Un miracle pour des chaussures !

Je raconterai un témoignage, qui s’est passé pendant mon travail pour le Seigneur à Cincinnati. Je recevais des vêtements pour les pauvres, et je les distribuais. Je me rendis à Mount Lookout, un faubourg de Cincinnati, et une sœur qui habitait là me donna quelques vêtements. Au cours des semaines précédentes, j’avais remarqué qu’une Chrétienne fidèle de notre assemblée n’était pas venue depuis quelque temps. J’allai la visiter pour voir ce qui se passait. Je la trouvai en train de faire sa lessive. Je lui fis remarquer qu’elle n’était pas venue à plusieurs réunions, ce qui était plutôt inhabituel. C’était une pauvre femme. Elle avait trois enfants, et devait payer son loyer. Elle ne nous avait jamais permis de l’aider, car nous avions l’habitude d’aider ceux qui traversaient des moments difficiles. Comme elle répugnait à donner la raison de son absence, je remarquai qu’elle avait des chaussures en piteux état.

Je finis par lui dire :

  • “Ma Sœur, est-ce que ce sont les meilleures chaussures que vous avez ?” Elle rougit et me tourna le dos, me faisant comprendre que c’étaient effectivement les meilleures.

Elle me dit :

  • “Frère Bevington, je dois admettre que ce sont mes meilleures chaussures. Je m’attends à avoir une nouvelle paire de chaussures la semaine prochaine, mais il faut que j’habille et que je nourrisse mes enfants, sans tenir compte de mon besoin !”

C’était un mercredi soir. Quand je revins dans ma chambre, je commençai à prier pour qu’elle ait une nouvelle paire de chaussures. Je n’en avais aucune me paraissant en assez bon état pour lui en faire cadeau. Ceci me poussa à intensifier ma prière.

Je pris mon petit-déjeuner, heureux et convaincu de par ce que Dieu avait placé en mon cœur de savoir que ma sœur aurait une paire de chaussures neuves pour la réunion du vendredi soir. C’était notre réunion d’évangélisation habituelle. En me rendant à la Mission, je fus un peu retardé, et je n’y arrivai que vers dix heures du matin. Je me rendis à la salle de prière.

L’une des monitrices des enfants sortit et me dit :

  • “Il y a une dame qui veut vous voir.”

Celle-ci vint dans le hall principal et me dit :

  • “Frère Bevington, j’ai acheté une paire de chaussures ce matin, mais l’une d’elles a au moins deux tailles de plus que l’autre. Elles ont l’air d’être pareilles, mais elles ne le sont pas. Celles que j’ai essayées au magasin m’allaient pourtant très bien. Je n’étais pas loin d’ici, et j’ai eu envie de voir le travail que vous faites auprès des enfants. Pendant que je vous attendais, j’ai voulu mettre mes chaussures neuves pour rentrer chez moi. C’est alors que j’ai découvert qu’il y en avait une beaucoup plus grande que l’autre.”

Je lui dis :

  • “Que le Seigneur soit loué ! J’ai prié toute la nuit dernière pour une paire de chaussures et je pense que ce sont celles-ci !”
  • “Oui, Frère Bevington, mais je n’ose vraiment pas donner de telles chaussures à quelqu’un ! Je n’ai pas envie non plus de les rapporter au magasin !”

Elle était bien trop fière pour les rapporter. Aussi décida-t-elle de voir si je pouvais en faire un bon usage.

Je lui dis :

  • “Je connais une pauvre femme qui a besoin de chaussures. Elle pourra facilement mettre un rembourrage en coton dans la plus grande. Je crois que la petite est tout à fait à sa taille.”
  • “Les voici, prenez-les !”

Mais je voulais que ce soit elle-même qui aille voir la pauvre femme. Je pensais qu’elle pourrait l’aider dans beaucoup de domaines. J’insistai donc pour qu’elle porte les chaussures elle-même, car elle devait passer non loin de sa maison pour prendre son tramway.

Elle finit par prendre les chaussures et se dirigea vers la maison de cette pauvre femme. Elle la trouva en train de repasser.

Elle se présenta et dit :

  • “Le Frère Bevington m’a envoyée ici pour une mission bien embarrassante !”

Elle sortit les chaussures, sans dire à la femme qu’il y en avait une plus grande que l’autre.

Pendant tout le temps qu’elle lui parlait des chaussures et d’autres choses, la pauvre femme se disait : “Que faire ? Je ne pourrai pas porter ces chaussures ! Mon pied droit est plus court que l’autre d’au moins deux pointures, et je n’ose pas le lui dire !” Elle se décida pourtant à prendre les chaussures. Peut-être pourrait-elle les échanger.

L’autre femme partit. Mais elle sentit qu’elle devait dire la vérité à sa sœur. Elle retourna donc lui dire comment étaient les chaussures. L’autre se mit à rire de bon cœur et dit :

  • “Laquelle est la plus grande ?”
  • “La gauche.”

