » (Gn 21 : 11). La suite du texte permet d’exclure formellement le motif d’une injustice légale. Dans Gn 21 : 12 et 13 Dieu ordonne à Abraham d’accéder au désir de son épouse et il promet de donner lui-même une compensation à Ismaël, pour son exclusion de l’héritage paternel. Or il est évident que Dieu ne pouvait ordonner, ni surtout favoriser, l’accomplissement d’un acte illégal. La différence entre le Code d’Hammourabi et Gn 21 : 8 à 13, consiste en ce que Agar est la servante de Sara, tandis que dans le Code d’Hammourabi, il s’agit d’une esclave de l’époux lui-même.

Quand la foi devient philosophie

Timothée Richard était un jeune baptiste gallois, compétent et à la forte personnalité. Il avait d’abord voulu se mettre au service de la CIM[1], mais on lui avait conseillé de travailler avec la Société Mission­naire Baptiste. il était arrivé en Chine en 1870, âgé de 25 ans. D’emblée, Richard se mit à attacher une grande importance à l’établissement du royaume de Dieu sur la terre, et à protéger le pauvre et le malheureux d’une exploitation tyrannique.

 

Etabli dans la province du nord de Shantung[2], il avait été très touché par la grande famine qui avait sévi durant les années 1877-79, tout particulièrement dans le Shanxi[3]. Il aspirait de tout son cœur à voir la Chine transformée par l’adoption de ce qu’il y avait de meilleur en Occident, notamment les techniques, de telle sorte que pareil désastre ne puisse plus jamais se reproduire.

 

Malheureusement, Richard prétendait que Dieu agissait au travers des autres religions comme le confucia­nisme, le bouddhisme et le taoïsme[4]. Si on pouvait souligner les aspects de ces religions qui étaient en accord avec le christianisme, leurs adeptes seraient facilement amenés à la foi en Christ, et avec le temps, toute la Chine connaîtrait une profonde transformation chrétienne. Il ne tarissait pas d’éloges sur le bon côté de la civilisation chinoise, et consacra beaucoup de temps à étudier les classiques chinois et les écrits sacrés. Il s’efforça d’atteindre l’élite intellectuelle et usa plus tard de son influence pour fonder dans le Shanxi une université où les idées occidentales allaient être enseignées parallè­lement à l’histoire et à la culture chinoises.

 

Hudson Taylor estimait que sa théorie menait à la mort, car Richard était réfractaire à la prédication de la grâce, préférant, pour préparer le chemin de l’Evangile, distribuer des traités moraux parlant de Dieu mais non de Christ.

 

Mais Timothée Richard savait se montrer persuasif, et il com­mença à gagner à ses idées certains membres de la CIM, notamment ceux qui vivaient dans la province de Shanxi. L’expression « l’esprit de Shanxi » servit à désigner la diminution de la ferveur évangélique consécutive à l’enseignement de Richard. La foi d’un des membres de la CIM fut ébranlée au point que le missionnaire dut être rapatrié. Un autre envisagea de quitter la CIM pour se mettre au service d’une société missionnaire qui assurait à ses ouvriers un salaire régulier. A la suite des doctrines propagées par Richard, trois ou quatre missionnaires quittèrent la CIM, bien que quelques-uns revinrent plus tard à leurs convictions premières. Richard lui-même, devenu de plus en plus libéral dans son enseignement, démissionna de la Société Missionnaire Baptiste, mais continua à travailler en Chine durant près de cinquante ans.


Notes :

[1] Acronyme de l’anglais pour la Mission de l’Intérieur de la Chine qui est une société de missions en Chine, fondée par Hudson Taylor le 25 juin 1865 à Brighton.

[2] Shantung est une province du nord est de la Chine. Elle est située au nord de la province de Shanghai.

[3] Le Shanxi est une province du nord-est de la Chine, à l’ouest de la province de Shantung. Elle est surtout de religion bouddhique (Les grottes bouddhiques de Yungang shiku qui sont dans cette province contiennent les plus anciennes sculptures de Chine).

[4] Le taoïsme (« enseignement de la Voie ») est à la fois une philosophie et une religion chinoise. Plongeant ses racines dans la culture ancienne, ce courant se fonde sur des textes, dont le Dao De Jing (tao te ting) de Lao Zi (Lao-tseu), et s’exprime par des pratiques qui influencèrent tout l’Extrême-Orient. Il apporte entre autres : 1°) une mystique quiétiste, reprise par le bouddhisme Chan (ancêtre du zen japonais) ; 2°) une éthique libertaire qui inspira notamment la littérature ; 3°) un sens des équilibres yin yang poursuivi par la médecine chinoise et le développement personnel ; 4°) un naturalisme visible dans la calligraphie et l’art.

Balaam, le précurseur de l’œcuménisme

Faire alliance avec des Églises « sœurs » au sein d’un œcuménisme qui veut rallier toutes les religions sous sa bannière, c’est accepter de faire partie de la grande prostituée qui va soutenir l’antichrist !

