Lien vers le fichier PDF : Noël, le Père Noël, le sapin (DIAPORAMA)
Auteur : theonoptie
Sa mort fut une véritable prédication
C’était une visite de routine qui amena Stephan Schmidt, pasteur d’une paroisse de campagne de l’Allemagne du Sud, à l’hôpital. Là se trouvait couchée sur son lit de mort, une dame de sa paroisse, âgée de 87 ans, désirant lui parler encore une dernière fois. Elle remercia son pasteur pour ses prédications au travers desquelles elle avait connu la vérité sur Dieu.
Elle le remercia également, parce que trois ans auparavant, elle avait ainsi pris la décision de confier sa vie à Jésus. » Je sais où mène le voyage « , dit-elle. Elle décéda trois jours après. Selon des témoins, elle mourut dans une paix totale, se réjouissant à la pensée de ce qui l’attendait au ciel. » Jésus, Jésus ! » furent les derniers mots que ses lèvres prononcèrent. Sa mort fut une véritable prédication pour toutes les personnes présentes, comme nous le rapporte le pasteur Schmidt.
Quelques jours plus tard, le téléphone sonna chez ce pasteur. L’un des médecins de la clinique s’annonça. Il lui dit : » Vous êtes bien le pasteur qui a encore parlé avec cette vieille dame, peu de temps avant qu’elle ne décède ? » Ce docteur n’avait encore jamais été témoin d’une mort aussi paisible. » Qu’avait donc cette femme que moi je n’ai pas ? « , demanda finalement le médecin. » Je peux vous le dire exactement « , répondit Schmidt, en invitant celui-ci à venir à une réunion dans son église. Lors de cette réunion, on pria aussi pour les malades. A sa grande surprise, le
médecin expérimenta une guérison physique dans son propre corps. La réunion qu’il venait de vivre, plus la guérison dont il venait de faire l¹expérience, ainsi que l’entretien personnel qu’il eut avec le pasteur, tout cela eut un grand impact sur sa vie.
Ce même soir, le pasteur accompagna le médecin à son domicile. Sur le chemin du retour, dans la voiture, le docteur exprima le désir de se convertir sur le champ à Jésus-Christ. Pour ce faire, il conduisit le véhicule jusqu’à la bande d’arrêt d’urgence d’une voie express, déclencha le signal de détresse et, avec le pasteur, ils se mirent à prier. C¹est alors qu’il accepta le pardon de Dieu et qu’une grande joie remplit son cœur.
A peine eurent-ils fini de prier qu’une patrouille de police s’arrêta derrière leur voiture. Les policiers contrôlèrent voiture et papiers. Lorsqu’ils leur demandèrent ce qu’ils faisaient là le soir, sur la bande d’arrêt d’urgence, la réponse fut spontanée : » Nous prions ! » Cela leur parut suspect. C’est pourquoi ils soumirent le pasteur et son passager à un test d’alcoolémie. Ce dernier fut également sans résultat. Au moment du départ le médecin, s¹adressant à l’un des policiers, lui dit : » Jeune homme, je vous souhaite de vivre un jour quelque chose d’aussi beau que ce que je viens de vivre ici ce soir ! »
Quelques jours plus tard, le téléphone sonna une nouvelle fois chez le pasteur Schmidt. Le policier qui l’avait contrôlé récemment, était à l’appareil, lui posant la question suivante : » Je voudrais savoir ce que ce médecin a que je n¹ai pas ? » – » Je peux vous le dire exactement « , répondit le pasteur en invitant promptement le policier à la prochaine réunion dans son église. Ce jeune policier y apparut accompagné cette fois de son amie.
» C’est quand même étonnant, déclare le pasteur, les heureuses répercussions que peut avoir la mort d¹une personne en paix avec Jésus-Christ et réconciliée avec Dieu « .
Pensée sur Mt 5 : 23 et 24 « Va d’abord te réconcilier avec ton frère »
Lien vers le fichier PDF : 40 Mt 05-24 Va d’abord te réconcilier avec ton frère
Alexandre le mauvais soldat
Il y avait dans l’armée d’Alexandre le Grand, le conquérant macédonien, un fort mauvais soldat. Il y en avait certainement d’autres, mais celui-là avait le tort de porter le même nom que son général. Il s’appelait Alexandre.
Un jour, excédé d’entendre parler de la mauvaise conduite du soldat Alexandre, le Général Alexandre fit comparaître le premier devant lui.
« Ecoute, lui dit-il, de deux choses l’une ou tu deviens un vaillant soldat, ou tu prends un autre nom que le mien ! »
A combien de chrétiens, le Seigneur pourrait dire très justement :
« Change de conduite ou ne t’appelle plus chrétien ! »
« Conduisez-vous d’une manière digne de l’Evangile du Christ… » Philippiens 1 : 27
Torturé, son bourreau se converti
J’étais médecin au 1st Cavalry[1] dans les montagnes du centre du Vietnam. J’y étais depuis huit mois lorsque nous fûmes pris dans un combat. J’étais sur le terrain en train de m’occuper d’un camarade blessé quand l’ennemi surgit derrière nous, et nous fûmes faits prisonniers.
Quand je suis parti au Vietnam, j’ai emporté un petit Nouveau Testament sur lequel j’avais inscrit mon nom et l’adresse de mes parents. Quand nous fûmes capturés, je le cachai et je pus ainsi le garder subrepticement avec moi en détention. Je restais prisonnier de guerre pendant quatre ans et pendant ce temps, j’ai été battu et parfois mis en isolement. Certains gardiens étaient plus hostiles que d’autres.
