James Bartley ou l’expérience impossible de Jonas

Des critiques superficiels et incroyants trouvent bien difficile de croire que Jonas ait réellement été englouti par un gros poisson, qu’il ait séjourné trois jours et trois nuits dans son estomac, et qu’ensuite il ait été dégorgé vivant sur la plage.

 

Tout d’abord, remarquons. qu’on ne peut croire sincè­rement en Jésus-Christ et mettre en doute l’histoire de Jonas, car il a apposé son sceau sur ce sujet difficile en disant : « De même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d’un grand poisson, de même le Fils de l’Homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre » (Mt 12 : 40). Il rejette ainsi d’emblée, —du moins aux yeux de ses disciples, — l’idée que cette histoire ne serait qu’une allégorie, comme le pensent cer­tains critiques. Car si ce n’est qu’allégoriquement que Jonas a été dans le ventre d’un grand poisson, il s’ensuit que ce n’est aussi qu’allégoriquement que Christ a été trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. Voilà bien un exemple qui montre comment, en rejetant l’Ancien Testament, on prépare la route qui conduit à rejeter aussi Christ lui-même et ses paroles.

 

Remarquons que le terme employé par Jésus-Christ, et qu’on traduit souvent par « baleine », serait mieux rendu par « monstre marin » ou « grand poisson ». Nulle part dans le livre de Jonas il n’est dit que ce fut une baleine qui engloutit le prophète. Ainsi tombent à plat toutes les plaisanteries des railleurs qui demandent de quelle grosseur est le gosier d’une baleine.

 

Remarquons en outre le terme employé (Jon 2 : 1) « L’Eternel fit venir un grand poisson pour engloutir Jonas ». Le verbe traduit par « fit venir » (manah) signi­fie « désigner », « choisir en vue d’un certain but » ; ce passage signifie donc que le Dieu de toute la création avait choisi un certain poisson dont les dimensions et les autres caractéristiques convenaient à l’emploi qu’il en vou­lait faire, tant pour donner une leçon à Jonas que pour donner aux Juifs un « signe » de la résurrection de Christ.

 

Il est fort probable que le « poisson » choisi était plu­tôt un cachalot ; car rien dans sa constitution ne l’empê­cherait d’avaler deux ou même trois hommes…

 

Feu M. Frank Bullen, l’auteur bien connu de « La Croi­sière du Cachalot », et qui est un témoin digne de foi, atteste qu’il a aidé lui-même à capturer des cachalots de 21,33 mètres de long et d’une grosseur proportionnelle. Le capitaine du « Cachalot » estimait le poids d’un cacha­lot à quinze tonnes. On trouva une fois un requin de près de cinq mètres de long dans l’estomac d’un cachalot.

 

  1. Bullen affirme aussi que le cachalot vomit fréquemment en mourant, le contenu de son estomac. Une fois, dit-il, un énorme cachalot vomit une quantité colos­sale d’aliments, formant un tas de plus de deux mètres cubes…

 

La seule difficulté réelle, à première vue, c’est de com­prendre comment Jonas a pu vivre si longtemps dans une telle prison. Cependant il est arrivé récemment un cas solidement authentique d’un homme avalé par un cachalot, et pourtant secouru vivant après un séjour assez prolongé dans l’estomac du monstre.

 

Il en a paru deux comptes rendus au moins, parfai­tement d’accord jusque dans les moindres détails et M. de Parville, rédacteur au Journal des Débats, que son nom met à l’abri de tout soupçon de légèreté, les a passés au crible et en garantit l’authenticité. En voici le récit détaillé : (article de 1906)

 