 

On connaît l’histoire de Balaam. Dans cette histoire, Balak, roi de Moab, a fait alliance avec les Madianites, parce qu’ils se sont appropriés durant quatre cents ans un territoire qui a été donné par Dieu aux descendants d’Isaac, l’enfant de la promesse, et non à eux, malgré leur parenté avec Abraham. Car les Moabites sont descendants de Lot, neveu d’Abraham et les Madianites sont descendants d’Abraham par Qetoura (Gen 25 :1). Ils confessent le même Dieu. Ne sont-ils pas tous « frères en Christ » ?

 

Pourtant ils savent parfaitement qu’ils occupent ce territoire illégalement. Même Rahab, la prostituée de Jéricho, savait que l’Eternel avait donné ce pays à Israël ! Tout le monde le savait. Ce qui n’empêchait pas Moabites, Ammonites et Madianites de revendiquer cette terre. Quel parallèle avec les Palestiniens d’aujourd’hui !

 

Face à Esdras, des siècles plus tard, les « habitants du pays », parmi lesquels certainement des Moabites, des Ammonites et des Madianites, proposeront d’aider à la reconstruction du temple en prétendant invoquer le même Dieu que les Israélites. Mais Esdras ne s’en laissera pas conter : Ils invoquent peut-être le même Dieu, mais sans le connaître, car ils n’en ont aucune crainte et sont adonnés à des coutumes idolâtres et abominables.

 

C’est dans ce contexte de terreur de devoir restituer par la force le territoire aux légitimes propriétaires, après des décennies durant lesquelles les Moabites et Ammonites sont parvenus à repousser leurs « frères » dans le désert, que Balak fait appel à Balaam, qui habite bien loin de là, en Mésopotamie.

 

Balaam, « qui aima le salaire de l’iniquité (2 Pi 2 :15) », et dont Pierre déclare qu’il fallut une ânesse pour arrêter sa démence, n’en est pas moins un des prophètes les plus inspirés de la Bible. Il est réputé au-delà des frontières et Balak connaît la puissance divine de la parole qui sort de la bouche de ce prophète : « Celui que tu bénis est béni et celui que tu maudis sera maudit » (No 22 :6). Dieu ne révoque pas ses dons. Aussi Balak veut se servir de Balaam pour maudire Israël, à grand renfort de promesses de ponts d’or et d’honneurs à la clé.

 

Balaam, attiré par ces alléchantes propositions, brave l’interdit clair et net que lui a opposé le Seigneur quand il l’a consulté, se rend là où les Israélites campent, près de Jéricho, et fait construire par Balak, dans trois hauts lieux différents, trois fois sept autels, avec des sacrifices de taureau et de béliers (No 23 : 24). Il tente même, pour satisfaire son nouveau maître Balak, de se servir des formules occultes qu’il connaît (No 24 :1). Mais il est chaque fois saisi par l’Esprit de Dieu – Il n’y a aucune ambiguïté possible à ce sujet – et il lance au final, et contre son propre souhait, quatre formidables bénédictions prophétiques sur Israël, qui annoncent, entre autres, la venue du Messie.

 

Conclusion, quand il veut maudire Israël, le prophète Balaam échoue sur toute la ligne. Pourtant, il va finir par réussir sa mission de destruction en montrant à Balak une méthode perfide : Amener Israël à faire des alliances avec eux ! Tous les moyens sont bons. C’est l’œcuménisme de l’époque…

 

Cette entreprise perverse va entraîner une plaie épouvantable : 24.000 Israélites en mourront. Qu’a fait Balaam ? Il a simplement enseigné aux jolies femmes moabites et madianites à séduire les Israélites pour les entraîner dans leur culte à Baal Péor (Nb 31 :16). Il s’agit probablement d’une cérémonie qui a, au premier abord, l’apparence d’un culte religieux consacré au « Dieu tout-puissant ». Cérémonie sans doute associée à un culte à la déesse Astarté et à Moloc auquel on sacrifiait les enfants.

 

Dans ce culte, on y absorbe des victimes « sacrifiées aux morts » (Ps 106 :28). Cela ne rappelle-t-il pas l’Eucharistie où l’on prétend que c’est la chair physique du Christ qui s’est matérialisée dans l’hostie qu’on donne à manger aux fidèles ? Pourtant, Dieu est esprit ! N’y a-t-il pas une similitude avec la consécration à des « saints » morts pratiquée dans certains courants dits chrétiens, ou encore avec les prières aux morts ou pour des morts que pratiquent ces mêmes courants ? Pourtant ces courants prient « aussi ! » Jésus-Christ…

 

Les Moabites et Madianites vont parvenir, sans grande difficulté apparente, à entraîner dans leur culte abominable les fils d’Israël.

 

Rien, à l’époque de Balaam, ne semblait pouvoir arrêter la colère ardente de Dieu contre les enfants d’Israël après qu’ils se soient ainsi laissés détourner par ruse de la pureté de la parole de Dieu. Ils risquaient même d’être décimés. Mais Phinéas, descendant d’Aaron, a compris la cause de la colère divine. Il a pris une lance, et, sans égard pour le rang élevé et la respectabilité de ceux qui avaient donné l’exemple et qui se montraient même aux yeux de tous sans la moindre honte, il transperce un couple formé d’un prince de la famille de Siméon, Zimri, et d’une princesse madianite : Cozbi, fille de Tsour. Alors la colère de Dieu s’apaise, les femmes illégitimes sont renvoyées chez elles, et le peuple de Dieu, pour un temps, comprend la leçon et obtient la victoire.

