Preuve par le Coran de l’invariabilité de la Bible

Chaque fois qu’un chrétien s’appuie sur un passage biblique pour justifier devant un musulman ce qu’il croit, il obtient de son interlocuteur invariablement la même réponse: « VOUS AVEZ MODIFIE VOTRE BIBLE ». Pour fonder une accusation aussi grave, les musulmans se servent du mot harrafa et invoquent les versets du Coran où ce mot est employé. Etudions de plus près le témoignage rendu par le Coran à la Torah de Moïse, aux Psaumes de David (Zabur) et à l’Evangile (Injil) de Jésus.

 

  1. Préambule

 

Une première question surgit: « Comment un non-musulman peut-il entreprendre une étude valable du Coran? » En effet, pour comprendre un livre, il faut adopter, préalablement à son étude, une attitude qui soit en harmonie avec la vision du monde présentée par le livre en question. Mais puisque le Coran prétend lui-même être « un livre clair[1] » , écrit en « claire langue arabe[2] » qu’un Quraychite[3] incroyant pouvait comprendre, nous allons aborder notre étude des textes du Coran comme nous le ferions pour un passage de la Bible.

 

Il nous faudra évoquer tous les versets qui ont un rapport avec le sujet traité, et les évoquer dans leurs contextes. Il arrivera que ce contexte se limite à un seul verset ou moins. Mais il se pourra aussi que nous ayons à examiner une page entière pour déterminer clairement le sens d’un mot ou d’une phrase.

 

Pour la traduction française des passages du Coran, l’ouvrage Le Coran, traduit par Muhammad Hamidullah, et publié par le Club Français du Livre, 1959 sert ici de texte de base. Cette traduction est très souvent utilisée dans divers ouvrages de référence. Il existe encore une raison plus déterminante qui tient à la traduction elle-même. Car, comme l’exprime si bien Louis Massignon dans sa préface, « Hamidullah a essayé de préserver en français les tournures verbales abruptes et déconcertantes de la syntaxe arabe coranique. »

 

Malheureusement, ce grand souci de fidélité au texte arabe aboutit, dans quelques cas, à des tournures françaises difficilement compréhensibles. Dans ce cas, la traduction de D. Masson, éditée par Gallimard, 1967 sert de référence.

 

Il est important de noter que cette traduction a été homologuée par l’Assemblée de la Recherche Islamique de l’Université al-Azhar, au Caire.

 

 

 

  1. Liste des témoignages du Coran

 

Ces remarques préliminaires étant faites, voici tous les textes qui rapportent le témoignage explicite du Coran rendu à la Bible.

 

A. Versets qui attestent que la Torah était authentique au temps de Jésus

 

A1. Marie (Maryam) 19.12, de la période mecquoise intermédiaire, an 7 avant l’Hégire[4].

Dieu dit: « O Jean (Yahya) prends le livre avec force! Et Nous lui apportâmes la sagesse, tout jeune qu’il était. »

 

A2. La famille d’Amram (Al ‘Imran) 3.48, an 2-3 de l’Hégire.

L’ange Gabriel annonce à Marie la naissance de Jésus et dit: « Et Lui (Dieu) enseigne le Livre de la sagesse et la Torah et l’Evangile. »

 

A3. L’interdiction (Al-Tahrim) 66.12, an 7 de l’Hégire.

« De même Marie (la mère de Jésus)… avait traité de vraies les paroles de son Seigneur ainsi que Ses Livres. »

 

A4. La famille d’Amram (Al ‘Imran) 3.49-50, an 2-3 de l’Hégire.

Jésus dit : « Et me voici en tant que confirmateur de ce qui EST entre mes mains de la Torah, et pour vous rendre licite partie de ce qui vous était interdit. »

 

A5. Le rang (Al-Saff) 61.6, an 3 de l’Hégire.

Et quand Jésus fils de Marie dit: « O enfants d’Israël! Je suis vraiment un messager de Dieu à vous, confirmateur de ce qui EST entre mes mains de la Torah. »

 

A6. Le plateau servi (Al-Ma’ida) 5.46, an 10 de l’Hégire.

« Et Nous avons lancé sur leurs (celles de Moïse et des Juifs) traces Jésus fils de Marie en tant que confirmateur de ce qui est entre ses mains de la Torah. Et Nous lui avons donné l’Evangile – où il y a direction et lumière – en tant que confirmation de ce qui est entre ses mains de la Torah et en tant que guidée et exhortation pour les pieux. »

 

A7. 5.113.

Et quand Dieu dira: « O Jésus fils de Marie! Rappelle-toi Mon bienfait sur toi et sur ta mère quand Je te fortifiai de l’esprit de sainteté! Au berceau tu parlais aux gens, puis comme homme ayant atteint l’âge mûr. Et quand Je t’enseignai le Livre de la sagesse et la Torah et l’Evangile! »

 

Nous pouvons résumer ainsi le contenu de ces versets dont le premier cité provient des révélations finales de l’an 10 de l’Hégire: Jean-Baptiste (Yahya) reçut l’ordre de se saisir du « Livre » (A1); Marie, la mère de Jésus croyait dans les « Livres » de Dieu (A3) ; Dieu avait promis, dès avant la naissance de Jésus de lui enseigner la Torah (A2) ; Jésus affirma que son Evangile « confirmait la vérité de la Torah qui est entre ses mains » (A4, A5) ; Dieu confirme, du temps de Muhammad[5], qu’Il avait bien enseigné à Jésus la Torah (A6, A7). Nous en concluons qu’au siècle où vécut Jésus, la Torah était authentique et n’avait subi aucune altération.

 

Ajoutons que la Sourate l’Interdiction, évoquée en A3, et qui date de l’an 7 de l’Hégire, précise que  » Marie estimait vrais ses Livres » (ceux de Dieu); il ne peut s’agir que des livres donnés au peuple d’Israël par les Prophètes, au même titre que la Torah avait été donnée au peuple par Moïse.

 

  1. Versets qui attestent qu’il y a eu de vrais chrétiens dans l’intervalle de temps qui sépare Jésus de Muhammad

 

B1. Le plateau servi (Al-Ma’ida) 5.110-111, de l’an 10 de l’Hégire.

Et quand Dieu dira:  » O Jésus fils de Marie, rappelle-toi Mon bienfait sur toi… Et quand Je t’enseignerai le Livre et la sagesse et la Torah et l’Evangile… Et quand J’ai révélé aux apôtres ceci: Croyez en Moi et en Mon messager (Jésus), ils lui (à Jésus) dirent: Nous croyons, et sois témoin qu’en vérité nous sommes des musulmans (des Soumis). »

 

B2. La famille d’Amram (Al ‘Imran) 3.52-53, de l’an 2-3 de l’Hégire.

Puis, quand Jésus sentit de la mécréance de leur part, il dit: « Qui sont mes secoureurs en Dieu? Les apôtres dirent : Nous sommes les secoureurs de Dieu! Nous croyons en Dieu et sois témoin que certes nous sommes des musulmans (des Soumis).

Seigneur, nous avons cru en ce que Tu as fait descendre, et suivi le messager (Jésus). »

 

B3. Le rang (Al-S aff) 61.14, an 3 de l’Hégire.

O vous les croyants! Soyez les auxiliaires de Dieu, comme au temps où Jésus fils de Marie, dit aux apôtres : « Qui seront mes auxiliaires dans la Voie de Dieu? Les apôtres dirent: Nous sommes les auxiliaires de Dieu! Un groupe des fils d’Israël crut, un groupe fut incrédule. Nous avons soutenu contre leurs ennemis ceux qui croyaient et ils ont remporté la victoire. » (Trad. D. Masson).

 

B4. Le fer (Al-Hadid) 57.26-27, an 8 de l’Hégire.

« Et très certainement, Nous avions envoyé Noé et Abraham, et assigné à leur descendance la fonction de prophète et le livre. Puis, tel en fut qui se guida, tandis que beaucoup d’autres furent pervers.

Sur leurs traces Nous avions fait suivre Nos messagers tout comme Nous avions fait suivre Jésus fils de Marie, tandis que Nous lui avions apporté l’Evangile, et mis au coeur de ceux qui le suivirent, douceur et mansuétude, ainsi que le monachisme qu’ils inventèrent – Nous ne leur avions rien prescrit… – Nous avions apporté leur salaire à ceux d’entre eux qui crurent. Beaucoup d’entre eux cependant furent pervers. » Cf. 5.85.

Ce verset nous apprend une chose intéressante : bien que le monachisme ne venait pas de Dieu, il y eut d’authentiques croyants parmi ces disciples de Jésus, et ils reçurent  » la récompense méritée » (dans le ciel).

Historiquement parlant, le monachisme débute au 4e siècle. Mais des hommes, tels que Paul de Thèbes, menaient déjà une vie d’ermite dès le 3e siècle. St-Antoine d’Egypte fut le premier à organiser de petits groupes d’anachorètes en 305. Le monachisme s’implanta aussi dans le Sinaï à la même époque.

 

B5. La grotte (Al-Kahf) 18.10-25, Sourate mecquoise:

Quand les jeunes gens se furent réfugiés vers la grotte, ils dirent: « O notre Seigneur apporte-nous de Ta part une miséricorde ; et arrange-nous une bonne conduite de notre affaire. »

Or ils demeurèrent dans leur grotte trois cents ans, et en ajoutèrent neuf.[6]

 

B6. Les constellations (Al-Buruj) 85.4-9, de la période mecquoise primitive

« A mort les gens de l’Ukhdûd, du feu plein de combustible! Tandis qu’ils s’y trouvaient assis, témoins de ce qu’ils faisaient aux croyants a qui ils ne reprochaient que d’avoir cru en Dieu… »

Dans la note qui accompagne sa traduction, Hamidullah applique cet épisode à un roi juif du Yémen, du nom de Dhou Nuwas, qui persécuta des chrétiens au 6e siècle, livrant aux flammes ceux d’entre eux qui refusèrent de se convertir au judaïsme. Le calife Omar construisit au Yémen une grande mosquée pour honorer les martyrs chrétiens. » Yusuf Ali fait également état de cette explication possible.

 

Des trois premières citations coraniques, retenons ceci : les disciples de Jésus furent « inspirés » par Dieu pour suivre le Messie (B1) ; ils acceptèrent d’être les « auxiliaires de Dieu » (B2, B3) ; ils furent les vainqueurs (B3). De plus, même lorsque le monachisme se développa (B4), c’est-à-dire au 4e siècle, il existait encore d’authentiques croyants.

 

Si Muhammad et ses contemporains de La Mecque appliquaient les événements évoqués en B5 et en B6 à un contexte chrétien, alors nous aurions un témoignage coranique en faveur de chrétiens véridiques, agréés par Dieu, à Ephèse (Turquie actuelle) en l’an 450 ap. J.-C., et au Yémen au 6e siècle, comme l’atteste le martyre rappelé ci-dessus.

 

Certes, on doit reconnaître que ces versets ne disent rien des doctrines professées par ces chrétiens. Mais on peut penser que des groupes de chrétiens disséminés dans une région comprise entre la Turquie et le Yémen ont dû laisser des copies des Ecritures et de leurs propres écrits – et certaines auraient pu nous parvenir. Si leurs Ecritures avaient été différentes de la Torah et de l’Evangile, tels que nous les possédons aujourd’hui, et dont des copies datant de l’an 350 ap. J.-C. sont conservées au British Museum et au Vatican, nous en aurions très certainement trouvé des traces.

 

  1. Versets qui attestent que la Torah et l’Evangile n’avaient pas été altérés à l’époque de Muhammad

 

Cl. Saba (Saba) 34.31, Sourate mecquoise ancienne.

Et ceux qui mécroient disent: « Jamais nous ne croirons à ce Coran ni à ce qui EST entre ses mains (la Torah et l’Evangile)… »

Remarque: Les verbes qui sont employés au temps présent pour Muhammad et pour son peuple sont imprimés en lettres capitales. Les caractères italiques sont réservés pour les allusions faites à des groupes de juifs ou de chrétiens envisagés tantôt comme croyants, tantôt comme incrédules au temps de Muhammad. De leur existence ainsi bien attestée par le Coran on peut déduire qu’il y avait donc de vrais croyants qui n’ont certainement pas altéré leurs Ecritures.

 

C2. Le créateur ou les anges (Fatir) 35.31, Sourate mecquoise ancienne.

« Et ce que Nous te révélons du Livre, c’est cela la vérité, confirmation de ce qui EST entre ses mains (la Torah et l’Evangile)… »

 

C3. Jonas (Yunus) 10.37, Sourate mecquoise tardive.

« Ce Coran n’a pas été inventé par un autre Dieu. C’est la confirmation de ce qui EST (Torah et Evangile) entre ses mains; l’explication du Livre envoyé par le Seigneur des mondes et qui ne RENFERME ancun doute. » (trad. D. Masson).

 

C4. Joseph (Yusuf) 12.111, Sourate mecquoise tardive.

« Ce (le Coran) n’est point là récit à être blasphémé, c’est au contraire la confirmation de ce (Torah et Evangile) qui EST entre ses mains l’exposé détaillé de toute chose une direction et une miséricorde pour un peuple qui croit. »

 

C5. Les bestiaux (Al-An’am) 6.154-157, Sourate mecquoise tardive.

« Ensuite Nous avons donné à Moïse le Livre, – complément du bien qu’il avait fait et exposé détaillé de toute chose, et guidée et miséricorde; peut-être auraient-ils cru en la rencontre de leur Seigneur? Et voici (le Coran) un Livre béni que Nous avons fait descendre suivez-le donc et comportez-vous en piété. Peut-être vous sera-t-il fait miséricorde? – Afin que vous ne disiez pas : Oui, on n’a fait descendre le Livre que sur deux peuples d’avant nous, et nous étions bien dans l’ignorance de leur étude. Ou que vous disiez: Si c’était à nous qu’on eût fait descendre le Livre (Torah et Evangile) nous aurions certainement été mieux guidés qu’eux. »

 

C6. Le croyant (Al-Mu’min) 40.69-70, Sourate mecquoise tardive.

« N’as-tu (Muhammad) pas vu ceux qui disputent sur les signes de Dieu? Comme ils se sont écartés! Ceux qui TRAITENT DE MENSONGE le livre et ce (Livre) avec quoi Nous avons envoyé Nos messagers? Et bien, ils vont savoir quand, des carcans à leurs cous et avec des chaînes ils seront entraînés. »

 

C7. Al-Ahqaf 46.12, Sourate mecquoise tardive.

Et avant ceci, il y avait le Livre de Moïse, comme dirigeant et miséricorde. Ce Livre-ci cependant est un confirmateur en langue arabe, pour avertir ceux qui prévariquent, pour être aussi, bonne annonce aux bienfaisants. »

 

C8. 46.29-30.

« Et quand Nous déployâmes vers toi une troupe de djinns[7] qui prêtèrent l’oreille à la Lecture (le Coran)… Puis, quand elle fut finie, ils retournèrent à leur peuple en avertisseurs. Ils dirent: « Peuple ! Nous venons d’entendre en vérité un Livre qui a été descendu (révélé) après Moïse, confirmateur de ce qui EST entre ses mains (Torah). Il guide vers la vérité et vers un chemin droit. »

 

C9. La vache (Al-Baqara) 2.91, an 2 de l’Hégire.

Et quand on leur dit : « Croyez à ce que Dieu fait descendre, il disent : Nous croyons à ce qu’on nous a fait descendre à nous (la Torah). Et ils mécroient le reste, cela même qui est vérité confirme ce (la vérité) qui EST AVEC EUX (la Torah)… »

 

Cl0. La famille d’Amram (Al’Imran) 3.3, an 2-3 de l’Hégire.

« Il (Dieu) a peu à peu fait descendre sur toi le Livre, avec vérité en tant que confirmateur de ce (la vérité) qui EST entre ses mains (la Bible). Et il a fait descendre en bloc la Torah et l’Evangile. »

 

C11. Les femmes (AI-Nisa’) 4.162-163, an 5-6 de l’Hégire.

« Mais ceux d’entre eux (les juifs) qui sont bien enracinés dans la science ainsi que les croyants CROIENT en ce qu’on a fait descendre sur toi (Muhammad) et en ce qu’on a fait descendre avant toi… Oui, Nous t’avons fait révélation comme Nous avons fait révélation à Noé et aux prophètes après lui. Et Nous avons fait révélation à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob et aux tribus, à Jésus, à Job, à Jonas, à Aaron, à Salomon, et Nous avons donné le Psautier à David. »

 

 

C12. Le repentir (Al-Tauba) 9.111, an 9 de l’Hégire.