Elle rit de plus belle et dit :

  • “Merveilleux, merveilleux ! Dieu connaît réellement toutes choses ! Mon pied gauche a presque deux pointures de plus que l’autre ! C’est exactement ce dont j’avais besoin. Gloire à Dieu !”

Je ne savais pas que ses pieds n’avaient pas la même taille, mais Dieu le savait. Voyez-vous tout ce qu’Il fit pour exaucer ma prière de toute une nuit ? N’est-ce pas suffisant pour nous convaincre qu’Il sait parfaitement ce qu’Il doit faire ?

J’ai exercé un ministère de délivrance

En 1977, j’exerçais un ministère spécialisé dans la guérison intérieure et la délivrance. Les gens venaient de toute l’Amérique pour chercher à être libérés des voix qu’ils entendaient, de toutes sortes d’addictions, de traumatismes émotionnels produits par des blessures passées ou des abus qu’ils avaient dû subir, et de nombreux autres liens spirituels. A cette époque, notre ministère était considéré comme étant « à la pointe du progrès » dans le domaine du combat spirituel. Notre église était une communauté chrétienne où tout le monde pouvait venir vivre avec d’autres Chrétiens pour y trouver la guérison.

A peu près vers la même époque, une sœur vint d’un autre Etat pour demeurer dans notre centre de délivrance, en vue d’y recevoir la prière pour sa délivrance. Elle avait grandi dans une famille profondément engagée dans l’occultisme, et ses parents lui avaient donné le prénom d’une déesse grecque. Quand elle nous a téléphoné, elle s’efforçait de se libérer de ses liens spirituels occultes, et elle était attaquée par des mauvais esprits qui refusaient de la laisser tranquille. Ces esprits se manifestaient à travers elle en sifflant comme des serpents et en nous accablant de sarcasmes. Nous découvrîmes rapidement que les démons qui la tourmentaient étaient puissants et n’avaient aucune intention de la quitter. Deux d’entre nous prirent la responsabilité de s’occuper de cette sœur. Après l’avoir guidée dans diverses prières, nous avons directement attaqué certains démons, en leur ordonnant de partir au Nom de Jésus. Cette sœur en éprouva un certain soulagement.

Peu après, à la fin de l’une de nos réunions du mardi soir, il se produisit l’événement le plus extraordinaire de notre rencontre avec cette sœur. La plupart des Chrétiens étaient déjà partis, mais elle voulut rester pour que l’on prie encore pour elle. Avant même que nous ayons pu commencer, elle fut saisie par un esprit très violent. Sa physionomie changea, sa voix n’était plus la même, son visage était contorsionné, et ses mains étaient tordues comme des serres d’oiseau de proie. Elle poussa un grand cri et se mit à me charger, dans l’intention de me lacérer le visage avec ses ongles. Pendant qu’elle hurlait et qu’elle courait vers moi en traversant la salle, le frère qui s’occupait d’elle et moi-même, nous sommes restés fermes et lui avons dit : « Stop, au Nom de Jésus ! » Parvenue à quelques dizaines de centimètres de nous, elle fut arrêtée par un mur invisible, et s’écroula à terre en gémissant. Nous avons alors prié pour elle, en demandant à Dieu de la libérer.

Nous avions rencontré beaucoup de cas de manifestations démoniaques dans notre ministère, mais celui-ci était le plus violent. Aujourd’hui, quand je repense à cet événement, je sais que le plus important, ce n’est pas ce qui s’était passé ce soir-là, mais ce qui se passa le lendemain. Le lendemain, elle se sentait bien mieux, et elle voulut nous parler avant de rentrer chez elle. Elle me dit : « Bob, Satan a très peur de toi ! Tu as une grande puissance et une grande autorité ! » A l’époque, je n’avais pas compris la signification réelle de ces phrases, comme je peux la comprendre aujourd’hui. A ce moment-là, j’étais entièrement conditionné par la mentalité du « combat spirituel », alors qu’aujourd’hui, j’ai pris conscience de la valeur de la Providence divine. Nous interprétons tout ce qui nous arrive en fonction du système de pensée qui est le nôtre.

J’ai pu interpréter les déclarations de cette sœur comme la confirmation que j’étais en train de réussir, conformément aux enseignements des leaders du « combat spirituel ». J’avais 27 ans, et j’étais devenu un puissant guerrier, équipé pour aller combattre toutes les forces adverses que Satan pouvait envoyer contre moi. Je fus donc tellement « gonflé » par cette délivrance que je passai les deux ou trois années suivantes à m’occuper de dizaines de personnes en souffrance. Beaucoup se trouvaient dans d’horribles liens spirituels. Jour et nuit je chassais les démons, je m’attaquais aux puissances des ténèbres, et j’aidais les gens à s’échapper des griffes des démons. Cette sœur rentra chez elle, et je n’entendis plus parler d’elle. Pendant plusieurs années, j’exerçais ainsi mon ministère, sans me ménager, auprès de tous ceux qui en avaient besoin autour de moi.