Trois d’entre nous s’évadèrent en utilisant une courroie de sandalette pour brûler les barres de bambou de notre fenêtre. Nous avons tout laissé derrière nous y compris mon Nouveau Testament. Nous avons réussi à quitter le pays, en nous déplaçant surtout de nuit. Nous sommes tombés sur nos troupes trois semaines plus tard et fûmes enfin sauvés.
Il y a environ deux ans, mes parents m’ont téléphoné pour me dire que j’avais reçu une lettre du Vietnam. A ma plus grande surprise, elle venait d’un des gardiens qui m’avaient torturé pendant ma détention. Il avait trouvé mon Nouveau Testament et l’avait gardé. Après la guerre, il s’était enfui en Thaïlande et après avoir lu le Nouveau Testament, il avait accepté Jésus comme son Sauveur personnel. Maintenant il servait le Seigneur auprès des Vietnamiens. Il déclarait qu’il venait à Miami et qu’il voulait prendre contact avec moi. Je lui répondis et lui donnai mon numéro de téléphone.
Quand il arriva en Floride avec sa femme, ils m’appelèrent. Nous nous sommes mis d’accord pour une rencontre. J’étais déjà dans la pièce lorsqu’il est arrivé. Il est aussitôt tombé à genoux devant moi et m’a demandé pardon. Je lui répondis que je ne pouvais pas encore lui pardonner pour la douleur et les dégâts physiques qu’il m’avait causés. Je lui dis que je devais travailler à cela.
Il m’invita à venir à Miami pour raconter notre histoire à l’assemblée. J’acceptais mais, une semaine avant la date où l’on devait se voir, l’ouragan Andrew frappa la région de Miami. Pendant l’ouragan, il sortit et il fut tué.
Sa femme insista pour que je vienne parler dans l’église comme son mari l’avait voulu. De la chaire, j’ai pu lui pardonner toute la brutalité dont il avait fait preuve à mon égard. Sa femme m’offrit le petit Nouveau Testament que j’avais laissé derrière moi lors de mon évasion.
Mon expérience montre combien est puissante la Parole de Dieu et ce qu’elle peut faire. Elle m’a réconforté et m’a fortifié pendant ma détention. Ensuite elle a changé la vie d’un homme qui avait été extrêmement brutal et hostile, qui n’avait rien connu de l’amour de Dieu et de Sa tendre main jusqu’à sa lecture. Aujourd’hui, il est dans les bras du Père.
Fred Hanzlik, Floride
Note :
[1] La 1re division de cavalerie américaine est une division blindée appartenant à l’US Army.
Qui est Théophile ?
Quand on réalise que les renseignements pour identifier le « très excellent Théophile » (Lc 1 : 3) sont rares, la salutation et le style d’écriture de l’auteur deviennent alors des indices précieux pour déterminer le public auquel l’évangile de Luc est destiné.
Luc commence ses deux ouvrages en soulignant la réalité de son récit. Il a suivi ces événements, c’est- à-dire qu’il a lu attentivement ce que d’autres avaient écrit et qu’il a suivi lui-même les récits trouvés dans son Evangile quand c’était possible. Ce propos doit être pris au sérieux car la recherche moderne confirme l’exactitude de beaucoup écrits par Luc. L’évangéliste s’efforce de démontrer la fiabilité des sujets qu’il présente. Il fait un large emploi du principe traditionnel juif de l’argument et de la preuve tiré de la « règle des deux témoins » du Deutéronome (Dt 19 : 15) et du Livre des Nombres (Nb 35 : 30). Ce principe est fréquent avant le 1er siècle dans les groupes d’étude de la Torah. Parmi les preuves avancées par Luc, on trouve les paroles des prophètes, l’inspiration divine et les miracles qui jouent un rôle considérable.
Le passage du chapitre 4 des Actes (Ac 4 : 20 ; voir aussi Ac 26 : 10) dit que les Apôtres en tant que témoins sûrs, dignes de confiance, portent témoignage seulement sur ce qu’ils ont « vu » et « entendu ». Dans la pratique linguistique du judaïsme de l’époque de Jésus et des premiers siècles de notre ère, les termes « vu » et « entendu » ont une résonance légale précise. Ils sont employés en relation avec le témoin non seulement d’un événement, mais aussi de paroles et d’enseignements. Luc établit et structure son Evangile sur des bases juives et sur l’Ancien Testament :
- Après le prologue, Luc débute son évangile par l’épisode du prêtre Zacharie offrant de l’encens dans le sanctuaire du Temple de Jérusalem tandis que le peuple prie dans la cour. Cette scène se rapproche de celles qui annoncent la naissance de personnages de l’Ancien Testament tels Isaac, Samson et Samuel, dans l’histoire du peuple de Dieu.
- Les descriptions d’événements surnaturels sont associées à des figures importantes dans l’histoire juive.
- L’apparition d’anges et leurs messages font entièrement partie de l’élaboration de la pensée juive en ce qui concerne l’idée messianique.
- Les prévisions selon lesquelles la naissance du messie serait annoncée par les anges correspond à la pensée populaire juive du 1er siècle.
- Le baptême de Jésus rapporté par Luc rappelle l’expérience du prophète Ézéchiel (Ez 1 : 1) : Jean baptise Jésus ; les cieux s’ouvrent et la descente spectaculaire de la colombe accompagne l’événement miraculeux. Dieu parle : Jésus est reconnu et son œuvre commence.
- Luc dit que Jésus s’abstint de toute nourriture et de toute boisson pendant son jeûne de quarante jours. Ce récit d’un événement miraculeux est significatif pour un public juif qui sait que Dieu a nourri Moïse et Élie au cours de leur jeûne de quarante jours.