« Oui, aux croyants le Paradis! Ainsi Dieu a-t-Il acheté leurs personnes et leurs biens: ils combattent dans le sentier de Dieu, puis ils tuent aussi bien qu’ils sont eux-mêmes tués. Promesse vraie qui, dans la Torah et l’Evangile et le Coran Lui incombe. Et qui, plus que Dieu, est à remplir son contrat? »

 

C13. Le plateau servi (Al-Ma’ida) 5.48, an 10 de l’Hégire.

« Et vers toi (Muhammad) Nous avons fait descendre le Livre avec vérité, en tant que confirmateur du Livre ( la Torah ) qui EST entre ses mains et en tant que son protecteur. »

 

Dans ces versets nous sommes donc en présence d’un puissant témoignage rendu à la Torah et à l’Evangile qui apparaissent comme des Ecrits authentiques et concrètement présents à l’époque de Muhammad.

 

Le Coran affirme être un « confirmateur », en langue arabe, du Livre de Moïse (C7) devenu nécessaire du fait que les habitants de La Mecque ne pouvaient comprendre ce que « les deux peuples avant eux » avaient appris par « une étude assidue » ; ou qu’ils l’auraient mieux suivi (C5). En outre, il affirme être une explication de la Torah et de l’Evangile, ce « Livre qui ne RENFERME aucun doute » (C3), en même temps que son protecteur (C13).

 

Les mecquois déclarent: « Nous ne voulons pas croire au Coran ni en ce qui EST entre ses mains de la Torah et de l’Evangile (C1). Certains des juifs affirment ne vouloir croire qu’en ce qui leur a été révélé à eux, même si le Coran confirme la vérité de ce qui « EST AVEC EUX » (C9). Ceux qui REJETTENT (maintenant) le Coran et ce Livre que Nous avons envoyé avec nos messagers seront jugés (C6). Mais ceux d’entre les juifs qui sont enracinés dans la connaissance CROIENT en ce qui a été révélé à Muhammad et dans ce (la Torah) qui a été révélé avant lui (Cl1). Les djinns aussi croient à la fois dans le Coran et dans la Torah (C8).

 

Dans l’une des dernières Sourates « révélées » à Muhammad, celle du Repentir, il est explicitement déclaré : « La Promesse de Dieu EST vraie dans la Torah, dans l’Evangile et dans le Coran. » (C12).

 

Revenons un instant sur l’expression entre ses mains (baina yadaihi ) qui est revenue maintes fois dans les textes coraniques mentionnés (C2, C3, C4, C8, ClO, C13, ainsi que précédemment en A5 et en A6). La traduire de cette expression arabe mot à mot est le seul moyen de rendre le temps présent qui accompagne ces mots. L’expression revêt souvent un sens littéral « entre », ou « dans ses mains », mais c’est le plus souvent une tournure idiomatique pour signifier « en présence de », « en face de », « devant quelqu’un », « en sa possession » ou « à sa disposition ». Ainsi la phrase arabe traduite littéralement « les mots sont entre vos mains » signifie en fait : « Vous avez la parole ». De même : « aucune arme n’est entre ses mains » veut dire « il est désarmé ». La Sourate 34.12 parle des « djinns qui travaillent entre les mains de Salomon ». Yusuf Ali a traduit : « … travaillent en face de lui », mais, dans un note il explique: « les djinns travaillent sous ses yeux ».

 

Ces versets donnent donc le sens général suivant: le Coran serait venu pour confirmer, attester et vérifier la Torah et l’Evangile qui sont maintenant « en sa présence » ou « devant ses yeux ». Ils appuient le témoignage rendu par les versets des autres paragraphes de cette section : Muhammad admettait l’existence d’une Torah et d’un Evangile authentiques « sous ses yeux ».

 

  1. Versets qui attestent que Muhammad cite ou évoque effectivement la Torah et/ou l’Evangile

 

Dl. L’Etoile (Najm) 53.33-38, de la période mecquoise primitive

« Eh bien, le vois-tu (Muhammad) celui qui tourne le dos et donne peu et interrompt même? A-t-il près de lui science de l’invisible, pour qu’il voie? Ne lui a-t-on pas donné nouvelle de ce qui EST dans les feuilles de Moïse et d’Abraham, l’homme de devoir? Que nul porteur, en vérité, ne porte le port d’autrui… »

 

D2. Les Poètes (Al-Shu’ara’) 26.192-197, de la période mecquoise intermédiaire.

 » Oui, c’est là ce que le Seigneur des mondes a fait descendre; et avec cela est descendu l’Esprit fidèle, sur ton coeur, pour que tu sois du nombre des avertisseurs en claire langue arabe. Oui, et ceci EST déjà dans les Ecrits (Zubur) aux anciens. N’EST-ce pas pour eux un signe, que les savants des Enfants d’Israël le RECONNAISSENT? »

 

D3. Ta-Ha 20.133, de l’an 7 pré-hégirien.

« Et ils (les mecquois) disent: « Pourquoi celui-ci ne nous apporte-t-il pas de son Seigneur un signe? La Preuve de ce qui EST dans les anciens Livres ne leur est-elle pas venue? »

D’après le commentaire de Baidawi sur ce verset, les mot « anciens livres » s’appliquent à « la Torah et à l’Evangile et à tous les livres divins ».

 

D4. Les Prophètes (Al-Anbiya’) 21.7, de la période mecquoise intermédiaire.

« Or Nous n’avons envoyé avant toi (Muhammad) que des hommes à qui Nous faisions révélation. DEMANDEZ donc aux gens du Rappel (les juifs et les chrétiens) si vous ne savez pas ! »

 

D5. Les Prophètes (Al-Anbiya’) 21.105, période mecquoise intermédiaire.

Et très certainement Nous avons écrit dans le Psautier, après le Rappel (donné à Moïse): « Oui, ils hériterons la terre, Mes esclaves, gens de bien » .

Il s’agit là d’une citation du Psaume 37.29: « Les Justes posséderont la terre et ils y demeureront à jamais ». En rapprochant cette citation du verset 7 de la même Sourate, il apparaît clairement que, d’après le Coran, Dieu considère les Psaumes comme faisant encore autorité et comme vrais à l’époque de Muhammad.

 

D6. L’Ornement (Al-Zukhruf) 43.44-45, de la période mecquoise tardive.

« Oui ceci (le Coran) est un Rappel, certes, pour toi (Muhammad) ainsi que pour ton peuple. Et vous serez bientôt interrogés. Et DEMANDE à ceux de Nos messagers que Nous avons envoyés avant toi, si Nous avons désigné, en dehors du Très Miséricordieux, des dieux à adorer? »

D’après Baidawi, Jelaleddin et Yusuf Ali, l’expression « demande à ceux de Nos messagers que Nous avons envoyés avant toi » signifie: « Interroge ceux qui ont été instruits par leurs écrits et enseignés de leurs doctrines « . Par conséquent, ces écrits et ces doctrines étaient accessibles à l’époque de Muhammad.

 

D7. Jonas (Yunus) 10.94, de la période mecquoise tardive.

« Et si tu (Muhammad) es en doute sur ce que Nous avons fait descendre vers toi, alors DEMANDE ceux qui dès avant toi LISENT le Livre… »

 

D8. Les Abeilles (Al-Nahl) 16.43, periode mecquoise tardive

« Nous n’avons envoyé avant toi (Muhammad) que des hommes à qui Nous avions fait révélation. DEMANDEZ donc aux gens du Rappel (les juifs et les chrétiens), – Si vous ne savez pas… »

 

D9. Le Voyage nocturne (Al-Isra’) 17.101, an 1 pré-hégérique:

« Nous avons apporté à Moïse neuf signes manifestes, DEMANDE (O Muhammad) donc aux Enfants d’Israël … »

 

D10. 17.107-108:

Dis: « Croyez (au Coran) ou ne croyez pas (O Mecquois). Ceux à qui science a été donnée avant cela, lorsqu’on le leur a récité, oui, tombent sur le menton, prosternés… Et cela les fait croître en humilité. »

 

D11. Le Tonnerre (Al-Ra’d) 13.43, période mecquoise tardive:

Les incrédules disent: « Tu (Muhammad) n’es pas un envoyé ! Dis: Dieu suffit comme témoin entre moi et vous; et lui qui POSSEDE la science du Livre. »

 

D12. Al-A’raf 7.156-157, période mecquoise tardive:

« Je prescrirai donc Ma miséricorde pour ceux qui pratiquent la piété et acquittent l’impôt, pour ceux aussi qui sont croyants en Nos signes, ceux-là qui suivent le messager, le prophète gentil qu’ils trouvent en toutes lettres CHEZ EUX dans la Torah et dans l’Evangile… »

 

D13. 7.159:

« Et dans le peuple de Moïse, Il est une communauté (UMMA), qui GUIDE avec le droit et qui, par là EXERCE la justice. »

 

D14. 7.168-170:

« Nous les avons divisé, sur la terre, en communauté : Il y a parmi eux des justes et d’autres qui ne le sont pas. Nous les avons éprouvés par des biens et par des maux. Ils reviendront peut-être vers Nous …. L’alliance du Livre n’a-t-elle pas été contractée ? Elle les OBLIGE A NE DIRE sur Dieu que la vérité, puisqu’ils ont étudié le contenu de Livre… Pour ceux (juifs) qui S’ATTACHENT fermement au Livre; pour ceux qui s’acquittent de la prière. Nous ne laisserons certainement pas perdre la récompense de ceux qui s’amendent. » (Trad. D.Masson).

 

D15. La vache (Al-Baqara) 2.113, an 2 de l’Hégire:

Et les juifs disent : « Les chrétiens ne sont pas dans le vrai ! » . Et les chrétiens disent : « Les juifs ne sont pas dans le vrai ! Et pourtant ils LISENT le Livre. (Trad. D. Masson).

 

D16. La Famille d’Amram (Al ‘Imran) 3.23, an 2-3 de l’Hégire:

« Ne les as-tu pas vus ceux à qui on avait donné une part du Livre, et qui ont été invités au Livre de Dieu (Torah) pour qu’il soit leur juge? Puis un groupe des leurs tourne le dos : des indifférents. »

Les commentateurs appliquent ces versets à différents incidents, mais ils sont unanimes à penser que des juifs s’étaient adressés à Muhammad et avaient demandé son arbitrage. Muhammad leur ayant suggéré d’en référer à leurs Ecritures, ils refusèrent et s’en allèrent.

 

D17. 3.79:

Il ne conviendrait pas à un homme, à qui Dieu donne le Livre et la sagesse et la dignité de prophète, de dire ensuite aux gens : « Soyez des adorateurs en marge de Dieu ! », mais « Soyez des vrais dévôts »[8] (rabbaniyin) du Seigneur, puisque vous ENSEIGNEZ le Livre et puisque vous ETUDIEZ.

 

D18. 3.93-94:

« Toute nourriture était licite aux enfants d’Israël, sauf celle qu’Israël lui-même s’interdit avant qu’on eut fait descendre la Torah. Dis: Venez donc avec la Torah, et RECITEZ-LA, Si vous êtes véridiques! Donc, quiconque, après cela, blasphème le mensonge contre Dieu… ce sont eux les prévaricateurs. »

 

D19. Les Femmes (Al-Nisa’) 4.60, an 5-6 de l’Hégire

« N’as-tu (Muhammad) pas vu ceux-là : qui en vérité prétendent croire à ce que Nous t’avons révélé, et qui a été révélé avant toi? Ils veulent s’en rapporter aux Taghout (idoles), bien qu’ils aient reçu l’ordre (dans la Torah) de ne pas croire en eux. Le démon veut les jeter dans un profond égarement. » (Trad.D. Masson).

 

D20. La Victoire (Al-Fath) 48.29, an 6 de l’Hégire:

« Leur marque est sur leurs visages (ceux des croyants musulmans) la trace de prosternations. Voilà l’image qu’on DONNE d’eux dans la Torah. Et l’image que l’on DONNE d’eux dans l’Evangile, c’est celle de la semence qui sort sa pousse, puis Dieu l’affermit, puis elle s’épaissit, puis elle se dresse sur sa tige, à l’émerveillement des semeurs. »

Ce texte semble être une allusion non voilée au paroles de Jésus rapportées dans Marc 4.26-28 : « Il dit encore: Il en est du royaume de Dieu comme d’un homme qui jette sa semence en terre qu’il dorme ou qu’il veille, nuit et jour, la semence germe et croît sans qu’il sache comment. La terre produit d’elle-même premièrement de l’herbe, puis l’épi, enfin le blé bien formé dans l’épi et dès que le fruit est mûr, on y met la faucille car la moisson est là. »

 

D21. Le Plateau servi (Al-Ma’ida) 5.43, an 10 de l’Hégire

« Mais comment peuvent-ils (les juifs) te prendre pour juge: ils ont près d’eux la Torah où EST le jugement de Dieu. »

 

D22. 5.45:

Et Nous y avons prescrit pour eux: « Vie pour vie, oeil pour oeil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Le talion aussi pour les blessures. » Après, quiconque en FAIT charité, cela lui VAUT expiation. Et quiconque ne JUGE pas d’après ce que Dieu a fait descendre eh bien, les voilà les prévaricateurs.

Dans ce passage coranique, Dieu répète les paroles qu’il a données lui-même à Moïse dans la Torah. « Mais s’il y a un accident, tu donneras vie pour vie, oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure. » Exode 21.23-25.

Les juifs de Médine sont donc avertis : « Et quiconque ne JUGE pas d’après ce que Dieu a fait descendre (la Torah), eh bien voilà les prévaricateurs. »

 

D23. 5.47, an 10 de l’Hégire

« Que les gens de l’Evangile JUGENT les hommes d’après ce que Dieu y a révélé. Les pervers sont ceux qui ne jugent pas les hommes d’après ce que Dieu a révélé. »

 

D24. 5.65-68 :

« Oui, Si les gens du Livre croyaient et craignaient Dieu, Nous aurions effacé leurs mauvaises actions; Nous les aurions introduits dans les Jardins du Délice. S’ils avaient observé la Torah et I’Evangile et ce qui leur a été révélé par leur Seigneur, ils auraient certainement joui des biens du ciel et de ceux de la terre.

Il existe, parmi eux, des gens (Umma) modérés mais beaucoup d’entre eux font le mal ».

Dis: « O gens du Livre Vous ne vous appuyez sur rien, tant que vous n OBSERVEZ pas la Torah, l’Evangile et ce qui vous a été révélé par votre Seigneur. »

Les versets précédents témoignent d’une présence continue d’une authentique Torah et d’un authentique Evangile à l’époque de Muhammad et ces écrits étaient reconnus aussi bien par les musulmans que par les non-musulmans.

 

A La Mecque, un incrédule qui se détourne connaît ce qui EST dans les feuilles de Moïse et d’Abraham (Dl). Une preuve évidente leur a été fournie dans ce qui EST dans les Ecrits aux anciens (D3). Muhammad fait appel à « celui qui POSSEDE la science du Livre » (D11).

 

Certains textes affirment que l’annonce du Coran « EST (incluse) dans les Ecrits des anciens » et que « les savants des Enfants d’Israël le RECONNAISSENT (D2). Ceux à qui la connaissance avait été révélée avant CROIENT en lui (le Coran) (D10). Certains juifs sont des justes et « S’ATTACHENT fermement au Livre » (la Torah), mais d’autres refusent de reconnaître Muhammad bien qu’ils aient ETUDIE avec soin leur Livre (D14). Juifs et chrétiens « LISENT le Livre » (D15) et « ENSEIGNENT le Livre » (D17). Certains juifs sont des justes (D14) qui GUIDENT avec le droit et qui EXERCENT la justice (D13) ; parmi les juifs et les chrétiens, il existe des gens modérés (D24).

 

Les Mecquois sont exhortés à « DEMANDER aux gens du Rappel, s’ils ne le savent pas » (D4, D8) et à « DEMANDER à ceux des messagers que Dieu a envoyés » c’est-à-dire à interroger les gens instruits dans leurs écrits et dans leurs doctrines (D6).

