Koskino

Un ingénieur finlandais, très connu, raconte les faits suivants qui se sont passés durant la Guerre d’Hiver[1] et montrent ce que Dieu peut faire en grâce, au milieu des scènes les plus cruelles de la haine des hommes.

 

Je servais comme officier dans l’armée du Maréchal Mannerheim[2]. C’était un temps terrible. Nous avions repris une ville qui avait été occupée par l’ennemi. J’avais sous ma garde nombre de prisonniers bolcheviques dont sept devaient être fusillés au matin.

 

Je n’oublierai jamais le dimanche qui a précédé cette exécution. Les sept condamnés étaient dans les caves de l’Hôtel de Ville et dans le corridor, mes hommes devaient les surveiller, le fusil en mains. L’atmosphère était toute de haine, car mes soldats, ivres de succès, se moquaient de leurs prisonniers : ces derniers juraient et frappaient les murs de leurs mains ensanglantées. D’autres gémissaient en pensant à leur femme et à leurs enfants en lointaine Russie.

 

Le lendemain, à l’aube, ils devaient mourir.

 

Subitement, un des condamnés à mort se mit à chanter. Chacun pensa d’abord qu’il était devenu fou. Mais j’avais remarqué que cet homme, appelé Koskino, n’avait pas juré comme les autres ; lui n’était pas furieux, au contraire, il était assis sur un banc, offrant le tableau du plus complet désespoir.

 

Cet homme chanta, d’abord timidement, mais peu à peu sa voix s’affermit. Tous les prisonniers se tournèrent vers lui, écoutant son chant :

 

À l’abri dans les bras de Jésus

Mon âme peut se reposer doucement.

Écoute, j’entends la voix des anges qui viennent à moi

À travers les champs de jaspe,

À travers la mer de cristal !

 

Et cette strophe, il la répéta plusieurs fois.

 

Quand il eut fini de chanter, il y eut quelques minutes de silence. Soudain un homme, plus sauvage que tous les autres, s’écria : « Koskino ! mais d’où est-ce que tu sais ce chant ? Tu essaies de nous rendre religieux ! » Koskino regarda ses camarades et, les yeux pleins de larmes, leur dit :

 

« Camarades, écoutez-moi une minute ; vous me demandez d’où j’ai ce chant. Eh bien ! je l’ai entendu chanter… Ma mère chantait des chants de Jésus, ma mère priait Jésus ». Il s’arrêta comme s’il avait besoin de nouvelles forces ; puis, s’étant levé comme un soldat qu’il était, il regarda les autres droit dans les yeux et continua :

 

« C’est lâche de cacher ce qu’on croit. Le Dieu de ma mère est maintenant le mien… Je ne puis pas vous dire comment c’est arrivé.

 

Hier soir, j’étais réveillé et, subitement, j’ai vu le visage de ma mère devant moi. J’ai senti qu’à mon tour, je devais trouver son Sauveur, mon Sauveur, pour me cacher en Lui. Et alors j’ai prié, comme le brigand sur la croix, que Christ me pardonne, qu’Il purifie mon âme pécheresse et qu’Il me prépare pour me présenter devant Lui, puisque je dois Le rencontrer si tôt. C’était une nuit étrange ; à certains moments, il me semblait que tout était éclairé autour de moi ; des versets de la Bible de ma chère mère, de son livre de cantiques, venaient à mon esprit, m’apportant des messages du Sauveur. Je l’ai accepté, j’ai rendu grâces et, depuis lors, ce verset ne cesse de résonner en moi. C’était la réponse de Dieu à ma prière, et je ne peux plus la garder pour moi, car dans quelques heures je serai avec le Seigneur, moi, pécheur, sauvé par grâce ! »

 

Le visage de Koskino était radieux. Ses camarades étaient là, assis en silence ; lui-même était toujours debout, comme rivé au sol. Mes propres soldats écoutaient en silence ce que disait ce révolutionnaire rouge. Et voici que tout à coup un de ses camarades lui dit : « Koskino, tu as raison, tu as raison, oh ! si seulement je savais qu’il y a miséricorde pour moi mais mes mains ont versé le sang, ma langue a blasphémé Dieu et mes pieds ont foulé tout ce qui est sacré et saint ; je réalise qu’il y a un enfer et que c’est le seul endroit pour moi ! »

 

Il s’effondra par terre en gémissant dans le plus profond désespoir : « Koskino, disait-il, prie pour moi, demain je dois mourir, mon âme sera dans les mains du diable ». Et ces soldats rouges se jetèrent à genoux l’un à côté de l’autre, l’un priant pour l’autre. Ce n’était pas une longue prière, mais cette prière a atteint le ciel. Et nous, Finlandais, qui l’écoutions, nous avons oublié toute notre haine, cette haine s’est fondue dans la lumière du ciel.