- La tentation suit le jeûne. Seuls les Juifs pouvaient savoir que Luc fait référence au livre de l’Exode (Ex 34 : 28) et au Premier Livre des Rois (1 Rs 19 : 8), et qu’une appréciation totale des tentations devait être basée sur le Deutéronome (Dt 6 à 8).
- Dans l’évangile de Luc l’histoire de Jésus résonne de la foi juive concernant le plan de salut de Dieu et l’arrivée promise d’un messie libérateur. Le texte s’enracine dans la riche diversité de la pensée messianique juive qui caractérise la période du Second Temple[1].
Plusieurs auteurs et exégètes (Gerhardsson[2], Adolf Schatter[3], Johannes Weiss[4], Bertil Gartner[5]…) concluent leurs études en affirmant que le caractère du texte et d’autres signes indiquent que l’auteur appartient à l’Eglise juive. En 1892, Johannes Weiss disait que les Evangiles doivent être étudiés en gardant à l’esprit que les idées énoncées sont exprimées dans des termes qui étaient et sont intelligibles pour tous les lecteurs. Par conséquent, nous devons conclure que les idées de Luc ont été exprimées en termes compréhensibles pour « l’excellent Théophile » qui devait certainement être un Juif de haut rang et d’une grande richesse.
L’Evangile de Luc et le livre des Actes sont composés dans un style et selon des techniques utilisés dans les ouvrages historiques de l’Ancien Testament et, peut-être aussi, dans des œuvres historiques juives postérieures telles que le Premier Livre des Maccabées, et qu’il fut écrit dans une forme familière au peuple hébreu. Bertil Gartner conclut que les écrits de Luc « ressemblent beaucoup aux deux premiers livres des Maccabées qui présentent certaines caractéristiques en commun avec les récits historiques grecs[6] bien qu’ils soient considérés comme part entière d’une tradition typiquement juive ». Il ajoute que les mentions historiques présentées sont marquées par la foi dans l’intervention de Dieu, les conséquences du péché, la réparation et le pardon. Mais ils sont également désireux d’enseigner et de publier à l’étranger leur foi qui repose sur la confiance en Dieu ; c’est toute la fonction essentielle de leurs discours. Leur style n’obéit pas à l’idéal rhétorique mais appartient plutôt à la tradition de l’Ancien Testament. L’enchaînement des événements, dont le premier est l’annonciation de Jean, est vu par Luc comme une série d’exemples d’actes et d’actions de la puissance divine. Ses écrits mettent en valeur la puissance de Dieu, et dans ce sens limité, Luc rejoint l’évaluation de Paul sur « la puissance de l’œuvre accomplie à la croix »[7]. Il le fait pour démontrer la véracité de l’information à Théophile qui a entendu parler de la récente intervention de Dieu dans l’histoire humaine. Le pouvoir de Dieu est manifesté par les miracles qu’Il accomplit par l’intermédiaire de ses représentants, dont il authentifie le rôle.
Existe-t-il, au 1er siècle de notre ère, un Juif de haut rang et très riche qui pourrait être sensible aux idées exprimées dans l’Évangile ? Quelques spécialistes font remarquer que Théophile signifie « ami de Dieu » et qu’en employant ce terme, Luc s’adresse à un personnage imaginaire qui représente le type de personne à qui s’adresse son évangile. Cependant, il est improbable qu’un auteur ancien tel que Luc ait accompagné sa salutation d’un « très excellent » s’il s’agissait d’une personne fictive. C’est la mention d’une telle salutation qui amène la plupart des spécialistes à conclure que Théophile est bien un personnage réel, occupant une certaine position et possédant des biens dans le monde romain.
Puisque les propositions pour la rédaction de l’évangile de Luc vont de 40 au plus tôt à 140 après J.-C. au plus tard, n’importe où dans le monde romain de cette époque, notre recherche de Théophile se limitera à cette période et à cette zone géographique. Existait-il alors dans cet empire, une personne d’un certain rang et/ou d’une certaine richesse portant ce nom et pour laquelle la salutation de « très excellent » aurait été appropriée ?
Grâce à une liste de 2 040 noms masculins juifs du 1er siècle utilisés depuis la période du Second Temple jusqu’à l’époque de la Mishna[8], dressée à partir de diverses sources (les écrits de l’historien juif Flavius Josèphe, le Nouveau Testament, la littérature rabbinique ainsi que les papyri et les inscriptions diverses retrouvées), nous savons que le nom de Théophile apparaît trois fois, ce qui en fait un prénom très rare[9]. Tous les exemples que nous rapportons dans cette étude font référence à la même personne.
Selon Flavius Josèphe, un homme du nom de Théophile a servi comme Grand Prêtre de 37 à 41 après J.-C. Ce Théophile appartenait à la plus importante et la plus riche famille juive. En plus de cette mention dans les écrits de Josèphe, un autre exemple établit de manière décisive l’existence historique de Théophile le Grand Prêtre. Lors de fouilles archéologiques à Hizma[10], il a été retrouvé un ossuaire en calcaire[11] qui identifie les ossements qui s’y trouvent avec ceux de Yehohanah, petite-fille du Grand Prêtre Théophile. L’inscription sur trois lignes se lit ainsi :
Yehohanah
Yehohanah fille de Yehohanan
fils de Théophile le Grand Prêtre
Théophile n’est pas un nom commun, et lorsqu’il est associé à celui de Yohanah, l’identification se confirme et explique pourquoi Luc est le seul évangéliste à citer Yohanah dans ses écrits. Yohanah a certainement été l’un des témoins oculaires qui renseigna Luc.