 

Muhammad est invité à « DEMANDER à ceux qui LISENT le livre avant lui, s’il doutait » (D7), et à « DEMANDER aux enfants d’Israël » à propos des neuf signes évidents donnés à Moïse (D9).

 

Nous constatons encore par d’autres passages que Dieu répète certains commandements de la Torah, mettant en demeure les juifs de JUGER d’après ces commandements (D22) et qu’il fait une citation des Psaumes de David (D5). Il compare les croyants musulmans à ceux qui se prosternaient comme l’indique la Torah, et fait allusion à la parabole du semeur dans l’Evangile de Jésus pour illustrer la foi des croyants (D20).

 

Muhammad invite les juifs à apporter la Torah afin qu’elle soit leur JUGE (D16). Ailleurs, Muhammad les presse d’APPORTER la Torah et de la RECITER s’ils sont véridiques (D18).

 

Dieu demande à Muhammad pourquoi les juifs viennent le trouver lui, alors qu’ils ONT la Torah où EST le jugement de Dieu (D21); les chrétiens sont exhortés à JUGER d’après ce que Dieu a révélé dans l’Evangile (D23).

 

Dieu déclare que la Torah et l’Evangile SONT CHEZ EUX (D12). Dans la dernière Sourate reçue par Muhammad, la Sourate du Plateau servi (Al Ma’ida ), de l’an 10 de l’Hégire, les juifs ainsi que les chrétiens sont mis en face du même reproche: Vous ne vous appuyez sur rien tant que vous n’OBSERVEZ pas la Torah et l’Evangile et tout ce qui vous a été révélé par votre Seigneur (D24).

 

Voici le hadith[9] que rapporte à propos de ce passage (D24) Ibn Ishaq, l’un des commentateurs: « Rafi, le fils de Haritha, et Salam Ibn Mashkum, ainsi que deux autres vinrent trouver Muhammad et lui dirent: « O Muhammad! N’as-tu pas affirmé être un disciple de la religion d’Abraham et de sa foi? Ne crois-tu pas en ce que nous avons la Torah et n’attestes-tu pas qu’elle tire vraiment son origine de Dieu? »

Il répondit :  » Si ! Mais, en vérité, vous avez inventé de nouvelles doctrines et vous niez son contenu relatif à l’alliance que Dieu a conclue avec vous et vous cachez ce qu’il vous a été demandé de révéler à l’humanité. C’est pourquoi je me sépare de vos idées nouvelles. »

Ils reprirent :  » Quant à nous, nous nous en tenons à ce qui est entre nos mains, et nous suivons la vérité et la direction; nous ne croyons pas en toi et ne voulons pas te suivre ».

 

Alors le Dieu grand et glorieux révéla : Dis :  » O Gens du Livre ! Vous ne vous appuyez sur rien tant que vous n’observez pas la Torah, l’Evangile et tout ce qui vous a été révélé par votre Seigneur. »

 

Si ce hadith est vrai, alors il prouve que Muhammad croyait dans la Torah dont disposaient les juifs de Médine en l’an 10 de l’Hégire. Même s’il ne s’agit pas d’un hadith fort, il n’en constitue pas moins un témoignage important en faveur de la connaissance qu’avaient les musulmans des deux premiers siècles de l’Hégire, de la Torah et de l’Evangile en Arabie.

 

Outre le hadith ci-dessus, nous disposons de 24 passages examinés dans ce paragraphe et de 13 autres examinés dans le précédent, soit 37 citations au total, qui attestent qu’il existait, du vivant de Muhammad, une Torah et un Evangile authentiques, accessibles aux habitants de La Mecque et de Médine.

 

Des musulmans peuvent bien prétendre que la Torah et l’Evangile authentiques répandus en Arabie étaient différents des Ecrits correspondants contemporains. Mais où sont passés cette Torah et cet Evangile authentiques? On peut supposer que des musulmans auraient conservé des livres d’une telle importance dans l’une des nombreuses bibliothèques islamiques répandues de par le monde, ne serait-ce que pour aider les juifs et les chrétiens à « observer la Torah et l’Evangile ». Cela nous aurait permis, en outre, de comparer ces exemplaires avec ceux conservés par les juifs et par les chrétiens.

 

Mais il faut nous rendre à l’évidence il n’existe pas de tels écrits. Aucun exemplaire de cette Torah prétendument différente n’a été conservée par les musulmans. Il n’existe qu’une seule Torah au monde et elle EST entre les mains des juifs et des chrétiens, de même qu’il n’existe qu’un seul Evangile au monde, et il EST entre les mains des chrétiens.

 

  1. Les versets qui attestent que la Torah et/ou l’Evangile sont bons, mais ces versets ne précisent pas clairement leur époque

 

En introduction à ce chapitre j’avais déclaré qu’une étude sérieuse d’un sujet imposait que tous les versets et toutes les données concernant ce sujet soient cités. Quelque 55 autres passages coraniques mentionnent la Torah et l’Evangile, mais comme aucun d’eux ne confirme ou n’infirme l’existence de ces livres à l’époque de Muhammad, je me contente de ne donner que la liste complète de ces références : 74.31; 87.18; 25.35; 35.25; 34.23-24; 54.43; 37.114-117; 19.28-29; 21.48; 29.27; 29.46-47; 32.23; 40.53-55; 41.45; 42.15; 45.16-17; 45.28-29; 46.10; 11.16-17; 28.43; 28.48-49; 28.52-53; 23.49; 13.36; 17.2; 17.4-7; 17.55; 6.20; 6.114; 6.124; 98.1; 2.1-5; 2.53; 2.87; 2.121; 2.136; 2.144-145; 2.176; 2.213; 2.285; 3.65; 3.81; 3.84; 3.99; 3.119; 3.183-184; 3.187; 62.5; 4.51; 4.54; 4.131; 4.136; 4.150-153; 4.171; 57.25; 5.62; 5.85-86.

 

Le lecteur peut, s’il le désire, examiner ces passages.

 

F. Versets qui attestent les divergences et les luttes entre chrétiens

 

Fl. La Consultation (Al-Shura) 42.13-14, période mecquoise tardive:

« Il vous a tracé, en matière de religion, le chemin qu’il avait enjoint à Noé, et ce que Nous te révélons ainsi que ce que Nous avons enjoint à Abraham et à Moïse et à Jésus, C’est ceci .. « Etablissez la religion ; et n’y divergez pas ( ~ ~ ). » … Ils ont divergé, par rebellion entre eux, qu’après que science leur fut venue. Et si une parole de la part de ton Seigneur n’eût pas pris les devants jusqu’à un terme dénommé, tout aurait été décidé entre eux ! Oui, et ceux à que le Livre a été donné en héritage après ces gens-là sont à son sujet dans un doute qui mène à l’incertitude ! »

 

F2. La Preuve (Al-Baiyina) 98.14, période primitive à Médine:

« Et ceux à qui le Livre a été donné ne se sont divisés ( ~ ) qu’après que la preuve leur fut venue. »

 

F3. La Vache (Al-Baqara) 2.253, an 2 de l’Hégire:

« A Jésus fils de Marie, Nous avons apporté les preuves et l’avons fortifié par l’esprit de sainteté. Et si Dieu avait voulu, les gens qui vinrent après eux ne se seraient pas entre-tués, après que les preuves leur furent venues mais ils se mirent à disputer ( ~ ): certains parmi eux ont cru et d’autres furent incrédules. »

 

F4. La Famille d’Amram (Al ‘Imran) 3.19, an 2-3 de l’Hégire:

« Ceux à qui le Livre a été apporté ne se sont disputés (~ ), rebellés les uns contre les autres, qu’après que science leur fut venue. »

 

F5. Le Plateau servi (Al Ma’ida) 5.14-15, an iOde l’Hégire

Parmi ceux qui disent:  » Nous sommes chrétiens, nous avons accepté l’alliance », certains ont oublié une partie de ce qui leur a été rappelé. Nous avons suscité entre eux l’hostilité et la haine, jusqu’au Jour de la résurrection… Dieu leur montrera bientôt ce qu’ils ont fait.

O gens du Livre! Notre prophète est venu à nous. Il vous explique une grande partie du Livre que vous cachiez. Il en abroge une grande partie.  » (Trad. D. Masson)

 

Ces passages nous apprennent que les chrétiens se divisèrent (Fl, F2) à cause de la jalousie et de la haine (F2, F4), qu’ils eurent des différends (F3, F4); aussi Dieu suscita-t-il l’hostilité et la haine entre eux (FS); jusqu’à s’entretuer (F3).

 

Il nous est encore dit qu’ils oublièrent une partie de leur Livre et de leur alliance (F5), qu’ils en cachèrent une grande partie (F5) et qu’ils sont dans un doute qui mène à l’incertitude (F1).

 

Pourtant, comme nous l’avons déjà constaté dans le paragraphe B, il nous est dit ici que « certains crurent  » (F3).

 

L’histoire chrétienne et profane confirme l’existence des divergences et des combats sanglants entre chrétiens. Pourtant ils s’appuyaient tous sur la même Bible ; il en est d’ailleurs de même entre les chiites et les sunnites, qui, bien qu’étant tous deux des mouvements musulmans et possédant le même Coran, ne s’en sont pas moins violemment combattus.

 

Aucun des passages relevés n’accuse des chrétiens incrédules d’avoir altéré leur Bible ; beaucoup moins encore peut-on penser que les chrétiens fidèles aient osé le faire!

 

  1. Versets qui attestent que les juifs refusèrent le Coran, tentèrent de le changer ou cachèrent des versets de leur propre Torah et rejetèrent sa signification

 

Gl. Les Bestiaux (Al-An’am) 6.89-92, période mecquoise tardive:

« C’est à eux (les prophètes de Noé à Jésus énumérés dans les versets 84 à 86) que Nous avons apporté le Livre et la sagesse et la fonction de prophète. Si ces autres-là n’y croient pas, c’est certainement que Nous confions ces choses à des gens qui n’en sont pas mécréants. Ils ne mesurent pas Dieu à sa vraie mesure quand ils disent: Dieu n’a rien fait descendre sur un humain ! Dis: « Qui a fait descendre le Livre que Moïse a apporté à titre de lumière et de guide pour les gens, que vous mettez en pages pour les montrer, mais dont vous cachez beaucoup et par lequel vous avez été instruits de ce que vous ne saviez pas non plus que vos ancêtres? « … Voici un Livre que Nous avons fait descendre, béni, confirmant ce qui EST entre ses mains (la Torah) – afin que tu avertisses la Mère des Cités et les gens tout autour. »

 

G2. Houd (Hud) 11.110, période mecquoise tardive:

« Et très certainement Nous avions donné à Moïse le Livre. Puis on y divergea. Et, n’était qu’une parole de la part de ton Dieu eût pris les devants, tout aurait été décidé entre eux Oui, ils sont à son sujet, en un doute qui mène à l’incertitude. » (Même idée en 10.93)

 

G3. La vache (Al-Baqara) 2.85, an 2 de l’Hégire:

« Croyez-vous donc à une certaine partie du Livre et restez-vous incrédules à l’égard d’une autre ! Quelle sera la rétribution de celui d’entre vous qui agit ainsi, sinon d’être humilié durant la vie de ce monde et d’être refoulé vers le châtiment le plus dur, le Jour de la Résurrection? » (Trad. D. Masson)

 

G4. 2.89-90

« Lorsqu’un Livre venant de Dieu, et confirmant ce qu’ils ONT AVEC EUX (la Torah) leur est parvenu… ils n’y crurent pas… Combien est exécrable ce contre quoi ils ont troqué leurs âmes!  » (Trad. D. Masson)

 

G5. 2.97,101:

« C’est lui (Gabriel) qui a fait descendre sur ton coeur avec la permission de Dieu le Livre qui confirme ce qui EST entre ses mains (la Torah)… Lorsqu’un prophète envoyé par Dieu est venu à eux, confirmant ce qu’ils ONT AVEC EUX (la Torah), plusieurs (fariq ) de ceux auxquels le Livre avait été donné rejetèrent derrière leur dos le Livre de Dieu comme s’ils ne savaient rien (de ce qu’il contenait). »

 

G6. 2.140:

« Diront-ils : ‘Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et les tribus, étaient-ils vraiment juifs ou chrétiens?’ Dis : ‘Est-ce vous, ou bien Dieu, qui êtes les plus savants?’ Qui est plus injuste que celui qui cache un témoignage qu’il A de Dieu? « (Trad. D. Masson)

G7. 2.146:

« Ceux à qui Nous avons donné le Livre le reconnaissent comme ils reconnaissent leurs enfants. Oui, or partie d’entre eux cachent la vérité alors qu’ils SAVENT! »

 

G8. 2.159:

« Ceux (d’entre les juifs) qui cachent les Signes manifestes et la direction que Nous avons révélés depuis que Nous les avons fait connaître aux hommes au moyen du Livre: voilà ceux que Dieu maudit. » (Trad. D. Masson)

 

G9. 2.174:

« Ceux qui cachent ce que Dieu a fait descendre du fait du Livre et le vendent à vil prix, ceux-là ne s’emplissent le ventre que de Feu. »

 

G10. La Famille d’Amram (Al ‘Imran) 3.69-71, an 2-3 de l’Hégire:

« Une partie (Ta’ifa, ~ ) des gens du Livre aurait voulu vous égarer: ils n’égarent qu’eux-mêmes et ils n’en n’ont pas conscience.

O gens du Livre ! Pourquoi êtes-vous incrédules envers les signes de Dieu, alors que vous en êtes témoins?

O gens du Livre ! Pourquoi dissimulez-vous la Vérité sous le mensonge? Pourquoi cachez-vous la vérité, alors que vous SAVEZ? » (Trad. D. Masson)

 

G11. 3.75:

« Certains parmi les gens du Livre te rendront le quintar que tu leur as confié. D’autres ne te rendent le dinar que tu leur as confié que si tu les harcèles. » (Trad. D. Masson)

 

G12. 3.199:

« Oui, il y en a parmi les gens du Livre qui certes croient en Dieu et en ce qu’on a fait descendre vers vous et en ce qu’on a fait descendre vers eux, humbles qu’ils sont devant Dieu et ne vendant point les signes de Dieu à vil prix. Voilà ceux dont le salaire est auprès de leur Seigneur. En vérité, Dieu est prompt de compter. »

 

Ces versets font état de plusieurs accusations portées contre les juifs. Ils se sont écartés de la Torah et éprouvent un grand doute (G2). Ils écrivent leurs livres sur des feuilles séparées dont ils montrent certaines et cachent beaucoup, selon ce qu’ils veulent que les musulmans voient (G1).

 

Mais les plus graves accusations contre les juifs ont trait à leur attitude face au Coran. Ils refusent de croire au Coran (G3) et rejettent les signes de Dieu (G10). Ils vendent les signes de Dieu et leurs propres âmes pour un vil prix (G9, G12). Ils cachent la vérité – c’est-à-dire le témoignage rendu au Coran – dans leurs Ecritures (G6, G7, G9, GlO) et dissimulent la vérité concernant le Coran sous le mensonge (G10). Ils n’acceptent que la partie du Coran qui leur convient et rejettent le reste (G3) ; ils rejettent le Livre derrière leur dos (G5).

 

Cependant le Coran déclare qu’ils ont la Torah AVEC EUX (G4, G5) et rend témoignage à la vérité de la Torah qui est « entre leurs mains » (G1, G5). Les juifs ONT un témoignage de Dieu (G6) ; ils sont des « témoins » (G10); ils ONT la connaissance (G7, G10); ils LISENT le Livre.

 

Un autre verset qui résume le mieux ce jugement du Coran est tiré de la Sourate de la Vache (Al-Baqara) 2.40-44, datée de l’an 2 de l’Hégire. On lit

 

« O fils d’Israël… croyez à ce que J’ai révélé, confirmant ce qui EST AVEC VOUS (la Torah). Ne soyez pas les premiers à ne pas croire ; ne troquez pas mes signes à vil prix… Ne dissimulez pas la vérité en la revêtant du mensonge… Commanderez-vous aux hommes la bonté, alors que vous-mêmes, vous l’oubliez? Vous LISEZ le Livre. »

 

Le Coran vient donc à l’appui de la vérité de la Torah qui est AVEC les juifs et qu’ils ETUDIENT. Les juifs incrédules attendent la bonté de la part des autres, mais ils oublient de la pratiquer eux-mêmes parce qu’ils mentent en rejetant le Coran et cachent, dans leurs Ecritures, la vérité le concernant.