 

Voici donc des hommes qui allaient mourir, mais qui cherchaient la réconciliation avec Dieu. Une porte conduisant à l’invisible était déjà ouverte. Nous étions presque en extase devant une telle scène.

 

Il était quatre heures du matin ; tous les camarades de Koskino avaient suivi son exemple, et tous priaient. Le changement d’atmosphère était indescriptible ; les uns étaient par terre, les autres sur leur banc ; les uns pleuraient doucement, les autres parlaient des choses spirituelles.

 

Aucun n’avait de Bible, mais l’Esprit de Dieu parlait. Enfin ils se souvinrent de leur famille à la maison et l’heure qui suivit fut employée à écrire des lettres qui contenaient des confessions et des traces de larmes. La nuit était presque finie, le jour était là : personne n’avait dormi un seul instant.

 

Un des rouges dit : « Koskino, chante-nous donc encore ce cantique », et cette fois, tous chantèrent avec lui. Les soldats finlandais se joignirent au chant et les caves de ce vénérable Hôtel de ville résonnèrent des chants célébrant le sang de l’Agneau !

 

L’horloge sonna six heures. Oh ! combien j’aurais voulu obtenir la grâce de ces prisonniers mais je savais que je n’y arriverais pas.

 

Entre deux rangées de soldats finlandais ils sortirent et se rendirent au lieu de l’exécution. L’un des prisonniers demanda l’autorisation de chanter le chant de Koskino encore une fois. L’officier le lui accorda.

 

Puis ils demandèrent la grâce de mourir la face découverte et la main levée vers le ciel et ils se mirent à chanter avec une puissance extraordinaire :

 

À l’abri dans les bras de Jésus…

 

Quand la dernière ligne fut chantée, le lieutenant donna l’ordre de faire feu.

 

Et nous, nous étions tous agenouillés dans la prière.

 

Ce qui s’est passé dans le cœur de chacun, je ne puis le dire, mais ce que je sais, c’est que depuis cette heure, moi, officier finlandais, je suis un homme changé, j’ai rencontré Christ dans un de ses disciples les plus bas tombés. Grâce à lui, j’ai réalisé que moi aussi je pouvais appartenir au Seigneur.


Notes :

[1] La guerre d’Hiver, connue également sous le nom de guerre soviéto-finlandaise ou guerre russo-finlandaise, éclata avec l’invasion de la Finlande par l’Union soviétique, le 30 novembre 1939, après l’échec des négociations engagées par les Soviétiques avec les Finlandais dans le but de créer des avant-postes pour protéger la ville de Leningrad, très proche de la frontière, d’une éventuelle attaque de l’Allemagne nazie (la Finlande étant perçue par les soviétiques comme susceptible de collaborer, au moins passivement, avec l’Allemagne nazie).

[2] Le baron Carl Gustaf Emil Mannerheim (1867 – 1951) était maréchal de Finlande et homme politique. Régent de Finlande en 1918, il était le commandant en chef des forces finlandaises à la fin du premier conflit mondial, poste qu’il occupe à nouveau durant la Seconde Guerre mondiale. Enfin, il fut président de la Finlande entre 1944 et 1946.

Rose Werner

Ma femme et moi, nous avons eu le privilège d’être les amis d’une Juive de Hongrie. Dans sa famille, on croyait en Jésus depuis deux générations. Elle s’appelait Rose Werner.

 

Au cours de la seconde guerre mondiale, Rose avait eu l’occasion de s’échapper de Hongrie.

 

Le Seigneur lui a parlé directement, et lui a dit : « Non ! Je veux que tu ailles te livrer à la Gestapo et que tu leur dises que tu es une Juive ». Elle l’a fait. Très peu de gens ont survécu à Auschwitz. Elle a fait partie des très rares survivants de ce camp de la mort. Il n’y a pas de mots pour décrire tout ce qu’elle avait vécu à Auschwitz. Les Nazis rassemblaient chaque jour des milliers de femmes, les déshabillaient entièrement, leur rasaient la tête, leur arrachaient les dents, les gazaient, puis les brûlaient dans les fours crématoires.

 

Rose s’était livrée volontairement aux Nazis pour subir tout cela. Quand elle est partie pour rejoindre le Seigneur, il y avait beaucoup de gens pour l’accueillir, beaucoup de ces femmes Juives qui avaient été gazées, mais qui avaient pu, juste avant de mourir, entendre l’Evangile de Jésus le Messie, qui leur avait été annoncé par une Juive qui croyait en Lui !

