Confesser ses péchés !

Vincent était à sa fenêtre, observant le voisin qui était occupé dans son verger ; pour protéger les fruits de son poirier de choix des insectes, il les enveloppait soigneusement de petits sachets de gaze. Une méchante pensée surgit alors dans l’esprit malicieux de Vincent et, peu après, il pénétrait, avec un camarade, dans le verger du voisin. Supposant que personne ne les verrait, ils ouvrirent plusieurs des sachets protecteurs, mordirent les fruits prêts à mûrir et les refermèrent.

Quelques jours après, pendant que Vincent faisait ses devoirs d’école, son père entra dans la chambre, tenant à la main une des poires marquées et gâtées par la morsure des dents. La posant à portée de la main de Vincent, il dit seulement : « Cette poire restera ici, jusqu’à ce que tu aies fait ce qu’elle t’exhorte à faire ».

Le péché de Vincent l’avait trouvé et le poursuivait, car le voisin, ayant découvert les coupables, s’était plaint à leurs pères respectifs.

La poire mordue resta bien des jours sur la table de Vincent, lui rappelant son péché, et l’exhortant chaque jour. Elle semblait parler de jour en jour plus fort et l’impressionner davantage, de sorte que, même pendant les heures d’école, le jeune garçon était tourmenté par le souvenir de cette poire haïe, qui se gâtait et répandait maintenant autour d’elle une odeur nauséabonde.

 

Les ruses dont il devait user pour éviter de rencontrer le voisin ne parvenaient pas à le distraire de la prédication torturante de la poire mordue. Et les regards sévères et investigateurs de son père ne faisaient qu’augmenter la détresse de son âme.

Enfin, Vincent fut incapable de supporter cette situation plus longtemps et se décida à faire ce que la poire l’avait exhorté à faire, dès l’instant où il l’avait vue : confesser son péché et demander pardon. Il se rendit chez le voisin lésé, lui confessa tristement ses torts, lui demanda son pardon et l’obtint. Ah ! comme il fut soulagé et se sentit déchargé, quand il eut avoué son péché et reçu le pardon du bienveillant voisin ! Il avait retrouvé la paix et le repos du cœur !

 

L’expérience de Vincent, que nous faisons tous, tôt ou tard, c’est que, sans la confession du péché ou du tort commis, nous ne pouvons trouver de repos, de paix ou de joie. De plus, un péché non confessé est comme cette poire qui, avec le temps, va pourrir et dégager une odeur nauséabonde… C’est ce qu’exprimait David au Psaume 32 :

 

« Quand je me suis tu, mes os ont dépéri, quand je rugissais tout le jour. Car jour et nuit ta main s’appesantissait sur moi ; ma vigueur s’est changée en une sécheresse d’été » (v. 3 et 4). C’est là ce qu’il éprouvait, pendant que ses péchés étaient cachés et pas encore confessés. Mais il ajoute : « Je t’ai fait connaître mon péché, et je n’ai pas couvert non iniquité ; j’ai dit : Je confesserai mes transgressions à l’Éternel ; et toi, tu as pardonné l’iniquité de mon péché » (v. 5). Et quand il eut fait cela, il put s’écrier : « Bienheureux celui dont la transgression est pardonnée, et dont le péché est couvert… Réjouissez-vous en l’Éternel, et égayez-vous, justes, et jetez des cris de joie » (v. 1 et 11). Le sage écrit, dans les Proverbes, au chapitre 28, verset 13 : « Celui qui cache ses transgressions ne prospérera point, mais celui qui les confesse et les abandonne obtiendra miséricorde ». Le Seigneur est un Dieu miséricordieux et plein de grâce, pardonnant l’iniquité, la transgression et le péché (Ex 34 : 6 et 7) à tous ceux qui viennent à lui repentants et confiants. Il peut le faire à juste titre, puisqu’il a donné son Fils, Jésus, pour qu’il meure, lui, le juste, pour les injustes.

 

Chaque tort fait à autrui est un péché contre Dieu, et doit lui être confessé à lui, aussi bien qu’à celui qui a été lésé. C’est seulement en agissant de cette manière-là que la prospérité, la paix et la joie seront assurées à notre âme. Et en ce qui concerne la confession de nos péchés au Seigneur, le pardon nous est promis : « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (1 Jn 1:9).

L’hérésie de la confession positive

Une des affirmations de base de la doctrine de la « confession positive » est que chaque croyant doit posséder une santé parfaite et la prospérité financière dans le moment présent. De ce fait il doit confesser qu’il possède ces choses dans la foi sans se soucier de l’évidence des faits objectifs : il s’agit d’avoir la foi dans sa foi, ce qui est une hérésie contraire à l’enseignement des Ecritures. Ainsi, d’après cette doctrine, une personne se doit de confesser « par la foi » que son cancer a disparu, même si celui-ci peut être constaté et vérifié matériellement par le chirurgien. Ceci revient à affirmer que « tout chrétien peut avoir ce qu’il dit avoir ». Fait surprenant, cette affirmation s’affranchit de toute vérification de l’harmonie qu’il doit y avoir entre la chose confessée et l’Ecriture.

 

Fred Price[1] enseigne de quelle manière un chrétien devient malade : « En croyant dans ton cœur et en déclarant de ta bouche :  » je pense que je vais tomber malade ». Souviens-toi que Jésus a dit, dans Marc 11 : 23 que si tu crois dans ton cœur et si tu le déclares de ta bouche tu auras ce que tu dis »[2]. Il affirme aussi que « si un enfant de Dieu connaît la maladie, les difficultés financières ou de la mélancolie, c’est parce qu’il n’est pas vrai devant Dieu »[3].

 

Cette doctrine sous tend que les paroles de l’homme ont la même puissance créatrice que la parole de Dieu. Selon Charles Capps[4] « les paroles sont la plus grande puissance de l’univers ». De même que Dieu a créé toutes choses par sa parole, par la foi l’homme transforme les circonstances de sa vie selon les paroles qu’il prononce.

 

Nous pouvons constater 5 problèmes majeurs inhérents à la doctrine de la « confession positive » :

 

1 Mauvais usage de la Parole de Dieu

 

Une malheureuse tendance parmi les adeptes de la « confession positive » consiste à sortir des passages de l’Écriture de leur contexte en ignorant les principes les plus élémentaires de l’étude de texte.

 

L’enseignement intitulé « Le pouvoir de la langue »[5] illustre bien ceci. Le verset 14 de Proverbes 18 y est cité dans la version King James avec une explication erronée. II est dit : « L’esprit de l’homme soutiendra sa faiblesse ; mais qui servira d’appui à un esprit affaibli ? ». On explique ainsi ce verset: « qu’est-ce que cela signifie ? eh bien, seulement ce qu’on lit : c’est que dans notre esprit nous pouvons entretenir les choses mauvaises (qui nous arrivent) ». Malheureusement ceci est presque à l’opposé de la réelle signification du verset. En lisant pratiquement n’importe quelle autre version ou en consultant un commentaire sérieux, l’auteur aurait découvert que Pr 18 : 14 est un hommage aux qualités intérieures d’un homme qui le soutiennent au milieu des infirmités physiques.

