Tout ce qui nous arrive

Les bons ou mauvais événements sont dirigés par Dieu. Cependant, il est parfois difficile d’en prendre conscience lorsque l’on a des contrariétés, des soucis, etc…

Il faut savoir prendre un peu de recul dans chaque situation, pour arriver à voir la main de Dieu. Les histoires de la providence divine ne manquent pas… En voici une parmi tant d’autres… L’histoire d’une suite d’événements agaçants qui, en fin de compte, se révèlent être, non seulement voulus par Dieu, mais aussi être pour le bien de l’homme.

 »Je suis chauffeur de taxi. Israélien d’origine, installé à Londres. Un jour, je fus envoyé à Stamford-Hill pour y prendre une famille et l’ accompagner à l’aéroport. Là-bas, elle devait prendre l’avion pour l’ Amérique.

Pendant ce voyage vers l’aéroport, un fait assez banal se produisit : l’un de mes pneus éclata, et il fallut changer la roue. Je m’arrêtai donc, et remplaçai la roue défectueuse par la roue de secours. Mes clients étaient plutôt impatients, ce qui se comprend, et je le fis donc le plus rapidement possible, et repris la route.

Mais, évènement déjà moins banal, un second pneu éclata, et là…Je ne savais plus quoi faire. Je n’avais pas de seconde roue de secours. C’en était trop pour mes pauvres clients qui se mirent a crier :  »C’est incroyable ! Vous ne pouviez pas vérifier vos pneus avant de prendre la route ? Quelle manque de responsabilité ! Vous voulez nous faire rater l’avion, ou quoi ? ». Mais, de toute évidence, je n’avais pas le choix : il fallait que je me rende, a pied, a la station-service la plus proche pour acheter un pneu. A mon retour, je vis que mes clients n’avaient pas réussi a arrêter un autre taxi, et ils remontèrent donc en voiture avec moi, non sans m’avoir réservé un accueil des plus  »chaleureux » ! En chemin, mes clients n’arrêtaient pas :  » Plus vite, plus vite ! Mais bon sang, vous ne pouvez vraiment pas aller plus vite ? ». J’espérais de tout mon coeur les déposer à l’heure à l’ aéroport.

Mais tout d’un coup, je crus rêver : on entendit un grincement, puis un éclat de verre… Nous n’en croyions pas nos yeux, mais la réalité était bien là : le camion qui était juste devant mon taxi, et qui transportait de grosses pierres, avait décidé de freiner subitement, sans raison. Une pluie de pierres tomba sur mon pare-brise qui se cassa en mille morceaux.

 

Mes clients acceptèrent, bon gré mal gré, que je prenne le numéro du camion et les coordonnées de son chauffeur, pour me faire rembourser cet accident.

Quand le chauffeur du camion s’approcha de ma voiture pour constater les dégâts, il ne manqua pas de se faire insulter par mes charmants clients dont les nerfs étaient a bout.

Apres 20 minutes, nous reprîmes la route, avec le pare-brise casse…
J’entendais les protestations, à l’arrière de la voiture :  »J’espère que vous n’aurez pas le toupet de demander a ce que nous payions cette course ».
J’appuyai à fond sur l’accélérateur, en priant qu’il n’arrive plus rien…

Je décidai de rouler sur la voie d’urgence, pour avoir une petite chance d’arriver à l’heure. Je l’avoue, ce n’était pas la première fois que je le faisais, bien que ce soit interdit, mais cette fois-ci… Vous l’avez deviné : j’entendis de toutes parts des sirènes.

La police m’obligea à arrêter le véhicule. Je descendis, et me mis a expliquer :  »Ecoutez, monsieur l’agent, je dois absolument amener ces personnes à l’aéroport. Ils sont très en retard et risquent de rater leur avion. Nous avons déjà dû remplacer deux pneus ! Regardez aussi notre pare-brise… » Mais le policier ne voulut rien entendre. Je lui proposai de lui laisser tous mes papiers et mon argent :  »Je les accompagne, et reviens aussitôt ». Mais il n’accepta pas non plus.

Apres 10 minutes d’attente et une amende, on put repartir. A en croire les chuchotements de mes clients à l’arrière, ils étaient déjà passe à la phase de désespoir et savaient qu’ils rateraient leur avion…

En arrivant à l’aéroport, leur avion venait de décoller, et je ne pus que demander a l’un de mes amis, qui travaillait sur place, de leur échanger les billets. Je tendis les nouveaux billets d’avion à la famille, et m’enfuis rapidement, honteux.

En remontant dans mon taxi, je priai que la journée continue un peu mieux que de la façon dont elle avait commencé. J’avais à présent, devant moi, une journée de réparations à faire au garage…

 

En repensant à ce qui s’était passé, il y avait quoi devenir fou ! Quel concours de circonstances ! Tellement d’évènements en un seul petit trajet…
C’était bien la première fois que les catastrophes se succédaient ainsi…

Quelques instants plus tard, j’appris que l’avion raté, de la compagnie  »Pan America » était tombé au-dessus de la ville de Loockerby… Il n’y avait
aucun survivant… Je me mis a pleurer en comprenant le miracle qui avait eu lieu… »

Notre petite vie, à nous, n’est pas faite de miracles aussi évidents, comme dans l’histoire, mais il suffit d’un exemple éloquent comme celui-ci pour nous permettre de comprendre que tout est dirigé, même quand nous n’avons pas compris, et ne comprendrons peut-être jamais, la raison de tel ou tel souci que nous avons…

L’ami qui n’avait pas oublié

Bruno et Pierre étaient de bons amis. A l’école, ils étaient assis l’un à côté de l’autre. Ils avaient également l’habitude de faire leurs devoirs ensemble. Bruno était un peu plus intelligent que Pierre et aimait lui donner un coup de main. Pendant les vacances, ils faisaient leurs révisions ensemble, et partageaient un lopin de terre qui leur était attribué et leur procurait des légumes qu’ils pouvaient vendre à leurs amis. Ils étaient tous les deux fils uniques et leurs mères s’étaient habituées à avoir plutôt deux enfants qu’un, bien qu’ils allassent le plus souvent dans la maison de Bruno : En effet chez Pierre, ce n’était pas toujours rose, sa mère étant si absorbée par ses propres soucis qu’elle paraissait parfois avoir du mal à s’occuper de son fils.

Les années passèrent. Bruno devint le premier de sa classe, alors que Pierre dut redoubler son année. Dès lors ce ne fut plus du tout évident pour les deux amis de se rencontrer. Bruno proposait encore son aide, mais Pierre n’avait pas l’air de vouloir s’en faire. En outre, Bruno devait travailler dur pour ses propres examens… Tout cela fit qu’ils se perdirent peu à peu de vue.

Bruno fréquenta le collège et entreprit des études de droit. Pierre alla de travail en travail, sans se montrer capable de réussir quoi que ce soit, et son père l’accablait tellement de reproches qu’il finit par ne plus rentrer à la maison. Il prit une chambre au centre-ville, à proximité de son bar favori, et se débrouilla tant bien que mal. A un moment donné il se maria, mais sa femme se fatigua bientôt de sa façon de vivre, et le quitta. C’est ainsi que passèrent encore bien d’autres années, et quand Bruno fut nommé juge au tribunal local, et qu’il acheta une grande maison pour lui et sa famille sur la colline derrière la ville, Pierre ne jugea pas même bon de se rappeler à lui par un coup de fil.

 

Mais ils allaient bientôt être destinés à se rencontrer, car la police avait un oeil sur Pierre. A une ou deux occasions, il avait été envoyé au poste pour ivrognerie et trouble de l’ordre public, et il y avait eu d’autres menus incidents. Il avait bien un petit boulot, mais cela ne lui suffisait guère pour vivre et avoir encore assez d’argent pour ses boissons et ses cigarettes, aussi avait-il eu recours au vol à l’étalage aux rayons d’alimentation.

 

Il faisait très attention de ne pas se faire prendre, jusqu’au jour où la police l’accosta juste devant le Prisunic et lui fit ouvrir son sac. Les saucisses qu’il avait volées lui furent confisquées ; il en fut peiné car il se voyait déjà en train de les frire pour son souper.

 

Il avait déjà comparu devant le tribunal auparavant, et cela lui importait peu d’y retourner, car d’une façon ou d’une autre, il était alors si épuisé que rien ne semblait plus l’inquiéter sinon le manque d’alcool. Personne d’autre ne se faisait du souci à son sujet, alors il ne voyait pas pourquoi lui s’en ferait. Une seule chose l’ennuyait, c’était la pensée de rencontrer Bruno.

 

« Mais ce sera peut-être quelqu’un d’autre, se dit-il. Et même si c’est lui, il m’aura probablement oublié. »

Mais ce ne fut pas quelqu’un d’autre. Ce fut bien Bruno, en grand tralala dans sa plus belle toge, et il n’était pas possible d’affirmer s’il avait oublié ou non, car Pierre évita soigneusement de rencontrer ces yeux gris et de soutenir ce regard perçant dont il se souvenait si bien.

 

« La seule personne qui se soit jamais réellement souciée de moi », pensa-t-il assez vaguement, et la voix rendant le jugement lui parut étrangement lointaine. C’était une amende plus lourde que ce qu’il avait prévu, et il n’arriverait jamais à en rassembler le montant. Qu’à cela ne tienne ! Ça lui changerait les idées d’être en prison !