 

Jacob Prasch

Une otage chrétienne face à son ravisseur

« Ps 59 : 17 : Et moi, je chanterai ta force ; dès le matin, je célébrerai ta bonté. Car tu es pour moi une haute retraite, un refuge au jour de la détresse. »

 

Le 15 mars 2005, Ashley Smith, une jeune veuve et mère de famille de 26 ans résidant à Atlanta (USA), a été prise en otage et gardée prisonnière dans son appartement par Brian Nichols, un suspect de 33 ans, qui venait de tuer 4 personnes et d’en blesser une 5ème lors d’une évasion du palais de justice d’Atlanta.

Pendant la durée de sa captivité, Ashley Smith a parlé calmement à Brian Nichols de sa foi et de sa confiance en Dieu, et lui a lu des passages d’un livre parlant du sens de la vie. Elle est passée du rôle d’otage à celui de confidente et a parlé du sens de la vie au tueur, pendant qu’une gigantesque chasse à l’homme avait lieu à l’extérieur de son appartement.

Ashley Smith a raconté que Nichols l’a kidnappée dans le parking à l’extérieur de son appartement, alors qu’elle revenait d’un magasin.

 

« Il a dit : Je ne te ferai pas de mal si tu fais ce que je te dis », a-t-elle raconté.

Nichols l’a attachée avec du scotch marron, un rideau et une rallonge et lui a demandé de s’asseoir dans la salle de bain pendant qu’il prenait une douche. « Je croyais qu’il allait m’étrangler », a-t-elle raconté.

Bien que son épreuve ait commencé par un pistolet enfoncé dans les côtes, totalement ligotée, tout s’est terminé avec les armes déposées par terre lorsque Nichols l’a laissée aller voir sa petite fille.

Après des heures entières à parler des meurtres, de leurs familles et de Dieu, Ashley Smith rapporte que Nichols désirait seulement une vie normale.

« Je pense sincèrement que lorsque je le regardais, il ne voulait plus recommencer. Je lui ai dit : Il risque d’y avoir encore beaucoup de blessés et tu vas probablement mourir. »

Nichols a détaché Ashley Smith, lui a permis de lire un passage dans un livre qu’elle choisit car l’auteur y parle de servir Dieu et son prochain.

« Tu es ici, dans mon appartement, pour une raison particulière », lui a-t-elle dit, lui suggérant qu’il était peut-être destiné à être capturé et à faire connaître la parole de Dieu à ses compagnons de prison.

Quelques heures plus tard, Nichols lui a permis de quitter son appartement et elle a appelé la police. Lorsque les autorités sont arrivées, Nichols s’est rendu calmement, en agitant une serviette blanche en guise de drapeau blanc, après que Ashley Smith l’ait convaincu d’abandonner. Il doit répondre à des accusations fédérales et d’état pour les meurtres d’un juge, d’un reporter de tribunal, d’un député et d’un agent fédéral.

Les vœux d’un conseil municipal

Les archives de la ville de Mulhouse contiennent un intéressant document daté de janvier 1537 dont voici l’introduction :

 

« Nous, maire, petits et grands conseillers, nouveaux et anciens chefs de corporations, souhaitons à chacun de nos concitoyens et parents, ecclésiastiques et gens du monde, nobles et ordinaires dans notre ville : Paix, grâce, miséricorde de Dieu notre Père céleste, et une connaissance pure de Jésus-Christ, notre seul Sauveur.

 

Au cours de l’année écoulée, nous avons diligemment fait annoncer et prêcher la doctrine saine, pure et claire à vous, les habitants de notre ville. Par la grâce du Tout-Puissant, la connaissance de Dieu s’en est trouvée richement accrue en même temps que le véritable amour chrétien qui est un fortifiant pour nous et tous les croyants, qui est également pour nos concitoyens les plus faibles une consolation dans la peine. Ainsi, nous pouvons en ces temps difficiles, fâcheux et dangereux, nous réjouir avec vous dans notre sainte foi chrétienne. Celle-ci se fonde sur la pure parole de Dieu qui est enseignée tous les jours dans notre église ! Et c’est par elle que nous invoquons notre Père céleste en Jésus-Christ à qui soit publiquement rendu l’hommage et le respect. »

Une Bible de plus de 300 ans

Au 16ème siècle, les régions méridionales des Pays-Bas et la partie flamande de la Belgique actuelle, furent le théâtre d’atroces persécu­tions, Des douzaines de familles chrétiennes durent s’enfuir, laissant derrière elles tous leurs biens, pour chercher refuge en Hollande ou en Allemagne. Le vent de l’inquisition souffla alors avec une telle violence qu’il balaya toute trace de Protestan­tisme et que les Flandres n’eurent aucune connaissance de la Parole de Dieu pendant un laps de temps de trois cents ans. L’ennemi avait-il atteint son but? La cause de l’Evan­gile était-elle à jamais perdue? Ecoutons plutôt l’histoire que nous ra­conta l’un des rares témoins ocul­aires.