Afin de continuer à améliorer mon ministère de délivrance, j’ai lu les livres écrits par ceux qui avaient plus d’expérience que moi. J’ai pu ainsi mieux comprendre « comment les démons travaillaient ». Toutefois, beaucoup de personnes que je conseillais continuaient à avoir des problèmes avec les démons, malgré de nombreuses sessions d’exorcisme. Il fallait donc aller beaucoup plus loin dans le développement de stratégies plus efficaces. Les batailles ne sont pas toujours faciles à gagner. Dans une guerre, il y a toujours des revers. Certains enseignements que je faisais étaient très bibliques : la repentance, le pardon, l’étude de la Parole de Dieu, et le développement de justes relations au sein du Corps de Christ. En outre, dans mon ministère, je devais aider les gens à faire des choix sages pour leur vie.

Pendant cette même période, je visitais ceux qui étaient enfermés dans les hôpitaux psychiatriques de ma région. J’avais conseillé tellement de personnes à problèmes qu’une fois, en visitant le plus grand hôpital de ma région, j’y rencontrai trois personnes que j’avais personnellement connues.

Pendant toutes ces années où je croyais au système de pensée du combat spirituel, j’avais remarqué que les mêmes personnes continuaient à avoir les mêmes problèmes. En cherchant à me perfectionner dans l’approche de la délivrance, je lis un livre écrit par un Chrétien célèbre, qui prétendait avoir reçu des révélations divines. J’ai longtemps accepté cette « vérité » de la passivité des chrétiens engendrant la démonisation dans mes méthodes de conseil, croyant que c’était cette  passivité qui faisait sans cesse retomber les mêmes personnes sous l’esclavage des démons. J’ai donc développé des techniques pour que les gens cessent d’avoir une volonté passive, afin que les démons ne puissent plus les influencer. Aujourd’hui, je ne crois plus en la validité de ce que je faisais alors.

Pourtant, j’ai constaté un problème : les gens « passifs », par nature, ne me semblaient pas avoir une volonté forte, et rien n’y changeait. Ils continuaient toujours à se sentir opprimés par les démons, et se lamentaient de leur incapacité à surmonter leur « passivité ». A cette époque, je ne me rendais pas compte qu’en demandant aux gens d’avoir une volonté plus forte, je ne faisais que jeter de l’huile sur le feu. Le système de pensée du combat spirituel m’avait égaré si loin que je ne voyais plus la pertinence de ces simples versets des Ecritures : « Ainsi parle l’Eternel : Maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme, qui prend la chair pour son appui, et qui détourne son cœur de l’Eternel !… Béni soit l’homme qui se confie dans l’Eternel, et dont l’Eternel est l’espérance ! » (Jr 17 : 5, 7).

Selon la théorie que j’enseignais, l’une des « lois spirituelles » de l’univers affirmait que ceux qui avaient une volonté passive devenaient la proie des démons, même s’ils étaient Chrétiens. Pour être libre, il fallait avoir une forte volonté. On ne pouvait plus faire confiance à Dieu pour être libre, mais il fallait avoir une forte volonté. Dieu se trouvait lié par une loi spirituelle qu’Il avait Lui-même créée.

Lorsque je croyais au système de pensée du combat spirituel et que je pratiquais la délivrance, je croyais à la validité de tout ce que je faisais, à cause de la vive réalité des démons qui se manifestaient, et parce que les gens étaient libérés au Nom de Jésus. Beaucoup de gens se sentaient mieux après les réunions de délivrance. Ils étaient venus dans un état misérable, et quittaient nos réunions avec un sentiment d’amour et de liberté. Je croyais donc que nous étions en train de les aider. Je ne doute pas de la sincérité de Bob Larson et d’autres qui travaillent comme lui. Je ne doute pas non plus de la réalité des histoires qu’ils racontent. Ce que je remets à présent en question, c’est le système de pensée qui sous-tend leur ministère, et qui n’est pas biblique. Il est vrai qu’il existe tout un monde invisible qui a ses lois, et que ces lois gouvernent les démons et tous les niveaux de la hiérarchie satanique. Mais faut-il découvrir et exploiter toutes ces lois pour avoir la victoire sur Satan ? Avons-nous besoin de ministères de délivrance entraînés et spécialisés, pour libérer les captifs de Satan ? Plus loin, je vous expliquerai de quelle manière mon ministère a dû complètement changer, quand j’ai commencé à mettre en doute les fondations doctrinales sur lesquelles il s’appuyait.

Quand j’étais dans ce mouvement, nous voulions acheter un terrain dans l’une des banlieues de notre ville. Comme nous avions des problèmes pour conclure cet achat, nous avons convoqué une réunion d’intercession qui devait durer toute la nuit. Vers le milieu de la nuit, quelqu’un a reçu une révélation, selon laquelle une principauté nommé « Manitou » contrôlait notre ville. C’était « Manitou » qui nous empêchait d’acheter notre terrain. Cette principauté régnait sur la ville, parce que les Indiens avaient auparavant pratiqué ici leur religion. Nos dirigeants nous ont donc demandé de chasser cet esprit de Manitou de la ville, afin que nous puissions la conquérir pour Dieu. La conclusion heureuse de notre achat nous « prouva » que nos prières avaient été efficaces. Cela nous a confortés dans notre conviction que nous avions de révélations spéciales pour chasser les principautés des villes qu’ils contrôlaient.