 

Le verset 18 de Nombres 25 précise que Cozbi était « la sœur » des Israélites !

 

Cozbi et les autres femmes « sœurs », ou « cousines », ne symbolisent-elles pas pour notre temps,- « car tout ce qui est a déjà existé, et ce qui existera est déjà là, Dieu ramène ce qui a disparu (Ec 3 :15) » – les églises « sœurs », qui pratiquent l’idolâtrie tout en prônant l’œcuménisme à tout crin au nom d’une unité qui ne sera jamais qu’une unité politique et babylonienne ?

 

Les femmes, dans l’Ancien Testament, sont souvent des préfigurations de la future Église, mais aussi des fausses églises ou de la prostituée (Cf Osée 2 :4). Toutes les églises « sœurs » confessent Jésus-Christ, ce qui rassure. Mais y parle-t-on toujours du même Jésus ? En 2 Cor 11 : 3 et 4, Paul dit à de solides chrétiens de Corinthe, qui exerçaient tous les dons charismatiques, que si on leur présentait un autre Jésus, un autre esprit, et un autre évangile que celui qu’ils avaient accueilli au préalable, ils le recevaient fort bien !

 

À noter que Cozbi signifie « mon mensonge », tandis que le nom de son père, « Tsour » signifie « rocher ». On ne parle pas toujours, dans nos dénominations diverses, du même rocher que LE ROCHER, ni du même Dieu. Les alliances entre Églises « sœurs » fortifient certes la puissance et la crédibilité politique, mais rarement la puissance spirituelle. C’est même exactement le contraire. L’Église de Philadelphie, qui a « peu de puissance » (temporelle !), est une Église cachée en Christ, mais ses pierres vivantes sont la lumière du monde !

 

L’œcuménisme dans son acceptation la plus répandue aujourd’hui, procure un sentiment d’ouverture d’esprit et de tolérance, voire d’amour fraternel. Mais, quand cette unité ne se contente pas de mettre de côté des antagonismes provenant de points de doctrines mineurs, ou d’interprétations divergentes de certains versets isolés pour se recentrer sur un unique fondement : Jésus-Christ et la Parole de Dieu, quand cette tentative d’unité veut « ratisser large », elle devient un levain mortel. Ce n’est pas en pactisant avec des dogmes apostats que l’on sauve ceux qui y sont piégés, mais en proclamant les Ecritures, sans en ôter ni en rajouter un iota. C’est s’exposer et les exposer à mourir de la plaie qui a failli décimer Israël. Car Dieu ne change pas…

 

Quant à faire alliance avec des Églises « sœurs » au sein d’un œcuménisme qui veut rallier toutes les religions sous sa bannière, c’est accepter de faire partie de la grande prostituée, celle qui va soutenir l’antéchrist.

 

Serions nous plus fort que le peuple juif, l’arbre qui nous porte ? L’ordre de Dieu, parlant de la grande prostituée, donc d’une Eglise apostate, ce qui englobe tous les courants apostats et tous les chrétiens apostats, est sans équivoque : « Sortez d’elle mon peuple, afin de ne point participer à ses péchés et de ne pas recevoir votre part de ses plaies » (Ap 18 : 4). Ou encore : « Quel contrat d’alliance y a-t-il entre le temple de Dieu et les idoles ? Car nous sommes le temple du Dieu vivant, comme Dieu l’a dit….C’est pourquoi : Sortez du milieu d’eux ; et séparez-vous, dit le Seigneur ; Ne touchez pas à ce qui est impur, et moi je vous accueillerai. Je serai pour vous un père, et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur tout-puissant. 2 Cor 6 :16 a et 17.

 

Ruth la Moabite, qui aimait la vérité, adopta le Dieu d’Israël et suivit ses commandements. Elle sut couper les liens avec tous les siens. Elle en fut si bénie qu’elle compte parmi les ascendants de Jésus. En tant que femme étrangère au peuple élue, elle est un symbole de la future église des « gentils » qui croira en Christ et le suivra.

 

Il y a un autre parallèle entre notre temps et l’épisode de Balaam, si important qu’il est cité dans huit livres de la Bible, dont trois livres du Nouveau Testament. Cette histoire s’est située au moment où Israël, après 40 ans dans le désert, allait enfin entrer dans le royaume promis. Aujourd’hui, quatre mille ans après Abraham, le Royaume de Dieu est tout près de s’installer sur terre, lors du retour en gloire de Jésus. Il existe donc une activité frénétique de Satan pour détourner le peuple de Dieu vers des voies qui paraissent pleines d’amour fraternel, des larges voies que beaucoup empruntent bien qu’elles mènent à la perdition. Satan a trouvé beaucoup de Balak (dont le nom signifie : « dévastateur ») qui se sont appropriés un Royaume qui ne leur appartenait pas, et beaucoup de Balaam qui font alliance avec les Balak, des vrais prophètes de Dieu à l’origine, mais séduits eux-mêmes et séduisant les autres par l’idée d’une grande Église universelle. Peut-être ont-ils été aguichés par le tapis rouge que l’on déroule généralement devant eux quand ils préconisent des alliances avec les églises idolâtres au nom de l’unité. Ils deviennent, en fin de compte, de vrais sorciers au service de Satan, comme le devint le Balaam de l’époque.