 

En 1877, le pasteur van den Brink, prédicateur hollandais, se rendit en Belgique pour annoncer l’Evangile dans une région des Flandres où, probablement depuis l’inquisition, aucun chrétien évangélique ne s’é­tait établi. Le Seigneur mit le sceau de Sa bénédiction sur son ministère et, en 1879, une petite église s’éleva dans le village de Roesselaere où un joyeux groupe de croyants se rassemblait fidèlement pour adorer le Seigneur.

 

Or, un certain dimanche, le pasteur van den Brink prêcha sur le témoi­gnage de Paul (Romains 1/16) : « Je n’ai pas honte de l’Evangile de Christ, car il est la puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit…». Tandis qu’il parlait avec ferveur et assurance, il remarqua un étranger au milieu de l’auditoire, vêtu simplement comme un fermier. Il paraissait profondément remué par ce qu’il entendait. De grosses larmes sillonnaient son visage en écoutant le joyeux message des lèvres du serviteur de Dieu. Son atti­tude peu commune ne passa pas inaperçue au reste de l’auditoire mais l’étonnement des fidèles fut à son comble quand, à l’issue du ser­mon, l’étranger se leva tout à coup et s’écria:

« C’est aussi dans mon livre ! ».

— Qu’y a-t-il dans votre livre? de­manda le pasteur.

— Mais que l’Evangile est la puis­sance de Dieu pour le salut. C’est vrai, j’en ai fait l’expérience moi-même !

— Quel est donc le livre que vous avez?

— C’est une Biblia.

 

Tout auditoire avait les yeux fixés sur le fermier dont l’émotion était visible. Il se mit aussitôt à raconter son histoire.

« Il y a plusieurs années, dit-il, nous décidâmes, mon père, mon frère et moi, de construire un poulailler der­rière notre ferme. En creusant dans le sol, nous trouvâmes tout à coup un gros paquet de vêtements liés par de grosses cordes. Notre pre­mière pensée fut que le paquet pourrait bien contenir de l’argent ou quelque objet de valeur. Nous n’eû­mes aucune difficulté à l’ouvrir, car les habits étaient on grande partie pourris. Grande fut notre déception de voir que le colis ne contenait rien d’autre qu’un vieux livre dont les couvertures et les pages du début étaient entièrement détériorées par l’humidité de la terre. En ouvrant le livre nous trouvâmes un bout de papier qui portait la signature de nos ancêtres et sur lequel ils avaient tracé les lignes suivantes:

« Nous déposons ici la Parole de Dieu qui a été si souvent notre ré­confort dans la persécution. Nous courons le danger d’être tués à cau­se du témoignage de l’Evangile et, comme nous craignons qu’on ne brûle ce Livre, nous l’enterrons ici en priant de tout notre cœur : Ô Dieu, redonne-le à nos enfants, afin qu’ils puissent y trouver la joie que nous possédons ».

 

Mon frère voulut le remettre dans la terre

— Cela pourrait amener la malé­diction sur notre famille, dit-il, mais mon père protesta:

— Non, nous ne ferons pas cela. je veux savoir quel est ce livre. Don­nez-le moi; je le mettrai de côté et dimanche prochain nous le lirons ensemble.

 

C’est ce qui arriva : nous nous réunîmes pour lire la vieille « Biblia » qui nous devint si précieu­se que nous avions de la peine à attendre le dimanche suivant pour en continuer la lecture. Bientôt nos voisins furent intéressés à leur tour et notre groupe de lecteurs com­mença à grandir. Mais le Livre parlait à nos cœurs et, petit à petit, nous nous mîmes à délaisser la voie du péché, de l’idolâtrie et des tra­ditions humaines et à observer les préceptes bénis de notre Sauveur et Seigneur.

 

Pendant des années nous tînmes nos cultes dans notre cuisine, éle­vant à Dieu des prières, chantant des cantiques que nous avions faits nous-mêmes et lisant toujours le vieux Livre. Nous ignorions totale­ment qu’il y eût d’autres personnes qui possédaient la même Bible. Mais on me dit qu’il y avait ici aussi un gros livre sur la chaire, je ne pus résister plus longtemps au désir de venir, bien qu’on m’ait averti que vous étiez protestants. Comme je suis heureux que vous ayez le même livre que nous et la même expérien­ce bénie !