Pour ceux qui ont accepté le système de pensée du combat spirituel, de telles pratiques se justifient parfaitement. Tout ce que l’on doit accomplir dépend d’une interaction complexe entre toutes sortes de démons, de principautés et de lois qui contrôlent le monde spirituel. Aucun domaine de notre vie n’échappe à ces lois.

Par exemple, considérez la description que fait Bob Larson d’une personne dont il avait conduit la délivrance. Cette personne avait plusieurs personnalités fragmentées, et était liée par des démons. Elle souffrait d’une « dissociation » de sa personnalité. L’un des démons qui la contrôlaient s’appelait le « Portier ». Il permettait à tous les démons qui avaient été chassés de revenir. Larson décrit la cause de ce désordre de la personnalité, et montre comment il avait appris à parler aux diverses personnalités fragmentées qui composaient cette personne. Certaines de ces personnalités s’appelaient « Facilitateur » et « Régulateur ». Larson pensait que les démons qui contrôlaient cette personne pouvaient posséder certaines de ces personnalités multiples. Voici ce qu’il explique : « En ce qui concerne ces personnalités multiples, il y en a des bonnes et des mauvaises. Les ‘bonnes personnalités’ forment une partie de la conscience globale de cet individu. Ces ‘bonnes personnalités’ ont accepté Christ comme Sauveur. Mais les ‘mauvaises personnalités’, pour une raison ou une autre, refusent de se soumettre au Seigneur ».

Cette situation complexe oblige le « technicien spirituel » à « trier dans ce fouillis, pour obtenir le concours des bonnes personnalités, afin de gagner à Dieu les mauvaises personnalités ». Larson demande à l’une des personnalités fragmentées de son client de l’aider à identifier les « personnalités ténébreuses ». Il entreprit ensuite la tâche incroyablement compliquée de « trier » les démons et les fragments de personnalités au sein de cette personne. Il réussit même à conduire à Christ « Facilitateur ». Larson réveille ensuite des souvenirs enfouis, découvre les raisons légales qui ont permis aux démons d’entrer, ainsi que les noms des démons cachés. Voici l’une des prières qu’il a faites pour aider cette victime à trouver sa liberté : « Je commande aux anges de Dieu de rechercher et de tourmenter cet esprit de douleur. Je lie Douleur au démon Régulateur, et je leur commande d’éprouver tout le tourment dont ils ont affligé Randall. Je multiplie ce tourment par sept ! ».

Il me semble que si ce système de pensée du combat spirituel est vrai, et si les prétentions de ses « prêtres spirituels » sont vraies, alors nous sommes plongés dans de sérieux problèmes, sans aucun espoir sérieux d’en sortir ! Il faut interroger les démons pendant des années pour connaître les « règles », étant donné que les informations nécessaires pour les chasser efficacement ne sont ni révélées par les Ecritures ni accessibles par les moyens ordinaires.

Quant à moi, je m’épuisais littéralement à essayer de « faire coller » tous les détails du combat spirituel pour qu’il soit efficace. Je compris qu’il me fallait me convertir à un autre système de pensée, en ce qui concernait le monde que Dieu avait créé et qu’Il gouvernait. Cette conversion transforma le « technicien spirituel » que j’étais en prédicateur de l’Evangile.

Deux ans après cette « délivrance » où j’avais appris que Satan avait peur de moi, j’étais complètement usé par les longues journées et nuits passées à aider les gens à sortir de leurs liens. Je recevais des appels pendant la nuit, lancés par des gens qui avaient des problèmes urgents. Je ployais sous le nombre des cas dont je devais m’occuper. Certaines personnes avaient constamment besoin d’aide. Une seule personne très chargée pouvait nous vider de notre énergie émotionnelle et spirituelle. Je m’occupais souvent de 15 personnes par semaine.

A cette époque, l’une de ces personnes tournait vraiment mal. Cette femme quittait souvent son mari et ses enfants, le soir, pour aller courir dans les bars et rencontrer des hommes. Elle était passée par tous les ministères que nous pouvions lui offrir. Son mari m’appelait désespérément et me demandait de l’aide, parce qu’elle était en train de le détruire, et de détruire leurs enfants. Une nuit, cette femme m’appela vers trois heures du matin en m’accusant de tous ses problèmes, parce que j’étais un « très mauvais conseiller ». Il me sembla que je ne pouvais plus en supporter davantage. Je criai à Dieu, et je fis à peu près cette prière : « Seigneur, je veux réellement aider cette femme, comme tant d’autres. J’ai prié pour elle, je l’ai conseillée, je l’ai aidée, j’ai aidé sa famille de toutes sortes de manières pratiques, et j’ai chassé ses démons. J’ai fait tout ce que je savais faire. Mais je n’en peux plus. Si je n’obtiens pas de meilleurs résultats, je ne pourrai plus rester dans le ministère ! »