 

Mais seule l’Épouse légitime va être enlevée pour des noces avec Christ, celle qui est sans taches ni rides, celle qui a « gardé la parole de la persévérance en Jésus-Christ » et « qui sera gardée à l’heure de la tentation qui vient sur le monde entier pour éprouver les habitants de la terre » (Ap 3 :10). Les sœurs idolâtres devront laver leur robe dans le sang pour être sauvées.

 

Les Balaam qui préconisent des alliances dangereuses sont aveuglés comme leur prédécesseur qui, de voyant qu’il était, vit ensuite moins bien dans le spirituel que son ânesse. Ils ne voient même pas le caractère babylonien de l’œcuménisme actuel.

 

L’unité est définie par Paul comme étant l’objectif final de la vraie Eglise, la Jérusalem céleste, celle qui doit rechercher « l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu », afin d’être composée « d’hommes faits, à la mesure de la stature parfaite de Jésus-Christ », afin « de ne plus être des enfants flottants et entraînés à tout vent de doctrine, joués par les hommes avec leur fourberie et leurs manœuvres séductrices » (Ep 4 :13 à 15)

 

Alors, et je le dis avant tout pour moi et avec amour à mes frères et sœurs en Christ, arrachons-en beaucoup au feu, partout où nous le pouvons, mais ne participons pas à un « œcuménisme fraternel » où l’on évite soigneusement d’évoquer les points qui dérangent et où l’amour qui est au-dessus de la vérité est avancé pour justifier de couvrir bien des contradictions, voire des mensonges ou des hérésies. Jésus a dérangé beaucoup de monde quand il a proclamé la vérité.

 

Il est des fraternisations qui, au lieu d’amener tout le monde à la Vérité, sont des pièges pour attirer tout le monde dans un flou religieux mortel, même si ce flou est souvent artistique !

Le dernier Noël de Anna

Suzanne est une belle fillette de douze ans, très développée pour son âge et remarquablement douée. Elle est l’aînée d’une fa­mille de trois enfants et habite, avec ses parents, un bel appar­tement, dans un quartier central de Paris.

 

Nous voici à la veille de Noël et les enfants qui sont en vacances bavardent à qui mieux mieux à la table du petit déjeuner.

 

Le facteur a apporté un livre, à l’adresse de Suzanne, qui est bientôt profondément absorbée, tournant l’une après l’autre les pages bien illustrées. Puis, tout à coup, se tournant vers sa mère:

— Maman, tu vas lever ma puni­tion, dis?

— Quelle punition?

— Mais tu sais bien, tu as dit que je n’irais pas à l’arbre de Noël !

— Oui, je me souviens mainte­nant. Eh! bien non, ma fille, ta punition ne sera pas levée du tout. Tu te plains toujours que ces arbres de Noël sont assom­mants, qu’on s’y ennuie, que c’est tous les ans la même cho­se, etc. … donc, je t’ai prise au mot.

 

Suzanne baissa la tête et garda le silence, car elle savait bien que les décisions de Maman étaient immuables. Quand elle avait dit: Non, c’était non! Il n’y avait rien à faire.

 

Pauvre Suzanne! Elle aurait pu être si heureuse et faire le bon­heur des siens si ce n’eût été son terrible orgueil!

 

Elle avait tellement conscience d’elle-même, de sa beauté, de sa brillante intelligence qui lui atti­rait toujours les compliments de ses professeurs et l’admiration parfois un peu mêlée de jalousie de ses compagnes de classe.

 

Elle travaillait avec un zèle in­lassable, mais non pas pour plai­re à ses parents, ni encore moins au Seigneur Jésus, auquel elle ne pensait guère, mais unique­ment pour satisfaire ses ambi­tions et obtenir les plus beaux prix à la fin de l’année.

 

Quant à ses deux mignonnes pe­tites sœurs, elle ne s’en souciait pas le moins du monde, de sorte qu’elles ne la recherchaient pas non plus, préférant aller vers leur maman dans leurs petits cha­grins comme dans leurs joies en­fantines.

 

Les parents de Suzanne se ren­daient bien compte du péril pour leur enfant et l’entouraient de leurs prières constantes, comp­tant sur le Seigneur pour lui ré­véler son état de péché.

 

Tout le monde est parti pour l’arbre de Noël, même la bonne qui, jeune encore, n’est nulle­ment blasée de ces sortes de choses.

 

Restée toute seule dans l’appar­tement, Suzanne tâche de chas­ser les idées sombres qui, com­me autant de petits papillons noirs, tournent et retournent dans sa tête.