 

Aujourd’hui, cette vieille Bible appartient à Pierre van Woerden qui l’a reçue de la fille du pasteur van den Brink alors qu’elle était âgée de 80 ans et après lui avoir raconté cette mer­veilleuse histoire. Ce doit être lune des premières éditions de la parole de Dieu en hollandais. Le style et le vocabulaire sont difficiles à com­prendre pour les flamands d’au­jourd’hui. Les 39 premiers chapitres de la Genèse sont écrits à la main très lisiblement. Le régent de Roee­selaere y travailla pendant des se­maines afin de remplacer les pages qui avaient pourri dans la terre. La Bible ainsi complétée fut de nouveau reliée en cuir très résistant. Quelques pages sont à demi impri­mées et à demi manuscrites et les deux moitiés laborieusement collées ensemble. Je vois les traces des vers qui ont pénétré dans le livre en en rongeant les vieilles pages.

 

Ah! si cette précieuse Bible pouvait parler, quelle histoire elle nous ra­conterait ! Une histoire de larmes, aussi de joie au sein même de la persécution.

 

Mais elle parle encore cette vieille Bible qui n’a pas d’âge ! Elle élève Sa voix par-delà les siècles et pro­clame que l’Ecriture est bien la Pa­role du Dieu vivant, semence indes­tructible et qui ne cesse de porter du fruit.

Giovanni Luzzi ou la traduction de la Bible en italien

Le 25 Janvier 1948 Dieu repre­nait à Lui le fameux théologien, traducteur de la Bible en langue italienne, Giovanni Luzzi, à l’âge de 91 ans.

 

« Toute l’activité de ma vie » écrit-il lui-même, « a eu pour but non de diviser, mais de réunir ce qui dans le domaine religieux se trouvait di­visé pour des raisons historiques ».

 

Né à Tschlin (Basse Engadine[1]), les premières années de sa vie s’écou­lèrent à Lucca où son père avait ouvert un café. A l’âge de vingt ans, il s’inscrivit à la Faculté de Théolo­gie de Florence, réalisant ainsi le rêve de sa mère et sa quotidienne prière. Il fut nommé pasteur de I’Eglise Vaudoise de Florence où il exerça son ministère pendant 15 ans au sein de la communauté puis com­me professeur à la Faculté de Théo­logie de la même ville.

 

Son œuvre monumentale : la traduction de la Bible en italien fut achevée après 25 ans de labeur sou­tenu, durant lesquels, chaque matin, il priait à genou, demandant à Dieu d’inspirer sa traduction. Quel exemple de persévérance !

 

Il écrivit encore de nombreux autres ouvrages.

 

Mais sa consécration dans cette œuvre de traduction complétait aussi des actions vivantes et concrètes ; à Florence, il créa une oeuvre d’assis­tance sociale : « Les Cuisines Econo­miques» et le «Dispensaire Médical » mettant ainsi en pratique l’enseigne­ment du Sauveur et donnant une preuve tangible de sa foi et de sa relation de proximité avec son Sauveur.


Note :

[1] L’Engadine (en réto-romanche, Engiadina ou Engadina) est une région de Suisse située à l’est du pays dans le canton des Grisons. Elle est délimitée par la frontière autrichienne et la Maloja.

Des Bibles en Ethiopie

Dans l’un de ses livres John Ortberg a écrit ces lignes : « Je devais me rendre pour deux semaines en Ethiopie, accompagné d’un ami, pour y prêcher en divers endroits. Ce pays était à l’époque dirigé par un gouvernement marxiste et plusieurs chefs d’églises, déclarées illégales par le pouvoir en place, nous demandèrent d’importer, en contrebande, une cinquantaine de Bibles d’étude. Je n’étais pas très chaud à l’idée de les importer illégalement, mais nous acceptâmes de tenter l’aventure.

 

Malheureusement, comme je l’avais prévu, les agents des douanes découvrirent ces Bibles et les confisquèrent. Quelques jours plus tard le directeur de la douane demanda à nous rencontrer, à condition que soyions accompagnés des principaux chefs des églises secrètes du pays. Nous étions pleins d’appréhension en nous rendant à son bureau, car la majorité des leaders chrétiens en Ethiopie avait déjà passé de longues années en prison, au point d’utiliser l’euphémisme « aller à l’université » pour décrire leur séjour derrière les barreaux. C’était, à leurs yeux l’université où Dieu les envoyait lorsqu’Il voulait affermir leur foi !

 

Comme Joseph, longtemps avant eux, certains avaient même été chargés par leurs gardes de surveiller la prison lorsque ces derniers souhaitaient s’absenter quelques heures ou quelques jours. Dans ces cas les gardes vidaient leurs fusils automatiques de leur chargeur et les remettaient aux chrétiens avec la mission de surveiller leurs collègues prisonniers !