 

Le Coran reconnaît aussi qu’une partie du peuple du Livre est parfaitement honnête (G 12), qu’elle croit en Dieu et que certains d’entre les juifs acceptent le Coran au même titre que la Torah.

 

Mais remarquons qu’aucun des versets évoqués ne contient le moindre reproche adressé par Dieu, accusant les juifs incrédules d’avoir modifié les mots de la Torah; et des juifs tels que Abdullah Ibn Salam et Mukhairiq qui ont accepté le message du Prophète et sont devenus musulmans n’auraient certainement pas apporté de changements à la Torah.

 

  1. Versets qui parlent spécifiquement de Tahrif[10]

 

Quatre versets du Coran reprochent aux juifs d’avoir modifié ou altéré des mots et un autre les accuse de déformer la lecture par une gymnastique de leurs langues. Examinons ces versets dans leur contexte global. Souvenons-nous cependant que les quelques 50 ou 60 citations coraniques représentent déjà un contexte élargi de ces versets – dans le cadre plus général du Coran tout entier.

 

H1. La Famille d’Amram (Al ‘Imran) 3.78, an 2-3 de l’Hégire:

« Oui, et il y en a parmi eux (le peuple du Livre) qui roulent leurs langues avec une Prescription pour vous faire croire qu’elle est du Livre, alors qu’elle n’est point du livre; et ils disent : ‘Elle vient de Dieu’, alors qu’elle ne vient point de Dieu. Et ils disent le mensonge contre Dieu. Alors qu’ils savent! »

Ce verset accuse ouvertement les juifs de déformer les mots au cours de leur lecture. Ils le font pour faire croire à leur auditeurs qu’il s’agit d’autres mots de la Torah et, par conséquent, de Dieu. Le verset coranique déjoue la ruse en affirmant : « il ne vient pas du Livre, et il n’est pas de Dieu ».

 

H2. Le Plateau servi (Al-Ma’ida) 5.13-14, an 10 de l’Hégire

« Et Dieu, très certainement, prit l’engagement des enfants d’Israël. Et Nous suscitâmes d’entre eux douze chefs…

Et puis à cause de leur violation de l’engagement, Nous les avons maudits et endurci leurs cœurs : ils détournent le mot de ses sens et oublient une partie de ce par quoi on les a rappelés. Tu ne cesseras pas d’entrevoir de la trahison de leur part sauf d’un petit nombre d’entre eux, Pardonne-leur donc et passe. Oui Dieu aime les bienfaisants. »

Les juifs incrédules, dont le cœur a été endurci parce qu’ils ont violé l’alliance, « ont détourné le mot de ses sens » , et oublient (à dessein) une partie de leur loi. »

Pris isolément, ce verset pourrait signifier que les juifs découpaient au couteau des parties de leur Torah pour en changer des mots ou supprimer des passages entiers. Mais les sections D et E, ainsi que la référence H6, ont montré que le Coran considère la Torah comme « étant AVEC les juifs », comme « ETANT lue » par eux et comme « AYANT le commandement de Dieu » en elle.

C’est pourquoi il doit vouloir reprocher aux juifs de dissimuler certains versets et d’en lire d’autres hors de leur contexte, comme le confirme l’exemple bien connu du verset sur la lapidation. C’est ce qu’on appelle en arabe tahrif al-ma’nawi ou « modifier le sens ».

Mais il faut fortement souligner cette petite expression « sauf un petit nombre d’entre eux »,. Ce témoignage atteste qu’il existait quelques juifs intègres qui croyaient, comme le confirme cette autre citation du Coran. Ces juifs n’auraient jamais consenti à modifier quoi que ce soit ni dans les mots ni dans la signification de leur Torah.

 

H3. La Famille d’Amram (Al ‘Imran) 3.113-114, an 2-3 de l’Hégire

« Ils ne sont pas tous égaux. Il est, parmi les gens du Livre, une communauté droite qui, aux heures de la nuit, récite en se prosternant les versets de Dieu. Ils croient en Dieu et au Jour dernier, et ordonnent le convenable, et interdisent le blâmable, et concourent aux oeuvres bonnes. Ce sont des gens de bien… »

Dans les trois extraits coranique suivants, je crois que le Coran accuse certains juifs non de changer leur Torah, mais de modifier et de tordre le sens des paroles de Muhammad lorsqu’il récitait ou expliquait le Coran.

 

H4. La vache (Al-Baqara) 2.75-79, an 2 de l’Hégire

« Eh bien, espérez-vous que ceux-là (les juifs) deviennent croyants en votre faveur? Alors qu’un groupe (fariq, ~ ) des leurs s’est trouvé entendre la parole de Dieu, puis ils la corrompaient ( ~ ) après l’avoir comprise, – alors qu’ils savaient!

Et quand ils rencontrent des croyants, ils disent « Nous croyons » ,et une fois seuls entre eux ils disent « Allez-vous leur raconter ce que Dieu vous a découvert (dans la Torah)? » Pour qu’ils s’en fassent un argument contre vous devant votre Seigneur ! Ne comprenez-vous donc pas?

Ne savent-ils pas qu’en vérité Dieu sait ce qu’ils cachent et ce qu’ils divulguent? Et il y a parmi eux des illettrés qui ne savent du Livre que leurs désirs et ne font que conjectures.

Malheur, donc, à ceux qui de leurs mains écrivent le Livre puis disent: « C’est de la part de Dieu », pour le vendre à vil prix. Malheur à eux donc, à cause de ce que leurs mains ont écrit, et malheur à eux à cause de ce qu’ils acquièrent ! »

« Un groupe de juifs » (et non la totalité) écoutent le lecture du Coran et disent aux musulmans: « Nous croyons ». Puis ils « corrompent » sciemment les explications données par Muhammad et répondent comme le décrit d’une manière détaillée le passage suivant tiré de la Sourate des femmes. Mais en privé, ils s’adressent des reproches mutuels en disant: « Pourquoi leur dévoilez-vous ce qu’affirme la Torah? La prochaine fois, ils s’en serviront contre vous. »

 

H5. Les Femmes (Al-Nisa’) 4.44-47, an 5-6 de l’Hègire

« N’as-tu pas vu ceux-là à qui on a fait part du Livre acheter l’egarement et chercher à ce que vous vous égariez du chemin?

… Il en est parmi les judaïsés qui détournent les mots de ses sens (~) et disent: « Nous avions entendu, mais nous avons désobéi », ou : « Ecoute sans personne qui te fasse entendre », ou : « Favorise-nous », (Ra’ina), tordant la langue et attaquant la religion.

Si au contraire ils disaient : « Nous avons entendu et nous avons obéi », et « Ecoute » et « Regarde-nous » ce serait meilleur pour eux et plus droit. Mais Dieu les a maudits à cause de leur incrédulité donc, sauf un petit nombre, il ne croiront pas. O vous à qui on a donné le Livre, croyez en ce que Nous avons fait descendre (le Coran) en confirmation de ce qui EST AVEC NOUS (la Torah), avant que Nous effacions les visages… »

Comme dans le texte précédent, l’accusation est portée contre « ceux (certains) des juifs » qui « détournent le mot de ses sens »; mais les exemples donnés montrent bien qu’il s’agit des paroles de Muhammad. Yusuf Ali explique admirablement cette attitude dans sa note qui accompagne ce texte:

« Un artifice qu’utilisaient les juifs consistait à tordre le sens des mots et des expressions pour tourner en ridicule l’enseignement le plus solennel sur la religion. Alors qu’ils auraient dû dire : « Nous entendons et nous obéissons », ils affirmaient à voix haute: « Nous obéissons » et ajoutaient en murmurant: « Nous désobéissons » ; au lieu de déclarer avec le plus grand respect: « Nous entendons », ils ajoutaient à voix basse « ce qui ne s’entend pas » pour ironiser. Quand ils voulaient attirer l’attention du Maître, ils se servaient d’une formule ambiguë, apparemment innocente, mais en réalité intentionnellement irrespectueuse. Quand les arabes veulent dire « S’il te plaît, prête attention ! », ils emploient avec un profond respect l’expression ‘Ra’ina’ qui signifie aussi « Regarde-nous ». Avec une contorsion de leurs langues, ces juifs prononçaient quelque chose comme ‘O toi qui nous mènes au pâturage !' »(13)

 

H6. Le Plateau servi (Al-Ma’ida) 5.41-48, an 10 de l’Hégire:

« O messager ! Que ne t’affligent pas ceux qui concourent en mécréance, de ceux dont la bouche dit: ‘Nous croyons’ alors que leurs cœurs ne croient point! Ni non plus ceux qui se sont judaïsés. Ce sont des espions qui n’écoutent que pour le mensonge, espions qui écoutent pour les autres qui ne viennent pas près de toi détournant ensuite le mot de ses sens ils disent: ‘Si c’est ça qu’on vous a donné, alors recevez-le et si ce n’est pas ça qu’on vous a donné, alors prenez garde!’… S’ils viennent chez toi, donc, juge entre eux : ou laisse-les. Et si tu les laisses, jamais ils ne sauront en quoi que ce soit te nuire. Et si tu juges, alors juge entre eux à la balance. Oui Dieu aime ceux qui jugent à la balance. Mais comment peuvent-ils te prendre pour juge (Muhammad), – et ils ONT près d’eux la Torah où EST le jugement de Dieu -,et ensuite, après cela, tourner le dos? Ces gens-là ne sont pas croyants ! Oui, Nous avons fait descendre la Torah, où IL Y A guidée et lumière. Par elle jugent, parmi ceux qui sont judaïsés, les prophètes – ceux là sont les soumis – ainsi que les rabbins et les docteurs: par le Livre de Dieu dont on leur a confié la garde, et dont ils étaient les témoins. Ne craignez donc pas les gens, mais craignez-Moi. Et ne vendez pas Mes signes à vil prix. Et quiconque ne juge pas d’après ce que Dieu a fait descendre, eh bien, voilà les mécréants !

Et Nous y avons prescrit pour eux: vie pour vie, oeil pour oeil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Le talion aussi pour les blessures. Après, quiconque en FAIT charité, cela lui VAUT expiation. Et quiconque ne JUGE pas d’après ce que Dieu a fait descendre, eh bien, voilà les prévaricateurs.

Et nous avons lancé sur leurs traces Jésus fils de Marie, en tant que confirmateur de ce qui (la vérité) est entre les mains de la Torah. Et Nous lui avons donné l’Evangile, – où IL Y A guidée (direction) et lumière – en tant que confirmateur de ce (la vérité) qui était entre les mains de la Torah, et en tant que guidée et exhortation pour le pieux.

Que les gens de l’Evangile JUGENT d’après ce que Dieu y a fait descendre. Et quiconque ne juge pas d’après ce que Dieu a fait descendre, eh bien, voilà les pervers.

Et vers toi (Muhammad) Nous avons fait descendre le Livre avec vérité, en tant que confirmateur (de la vérité) du Livre qui est entre ses mains (en sa présence), et en tant que son protecteur. Juge donc parmi eux d’après ce que Dieu a fait descendre ; et ne suis pas leurs passions loin de la vérité qui t’est venue. A chacun de vous Nous avons assigné une voie et un chemin.

Si Dieu avait voulu, certes Il aurait fait de vous une seule communauté. Mais non. Afin de vous éprouver en ce qu’Il vous donne. Concurrencez-vous donc dans les bonnes oeuvres : vers Dieu est votre retour a tous… »

Ce passage décrit donc une situation identique. Certains « parmi les juifs (ou judaïsés) » qui prêtent l’oreille à tout mensonge – même aux citations de paroles de Muhammad par des gens qui ne l’ont jamais entendu – « changent le mot de ses sens » (litt. qui changent le mot de ses places, selon la note portée par Hamidullah dans la Sourate 4.46). Ils disent: « Si Muhammad vous affirme telle ou telle chose, acceptez-la. Sinon, prenez garde. » Ce sont les explications de Muhammad qu’ils faussent ou qu’ils rejettent, et non leur Torah.

 

Cependant, même Si je commets une erreur d’interprétation, car ces trois derniers passages font aussi allusion aux juifs qui altèrent le sens de leurs propres Ecritures (al-tahrif al-ma’nawi), le contexte général des versets mentionnés permet de déduire les faits suivants:

 

  1. Des juifs furent incrédules. Combien? Certains? Beaucoup? La plupart? Mais certains CROYAIENT en Dieu et désiraient accomplir sa volonté.

 

  1. Le Coran atteste la vérité de la Torah qui EST AVEC EUX.

 

  1. Le Coran prête à Dieu les paroles selon lesquelles les juifs « ONT la Torah qui contient le commandement de Dieu. »

 

  1. Le principe « vie pour vie, oeil pour oeil » est tiré de la Torah (Exode) comme un principe toujours valable d’après lequel les juifs doivent JUGER à moins qu’ils ne préfèrent FAIRE charité (ou pardonner la faute).

 

  1. Le peuple de l’Evangile est invité à « JUGER d’après ce que Dieu y a révélé »,

 

De ces textes – les seuls qui parlent de tahrif – nous concluons qu’à l’époque de Muhammad il y avait des juifs et des chrétiens intègres qui possédaient, lisaient et suivaient la Torah authentique et l’Evangile authentique.

 

  1. Conclusion

Résumons ce que nous avons tiré de l’enseignement que donne le Coran sur la Torah, sur l’Evangile et sur le peuple du Livre, dans les divers groupes de versets coraniques.

 

Groupe A. La vraie Torah était connue de Jean-Baptiste (Yahya, de Marie, de Jésus et de ses disciples au 1ère siècle.

 

Groupe B. Le Coran atteste l’existence de vrais croyants chrétiens au moins jusqu’au début du monachisme, vers 300-350 ap. J.-C. On peut raisonnablement admettre que ces fidèles croyants n’ont pas altéré leur propre Evangile, autrement le Coran les désignerait de faux croyants.

 

Groupe C. Le Coran confirme la vérité des livres antérieurs qui sont « entre ses mains » c’est-à-dire « en sa présence » ou « sous ses yeux ». Ces livres sont AVEC les mecquois, mais puisque ces derniers ne pouvaient pas comprendre les livres antérieurs, il fallut leur donner le Coran arabe.

 

Groupe D. D’après le Coran, Dieu lui-même, ou Muhammad à qui il l’ordonnait, en appelle à la Torah et à l’Evangile plus de vingt fois. Les Psaumes de David et la Torah sont mentionnés. Muhammad demande aux juifs d’apporter la Torah pour résoudre un différend. Les gens LISENT la Torah et l’Evangile qui sont AVEC EUX.

 

Groupe F. Les chrétiens se sont divisés et combattus mutuellement, et ils ont oublié une partie du Livre, mais aucun verset n’affirme qu’ils ont modifié ou corrompu le texte.

 

Groupes G et H. Certains des juifs sont coupables de al-tahrif al-ma’nawi parce qu’ils dissimulent des choses qui sont écrites dans leurs Livres et rejettent des passages qui ne leur conviennent pas. Ils rejettent le Coran, le revêtent de mensonge, vendent les signes de Dieu à vil prix, et sont doublement coupables de tahrif parce qu’ils transforment aussi les explications données par Muhammad. Mais rien, dans tout cela, n’indique que même ces juifs incrédules ont modifié le texte écrit de leur Torah ; de toute façon, les juifs croyants ne l’ont pas altérée et n’auraient pas toléré que d’autres le fassent.

 

Le Coran déclare lui-même dans la Sourate des Bestiaux (Al-An’am) 6.34 : « Et nul ne peut changer les paroles de Dieu », affirmation répétée dans la Sourate de Jonas (Yunus) 10.64: « Pas de modifications aux paroles de Dieu ».

 

Notre étude du Coran aboutit donc à la seule conclusion possible: des exemplaires de la VRAIE TORAH et DU VERITABLE EVANGILE circulaient à La Mecque et à Médine à l’époque de Muhammad. De plus, puisque aucun musulman n’a jamais trouvé dans les bibliothèques islamiques une Torah différente ou un Evangile différent, et puisque aucune découverte archéologique n’a mis au jour une inscription gravée qui soit différente de celles de la Torah et de l’Evangile « qui SONT AVEC NOUS », je suis absolument convaincu que les livres qui circulaient à La Mecque du vivant de Muhammad étaient identiques A LA TORAH ET A L’EVANGILE QUE NOUS LISONS AUJOURD’HUI.