 

S’installant alors dans un bon fauteuil, à côté d’une élégante lampe portative, elle essaie de s’absorber dans son beau livre, reçu le matin même, afin d’ou­blier ses ennuis.

 

Au bout d’un moment, voilà qu’un coup de sonnette la fait tressaillir. Qui donc peut bien venir les déranger la veille de Noël ?

 

Elle pourrait bien ne pas répon­dre, car ne devait-elle pas être sortie à cette heure-ci avec tou­te la famille? Pourtant, la curio­sité l’emportant sur la paresse, elle se décida, au second coup, à aller ouvrir la porte.

 

Une femme vêtue de noir, la fi­gure pâle et triste, se présenta alors, et elle reconnut immédia­tement leur voisine, Mme Pinnel, que sa mère visitait souvent pour lui faire du bien. Refusant résolument d’entrer, Mme Pinnel expliqua qu’elle devait s’absen­ter un moment pour aller rap­porter son ouvrage et avait es­péré que Mme D. voudrait bien tenir compagnie à sa fille, bien malade.

 

Suzanne connaissait bien la pe­tite Anna qui était venue tant de fois avec sa mère quand Mme D. l’employait pour des journées de couture. Mais, bien que son aînée d’un an seulement, Suzan­ne se considérait comme telle­ment supérieure à cette pauvre petite si ignorante, qu’elle ne lui adressait presque jamais la pa­role et la laissait entièrement à ses jeux puérils, en compagnie de ses petites sœurs.

 

Or, depuis plusieurs mois, Anna était alitée, gravement atteinte de la poitrine. Sa pauvre mère, veuve et sans ressources, devait travailler nuit et jour à l’aiguille pour pourvoir aux frais écrasants des remèdes, venant s’ajouter à leur entretien.

 

La maman d’Anna était conster­née de ne pas trouver son amie et protectrice sur qui elle avait compté pour venir au chevet de sa chère enfant, pendant ces longs moments de solitude. Voyant son expression de si pro­fond désappointement, Suzanne eut un bon mouvement et décida spontanément de se rendre elle-même auprès d’Anna.

 

Mme Pinnel la remercia avec ef­fusion de sa complaisance et, son gros paquet sous le bras, se hâta de redescendre les éta­ges pour se rendre à son atelier aussi vite que ses pauvres jam­bes pouvaient la porter.

 

Suzanne, tout en s’habillant pour sortir, se demandait pourquoi el­le avait été poussée à prendre cette brusque décision. Plus tard, elle comprit que Dieu incli­ne les cœurs des hommes (et même des petites filles parfois) «comme des ruisseaux d’eau», selon Sa Parole.

 

Au moment de quitter le salon, elle aperçut le joli bouquet de violettes, et pensant qu’il ferait plaisir à la petite malade, elle l’enveloppa soigneusement et l’emporta.

 

Après avoir gravi quatre à quatre les six étages de la maison voi­sine, elle s’arrêta un instant pour reprendre haleine puis frappa un petit coup timide à la porte.

 

Une voix faible répondit: « En­trez ! ».

 

En s’approchant du lit où repo­sait la malade, Suzanne fut frap­pée de la voir si changée, depuis qu’elle ne l’avait pas vue. Ses joues étaient creuses, ses yeux brillants de fièvre, ses longues mains amaigries reposaient sur les pages de sa vieille Bible, ou­verte sur son lit.

 

En voyant Suzanne, au lieu de sa mère, la pauvre petite fut plu­tôt déçue, mais surmontant bien vite ce sentiment, elle la remer­cia d’être venue et fut ravie du joli bouquet. Puis, la conversation s’engagea entre nos deux fillettes.

— J’espère que tu vas aller mieux et que tu pourras bientôt te lever.

— Oh! je sais bien que je n’irai jamais mieux; je vais bientôt partir.

— Partir où? Qu’est-ce que tu veux dire?

— Mais là-haut, près de Jésus

 

Il m’appelle et … je suis si heu­reuse ! Je L’aime tant, le Seigneur Jésus! … Est-ce que tu L’aimes aussi ?

 

Suzanne fit un signe affirmatif, et pour cacher son trouble propo­sa de mettre les violettes dans l’eau. Anna continua d’une voix entre­coupée par les accès de toux:

— L’année dernière, ta maman m’avait invitée à l’arbre de Noël, mais j’étais trop enrhumée … je n’ai pas pu y aller … Je n’en ai jamais vu, moi, d’arbre de Noël ça doit être bien joli! … Mais là-haut, je verrai des choses bien plus belles encore !

 

Ici, l’enfant fut Interrompue par une violente quinte qui la laissa toute épuisée et haletante. Su­zanne était de plus en plus trou­blée et ne voulait à aucun prix laisser deviner l’émotion étran­ge qui l’étreignait en présence de cette âme au seuil de l’éter­nité.

 

Courant à la cuisine, elle décou­vrit une petite casserole contenant de l’infusion et crut bien faire d’en donner quelques cuil­lerées à Anna qui la remercia d’un gracieux sourire. Après avoir un peu repris haleine, elle continua la conversation.