 

Un autre exemple est l’usage qu’ils font de Hb 10 : 23 « Retenons solidement la profession de notre foi sans vaciller » (version King James). Au lieu de reconnaître que ce passage se comprend dans le contexte de la justification de l’homme par Dieu au moyen du sang de Jésus-Christ, nombre de « confessants positifs » déclarent que ce passage indique une méthode pour recevoir tout ce qui est confessé avec foi.

 

2 Erreur de compréhension de l’œuvre parfaite de Christ

 

La doctrine de la « confession positive » met souvent l’accent sur les résultats temporels et terrestres de la rédemption sans tenir compte du fait que ces résultats ne sont pas encore réalisés et qu’ils ne sont pas censés l’être. «  …nous aussi, qui avons les prémices de l’Esprit, nous aussi nous soupirons en nous–mêmes, en attendant l’adoption, la rédemption de notre corps.  Car c’est en espérance que nous sommes sauvés. Or, l’espérance qu’on voit n’est plus espérance : ce qu’on voit, peut–on l’espérer encore ? » (Rm 8 : 23 et 24). La perfection de l’œuvre rédemptrice de Christ mentionnée par Esaïe est totale dans son action spirituelle, la purification de l’âme et la libération de l’esprit, mais le croyant ne jouit pas encore de la totalité de cette rédemption dans son corps.

 

3 Déification de l’homme

 

D’après Charles Capps, « l’homme a été créé à l’image de Dieu et à sa ressemblance. II y avait une puissance créatrice qui sortait de la bouche de Dieu or vous avez été créés à l’image de Dieu. Donc, d’après les Écritures et selon ce que Jésus a dit, vous avez le même pouvoir résidant en vous ». Mais les Écritures ne disent pas cela : l’image de Dieu dans l’homme n’inclut pas le pouvoir de créer. Jamais elle ne l’a inclus.

 

Regardons le passage biblique cité par Charles Capps : « Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. » (Gn 1 : 26)

 

  • Le mot traduit par « image » est Ce terme hébreu désigne ce qui constitue la substance de la chose, ce par quoi elle devient ce qu’elle est et qui forme sa réalité, c’est à dire l’intelligence[6] qui vient de Dieu lorsque l’esprit de l’homme retrouve sa totale liberté par l’œuvre expiatrice de Jésus-Christ (Rm 12 : 2 ; Ex 28 : 3, 31 : 3 et 6, 35 : 31 ; Dt 4 : 6 ; 1 Rs 4 : 29 ; Jb 12 : 13 ; Ps 119 : 34 et 73…)[7].

 

  • Ressemblance est la traduction de demouth qui vient de damah qui signifie résoudre, penser, s’imaginer, comparer, juger, décider et ressembler[8].

 

En fait ce verset exprime en quelques mots l’essence même de l’homme, sa caractéristiques propre qui en fait un être à part dans le règne animal : il a une capacité d’analyse, d’imagination, de réflexion mais aussi un accès à la Vie par l’œuvre de Jésus-Christ (Ps 119 : 107, Jn 6 : 35 et 48, 11 : 25, 14 : 6, Ap 21 : 6).

 

Avec ces caractéristiques, Dieu dit à Adam de « remplir la terre et de la soumettre » (Gn 1 : 28). Et il fut placé dans le jardin d’Éden pour « le travailler et en prendre soin » (Gn 2 : 15). Mais nulle part n’est donné à l’homme le pouvoir de créer comme Dieu par la parole ou par un autre moyen.

 

Cette fausse supposition conduit à enseigner que si l’on confesse des choses négatives ou positives celles-ci viennent à exister. Quelqu’un aurait donc la possibilité de créer de la pauvreté ou la maladie, pour lui-même ou pour un autre, s’il s’attend à ces choses et les confesse à voix haute ! Cela revient à déifier l’homme.

 

4 Contradiction avec la foi énoncée dans Hb 11

 

Ironiquement, ceux qui proclament être les vrais docteurs de la foi semblent passer à côté du message d’un des magnifiques textes bibliques sur la foi : Hb 11. D’après la doctrine de la « confession positive », la foi accompagnée de la confession entraîne automatiquement la réalisation concrète immédiate de ce que Dieu a promis. Pourtant la longue énumération des hommes et des femmes de foi de Hb 11 se termine en affirmant que tous ces gens vivaient encore par la foi lorsqu’ils moururent et pour autant ils ne reçurent pas les choses promises ; ils les ont seulement vues et saluées de loin reconnaissant leurs limites terrestres[9] (Hb 11 : 13). Ensuite à la fin du chapitre il est dit : « Tous ceux–là, à la foi desquels il a été rendu témoignage, n’ont pas obtenu ce qui leur était promis » (Hb 11 : 39).

 

5 Négligence de la volonté de Dieu.

 

Ceux qui enseignent la « confession positive », affirment que la « confession positive » est toujours efficace sans se soucier de volonté de Dieu par rapport à ce que l’on confesse. D’après cet enseignement la volonté de Dieu n’entre pas en ligne de compte dans le résultat de la prière ou de la confession.

 

On est en droit de se demander pourquoi, si la « confession positive » est biblique et efficace, il n’est pas enseigné à ceux qui y adhèrent de confesser les choses qui sont clairement la volonté de Dieu :

  • Pourquoi n’enseigne-t-on pas à confesser le salut du monde ?
  • Pourquoi ne confesse-t-on pas la propagation de l’Évangile à des groupes de gens qui n’ont pas encore été atteints ?

 

La foi paraît plutôt limitée, orientée en premier lieu vers les besoins personnels du croyant individuel plutôt que vers la mission que Dieu a confiée à l’Église dans ce monde. Or nous constatons que Jésus n’a jamais prié et obtenu une bénédiction pour Lui. Nous trouvons aussi de nombreux témoignages de disciples de Christ qui, par la prière, ont été des instruments pour la guérison de malades, parfois atteints des mêmes maux qu’eux, alors que leurs prières pour eux-mêmes ne les ont jamais amené à expérimenter la guérison.

 

Pour conclure cette réflexion, citons l’apôtre Paul qui développe l’argument selon lequel il peut y avoir des confessions inexactes : « Ils font profession de connaître Dieu, mais par leurs actes, ils le désavouent » (Tt 1 : 16). Le mot « profession », homologeo, est le même qui a été traduit ailleurs par « confession ». II est possible de faire une confession fausse concernant Jésus ou les promesses de Dieu ou même sur sa propre relation avec Dieu. C’est pourquoi il est primordial que toute profession, à n’importe quel sujet, se fasse en accord avec la vérité et non dans l’erreur.

 

Ce fut la faute que commit l’église de Laodicée, la seule église sur laquelle Jésus n’eut rien de bon à dire. II déclara à cette église, par la bouche de Jean : « Tu dis : je suis riche ; je me suis enrichi et je n’ai besoin de rien ». Telle était sa confession. Jésus continue en disant « Mais tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu » (Ap 3 : 17).

 

La qualité la plus importante pour une confession conforme à la Bible, c’est d’être en plein accord avec Jésus. Prétendre qu’une chose est vraie, ne la rend pas vraie pour autant. Cela conduit seulement la personne qui fait cette confession à être dans la confusion : le mensonge et la vérité deviennent des synonymes !