« En février dernier, le baleinier « Etoile de l’Est » se trouvait dans le voisinage des îles Falkland, à la chasse aux baleines, qui étaient fort rares. Un matin, la vigie signala une baleine[1] à environ cinq kilomètres à tribord. Deux canots furent équipés. Bientôt l’un d’eux fut assez près pour permettre au harponneur de lancer son harpon dans le flanc de la baleine, qui se trouva être de dimensions rares. Blessée, elle plongea et s’enfuit en entraînant le canot à une allure effrayante. Après avoir nagé environ sept kilomètres en droite ligne, elle se retourna et revint presque directement vers l’endroit où elle avait été harponnée. Le second canot l’attendait. Arrivée à une petite distance de ce canot, elle remonta à la surface de l’eau. Aussitôt que son dos émergea suffisamment, le harponneur du second canot lui lança un second harpon. La douleur apparemment, rendit la baleine furieuse; elle se débattit violemment, au point qu’on pouvait s’at­tendre à voir chavirer les canots et se noyer leur équipage. Finalement elle prit le large, en entraînant après elle les deux canots. Quand elle eut franchi ainsi environ cinq kilomètres, elle plongea, de façon qu’on ne pouvait dire exactement où elle était. Les cordes des har­pons se détendirent et les harponneurs se mirent à les retirer dou­cement et à les enrouler à leur place. Mais, dès qu’elles se trouvèrent de nouveau tendues, la baleine revint à la surface et donna des coups de queue comme dans un état de folie furieuse. Les canots s’effor­cèrent de se mettre hors de l’atteinte du monstre, qui paraissait à l’agonie; l’un d’eux y parvint, mais l’autre n’eut pas cette chance : la baleine le frappa de son mufle et le renversa. Les hommes furent jetés à l’eau, et, avant que l’équipage de l’autre canot eût put les repêcher, l’un d’eux s’était noyé, et James Bartley avait disparu. Lorsque l’épuisement eut calmé la baleine, on fit de longues recher­ches pour retrouver ce Bartley; mais elles furent vaines. Supposant donc qu’il avait reçu un coup de queue de la baleine et qu’il avait coulé à pic, les autres matelots rejoignirent le navire. La baleine était morte, et quelques heures après son grand corps s’allongeait au flanc du navire, tandis que l’équipage, armé de haches et de bêches, en dépe­çait la chair pour la dépouiller de sa graisse. On y travailla toute la journée et une partie de la nuit, puis on se remit à l’œuvre le lende­main matin et l’on put bientôt dégager l’estomac, qu’il s’agissait de hisser sur le pont. Les travailleurs sursautèrent lorsqu’en s’efforçant d’y fixer la chaîne, ils s’aperçurent que quelque chose de plié en deux s’y trouvait et donnait des signes spasmodiques de vie. L’énorme panse fut hissée sur le pont; on l’ouvrit, et l’on y trouva le matelot disparu, plié en deux et sans connaissance. On l’étendit sur le pont et on le baigna dans de l’eau de mer. Il ne tarda pas à revenir à lui, mais la raison ne lui revenait pas; on le mit donc dans la cabine du capitaine, où il resta deux semaines fou furieux. Cependant; le capi­taine et les officiers l’entourèrent de soins attentifs, et il finit par reprendre ses sens. A la fin de la troisième semaine, il se trouva suffisamment remis pour se remettre au travail. Pendant ce court séjour dans le ventre de la baleine, la peau de Bartley subit une sin­gulière transformation partout où elle se trouva exposée à l’action des sucs gastriques. Son visage et  ses mains devinrent d’une pâleur mortelle, et la peau se rida, lui donnant l’aspect d’un homme qu’on aurait à moitié cuit. Bartley affirme qu’il aurait pu vivre dans cette maison de chair jusqu’à ce qu’il pérît de faim, car, s’il perdit con­naissance, ce fut de frayeur, et non pas de manque d’air. Il se rappelle s’être senti soulevé en l’air par le mufle de la baleine, puis être retombé dans l’eau; après quoi il y eut un fracas effrayant d’eau qui se précipitait, sans doute, pensa-t-il, le bruit des coups de queue de la baleine; puis il se trouva enveloppé d’une terrible obscurité, et se sentit glisser le long d’un passage lisse qui lui semblait se mouvoir et le faire avancer. Mais cela ne dura qu’un instant, et il sentit alors qu’il avait plus d’espace. Il tâtonna autour de lui, et ses mains se trouvèrent en contact avec une substance visqueuse qui paraissait se recroqueviller dès qu’il la touchait. Il commença enfin à comprendre qu’il avait été avalé par la baleine, et l’horreur de sa situation le terrifia. Il n’avait point de peine à respirer, mais la chaleur était into­lérable. Elle ne le brûlait ni ne le suffoquait, mais elle semblait lui ouvrir les pores et le priver de sa vitalité. Il devint extrêmement faible, et souffrit de l’estomac. Il savait qu’il n’y avait guère d’es­poir de s’évader de cette étrange prison. Voyant la mort en face, il tâchait de l’affronter en brave, mais l’affreux silence, l’effroyable obs­curité, l’horrible sensation de ce qui l’entourait, et la chaleur terrible finirent par avoir raison de lui, et il dut s’évanouir, puisqu’il ne se rappela plus rien jusqu’au moment où il se retrouva dans la cabine du capitaine.

 

Ce Bartley n’est pas un pusillanime, mais il affirme qu’il s’est passé bien des semaines avant qu’il ait pu passer une nuit sans que d’affreux cauchemars vinssent lui faire voir des baleines en fureur et les horreurs de son effroyable prison. La peau de son visage et de ses mains n’a jamais recouvré son aspect naturel, elle est jaune et ridée, et ressemble à un vieux parchemin. Mais la santé générale de ce Bartley ne paraît pas avoir souffert de cette terrible expérience. Il est plein d’entrain, et il paraît jouir pleinement de tout ce que la vie lui apporte.

 

Les capitaines de baleiniers assurent n’avoir jamais entendu parler d’aucun autre cas pareil. Mais, disent-ils, il arrive assez fréquemment que des hommes sont engloutis par des baleines rendues furieuses par la douleur causée par les blessures des harpons et qui se tournent contre les canots, mais jamais encore ils n’avaient entendu dire qu’un homme eût passé par une expérience semblable à celle de Bartley et en fût ressorti vivant.»

POUR EN CONNAÎTRE PLUS :

NOTES

[1] Il s’agit évidemment d’un cachalot, improprement appelé baleine en langage populaire.

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