 

Imaginez notre surprise lorsque le chef de la douane nous déclara : « Ces Bibles ont été importées illégalement. Néanmoins vous pouvez les récupérer à deux conditions : un, vous devez en garder le secret et deux, je tiens à en garder une pour moi-même. »

 

Et John Ortberg d’ajouter : « Ce jour-là mon Dieu est devenu encore un peu plus grand et redoutable ! »

 

Chaque fois que vous ferez un pas de foi, votre Dieu vous apparaîtra un peu plus grand qu’avant et vous découvrirez le vrai sens des paroles de Paul : « A Dieu qui a le pouvoir de faire infiniment plus que tout ce que nous demandons ou même imaginons, par la puissance qui agit en nous… » (Ephésiens 3.20).

L’autobus de la mort

« Avec mes frères responsables de l’Eglise de Medellin, nous avions décidé un jour de nous rendre dans une ville qui se nomme Armenia. Il fallait trois heures de bus et vous savez, en Colombie, posséder une voiture est un luxe. Le bus est le moyen de transport le plus commode et le plus économique.

Nous devions aller prier dans cette ville, comme nous le faisions aussi ailleurs. Ce jour là, nous n’avons pu être à l’heure, et notre départ fut manqué. Alors que nous arrivions, le bus venait de partir.

Tant pis, je n’ai pas mis la faute sur le diable comme beaucoup le font, mais j’ai remercié Dieu pensant qu’il avait autre chose pour nous.

Dieu permit que dans cette journée mon oreille reçoive une information catastrophique. L’autobus que nous devions prendre pour Armenia était tombé dans un ravin. Tous les passagers furent tués, à l’exception d’un homme qui eut les deux jambes coupées.

Dieu nous avait encore gardés de la mort »

« Genèse 28/15 : Voici, je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai dans ce pays ; car je ne t’abandonnerai point, que je n’aie exécuté ce que je te dis »

Qu’est-ce qui a fait effondrer le mur de la chambre ?

Il y a bien des années, Lilias Trotter[1], jeune fille d’une famille nombreuse, avait été élevée dans une belle maison. C’est à son adolescence que quelqu’un découvrit son merveilleux don pour le dessin et la peinture.

Passant ses vacances avec sa mère[2] dans l’hôtel « Europa » à Venise en Italie, elle en avait profité pour faire des esquisses et des dessins[3]. Sa mère, ayant entendu que le célèbre critique d’art John Ruskin[4] séjournait dans le même hôtel, lui écrivit un billet pour lui demander de jeter un coup d’œil sur les dessins de Lilias. Il accepta avec réserve estimant qu’une femme ne peut réellement bien peindre. Mais ce qu’il vit le fit changer d’avis.

 

Il devint son professeur et son ami, convaincu que la jeune Lilias était destinée à devenir une des plus grandes artistes du siècle. Mais il ne put comprendre que l’art n’était pas le plus grand amour de Lilias[5]. Il fut amèrement déçu quand elle abandonna la peinture en tant que carrière. Elle s’exila en Algérie, en Afrique du Nord, pour travailler parmi les mulsumanes et fonda ce qui fut appelé plus tard l’« Algiers Mission Band »[6].

 

C’était un travail très dur. Elle qui appréciait tant la beauté, commença sa vie dans les bas quartiers et les ruelles sordides d’une grande ville. Mais il lui arrivait aussi de voyager. Elle aimait les grands espaces du Sahara et peignait souvent des scènes du désert. Au-dessus de son lit était accrochée une carte de l’Afrique du Nord et elle passait des heures à genoux, en face d’elle, priant pour les villes et les villages éparpillés en Algérie.

 

Peu de gens prêtaient attention au message de l’Evangile qu’elle apportait et parfois elle en était découragée. Alors, elle était tentée de demander : « A quoi sert-il de prier ? Dieu n’a pas l’air de répondre et si peu de gens viennent à la foi en Christ ! »

 

Mais un jour quelque chose se passa, quelque chose qui lui enseigna à persévérer dans la prière, car ce n’est jamais inutile.

 

Un matin, très tôt, elle dormait dans sa maison située dans une ruelle passante, quand soudain, sans le moindre avertissement, le mur entre sa maison et la maison voisine s’écroula avec grand fracas. Heureusement, elle ne fut pas touchée mais sa chambre fut encombrée de poussière et de gravats, de lattes et de plâtre ; elle se surprit à regarder d’un air hébété dans l’étroit passage qui séparait sa maison de l’échoppe du boulanger. Elle n’y comprit rien, car elle n’avait remarqué aucune fissure dans le mur.

Elle fit venir l’entrepreneur local pour reconstruire le mur et essayer de découvrir la cause de l’effondrement. L’entrepreneur, qui était un peu architecte à ses heures, constata l’ampleur des dégâts. Après avoir fait un tour dehors, il revint particulièrement troublé.