Notes :

[1] Pasteur américain qui écrit lui-même que l’homme qui l’a le plus influencé dans sa vie est Kenneth Hagin, (l’un des plus fervents enseignants de toutes les hérésies actuelles). Pour justifier son enseignement, il va jusqu’à affirmer que des parties entières de l’Ancien Testament ne sont que des fables et des fictions chaotiques pour illustrer et imager le message biblique.

[2] Fred Price, dans son livre « Comment agit la foi ».

[3] Citation de son livre « Beware! The Lies of Satan » (Prenez garde! Les mensonges de Satan), p. 85.

[4] Charles Capps était agriculteur avant d’entrer dans le ministère de prédicateur

[5] Gem Kakou se présente comme un ministre de l’enseignement. Sa doctrine s’appuie sur la prospérité du chrétien, la confession positive et le combat spirituel

[6] Si cette image avait été matérielle, nous aurions lu le terme rat  toar correspond à la figure de la chose, à ses traits physiques, or il ne s’applique jamais à Dieu. Gn 5-3, Ps 73-20

[7] Nous retrouvons cette idée dans Gn 5 : 3 « Adam, âgé de cent trente ans, engendra  un fils à sa ressemblance, selon son image, et il lui donna le nom de Seth. ». Seth possédait ce qui constitue l’humain dans sa réalité, ce qui est appelé « l’image » d’Adam et « sa ressemblance » comme Adam lui-même avait été créé à « l’image et la ressemblance de Dieu » (Gn 1 : 26). Adam ayant instruit son fils Seth, lui a donné l’intelligence (Rm 3 : 11). Quiconque n’est pas à « l’image et la ressemblance de Dieu » n’est pas un homme, au sens plein du terme, mais un être animé, un animal ayant la figure (rat  toar) de l’homme avec, toutefois, en plus, la domination sur la création (Gn 1 : 28) mais sans l’intelligence  (Rm 3 : 11 ; 2 Pi 2 : 12 et 22).

[8] Il s’agit d’une ressemblance par rapport à une idée ou un sentiment comme « la tristesse de l’un ressemble à celle d’un autre » ; lire Ps 102 : 7 et Ez 1 : 26.

[9] « C’est dans la foi qu’ils sont tous morts, sans avoir obtenu les choses promises ; mais ils les ont vues et saluées de loin, reconnaissant ( homologeo) qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre. » Le terme grec homologeo insiste sur le fait qu’ils étaient pleinement conscients de leurs limites terrestres, comme tous les autres hommes.

L’erreur de la confession auriculaire et ses risques

Dès que l’on emploie le mot « confession » ou « confesser », l’on pense à « la confession catholique » aussi appelée « confession auriculaire ». Sur quel(s) fondement(s) la confession auriculaire est-elle basée ?

 

Dans toute la Parole de Dieu la confession est publique :

 

  • En Israël, au jeûne du Kippour[1], la confession était publique. Ce jour-là, tous les israélites se rassemblaient et confessaient leurs péchés pendant un quart de la journée (Ne 9 :1 à 3).

 

  • Les premiers disciples ont institué la confession publique (Jc 5 : 16).

 

C’est en 1215, au 4ème concile catholique du Latran[2], que la confession publique est remplacée par la confession auriculaire, c’est à dire à l’oreille de l’ecclésiastique. La confession publique de mise dans l’Eglise apostolique (Jc 5 : 16) est abolie vers la fin du 3ème siècle sans toutefois être remplacée par la confession auriculaire instituée par Benoît de Nursie[3], confession qui n’accordait pas le pouvoir de la rémission des péchés. C’est en 758 que la confession auriculaire est introduite en Occident par les ordres religieux d’Orient en remplacement de la confession publique. C’est en 1215 que la confession auriculaire est imposée et rendue obligatoire puis, deux ans plus tard au concile de Trente, elle devient un dogme absolu[4].

 

Nous remarquons la date tardive de la « création » de la confession individuelle et secrète à un autre homme.

 

D’après les termes bibliques grecs, homologeo et exomologeo, traduits par confession (ou profession), il est clair que la confession des péchés et la prise de décision de suivre Jésus-Christ se font à Dieu seul par Jésus-Christ et la glorification du pardon accordé ainsi que la liberté retrouvée en Dieu se font publiquement.

 

En fait, la confession auriculaire n’est rien d’autre qu’une confidence faite à un autre, fusse-t-il prêtre ou pasteur, pour soulager la conscience…

 

En réalité, quelque chose de profondément malsain sous-tend tout le processus de la confession auriculaire. Il existe de nombreux témoignages anciens et récents qui révèlent qu’une grande majorité de confesseurs se laissent peu à peu emporter dans le vice.

 

Le premier des vices est la curiosité malsaine : connaître et savoir le plus de choses possibles de la vie des autres, en particulier de la vie intime, afin d’exercer un pouvoir, une autorité. Plutarque définit la curiosité comme un « désir de connaître les défauts des autres, une maladie qui ne semble être exempte ni de jalousie ni de malignité »[5]. Cette curiosité est aussi étroitement liée à l’orgueil, ce sentiment de supériorité. Au sujet de cette curiosité, Jésus a dit « Pourquoi vois–tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois–tu pas la poutre qui est dans ton œil ? » (Lc 6 : 41 et suivants)

 

Le deuxième vice est la dépravation. Nombres d’aumôniers ont avoué à quel point les confessions qu’ils écoutaient les excitaient et les dépravaient sexuellement. Pour certains d’entre eux, les questions obscènes ne leur suffisaient même plus, ils y ajoutaient des gestes ou même encore des attouchements. Certains ont même été jusqu’à user de la « position avantageuse » que leur procuraient les confessions réalisées[6].

 

Il s’avère que la confession auriculaire aboutit à des résultats complètement opposés à ceux auxquels elle est censée tendre :

 

  • le confessant, même s’il soulage momentanément sa conscience dans une confidence honnête, ne trouve pas la paix. Seul Jésus-Christ, le Fils de Dieu, peut donner la paix dans le pardon des péchés ;

 

  • le confesseur ne peut rien faire pour le confessant[7] et, de plus, il est lui-même soumis à des tentations malsaines.

 

  • Le confessant se retrouve dans une position de dominé : il se place sous l’autorité du confesseur plutôt que de se placer ou de demeurer sous l’autorité de son Seigneur. Or « c’est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Demeurons donc fermes, et ne nous laissons pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude. » (Ga 5 : 1)

 

Certains fardeaux, et en particulier ceux qu’imposent le remord sont parfois lourds à porter seul… Il peut être alors nécessaire de partager ce fardeau avec une personne[8] ancrée dans la Parole de Dieu. Elle ne sera jamais un confesseur mais un frère ou une sœur partageant le fardeau dans la prière et qui aura la sagesse et la discrétion de partager ce fardeau uniquement durant le temps nécessaire à une reconstruction en Christ…


Notes :

[1] Yom Kippour (Jour de l’Expiation en hébreu) est le nom officiel de la célébration juive également connue comme le Jour du Grand Pardon. Ce jour solennel a lieu le dixième jour du mois de Tishri dans le calendrier hébreu. Il est établi d’après le texte biblique de Lv 23 : 27 : « Le dixième jour de ce septième mois, ce sera le jour des expiations : vous aurez une sainte convocation, vous humilierez vos âmes et vous offrirez à l’Eternel des sacrifices consumés par le feu. »