La parabole de l’homme riche et de Lazare (Lc 16 : 19 à 31), typiquement juive et correspond la structure hébraïque du récit de Luc, n’est rapporté que par Luc car celui-ci connaissait bien le destinataire de l’Evangile.
- L’homme riche fait appel à Abraham, en croyant peut-être, à tort, que son héritage le sauvera ; mais Jean le Baptiste avait déjà prévenu contre ce faux espoir (Lc 3 : 8). Luc perçoit Abraham comme le père et les Juifs ses enfants (Lc 1 : 73 ; 13 : 16 ; 19 ; 9), comme c’est le cas de tout juif, en référence à la promesse de Dieu à Abraham (Gn 17 : 4 et 5 et Ac 7 : 17). L’espoir en la résurrection était répandu dans le Judaïsme.
- La rétribution divine après la vie est un concept juif fondamental. Les discussions des Juifs sur la vie après la vie impliquaient la possibilité pour le défunt de voir et de converser avec les autres.
- Les vêtements de l’homme riche décrits par Luc (Lc 16 : 19) correspondent à ceux du Grand Prêtre.
Bien que Lazare ait été un nom très courant en Palestine, sa signification échappe au public païen… Lazare est la forme abrégée d’Éléazare qui, en hébreu, signifie « Dieu aide ». C’est certainement une juxtaposition de ce sens et de l’action demandée par l’homme riche qui donne à ce texte un sens particulier pour un juif hébraïsant lorsqu’il dit à Abraham : « Je te prie alors, Père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père, car j’ai cinq frères. Qu’il les avertisse pour qu’ils ne viennent pas eux aussi dans ce lieu de tourment » (Lc 16 : 27 et 28). Cette phrase fait aussi référence à la maison de Anne, le Grand Prêtre.
Nous connaissons l’existence du Grand Prêtre Anne par les Evangiles (Lc 3 : 2, Jn 18 : 13 et 24), le livre des Actes (Ac 4 : 6) et Flavius Josèphe[12]. Ce dernier nous apprend que le Grand Prêtre Anne est en vie et encore très respecté à la veille de la révolte contre Rome[13], mais aussi que « cet Anne l’Ancien est le plus béni des hommes car il a cinq fils », qui ont tous exercé les fonctions de Grand Prêtre, ainsi que leur beau-frère, Caïphe (Mt 26 : 3, Ac 4 : 6).
Mais « très excellent Théophile » comprend-il que cette parabole de l’homme riche et de Lazare s’adresse directement à lui ? Certainement car il avait un frère nommé Éléazare qui servit, lui aussi, comme Grand Prêtre ! Nous comprenons pourquoi Luc relate ce récit qu’il juge essentiel alors que les autres Evangiles ne le font pas !
Les commentateurs avouent ne pas connaître le destinataire de l’Evangile de Luc et les Actes des Apôtres. Certains ont avancé que Théophile était une personne de haut rang dans le groupe à qui Luc s’adressait. Nombreux sont ceux qui ont conclu que Théophile était un officier romain mais nombreux sont ceux aussi qui ont souligné que Théophile était un nom grec.
Cette supposition est correcte mais elle n’empêche pas que le porteur de ce nom soit le Grand Prêtre qui, désigné par le procurateur, soit, de fait, un officier romain qui s’avérait être un Juif palestinien et à qui Luc s’adresse correctement en l’appelant « très excellent Théophile ».
À l’époque du Second Temple, le Grand Prêtre n’est pas seulement le chef religieux d’Israël et du Temple, il est aussi à la tête de la théocratie et le représentant officiel de la nation auprès des dirigeants perses et, plus tard, des romains. Il se distingue des prêtres ordinaires de plusieurs manières. Son service au Temple se singularise par l’autorisation qu’il a reçue d’offrir un sacrifice expiatoire sur l’autel intérieur et d’entrer dans le Saint des saints. Les offrandes sont faites pour racheter les péchés personnels, pour ceux jugés par le sanhédrin et pour les fautes de la communauté. Son service le plus solennel se fait le jour des propitiations. Lorsqu’il est rempli correctement, le service permet de racheter les péchés de toute la nation juive.
Le Grand Prêtre est nommé à vie, et même lorsque les Romains commencèrent à le désigner, l’ancien Grand Prêtre conservait certaines prérogatives. La mort du Grand Prêtre en exercice ou de l’ancien Grand Prêtre a une signification rédemptrice. Les personnes poursuivies pour homicide involontaire et qui ont trouvé refuge dans une autre ville sont autorisées à revenir chez elles après la mort du Grand Prêtre sans crainte d’être arrêtées. Même après sa destitution, le Grand Prêtre conserve son titre et son autorité ; c’est la raison pour laquelle, même un ancien Grand Prêtre peut être qualifié de « très excellent » lorsqu’on s’adresse à lui. En outre, beaucoup de spécialistes reconnaissent aujourd’hui que le grec était largement utilisé au 1er siècle en Palestine aussi bien par les chrétiens que par les autres juifs. Jean rappelle que l’inscription au-dessus de la croix était rédigé en grec, en latin et en hébreu (Jn 19 : 20). Or les inscriptions funéraires sont probablement le meilleur indicateur de la langue parlée par le petit peuple, et, à ce titre, il est intéressant de noter que leur grande majorité a été rédigée en grec. Jésus a grandi à Nazareth près de la cité grecque de Sépphoris et à proximité d’autres villes grecques. Le grec était couramment parlé à l’instar de l’araméen. Après sa mort et sa résurrection, les disciples ont prêché et rédigé leurs évangiles en grec. Dès lors, il n’est pas surprenant que beaucoup de Grands Prêtres de cette époque aient porté des noms grecs.