 

— Je l’aime bien, ta maman C’est elle qui m’a appris à con­naître Jésus … depuis que je L’ai reçu dans mon cœur… je n’ai plus du tout peur de mourir. Avant j’avais bien peur

— Mais tu ne devrais pas penser à la mort, Anna, tu es encore si jeune! Et que deviendrait ta pau­vre maman?

 

Ici, un léger nuage passa sur le visage de l’enfant et d’une voix faible, elle murmura.

— Je crois que maman viendra bientôt me rejoindre.

 

Sur ces entrefaites, la nuit était venue et Suzanne proposa d’al­lumer la lampe, quand des pas se firent entendre dans l’esca­lier. Un instant après, Mme Pin­nel entrait, tout essoufflée, tant elle s’était dépêchée.

 

Tandis qu’elle s’empressait au­tour de sa chère malade pour lui faire prendre le sirop qu’elle ve­nait de rapporter, Suzanne, pres­sée de fuir cette atmosphère qui lui causait un malaise croissant, enfilait son manteau sans per­dre un instant. Puis, tendant la main à la fillette et à sa mère qui se confondit encore en remer­ciements, descendit prestement l’escalier, en se demandant

ce que penserait sa mère de son absence prolongée.

 

Quand elle arriva chez elle, tou­te la famille était de retour et un joyeux brouhaha se faisait en­tendre, les enfants étant au com­ble de la joie de pouvoir s’ébat­tre librement et raconter leurs impressions sur la fête.

 

Courant vers sa mère, elle lui raconta les événements de l’a­près-midi, et fut soulagée de voir l’expression sévère de maman se radoucir immédiatement.

Elle savait bien que maman ne manquerait pas d’approuver sa conduite.

 

Après tout, c’était bien une «bonne oeuvre» qu’elle venait d’accomplir, en allant s’enfer­mer dans cette chambre malsai­ne, près d’une tuberculeuse! Tout le monde n’en ferait pas autant, un jour de fête!

 

Et Suzanne chercha ainsi à se persuader que tout était bien en règle et que le Seigneur devait être bien content d’elle. Pourtant, le malaise intérieur causé par les paroles d’Anna persistait à la hanter. «Je m’en vais près de Jésus … je L’aime tant … est-ce que tu L’aimes aus­si ?».

 

Ces paroles résonnaient tou­jours au fond de son cœur com­me une accusation terrible. Pen­dant toute la soirée, elle ne prê­ta qu’une attention distraite à tout ce qui se passait autour d’elle.

 

Quand enfin elle put se trouver seule, dans sa jolie chambre ro­se, un texte pendu au-dessus de son lit attira son attention (bien qu’il eût été là depuis bien long­temps sans qu’elle l’eût jamais remarqué): «Le Maître est là et Il t’appelle».

 

Elle mit longtemps à s’endormir, ce soir-là, poursuivie par tant de pensées et de désirs contradic­toires. Quand, enfin, le sommeil vint, elle rêva qu’elle contemplait un ciel étoilé d’une splendeur merveilleuse, puis il parut à l’ho­rizon un nuage blanc, lumineux et dans ce nuage apparut le vi­sage d’Anna rayonnant d’une gloire et d’une beauté indescrip­tibles, tandis qu’au loin, un chant céleste se faisait enten­dre.

 

Elle se réveilla en sursaut, le vi­sage inondé de larmes. Oui, elle avait vraiment pleuré, mais quel­le bêtise! … Ce n’était pourtant qu’un rêve!

 

Le jour suivant, toujours tant at­tendu par les enfants, apporta son butin de choses désirables, jouets, bonbons, cadeaux divers. Pour Suzanne, il y avait un al­bum superbe représentant les plus belles scènes de lia vie du Sauveur. Elle le contempla lon­guement avec une expression sérieuse qui ne lui était pas ha­bituelle, puis avec un profond soupir, se tournant vers sa mère:

—  Maman, est-ce que tu me permettrais de le donner à An­na?

— Vraiment, ma fille? Est-ce que ce cadeau ne t’intéresse pas, que tu penses déjà à t’en défai­re?

— Oh! non, Maman, je t’assure ce n’est pas parce que je ne l’aime pas, mais… je pensais que, puisqu’Anna va bientôt mou­rir, peut-être … j’aimerais lui fai­re ce plaisir.

 

Mme D. se douta que quelque chose avait dû se passer entre les deux enfants, mais avec son tact habituel, elle s’abstint de toute question devant les autres membres de la famille.

— Très bien, ma chérie, je compte lui rendre visite cet après-midi. Si tu veux, tu pour­ras m’accompagner et lui offrir toi-même ton cadeau.

 

Quelques heures plus tard, la mère et la fille se rendaient dans l’humble demeure de la coutu­rière qui les reçut avec joie.