Notes :

[1] Les abeilles ou An-Nahl 16:44

[2] Les abeilles ou An-Nahl 16:103 et Les poètes ou As-Shuaraa 26:195 et encore Les versets détaillés ou Fussilat 41:44.

[3] Les plus farouches adversaires du prophète Muhammad (Mahomet) (Voir « Mahomet ou Muhammad ») se sont recrutés parmi les Quraychites.

[4] Le mot hégire (arabe : هجرة hiǧraʰ, exil; rupture; séparation) signifie en arabe « émigration» ; le sens de « rupture de liens » est parfois rencontré. Il désigne la journée du 16 juillet 622 où se produit le départ des quelques premiers compagnons de Mahomet de La Mecque vers l’oasis de Yathrib, ancien nom de Médine.

Cet événement crée une rupture fondamentale avec la société telle qu’elle était connue des arabes jusqu’alors. Mahomet vient en effet de rompre un modèle sociétal établi sur les liens du sang (organisation clanique), vers un modèle de communauté de croyance.

[5] Voir «Mahomet ou Muhammad »

[6] Yusuf Ali indique dans plusieurs notes de sa traduction du Coran que cet épisode pourrait désigner 7 jeunes chrétiens d’Ephèse qui trouvèrent refuge dans une caverne lors des persécutions et furent plongés dans un sommeil de trois siècles. Il propose des dates s’échelonnant entre 440 et 450 de 1’ère chrétienne comme époque marquant la fin de leur sommeil. Yusuf Ali ajoute que le calife Wathiq (842-846 ap.J-C.) avait envoyé une expédition pour examiner et identifier la localité.(8) Dans son commentaire du verset, Hamidullah ne fait qu’évoquer cette hypothèse mais pense qu’ « il s’agit plutôt d’une époque bien antérieure au Christianisme ».

[7] Pour les Arabes, les djinns représentent une autre race habitant la terre, ce sont des esprits qui habitent les endroits déserts, les points d’eau, les cimetières et les forêts. Pour se manifester, ils prennent diverses formes, dont celles de l’homme ou des animaux, couramment des serpents. Le mot djinn ou ‘ifrit (عِفٰرِيتْ) (pluriel : ‘apharit) (عَفَارِيت) désigne d’ailleurs à la fois ces esprits ainsi que certaines variétés de serpents.

Dans l’Islam, les jinns sont des créatures dotées de pouvoirs surnaturels, ils ont été créés d’un maillage/tissage de « lumière d’une flamme subtile, d’un feu éclairant (ناَر) » (comme l’être humain l’a été à partir d’argile), ils sont appelés à croire et subiront le jugement dernier.

Les appellations spécifiques des jinns sont :

les ‘afarits (عِفَارِيت) (de ‘Iphrit عِفٰرِيتْ) : djinn de feu.

les Maritins (مَاَرِدْ) (de Marid مَاَرِدْ) : djinn d’eau.

les Sylphes (سلف) : djinn d’air

Les diables, Shèïètines (شَيٰطَيِنْ) (au singulier Shèïtan (شَيْطان), Satan pour les langues latines) sont de mauvais djinns.

 

[8] Au lieu de « dévôts »‘, D. Masson traduit : « maîtres »

[9] Hadith (arabe : حديث [ḥadīθ], hadith ; tradition du prophète, pl. أحاديث [aḥādīθ]) est un terme arabe qui désigne des paroles ou actes de Mahomet considérés comme des exemples à suivre par les musulmans. Voir « Le Hadith et son inspiration »

[10] Falsification scripturaire

Le Coran affirme que Jésus est le Messie

Le discours habituel, musulman ou islamique, affirme que :

 

  • l’expression coranique « gens du Livre » (ahl al-kitâb, littéralement « tente de l’Ecrit ») désignerait globalement les juifs, les chrétiens et les musulmans ;

 

  • le terme de « nasârâ » seraitle nom des chrétiens en arabe.

 

En fait il n’en était pas ainsi à l’origine des écrits islamiques : ce sens ne s’accorde pas avec de nombreux passages dans lesquels apparaît l’une de ces deux expressions.

 

A l’origine :

  • « ahl al-kitâb » désigneexclusivement les possesseurs de l’Ecrit, ceux qui forment sa « famille » c’est-à-dire l’ensemble des fils d’Israël, quelle que soit leur obédience. « L’Ecrit » en question étant la Torah[1].
  • les« nasârâ » constituent l’autre branche juive dont il est question dans le Coran, à côté de celle des yahûd (juifs) d’obédience rabbinique ; ce terme doit être rendu par « nazaréens », ce que même les Saoudiens sont obligés de faire à certains endroits dans leur traduction.

 

Dans quelques versets coraniques seulement, « ahl al-kitâb » et « nasârâ » supportent le sens qui leur est donné aujourd’hui ; il s’agit de versets qui ont été l’objet de manipulations, introduites dans le texte ou résultant de fausses lectures, ce que cette réflexion met en lumière.

 

Sans ces clefs de compréhension, la lecture du texte coranique actuel ne peut pas sortir d’un carcan d’obscurités et de contradictions.

 

Une des questions essentielles à se poser, parmi tant d’autres : quand le texte coranique évoque les gens du Livre ou l’appellation de nasârâ, de qui parle-t-il ?

 

L’expression « ahl al-kitâb » est utilisée 31 fois dans le texte coranique[2]. Ces occurrences ne sont pas réparties également : au-delà de la sourate 5, elles deviennent rares, apparaissant dans les sourates 29, 33, 57, 59 (2 fois) et 98 (2 fois).

 

Les chrétiens n’ont jamais été appelés et ne se sont jamais appelés nazaréens, sauf les dix premières années environ après la Pentecôte : les appellations utilisées étaient mešîhâyê en araméen qui pourrait se rendre par « messiens » ou Christianoi en grec qui a donné chrétiens dans l’Empire gréco-latin et dans l’Empire perse.

 

Pourquoi seraient-ils appelés autrement dans le Coran ? Les chrétiens se seraient-ils trompés d’appellation durant six siècles avant l’Islam ? Par ailleurs, même les traductions les plus étroitement conformes au dogme islamique ne rendent pas toujours nasârâ par chrétiens ; voici deux contre-exemples :

 

  • « Ceux qui ont cru, ceux qui judaïsent, lesNazaréens et les Sabéens, quiconque d’entre eux a cru en Dieu… sera récompensé » (sourates 2 : 62 et 5 : 69).
  • « Ceux qui ont cru, ceux qui judaïsent, lesSabéens, les Nazaréens, les Mages et ceux qui donnent à Dieu des associés, Dieu tranchera entre eux au jour du Jugement » (sourate 22 : 17).

 

Certes, on peut le comprendre : tout au long du Coran, les chrétiens sont accusés « d’associer » à Dieu[3] et sont voués à l’enfer. Or, le premier de ces versets et implicitement le second vouent les nasârâ au Paradis. Faudrait-il donc penser que Dieu qui dicte le Coran utilise ici le même terme pour désigner une réalité et son contraire au sujet de la communauté des Nazaréens ? Dieu ignore-t-Il que les noms propres sont faits pour désigner des gens précis ? Ou alors, est-ce une erreur continuelle de lecture, à moins que ce soit une erreur du texte lui-même ? Mais comment ? L’analyse attentive des 12 autres occurrences du terme de nazaréen et d’une partie des 31 de l’expression « gens du Livre » fournit une réponse.

 

En fait, la clef du problème a déjà été avancée par Antoine Moussali[4] dans un article[5] où il pointe le mécanisme introduisant des contradictions dans la signification du mot nasârâ dans le Coran, en particulier dans la sourate 5 où on lit :

 

  • « O les croyants ! Ne prenez pas pour amis (alliés) les juifs et lesnasârâ : ils sont amis les uns des autres »[6] ;
  • « Tu trouveras que les amis les plus proches des croyants sont ceux qui disent :Nous sommes nasârâ »[7].

 

La contradiction est telle qu’en ce dernier verset, nasârâ est rendu par Nazaréens par beaucoup de traducteurs. De plus, le premier verset coranique cité est absurde : comment peut-on prétendre que les juifs et les chrétiens sont amis ou alliés « les uns des autres » ? Les commentateurs musulmans se justifient en disant que tous ceux qui contribuent au mal sont alliés entre eux. Le sont-ils s’ils sont des ennemis les uns des autres, comme c’est généralement le cas ? Le problème se situe dans ce verset où nasârâ, qui est mis en parallèle avec yahûd (juifs), ne peut signifier que chrétiens. Une difficulté technique doit attirer l’attention : la psalmodie du passage laisse apparaître une rupture de rythme et un déséquilibre qui disparaissent si l’on omet « et les nasârâ » (wa n-nasârâ). Le texte équilibré est alors :

 

  • « O les croyants ! Ne prenez pas pour amis les juifs : ils sont amis les uns des autres ».

 

Le verset devient clair, sensé et cohérent et la contradiction avec le verset 82 disparaît. La convergence de ces trois facteurs ne laisse guère de place au doute : on est devant une interpolation. Mais pourquoi avoir ainsi inséré « wa n-nasârâ » ? Certains pourraient objecter : peut-il exister une raison grave au point qu’on ait pris le risque d’introduire une contradiction formelle majeure dans le texte à quelques versets de distance ? Il y en a une.

 

Cependant, avant d’aborder cette raison, il faut remarquer, à la suite d’Antoine Moussali, que les expressions coraniques du genre : « et / ou les nasârâ » sont toutes des interpolations perceptibles à l’audition pour tout lecteur habitué à la langue arabe[8].

 

Dans le verset 135 de la sourate 2, l’introduction de « ou nasârâ » après « soyez juifs » apparaît tout spécialement absurde ; elle amène à lire que les « fils d’Abraham » recommandent d’être « juifs ou chrétiens ». Sans l’ajout, le verset redevient sensé : « Ils ont dit : soyez juifs, vous serez sur la bonne voie. Dis : Non, suivez la religion (milla) d’Abraham, en hanîf soumis ».

 

Ce verset prend alors un sens à mettre en relation avec un autre qui lui est proche et qui doit être débarrassé, lui aussi, de son ajout, « et pas un nasrânî », ce qui donne alors : « Abraham ne fut pas un juif mais au contraire il fut un hanîf soumis » (Sourate 3 : 67).

 

Ces deux versets disent qu’Abraham n’était pas juif puisqu’il est lui-même le père des juifs et que ceux-ci, tout en se prévalant de ce qu’ils sont, n’ont pas été fidèles à la religion de ce père soumis à Dieu (muslim). Une telle idée est présente dans les Evangiles (Mt 3 : 9, Lc 3 : 8) ; mais ici s’ajoute de l’ironie car Abraham est donné en modèle du hanîf[9].

 

Les expressions coraniques du type « wa n-nasârâ » sont des ajouts qui obligent le lecteur à penser que nasârâ signifie chrétiens. Quel but poursuivait-on en tronquant sciemment le sens du mot par ces ajouts ? Le contexte historique fournit l’explication. Si, à partir de ‘Uthmân[10], la décision fut prise de présenter « l’Islam » de l’époque comme une réalité autonome voulue par Dieu, il fallait occulter son enracinement nazaréen, en particulier dans le recueil de textes qu’on cherchait à produire en opposition à la Bible des juifs et des chrétiens, même si, chronologiquement, rien indique que ce recueil n’ait jamais été dit de provenance divine avant la fin du 7ème siècle, de même que rien indique que les appellations d’Islam et de musulman aient été déjà employées au sens actuel[11].

 

Faute d’avoir des gens capables de tout réécrire, on s’est contenté d’imposer, par des ajouts, un sens nouveau au terme de nasârâ, ce qui était plus habile que de supprimer ses mentions : il est plus facile de détourner un texte fondateur que de l’effacer de manière autoritaire. Il en reste d’ailleurs des traces : deux siècles après Muhammad[12], Ibn Hishâm[13] qualifie encore Waraqa[14], qui a béni le mariage du prophète de l’Islam avec Khadija[15], de « prêtre nazaréen ». On lit également que :

 

  • « Waraqa ibn Nawfal était prêtre et chef des Nazaréens… Il était excellent connaisseur du nazaréisme. Il a fréquenté les livres des Nazaréens, jusqu’à les connaître comme lesgens du Livre ».
  • « Quant à Waraqa, il cherchait la sagesse dans le nazaréisme ; il a été mis au courant de leurs livres par lesnazaréens eux-mêmes, de sorte qu’il avait acquis une science certaine des gens du Livre ».
  • Un passage de Bukhârî[16] précise : « Il est arrivé que Waraqa est décédé et larévélation s’est tarie »[17].

 

Bukhârî ne parle-t-il pas ici des textes rassemblés en un recueil qui s’est appelé plus tard « révélation coranique » ? Il convient de signaler encore que Khadija est présentée comme apparentée à Waraqa, c’est-à-dire qu’elle était elle-même nazaréenne ; ce mariage n’est-il pas une des clefs de ce qui deviendra « l’Islam »[18] ?

 

Pour en terminer avec les occurrences du terme nasârâ, il faudrait citer les Sourates 5 (verset 14) et 9 (verset 30) où les interpolations ne se réduisent pas à quelques mots perceptibles à l’audition : elles sont plus vastes et complexes.

 

  • Sourate 5 verset 14 : Ce verset accuse lesnasârâ d’avoir « oublié une partie de ce qui leur avait été rappelé ». Mais dans le Coran, où lit-on que les chrétiens ont « oublié » une partie de la Révélation, c’est à dire ce qui aurait concerné la future venue de Muhammad[19] ? Ou alors, il faut voir une relation avec le verset 6 de la sourate 61 où le texte fait dire à « Jésus » qu’Il est « l’annonciateur d’un messager après moi, dont le nom sera Ahmad[20] »[21]. Mais là encore, on se trouve confronté à une apologétique[22] islamique tardive, qui s’est bâtie sur une comparaison très imaginative avec le mot grec paraklètos, présent dans l’Evangile selon Jean[23]. Le texte coranique originel peut-il receler des polémiques qui apparaissent plus d’un siècle plus tard ? Tout comme le verset 6 de la sourate 61, le verset 14 de la sourate 5 apparaît comme une longue interpolation faite d’emprunts aux versets 12 et 13 qui précèdent.

 

  • Sourate 9 verset 30 : l’interpolation commence par l’expression « wa n-nasârâ » et continue par ce que ces nasârâ sont supposés dire : « disent que le Messie est le fils de Dieu ». On dirait que les interpolateurs ont eu peur que les autres interpolations avec le mot nasârâ, plus subtiles, ne suffisent pas à convaincre les lecteurs du fait que ce mot veuille dire chrétiens. Ce verset affirme donc que les nasârâ croient que Jésus est le Fils de Dieu, ce qui est absolument contraire à ce que croyaient les nazaréens historiques[24].

 

L’enjeu est d’importance, car si on lit ces passages à la lumière du véritable sens de nasârâ alors non seulement le message du Coran s’en trouve modifié mais son origine ne fait plus aucun doute… Par exemple, si on lit à la suite les versets 12 à 20 de la sourate 5, en omettant le verset 14, non seulement il n’est plus question de chrétiens, mais l’ensemble du passage prend un sens rigoureusement cohérent : il s’agit d’une diatribe[25] contre une partie importante des « fils d’Israël » qui n’est pas restée fidèle à ses engagements (Sourate 5 verset 12), qui a oublié « une partie de ce qui leur a été rappelé » (Sourate 5 verset 13) et à qui un « Messager est venu dans le passé (qad) » apportant une lumière et un écrit qui expose ce qui était tenu caché (sourate 5 verset 15). Or, ce « Messager de Dieu envoyé aux fils d’Israël », d’après le verset 6 de la sourate 61 sans la partie interpolée, c’est Jésus ! La diatribe des versets 12 à 20 de la sourate 5 est donc un long reproche fait aux judaïques de ne pas reconnaître le Messie-Jésus, d’imaginer qu’Il est mort (sourate 5 verset 17 où s’insère une allusion dialectique et sans doute originelle à la foi chrétienne[26]), de se croire les « fils préférés de Dieu » (sourate 5 verset 18 sans l’interpolation wa n-nasârâ), de ne pas recevoir le message de Jésus (sourate 5 verset 19) et de ne pas écouter Moïse alors qu’ils lui doivent tout (sourate 5 verset 20).