Si donc Théophile est le Grand Prêtre, pourquoi Luc lui dédie-t-il son évangile et ses Actes ? L’évangéliste a écrit une œuvre irénique[14], [15] qu’il adresse au Grand Prêtre pour lui annoncer et lui expliquer que de nombreuses prophéties se sont accomplies[16]. Il explique la signification des paroles et des actions de Jésus dans le contexte prophétique de l’Ancien Testament, dont les arguments ne peuvent émouvoir qu’un public qui croyait déjà et respectait le texte qu’il considérait comme sacré. Seul un juif pouvait écouter et comprendre un récit basé sur l’accomplissement des promesses faites à David à travers Jésus le Messie.
L’attente juive de l’arrivée d’un roi davidique est particulièrement forte chez les Juifs du premier siècle. Le statut royal de Jésus comme descendant de David n’aurait en rien impressionné un gentil, mais le Grand Prêtre, lui, aurait prit en compte un tel argument. Il y a un miracle accompli par Jésus qui a été très impressionnant et dont le Grand Prêtre en a eu connaissance. Lorsque les gardes du Temple viennent arrêter Jésus, Pierre sort une épée et coupe l’oreille du serviteur du Grand Prêtre. Jésus, dans l’évangile de Luc, guérit ce serviteur en lui touchant l’oreille (Lc 22 : 51). Tous les évangiles rapportent l’arrestation de Jésus, mais seul celui de Luc mentionne le miracle de l’oreille.
Une nouvelle aussi incroyable ne peut être faite au Grand Prêtre à moins d’être vraie. Cette guérison miraculeuse de l’oreille a joué le même rôle que la résurrection de Lazare dans l’évangile de Jean. C’était la manifestation de la puissance de Dieu en tant que prélude à sa résurrection. Paul, à l’instar de Luc et de Jean, considérait la résurrection comme le signe le plus éclatant de la puissance divine.
Cette action divine est constamment mise en avant par Luc ; il souligne davantage que Matthieu et Marc le plan de Dieu et son action dans l’histoire. Il développe ce thème avec prudence étant donné les croyances du Grand Prêtre et le statut marginal de l’immortalité et de la résurrection[17] dans les croyances du judaïsme au Ier siècle[18].
Le style d’écriture relève de la tradition de l’Ancien Testament. Les idées exprimées par Luc auraient été compréhensibles au très excellent Théophile, le Grand Prêtre. En réalité, la signification d’un certain nombre de passages ne pouvait être comprise que par ce dernier. Les deux mentions brèves de Yohana dans l’évangile de Luc (Lc 8 : 3 et 24 : 10) peuvent être reconnues maintenant comme ayant joué un rôle plus important qu’on ne le croyait jusqu’ici. Luc a utilement cité Yohana, la petite-fille de Théophile le Grand Prêtre, comme l’un des témoins. Dans sa présentation, il a observé le principe traditionnel juif de l’argument et de la preuve supporté par de nombreuses citations de l’Écriture pour démontrer que la puissance de Dieu a rendu possible tout ce que Théophile a vu et entendu.
Le plus extraordinaire dans le texte de Luc, marque de la perfection de l’inspiration divine, c’est qu’il peut être lu par un païen, un juif d’origine grecque, un juif imprégné de la culture biblique ou le Grand Prêtre Théophile. Il sera toujours compris et transmet à tous le message de la puissance de Dieu révélé dans l’œuvre de Jésus-Christ. Comme l’a écrit Johannes Weiss[19], la marque de l’inspiration divine se voit dans « l’intelligibilité universelle » du texte.
Notes
[1] Le Second Temple était le Temple de Jérusalem, reconstruit en 515 avant JC, après la captivité de Babylone, comme rapporté dans le livre de Néhémie, et détruit en 70 après JC par les Romains, au terme d’une révolte ayant duré quatre ans.
[2] Exégète luthérien et professeur à la faculté de théologie de Lund, en Suède. Il a écrit de nombreux ouvrages sur les origines et la transmission des Evangiles via la structure rythmique et mnémotechnique de la transmission des écrits de l’Ancien Testament.
[3] Adolf Schlatter (1852 -1938) était un théologien allemand, professeur protestant qui enseigna le Nouveau Testament et la systématique dans plusieurs universités.
[4] Théologien protestant allemand et auteur de plusieurs ouvrages sur les Evangiles et la confiance que l’on peut donner aux textes.
[5] Exégète et auteur de plusieurs ouvrages de référence concernant les Evangiles et leur historicité.
[6] Ecrits biographiques ou relatant des faits qui ne dépendent pas de l’auteur et dans lequel l’auteur ne s’engage pas.
[7] L’intérêt de Luc pour la puissance de Dieu est illustré par le fait qu’il utilise le mot dunamiv dunamis (traduit par puissance, miracle, capacité, force, pouvoir…) 15 fois dans son évangile, 10 fois dans les Actes ; le verbe dunamai dunamai (être capable, avoir le pouvoir de…) 26 fois dans son évangile, 21 fois dans les Actes ; l’adjectif dunatov dunatos (capable, puissant, fort… Il est aussi utilisé pour « Tout-Puissant » dans le Dieu Tout-Puissant en Lc 1 : 49 par exemple) 4 fois dans son évangile et 6 fois dans les Actes. Il s’agit d’une réaffirmation forte du monothéisme juif traditionnel.
[8] La Mishna est un ensemble de textes correspondant à une compilation de la tradition orale juive. On la trouve dans le talmud où elle est associée à la guemara (commentaires). Elle comporte six grands thèmes : – agriculture / – fêtes / – relations conjugales / – droit civil / – sacrifice / – lois de pureté. Les premiers textes datent de 330 avant à 200 après J.-C : elle est la première et la plus importante des sources rabbiniques obtenues par compilation écrite des lois orales juives, projet défendu par les pharisiens, et considéré comme le premier ouvrage de littérature rabbinique.