[2] Le quatrième concile œcuménique du Latran (souvent surnommé Latran IV) est le douzième concile œcuménique de l’Église catholique. Il est tenu à Latran en 1215 sur l’initiative du pape Innocent III et réunit environ 800 abbés et 400 évêques dans la basilique romaine dont les papes du Moyen Âge ont fait leur principale résidence. C’est durant ce concile que plusieurs éléments doctrinaux catholiques sont institués : le concept de la transsubstantiation (Le terme transsubstantiation, apparu en 1140, indique le changement de substance du pain et du vin [dans l’église catholique il est impératif que ce soit du vin] de la Sainte Cène en chair et sang véritables de Jésus Christ), l’ordre des curés (nom dérivé du latin «cura animarum », soin des âmes), la confession auriculaire obligatoire au moins une fois par an à Pâques, l’obligation de communier au moins une fois par an à Pâques, la publication des bans à l’occasion des mariages, la nécessité pour les juifs et les musulmans de porter un insigne distinctif…

[3] Benoît de Nursie, ou saint Benoît pour les catholiques et les orthodoxes (vers 480 ou 490 – 547), est le fondateur de l’ordre bénédictin et, plus largement, du monachisme occidental (état et mode de vie de personnes qui ont prononcé des vœux de religion et font partie d’un ordre dont les membres vivent sous une règle commune séparés du monde). Il est considéré par les catholiques et les orthodoxes comme le patriarche des moines d’Occident.

[4] C’est à partir de ce concile que le pouvoir de rémission des péchés est accordé à la confession auriculaire, contrairement à ce qu’affirme Jésus : « Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » (Jn 14 : 6)

[5] Victor Bétolaud, Œuvres complètes de Plutarque – Œuvres morales, t. I , Paris, Hachette, 1870.

[6] Il existe un grand nombre de confessions de prêtres qui, ne se satisfaisant plus des descriptions orales, demandaient des mimes, voire des attouchements… Un ancien prêtre québécois, Charles Chiniquy (1809 – 1899), devenu pasteur presbytérien après 20 ans de prêtrise, a écrit plusieurs ouvrages relatant des confessions de prêtres et exprimant son dégoût de la confession, mettant en garde contre ses dérives quasi-systématiques. (C’est alors qu’il était attaqué en justice par les représentants de l’église catholique, qu’il connut Abraham Lincoln, alors avocat, et qu’une solide amitié naquit entre les deux hommes qui se rencontrèrent souvent. Des révélations que fit le prêtre au sujet de conversations qu’il eut avec Lincoln, d’aucuns défendent l’idée que ce Président des Etats-Unis fut assassiné à la suite d’un complot jésuite).

[7] Nul homme n’a le pouvoir de pardonner les péchés si ce n’est le Fils de l’homme, Jésus. (Mc 2 : 7 à 11)

[8] Il est sage que ce confident soit une personne du même sexe ou un couple.

Sens grec du mot confesser

Le concept biblique de « confession » dépasse l’enseignement restrictif que l’on donne concernant la confession des péchés. Pourtant des chrétiens ont utilisé le mot biblique de confession pour lui prêter une signification qui est étrangère à la fois à l’enseignement et à l’usage qu’en fait la Parole de Dieu.

 

Le mot « confesser » et ses dérivés sont la traduction de deux mots dans le Nouveau Testament : homologeo et exomologeo. Le premier signifie « dire la même chose qu’un autre, c’est à dire être en accord, consentir, dire ouvertement, reconnaître » et le second provient de la construction du premier avec la préposition dénotant de l’origine de l’idée ou de l’action ex[1], donnant un sens différent correspondant au mot français « professer » mais il signifie aussi « glorifier, célébrer, donner des louanges, accepter, s’engager ». En fait ces deux mots sont complémentaires : homologeo se rapproche du mot français « confession » qui porte la notion de rapprochement, de ralliement à un groupe de personnes, d’échange avec plusieurs (Etymologiquement, la confession de foi est une proclamation d’appartenance à un groupe) et exomologeo de « profession » qui est une déclaration individuelle ouverte et publique d’une croyance et/ou d’une foi (Etymologiquement, la profession de foi correspond à une clameur de ce que la personne croit individuellement).

 

1 Nous devons professer ( exomologeo) nos péchés.

 

C’est dans ce sens que le mot confession est le plus souvent compris. Les disciples de Jean-Baptiste étaient baptisés dans le Jourdain « en professant[2] leurs péchés » (Marc 1 : 5). A Éphèse, les croyants professèrent ( exomologeomai) ouvertement leurs mauvaises actions (Actes 19 : 18). Toutefois, cette profession personnelle doit se faire en accord avec la Parole de Dieu, c’est à dire dans la conscience d’intégrer l’Eglise, corps de Christ car dans le texte « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner et pour nous purifier de toute iniquité » (1 Jn 1 : 9), c’est homologeo qui est employé. Or homologeo, composé de  homou (ensemble avec, en même temps) et de logos[3], insiste sur le fait de s’accorder avec Christ, la parole faite chair (Jn 1 : 14) et son corps, l’Eglise (1 Co 12 : 27).

 

2 Nous devons confesser, reconnaître ( homologeo) Jésus-Christ et l’Évangile de Jésus-Christ.

 

Paul écrit : « …ils glorifient Dieu de votre obéissance dans la confession[4] de l’Evangile de Christ… » (2 Co 9 : 13). Paul utilise le mot dans le même sens lorsqu’il écrit à Timothée au sujet de sa « belle confession ( homologia) devant un grand nombre de témoins » (1 Ti 6 : 12). C’est cette confession du nom de Jésus qui concrétise le salut : « Si tu confesses ( homologeo) le Seigneur Jésus et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. » (Rm 10 : 9). L’auteur de l’épître aux Hébreux indique tantôt « la foi que nous confessons ( homologia) » (Hb 4 : 14), tantôt « l’espérance que nous professons ( homologia) » (Hb 10 : 23), mais dans tous les cas, il est fait clairement référence à Jésus-Christ et à la relation avec Dieu qui nous est offerte par le moyen de l’Évangile.

 

3 Nous devons professer, proclamer ( exomologeo) notre décision personnelle de suivre Jésus-Christ en « rendant gloire à Dieu ».

 

La version des Septante utilise fréquemment le mot grec exomologeo (professer) pour traduire le mot hébreu  yadah qui signifie louange ou honneur comme Paul le fait lorsqu’il cite 2 Sm 22 : 50 et Ps 18 : 49 en écrivant « …les païens glorifient Dieu à cause de sa miséricorde, selon qu’il est écrit : C’est pourquoi je te louerai ( exomologeo) parmi les nations, Et je chanterai à la gloire de ton nom. » (Rm 15 : 9) Le même mot est utilisé dans le sens de louer ou remercier dans Matthieu 11 : 25 et Luc 10 : 21 lorsque Jésus rend gloire à son Père.