Dieu répondit à ma prière en attirant mon attention sur un passage de l’Ecriture. Depuis ce jour, ma vie et mon ministère ont été transformés ! Je ne le savais pas à l’époque, mais ce fut à ce moment-là que j’abandonnai le système de pensée du combat spirituel, pour me convertir au système de pensée de la Providence divine, comme je préfère l’appeler. Voici le passage que le Seigneur me montra :

« Or, il ne faut pas qu’un serviteur du Seigneur ait des querelles ; il doit, au contraire, avoir de la condescendance pour tous, être propre à enseigner, doué de patience ; il doit redresser avec douceur les adversaires, dans l’espérance que Dieu leur donnera la repentance pour arriver à la connaissance de la vérité, et que, revenus à leur bon sens, ils se dégageront des pièges du diable, qui s’est emparé d’eux pour les soumettre à sa volonté » (2 Timothée 2 : 24-26).

Le processus fut immédiat, en ceci que je suivis aussitôt l’enseignement de ce verset dans mon ministère de conseil auprès des Chrétiens. Mais il fut lent, en ce sens que ma conversion au système de pensée de la Providence divine ne fut complète qu’en 1986, quand je compris que ma pensée arminienne[1] concernant le libre-arbitre total de l’homme n’était pas biblique, et ne laissait pas assez de place à la souveraineté de Dieu. Je dus faire pour cela une étude détaillée de l’épître aux Romains. D’après le système de pensée de la Providence divine, Dieu contrôle toujours parfaitement Son univers, et le conduit sûrement vers l’objectif final qu’Il a Lui-même fixé (Ep 1 : 11).

La première chose qui m’a frappé dans ce passage fut la description de ceux dont le diable s’était emparé, pour les soumettre à sa volonté. Je me rendis compte que personne ne pouvait être aussi lié que cette femme. C’est son état qui m’avait poussé à remettre en question tout ce que je pratiquais jusque-là.

La seconde chose qui me vint à l’esprit en relisant ce passage fut de voir de quelle manière il pouvait s’appliquer à ma situation. Paul montrait à Timothée de quelle manière il fallait s’occuper de ceux qui avaient de sérieux problèmes dans l’église, et qui causaient des problèmes à Timothée. C’était précisément ma situation. L’exorcisme et la délivrance ne sont jamais utilisés dans le Nouveau Testament comme la thérapie normale pour les Chrétiens nés de nouveau !

La troisième chose que j’appris en méditant ce passage fut de voir comment on peut échapper aux griffes de Satan. Ce fut cela qui me fit abandonner le système de pensée du combat spirituel, pour adopter celui de la Providence divine. Les Chrétiens qui sont liés par Satan ne peuvent lui échapper que si Dieu leur accorde la repentance ! Cela me choqua quand je le compris réellement pour la première fois. Il est bien écrit : « dans l’espérance que Dieu leur donnera la repentance ». Auparavant, je croyais que si les choses ne changeaient pas, c’était pour l’une des deux raisons suivantes :

  1. C’était moi qui étais un mauvais conseiller, et qui devais acquérir de meilleures techniques de délivrance, ou
  2. c’était la victime qui faisait tout capoter parce qu’elle ne suivait pas mes prescriptions, laissant ainsi rentrer en elle sept démons plus méchants ! Nous tournions constamment en rond pour essayer de voir laquelle de ces deux raisons pouvait expliquer nos échecs. Je compris enfin que si Dieu leur accordait la repentance, ceux qui étaient esclaves de Satan pouvaient lui échapper. Sinon, ils ne le pouvaient pas. J’avais trouvé la solution biblique ! Pourquoi certains pouvaient recevoir la repentance, et d’autres pas, cela restait un secret que je ne connaissais pas, et que Dieu n’était pas obligé de nous révéler (Dt 29 : 29).

Toutefois, comme je ne savais pas si Dieu allait accorder la repentance à telle ou telle personne, je pouvais toujours penser qu’il pouvait l’accorder à tous les cas que j’allais rencontrer. Cela m’encouragea, et me permit de comprendre une quatrième chose : comment conseiller de telles personnes. Paul écrit : « Or, il ne faut pas qu’un serviteur du Seigneur ait des querelles ; il doit, au contraire, avoir de la condescendance pour tous, être propre à enseigner, doué de patience ; il doit redresser avec douceur les adversaires ». Nous avions l’habitude de nous lever à deux heures du matin, avec deux ou trois autres anciens, pour maîtriser une personne démonisée qui hurlait et se débattait, et crier : « Sors, esprit méchant, au Nom de Jésus ! » Plus tard, je me dis que ce n’était pas une manière d’être « doué de patience, et de redresser avec douceur » ces personnes ! Depuis lors, j’ai compris que Dieu, pour délivrer ceux qui sont liés par Satan, veut que nous leur annoncions Son Evangile, dans toutes ses implications. Je pouvais donc enseigner patiemment la vérité, en faisant confiance à Dieu pour qu’Il utilise Sa Parole pour changer les vies. Dieu peut délivrer des griffes de Satan les pécheurs les plus démonisés, par la seule puissance de l’Evangile (voir Col 1 : 13 et Ep 2 : 1-5). Auparavant, puisque ces personnes étaient Chrétiennes, et qu’elles étaient encore dans les liens, je pensais que le simple Evangile ne suffisait pas à les délivrer, et qu’il fallait avoir recours à des techniques et des procédés spéciaux pour les libérer. Maintenant, je crois en la puissance de l’Evangile.