Il était assez amer quand il réintégra sa chambre, plus tard dans la soirée. Il avait parfois rêvé qu’il se mettrait sur son trente et un, enfin, qu’il se rendrait au moins présentable, et qu’il irait téléphoner à Bruno, mais c’était la fin de ce projet chimérique. Il se mit soudain à haïr son ami d’antan. Ce dernier aurait pu le faire acquitter s’il l’avait voulu, en invoquant les circonstances atténuantes et tout le reste, mais Bruno n’avait pas fait de son mieux, bien au contraire. Pierre alla au tiroir et déchira le petit paquet de lettres qui y était enfoui depuis si longtemps. Bruno et lui s’étaient écrit durant plusieurs années après avoir quitté l’école.

 

Il se jeta sur son lit et donna libre cours à d’amères pensées. Il n’alluma pas la lumière et il faisait tout à fait sombre quand il entendit frapper à la porte.

 

« Si c’est la vieille fille pour le loyer, elle attendra bien trois jours de plus, marmonna-t-il sans y prêter attention. Mais, des coups plutôt timides, tout différents des toc, toc, toc impatients de sa propriétaire se firent encore entendre. Il se leva, fit de la lumière et ouvrit la porte.

Il y eut un long silence.

 

— Est-ce que je peux entrer, Pierrot ?, finit par dire Bruno.

— Comme tu veux, dit Pierre.

 

Il fixait du regard son ami. Bruno, sans cravate, avait l’air différent, juste un homme ordinaire dans un pull à col roulé ; plus large d’épaules certes et les cheveux un tantinet grisonnants, mais pas si différent que ça du jeune garçon éveillé qui l’avait aidé en maths.

 

— Fais comme chez toi, reprit Pierre.

— Merci, dit Bruno.

 

Il y eut un autre silence, que Bruno finit par rompre.

 

— Pierrot, tu te souviens de notre jardin ?

— Pour sûr ! Tu prends quelque chose ?

— Volontiers, merci.

Un nouveau silence, pendant lequel Pierre déboucha une bouteille. Il leur fut plus facile de parler en sirotant leurs boissons.

— Pierrot, tu as un boulot ?

— Un boulot ? Non ; mon prochain boulot sera d’être en taule ; comment t’imagines-tu que je vais payer cette amende ?

— Eh bien, c’est pour ça que je suis venu. L’amende est payée, Pierre…, et, je ne suis pas à la hauteur avec le jardin. Il est trop grand, et il est en friche. Tu étais de tout temps beaucoup plus doué en jardinage que moi, Pierrot. Tu te rappelles comment les limaces se jetaient sur mes laitues, et que je ne pouvais jamais savoir pourquoi ? Je me demandais à l’instant… Il y a un petit bungalow contigu à ma maison et tu pourrais faire de la culture maraîchère à grande échelle. Ce serait formidable d’être de nouveau ensemble. Est-ce que tu veux y réfléchir ?

— Comment sais-tu que je ne volerai pas la rivière de diamants de ta femme ?, répliqua Pierre, mais il eut un petit rire étouffé : il avait toujours aimé jardiner.

— Quand viendras-tu ?, demanda Bruno. Demain ?

— J’y réfléchirai. Merci beaucoup !

 

Il resta à la fenêtre à observer Bruno s’éloigner en voiture sous la pluie, mais ses pensées étaient déjà ailleurs. Il connaissait le jardin ; il avait souvent regardé par-dessus la haie, et avait imaginé ce qu’il aurait pu en faire. Il y avait là un flanc bien exposé au soleil, idéal pour des arbres fruitiers et un parterre abrité où il verrait bien des plants de fraisiers…

Il resta longtemps, très longtemps à cette fenêtre, le regard perdu dans le vide ; il ne voyait pas le halo irréel des lampadaires, ni les gouttes de pluie qui rebondissaient sur le pavé. Non, il était debout dans la lumière du soleil au début de l’automne, environné du parfum aigre-doux des chrysanthèmes… Il observait les papillons sur les marguerites tardives…

 

Dans cette histoire, le juge qui condamna, l’homme qui paya la dette et l’ami qui donna à Pierre un nouveau départ dans la vie, étaient tous une seule et même personne.

 

De la même manière, un jour, Dieu jugera et punira le péché ; et parce qu’il est un juste juge, aucun péché ne sera oublié. Le salaire du péché c’est la « mort éternelle », ce qui signifie être séparé de Dieu, et ce prix doit être payé.

 

Mais Dieu, le Juge, a laissé de côté sa toge et sa tunique de gloire, et est venu à nous en Jésus ; c’est lui qui a payé une fois pour toutes cette dette du péché quand il est mort à la croix.

 

A présent, Il vient à nous par le Saint-Esprit et nous demande de le recevoir dans notre cœur, et de commencer une nouvelle vie avec lui, dans le pardon et dans la joie.

Le juge sauveur

Robert Laidlaw raconte, dans l’un de ses livres, l’histoire de deux amis qui étudièrent ensemble à la même faculté de droit. L’un entra dans la magistrature et devint finalement juge, tandis que l’autre gâcha sa vie pour se retrouver un jour devant un tribunal présidé par son ancien ami !

Le jour de l’audience une question flottait sur toutes les lèvres : quel verdict le juge allait-il prononcer ?

A la surprise générale il imposa le maximum prévu par la loi. Mais dès qu’il eut prononcé son jugement il se leva, enleva sa robe de juge, descendit dans le tribunal pour embrasser son ancien ami, puis se tourna vers le greffier pour lui dire : « Consignez dans le procès-verbal que j’ai prononcé le jugement, mais que je serai moi-même redevable du paiement de toutes ses dettes et amendes. »

En un instant le juge était devenu son sauveur !

Dieu soit loué : Il a fait exactement la même chose !

Confesser ses péchés !

Vincent était à sa fenêtre, observant le voisin qui était occupé dans son verger ; pour protéger les fruits de son poirier de choix des insectes, il les enveloppait soigneusement de petits sachets de gaze. Une méchante pensée surgit alors dans l’esprit malicieux de Vincent et, peu après, il pénétrait, avec un camarade, dans le verger du voisin. Supposant que personne ne les verrait, ils ouvrirent plusieurs des sachets protecteurs, mordirent les fruits prêts à mûrir et les refermèrent.

Quelques jours après, pendant que Vincent faisait ses devoirs d’école, son père entra dans la chambre, tenant à la main une des poires marquées et gâtées par la morsure des dents. La posant à portée de la main de Vincent, il dit seulement : « Cette poire restera ici, jusqu’à ce que tu aies fait ce qu’elle t’exhorte à faire ».

Le péché de Vincent l’avait trouvé et le poursuivait, car le voisin, ayant découvert les coupables, s’était plaint à leurs pères respectifs.

La poire mordue resta bien des jours sur la table de Vincent, lui rappelant son péché, et l’exhortant chaque jour. Elle semblait parler de jour en jour plus fort et l’impressionner davantage, de sorte que, même pendant les heures d’école, le jeune garçon était tourmenté par le souvenir de cette poire haïe, qui se gâtait et répandait maintenant autour d’elle une odeur nauséabonde.

 

Les ruses dont il devait user pour éviter de rencontrer le voisin ne parvenaient pas à le distraire de la prédication torturante de la poire mordue. Et les regards sévères et investigateurs de son père ne faisaient qu’augmenter la détresse de son âme.

Enfin, Vincent fut incapable de supporter cette situation plus longtemps et se décida à faire ce que la poire l’avait exhorté à faire, dès l’instant où il l’avait vue : confesser son péché et demander pardon. Il se rendit chez le voisin lésé, lui confessa tristement ses torts, lui demanda son pardon et l’obtint. Ah ! comme il fut soulagé et se sentit déchargé, quand il eut avoué son péché et reçu le pardon du bienveillant voisin ! Il avait retrouvé la paix et le repos du cœur !

 

L’expérience de Vincent, que nous faisons tous, tôt ou tard, c’est que, sans la confession du péché ou du tort commis, nous ne pouvons trouver de repos, de paix ou de joie. De plus, un péché non confessé est comme cette poire qui, avec le temps, va pourrir et dégager une odeur nauséabonde… C’est ce qu’exprimait David au Psaume 32 :

 

« Quand je me suis tu, mes os ont dépéri, quand je rugissais tout le jour. Car jour et nuit ta main s’appesantissait sur moi ; ma vigueur s’est changée en une sécheresse d’été » (v. 3 et 4). C’est là ce qu’il éprouvait, pendant que ses péchés étaient cachés et pas encore confessés. Mais il ajoute : « Je t’ai fait connaître mon péché, et je n’ai pas couvert non iniquité ; j’ai dit : Je confesserai mes transgressions à l’Éternel ; et toi, tu as pardonné l’iniquité de mon péché » (v. 5). Et quand il eut fait cela, il put s’écrier : « Bienheureux celui dont la transgression est pardonnée, et dont le péché est couvert… Réjouissez-vous en l’Éternel, et égayez-vous, justes, et jetez des cris de joie » (v. 1 et 11). Le sage écrit, dans les Proverbes, au chapitre 28, verset 13 : « Celui qui cache ses transgressions ne prospérera point, mais celui qui les confesse et les abandonne obtiendra miséricorde ». Le Seigneur est un Dieu miséricordieux et plein de grâce, pardonnant l’iniquité, la transgression et le péché (Ex 34 : 6 et 7) à tous ceux qui viennent à lui repentants et confiants. Il peut le faire à juste titre, puisqu’il a donné son Fils, Jésus, pour qu’il meure, lui, le juste, pour les injustes.