[9] Yehohanah est la variante araméenne du nom Yohanah, notre « Jeanne » (Lc 8 : 3 et 24 : 10). Le nombre total de toutes les femmes juives de Palestine dont on connaît le nom, depuis la période du Second Temple jusqu’à celle de la Mishna, se chiffre à 247. Ici aussi, ce nombre a été fixé grâce à l’étude des différentes sources de cette époque dont Flavius Josèphe, le Nouveau Testament, la littérature rabbinique, les inscriptions et les papyri. Les huit occurrences de Yohanah identifiées dans cette étude, dont l’exemple donné par Barag et Flusser et ceux trouvés chez Luc représentent 3,24 % du total. Yohanah est le cinquième nom le plus commun présent dans cette étude. Les trois occurrences de Théophile identifiées dans l’étude des noms masculins juifs, en excluant celle donnée par Barag et Flusser et celles de Luc (Lc 1 : 3) et des Actes (Ac 1 : 1) représentent 0,01 % du total des noms réunis grâce aux mêmes sources utilisées pour l’étude des noms de femmes. Cette remarque a aussi était faite dans « A Lexicon of Jewish Names: part I: Palestine 330 avant JC à 200 après JC » de Ilan et » Notes on the Distribution of Jewish Women’s Names in Palestine in the Second Temple and Mishnaic Periods » dans Journal of Jewish Studies n°40 de 1989.
[10] Hizma ou Bet ‘Azmaweth est à 7,25 km environ au nord/nord-est de Jérusalem.
[11] Les ossuaires étaient des récipients destinés aux enterrements secondaires juifs et furent en usage de 100 avant à 100 après J.C. Ils étaient réalisés en creusant un simple bloc de calcaire doux que l’on trouve dans les environs de Jérusalem.
[12] C’est à Anne seul que Luc reconnaît la qualité de grand prêtre ; Caïphe était nommé à la suite, sans indication de son rôle. La même particularité se retrouve en Ac 4 : 6. Or selon Flavius Josèphe, en la quinzième année du principat de Tibère, le grand-prêtre reconnu par Rome était Caïphe. En effet Anne qui avait été institué grand-prêtre en l’an 6 à l’arrivée de Quirinius, exerça le pontificat jusqu’en 15 de notre ère, puis ses fils assurèrent la continuité pendant les deux décennies suivantes, sans compter les intermèdes dont celui de Caïphe de18 à 36. Dans ces conditions, pourquoi Luc dit-il qu’à la fin des années 20, Anne portait toujours le titre, et il exerçait l’autorité au sein du Sanhédrin ? (Ac 4 : 6 ; 5 : 21 et 27). Il est inconcevable qu’il ait commis une erreur grossière en s’adressant à Théophile ! En fait, si le pouvoir romain nommait et destituait le grand-prêtre, dans la hiérarchie sacerdotale, on reconnaissait une moindre autorité à celui qui n’avait été investi qu’officiellement de cette charge ; le vrai grand-prêtre était celui qui avait été consacré par l’onction sainte et éternelle : « Le grand-prêtre oint de l’huile d’onction précède [dans la hiérarchie] le grand prêtre distingué (des autres prêtres) seulement par l’investiture. Entre le pontife oint par l’huile d’onction et celui qui l’est par un titre, la différence consiste en ce que le premier seul est tenu d’offrir en expiation un taureau pour la communauté. Entre le pontife en exercice et celui qui l’a remplacé provisoirement, la distinction consiste en ce que le premier offre le taureau du grand pardon et la dîme d’épha (Talmud traité Meg. I-10). (le second étant suppléant dans le cas où le premier ne pourrait tenir son rôle pour une raison ou une autre, un décès dans sa famille par exemple)
[13] Qui s’est achevée par la prise de Jérusalem et la destruction du Temple par l’armée de Titus en 70.
[14] Qui a pour but d’établir la paix.
[15] “The Book of Acts in the Setting of Hellenistic History” de Hemer, et “The Lord of the Banquet” de Baur F. C. et Moessner.
[16] L’accomplissement des prophéties était d’un intérêt majeur pour Luc qui souligne sans cesse que « cette théologie de la « preuve-par-la-prophétie » est un concept théologique central, ce que l’on trouve dans ses deux ouvrages.
[17] La première référence explicite à la résurrection contenue dans la Bible hébraïque est Daniel 12 : 1 à 3, or la date de rédaction du livre de Daniel est tardive dans l’histoire du peuple juif.
[18] On peut se demander si Luc, par ses nombreuses références aux anges, en s’adressant à Théophile le Grand Prêtre, un sadducéen qui croyait aux anges, ne lui pose pas implicitement la question : « si vous croyez aux anges, pourquoi ne croyez vous pas en la résurrection ? Et donc dans l’œuvre de Jésus-Christ, ressuscité ? ».
[19] A savoir que les Evangiles doivent être étudiés en gardant à l’esprit que les idées énoncées sont exprimées dans des termes qui étaient et sont intelligibles pour le lecteur.
La naissance de Jésus pendant le recensement ?
Lien vers le fichier PDF : 42 Lc 002-001 001 Pourquoi la naissance de Jésus pendant le recensement
La communication, un don de Dieu
« Qui nous instruit plus que les bêtes de la terre, Et nous donne l’intelligence[1] plus qu’aux oiseaux du ciel ? » (Jb 35 : 11)
Les oiseaux ont des facultés étonnantes. Leurs manœuvres aériennes font pâlir d’envie les ingénieurs de l’aéronautique. Certaines espèces parcourent des milliers de kilomètres au-dessus des océans, où les points de repère sont inexistants, et atteignent infailliblement leur destination.