Notes :

[1] Le terme Torah, ou Thora ( ou , instruction) est employé pour désigner, au sens restreint, la Torah de Moïse et au sens large la totalité des textes légaux, éthiques et religieux fondant le judaïsme.

[2] Ce qui représente un pourcentage important (24,41%) des 127 occurrences du mot ahl au total. Lorsque le mot « Ahl » (gens) s’ajoute à un autre mot pour déterminer une zone d’influence ou une appartenance forte : « Ahl » d’un homme -> les personnes particulières à lui ; « Ahl » de la mosquée -> ceux qui fréquentent telle mosquée ; « Ahl » de la forêt -> les habitants de cette forêt ; « Ahl » d’un acte -> ceux qui sont les responsables de l’acte… « Ahl-al-kitâb » -> ceux qui sont sous l’influence du Livre (la Torah).

[3] Cette expression exprime la pensée islamique que Jésus est associé à Dieu qui est Unique car Jésus ne peut être Dieu. Les chrétiens sont donc appelés des associateurs.

[4] Le Père Antoine Moussali (1921 – 2003) a été directeur des établissements scolaires lazaristes de Damas. Il a enseigné l’arabe à l’Université d’Alger de 1980 à 1986 et publié plusieurs études théologiques et sociologiques en langue arabe. Il a reçu le prix 1998 de l’Académie d’Education et d’Etudes Sociales pour la Croix et le Croissant.

[5] Interrogations d’un ami des musulmans, Collection Vivre avec l’Islam ?, 1997, pages 235 à 240.

[6] Sourate 5 : 51.

[7] Sourate 5 : 82.

[8] Par exemple : sourates 2 : 111 ;  2 : 113 avec la suite : « et les nasârâ disent : les juifs ne tiennent sur rien » ; 2 : 120 ;  2 : 135 ; 2 : 140 ; 5 : 18.

[9] Pluriel : hanefîm ou hanupa. Le Midrash ajoute cette précision : « R. Jonathan a dit : Quand un dérivé de la racine hnf apparaît dans l’Ecriture, le texte vise les mînîm » (Bereshit Rabba chapitre 48, 18,1). Minim (hébreu mishnaïque, francisé en Minéens) est un terme utilisé dans le Talmud et le Midrash pour désigner des Juifs dissidents, hérétiques ou sectaires. Bien que rien ne l’indique avec certitude, il est généralement (mais pas unanimement) admis que le terme désigne plus souvent les premiers chrétiens que les autres sectes.

[10] ‘Uthman ibn Affan, `Othman ou `Othmân ben `Affân ben al-`Âs ben Amîa est le troisième calife de l’Islam (644-656). Selon la tradition, il est le premier mecquois converti à l’islam. Choisi comme calife de préférence à un autre, il suscita des mécontentements autour de lui : d’abord, par la confiscation au profit de son clan d’une partie du butin ramené des conquêtes d’Afrique, d’Asie Mineure et de Perse, ensuite, en fixant officiellement le texte du Coran. Les copies du Coran écrites de nos jours sont censées suivre mot pour mot et lettre pour lettre cette compilation des copies d’Uthman, écriture nommée « ar-rasm al-othmanî ». Quelques-unes de ces copies existeraient encore aujourd’hui, une à Istanbul, une à Tachkent (Ouzbékistan), une copie au British Museum de Londres. Le matériel qui aurait servi à la compilation a été détruit sur la demande d’Uthman. Les hommes pieux et, plus récemment, les scientifiques, s’interrogent sur cette décision qui rend la reconstitution chronologique de la révélation très difficile et incertaine.

[11] Avant le 8ème siècle, muslim signifiait « soumis à Dieu » comme on le lit dans le texte citant les Apôtres dans la sourate 5 au verset 111 (conformément à l’araméen) et islâm signifiait soumission : voir «Le mot musulman emprunté au Nouveau Testament ».

[12] Voir « Mahomet ou Muhammad »

[13] Ibn Hisham (mort en 833) a publié une biographie de Mahomet écrite par Ibn Ishaq (historien arabe musulman et hagiographe. Il a recueilli des traditions orales qui ont formé la base de la première biographie du prophète islamique Mahomet. Cette biographie est généralement appelée Sirat Rasul Allah, « La vie du Messager de Dieu »). L’œuvre d’Ibn Ishaq est perdue et n’est aujourd’hui connue qu’au travers de textes de Ibn Hisham et al-Tabari (l’un des premiers et le plus éminent historien et exégète du Coran).

[14] Cousin de Khadija, première épouse de Muhammad. Waraqa était selon certaines sources (Histoire d’Aïcha) un prêtre converti au christianisme nestorien, le prêtre ou prêcheur de la Mecque et mourut en chrétien nestorien. Cependant, des recherches récentes tendent à faire penser qu’il était ébionite ou judéo-nazaréen. Il a présidé au mariage de Mahomet en tant que « prêtre nasraniy » (nazaréen).

[15] Première épouse du prophète de l’islam Muhammad qui n’en épousa pas d’autres tant qu’elle était vivante.

[16] Mohammed al-Boukhari (810 – 870) est un célèbre érudit musulman dont les écrits sont des références islamiques.

[17] Azzi, page 205. Une étude exhaustive concernant Waraqa a été menée par Joseph AZZI dans les chapitres I et III de son livre Le prêtre et le prophète. Une étude sur les origines de l’Islam, traduite de l’arabe par Salina Morsy, Paris, Maisonneuve et Larose, 2004. Les citations qui en sont tirées ici proviennent d’Ibn Hishâm, as-Sîratan-nabawîya, et d’Al-Bukhârî pour ce qui concerne la troisième.

[18] Voir « L’Islam issu d’une hérésie chrétienne »

[19] Voir « Mahomet est-il prédit dans Deutéronome 18 »

[20] Equivalant à Muhammad.

[21] Voir « Le paraclet, le Saint-Esprit et Mahomet »

[22] L’apologétique est un champ d’études théologiques ou littéraires consistant en la défense systématique d’une position.

[23] Aux chapitres 14 et 15 de l’Evangile de Jean, Jésus annonce un Parakletos qui doit venir. La partie centrale du verset 6 de la sourate 61 se présente comme l’écho de cette annonce. Or, ceci ne fonctionne que si ahmad est le même mot que Parakletos, comme le répète le discours islamique depuis le 10ème siècle jusqu’à nos jours… Alors qu’il n’existe aucune identité entre les deux termes et que le vague rapprochement invoqué ne peut jouer que sur une transposition erronée de parakletos en arabe et une compréhension erronée en grec. De plus, selon la version du Coran de Ubbay, Jésus n’annonce pas ahmad mais une communauté à venir. En d’autres termes, il apparaît que la version originelle du verset 6 de la sourate 61 disait simplement : « Et quand ‘Îsâ (Jésus) fils de Marie dit : Ô fils d’Israël, je suis le messager de Dieu vers vous, ils dirent : Ceci est de la sorcellerie manifeste ».

[24] « Leur croyance était que le Jésus n’était pas le Fils de Dieu, mais simplement un prophète qui voulait suivre Jean » (Origène, Volume 11 page 150 ; Origène fut un philosophe, et théologien chrétien du 2ème et 3ème siècle)

[25] Une diatribe est un texte ou un discours qui attaque de façon violente une personne ou une institution. C’est une critique amère, violente, le plus souvent sur un ton injurieux.

[26] Ce verset 17 de la sourate 5 vise « ceux qui disent : Dieu est le Messie ». Dans le langage et la culture, la dialectique est toujours un moyen de s’autojustifier en opposant entre elles deux positions contraires à celle qu’on veut promouvoir. Ici et ailleurs, le texte coranique entend opposer les judaïques qui refusent le Messie et disent qu’Il est mort, aux chrétiens qui Le considèrent comme Dieu venu en Marie c’est-à-dire comme présence de Dieu venu visiter son peuple. Le but de la dialectique est toujours la synthèse : si d’une part les judaïques ont tort et que d’autre part les chrétiens ont tort également mais en sens contraire, ceux qui sont au milieu, ou plutôt au-dessus des oppositions, ont raison. Ils proclament que Jésus est le Messie mais non présence de Dieu et qu’Il est tenu vivant en réserve au Ciel depuis son enlèvement de la croix. Ils affirment ainsi avoir la vraie doctrine (millah, religion), celle d’Abraham.

La divinité Jésus-Christ par le Coran

La Bible (Thora et Evangiles) est annoncée comme le livre de Dieu par le Coran… Plusieurs sourates nous donnent même l’information que la Thora et les Evangiles sont bons : 74.31; 87.18; 25.35; 35.25; 34.23-24; 54.43; 37.114-117; 19.28-29; 21.48; 29.27; 29.46-47; 32.23; 40.53-55; 41.45; 42.15; 45.16-17; 45.28-29; 46.10; 11.16-17; 28.43; 28.48-49; 28.52-53; 23.49; 13.36; 17.2; 17.4-7; 17.55; 6.20; 6.114; 6.124; 98.1; 2.1-5; 2.53; 2.87; 2.121; 2.136; 2.144-145; 2.176; 2.213; 2.285; 3.65; 3.81; 3.84; 3.99; 3.119; 3.183-184; 3.187; 62.5; 4.51; 4.54; 4.131; 4.136; 4.150-153; 4.171; 57.25; 5.62; 5.85-86.

 

De plus, il est clair que d’un point de vue coranique, la Bible n’a pas été modifiée comme certains le prétendent depuis non seulement Muhammad, mais depuis les disciples de Jésus eux-mêmes.[1]

 

Ceci exposé, nous voyons que dans la Parole de Dieu, les personnes qui croient en Christ sont appelées « fils de Dieu » (Romain 8:14). Certains musulmans s’appuient sur cet état de fait pour « prouver » que Jésus n’est pas le Messie, ou le dernier des prophètes[2]… mais que le Dernier des derniers prophètes est Muhammad[3]… Cependant aucun n’est appelé fils UNIQUE de Dieu, si ce n’est à Jésus seul :

Personne n’a jamais vu Dieu; LE FILS UNIQUE, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître. (Jean 1:18)

Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné SON FILS UNIQUE, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. (Jean 3:16)

 

Il faut donc comprendre qu’il y a une distinction très nette entre les croyants qui sont appelés fils de Dieu, et Jésus, le Fils Unique de Dieu. Les croyants (disciples de Jésus-Christ) deviennent enfant de Dieu par adoption ; c’est une pure grâce de l’Amour de Dieu.

 

Une autre distinction faite entre l’appellation de « fils de Dieu » donnée aux prophètes et celle donnée à Jésus est encore plus clairement établie en ces versets :

Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères PAR LES PROPHETES, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé PAR LE FILS, qu’il a établi HERITIER de toutes choses, par lequel il a aussi créé le monde, et qui, étant le reflet de sa gloire et l’empreinte de sa personne, et soutenant toutes choses par sa parole puissante, a fait la purification des péchés et s’est assis à la droite de la majesté divine dans les lieux très hauts. (Hébreux 1:1-3)

Dans ce passage, Jésus est distingué des autres prophètes par l’appellation « LE FILS », ceci nous fait bien comprendre que l’appellation de « fils de Dieu » attribuée aux croyants obtenue par la foi, n’est pas à confondre avec le titre de « fils de Dieu » attribué à Jésus.

Par ailleurs notons que dans ce passage, Jésus est dit être l’Héritier de toutes choses. Seulement qui est l’Héritier de toutes choses si ce n’est Dieu ? Et les enfants de Dieu (aussi appelé « fils de Dieu ») ne sont, eux, que « co-héritiers » (Ep 3 :6).

 

Les musulmans ne devraient pas avoir de problème avec cette dernière affirmation, puisque selon le Coran, l’Héritier de toutes choses, n’est autre qu’Allah :
Et c’est bien Nous qui donnons la vie et donnons la mort, et c’est Nous qui sommes l’HERITIER [de tout]. (Sourate 15:24)

C’est Nous, en vérité, qui HERITERONS la terre et TOUT ce qui s’y trouve, et c’est à Nous qu’ils seront ramenés. (Sourate 19:40)

Ainsi le Coran déclare que Dieu est l’Héritier de toutes choses, et la Bible indique que l’Héritier de toutes choses, c’est Jésus. Par conséquent, ceci signifie pour le musulman, que Jésus est réellement Dieu selon la Bible.

 

Ceci n’est qu’un exemple ! En effet, une étude minutieuse des titres et des qualificatifs donnés à Jésus dans la Bible montre rapidement que Jésus a les attributs de Dieu, mais aussi ceux octroyés à Allah par le Coran… Jésus est donc bien Dieu !


Notes :

[1] Voir « Preuve par le Coran de l’invariabilité de la Bible »

[2] Voir « Muhammad est-il un successeur de Jésus »

[3] Voir « Mahomet ou Muhammad »

L’hérésie des petits dieux

La déification de l’homme est enseignée par « la nouvelle naissance » dans plusieurs églises. Ce nouvel enseignement est appelé la doctrine « des petits dieux »[1]. Certains prédicateurs des U.S.A. très influents tels que Earl Paulk[2], Paul Crouch[3], Charles Capps[4], Robert Tilton[5], Kenneth Copeland[6], Kenneth Hagin[7] sont parmi les leaders enseignant cette fausse doctrine ; d’autres enseignants canadiens ou français comme Michel Allard reprennent cette fausse doctrine pour la propager dans les milieux francophones.

 

L’un d’entre eux, Kenneth Copeland, déclare que « nous n’avons pas un dieu en nous, mais que nous en sommes un nous-mêmes »[8], et que « Jésus n’est plus le seul Fils engendré de Dieu »[9].

 

Kenneth Hagin écrit : « le chrétien est appelé Christ, et c’est ce que nous sommes, nous sommes Christ »[10]. « Le chrétien est autant une incarnation de Dieu que Jésus de Nazareth »[11]. « Il y a une réelle incarnation dans la nouvelle naissance »[12].

 

De telles déclarations se passent de commentaires. De nombreuses sectes, anciennes et récentes, propagent de telles hérésies. Il est à noter par contre que la Bible ne parle jamais du chrétien comme étant « une incarnation » de Dieu (croyance en la divinité de l’homme acquise par la nouvelle naissance), sauf si nous tordons le sens des textes. Elle enseigne plutôt qu’à sa conversion, son corps devient le temple du Saint-Esprit et que l’Esprit de Dieu habite en lui (1 Co 6 : 19), mais il n’est pas devenu « un petit dieu » lui-même. Bien que nous soyons appelés « fils de Dieu » (Ga 4 : 5 à 8), nous ne le sommes pas par nature mais par adoption.

 

Seul Jésus-Christ, deuxième personne de la trinité, a la nature de Dieu et cela de manière intrinsèque et exclusive (Ph 2 : 6 ; Jn 1 : 1 ; Ga 4 : 8). Dans le pas­sage qui suit, l’apôtre Jean confirme cette vérité et ne manque pas de nous mettre en garde contre l’idolâtrie : « Nous sommes dans le véritable en son Fils Jésus-Christ. C’est Lui qui est le Dieu véritable et la vie éternelle. Petits enfants, gardez-vous des idoles » (1 Jn 5 : 20 et 21). Jésus est le Fils unique et éternel de Dieu dont l’origine et la divinité ont toujours existé et n’ont jamais eu de com­mencement (Jn 8 : 58 ; Rm 9 : 5).

 

Dieu est infiniment supérieur à l’homme. Il est le Créateur des cieux et de la terre. L’homme est et restera toujours « une créature ». Croire que l’homme peut se comparer au Dieu omniscient, omniprésent et omnipotent est le comble même de l’arrogance.

 

Aucun texte biblique ne nous permet de dire que « les rachetés » sont ou seront un jour des dieux. Au contraire, l’Ancien, aussi bien que le Nouveau Testament, nous avertissent qu’il s’agit d’une idolâtrie, d’un blasphème (Ex 20 : 3 ; Dt 32 : 21 ; Es 43 : 10 ; Ga 4 : 8 ; 5 : 19 ; 1 Pi 4 : 3). Ceux qui s’accrochent à la doctrine des « petits dieux » épousent donc une croyance païenne polythéiste condamnable, alors que la position biblique est monothéiste (un seul Dieu en trois personnes).