 

Chaque tort fait à autrui est un péché contre Dieu, et doit lui être confessé à lui, aussi bien qu’à celui qui a été lésé. C’est seulement en agissant de cette manière-là que la prospérité, la paix et la joie seront assurées à notre âme. Et en ce qui concerne la confession de nos péchés au Seigneur, le pardon nous est promis : « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (1 Jn 1:9).

La révolte des Taïpings ou Manquer le but

On parle peu de la révolte des Taïpings vaincue par le général Gordon ! Peut être est-ce parce que la Bible y a joué un rôle important…

 

A la fin du 19ème siècle, en Chine, toutes les places des fonctionnaires étaient accessibles sur concours. Les examens avaient lieu dans diverses villes. À Canton[1], 30 000 étudiants concouraient au même moment. 300 seulement étaient reçus. Le premier de chaque ville était invité à dîner chez l’empereur qui lui remettait lui-même son diplôme. Le succès assurait de hautes places et de beaux traitements. L’aristocratie de Chine n’était pas une aristocratie d’argent mais de lettres.

 

En 1850, le missionnaire baptiste américain Assachar Roberts offrit l’hospitalité pendant les examens à plusieurs de ces concurrents parmi lesquels il y en avait de très pauvres… Ainsi, l’offre de l’étranger fut accueillie avec joie.

 

M. Roberts prévint ses hôtes que les chrétiens avaient l’habitude de lire leurs livres saints, la Bible, et de prier le vrai Dieu le matin et le soir. Il les invita à assister au culte tout en les laissant parfaitement libres. Il savait toutefois que le savoir vivre de la culture chinoise les amènerait à accepter son invitation. Un étudiant du nom de Hung fut profondément impressionné par la lecture des Écritures.

 

Hung obtint son diplôme. Avant de partir, il demanda à emporter un certain nombre de livres saints pour les distribuer à ses amis afin d’arriver à une décision au sujet de leurs doctrines. Le résultat fut la conversion de Hung et de plusieurs lauréats du concours. Ces nouveaux convertis s’employèrent avec zèle à répandre la connaissance de la vérité, chacun dans son district. Et rapidement les temples bouddhistes se vidèrent.

 

Les autorités prirent peur, craignant d’être en présence de quelque société secrète, et interdirent les réunions des chrétiens. Hung exposa la vérité, déclarant qu’ils étaient bons citoyens et qu’ils avaient simplement accepté et reçu Jésus-Christ comme Sauveur. Les autorités refusèrent de le croire : « il est certain que si une société secrète avait été fondée, elle n’aurait pas pu mieux s’y prendre pour se cacher que de se prétendre une société de chrétiens ».

 

Le vice-roi de la province les menaça de s’emparer d’eux s’ils ne renonçaient pas à leurs réunions et envoya un régiment pour les faire prisonniers. Les nouveaux convertis et leurs amis qui étaient plusieurs centaines, montèrent au sommet d’une colline. Les soldats entourèrent la colline et commencèrent à gravir ses pentes.

 

Les chrétiens s’agenouillèrent et demandèrent à Dieu de les guider. Alors, par une impulsion soudaine, tous se mirent à courir en descendant les pentes escarpées de la colline en direction des soldats, en criant comme l’avait fait des siècles auparavant Gédéon et ses hommes ! (Jg 7) Effrayés, les soldats jetèrent leurs armes et s’enfuirent. Les nouveaux convertis s’emparèrent de ces armes et aussitôt prêtèrent serment de n’avoir qu’un seul but, établir la liberté religieuse.

 

Ils franchirent une distance égale à celle qui sépare Paris de Moscou pour se rendre à Beijing[2], incorporant en route ceux qui reçurent leur témoignage et se joignirent à leur dessein, parmi lesquels se trouvaient des soldats impériaux.

 

Hung, le chef, établit des règles strictes : Pas de pillage, pas d’opium, pas de vandalisme… On pouvait seulement accepter des dons volontaires. Quiconque profanerait la sainteté du foyer serait fusillé sur le champ. Pour enseigner ceux qui le suivaient, il publia une édition spéciale des Écritures. Le nom de Taïping signifie grande paix. En 1851, il commandait 300 000 hommes.

 

Mais le mouvement dégénéra. Le pouvoir grisa Hung. Il y avait en lui du fanatique et du visionnaire. Il y eut des excès. On a calculé que vingt millions d’hommes périrent sous les coups de son armée. En 1864, le général Gordon triompha de la rébellion des Taïpings.

 

Une fois de plus, la grâce que Dieu donna à un homme ou un petit groupe d’hommes a été détourné de son but par la vanité, l’orgueil… Si ces hommes avaient suivi la volonté de Dieu, qu’en serait-il de la Chine aujourd’hui ?


Notes :

[1] Ville du Sud de la Chine.

[2] Il s’agit de la ville de Pékin. En chinois, Beijing signifie « la capitale du Nord ».

Le mouchoir blanc

L’homme était assis à même le trottoir, à côté de l’arrêt de bus, les yeux rivés sur les pavés. Quelques passants se retournèrent pour le toiser; sa barbe de quelques jours, ses épaules affaissées et ses chaussures éculées attiraient les regards. Mais il n’en était pas conscient car il revivait sa vie. Il n’était plus un clochard famélique qui avait passé la nuit précédente sous l’arche d’un pont de chemin de fer, il était un petit garçon qui vivait dans une petite maison de briques rouges située au bout de la rue voisine, il y avait maintenant plus de 20 ans. Peut-être la maison avait-elle depuis longtemps été rasée au bulldozer. Il espérait seulement qu’ils n’avaient pas écrasé le parterre de pensées. C’était étrange comme il pouvait nettement se souvenir des pensées, de la balançoire que son papa avait faite pour lui, et du sentier sur lequel il avait appris à faire du vélo. Ils avaient économisé pendant des mois pour acheter ce vélo.

 

Il haussa les épaules avec impatience, car l’éclat de ces images le blessait, et sa mémoire se déplaça dans une autre décennie. Le vélo avait été échangé contre une motocyclette, et il commençait alors à rentrer moins souvent à la maison. Il avait une bonne place à l’époque, et des amis à foison. Maman et papa avaient l’air un peu triste et ils commençaient à grisonner, en tout cas les bistrots étaient nettement plus amusants. A dire, il ne tenait pas tellement à rappeler ces années-là à sa mémoire, pas plus qu’il ne se souvenait avec plaisir du jour où, ses dettes s’étant amoncelées, il était rentré dans l’intention de demander de l’argent. Ses parents lui avaient préparé une tasse de thé et il n’avait pas aimé mentionner la raison de sa venue. Mais il savait exactement où son père gardait l’argent, et quand plus tard ils sortirent dans le jardin, ce fut pour lui un jeu d’enfant de prendre ce qu’il voulait.

 

C’était la dernière fois qu’il les avait vus. Après ça, il n’avait pas voulu revenir à la maison, et ils avaient perdu sa trace. Il était parti à l’étranger, et ils ignoraient tout de ces années d’errance, de la peine qu’il avait dû purger en prison. Mais la nuit, au fond de sa cellule, il avait beaucoup pensé à eux. Parfois, quand il se tournait et se retournait tout éveillé sur sa couche, et que la clarté de la lune progressait sur le mur, il avait tout loisir de se poser des questions. Une fois libre, il serait ravi de les revoir, s’ils étaient encore en vie, toujours en supposant qu’eux, ils aient encore envie de le revoir, lui…

 

Quand son temps fut expiré, il trouva un emploi en ville. Mais il ne put s’y fixer. Quelque chose semblait l’attirer à la maison, une impulsion à laquelle il ne pouvait se dérober. Chaque fois qu’il allait faire un tour, quelque chose, un parterre de pensées, un enfant sur une balançoire, un petit garçon rentrant de l’école en courant, lui rappelait la petite maison de briques rouges.

 

Il ne voulait pas débarquer sans un sou vaillant, aussi couvrit-il à pied ou en stop une bonne partie du trajet de retour. Il aurait pu arriver plus tôt à destination, mais après une trentaine de kilomètres, il fut soudain submergé de doutes: quel droit avait-il de rentrer de la sorte? Pourraient-ils jamais faire la relation entre l’homme hagard qu’il était devenu et le petit garçon qu’ils avaient aimé et qui les avait si cruellement déçus?

 

Il acheta de quoi manger et passa le plus clair de cette journée assis sous un arbre. La lettre qu’il posta ce soir-là était courte, certes, mais il avait mis des heures à l’écrire. Elle se terminait par ces mots: «Je sais qu’il est déraisonnable de ma part de supposer que vous tenez encore à me recevoir… Aussi, est-ce à vous de voir. En tout cas, je viendrai au bout de la route, jeudi, tôt le matin: si vous voulez que je rentre, suspendez un mouchoir blanc à la fenêtre de mon ancienne chambre à coucher; si je vois le mouchoir, je viendrai, sinon je dirai adieu à la vieille maison et je passerai mon chemin.»

 

Le jeudi matin étant arrivé, il se trouva au bout de la rue. La maison était toujours là. Mais maintenant qu’il était sur place, il n’était plus du tout pressé. Il était assis à même le trottoir, les yeux rivés sur le pavé.

 

Eh bien, il ne pouvait pas repousser indéfiniment sa visite, après tout il n’était pas impossible qu’ils aient déménagé. Au cas où le mouchoir ne serait pas là, il ferait sa petite enquête avant de quitter définitivement la ville. Ils pouvaient très bien être là et simplement ne pas vouloir de lui. Mais il n’avait pas encore eu le courage de faire face à cette éventualité, ni d’imaginer ce qu’il ferait dans pareil cas.