Un autre talent remarquable des oiseaux qui révèle aussi la sagesse du Créateur est la capacité de communiquer par des appels et des chants.
Les petits de certaines espèces commencent à communiquer avant même leur éclosion de l’œuf. Par exemple, la caille pond au moins huit oeufs, à raison de un par jour. Si tous se développaient au même rythme, l’éclosion s’étalerait sur une période équivalente de huit jours… La mère se heurterait donc à la tâche difficile consistant à s’occuper de poussins d’une semaine, déjà actifs, tout en couvant encore un oeuf. Au lieu de cela, les huit cailleteaux de la couvée sortent de leur coquille en l’espace de six heures. Comment est-ce possible ? Selon des chercheurs, une raison fondamentale serait que les embryons de caille communiquent entre eux depuis l’intérieur de l’œuf et parviennent à orchestrer une éclosion presque simultanée.
Chez les oiseaux adultes, ce sont en général les mâles qui chantent. Ils le font particulièrement pendant la saison des amours pour marquer leur territoire ou attirer une femelle. Chacune des milliers d’espèces a pour ainsi dire sa propre langue, ce qui permet aux femelles d’identifier les mâles de leur espèce.
Ce n’est pas sans raison que les oiseaux chantent surtout le matin de bonne heure et au coucher du soleil. En effet, le vent et les bruits de fond sont moins forts à ces moments-là. Des spécialistes ont découvert que les chants des oiseaux s’entendent jusqu’à 20 fois mieux le matin et le soir qu’en pleine journée.
Si ce sont souvent les mâles qui pépient, les femelles émettent elles aussi une diversité de cris, ou de sons courts, aux significations distinctes. C’est ainsi que le « vocabulaire » des pinsons se compose de neuf appels. Le cri qu’ils lancent pour avertir d’une menace aérienne, comme celle d’un rapace en quête de nourriture, diffère de celui qu’ils utilisent pour avertir d’un danger terrestre.
La sagesse instinctive des oiseaux est assurément impressionnante, mais l’aptitude des humains à communiquer l’est bien plus encore. Dieu nous a rendus « plus sages que les créatures volantes des cieux » (Jb 35 : 11). La capacité de transmettre des pensées et des idées abstraites et complexes, par des sons produits au moyen des cordes vocales ou par des gestes, est spécifique au genre humain.
A la différence des animaux, les bébés humains semblent programmés pour apprendre des langues complexes. Certains enfants parviennent à apprendre une langue même quand leurs parents ne leur parlent pas directement dans cette langue ; des enfants sourds iront jusqu’à inventer leur propre langue des signes si on ne leur en apprend pas une à la maison.
La capacité de communiquer nos pensées et nos sentiments par la parole ou par des signes est vraiment un merveilleux don de Dieu. Néanmoins, l’aptitude à communiquer avec lui par la prière est encore plus précieuse, surtout qu’Il nous invite à plusieurs reprises à nous adresser à Lui :
- « Ayez recours à l’Eternel et à son appui, Cherchez continuellement sa face ! » (1 Ch 16 : 11)
- « Demandez, et l’on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l’on vous ouvrira. » (Mt 7 : 7)
- « Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas dans la tentation; l’esprit est bien disposé, mais la chair est faible. » (Mt 26 : 41)
- « Jésus leur adressa une parabole, pour montrer qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher. » (Lc 18 : 1)
- « Faites en tout temps par l’Esprit toutes sortes de prières et de supplications. Veillez à cela avec une entière persévérance, et priez pour tous les saints. » (Ep 6 : 18)
- « Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. » (Phi 4 : 6)
- « Priez sans cesse. » (1 Th 5 : 17)
Note :
[1] Le mot traduit par « intelligence »,
chakam, signifie être ou devenir sage, agir sagement, rendre sage, enseigner la sagesse, instruire, être bien avisé.
Le langage, don de Dieu
La plupart des neurones qui se trouvent dans la couche externe du cerveau, le cortex cérébral, ne sont pas reliés directement aux muscles ou aux organes sensoriels. C’est le cas, par exemple, des milliards de neurones du lobe frontal. Des observations du cerveau par IRM montrent que le lobe frontal s’active quand on pense à un mot ou que l’on fait fonctionner sa mémoire. Si nous sommes ce que nous sommes, c’est notamment à la partie antérieure de notre cerveau que nous le devons.
Le cortex préfrontal joue un rôle important dans l’élaboration de la pensée, l’intelligence, la motivation et la personnalité. Il met en relation les éléments du vécu nécessaire à la production d’idées abstraites, du jugement, de la persévérance, de la planification, du souci des autres et de la conscience. Ce qui est élaboré dans cette région distingue l’être humain de l’animal. Nous avons des preuves de cette distinction dans ce que les humains accomplissent dans des domaines comme les mathématiques, la philosophie ou la justice, qui font appel principalement au cortex pré-frontal.
Pourquoi les humains possèdent-ils un cortex préfrontal souple et volumineux qui leur confère de puissantes facultés mentales alors que, chez les animaux, cette région du cerveau est rudimentaire, voire inexistante ? Le contraste est si frappant que les biologistes défenseurs de l’évolution parlent de la « mystérieuse explosion de la taille du cerveau ». A propos des dimensions remarquables de notre cortex cérébral, les scientifiques ne comprennent pas très bien pourquoi et comment cela est arrivé. Se pourrait-il que ce soit parce que l’homme a été créé avec cette capacité cérébrale sans équivalent ?