Ce qu’il y a de merveilleux avec la vérité de l’Evangile, c’est qu’on peut l’annoncer à un autre moment qu’à trois heures du matin, à des gens qui se défoncent ! Je ne sortis plus en pleine nuit pour aller chasser les démons d’une personne qui cherchait à m’attendrir. Je commençai à corriger cette femme dérangée en lui disant qu’elle avait besoin de se repentir, de faire confiance à Dieu et à Sa grâce, et de Lui obéir. C’était un péché de quitter son foyer le soir pour aller s’enivrer dans les bars avec des étrangers ! Elle finit par divorcer de son mari, et passa les vingt années suivantes à s’enfoncer toujours plus dans le péché. Mais je savais que je n’en étais pas responsable. Il fallait soit qu’elle accepte l’Evangile, soit qu’elle continue à vivre sous l’esclavage de Satan. Seul le plan parfait de Dieu peut guérir une âme humaine. Il n’y a aucun autre plan de remplacement ! Cette femme peut toujours se repentir et échapper au diable. Si elle le fait, ce sera par la grâce de Dieu et en obéissant à l’Evangile, et non par l’intervention d’un SAMU spirituel !

Bob DeWaay


Note :

[1] L’arminianisme est une doctrine protestante fondée à la fin du XVIe siècle par Jacobus Arminius. Cette doctrine se base sur l’idée que la détermination de la destinée de l’homme par Dieu n’est pas absolue. L’acceptation ou le refus de la grâce par l’homme joue ainsi un rôle dans sa justification. En l’annonçant, Jacobus Arminius s’oppose aux idées de Jean Calvin sur ce sujet de la prédestination.

L’arminianisme sera l’un des fondements doctrinaux de la Fraternité remonstrante, et, beaucoup plus largement, aussi bien du méthodisme (et, à travers lui, du pentecôtisme) que du protestantisme libéral.

Tout ce qui nous arrive

Les bons ou mauvais événements sont dirigés par Dieu. Cependant, il est parfois difficile d’en prendre conscience lorsque l’on a des contrariétés, des soucis, etc…

Il faut savoir prendre un peu de recul dans chaque situation, pour arriver à voir la main de Dieu. Les histoires de la providence divine ne manquent pas… En voici une parmi tant d’autres… L’histoire d’une suite d’événements agaçants qui, en fin de compte, se révèlent être, non seulement voulus par Dieu, mais aussi être pour le bien de l’homme.

 »Je suis chauffeur de taxi. Israélien d’origine, installé à Londres. Un jour, je fus envoyé à Stamford-Hill pour y prendre une famille et l’ accompagner à l’aéroport. Là-bas, elle devait prendre l’avion pour l’ Amérique.

Pendant ce voyage vers l’aéroport, un fait assez banal se produisit : l’un de mes pneus éclata, et il fallut changer la roue. Je m’arrêtai donc, et remplaçai la roue défectueuse par la roue de secours. Mes clients étaient plutôt impatients, ce qui se comprend, et je le fis donc le plus rapidement possible, et repris la route.

Mais, évènement déjà moins banal, un second pneu éclata, et là…Je ne savais plus quoi faire. Je n’avais pas de seconde roue de secours. C’en était trop pour mes pauvres clients qui se mirent a crier :  »C’est incroyable ! Vous ne pouviez pas vérifier vos pneus avant de prendre la route ? Quelle manque de responsabilité ! Vous voulez nous faire rater l’avion, ou quoi ? ». Mais, de toute évidence, je n’avais pas le choix : il fallait que je me rende, a pied, a la station-service la plus proche pour acheter un pneu. A mon retour, je vis que mes clients n’avaient pas réussi a arrêter un autre taxi, et ils remontèrent donc en voiture avec moi, non sans m’avoir réservé un accueil des plus  »chaleureux » ! En chemin, mes clients n’arrêtaient pas :  » Plus vite, plus vite ! Mais bon sang, vous ne pouvez vraiment pas aller plus vite ? ». J’espérais de tout mon coeur les déposer à l’heure à l’ aéroport.

Mais tout d’un coup, je crus rêver : on entendit un grincement, puis un éclat de verre… Nous n’en croyions pas nos yeux, mais la réalité était bien là : le camion qui était juste devant mon taxi, et qui transportait de grosses pierres, avait décidé de freiner subitement, sans raison. Une pluie de pierres tomba sur mon pare-brise qui se cassa en mille morceaux.

 

Mes clients acceptèrent, bon gré mal gré, que je prenne le numéro du camion et les coordonnées de son chauffeur, pour me faire rembourser cet accident.

Quand le chauffeur du camion s’approcha de ma voiture pour constater les dégâts, il ne manqua pas de se faire insulter par mes charmants clients dont les nerfs étaient a bout.