 

Il se leva péniblement, car il était engourdi à force de dormir à la belle étoile et la rue était toujours dans l’obscurité. Grelottant quelque peu, il marcha en silence vers le vénérable platane d’où il savait qu’il pourrait voir la vieille maison aussi nettement que possible. Il n’y jetterait pas un seul coup d’oeil avant d’arriver à cet endroit-là.

 

Il se tint un long moment sous les rameaux, les yeux clos. Puis il respira un bon coup et risqua un oeil. Alors il resta pétrifié, regardant encore et encore, sans se lasser.

 

Déjà le soleil dardait ses rayons sur la petite maison de briques rouges, qu’on ne pouvait honnêtement plus désigner ainsi car chaque mur était festonné de blanc. A chaque fenêtre pendaient des draps, de taies d’oreiller, des torchons, des nappes, des mouchoirs et des serviettes de table, et des rideaux de mousseline blanche étaient étendus sur le toit, accrochés à la fenêtre en mansarde. La petite maison de briques rouges avait l’air d’un chalet emmitouflé de neige, qui rayonnait dans la clarté du matin.

 

Ses parents n’avaient voulu prendre aucun risque!

 

L’homme se redressa et laissa échapper un soupir de soulagement. Puis il remonta la rue en courant et entra tout droit par la porte grande ouverte.

 

Note:

Comme un père a compassion de ses enfants, l’Eternel a compassion de ceux qui le craignent (Psaume 103.13).

Que le méchant abandonne sa voie et l’homme d’iniquité ses pensées, qu’il retourne à l’Eternel, qui aura pitié de lui, à notre Dieu qui ne se lasse pas de pardonner (Esaïe 55.7).

Georges Borrow, traducteur de Bibles

Un intrépide « vagabond pour la cause de l’évangile »

 

On raconte qu’à l’âge de 18 ans, George Borrow connaissait 12 langues. Deux ans plus tard, il était en mesure de traduire en 20 langues « avec aisance et élégance ».

 

En 1833, la Société Biblique Britannique et Etrangère[1], située à Londres, convo­que cet homme singulièrement doué pour un entretien. Ne pouvant financer son dé­placement mais déterminé à ne pas lais­ser passer cette occasion favorable, Borrow, âgé de 30 ans, parcourt à pied la distance de 180 kilomètres depuis Norwich, où il habite, en 28 heures…

 

La Société Biblique lui propose de relever un défi : apprendre en six mois le mandchou[2], une langue parlée dans certaines régions de Chine. Il demande un livre de grammaire mais on ne peut lui fournir qu’un exemplaire de l’évangile selon Matthieu en mandchou et un dictionnaire mandchou-français. Mal­gré cela, il écrira dix-neuf semaines plus tard à Lon­dres : je suis parvenu à maîtriser le mand­chou avec, précise-t-il, le soutien de Dieu. Prouesse d’autant plus impressionnante qu’il aurait, dans le même temps, corrigé la traduc­tion de l’Évangile selon Luc en nahuatl[3], l’une des langues indigènes du Mexique !

 

La Bible en mandchou

 

Au 17ème siècle, pour la première fois, un sys­tème d’écriture pour le mandchou avait été mis au point ; il utilisait des caractères em­pruntés à l’alphabet ouïgour[4] arabe[5]. En Chine, il avait été alors adopté dans les hautes sphères impériales.

 

Même si son usage s’est un peu perdu depuis[6], des membres de la Société Biblique ont hâte d’imprimer et de distribuer des bibles en mandchou. Vers 1822, ils financent une édition à 550 exemplaires de l’évangile se­lon Matthieu, traduit par Stepan Lipoftsoff[7]. Mais à peine la diffusion commencée des quelques exemplaires de cette édition imprimée à Saint Petersbourg qu’une inondation en détruit tout le stock ![8]

 

Une traduction de l’ensemble des Ecritures grecques chrétiennes ne tarde pas à suivre. L’intérêt pour la Bible augmente quand on découvre, en 1844, un manuscrit ancien d’une version de la quasi-totalité des écritures hé­braïques[9]. La Société Biblique se demande bien qui pour­rait coordonner la révision des parties déjà tra­duites, puis achever le travail. Elle confie à George Borrow le soin de mener à bien cette entreprise.

 

En Russie

 

A son arrivée à Saint-Pétersbourg, Bor­row s’investit dans l’étude du mandchou, de manière à pouvoir corriger la traduction et préparer un texte de la Bible bien plus fia­ble. Mais la tâche est ardue ; il participe treize heures par jour à la composi­tion des polices de caractères nécessaires à l’impression du Nouveau Testament, qui sera qualifié de « magnifique édition d’une oeuvre orientale ». Mille exemplaires sont imprimés en 1835. Toutefois, le projet auquel Borrow tenait beaucoup et qui consistait à aller les diffuser en Chine, est contrarié. Le gouverne­ment russe, craignant que cette démarche ne soit perçue comme une oeuvre missionnaire qui risquerait de menacer les relations ami­cales entre les deux pays, interdit à Borrow de se rendre près de la frontière chinoise, avec ne serait-ce « qu’une seule Bible en mand­chou sur lui ».

 

Quelques exemplaires sont distribués une dizaine d’années plus tard et, en 1859, des traductions des Évangiles selon Matthieu et Marc, présentés sur deux colonnes parallèles, l’une en chinois, l’autre en mandchou, sont éditées. Seulement, à cette époque, la plupart des gens capables de lire le mandchou pré­fèrent maintenant le chinois ; l’idée d’une Bible complète en mandchou perd donc de son intérêt. Pour tout dire, le mandchou se meurt et ne tardera pas à être complètement supplanté par le chinois. Il l’est effectivement vers 1912 lorsque naît la République chi­noise[10].

 

La péninsule Ibérique

 

Stimulé par tout ce qu’il a vécu, George Bor­row retourne à Londres. En 1835, il est envoyé au Portugal et en Espagne, « afin de détermi­ner dans quelle mesure les gens étaient prêts à recevoir les vérités du christianisme », écrira-t-il plus tard. Ces pays n’ont alors pratique­ment pas été touchés par la Société Biblique du fait des troubles politiques et sociaux qui y règnent[11]. Borrow apprécie particulièrement les conver­sations bibliques qu’il a dans les villages du Portugal mais bientôt, il doit faire face à l’apa­thie et à l’indifférence religieuses, ce qui l’in­cite à gagner l’Espagne[12].

 

L’Espagne présente un autre défi à relever :

 

S’exprimant dans leur langue[13], Borrow noue rapidement des liens étroits avec les Gitans en particulier. Peu de temps après son arrivée, il entreprend de traduire le Nouveau Testament en langue gitane. Pour cela, il propose à deux gitanes de l’aider. Il leur lit la version espagnole pour la lui traduire. Ainsi il apprend à employer correctement les idiomes gitans. Il est récom­pensé de ses efforts en 1838, au printemps, quand l’Évangile selon Luc est publié. Un évê­que s’exclame alors au sujet de Borrow : « Il va convertir toute l’Espagne grâce à la langue gi­tane ! »

 

George Borrow avait reçu la permission de la Société Biblique de trouver « une personne compétente pour tra­duire la Bible en basque[14] ». Cette tâche est confiée à un certain Dr Oteiza, médecin « versé dans ce dialecte, dont j’ai moi-même quelque savoir », écrira Borrow. En 1838, l’Évangile selon Luc est le premier livre de la Bible à paraître en basque espagnol.

 

Enflammé du désir d’éclairer les gens du peuple, Borrow fait de longs voyages, souvent périlleux, pour distribuer des Evangiles parmi les pauvres des campagnes. Il croit pou­voir les affranchir de l’ignorance religieuse et de la superstition. Leur dévoilant l’inuti­lité des indulgences qu’ils paient[15], il tient ce raisonnement : « Se peut-il que Dieu, qui est bon, approuve le commerce lucratif de la piété ». Redoutant qu’une telle action iconoclaste conduise à l’interdiction de ses activités, la Société Biblique lui demande de se concentrer uni­quement sur la diffusion des Écritures.

 

Borrow obtient la permission orale de la Société Biblique d’im­primer El Nuevo Testamento, une version es­pagnole du Nouveau Testament sans les no­tes doctrinales de l’église catholique romaine. Cela se fait malgré l’opposition du premier ministre qui quali­fie cette traduction de dangereuse et de « livre rempli d’erreurs ». Borrow ouvre ensuite un dé­pôt à Madrid afin de vendre ce Nouveau Testament espagnol, étape qui l’amène à se heur­ter aussi bien au clergé qu’aux autorités. Il est condamné à 12 jours d’emprisonnement. Il proteste et, du coup, on le prie de quitter les lieux sans faire de scandale. Sachant pertinem­ment qu’il est illégal de le mettre en prison, il mentionne ce qui est arrivé à l’apôtre Paul et choisit de rester jusqu’à ce qu’il soit totalement in­nocenté et que son nom soit lavé de tout opprobre. (Ac 16 : 37)

 

Alors que son émissaire zélé s’apprête à quit­ter l’Espagne, en 1840, la Société Biblique rapporte : « Près de 14 000 exemplaires des écritures ont été mis en circulation en Espagne ces cinq dernières années. » Borrow, qui a grandement contribué à cette diffusion, parle des mo­ments qu’il a vécus en Espagne comme « des années les plus heureuses de son existence ».