 

Pendant que les mamans cau­saient entre elles, Suzanne s’ap­procha du lit de sa nouvelle amie et lui montra le beau livre dont les gravures la remplirent d’ad­miration. Quand enfin elle com­prit qu’il lui était vraiment don­né, une couleur inusitée monta à ses joues pâles et ses yeux se remplirent de larmes. Suzanne était profondément é­mue et, surmontant ses craintes de contagion, elle se pencha vers Anna et l’embrassa au front, tandis que sa mère qui observait de loin cette petite scène, ren­dait grâces à Dieu pour le chan­gement qui s’était opéré dans le cœur de son enfant.

 

Huit jours plus tard, la petite brebis du Bon Berger avait été recueillie dans le Bercail céles­te. Elle était partie sans souf­france et dans la joie parfaite en murmurant: «Seigneur Jésus, je viens … je viens!».

 

Sa mère, humble et soumise, re­mit à Son Père céleste le trésor qu’il lui avait confié avec les pa­roles sublimes de Job: «L’Eter­nel l’a donné, l’Eternel l’a ôté; que le Nom de l’Eternel soit bé­ni!».

 

Une année s’est écoulée et de nouveau, c’est la veille de Noël. Mme D. assise à son bureau, écrit une lettre d’encouragement à son ancienne protégée qui est maintenant bien loin de Paris. Elle a trouvé sa place dans un orphelinat chrétien où, comme lingère bénévole, elle exerce autour d’elle une influence bénie par sa piété sereine et joyeuse, malgré son grand deuil.

 

Suzanne se souvient de cette veille de Noël, mémorable entre toutes, où pour la première fois, Dieu avait parlé à son cœur par le témoignage de son enfant mourante. Aussi, elle se sent poussée à joindre un petit mot à la lettre de Maman:

 

« Chère Madame Pinnel, Je veux vous dire que cette veille de Noël me rappelle ma vi­site de l’an passé à notre chère petite Anna. Je sais que vous serez heureuse de savoir que c’est par son moyen que je suis venue au Seigneur Jésus, moi aussi ! Je suis loin de ressembler à Anna, je suis encore bien mé­chante parfois, mais je sais qu’il m’aime et qu’il m’a pardonné tous mes péchés. Voulez-vous prier aussi pour moi, afin que je sois gardée fidèle et que je puis­se parler de Lui à l’école, car c’est si difficile, vous savez ! Mais je crois qu’il m’aidera. Mes pe­tites sœurs aussi vous envoient leurs amitiés, et moi je vous em­brasse de tout mon cœur.

 

Votre petite sœur en Jésus,

Suzanne »

Sa mort fut une véritable prédication

C’était une visite de routine qui amena Stephan Schmidt, pasteur d’une paroisse de campagne de l’Allemagne du Sud, à l’hôpital. Là se trouvait couchée sur son lit de mort, une dame de sa paroisse, âgée de 87 ans, désirant lui parler encore une dernière fois. Elle remercia son pasteur pour ses prédications au travers desquelles elle avait connu la vérité sur Dieu.

Elle le remercia également, parce que trois ans auparavant, elle avait ainsi pris la décision de confier sa vie à Jésus.  » Je sais où mène le voyage « , dit-elle. Elle décéda trois jours après. Selon des témoins, elle mourut dans une paix totale, se réjouissant à la pensée de ce qui l’attendait au ciel.  » Jésus, Jésus !  » furent les derniers mots que ses lèvres prononcèrent. Sa mort fut une véritable prédication pour toutes les personnes présentes, comme nous le rapporte le pasteur Schmidt.

Quelques jours plus tard, le téléphone sonna chez ce pasteur. L’un des médecins de la clinique s’annonça. Il lui dit :  » Vous êtes bien le pasteur qui a encore parlé avec cette vieille dame, peu de temps avant qu’elle ne décède ?  » Ce docteur n’avait encore jamais été témoin d’une mort aussi paisible.  » Qu’avait donc cette femme que moi je n’ai pas ? « , demanda finalement le médecin.  » Je peux vous le dire exactement « , répondit Schmidt, en invitant celui-ci à venir à une réunion dans son église. Lors de cette réunion, on pria aussi pour les malades. A sa grande surprise, le
médecin expérimenta une guérison physique dans son propre corps. La réunion qu’il venait de vivre, plus la guérison dont il venait de faire l¹expérience, ainsi que l’entretien personnel qu’il eut avec le pasteur, tout cela eut un grand impact sur sa vie.

Ce même soir, le pasteur accompagna le médecin à son domicile. Sur le chemin du retour, dans la voiture, le docteur exprima le désir de se convertir sur le champ à Jésus-Christ. Pour ce faire, il conduisit le véhicule jusqu’à la bande d’arrêt d’urgence d’une voie express, déclencha le signal de détresse et, avec le pasteur, ils se mirent à prier. C¹est alors qu’il accepta le pardon de Dieu et qu’une grande joie remplit son cœur.