 

Souvenons-nous de ce qui est arrivé à Hérode Agrippa lorsque le peuple s’écria à son sujet : « Voix d’un dieu et non d’un homme ! Au même instant, un ange du Seigneur le frappa parce qu’il n’avait pas donné gloire à Dieu. Et il expira[13], rongé de vers » (Ac 12 : 21 à 23). Quel solennel avertissement pour tous les hommes : les conséquences de tels pensées ou agissements sont tragiques ! La Parole de Dieu déclare formellement : « Je suis l’Eternel, c’est là mon nom, et je ne donnerai pas ma gloire à un homme, ni mon honneur aux idoles » (Es 42 : 8). « Il n’y a point d’autre Dieu que moi, je suis le seul Dieu juste et qui sauve… Car je suis Dieu et il n’y en a point d’autre » (Es 45 : 21 et 22).

 

Cette déification de l’homme n’est en aucune manière anodine, car elle pré­pare le monde à adorer un jour l’Antichrist (Ap 13 : 3 et 4). Voilà une indication qui montre que notre génération pourrait bien être la dernière des temps de la fin.


Notes :

[1] Le terme originel est en anglais : little gods.

[2] Earl Pearly Paulk est un pasteur américain né en 1927. Entre autres, il dit ouvertement : « Je sais ce que la Bible enseigne sur la sorcellerie, les séances, les esprits familiers mais pour chaque contrefaçon, il y a la réalité. » pour se justifier « de communiquer avec les morts ». Mais il n’y a pas que lui : Des hommes tels que Kenneth Copeland, Rodney Howard-Browne, utilisent la contrefaçon pour essayer de trouver ce qui est vrai. Ils parlent aux morts comme s’ils étaient « la nuée de témoins », sortant ce verset hors contexte pour lui faire dire que l’on peut parler avec les morts. Ceci est une abomination aux yeux de Dieu. Il a surtout été connu en étant l’un des premiers à associer la danse et les arts dramatiques à l’annonce de la Parole de Dieu et à la vie d’église. Il a eu de nombreux démêlés avec la justice en raison de mœurs sexuelles dépravées.

[3] Paul Franklin Crouch, né en 1934 d’un père missionnaire pentecôtiste,  est le co-fondateur de la chaîne télévisée chrétienne la plus répandue dans le monde. Il a plusieurs démêlés avec la justice en raison de mœurs sexuelles dépravées.

[4] Charles Capps était agriculteur avant d’entrer dans le ministère de prédicateur adepte de la confession positive

[5] Robert Tilton, américain né en 1946, est un télé-évangéliste renommé outre Atlantique. Il a plusieurs démêlés avec la justice pour fraude fiscale, exploitation de personnes vulnérables, extorsions de fond (il dit souvent avoir des Paroles de Dieu disant que untel doit lui donner la somme de 5 000 ou 10 000 dollars)…

[6] Kenneth Copeland, né en 1936, est un auteur, télé-évangéliste, prédicateur américain initiateur de plusieurs hérésies : la confession positive (voir « 62 1 Jn 001-009 001 L’hérésie de la confession positive »), avoir foi dans sa propre foi.

[7] Kenneth Erwin Hagin (1917 – 2003) a été un prédicateur pentecôtiste américain très influent dans différents mouvements chrétiens. Il est un adepte fervent de quasiment toutes les hérésies : la confession positive, avoir foi dans sa propre foi, le mouvement de la foi, le fait de tomber dans l’esprit… et un enseignement hérétique sur la mort de Jésus, l’évangile de la réussite, un chrétien ne peut être malade, sachant que sa femme et lui-même ont subit de la chimiothérapie et des opérations chirurgicales…

[8] Kenneth Copeland, The Force of Love (La force de l’Amour). Cassette BBC-56.

[9] Kermeth Copeland, Now we are in Christ Jesus (Maintenant nous sommes en Christ Jésus),  édition Fort Worth, p. 24.

[10] Kenneth Hagin, Zoe, The God Kind of Life p. 35, 36 et 41.

[11] Kenneth Hagin, The virgin Birth, Word of Faith. Dec. 1977

[12] Kenneth Hagin, Zoe, p. 42

[13] Attention la traduction de ce verset tend à faire penser que Agrippa expira, mourut. Mais il n’expira pas dans le théâtre où il venait de prononcer son discours. C’est encore vivant, précise Luc, qu’il sombra dans l’inconscience. En effet, le terme grec ekqucw  ekpsucho signifie s’évanouir, perdre le souffle. Voir « 44 Ac 005-002 001 La mort d’Ananias et de Saphira »

Hérésie de la « déification » de l’homme

Une hérésie propagée par des mouvements comme celui du mouvement de la foi est que l’homme, une fois né de nouveau, devient « un petit dieu ». Cette fausse doctrine part de la supposition que Jésus aurait retrouvé sa divinité au moment de sa nouvelle naissance en enfer. Paul Crouch[1], un des propagateurs du « message de la foi » et directeur d’une des plus importantes émissions de télévision chrétienne aux U.S.A. (appe­lée TBN), a déclaré en parlant de Jésus, qu’il aurait vaincu Satan en enfer. Et c’est au moment où Jésus est né de nouveau en enfer que sa divinité lui a été ren­due.[2] Bien sûr, lorsqu’il affirme que Jésus a retrouvé sa divinité, il suppose qu’à un certain moment donné, il l’avait perdue. Mais une telle assertion est totalement anti-biblique (Phil.2:6; Héb. 13:8).

 

De la même façon que Jésus aurait retrouvé sa divinité après sa nouvelle nais­sance en enfer, le chrétien lui, d’après ces prédicateurs de la foi, deviendrait « une incarnation de Dieu », c’est-à-dire « un petit dieu », au moment de sa nou­velle naissance. Kenneth Hagin déclare encore ceci : « Chaque personne née de nouveau est une incarnation et le christianisme est un miracle. Le chrétien est une incarnation comme l’était Jésus de Nazareth ».[3] Earl Paulk, Charles Capps, Robert Tilton, Kenneth Copeland, Kenneth Hagin, Benny Hinn, Michel Alard et d’autres lea­ders de ce mouvement propagent cette fausse doctrine de « la déification de l’homme ».

 

Earl Paulk, un leader charismatique, écrit : « Adam et Eve furent placés dans ce monde comme la semence et l’expression de Dieu. Comme les chiens ont des chiots et les chats des chatons, Dieu a des petits dieux. Mais nous avons de la peine à saisir cette vérité. Tant que nous ne saisirons pas que nous sommes de petits dieux et que nous avons à agir comme des petits dieux, nous ne pouvons manifester le Royaume de Dieu ».[4]

 

Kenneth Copeland nous informe que ce n’est pas un dieu que nous avons en nous, mais que nous sommes un dieu.[5] Au cours d’une de ses conférences, il donna à son auditoire la leçon suivante : « Quand je lis dans la Bible un passage où Jésus dit : « Je suis », à mon tour, je répète aussi « je suis ». Quand l’actrice bien connue aux U.S.A., Shirley MacClain, une adepte du « Nouvel Age », a répété les propos de son maître spirituel en disant : « Je suis dieu » (ce qui signifie « je suis »), les chrétiens sont outrés, mais quand un prédicateur le déclare, personne ne bronche. Pourquoi deux poids, deux mesures ? »[6]

 

Benny Hinn croit aussi que lorsqu’une personne est née de nouveau et que le Saint-Esprit vient habiter dans son esprit, cette personne devient alors un dieu, littéralement « un dieu-homme ». Voici ce qu’il déclare : « Son Esprit et notre esprit sont un, unis et il n’y a pas de séparation. La nouvelle création est créée selon Dieu, dans la justice et la sainteté. Le nouvel homme est comme Dieu, complet en Jésus-Christ. Puis-je vous dire ceci ? Vous êtes un petit dieu sur cette terre. Répétez-le après moi : « En moi habite un dieu-homme ». Dites-le encore : « En moi habite un dieu-homme » (l’auditoire répète). Maintenant, dites-le enco­re mieux ; cette fois, dites : « Je suis un dieu-homme…. l’Esprit de l’homme en moi est un dieu-homme… Je suis un dieu-homme né du ciel. Je suis un dieu-homme. Je suis une représentation de Jésus. Je suis un super-homme ».[7] Quel blasphème !

 

Les chrétiens critiquent, très justement d’ailleurs, les Mormons, la Science chrétienne et les religions orientales parce qu’ils divinisent l’homme. Et pour­tant, un nombre grandissant de chrétiens, à cause d’un manque de connaissances bibliques considérable, acceptent maintenant cette hérésie de la déification de l’homme, sans se poser de questions.

 

Nulle part dans la Parole de Dieu, il est écrit que l’homme deviendra un dieu. En fait, la seule personne dans les Ecritures à insinuer que la « déification » de l’homme était possible fut Satan lui-même, le père du mensonge, lorsqu’il déclare à Eve : « Vous serez comme des dieux » (Gn 3 : 5). Dans ces temps de la fin, le premier mensonge enregistré dans les Ecritures refait surface. En vérité, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Et la conséquence pour ceux qui croient ce mensonge est toujours la même : la séparation éternelle d’avec Dieu. Contrairement à la théologie de la foi , la Bible enseigne que chaque chrétien est habité par l’Esprit de Dieu. Cependant, une personne née de nouveau ne perd pas son identité lors de sa régénération spirituelle. Dans Galates 2 : 20, l’apôtre Paul parle bien de Christ vivant en lui, mais il ne perd pas sa personnalité, puis­qu’il dit : « Si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu ».

 

La Bible dit : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature, les choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles » (2 Co 5 : 17). Le chrétien est bien « une nouvelle créature en Christ », mais l’accent dans ce verset est sur Christ. La créature demeure toujours une créature. « Le nouvel homme » qui a été créé en Jésus-Christ (Ep 2 : 10) reste toujours un homme. L’exhortation de l’apôtre Paul à se « dépouiller du vieil homme » (Ep 4 : 22) et à « se revêtir de l’homme nouveau » (Ep 4 : 24) fait clairement res­sortir la nature humaine.

 

Nous devons constamment nous rappeler que l’incarnation de Jésus le Fils de Dieu était unique. Appliquer cette « incarnation » au chrétien né de nouveau est un blasphème. Banalisé le miracle de l’incarnation de Jésus, c’est complètement dévalorisé la personne et l’œuvre unique de notre Sauveur. Le concept de l’in­carnation n’a de sens que lorsqu’une personne a existé avant d’avoir eu un corps physique. La Bible affirme clairement que Jésus-Christ a préexisté (Jn 1 : 1 ; 8 : 58 ; 17 : 5). Par contre, nulle part dans la Parole de Dieu, nous trouvons le concept de la préexistence humaine. En fait, elle demeure un concept des sectes telles que le Mormonisme et l’hindouisme, par exemple. Ce n’est pas parce que le Père et le Fils habitent le chrétien par le Saint-Esprit (Jn 14 : 17-23) que la Bible approuve le concept de l’incarnation du chrétien.

 

Nous sommes, en tant que chrétiens nés de nouveau, en communion avec la Trinité. Nous sommes cohéritiers avec Christ (Jn 17 : 11-26 ; Rm 8 : 17) éter­nellement soumis comme Il est lui-même soumis au Père par amour et volon­tairement (1 Co 15 : 28). L’Eglise ne s’appartient pas à elle-même ; elle a été rachetée par le sacrifice du calvaire. Notre identité de chrétien est plus grande que n’importe quel concept de « divinité ». Nous sommes les héritiers de l’éter­nité, porteurs d’un don et d’un trésor inestimables. Ne dilapidons pas cet hérita­ge, ne le diluons pas non plus avec une doctrine pervertie. Le prix en est trop grand. Nous sommes des enfants de Dieu (Jn 1 : 12) par adoption (Ga 4 : 4 à 6), et non des « petits dieux ». « Voyez quel amour le Père nous a témoigné pour que nous soyons appelés enfants de Dieu ! Et nous le sommes » (1 Jn 3 : 1).


Notes :

[1] Paul Franklin Crouch, né en 1934 d’un père missionnaire pentecôtiste,  est le co-fondateur de la chaîne télévisée chrétienne la plus répandue dans le monde. Il a plusieurs démêlés avec la justice en raison de mœurs sexuelles dépravées.

[2] Paul Crouch, Praise-A-Thon, Programme sur TBN, le 6 novembre 1990 ; Praise the Lord, le 7 Juillet 1986

[3] K. Hagin, The Incarnation, the Word of Faith (L’Incarnation, le mot de la Foi), Décembre 1990

[4] Earl Paulk, The Agony of Deceit (L’agonie de la duperie), p. 90

[5] Earl Paulk, The Agony of Deceit (L’agonie de la duperie), p. 92

[6] Earl Paulk, The Agony of Deceit (L’agonie de la duperie), p. 115

[7] The Confusing World of Benny Hinn (Le monde “embrouillant” de Benny Hinn), p. 12 et 13

Hérésie : en enfer, Jésus serait « né de nouveau »

Etroitement liée à l’hérésie selon laquelle Jésus serait allé en enfer après la croix, nous en trouvons une autre, affirmant que Jésus, après avoir souffert trois jours et trois nuits entre les mains du diable, serait né de nouveau en enfer. Et c’est en naissant de nouveau qu’il aurait retrou­vé sa divinité. De même, nous aussi, par la nouvelle naissance, nous devien­drions non seulement des enfants de Dieu, mais aussi des petits dieux.

 

Il est donc faux de déclarer que notre salut a été accompli en enfer et non sur la croix, et que c’est là que les puissances des ténèbres ont été brisées pour nous libérer. Kenneth Hagin dit ceci : « Jésus a goûté la mort spirituelle pour chacun d’entre nous. Son esprit est allé en enfer à ma place. Ne comprenez-vous pas cela ? Sa mort physique ne peut ôter votre péché ».[1]

 

Kenneth Copeland qui exerce une influence prépondérante dans ce mouvement, dit encore ceci :

« Quand Jésus s’écria « Tout est accompli », il ne parlait pas du plan de rédemp­tion. Il lui restait encore trois jours et trois nuits de souffrance en enfer avant qu’il ne puisse monter vers le trône… La mort de Jésus sur la croix n’était que le commencement de son oeuvre rédemptrice ».[2] C’est seulement après trois jours et trois nuits de souffrance en enfer entre les mains du diable que Jésus serait né de nouveau. Et Kenneth Copeland ajoute : « La voix de Dieu s’est faite entendre en enfer et subitement l’esprit de Jésus qui était déformé et mort est revenu à la vie. Et c’est là que devant le diable, il est littéralement né de nou­veau et devenu « le premier-né d’entre les morts ». »[3]

 

Kenneth Hagin était l’un des premiers a répandre le mythe que Jésus était la première personne à naître de nouveau.[4] Un autre leader de ce mouvement, Charles Capps. nous dit également que Jésus est né de nouveau en enfer. Il es le premier-né à être engendré d’entre les morts. C’est lui qui a commencé la pre­mière Eglise en enfer. L’Eglise est née au moment où Jésus est né de nouveau en enfer.[5]

 

Ecoutons aussi ce que Benny Hinn dit sur « la révélation » qu’il aurait reçue au sujet de la nouvelle naissance de Jésus en enfer. A l’occasion d’une réunion, il déclara ceci : « Le Saint-Esprit est sur moi et me révèle certaines choses. Il a été (parlant de Jésus) engendré en enfer. Savez-vous ce que le mot engendré signifie ? Il veut dire « naître de nouveau ». Et vous, avez-vous été engendré ? Lui l’a été aussi. Que personne ne vous trompe, Jésus est né de nouveau. Vous vous dites peut-être : de quoi nous parle-t-il ? Il fallait que Jésus naisse de nouveau. S’il n’était pas né de nouveau, il me serait impossible de naître de nouveau aujourd’hui ».[6] Après avoir déclaré que le Saint-Esprit lui montrait ces choses, Benny Hinn affirma : « Je vous dis la vérité ». Puis il exhorta l’auditoire à ne lais­ser personne le séduire quant à la réalité de la doctrine biblique de Jésus né de nouveau. Quel aveuglement ! Quelle hérésie !