 

L’ouvrage La Bible en Espagne, pu­blié en 1842, et qui continue d’être imprimé, contient le récit vivant et autobiographique des voyages et des aventures de George Bor­row. Dans cette oeuvre, qui connaît un suc­cès immédiat dès sa sortie, Borrow se pré­sente comme un « vagabond pour la cause de l’évangile ». Il écrit : « J’avais l’intention de me rendre dans les endroits inaccessibles et retirés des collines et des montagnes escar­pées, et de parler aux gens, à ma façon, de Christ ».

 

De par l’enthousiasme avec lequel il a tra­duit et diffusé les Ecritures, George Borrow a ouvert la voie à d’autres. Quel précieux pri­vilège !


Notes :

[1] La British and Foreign Bible Society est connue sous le nom de Société Biblique. Cette société, qui cherche à traduire la Bible afin que tous puissent y avoir accès, a été créée en Mars 1804.

[2] Les Mandchous sont un peuple d’Asie vivant principalement en Mandchourie. Les Jurchens prirent le nom de Mandchous quand ils envahirent la Chine au 17ème siècle.

[3] Le nahuatl, qui dérive probablement de nāhuatlahtōlli, signifiant « parole claire, harmonieuse, qui rend un bon son » est un groupe de langues parlées au Mexique et au Salvador par les nahuas (groupe ethnique duquel les Aztèques et les Pipils faisaient partie). Le nahuatl reste la langue indigène la plus parlée au Mexique. Elle compte plus de 1,5 millions de locuteurs.

[4] L’ouïghour est une langue appartenant au groupe des langues turques de la famille des langues altaïques. Il est parlé en Asie centrale, principalement au Xinjiang (huit millions de locuteurs), et au Kazakhstan. En français, on peut trouver le nom écrit sous les formes suivantes : ouïgour, ouigour, ouighour, uigur. Il existe deux écritures ouïghour : l’écriture arabe ouïghoure et l’écriture latine ouïghoure.

[5] L’ouïghour appartient aux langues turques de l’est.

[6] L’ouïghour est parlé par 8,5 millions de personnes (chiffres de 2004) en Chine, principalement dans la province de Xinjiang. L’ouïghour est aussi parlé par 300 000 personnes au Kazakhstan et il existe des communautés ouïghourophones en Afghanistan, en Australie, en Allemagne, en Inde, en Indonésie, au Kirghizstan, en Mongolie, au Pakistan, en Arabie saoudite, à Taïwan, au Tadjikistan, en Turquie, au Royaume-Uni, en France aux États-Unis et en Ouzbékistan.

[7] Membre du ministère russe des Affaires étrangères qui a passé 20 ans en Chine.

[8] Voir « Quand le feu intervient »

[9] Cette année-là, Tischendorf part pour le Proche Orient à la recherche de manuscrits bibliques. Après bien des pérégrinations infructueuses, il arrive (par hasard ?) au couvent Sainte Catherine, sur le Sinaï (construit en 565 par l’empereur Justinien). Il remarque dans une corbeille de vieux manuscrits, des feuillets de parchemin, qu’on s’apprête à brûler, étant jugés trop vieux pour continuer à être utilisés. Il les examine et se rend compte qu’il s’agit de manuscrits parmi les plus anciens que l’on connaissait alors. Il peut en emporter quelques pages mais pas la totalité. Revenu du monastère dix ans plus tard, il ne parvient pas à retrouver les feuillets manquants. La veille de son départ, discutant avec l’économe, celui-ci lui montre des manuscrits bibliques qu’il utilise lui-même : ce sont les feuillets manquants du précieux Codex. Il y eut de nombreuses tractations et l’intervention du tsar de Russie pour que Tischendorf puisse acheter ces documents. Ils composent aujourd’hui le Codex Sinaïticus (voir « 41 Mc 004-015 001 L’apparition de Codex Grecs corrompus »), publié en 1868. L’URSS l’a revendu au British Museum de Londres à Noël 1933 pour £ 100 000. Il est souvent souligné que ce Codex pourrait être l’une des 50 Bibles commandées en 331 par l’empereur Constantin à Eusèbe de Césarée.

[10] Durant la conquête mandchoue, ces derniers envahirent la Chine et fondèrent la dynastie Qing, qui régna sur la Chine durant près de trois siècles jusqu’à ce qu’en 1911, la république de Chine soit proclamée par Sun Yat-sen. Sun Yat-sen était un leader révolutionnaire et un homme d’État chinois, considéré comme « le père de la Chine moderne ». Il a une influence significative dans le renversement de la dynastie Qing, dont le dernier représentant a été Pu Yi et l’émergence de la République de Chine. Sun Yat-sen, l’un des fondateurs du Guomindang, est le premier président de la République de Chine en 1912 et son leader de 1923 à 1925. Il développe une philosophie politique connue sous le nom des Trois principes du peuple (nationalisme, démocratie et bien-être du peuple).

[11] Au début du 19ème siècle, le Portugal vit une crise due au départ de la famille royale pour le Brésil, ainsi que par les conséquences destructrices des invasions napoléoniennes, la domination anglaise sur le Portugal et l’ouverture des ports du Brésil au commerce mondial (1808) qui y transfert une partie de l’activité économique provoquant la ruine de nombreux commerçants portugais. Jusqu’à la chute de Franco, le Portugal a connu de multiples soulèvements de la population ou de militaires, des mutineries, des révoltes… Il y eut une période de calme de 1838 à 1846 ; une nouvelle constitution de compromis est imposée à la suite de la révolte dite de l’Arsenal en 1838.

[12] A cette époque, l’Espagne se trouve entre deux crises. Entre 1818 et 1830, les colonies espagnoles d’Amérique latine obtiennent leur indépendance sauf Porto Rico, Cuba et les Philippines ; la mort de Ferdinand VII (1833) entraîne une crise dynastique qui débouche sur une guerre civile ; le règne d’Isabelle II (1843-1868) est impopulaire et agité.

[13] Le caló, la langue des gitans d’Espagne, vient du romaní, une langue qui appartient à la famille indo-iranienne. Le romaní est la langue des gitans. Ils sont généralement bilingues car ils parlent la langue du pays où ils s’installent. Leur langue reçoit donc les influences de la langue du pays d’accueil. Le caló, la langue des calés c’est à dire des gitans espagnols, a des traits du castillan.

[14] Le basque (euskara) est une langue parlée au Pays basque (France et Espagne). Le nombre total de locuteurs n’a cessé de baisser et est aujourd’hui de 1 063 700 (statistique 2006).

[15] Les indulgences sont des rémissions totales ou partielles qu’accorde l’église catholique pour des péchés déjà pardonnés et effacés. Elles sont dénoncées d’abord par John Wyclif (1320-1384) et Jan Hus (1369-1415), qui remettent en cause les abus. Parmi ceux-ci, on peut citer l’indulgence accordée en 1506 pour quiconque aiderait à la construction de la nouvelle basilique Saint-Pierre. C’est également l’époque du scandale lié au dominicain Johann Tetzel, chargé en 1516-1517 de vendre les indulgences au nom d’Albert de Brandebourg, archevêque de Mayence, intéressé à la vente par une commission de 50% promise par la Curie. On lui attribue alors le slogan : « aussitôt que l’argent tinte dans la caisse, l’âme s’envole du Purgatoire ». La pratique des indulgences est donc de plus en plus perçue comme une forme de corruption au cours du 16ème siècle. Martin Luther attaque, quant à lui, le principe même de la pratique dans ses 95 Thèses de Wittenberg

Quand le feu intervient

Rien ne laissait supposer le drame, en cet après-midi d’avril 1956. Comme de coutume, lors d’une réunion, on communiquait des extraits de courrier aux collaborateurs de l’oeuvre réunis pour la prière quotidienne:

…Un Péruvien converti par la lecture journalière de son Nouveau Testament… Une équipe d’explorateurs dans l’Arctique réconfortés par la lecture d’un traité intitulé « Face à chaque jour » …Un missionnaire qui dans un autobus remet le traité « la Vie éternelle » à un Arabe, lequel après lecture, descend au prochain arrêt pour engager la conversation et recevoir deux évangiles.

Bref, des nouvelles comme il en arrive tout au long de l’année à Londres aux locaux de la Société pour la diffusion des Saintes Ecritures. Mais soudain, celui qui préside la réunion est poussé à répéter à diverses reprises, « ne crains pas » insistant même: « Ces mots se trouvent 53 fois dans l’Ecriture, une fois pour chaque semaine, et une fois supplémentaire parce qu’on ne sait jamais quand on en aura besoin! ». Il est 15 h 30. L’heure du thé, selon la coutume, rassemble pour quelques instants les équipes dans une pièce située à l’arrière du bâtiment. Dieu l’a prévu, car à 15 h 33 une formidable explosion ébranle l’édifice. Une partie s’effondre, alors qu’un gigantesque incendie enflamme le bâtiment. Des ouvriers travaillant à une conduite de gaz dans la rue sont tués sur le coup, de même qu’un étranger entré quelques instants auparavant à la librairie de la Mission. L’un des collaborateurs est enseveli sous les décombres, mais pourra en être dégagé. Un autre est transporté d’urgence à l’hôpital où il restera plusieurs mois. Mais, véritable miracle, aucune autre personne travaillant sur place -une cinquantaine -n’est touchée.