Apres 20 minutes, nous reprîmes la route, avec le pare-brise casse…
J’entendais les protestations, à l’arrière de la voiture :  »J’espère que vous n’aurez pas le toupet de demander a ce que nous payions cette course ».
J’appuyai à fond sur l’accélérateur, en priant qu’il n’arrive plus rien…

Je décidai de rouler sur la voie d’urgence, pour avoir une petite chance d’arriver à l’heure. Je l’avoue, ce n’était pas la première fois que je le faisais, bien que ce soit interdit, mais cette fois-ci… Vous l’avez deviné : j’entendis de toutes parts des sirènes.

La police m’obligea à arrêter le véhicule. Je descendis, et me mis a expliquer :  »Ecoutez, monsieur l’agent, je dois absolument amener ces personnes à l’aéroport. Ils sont très en retard et risquent de rater leur avion. Nous avons déjà dû remplacer deux pneus ! Regardez aussi notre pare-brise… » Mais le policier ne voulut rien entendre. Je lui proposai de lui laisser tous mes papiers et mon argent :  »Je les accompagne, et reviens aussitôt ». Mais il n’accepta pas non plus.

Apres 10 minutes d’attente et une amende, on put repartir. A en croire les chuchotements de mes clients à l’arrière, ils étaient déjà passe à la phase de désespoir et savaient qu’ils rateraient leur avion…

En arrivant à l’aéroport, leur avion venait de décoller, et je ne pus que demander a l’un de mes amis, qui travaillait sur place, de leur échanger les billets. Je tendis les nouveaux billets d’avion à la famille, et m’enfuis rapidement, honteux.

En remontant dans mon taxi, je priai que la journée continue un peu mieux que de la façon dont elle avait commencé. J’avais à présent, devant moi, une journée de réparations à faire au garage…

 

En repensant à ce qui s’était passé, il y avait quoi devenir fou ! Quel concours de circonstances ! Tellement d’évènements en un seul petit trajet…
C’était bien la première fois que les catastrophes se succédaient ainsi…

Quelques instants plus tard, j’appris que l’avion raté, de la compagnie  »Pan America » était tombé au-dessus de la ville de Loockerby… Il n’y avait
aucun survivant… Je me mis a pleurer en comprenant le miracle qui avait eu lieu… »

Notre petite vie, à nous, n’est pas faite de miracles aussi évidents, comme dans l’histoire, mais il suffit d’un exemple éloquent comme celui-ci pour nous permettre de comprendre que tout est dirigé, même quand nous n’avons pas compris, et ne comprendrons peut-être jamais, la raison de tel ou tel souci que nous avons…

L’ami qui n’avait pas oublié

Bruno et Pierre étaient de bons amis. A l’école, ils étaient assis l’un à côté de l’autre. Ils avaient également l’habitude de faire leurs devoirs ensemble. Bruno était un peu plus intelligent que Pierre et aimait lui donner un coup de main. Pendant les vacances, ils faisaient leurs révisions ensemble, et partageaient un lopin de terre qui leur était attribué et leur procurait des légumes qu’ils pouvaient vendre à leurs amis. Ils étaient tous les deux fils uniques et leurs mères s’étaient habituées à avoir plutôt deux enfants qu’un, bien qu’ils allassent le plus souvent dans la maison de Bruno : En effet chez Pierre, ce n’était pas toujours rose, sa mère étant si absorbée par ses propres soucis qu’elle paraissait parfois avoir du mal à s’occuper de son fils.

Les années passèrent. Bruno devint le premier de sa classe, alors que Pierre dut redoubler son année. Dès lors ce ne fut plus du tout évident pour les deux amis de se rencontrer. Bruno proposait encore son aide, mais Pierre n’avait pas l’air de vouloir s’en faire. En outre, Bruno devait travailler dur pour ses propres examens… Tout cela fit qu’ils se perdirent peu à peu de vue.

Bruno fréquenta le collège et entreprit des études de droit. Pierre alla de travail en travail, sans se montrer capable de réussir quoi que ce soit, et son père l’accablait tellement de reproches qu’il finit par ne plus rentrer à la maison. Il prit une chambre au centre-ville, à proximité de son bar favori, et se débrouilla tant bien que mal. A un moment donné il se maria, mais sa femme se fatigua bientôt de sa façon de vivre, et le quitta. C’est ainsi que passèrent encore bien d’autres années, et quand Bruno fut nommé juge au tribunal local, et qu’il acheta une grande maison pour lui et sa famille sur la colline derrière la ville, Pierre ne jugea pas même bon de se rappeler à lui par un coup de fil.

 

Mais ils allaient bientôt être destinés à se rencontrer, car la police avait un oeil sur Pierre. A une ou deux occasions, il avait été envoyé au poste pour ivrognerie et trouble de l’ordre public, et il y avait eu d’autres menus incidents. Il avait bien un petit boulot, mais cela ne lui suffisait guère pour vivre et avoir encore assez d’argent pour ses boissons et ses cigarettes, aussi avait-il eu recours au vol à l’étalage aux rayons d’alimentation.