A peine eurent-ils fini de prier qu’une patrouille de police s’arrêta derrière leur voiture. Les policiers contrôlèrent voiture et papiers. Lorsqu’ils leur demandèrent ce qu’ils faisaient là le soir, sur la bande d’arrêt d’urgence, la réponse fut spontanée :  » Nous prions !  » Cela leur parut suspect. C’est pourquoi ils soumirent le pasteur et son passager à un test d’alcoolémie. Ce dernier fut également sans résultat. Au moment du départ le médecin, s¹adressant à l’un des policiers, lui dit :  » Jeune homme, je vous souhaite de vivre un jour quelque chose d’aussi beau que ce que je viens de vivre ici ce soir !  »

Quelques jours plus tard, le téléphone sonna une nouvelle fois chez le pasteur Schmidt. Le policier qui l’avait contrôlé récemment, était à l’appareil, lui posant la question suivante :  » Je voudrais savoir ce que ce médecin a que je n¹ai pas ?  » –  » Je peux vous le dire exactement « , répondit le pasteur en invitant promptement le policier à la prochaine réunion dans son église. Ce jeune policier y apparut accompagné cette fois de son amie.

 » C’est quand même étonnant, déclare le pasteur, les heureuses répercussions que peut avoir la mort d¹une personne en paix avec Jésus-Christ et réconciliée avec Dieu « .

Alexandre le mauvais soldat

Il y avait dans l’armée d’Alexandre le Grand, le conquérant macédo­nien, un fort mauvais soldat. Il y en avait certainement d’autres, mais celui-là avait le tort de porter le même nom que son général. Il s’appelait Alexandre.

 

Un jour, excédé d’entendre parler de la mauvaise conduite du soldat Alexandre, le Général Alexandre fit comparaître le premier devant lui.

 

« Ecoute, lui dit-il, de deux choses l’une ou tu deviens un vaillant soldat, ou tu prends un autre nom que le mien ! »

 

A combien de chrétiens, le Seigneur pourrait dire très justement :

« Change de conduite ou ne t’appelle plus chrétien ! »

 

« Conduisez-vous d’une manière digne de l’Evangile du Christ… » Philippiens 1 : 27

Torturé, son bourreau se converti

J’étais médecin au 1st Cavalry[1] dans les montagnes du centre du Vietnam. J’y étais depuis huit mois lorsque nous fûmes pris dans un combat. J’étais sur le terrain en train de m’occuper d’un camarade blessé quand l’ennemi surgit derrière nous, et nous fûmes faits prisonniers.

Quand je suis parti au Vietnam, j’ai emporté un petit Nouveau Testament sur lequel j’avais inscrit mon nom et l’adresse de mes parents. Quand nous fûmes capturés, je le cachai et je pus ainsi le garder subrepticement avec moi en détention. Je restais prisonnier de guerre pendant quatre ans et pendant ce temps, j’ai été battu et parfois mis en isolement. Certains gardiens étaient plus hostiles que d’autres.

Trois d’entre nous s’évadèrent en utilisant une courroie de sandalette pour brûler les barres de bambou de notre fenêtre. Nous avons tout laissé derrière nous y compris mon Nouveau Testament. Nous avons réussi à quitter le pays, en nous déplaçant surtout de nuit. Nous sommes tombés sur nos troupes trois semaines plus tard et fûmes enfin sauvés.

Il y a environ deux ans, mes parents m’ont téléphoné pour me dire que j’avais reçu une lettre du Vietnam. A ma plus grande surprise, elle venait d’un des gardiens qui m’avaient torturé pendant ma détention. Il avait trouvé mon Nouveau Testament et l’avait gardé. Après la guerre, il s’était enfui en Thaïlande et après avoir lu le Nouveau Testament, il avait accepté Jésus comme son Sauveur personnel. Maintenant il servait le Seigneur auprès des Vietnamiens. Il déclarait qu’il venait à Miami et qu’il voulait prendre contact avec moi. Je lui répondis et lui donnai mon numéro de téléphone.

Quand il arriva en Floride avec sa femme, ils m’appelèrent. Nous nous sommes mis d’accord pour une rencontre. J’étais déjà dans la pièce lorsqu’il est arrivé. Il est aussitôt tombé à genoux devant moi et m’a demandé pardon. Je lui répondis que je ne pouvais pas encore lui pardonner pour la douleur et les dégâts physiques qu’il m’avait causés. Je lui dis que je devais travailler à cela.

Il m’invita à venir à Miami pour raconter notre histoire à l’assemblée. J’acceptais mais, une semaine avant la date où l’on devait se voir, l’ouragan Andrew frappa la région de Miami. Pendant l’ouragan, il sortit et il fut tué.

Sa femme insista pour que je vienne parler dans l’église comme son mari l’avait voulu. De la chaire, j’ai pu lui pardonner toute la brutalité dont il avait fait preuve à mon égard. Sa femme m’offrit le petit Nouveau Testament que j’avais laissé derrière moi lors de mon évasion.

Mon expérience montre combien est puissante la Parole de Dieu et ce qu’elle peut faire. Elle m’a réconforté et m’a fortifié pendant ma détention. Ensuite elle a changé la vie d’un homme qui avait été extrêmement brutal et hostile, qui n’avait rien connu de l’amour de Dieu et de Sa tendre main jusqu’à sa lecture. Aujourd’hui, il est dans les bras du Père.

Fred Hanzlik, Floride


Note :

[1] La 1re division de cavalerie américaine est une division blindée appartenant à l’US Army.