Le lendemain, les journaux londoniens titrent: « La plus formidable explosion à Londres depuis la deuxième Guerre mondiale ». La télévision, elle, répercute dans tous les foyers de Grande-Bretagne les images spectaculaires de flammes s’élevant à des dizaines de mètres de hauteur. Ainsi est porté devant tous le nom de la SCRIPTURE GIFT MISSION, dont une partie des bâtiments est anéantie.

Un journal de Toronto, au Canada, raconta comment le responsable de la Mission avait alerté ses collaborateurs à l’étranger par un télégramme portant cette seule référence biblique d’Esaïe qui résumait la situation: « notre maison… est brûlée par le feu » (64,11).

D’emblée un immense courant de sympathie chrétienne et de libéralité afflua vers la Société pour la diffusion des Saintes Ecritures provisoirement accueillie dans d’autres locaux. Et de tous les coins du monde parvinrent des dons touchants et aussi des promesses d’aide concrète.

En effet il n’y eut pas que des pertes dans les stocks de littérature biblique, mais aussi parmi les précieux manuscrits de traductions en cours, résultant souvent d’années d’efforts de missionnaires consacrés. Car la Société imprime et diffuse régulièrement la Parole divine en 400 langues. Plus, elle a déjà publié des textes bibliques en 768 langues et dialectes, dont 146 l’ont été alors que ces langues et dialectes n’avaient jamais fait l’objet d’une seule publication précédemment.

L’année 1987 fut une année record pour la Mission: 16 316 791 publications bibliques furent diffusées en 337 langues dans 165 pays.

La Bible de Genève une traduction oubliée

Lors de sa parution, en 1560, la Bible de Genève (en anglais) offrait déjà des aspects bien pratiques encore très exceptionnels à l’époque !

 

Peu de gens la connaissent aujourd’hui. Pourtant, à son époque cette traduction remarquable figurait au palmarès des meilleures ventes. Sa réputation d’exacti­tude ainsi que sa présentation novatrice lui valurent la faveur des lecteurs, jusqu’aux dramaturges anglais Shakespeare et Marlowe, qui en tirèrent leurs citations bibliques.

 

Comment se fait-il que cette édition anglaise du 16ème siècle ait vu le jour à Genève, ville francophone située en Suisse ? Qu’est-ce qui la différenciait des autres versions de la Bible ? Comment expliquer qu’elle ait sombré dans l’oubli ? Enfin, quel héritage précieux nous a-t-elle laissé ?

 

La Bible de Genève est l’œuvre d’un groupe d’exilés qui ont fui la persécution religieuse et le risque d’une exécu­tion lorsque Marie Tudor est arrivée au pouvoir en An­gleterre, en 1553. Les hommes lettrés furent bien accueil­lis par la communauté protestante de Genève, lieu où la traduction et la diffusion de la Bible étaient alors en plein essor.

 

La Bible de Genève, fruit du travail de William Whittingham et de ses assistants, parut en 1560. Peu de temps après, on la lisait avec pas­sion en Angleterre. Plus facile à par­courir que les versions qui l’avaient précédée, cette bible en anglais était la première à être divisée en versets nu­mérotés, un système aujourd’hui uni­versellement adopté. Elle présentait également des hauts de pages — quel­ques mots-clés eu haut de chaque page, pour aider les lecteurs à retrouver un passage précis dans le texte figurant au-dessous. Enfin, au caractère gothique, épais, inspiré de l’écriture manuscrite, ses auteurs avaient préféré une police de caractères plus nette, semblable à celle qui prévaut dans les bibles anglo-­saxonnes d’aujourd’hui.

 

Jusque-là, les bibles étaient conçues pour reposer sur un lutrin d’église et n’existaient que dans le format folio, plutôt encombrant. La Bible de Genève, dont le format était moitié moindre, était non seulement plus pratique pour la lecture et l’étude individuelles, mais aussi d’un prix nettement plus abor­dable.

 

Les traducteurs de la Bible de Genève se sont particulièrement efforcés de conserver la saveur et le sens de l’origi­nal hébreu. Le nom de Dieu, figure en quelques endroits, parmi lesquels Exode 6 : 3; 17 : 5 et Psaume 83 : 18.

 

Les mots que les traducteurs ont jugé nécessaire d’ajouter apparaissent en ita1ique tandis que le texte inséré dans un souci de clarté grammaticale figure entre crochets.

 

La Bible de Genève ne tarda pas à être adoptée comme traduction officielle en Ecosse. Elle était aussi d’un usage répandu en Angleterre et l’on pense que c’est cette traduction que les Pères pèlerins emportèrent en 1620, lors de leur voyage vers ce qui deviendrait les Etats-Unis. La Bible de Genève gagna les autres colonies britanniques — y compris la plus éloignée, la Nouvelle ­Zélande, où en 1845 un exemplaire vint étoffer la collection du gouverneur, sir George Grey.

 

Les nombreuses annotations conte­nues dans la Bible de Genève lui assurè­rent un succès durable auprès des lec­teurs. Les traducteurs les avaient ajoutées parce qu’ils s’étaient aperçus que la bible comportait des passa­ges ardus, difficiles à comprendre. Le genre de notes marginales n’avait rien de nouveau. Tyndale[1] lui-même en avait inséré dans son « Nouveau Testament » en 1534. Par ailleurs, la Bible de Ge­nève contenait des illustrations, des re­marques introductives et des cartes — toutes destinées à en faciliter la com­préhension. En fin d’ouvrage figuraient des tables généalogiques, des résumés, et même une partie encourageant à lire la Bible chaque jour.

 

Tout en reconnaissant en privé l’excellence de la traduction, les hauts dignitaires de l’Eglise d’Angleterre la critiquaient en public, parce qu’ils trou­vaient le ton des notes marginales trop révolutionnaire, Matthew Parker, alors archevêque de Cantorbéry, en parIait comme de « diverses notes préjudi­ciables ». Le roi Jacques 1er estimait que ces notes étaient « très partisa­nes, mensongères, séditieuses ». Qui s’en étonnera, puisque certaines no­tes contestaient le « droit divin » de la monarchie !

 

En 1604, le roi Jacques autorisa la publication d’une nouvelle traduc­tion qui, espérait-il, bouterait dé­finitivement hors d’Angleterre la Bible de Genève. L’historien et théo­logien Alister McGrath raconte que « l’obstacle majeur auquel la Bible du roi Jacques dut faire face tan­dis qu’elle cherchait à gagner la fa­veur du public au 17ème siècle, ce fut le succès persistant de la Bible de Genève ». De nombreuses années durant, le public préféra la Bible de Genève, laquelle demeurait la bi­ble officielle en Ecosse. Jusqu’en 1644 on continua d’en publier de nouvelles éditions.

 

La Société biblique britannique et étrangère a fait remarquer qu’un « examen de la Bible du roi Jacques de 1611 révèle que ses traducteurs  étaient bien plus influencés par la Bible de Genève que par toute autre version anglaise ». De nombreuses innovations de la Bible de Genève en matière de présenta­tion et de traduction ont été reprises dans la Bible du roi Jacques.

 

Bien qu’elle ait fini par être supplantée par la version autorisée, ou Bible du roi Jacques, la bible de Genève occupe une place importante dans l’histoire littéraire. Non seu­lement elle a innové en matière de traduction et de pré­sentation, mais elle demeure un chaînon essentiel dans l’œuvre de révision des bibles en langue anglaise au cours des années. Elle a favorisé la lecture et l’étude de la Bible chez toute une partie de la population qui, autrement, n’y aurait pas eu accès.

 

En frayant la voie à la Bible du roi Jacques, la Bible de Ge­nève a permis à certaines expressions bibliques d’entrer dans la littérature et dans la langue anglaise… Ainsi, bien que tombée dans l’oubli, la Bible de Genève a assurément laissé son empreinte.


Note :

[1] Voir « La Bible de William Tyndale ou la Bible de Matthieu »

La Bible en Tibétain

Le petit Yoseb Gergan, âgé de sept ans, répétait d’une voix monotone les mots de sa prière : « Ah, le bijou dans le lotus, le bijou dans le lotus… » tout en secouant avec respect sa roue de prière[1]. Son père ne semblait pas se sou­cier de ce qu’il soit ou non religieux. Tout ce qu’il faisait, c’était de s’as­seoir avec les missionnaires, Heyde et Pagell autour d’un livre étrange.

 

Yoseb était né en 1878 au Cachemire, une très jolie terre de montagnes, de lacs et de jardins, dans la région fraîche du nord de l’Inde. Son père, bien que fugitif du Tibet, était riche ; aussi avaient-ils une très jolie et vaste maison. Yoseb aimait aller sur les péniches qui naviguaient, avec leurs « jardins flottants » sur les nombreux canaux et rivières. Un vieil homme lui permettait de pêcher du haut de son petit bateau appelé « shikari », et lui donnait à boire du thé au gingembre.

Quelquefois, Yoseb dépensait de l’argent en allant sur un « doonga[2] » pour s’acheter des oeufs durs, des raisins et des morceaux de noix ce coco qu’il mangeait avec appétit. A la maison, sa mère faisait des « chapatties[3] » qu’elle servait avec un bol de lait caillé.

 

En hiver, alors que la neige tombait, embellissant le Cachemire, Yoseb sortait couvert d’un chaud manteau, tandis que les paysans s’emmitouflaient dans les couvertures de laine, charriant avec eux un petit poêle à charbon de bois sous les couvertures. Il sentaient la fumée et étaient toujours sales.

