Le langage, don de Dieu

La plupart des neurones qui se trouvent dans la cou­che externe du cerveau, le cortex cérébral, ne sont pas reliés directement aux muscles ou aux organes senso­riels. C’est le cas, par exemple, des milliards de neuro­nes du lobe frontal. Des observations du cerveau par IRM montrent que le lobe frontal s’active quand on pense à un mot ou que l’on fait fonctionner sa mémoire. Si nous sommes ce que nous sommes, c’est notamment à la partie antérieure de notre cerveau que nous le devons.

 

Le cortex préfrontal joue un rôle important dans l’élaboration de la pensée, l’intelligence, la motivation et la personnalité. Il met en relation les éléments du vécu nécessaire à la production d’idées abstraites, du juge­ment, de la persévérance, de la planification, du souci des autres et de la conscience. Ce qui est éla­boré dans cette région distingue l’être humain de l’animal. Nous avons des preuves de cette dis­tinction dans ce que les humains accomplissent dans des domaines comme les mathématiques, la philosophie ou la justice, qui font appel principalement au cortex pré-frontal.

 

Pourquoi les humains possèdent-ils un cortex préfron­tal souple et volumineux qui leur confère de puissantes facultés mentales alors que, chez les animaux, cette ré­gion du cerveau est rudimentaire, voire inexistante ? Le contraste est si frappant que les biologistes défenseurs de l’évolution parlent de la « mystérieuse explosion de la taille du cerveau ». A propos des dimensions remarqua­bles de notre cortex cérébral, les scientifiques ne comprennent pas très bien pourquoi et comment cela est arrivé. Se pourrait-il que ce soit parce que l’homme a été créé avec cette capacité cérébrale sans équivalent ?

 

D’autres parties du cerveau contribuent à notre uni­cité. À l’arrière du cortex préfrontal se trouve une bande transversale le cortex moteur. Il contient des milliards de neurones connectés à nos muscles. Lui aussi possède des caractéristiques qui nous rendent très différents des singes et des autres animaux. Le cortex moteur primaire nous donne :

  • 1) la capacité exceptionnelle d’utiliser la main, les doigts et le pouce pour accomplir des tâches manuelles exigeant une grande dextérité ;
  • 2) la faculté d’utiliser la bouche, les lèvres, la langue et les muscles faciaux pour parler.

(Textbook of Medical Physiology, d’Arthur Guyton)

 

Considérons pendant quelques instants ce qui se passe dans le cortex moteur pour que nous puissions parler. Plus de la moitié de cette région du cerveau est consa­crée aux organes de la communication, ce qui explique

les incomparables talents de communicateurs des hu­mains. Bien que les mains interviennent dans la com­munication (écriture, gestes, langue des signes), c’est généralement la bouche qui tient le rôle principal. Le langage humain, du premier mot prononcé par un bébé à la voix d’une personne âgée, est incontestablement un prodige. Entre la langue, les lèvres, la mâchoire, la gorge et la poitrine, c’est une centaine de muscles qui agit de concert pour produire une infinité de sons. Quel contraste : alors qu’une cellule du cerveau peut commander 2000 fibres musculaires du mollet d’un athlète, celles qui sont dévolues au fonctionnement du larynx peuvent n’agir que sur 2 ou 3 fibres musculaires. N’est-ce pas là un indice que notre cerveau est spéciale­ment conçu pour la communication ?

 

Chaque phrase que nous prononçons, aussi courte soit-elle, requiert un ensemble spécifique de mouvements musculaires. Le sens de la moindre expression peut chan­ger en fonction de l’ampleur du mouvement et de la co­ordination extrêmement précise de plusieurs dizaines de muscles. A vitesse normale, nous émettons environ 14 sons à la seconde. C’est deux fois la vitesse à laquelle nous sommes capables de maîtriser notre langue, nos lè­vres, notre mâchoire et les autres parties de notre ap­pareil vocal quand nous les animons séparément. Mais quand on les sollicite toutes ensemble pour parler, elles se comportent comme les doigts d’une dactylo ou d’un pia­niste virtuose. Leurs mouvements se chevauchent en une symphonie magnifique de précision !

 

« Comment vas-tu aujourd’hui ? » L’information dont nous avons besoin pour poser cette question simple est stockée dans ce qu’on appelle l’aire de Broca, une ré­gion du lobe frontal, que certains considèrent comme le centre de la parole. Rien chez les primates supérieurs ne correspond à l’aire antérieure du langage découverte par Broca. Même si l’on trouve un jour des aires similaires chez des animaux, cela ne changera rien au fait que les scientifiques ne parviennent pas à faire prononcer à des singes que quelques sons simples du langage articulé. Rien à voir avec le langage complexe que nous sommes capables de produire en combinant des mots selon la grammaire de notre langue. L’aire de Broca nous y aide, tant à l’oral qu’à l’écrit.

 

Bien sûr, le miracle de la parole ne peut s’opérer qu’à la condition de connaître au moins une langue et d’en comprendre les mots. Cela fait intervenir une autre partie du cerveau appelée aire de Wernicke. Là, des milliards de neurones discernent la signification des mots prononcés ou écrits. L’aire de Wernicke per­met de saisir le sens des déclarations, de comprendre ce que nous entendons ou lisons, de sorte que nous sommes à même d’assimiler une information et d’agir en consé­quence.

 

Mais notre capacité d’élocution implique d’autres cho­ses encore. Par exemple, un simple « bonjour » peut vouloir dire beaucoup. Le ton sur lequel nous le prononçons indique si nous sommes heureux, excités, ennuyés, pressés, irrités, tristes ou effrayés, et il peut même traduire certains degrés dans ces états affectifs. Cette composante émotionnelle du langage dépend d’une autre région de notre cerveau. Ainsi, lorsque nous communiquons, diverses parties de no­tre cerveau sont mises à contribution.

 

Des chimpanzés ont appris quelques éléments du lan­gage des signes, mais l’utilisation de ce dernier se li­mite essentiellement à réclamer de la nourriture ou faire connaître des besoins élémentaires. Le professeur David Premack fait partie de ceux qui ont enseigné à des chimpanzés des éléments simples de communication non verbale. « Le langage humain, dit-il, est bien embarras­sant pour la théorie évolutionniste, car il est infiniment plus puissant que nous ne pouvons l’expliquer ».

 

Nous pourrions nous demander: « Pourquoi les hu­mains sont-ils dotés de ce don merveilleux de communi­quer des pensées et des sentiments, de se poser des ques­tions et d’y répondre ? » Un ouvrage de référence (The Encyclopedia of Language and Linguistics) fait observer que « le langage [humain] est spécial » et que « la recher­che de précurseurs dans la communication animale ne permet guère de combler le fossé énorme qui sépare le langage et la parole de comportements non humains ». Résumant cette différence, le professeur Ludwig Koeh­ler a écrit: « Le langage humain est un secret; c’est un don divin, un miracle ».

 

Quelle différence entre les signes utilisés par un singe et l’aptitude d’un enfant à manier une langue complexe ! Le professeur Eccles a fait allusion à ce que la plupart d’entre nous avons déjà observé, à savoir la capacité « que déploient nos enfants dès la troisième année dans le déluge de questions par lesquelles ils cherchent à com­prendre leur univers ». Il a ajouté : « Les anthropoïdes, eux, ne posent pas de questions ». De fait, les humains sont les seuls à formuler des interrogations, des interro­gations concernant notamment le sens de la vie…

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