 

Hébreux 13 : 15 fait écho à cette idée de louange mais collective, à l’unisson du corps de Christ : « C’est pourquoi, par Jésus, offrons continuellement à Dieu un sacrifice de louanges, le fruit de lèvres qui confessent ( homologeo) Son nom ». La véritable adoration spirituelle ne peut être offerte à Dieu sans cette profession publique, libre et personnelle du nom de Jésus-Christ avec ceux qui le vivent aussi.

 

4 Nous devons confesser, reconnaître ( homologeo) nos limites.

 

Dans Hb 11 : 13, les gens de foi saluèrent de loin les choses promises. Ils les virent mais ne les reçurent pas : « C’est dans la foi qu’ils sont tous morts, sans avoir obtenu les choses promises ; mais ils les ont vues et saluées de loin, reconnaissant ( homologeo) qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre. » Ainsi au seuil du pays promis, les patriarches reconnaissaient devant la mort qu’ils étaient étrangers sur la terre, comme tous les autres hommes, mais qu’ils savaient être dans le dessein de Dieu pour l’accomplissement de ses promesses.

 

 

Comme l’impliquent les mots grecs homologeo et exomologeo, la confession des péchés revient à exprimer notre accord avec Dieu au sujet de notre péché : nous sommes privés à cause de lui de la communion et communication avec notre Créateur, et notre intégration dans le corps de Christ, l’Eglise. Jacques résume parfaitement ceci lorqu’il écrit « Professez[5] ( exomologeomai) vos péchés les uns aux autres et priez les uns pour les autres pour que vous soyez guéris » (Jc 5 : 16). Il établit une relation entre la profession personnelle des péchés pour en demander le pardon, la louange issue de la reconnaissance de notre cœur d’avoir été pardonné et donc purifié, la communion avec les frères et sœurs qui vivent la même grâce et l’exaucement de la prière pour la guérison personnelle et communautaire.


Notes :

[1] Ce mot se prononce parfois « ek ».

[2] Le texte de plusieurs traductions comporte le mot «confession » alors qu’il s’agit du verbe grec exomologeo.

[3] Dans Jean, le mot dénote la Parole essentielle de Dieu, Jésus-Christ, la sagesse et le pouvoir en union avec Dieu, son ministre dans la création et le gouvernement de l’univers, la cause de toute vie sur terre, physique et morale; Jésus qui est venu dans une nature humaine pour procurer le salut à l’humanité, le Messie, la seconde personne de la trinité, qui brille éminemment par ses paroles et ses actions. Un philosophe Grec Héraclite, a le premier utilisé le terme Logos vers 600 av. J.C pour désigner la raison divine ou le plan qui coordonne l’univers ; lire Col 1 : 16.

[4] Le texte de plusieurs traductions comporte le mot « profession » alors qu’il s’agit du verbe grec homologia.

[5] Les traductions utilisent le mot « confessez ».

La révolte des Taïpings ou Manquer le but

On parle peu de la révolte des Taïpings vaincue par le général Gordon ! Peut être est-ce parce que la Bible y a joué un rôle important…

 

A la fin du 19ème siècle, en Chine, toutes les places des fonctionnaires étaient accessibles sur concours. Les examens avaient lieu dans diverses villes. À Canton[1], 30 000 étudiants concouraient au même moment. 300 seulement étaient reçus. Le premier de chaque ville était invité à dîner chez l’empereur qui lui remettait lui-même son diplôme. Le succès assurait de hautes places et de beaux traitements. L’aristocratie de Chine n’était pas une aristocratie d’argent mais de lettres.

 

En 1850, le missionnaire baptiste américain Assachar Roberts offrit l’hospitalité pendant les examens à plusieurs de ces concurrents parmi lesquels il y en avait de très pauvres… Ainsi, l’offre de l’étranger fut accueillie avec joie.

 

M. Roberts prévint ses hôtes que les chrétiens avaient l’habitude de lire leurs livres saints, la Bible, et de prier le vrai Dieu le matin et le soir. Il les invita à assister au culte tout en les laissant parfaitement libres. Il savait toutefois que le savoir vivre de la culture chinoise les amènerait à accepter son invitation. Un étudiant du nom de Hung fut profondément impressionné par la lecture des Écritures.

 

Hung obtint son diplôme. Avant de partir, il demanda à emporter un certain nombre de livres saints pour les distribuer à ses amis afin d’arriver à une décision au sujet de leurs doctrines. Le résultat fut la conversion de Hung et de plusieurs lauréats du concours. Ces nouveaux convertis s’employèrent avec zèle à répandre la connaissance de la vérité, chacun dans son district. Et rapidement les temples bouddhistes se vidèrent.

 

Les autorités prirent peur, craignant d’être en présence de quelque société secrète, et interdirent les réunions des chrétiens. Hung exposa la vérité, déclarant qu’ils étaient bons citoyens et qu’ils avaient simplement accepté et reçu Jésus-Christ comme Sauveur. Les autorités refusèrent de le croire : « il est certain que si une société secrète avait été fondée, elle n’aurait pas pu mieux s’y prendre pour se cacher que de se prétendre une société de chrétiens ».

 

Le vice-roi de la province les menaça de s’emparer d’eux s’ils ne renonçaient pas à leurs réunions et envoya un régiment pour les faire prisonniers. Les nouveaux convertis et leurs amis qui étaient plusieurs centaines, montèrent au sommet d’une colline. Les soldats entourèrent la colline et commencèrent à gravir ses pentes.

 

Les chrétiens s’agenouillèrent et demandèrent à Dieu de les guider. Alors, par une impulsion soudaine, tous se mirent à courir en descendant les pentes escarpées de la colline en direction des soldats, en criant comme l’avait fait des siècles auparavant Gédéon et ses hommes ! (Jg 7) Effrayés, les soldats jetèrent leurs armes et s’enfuirent. Les nouveaux convertis s’emparèrent de ces armes et aussitôt prêtèrent serment de n’avoir qu’un seul but, établir la liberté religieuse.

 

Ils franchirent une distance égale à celle qui sépare Paris de Moscou pour se rendre à Beijing[2], incorporant en route ceux qui reçurent leur témoignage et se joignirent à leur dessein, parmi lesquels se trouvaient des soldats impériaux.

 

Hung, le chef, établit des règles strictes : Pas de pillage, pas d’opium, pas de vandalisme… On pouvait seulement accepter des dons volontaires. Quiconque profanerait la sainteté du foyer serait fusillé sur le champ. Pour enseigner ceux qui le suivaient, il publia une édition spéciale des Écritures. Le nom de Taïping signifie grande paix. En 1851, il commandait 300 000 hommes.

 

Mais le mouvement dégénéra. Le pouvoir grisa Hung. Il y avait en lui du fanatique et du visionnaire. Il y eut des excès. On a calculé que vingt millions d’hommes périrent sous les coups de son armée. En 1864, le général Gordon triompha de la rébellion des Taïpings.

 

Une fois de plus, la grâce que Dieu donna à un homme ou un petit groupe d’hommes a été détourné de son but par la vanité, l’orgueil… Si ces hommes avaient suivi la volonté de Dieu, qu’en serait-il de la Chine aujourd’hui ?


Notes :

[1] Ville du Sud de la Chine.

[2] Il s’agit de la ville de Pékin. En chinois, Beijing signifie « la capitale du Nord ».