 

Le père de Yoseb avait acheté la « roue de prière » au Tibet où les gens ne connaissaient qu’une seule prière. Les Tibétains sont Bouddhistes et croient que s’ils font quelque chose de mauvais, ils meurent et renaissent sous la forme d’un serpent ou d’un âne. Cette idée faisait frissonner Yoseb. Etait-ce vrai ? Ses voisins au Cachemire n’avaient pas les mêmes croy­ances. Ils étaient Musulmans. Ils s’agenouillent pour prier en se tournant vers l’Est et ceci cinq fois par jour. « Il n’y a qu’un seul Dieu, Allah, et Mahomet est son prophète », récitaient-ils de leur voix chantonnante.

 

Quelle était la vraie prière ? Quelle était la vraie religion ? Tout cela tracassait Yoseb jusqu’au jour où il fit une merveilleuse découverte. Il trouva un petit livre ; l’Evangile de Jean en Tibétain. Il était capable de le lire car son père lui avait appris beaucoup de choses et entre autres différen­tes langues.

 

Yoseb se mit à lire la vie du Fils du Dieu qui se fit homme, vécut sur la Terre et paya pour les péchés des hommes en versant son sang. Et Yoseb lut dans l’Evangile de Jean « Si vous ne croyez pas ce que je suis, vous mourrez dans vos péchés » (Jn 8 : 24). Yoseb savait bien ce qu’était le péché car il avait fait beaucoup de vilaines choses telle que désobéir à son père, par ex­emple. Il n’avait pas envie de mourir dans ses péchés et aspirait à ce qu’ils lui soient pardonnés.

 

Yoseb apprit que le Fils de Dieu s’appelait Jésus et qu’il avait promis le pardon des péchés et la vie éternelle à ceux qui l’acceptaient comme Sau­veur. Yoseb navait jamais entendu une chose aussi merveilleuse et son cœur lui disait que c’était vrai. Sur le moment, Yoseb ne dit à personne qu’il croy­ait en Jésus et qu’il était devenu chrétien. Et les missionnaires, eux, étaient allés s’établir à Leh[4], à 80 kilomètres de là.

 

Un jour, subitement, le père de Yoseb tomba malade. Tandis que Yoseb était à son chevet, son père lui dit : « Tu sais, je crois aussi en Jésus. » Le coeur de Yoseb fut réjoui ! Puis le père implora « Envoie chercher les mis­sionnaires et demande leur de t’envoyer dans une école chrétienne. »

Le temps que les missionnaires arrivent, ayant eu à traverser un défilé montagneux de 5 400 mètres d’altitude, le père de Yoseb était mort.

A l’âge de douze ans, Yoseb était un enfant réfléchi et calme. Il dé­sirait alors que les autres sachent qu’il croyait en Jésus, le Fils parfait de Dieu. Il alla dans une école dirigée par des chrétiens à Srinagar[5], la plus grande ville du Cachemire. Il était le seul chrétien dans une école de cent garçons. Ses camarades « l’embêtaient » et lui lançaient des pier­res et de la boue.

 

Un jour, en classe, un enfant « Brahmane[6] » dit au maître :

 

« Pourquoi vous, étrangers, venez-vous ici pour nous changer et nous enlever notre religion ?

 

– Nous voulons seulement changer ce qui est faux, reprit le maître. Vo­tre religion dit que si votre père meurt, votre mère doit être brûlée vive à ses funérailles. Pensez-vous que cela soit juste ?

 

– Oui ! Oui ! Bien sûr ! crièrent tous les garçons en colère. Ça, c’est notre religion ! »

 

Yoseb bondit et s’adressant à un garçon lui dit :

 

« Aimerais-tu voir ta jolie sœur mariée brûlée vive si son mari venait à mourir ?

 

– Pourquoi pas ? répondit froidement le garçon. Notre religion nous le commande. »

 

Yoseb retint sa langue. Un jour, il ferait quelque chose pour changer cela. Si seulement ils avaient la Bible, si seulement son pays, le Tibet, avait la Bible car c’était encore pire là-bas. En effet, il y avait cinq millions et demi de gens qui avaient besoin du Seigneur Jésus et n’en avaient jamais enten­du parler.

 

Yoseb continuait à travailler dur. Il étudiait beaucoup et prenait part à toutes sortes de sports pour fortifier son corps. Mais, par-dessus tout, il priait, lisait les Evangiles et grandissait dans la foi chrétienne.

 

Yoseb réfléchissait beaucoup au sujet des différentes religions qu’il connaissait et de leurs mauvaises voies. Le christianisme était différent. Le vrai Dieu disait « Soyez saints car je suis saint »[7], et Il donnait le pouvoir de vivre comme le Christ.

 

Yoseb avait à parcourir trois kilomètres et demi pour aller à l’école et sou­vent il passait devant la Mosquée de Hazrathal[8]. Pour les musulmans, la mosquée était un lieu sacré. A l’intérieur, il y avait, sous clef, derrière des portes d’argent, un coffret dans lequel se trouvait une bouteille de verre qui contenait un simple cheveu de, Mahomet.

 

Un cheveu ! Et les gens l’adoraient ! Comment pouvaient-ils faire çà ? Yoseb réfléchit. Un cheveu n’a pas de pouvoir !

 

Onze années s’étaient écoulées et Yoseb avait fini sa scolarité. Son professeur lui dit :

 

« Maintenant tu peux devenir policier ou officier de la douane, te faire une bonne situation et gagner beaucoup d’argent.

 

La pensée du cheveu sacré et des veuves brûlées lui revinrent en mémoire ainsi que les roues de prière tibétaine avec leurs vaines redites, et les cinq millions et demi de personnes qui n’avaient jamais vu la Bible.

 

« Je ne désire ni richesse, ni grandeur, répondit-il, j’ai donné ma vie au Seigneur Jésus et je veux le servir. Je vais me consacrer à traduire la Bible, ainsi elle pourra atteindre mon peuple au Tibet et ce sera comme si elle avait des jambes pour pénétrer dans ce pays. Elle annoncera à ce peuple l’amour de Dieu qui pardonne les péchés. »

Yoseb avait travaillé très dur dans l’étude des langues et avait bien réussi. Il connaissait l’anglais, l’ourdou[9], le cachemire et beaucoup d’autres langues indiennes à côté du tibétain. Pour subvenir à ses besoins, il enseignait dans une école missionnaire, mais son principal travail était la traduction.

 

Le tibétain n’est pas une langue qui a seulement vingt-six lettres faciles comme celles de notre alphabet mais il a une écriture en forme de boucles, copiée de la langue indienne il y a environ 1 300 ans. Il est très difficile à apprendre et encore plus à écrire.

 

Comment Jean 3:16[10] pouvait-il être traduit en tibétain ? « Car Dieu a tant aimé… » Quel mot pouvait être utilisé pour Dieu dans cette langue ? Pas Shiva[11] ni Bouddha ni Allah[12] ni Vishnu[13]. Ce mot devrait vouloir dire Seigneur des seigneurs, le Dieu de toute la création, un Dieu qui les aima jusqu’à mourir pour eux, un Dieu Saint. Chaque mot devait être choisi avec beaucoup de soin.

 

Yoseb devait faire attention à ce que la signification du mot soit claire. « Dieu a tellement aimé le monde… » Comprendraient-ils cette sorte d’amour ? Les dieux païens n’aimaient pas les gens et les gens ne les aimaient pas.

 

Yoseb mit 35 ans à traduire la Bible en tibétain…

 

Un jour, il écrivit une lettre à un ami missionnaire :

« Je suis en train d’écrire chez moi, à la lueur des bougies, en plein midi, Car ma maison est enfouie sous la neige. Quand je veux faire de l’exercice je dois grimper, passer par un trou dans le toit, et marcher sur la neige. »

 

Quand la Bible fut finie, il l’envoya en Angleterre où pendant six ans des personnes compétentes l’examinèrent avec attention pour qu’il n’y ait pas d’erreur. C’est alors que la deuxième guerre mondiale se déclara et la Bible tibétaine fut cachée durant le bombardement de Londres jusqu’en 1945, dans le sous-sol de la Cathédrale Ripon[14].

 

Yoseb, lui, attendait, et continuait d’attendre. Verrait-il jamais son précieux livre imprimé ? Il était maintenant âgé de soixante ans. La fin de la guerre arriva et, à nouveau, le papier d’imprimerie fut abondant. La Bible entière devait être copiée sur un papier spécial couvert de jaunes d’œufs battus et de produits chimiques. Yoseb travaillait nuit et jour, prenant à peine le temps de manger. Il se fatiguait et s’affaiblissait. Trois autres hommes l’aidaient dans ce travail. Et tous travaillaient beaucoup et dormaient peu.

Enfin, le 16 août 1946, le livre pour lequel Yoseb avait prié « qu’il ait des jambes » fut achevé. Et, cinq jours plus tard, Yoseb Gergan mourait.

 

La Bible finie fut transportée à dos de mulet jusqu’à Lahore, cinquante-deux jours de voyage, pour être préparées avant l’impression. Ce qui représentait un dange­reux voyage gravir des pics montagneux, descendre des ravins, traverser des gorges, franchir des planches de bois, passer à gué des rivières froides.

 

Des fautes dans la copie à la main furent trouvées et le livre renvoyé à Leh pour les corrections. Hélas la Bible fut perdue dans le transport et dut être recopiée entièrement. Quel travail pour tous ces chrétiens !

 

La Bible fut envoyée par la poste une seconde fois. Mais un employé du bureau de poste renversa accidentellement de l’eau sur le paquet et toutes les pages furent endommagées. Il fallut à nouveau la recopier !