Notes :

[1] K. Hagin, How Jesus Obtained His Name (Comment Jésus obtint son nom), Cassette 44 01 ; Made alive (Fait vivant), 15.4.82, p. 3

[2] K. Copeland, Jesus Our Lord of Glory (Jésus notre Seigneur de Gloire), BVV, Avril 82, p. 3

[3] K. Copeland, The Price of It All (Tout le prix), BVV, Septembre 91, p. 4 à 6

[4] K. Hagin, The Name of Jesus (Le nom de Jésus), p. 29

[5] Charles Capps, Authority in Three Words (L’Autorité en trois mots), p. 212 et 213

[6] Benny Hinn, Our Position in Christ (Notre position en Christ), cassette vidéo, TV 254

Hérésie : après la croix, Jésus serait allé en enfer

Selon la doctrine de certains mouvements, non seulement Jésus serait mort spirituellement sur la croix, mais après la croix, il serait encore allé en « enfer » pour y souffrir entre les mains du diable. Est-ce vrai ? Que s’est-il donc passé après la mort de Jésus ? Où est-il allé ? Notons d’emblée que Jésus s’est écrié sur la croix : « Père, je remets mon esprit entre tes mains » (Lc 23 : 46; Jn 19 : 29-30). Sur la croix, il n’a pas remis son esprit entre les mains du diable, bien au contraire, c’est là qu’Il l’a définitivement vaincu. L’apôtre Paul parle de ce grand triomphe en ces termes : « Jésus a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix » (Col 2 : 15).

 

Où donc Jésus est-il allé après sa mort ? Il répond lui-même à cette question en déclarant au brigand sur la croix : « Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis » (Lc 23 : 43). Jésus est donc allé au Paradis. Où était ce lieu ? Le nouveau dictionnaire biblique nous donne les explications suivantes :

 

« A l’époque précédant la première venue du Christ, les juifs en étaient venus à distinguer dans le séjour des morts deux parties, l’une réservée aux impies, tour­mentés dès leur départ d’ici-bas, l’autre réservée aux bienheureux et appelée « paradis » ou « sein d’Abraham ». Jésus lui-même emploie ces expressions et donne des précisions remarquables sur le séjour des morts (Lc 16 : 19-31). Quand Jésus a dit au brigand repentant : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis » (Lc 23 : 43), il voulait dire dans le séjour des morts bienheureux. En effet, c’est là que Jésus est descendu au moment de sa mort (Ep 4 : 9 ; Ac 2 : 27, 31), de sorte que le jour de Pâques, il pouvait dire à Marie de Magdala : « Je ne suis pas encore monté vers mon Père» (Jn 20 : 17).

 

Avant la mort et la résurrection de Jésus, les âmes des justes allaient dans le séjour des morts (lwav  ou  lav Shéol en hébreu et Adhv Hadès en grec) avec les méchants qui eux allaient dans un autre compartiment. Ces deux compartiments étaient séparés par un grand abîme, afin que ceux qui voulaient aller d’un lieu à un autre ne puissent le faire (Lc 16 : 26).

 

Après sa mort sur la croix, Jésus est allé au paradis, c’est-à-dire dans la pre­mière partie du séjour des morts destiné aux âmes des justes bienheureux, et non dans la seconde partie, lieu réservé aux impies.

 

Le nouveau dictionnaire biblique nous décrit encore le grand changement qui s’est produit par la descente du Christ dans le séjour des morts bienheureux. Selon la prophétie, le Seigneur n’y fut pas abandonné (Ps 16 : 8-11) car il était impossible qu’il fut retenu par les liens de la mort (Ac 2 : 24). Sorti du tom­beau, étant monté en haut, il a emmené des captifs et il a fait des dons aux hommes (Ep 4 : 8-10). Les commentateurs pensent que lors de sa glorification, Christ a libéré du Shéol les morts justes et les a emmenés avec Lui dans le ciel. Depuis ce moment-là, tous ceux qui meurent dans la foi, au lieu de descendre dans le séjour des morts, s’en vont directement auprès du Seigneur. C’est ainsi que Paul a pu déclarer qu’il préférait s’en aller, pour être avec Christ (Phi 1 : 21-24), et que nous aussi, nous aimons mieux quitter ce corps et demeurer auprès du Seigneur (2 Co 5 : 6-8).

 

Le séjour des morts, n’étant que provisoire, cessera d’exister au moment du jugement dernier ; il sera alors jeté dans l’étang de feu avec tous ceux qu’il contient et déversé dans l’enfer éternel qui commencera (Ap 20 : 13-14). C’est là qu’intervient le feu éternel, le lieu du châtiment éternel que la Bible appelle la géhenne. Toujours selon le nouveau dictionnaire biblique, la géhenne tire son nom de l’hébreu Géhinnom, vallée de Ben Hinnom (Mt 5 : 22, 29-30, 10 : 28 ; 18 : 9 ; 23 : 15, 33 ; Mc 9 : 47 ; Lc 12 : 5 ; Jc 3 : 6). A cet endroit tout proche de Jérusalem, on avait brûlé des enfants en l’honneur de Moloc. En raison des crimes qui s’y commirent (Jr 32 : 35), de sa profanation par le roi Josias (2 Rs 23 : 10), et à cause des immondices qu’on y brûlait jour et nuit, ce lieu devint symbole de péché, d’af­fliction ; son nom finit par désigner un lieu d’éternel châtiment (Mt 18 : 8-9 ; Mc 9 : 43). La géhenne est donc plus proche de l’enfer définitif que du séjour des morts provisoire décrit ci-dessus. (Mt 5 : 22 ; 13 : 42 ; Mc 9 : 48)

 

En conclusion, nous pouvons affirmer selon la Parole de Dieu que Jésus, après sa mort sur la croix, est allé dans le séjour des morts (première partie des bienheureux), mais jamais, comme on l’affirme dans ces mouvements, en l’en­fer, pour souffrir comme pécheur entre les mains du diable.

 

Non, Jésus n’est pas mort spirituellement sur la croix. Il n’a pas été en enfer dans le lieu de tourment, et n’a jamais été soumis au pouvoir de Satan. Il a été le sacrifice parfait, et « il s’est livré lui-même à Dieu pour nous, comme une offrande et un sacrifice de bonne odeur » (Ep 5 : 2). Il est mort physiquement et non spirituellement. Il a vaincu Satan sur la croix et non en enfer (Col 2 : 15).

Leurs révélations équivalent aux Ecritures

Il n’est bien sûr pas question de mettre en doute la sincérité de ceux qui ensei­gnent ce message de la «confession positive», mais cela ne justifie en rien leurs erreurs. En examinant les racines de genre de mouvement, nous y trouvons une conception «gnostique» très dangereuse.

 

Le pasteur Albert Dager nous donne l’explication du «gnosticisme» de ces prédicateurs qui est de prétendre avoir une connaissance supérieure des Ecritures et cachée à beaucoup de chrétiens. Eux, par contre, en auraient reçu la révélation secrète. C’est ce qu’ils appellent, dans leur théologie, « Revelation Knowledge » (trad. connaissance révélée). Ils estiment donc faire partie d’une élite d’initiés et de médiateurs. En enseignant que les chrétiens ne peuvent rece­voir cette connaissance révélée qu’au travers d’eux, ils deviennent des média­teurs entre Dieu et son peuple. De plus, cette connaissance secrète leur donne­rait un pouvoir spécifique et une autorité sur les autres. Ils conduisent ainsi les chrétiens qui les suivent dans la dépendance de leur ministère et sous leur domi­nation.[1]

 

Cette conception d’une « élite spirituelle » séparée « des laïques » a été, nous le savons, fermement combattue par Martin Luther et les Réformateurs. Cette nou­velle théologie du « mouvement de la foi » renverse donc le message de la Réforme, déclarant qu’il n’existe pas deux classes de chrétiens aux yeux du Seigneur (clergé et laïques), mais que nous avons tous accès au trône de Dieu, étant tous devenus ses sacrificateurs par le sacrifice sanglant de Jésus-Christ à la croix (Ap.1:5-6).

 

Ce mouvement commet aussi une autre erreur, celle de faire abstraction de notre raisonnement. La Bible ne justifie d’aucune façon cette conception. Logiquement inséparables, la pensée de l’homme est tout autant un instrument de révélation que son esprit. Jésus n’a-t-il pas commandé à ses disciples: « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée »(Mat.22:37). L’apôtre Pierre encourageait les chrétiens à ceindre les reins de leur entendement (1 Pierre 1:13). L’apôtre Paul exhortait lui aussi, les Ephésiens à ne pas être sans intelligence, mais à comprendre quelle est la volon­té de Dieu (Eph.5:17).

 

Le raisonnement n’est pas un ennemi de la foi, comme ils le disent, et Dieu n’est pas un être irrationnel. Il est la source de toute connaissance et intelligen­ce et Il invite lui-même les hommes à raisonner avec Lui. L’apôtre Paul avait l’habitude de raison­ner et d’expliquer les Ecritures aux Juifs (Act.17:2-3). Cette conception d’une théologie de la foi ennemie de la raison ne peut être justifiée par des références bibliques. Le christianisme peut dépasser la raison, mais il ne la rejette pas.

 

N’oublions pas que le rejet du raisonnement est aussi une pratique des sectes. Notre intelligence est toujours appelée à examiner un enseignement, quel qu’il soit, et à le juger pour voir s’il est en accord avec les Ecritures.


Note :

[1] Dan McConnell, A Different Gospel (traduction en français : Un Evangile Différent), p. 137

Le mouvement de la foi

Un mouvement qui exerce une grande influence dans différentes églises depuis de nombreuses d’années, est celui du pasteur Kenneth Hagin des U.S.A. Il est communément appelé «le mouvement de la foi», «la confession positive», «parole de foi», «l’évangile de prospérité», «rhéma» ou «zoé», etc. Tout au long de cette étude, nous allons nous servir de ces diverses appellations.

 

Kenneth Hagin, fondateur de ce mouvement, a aussi influencé beaucoup d’autres pasteurs bien connus aux U.S.A. et dans le monde, dont Kenneth Copeland, Fred Price, Charles Capps, Benny Hinn, Jerry Savelle, etc., qui sont devenus, avec lui, les propagateurs de son message. L’influence de leur abon­dante littérature est considérable dans le monde entier. Leur enseignement pénètre tout particulièrement dans les milieux charismatiques, mais aussi indi­rectement dans beaucoup d’autres communautés chrétiennes.

 

Ils enseignent que chaque chrétien peut posséder une santé parfaite et jouir d’une prospérité financière constante. S’appuyant sur cette hypothèse, ils encou­ragent leurs disciples à confesser qu’il possède toute ces choses « par la foi » et qu’il n’ont pas besoin de se soucier de la situation dans laquelle il se trouve. C’est ainsi que, par exemple, un chrétien se doit d’affirmer par la foi que son cancer a disparu, même si celui-ci est encore visible et constaté par le médecin.

 

L’essence même de cette doctrine consiste à avoir la conviction de posséder ce que l’on a confessé. Une telle déclaration est surprenante, mais on ne se pose pas la question de savoir si elle est en harmonie avec les Ecritures. Elle a égale­ment comme arrière-pensée la supposition prétentieuse que la parole d’un chré­tien a la même puissance créatrice que la Parole de Dieu. Selon cette conception, « sa confession de foi » correspondrait à la mise en action de « certaines lois divines ». Ses pensées et ses paroles produiraient donc une « force divine » capable de lui apporter guérison, santé et succès.

 

Kenneth Copeland enseigne que « ce sont les forces du monde spirituel qui créent nos circonstances environnantes et que celles-ci sont contrôlées par les paroles de notre bouche »[1]. Il dit encore : « Rien n’est trop grand ou trop puis­sant sur cette terre que la langue ne puisse contrôler… Vous pouvez même contrôler Satan en apprenant à contrôler votre propre langue »[2]. Selon ces pré­dicateurs « Dieu répond, et accomplit ce que nous commandons, si nous confes­sons nos besoins et nos désirs de manière positive et avec foi ».[3]


Notes :

[1] Kenneth Hagin, Words, p.21

[2] Kenneth Hagin, Having Faith in your Faith (traduction en français : Ayez Foi en votre Foi), p. 4 et 5

[3] Dan McConnell, A Different Gospel (traduction en français : Un Evangile Différent), p. 135

Hérésies au sujet du sacrifice expiatoire de Jésus

Les responsables de mouvements, tels que la confession positive, possèdent non seulement une faus­se conception de la foi, mais encore ils falsifient le message de la croix, et des souffrances expiatoires de Jésus. Beaucoup de chrétiens, actuellement en faveur de ces mouvements, ignorent complètement cela. D’autres en minimisent l’importance, n’ayant pas saisi eux-mêmes la gravité de ces hérésies et la portée de ses conséquences. De nos jours, un grand nombre d’églises sont contaminées par ces fausses doctrines sans même le savoir.

 

Quelles sont donc les principales caractéristiques de leur doctrine concernant le sacrifice expiatoire de Jésus auxquelles ils sont si attachés ? Elle peuvent se résumer, en grandes lignes, par les idées suivantes :

 

  • Jésus n’a pas seulement porté nos péchés sur la croix, mais il est « deve­nu pécheur ». En mourant, il a pris sur lui la nature même de Satan, devenant ainsi un avec lui. C’est alors que Jésus est « mort spirituellement » ,et à partir de ce moment-là, il a cessé d’être Dieu. Il est devenu un homme mortel perdu, qui s’est écrié : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »[1]

 

  • Jésus fut alors emmené en enfer où il a été lié par les chaînes du péché, de la méchanceté, de la maladie et de toutes les oeuvres du diable. Satan s’est alors écrié : « Nous avons triomphé du Fils de Dieu ». Puis une célébration s’en est suivie en enfer. Il a alors cru qu’il avait enfin triomphé de Dieu.[2]

 

  • Jésus a par conséquent souffert une agonie au-delà de toute description en enfer. Pendant trois jours, toutes les cohortes de Satan se sont liguées contre lui. Puis soudainement, Jésus fut justifié. De son trône céleste, le Dieu Tout-Puissant s’est alors écrié d’une très forte voix : « C’est fini, c’est assez ». Maintenant le prix est payé. Jésus est né de nouveau en enfer et est redevenu vivant spirituellement.[3]

 

  • C’est ainsi que Jésus a brisé les chaînes du péché, de la maladie et du mal. L’enfer en a été ébranlé. Jésus s’est alors dirigé vers le diable, l’a saisi et jeté à terre. Comme Satan se faisait tout petit et qu’il tremblait sur le sol, Jésus a alors mis son pied sur lui et lui a arraché les clefs de la mort, de l’enfer et du séjour des morts.

 

  • C’est à ce moment-là que le Saint-Esprit a ouvert les portes de l’enfer et ressuscité Jésus d’entre les morts. Il est alors monté vers son Père, en lui annon­çant : « J’ai payé le prix. La prison est maintenant ouverte ».[4] C’est en tant qu’homme né de nouveau en enfer que Jésus a vaincu Satan. Jésus est donc le premier-né d’entre les morts. Il a commencé l’Eglise en enfer. L’Eglise a donc débuté, au moment où Jésus est né de nouveau en enfer.[5]

 

En lisant un tel exposé, nous nous posons immédiatement la question : mais où ont-ils trouvé tout cela ? En comparant « leurs révélations » avec la Parole de Dieu, nous sommes obligés de constater qu’une telle doctrine de la croix n’exis­te tout simplement pas dans les Ecritures. C’est de la pure fiction. C’est une doc­trine pernicieuse qui anéantit l’œuvre parfaite de Jésus-Christ accomplie sur la croix. En effet leur com­préhension du sacrifice expiatoire de Jésus est totalement faussée et dénaturée. « Un autre Jésus » et « un autre message de la croix » sont prêchés sous le prétex­te d’une compréhension plus profonde de ce qui s’est réellement passé entre la croix et le trône. Le tableau que les Ecritures nous offrent sur la rédemption accomplie par Christ sur la croix est infiniment plus glorieux et majestueux que la fiction présentée par Kenyon, Hagin, Copeland et leurs collaborateurs.


Notes :

[1] Kenneth Hagin, The Name of Jesus (Le Nom de Jésus), p. 32

[2] K Copeland, Believers’ Voice of Victory (La voix des croyants de la victoire), Septembre 91, p. 3 à 4 et 8

[3] E.W. Kenyon, What Happened (Ce qui arriva), p. 64

[4] K. Copeland, The Price of it All (Tout le prix), BVV, 19.9.91, p. 4 à 6

[5] Charles Capps, Authority in Three Words (L’Autorité en trios mots), 1982, p. 212 et 213