Le mouchoir blanc

L’homme était assis à même le trottoir, à côté de l’arrêt de bus, les yeux rivés sur les pavés. Quelques passants se retournèrent pour le toiser; sa barbe de quelques jours, ses épaules affaissées et ses chaussures éculées attiraient les regards. Mais il n’en était pas conscient car il revivait sa vie. Il n’était plus un clochard famélique qui avait passé la nuit précédente sous l’arche d’un pont de chemin de fer, il était un petit garçon qui vivait dans une petite maison de briques rouges située au bout de la rue voisine, il y avait maintenant plus de 20 ans. Peut-être la maison avait-elle depuis longtemps été rasée au bulldozer. Il espérait seulement qu’ils n’avaient pas écrasé le parterre de pensées. C’était étrange comme il pouvait nettement se souvenir des pensées, de la balançoire que son papa avait faite pour lui, et du sentier sur lequel il avait appris à faire du vélo. Ils avaient économisé pendant des mois pour acheter ce vélo.

 

Il haussa les épaules avec impatience, car l’éclat de ces images le blessait, et sa mémoire se déplaça dans une autre décennie. Le vélo avait été échangé contre une motocyclette, et il commençait alors à rentrer moins souvent à la maison. Il avait une bonne place à l’époque, et des amis à foison. Maman et papa avaient l’air un peu triste et ils commençaient à grisonner, en tout cas les bistrots étaient nettement plus amusants. A dire, il ne tenait pas tellement à rappeler ces années-là à sa mémoire, pas plus qu’il ne se souvenait avec plaisir du jour où, ses dettes s’étant amoncelées, il était rentré dans l’intention de demander de l’argent. Ses parents lui avaient préparé une tasse de thé et il n’avait pas aimé mentionner la raison de sa venue. Mais il savait exactement où son père gardait l’argent, et quand plus tard ils sortirent dans le jardin, ce fut pour lui un jeu d’enfant de prendre ce qu’il voulait.

 

C’était la dernière fois qu’il les avait vus. Après ça, il n’avait pas voulu revenir à la maison, et ils avaient perdu sa trace. Il était parti à l’étranger, et ils ignoraient tout de ces années d’errance, de la peine qu’il avait dû purger en prison. Mais la nuit, au fond de sa cellule, il avait beaucoup pensé à eux. Parfois, quand il se tournait et se retournait tout éveillé sur sa couche, et que la clarté de la lune progressait sur le mur, il avait tout loisir de se poser des questions. Une fois libre, il serait ravi de les revoir, s’ils étaient encore en vie, toujours en supposant qu’eux, ils aient encore envie de le revoir, lui…

 

Quand son temps fut expiré, il trouva un emploi en ville. Mais il ne put s’y fixer. Quelque chose semblait l’attirer à la maison, une impulsion à laquelle il ne pouvait se dérober. Chaque fois qu’il allait faire un tour, quelque chose, un parterre de pensées, un enfant sur une balançoire, un petit garçon rentrant de l’école en courant, lui rappelait la petite maison de briques rouges.

 

Il ne voulait pas débarquer sans un sou vaillant, aussi couvrit-il à pied ou en stop une bonne partie du trajet de retour. Il aurait pu arriver plus tôt à destination, mais après une trentaine de kilomètres, il fut soudain submergé de doutes: quel droit avait-il de rentrer de la sorte? Pourraient-ils jamais faire la relation entre l’homme hagard qu’il était devenu et le petit garçon qu’ils avaient aimé et qui les avait si cruellement déçus?

 

Il acheta de quoi manger et passa le plus clair de cette journée assis sous un arbre. La lettre qu’il posta ce soir-là était courte, certes, mais il avait mis des heures à l’écrire. Elle se terminait par ces mots: «Je sais qu’il est déraisonnable de ma part de supposer que vous tenez encore à me recevoir… Aussi, est-ce à vous de voir. En tout cas, je viendrai au bout de la route, jeudi, tôt le matin: si vous voulez que je rentre, suspendez un mouchoir blanc à la fenêtre de mon ancienne chambre à coucher; si je vois le mouchoir, je viendrai, sinon je dirai adieu à la vieille maison et je passerai mon chemin.»

 

Le jeudi matin étant arrivé, il se trouva au bout de la rue. La maison était toujours là. Mais maintenant qu’il était sur place, il n’était plus du tout pressé. Il était assis à même le trottoir, les yeux rivés sur le pavé.

 

Eh bien, il ne pouvait pas repousser indéfiniment sa visite, après tout il n’était pas impossible qu’ils aient déménagé. Au cas où le mouchoir ne serait pas là, il ferait sa petite enquête avant de quitter définitivement la ville. Ils pouvaient très bien être là et simplement ne pas vouloir de lui. Mais il n’avait pas encore eu le courage de faire face à cette éventualité, ni d’imaginer ce qu’il ferait dans pareil cas.

 

Il se leva péniblement, car il était engourdi à force de dormir à la belle étoile et la rue était toujours dans l’obscurité. Grelottant quelque peu, il marcha en silence vers le vénérable platane d’où il savait qu’il pourrait voir la vieille maison aussi nettement que possible. Il n’y jetterait pas un seul coup d’oeil avant d’arriver à cet endroit-là.

 

Il se tint un long moment sous les rameaux, les yeux clos. Puis il respira un bon coup et risqua un oeil. Alors il resta pétrifié, regardant encore et encore, sans se lasser.

 

Déjà le soleil dardait ses rayons sur la petite maison de briques rouges, qu’on ne pouvait honnêtement plus désigner ainsi car chaque mur était festonné de blanc. A chaque fenêtre pendaient des draps, de taies d’oreiller, des torchons, des nappes, des mouchoirs et des serviettes de table, et des rideaux de mousseline blanche étaient étendus sur le toit, accrochés à la fenêtre en mansarde. La petite maison de briques rouges avait l’air d’un chalet emmitouflé de neige, qui rayonnait dans la clarté du matin.

 

Ses parents n’avaient voulu prendre aucun risque!

 

L’homme se redressa et laissa échapper un soupir de soulagement. Puis il remonta la rue en courant et entra tout droit par la porte grande ouverte.

 

Note:

Comme un père a compassion de ses enfants, l’Eternel a compassion de ceux qui le craignent (Psaume 103.13).

Que le méchant abandonne sa voie et l’homme d’iniquité ses pensées, qu’il retourne à l’Eternel, qui aura pitié de lui, à notre Dieu qui ne se lasse pas de pardonner (Esaïe 55.7).

Georges Borrow, traducteur de Bibles

Un intrépide « vagabond pour la cause de l’évangile »

 

On raconte qu’à l’âge de 18 ans, George Borrow connaissait 12 langues. Deux ans plus tard, il était en mesure de traduire en 20 langues « avec aisance et élégance ».

 

En 1833, la Société Biblique Britannique et Etrangère[1], située à Londres, convo­que cet homme singulièrement doué pour un entretien. Ne pouvant financer son dé­placement mais déterminé à ne pas lais­ser passer cette occasion favorable, Borrow, âgé de 30 ans, parcourt à pied la distance de 180 kilomètres depuis Norwich, où il habite, en 28 heures…

 

La Société Biblique lui propose de relever un défi : apprendre en six mois le mandchou[2], une langue parlée dans certaines régions de Chine. Il demande un livre de grammaire mais on ne peut lui fournir qu’un exemplaire de l’évangile selon Matthieu en mandchou et un dictionnaire mandchou-français. Mal­gré cela, il écrira dix-neuf semaines plus tard à Lon­dres : je suis parvenu à maîtriser le mand­chou avec, précise-t-il, le soutien de Dieu. Prouesse d’autant plus impressionnante qu’il aurait, dans le même temps, corrigé la traduc­tion de l’Évangile selon Luc en nahuatl[3], l’une des langues indigènes du Mexique !