 

La Bible fut pour la troisième fois postée ; c’était l’année 1947 et la guerre entre l’Inde et le Pakistan avait éclaté. Des bandits attaquaient les routes de montagne, aussi était-il impossible d’envoyer du courrier. La Bible était perdue quelque part au Cachemire…

 

Un des amis missionnaires de Yoseb, à Lahore, Monsieur Chandu Ray, avait très à cœur de voir la Bible tibétaine arriver au Tibet. Il reconnut que tou­tes ces difficultés étaient dues à Satan, l’ennemi de Dieu. Alors Chandu Ray rassembla tous les chrétiens de Lahore et ils passèrent toute une journée à prier pour la Bible tibétaine.

Pendant que les croyants de Lahore priaient, un écrivain chrétien, Gapel vivant à 3 280 kilomètres de là, dans les montagnes neigeuses de Leh, fut soudain con­scient que Dieu parlait à son cœur. Gapel ne savait rien de cette réunion de prière à Lahore mais Dieu l’aida à trouver la Bible. « Porte la Bible à Lahore », semblait lui dire Dieu.

 

Affrontant la tempête de neige avec le poids de la Bible sur son dos, dix-huit kilos, il tenta l’impossible. A plusieurs reprises, les soldats paki­stanais essayèrent de l’attraper, mais il connaissait mieux les sentiers de montagne qu’eux, et chaque fois, il s’échappait et disparaissait dans la neige et la grêle. Il n’y avait personne pour l’aider. Tous les missionnaires avaient quitté le pays à cause de la guerre.

 

Gapel était déterminé à accomplir sa mission aussi vite que possible car il savait que des millions de gens au Tibet avaient besoin de la Parole de Dieu. Aussi, glissant, tombant, écorchant ses mains et son visage, affamé, saignant et souffrant, Gapel poursuivit sa route et arriva au pont qui traverse l’Indus, rivière du Cachemire. Là, il fut attrapé par des soldats in­diens et fait prisonnier pendant quatre mois et demi.

 

Le sort du précieux livre semblait perdu. Gapel griffonna une note et paya un messager pour la porter à Chandu Ray à Lahore. Il n’osa pas signer, ni faire mention de l’endroit où il se trouvait, car il était considéré comme es­pion par ceux qui l’avaient arrêté.

 

Quand le messager arriva, haletant, il dit :

 

« Je viens du pont de l’autre côté de l’Indus au Cachemire. Un homme âgé m’a payé pour vous apporter cette note. »

 

Se dépêchant d’aller au petit aéroport voisin, Chandu Ray demanda un vol pour le Cachemire.

 

« Voler sur le territoire ennemi, pendant la guerre ! s’ex­clama le pilote. Cet avion est le dernier et j’ai reçu des ordres pour annuler le vol. »

 

Chandu Ray pria silencieusement.

 

« Comment allez-vous faire pour rembourser leurs billets à tous les passagers ? » demanda-t-il très vite. Le pilote décida alors de partir tout de suite…

En arrivant au Cachemire, Chandu Ray marcha trois jours avant d’attein­dre le pont. Gapel l’attendait de l’autre côté. Des troupes indiennes arrêtè­rent Monsieur Ray, mais il leur distribua des Evangiles dans leur propre lan­gue, ce qui procura de la joie.

 

L’un des officiers accompagna Monsieur Ray de l’autre côté du pont dé­fendu où il trouva Gapel. Comment allaient-ils pouvoir rentrer à Lahore main­tenant ? Un avion chargé de soldats indiens blessés était sur le point de dé­coller pour Dehli[15] qui se trouvait très loin de leur destination. Chandu Ray et Gapel reçurent deux permis spéciaux. C’était encore là un miracle !

A Dehli, les deux hommes prirent un vieux train délabré pour le nord, et restèrent debout tout le voyage entassée avec des centaines d’autres personnes. Ayant traversé la frontière entre l’Inde et le Pakistan, ils louèrent un vieux taxi pour se rendre à Lahore. Quelles péripéties pour arriver à la maison ! Mais le livre était sauf.

 

 

La Bible tibétaine fut mise sous presse et des hommes y travaillèrent nuit et jour. Les machines, elles, ne s’arrêtèrent que lorsque le travail fut fini et Gapel reçut la première copie de la Bible tibétaine, puis il s’en alla chez lui.

 

Il avait été absent plusieurs mois et ses amis le croyaient mort. Quand il atteignit son village, il montra la Bible à ses amis et ils se mirent à pleurer de joie. Ils s’agenouillèrent pour remercier et louer Dieu de leur avoir donné la Bible car ils étaient tous tibétains.

 

Les Bibles tibétaines se vendirent aussi vite qu’elles avaient été im­primées. Les missionnaires n’avaient pas pu pénétrer au Tibet mais les prières de Yoseb avaient été exaucées. « Le livre qui a des jambes » a pu y pénétrer, transporté par des chrétiens de l’autre côté de la frontière.

 

Les prêtres dans les monastères se mirent, avec empressement, à lire la Bible tibétaine. Des marchands, des moines vinrent à la frontière et en empor­tèrent des copies au Tibet ; et même des troupes chinoises communistes achetè­rent des copies de la Bible tibétaine. Ils voulaient apprendre le tibétain, aussi comparaient-ils ces copies avec celles de la Bible chinoise et de cette façon apprenaient la langue.

Avec beaucoup de travail et de sacrifices de la part des chrétiens, la Bible tibétaine put être finalement envoyée au Tibet. « Dieu ne permettra pas que sa Parole retourne à lui sans effet, sans avoir accompli ses desseins. » (Es 55 : 11)

 

Le « Livre qui a des jambes » avait voyagé à travers quatre pays : l’Inde, le Cachemire, l’Angleterre et le Pakistan. Maintenant, il était dans un cinquième pays : le Tibet ! Des miracles s’étaient succédés les uns après les autres, et beaucoup de prières avaient été exaucées.

 

Le Tibet est toujours un pays[16] interdit aux missionnaires, mais il n’est pas entièrement fermé parce que Jésus, la Lumière du monde, y est, et le « Livre qui a des jambes », parlant d’un Sauveur qui nous aime et qui est mort pour nous sauver de nos péchés, s’y trouve aussi. Il a pénétré au Tibet parce qu’un gar­çon de sept ans avait mis sa confiance en Jésus-Christ et lui avait donné sa vie.

 

Voici quelques chiffres montrant comment Dieu agit. D’après un rapport portant sur six années[17], plus d’un million et demi de Bibles ou por­tions de 1’Ecriture en tibétain ont été distribuées. L’armée Rouge de Chine a transporté des Bibles au Tibet pour enseigner à leurs troupes à lire la langue tibétaine pendant des années.


Notes :

[1] Il s’agit de roues (Il en existe de grandes dans tous les temples bouddhistes tibétains) à l’intérieur desquelles sont enroulés des parchemins sur lesquels ont été écrites des prières. Lorsque ces roues à prières tournent dans le sens de l’horloge, les prières écrites sur des parchemins roulés à l’intérieur sont considérées comme étant prononcées, apportant ainsi des mérites à ceux qui les font tourner.

[2] Un bateau-restaurant.

[3] Des gâteaux frits.

[4] Leh (sle en tibétain) est la ville la plus importante du Ladakh, située à 3500 m d’altitude, dans la vallée de l’Indus. La ville appartient maintenant au district Leh dans l’état de Jammu et Cachemire en Inde.

[5] Srinagar ou Shrînâgar – de nâgar, ville et shrî, sainte – est la capitale de l’ États indien du Jammu-Kashmir. La ville est située à 1768 m d’altitude, sur le lac Dal, formé par la Jhelum et célèbre pour ses houseboats, des bateaux d’habitation à l’aménagement souvent luxueux.

[6] Le brahmane est un membre d’une des quatre castes en Indes : avec les brahmanes, il y a les prêtres, les enseignants et les hommes de loi. Les brahmanes font partie des Castes supérieures en Inde. Ce sont les hommes les plus importants. Ils sont très respectés.

[7] Lv 11 : 45, 1 Pi 1 : 15 et 16.

[8] Construite par l’empereur Shah Jehan qui construisit aussi le Tadj Mahall en Inde.

[9] L’ourdou ou urdu est une langue indienne. Il est parlé au Pakistan, dont il est la langue officielle, ainsi que dans le nord de l’Inde, où il est également une langue officielle reconnue par la Constitution. Environ 160 millions de personnes utilisent l’ourdou, dont 60 à 80 millions qui l’utilisent comme première langue.

[10] « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. »

[11] Shiva transcrit parfois par Siva ou Çiva, « le bon, le gentil, qui porte bonheur », est un dieu hindou. Il est la personnification de l’Absolu, le principe destructeur et en même temps régénérateur du monde, dispensateur de mort et de renaissance.

[12] Le dieu des musulmans.

[13] Vishnu ou Vishnou, également appelé Hari, est un dieu hindou, associé à la conservation et à la protection. Il forme avec Brahma et Shiva la base des divinités hindoues. C’est une divinité de vie-mort-renaissance.

[14] Ripon : ville située au nord de Londres.

[15] New Delhi est la capitale de l’Inde.

[16] Le Tibet a été annexé par la Chine en 1951… Depuis les années 1975 à 1985, l’oppression chinoise est très importante… Le réveil spirituel qui a suivi la diffusion de la Bible en tibétain a préparé des centaines de milliers de personnes aux grandes difficultés et à la persécution.

[17] Société biblique en Inde 1969 à 1975.