D’autres parties du cerveau contribuent à notre unicité. À l’arrière du cortex préfrontal se trouve une bande transversale le cortex moteur. Il contient des milliards de neurones connectés à nos muscles. Lui aussi possède des caractéristiques qui nous rendent très différents des singes et des autres animaux. Le cortex moteur primaire nous donne :
- 1) la capacité exceptionnelle d’utiliser la main, les doigts et le pouce pour accomplir des tâches manuelles exigeant une grande dextérité ;
- 2) la faculté d’utiliser la bouche, les lèvres, la langue et les muscles faciaux pour parler.
(Textbook of Medical Physiology, d’Arthur Guyton)
Considérons pendant quelques instants ce qui se passe dans le cortex moteur pour que nous puissions parler. Plus de la moitié de cette région du cerveau est consacrée aux organes de la communication, ce qui explique
les incomparables talents de communicateurs des humains. Bien que les mains interviennent dans la communication (écriture, gestes, langue des signes), c’est généralement la bouche qui tient le rôle principal. Le langage humain, du premier mot prononcé par un bébé à la voix d’une personne âgée, est incontestablement un prodige. Entre la langue, les lèvres, la mâchoire, la gorge et la poitrine, c’est une centaine de muscles qui agit de concert pour produire une infinité de sons. Quel contraste : alors qu’une cellule du cerveau peut commander 2000 fibres musculaires du mollet d’un athlète, celles qui sont dévolues au fonctionnement du larynx peuvent n’agir que sur 2 ou 3 fibres musculaires. N’est-ce pas là un indice que notre cerveau est spécialement conçu pour la communication ?
Chaque phrase que nous prononçons, aussi courte soit-elle, requiert un ensemble spécifique de mouvements musculaires. Le sens de la moindre expression peut changer en fonction de l’ampleur du mouvement et de la coordination extrêmement précise de plusieurs dizaines de muscles. A vitesse normale, nous émettons environ 14 sons à la seconde. C’est deux fois la vitesse à laquelle nous sommes capables de maîtriser notre langue, nos lèvres, notre mâchoire et les autres parties de notre appareil vocal quand nous les animons séparément. Mais quand on les sollicite toutes ensemble pour parler, elles se comportent comme les doigts d’une dactylo ou d’un pianiste virtuose. Leurs mouvements se chevauchent en une symphonie magnifique de précision !
« Comment vas-tu aujourd’hui ? » L’information dont nous avons besoin pour poser cette question simple est stockée dans ce qu’on appelle l’aire de Broca, une région du lobe frontal, que certains considèrent comme le centre de la parole. Rien chez les primates supérieurs ne correspond à l’aire antérieure du langage découverte par Broca. Même si l’on trouve un jour des aires similaires chez des animaux, cela ne changera rien au fait que les scientifiques ne parviennent pas à faire prononcer à des singes que quelques sons simples du langage articulé. Rien à voir avec le langage complexe que nous sommes capables de produire en combinant des mots selon la grammaire de notre langue. L’aire de Broca nous y aide, tant à l’oral qu’à l’écrit.
Bien sûr, le miracle de la parole ne peut s’opérer qu’à la condition de connaître au moins une langue et d’en comprendre les mots. Cela fait intervenir une autre partie du cerveau appelée aire de Wernicke. Là, des milliards de neurones discernent la signification des mots prononcés ou écrits. L’aire de Wernicke permet de saisir le sens des déclarations, de comprendre ce que nous entendons ou lisons, de sorte que nous sommes à même d’assimiler une information et d’agir en conséquence.
Mais notre capacité d’élocution implique d’autres choses encore. Par exemple, un simple « bonjour » peut vouloir dire beaucoup. Le ton sur lequel nous le prononçons indique si nous sommes heureux, excités, ennuyés, pressés, irrités, tristes ou effrayés, et il peut même traduire certains degrés dans ces états affectifs. Cette composante émotionnelle du langage dépend d’une autre région de notre cerveau. Ainsi, lorsque nous communiquons, diverses parties de notre cerveau sont mises à contribution.
Des chimpanzés ont appris quelques éléments du langage des signes, mais l’utilisation de ce dernier se limite essentiellement à réclamer de la nourriture ou faire connaître des besoins élémentaires. Le professeur David Premack fait partie de ceux qui ont enseigné à des chimpanzés des éléments simples de communication non verbale. « Le langage humain, dit-il, est bien embarrassant pour la théorie évolutionniste, car il est infiniment plus puissant que nous ne pouvons l’expliquer ».
Nous pourrions nous demander: « Pourquoi les humains sont-ils dotés de ce don merveilleux de communiquer des pensées et des sentiments, de se poser des questions et d’y répondre ? » Un ouvrage de référence (The Encyclopedia of Language and Linguistics) fait observer que « le langage [humain] est spécial » et que « la recherche de précurseurs dans la communication animale ne permet guère de combler le fossé énorme qui sépare le langage et la parole de comportements non humains ». Résumant cette différence, le professeur Ludwig Koehler a écrit: « Le langage humain est un secret; c’est un don divin, un miracle ».
Quelle différence entre les signes utilisés par un singe et l’aptitude d’un enfant à manier une langue complexe ! Le professeur Eccles a fait allusion à ce que la plupart d’entre nous avons déjà observé, à savoir la capacité « que déploient nos enfants dès la troisième année dans le déluge de questions par lesquelles ils cherchent à comprendre leur univers ». Il a ajouté : « Les anthropoïdes, eux, ne posent pas de questions ». De fait, les humains sont les seuls à formuler des interrogations, des interrogations concernant notamment le sens de la vie…