 

La Bible en mandchou

 

Au 17ème siècle, pour la première fois, un sys­tème d’écriture pour le mandchou avait été mis au point ; il utilisait des caractères em­pruntés à l’alphabet ouïgour[4] arabe[5]. En Chine, il avait été alors adopté dans les hautes sphères impériales.

 

Même si son usage s’est un peu perdu depuis[6], des membres de la Société Biblique ont hâte d’imprimer et de distribuer des bibles en mandchou. Vers 1822, ils financent une édition à 550 exemplaires de l’évangile se­lon Matthieu, traduit par Stepan Lipoftsoff[7]. Mais à peine la diffusion commencée des quelques exemplaires de cette édition imprimée à Saint Petersbourg qu’une inondation en détruit tout le stock ![8]

 

Une traduction de l’ensemble des Ecritures grecques chrétiennes ne tarde pas à suivre. L’intérêt pour la Bible augmente quand on découvre, en 1844, un manuscrit ancien d’une version de la quasi-totalité des écritures hé­braïques[9]. La Société Biblique se demande bien qui pour­rait coordonner la révision des parties déjà tra­duites, puis achever le travail. Elle confie à George Borrow le soin de mener à bien cette entreprise.

 

En Russie

 

A son arrivée à Saint-Pétersbourg, Bor­row s’investit dans l’étude du mandchou, de manière à pouvoir corriger la traduction et préparer un texte de la Bible bien plus fia­ble. Mais la tâche est ardue ; il participe treize heures par jour à la composi­tion des polices de caractères nécessaires à l’impression du Nouveau Testament, qui sera qualifié de « magnifique édition d’une oeuvre orientale ». Mille exemplaires sont imprimés en 1835. Toutefois, le projet auquel Borrow tenait beaucoup et qui consistait à aller les diffuser en Chine, est contrarié. Le gouverne­ment russe, craignant que cette démarche ne soit perçue comme une oeuvre missionnaire qui risquerait de menacer les relations ami­cales entre les deux pays, interdit à Borrow de se rendre près de la frontière chinoise, avec ne serait-ce « qu’une seule Bible en mand­chou sur lui ».

 

Quelques exemplaires sont distribués une dizaine d’années plus tard et, en 1859, des traductions des Évangiles selon Matthieu et Marc, présentés sur deux colonnes parallèles, l’une en chinois, l’autre en mandchou, sont éditées. Seulement, à cette époque, la plupart des gens capables de lire le mandchou pré­fèrent maintenant le chinois ; l’idée d’une Bible complète en mandchou perd donc de son intérêt. Pour tout dire, le mandchou se meurt et ne tardera pas à être complètement supplanté par le chinois. Il l’est effectivement vers 1912 lorsque naît la République chi­noise[10].

 

La péninsule Ibérique

 

Stimulé par tout ce qu’il a vécu, George Bor­row retourne à Londres. En 1835, il est envoyé au Portugal et en Espagne, « afin de détermi­ner dans quelle mesure les gens étaient prêts à recevoir les vérités du christianisme », écrira-t-il plus tard. Ces pays n’ont alors pratique­ment pas été touchés par la Société Biblique du fait des troubles politiques et sociaux qui y règnent[11]. Borrow apprécie particulièrement les conver­sations bibliques qu’il a dans les villages du Portugal mais bientôt, il doit faire face à l’apa­thie et à l’indifférence religieuses, ce qui l’in­cite à gagner l’Espagne[12].

 

L’Espagne présente un autre défi à relever :

 

S’exprimant dans leur langue[13], Borrow noue rapidement des liens étroits avec les Gitans en particulier. Peu de temps après son arrivée, il entreprend de traduire le Nouveau Testament en langue gitane. Pour cela, il propose à deux gitanes de l’aider. Il leur lit la version espagnole pour la lui traduire. Ainsi il apprend à employer correctement les idiomes gitans. Il est récom­pensé de ses efforts en 1838, au printemps, quand l’Évangile selon Luc est publié. Un évê­que s’exclame alors au sujet de Borrow : « Il va convertir toute l’Espagne grâce à la langue gi­tane ! »

 

George Borrow avait reçu la permission de la Société Biblique de trouver « une personne compétente pour tra­duire la Bible en basque[14] ». Cette tâche est confiée à un certain Dr Oteiza, médecin « versé dans ce dialecte, dont j’ai moi-même quelque savoir », écrira Borrow. En 1838, l’Évangile selon Luc est le premier livre de la Bible à paraître en basque espagnol.

 

Enflammé du désir d’éclairer les gens du peuple, Borrow fait de longs voyages, souvent périlleux, pour distribuer des Evangiles parmi les pauvres des campagnes. Il croit pou­voir les affranchir de l’ignorance religieuse et de la superstition. Leur dévoilant l’inuti­lité des indulgences qu’ils paient[15], il tient ce raisonnement : « Se peut-il que Dieu, qui est bon, approuve le commerce lucratif de la piété ». Redoutant qu’une telle action iconoclaste conduise à l’interdiction de ses activités, la Société Biblique lui demande de se concentrer uni­quement sur la diffusion des Écritures.

 

Borrow obtient la permission orale de la Société Biblique d’im­primer El Nuevo Testamento, une version es­pagnole du Nouveau Testament sans les no­tes doctrinales de l’église catholique romaine. Cela se fait malgré l’opposition du premier ministre qui quali­fie cette traduction de dangereuse et de « livre rempli d’erreurs ». Borrow ouvre ensuite un dé­pôt à Madrid afin de vendre ce Nouveau Testament espagnol, étape qui l’amène à se heur­ter aussi bien au clergé qu’aux autorités. Il est condamné à 12 jours d’emprisonnement. Il proteste et, du coup, on le prie de quitter les lieux sans faire de scandale. Sachant pertinem­ment qu’il est illégal de le mettre en prison, il mentionne ce qui est arrivé à l’apôtre Paul et choisit de rester jusqu’à ce qu’il soit totalement in­nocenté et que son nom soit lavé de tout opprobre. (Ac 16 : 37)

 

Alors que son émissaire zélé s’apprête à quit­ter l’Espagne, en 1840, la Société Biblique rapporte : « Près de 14 000 exemplaires des écritures ont été mis en circulation en Espagne ces cinq dernières années. » Borrow, qui a grandement contribué à cette diffusion, parle des mo­ments qu’il a vécus en Espagne comme « des années les plus heureuses de son existence ».

 

L’ouvrage La Bible en Espagne, pu­blié en 1842, et qui continue d’être imprimé, contient le récit vivant et autobiographique des voyages et des aventures de George Bor­row. Dans cette oeuvre, qui connaît un suc­cès immédiat dès sa sortie, Borrow se pré­sente comme un « vagabond pour la cause de l’évangile ». Il écrit : « J’avais l’intention de me rendre dans les endroits inaccessibles et retirés des collines et des montagnes escar­pées, et de parler aux gens, à ma façon, de Christ ».