 

— J’ai trouvé la vraie raison, dit-il, de l’effondrement de votre mur : il y a sous la boulangerie une sorte de cave aux murs de pierres avec un four et une machine munie d’un mouvement de va-et-vient pour pétrir la pâte à pain.

 

Depuis plus de vingt ans chaque nuit, le boulanger mettait cette machine en marche les vibrations nocturnes ont secoué et affaibli le mur jusqu’à ce jour où, au petit matin, la dernière vibration fait son travail et le mur s’écroule.

 

Le mur fut reconstruit. Les voisins compatirent avec Lilias et l’incitèrent à poursuivre en justice le boulanger mais ne le fit pas. Elle ne regretta pas l’incident car il lui avait enseigné quelque chose d’important.

 

Elle réalisa que ses prières n’étaient pas vaines. Elle réalisa pleinement qu’elle œuvrait au milieu de la souffrance et que le combat qui mène à la Vie ne se gagne pas forcément en un jour… Les victoires sont souvent gagnées petit à petit, étape par étape…

 

De même que chaque vibration avait affaibli son mur, ainsi chaque prière formulée au nom de Jésus a pour effet d’affaiblir l’emprise du péché. Et Lilias, ainsi que d’autres chrétiens continuaient à prier quotidiennement. Ayant persévéré dans la foi et étant resté fermes, ils purent voire à maintes reprises les effets de cet engagement dans la prière pour ses femmes perdues auxquelles ils continuaient à apporter des soins en témoignant de l’Amour de Dieu en Jésus-Christ.

 

Le Nouveau Testament nous encourage à nous revêtir de « toute l’armure de Dieu » pour « résister dans le mauvais jour, et tenir ferme après avoir tout surmonté » (Ep 6 : 13). L’arme la plus puissante que nous ayons c’est la prière (Ep 6 : 18) car c’est par elle avant tout que nous restons en contact avec Dieu, en utilisant notre propre façon de parler, et les mots qui nous sont personnels. Gardons à la pensée que Dieu ne répond pas forcément de la manière et au moment que nous attendons :

  • A certaines de nos prières, Dieu répond « oui » ;
  • A certaines de nos prières, Dieu répond « non » ;
  • Et bien souvent, Dieu répond « Attends ».


Notes :

[1] Lilias Trotter (1853 – 1928) fut une missionnaire active en Algérie auprès des femmes musulmanes.

[2] Le père de Lilias Trotter décéda alors qu’elle avait 12 ans.

[3] A cette époque, Lilias Trotter est âgée de 23 ans.

[4] John Ruskin (1819 – 1900) est un écrivain, poète, peintre et critique d’art britannique, issu d’une famille d’origine écossaise. Élevé dans une tradition évangélique qui interprète le monde comme le signe du divin, Ruskin voit dans la nature l’expression de Dieu. Il dévoile au grand jour des grands talents de la peinture.

[5] Il réprimandait souvent Lilias qui, à son avis, ne passait pas assez de temps à peindre, et trop de temps dans les rues de Londres pour soutenir et témoigner de sa foi aux femmes démunies (Lilias était très engagée dans l’association « Union Chrétienne des Jeunes Femmes », appelée YWCA encore aujourd’hui).

[6] C’est en 1888 que Lilias Trotter commença cette œuvre en Algérie du Nord en fondant une « mission » qui groupe une trentaine de missionnaires, oeuvrant dans dix localités. C’est après 19 ans d’activité qu’elle reçoit le nom de « Algiers Mission Band » qui se traduit par « Groupe de Mission Algérienne ». En 1928, année de la mort de Miss Trotter, la Mission comptait 13 stations et une trentaine de missionnaires. Dans les années 1960, « Algiers Mission Band » fut rattachée à « Arab World Ministries » (Les ministères du Monde Arabe).

La Bible traduite en polonais

Le 6 juillet 1525, le duc Albert de Brandebourg décrète que la religion d’Etat devient le luthérianisme[1]. Le duché de Prusse[2], alors fief du royaume de Pologne sous le contrôle du trente-septième grand maître de l’Ordre teutonique[3], devient ainsi le premier État d’Europe à adopter officiellement les enseignements de Martin Luther.

 

Albert de Brandebourg veut faire de la capitale de la Prusse-Orientale, Königsberg, un centre culturel protestant. Il y fonde une université et soutient financièrement l’impression des écrits de Luther en plusieurs langues. En 1544, le duc décrète également qu’on devrait lire aux Polonais qui vivent sur ses terres des portions des Saintes Écritures dans leur langue. Toutefois, il n’existe encore, à ce moment-là, aucune traduction de la Bible en polonais.

 

Pour remédier à la situation, le duc Albert se met en quête de quelqu’un qui puisse réaliser une traduction des Écritures grecques chrétiennes en polonais. Aux alentours de 1550, il loue les services d’un homme à la fois écrivain, libraire et imprimeur, appelé Jan Seklucjan. Diplômé de l’université de Leipzig, Seklucjan, en tant que théologien et pasteur luthérien, est connu pour irriter l’Église catholique en répandant les enseignements protestants. D’ailleurs, par le passé, il a dû se rendre à Königsberg pour échapper à un procès qui lui avait été intenté parce qu’il propageait ses croyances religieuses.

 

La mission consistant à traduire les Écritures en polonais enthousiasme Jan Seklucjan. Un an suffit pour que les premiers exemplaires de l’Évangile selon Matthieu soient imprimés. Cette édition inclut un commentaire détaillé et de précieuses notes marginales qui présentent, pour certains passages, d’autres options de traduction possibles. Peu après, Seklucjan supervise l’impression d’une édition contenant les quatre Évangiles. En trois ans à peine, il publie l’intégralité des Écritures grecques chrétiennes.

Début du chapitre 3 de l’Evangile de

Matthieu traduit par Stanislaw Murzynowski.

 

Par souci d’exactitude, le traducteur se réfère aux textes grecs. La préface de l’édition de 1551 signale par ailleurs que des traductions latines et « des traductions en d’autres langues ont été consultées ». Stanislaw Rospond[4], auteur d’un ouvrage consacré à la langue polonaise du 16ème siècle, décrit cette traduction comme étant réalisée en « une prose belle et fluide ». Il indique par ailleurs qu’il ne s’est pas astreint à utiliser la « langue littéraire » mais s’est appliqué à employer des mots qui étaient « très proches du parler de tous les jours ».

 

Bien que Seklucjan ait coordonné ce projet, les faits attestent que ce n’est pas lui qui a réalisé la traduction. Qui, alors, était ce traducteur érudit ? Stanislaw Murzynowski, un jeune homme qui n’a guère plus de 20 ans quand Seklucjan l’engage pour qu’il effectue cette tâche difficile.

 

Murzynowski naît dans un village, mais dès que son père l’estime suffisamment grand, il l’envoie à Königsberg pour entreprendre l’étude du grec et de l’hébreu. Par la suite, Murzynowski entre à l’université de Wittenberg, en Allemagne, où il rencontre probablement Martin Luther[5] et Melanchthon[6]. Après avoir complété ses études en Italie, Murzynowski retourne à Königsberg et offre ses services au duc Albert.

 

Murzynowski a travaillé avec application et efficacité mais il n’a jamais attiré l’attention sur lui, ni cherché une position en vue et encore moins que son nom figure sur la page de titre de sa traduction. Comme l’a si souvent écrit Jean Sébastien Bach, « Soli Deo Gloria », expression latine tirée de la version latine de la Bible, dite la Vulgate, du Nouveau Testament (1 Ti 1 : 17 et Jud 1 : 25) et signifiant à Dieu seul la gloire.


Notes :

[1] Le luthérianisme (ou luthéranisme) est la théologie fondée à partir des écrits et des pensées de Martin Luther.

[2] La fondation du duché de Prusse résulte d’une négociation engagée, sur les conseils de Martin Luther, par Albert de Brandebourg-Ansbach, trente-septième grand maître de l’Ordre teutonique, pour sauver les possessions de l’État teutonique qu’il dirigeait.

[3] L’ordre de la Maison de Sainte-Marie-des-Teutoniques, plus connu sous le nom d’ordre des Chevaliers teutoniques, d’ordre Teutonique ou de maison des chevaliers de l’hôpital de Sainte-Marie-des-Teutoniques à Jérusalem, est un ordre militaire chrétien issu du Moyen Âge. Cet ordre est aujourd’hui un institut religieux clérical de droit pontifical.

[4] Rospond Stanislaw (1906 – 1982) était un linguiste polonais, professeur à l’Université de Wroclaw.

[5] Wittenberg est célèbre pour ses liens étroits avec Martin Luther et l’aube de la Réforme : plusieurs de ses bâtiments sont associés aux événements de ce temps. Une partie du monastère augustin dans laquelle Luther a demeuré, d’abord en tant que moine puis comme propriétaire avec son épouse et sa famille, est préservée, et a été transformée en musée de Luther. Il contient de nombreuses reliques de Luther, ainsi que des portraits et d’autres peintures par Cranach. L’Augusteum, construit entre 1564 et 1583 en raison de la présence du monastère, est maintenant un séminaire théologique.

[6] Melanchthon (1497 – 1560) est souvent appelé le « Précepteur » de la Germanie et « un inspirateur de l’Église territoriale luthérienne ». Il est surtout un des maîtres du protestantisme et était très proche de Luther.