 

De par l’enthousiasme avec lequel il a tra­duit et diffusé les Ecritures, George Borrow a ouvert la voie à d’autres. Quel précieux pri­vilège !


Notes :

[1] La British and Foreign Bible Society est connue sous le nom de Société Biblique. Cette société, qui cherche à traduire la Bible afin que tous puissent y avoir accès, a été créée en Mars 1804.

[2] Les Mandchous sont un peuple d’Asie vivant principalement en Mandchourie. Les Jurchens prirent le nom de Mandchous quand ils envahirent la Chine au 17ème siècle.

[3] Le nahuatl, qui dérive probablement de nāhuatlahtōlli, signifiant « parole claire, harmonieuse, qui rend un bon son » est un groupe de langues parlées au Mexique et au Salvador par les nahuas (groupe ethnique duquel les Aztèques et les Pipils faisaient partie). Le nahuatl reste la langue indigène la plus parlée au Mexique. Elle compte plus de 1,5 millions de locuteurs.

[4] L’ouïghour est une langue appartenant au groupe des langues turques de la famille des langues altaïques. Il est parlé en Asie centrale, principalement au Xinjiang (huit millions de locuteurs), et au Kazakhstan. En français, on peut trouver le nom écrit sous les formes suivantes : ouïgour, ouigour, ouighour, uigur. Il existe deux écritures ouïghour : l’écriture arabe ouïghoure et l’écriture latine ouïghoure.

[5] L’ouïghour appartient aux langues turques de l’est.

[6] L’ouïghour est parlé par 8,5 millions de personnes (chiffres de 2004) en Chine, principalement dans la province de Xinjiang. L’ouïghour est aussi parlé par 300 000 personnes au Kazakhstan et il existe des communautés ouïghourophones en Afghanistan, en Australie, en Allemagne, en Inde, en Indonésie, au Kirghizstan, en Mongolie, au Pakistan, en Arabie saoudite, à Taïwan, au Tadjikistan, en Turquie, au Royaume-Uni, en France aux États-Unis et en Ouzbékistan.

[7] Membre du ministère russe des Affaires étrangères qui a passé 20 ans en Chine.

[8] Voir « Quand le feu intervient »

[9] Cette année-là, Tischendorf part pour le Proche Orient à la recherche de manuscrits bibliques. Après bien des pérégrinations infructueuses, il arrive (par hasard ?) au couvent Sainte Catherine, sur le Sinaï (construit en 565 par l’empereur Justinien). Il remarque dans une corbeille de vieux manuscrits, des feuillets de parchemin, qu’on s’apprête à brûler, étant jugés trop vieux pour continuer à être utilisés. Il les examine et se rend compte qu’il s’agit de manuscrits parmi les plus anciens que l’on connaissait alors. Il peut en emporter quelques pages mais pas la totalité. Revenu du monastère dix ans plus tard, il ne parvient pas à retrouver les feuillets manquants. La veille de son départ, discutant avec l’économe, celui-ci lui montre des manuscrits bibliques qu’il utilise lui-même : ce sont les feuillets manquants du précieux Codex. Il y eut de nombreuses tractations et l’intervention du tsar de Russie pour que Tischendorf puisse acheter ces documents. Ils composent aujourd’hui le Codex Sinaïticus (voir « 41 Mc 004-015 001 L’apparition de Codex Grecs corrompus »), publié en 1868. L’URSS l’a revendu au British Museum de Londres à Noël 1933 pour £ 100 000. Il est souvent souligné que ce Codex pourrait être l’une des 50 Bibles commandées en 331 par l’empereur Constantin à Eusèbe de Césarée.

[10] Durant la conquête mandchoue, ces derniers envahirent la Chine et fondèrent la dynastie Qing, qui régna sur la Chine durant près de trois siècles jusqu’à ce qu’en 1911, la république de Chine soit proclamée par Sun Yat-sen. Sun Yat-sen était un leader révolutionnaire et un homme d’État chinois, considéré comme « le père de la Chine moderne ». Il a une influence significative dans le renversement de la dynastie Qing, dont le dernier représentant a été Pu Yi et l’émergence de la République de Chine. Sun Yat-sen, l’un des fondateurs du Guomindang, est le premier président de la République de Chine en 1912 et son leader de 1923 à 1925. Il développe une philosophie politique connue sous le nom des Trois principes du peuple (nationalisme, démocratie et bien-être du peuple).

[11] Au début du 19ème siècle, le Portugal vit une crise due au départ de la famille royale pour le Brésil, ainsi que par les conséquences destructrices des invasions napoléoniennes, la domination anglaise sur le Portugal et l’ouverture des ports du Brésil au commerce mondial (1808) qui y transfert une partie de l’activité économique provoquant la ruine de nombreux commerçants portugais. Jusqu’à la chute de Franco, le Portugal a connu de multiples soulèvements de la population ou de militaires, des mutineries, des révoltes… Il y eut une période de calme de 1838 à 1846 ; une nouvelle constitution de compromis est imposée à la suite de la révolte dite de l’Arsenal en 1838.

[12] A cette époque, l’Espagne se trouve entre deux crises. Entre 1818 et 1830, les colonies espagnoles d’Amérique latine obtiennent leur indépendance sauf Porto Rico, Cuba et les Philippines ; la mort de Ferdinand VII (1833) entraîne une crise dynastique qui débouche sur une guerre civile ; le règne d’Isabelle II (1843-1868) est impopulaire et agité.

[13] Le caló, la langue des gitans d’Espagne, vient du romaní, une langue qui appartient à la famille indo-iranienne. Le romaní est la langue des gitans. Ils sont généralement bilingues car ils parlent la langue du pays où ils s’installent. Leur langue reçoit donc les influences de la langue du pays d’accueil. Le caló, la langue des calés c’est à dire des gitans espagnols, a des traits du castillan.

[14] Le basque (euskara) est une langue parlée au Pays basque (France et Espagne). Le nombre total de locuteurs n’a cessé de baisser et est aujourd’hui de 1 063 700 (statistique 2006).

[15] Les indulgences sont des rémissions totales ou partielles qu’accorde l’église catholique pour des péchés déjà pardonnés et effacés. Elles sont dénoncées d’abord par John Wyclif (1320-1384) et Jan Hus (1369-1415), qui remettent en cause les abus. Parmi ceux-ci, on peut citer l’indulgence accordée en 1506 pour quiconque aiderait à la construction de la nouvelle basilique Saint-Pierre. C’est également l’époque du scandale lié au dominicain Johann Tetzel, chargé en 1516-1517 de vendre les indulgences au nom d’Albert de Brandebourg, archevêque de Mayence, intéressé à la vente par une commission de 50% promise par la Curie. On lui attribue alors le slogan : « aussitôt que l’argent tinte dans la caisse, l’âme s’envole du Purgatoire ». La pratique des indulgences est donc de plus en plus perçue comme une forme de corruption au cours du 16ème siècle. Martin Luther attaque, quant à lui, le principe même de la pratique dans ses 95 Thèses de Wittenberg