 

Il faisait très attention de ne pas se faire prendre, jusqu’au jour où la police l’accosta juste devant le Prisunic et lui fit ouvrir son sac. Les saucisses qu’il avait volées lui furent confisquées ; il en fut peiné car il se voyait déjà en train de les frire pour son souper.

 

Il avait déjà comparu devant le tribunal auparavant, et cela lui importait peu d’y retourner, car d’une façon ou d’une autre, il était alors si épuisé que rien ne semblait plus l’inquiéter sinon le manque d’alcool. Personne d’autre ne se faisait du souci à son sujet, alors il ne voyait pas pourquoi lui s’en ferait. Une seule chose l’ennuyait, c’était la pensée de rencontrer Bruno.

 

« Mais ce sera peut-être quelqu’un d’autre, se dit-il. Et même si c’est lui, il m’aura probablement oublié. »

Mais ce ne fut pas quelqu’un d’autre. Ce fut bien Bruno, en grand tralala dans sa plus belle toge, et il n’était pas possible d’affirmer s’il avait oublié ou non, car Pierre évita soigneusement de rencontrer ces yeux gris et de soutenir ce regard perçant dont il se souvenait si bien.

 

« La seule personne qui se soit jamais réellement souciée de moi », pensa-t-il assez vaguement, et la voix rendant le jugement lui parut étrangement lointaine. C’était une amende plus lourde que ce qu’il avait prévu, et il n’arriverait jamais à en rassembler le montant. Qu’à cela ne tienne ! Ça lui changerait les idées d’être en prison !

Il était assez amer quand il réintégra sa chambre, plus tard dans la soirée. Il avait parfois rêvé qu’il se mettrait sur son trente et un, enfin, qu’il se rendrait au moins présentable, et qu’il irait téléphoner à Bruno, mais c’était la fin de ce projet chimérique. Il se mit soudain à haïr son ami d’antan. Ce dernier aurait pu le faire acquitter s’il l’avait voulu, en invoquant les circonstances atténuantes et tout le reste, mais Bruno n’avait pas fait de son mieux, bien au contraire. Pierre alla au tiroir et déchira le petit paquet de lettres qui y était enfoui depuis si longtemps. Bruno et lui s’étaient écrit durant plusieurs années après avoir quitté l’école.

 

Il se jeta sur son lit et donna libre cours à d’amères pensées. Il n’alluma pas la lumière et il faisait tout à fait sombre quand il entendit frapper à la porte.

 

« Si c’est la vieille fille pour le loyer, elle attendra bien trois jours de plus, marmonna-t-il sans y prêter attention. Mais, des coups plutôt timides, tout différents des toc, toc, toc impatients de sa propriétaire se firent encore entendre. Il se leva, fit de la lumière et ouvrit la porte.

Il y eut un long silence.

 

— Est-ce que je peux entrer, Pierrot ?, finit par dire Bruno.

— Comme tu veux, dit Pierre.

 

Il fixait du regard son ami. Bruno, sans cravate, avait l’air différent, juste un homme ordinaire dans un pull à col roulé ; plus large d’épaules certes et les cheveux un tantinet grisonnants, mais pas si différent que ça du jeune garçon éveillé qui l’avait aidé en maths.

 

— Fais comme chez toi, reprit Pierre.

— Merci, dit Bruno.

 

Il y eut un autre silence, que Bruno finit par rompre.

 

— Pierrot, tu te souviens de notre jardin ?

— Pour sûr ! Tu prends quelque chose ?

— Volontiers, merci.

Un nouveau silence, pendant lequel Pierre déboucha une bouteille. Il leur fut plus facile de parler en sirotant leurs boissons.

— Pierrot, tu as un boulot ?

— Un boulot ? Non ; mon prochain boulot sera d’être en taule ; comment t’imagines-tu que je vais payer cette amende ?

— Eh bien, c’est pour ça que je suis venu. L’amende est payée, Pierre…, et, je ne suis pas à la hauteur avec le jardin. Il est trop grand, et il est en friche. Tu étais de tout temps beaucoup plus doué en jardinage que moi, Pierrot. Tu te rappelles comment les limaces se jetaient sur mes laitues, et que je ne pouvais jamais savoir pourquoi ? Je me demandais à l’instant… Il y a un petit bungalow contigu à ma maison et tu pourrais faire de la culture maraîchère à grande échelle. Ce serait formidable d’être de nouveau ensemble. Est-ce que tu veux y réfléchir ?

— Comment sais-tu que je ne volerai pas la rivière de diamants de ta femme ?, répliqua Pierre, mais il eut un petit rire étouffé : il avait toujours aimé jardiner.

— Quand viendras-tu ?, demanda Bruno. Demain ?

— J’y réfléchirai. Merci beaucoup !

 

Il resta à la fenêtre à observer Bruno s’éloigner en voiture sous la pluie, mais ses pensées étaient déjà ailleurs. Il connaissait le jardin ; il avait souvent regardé par-dessus la haie, et avait imaginé ce qu’il aurait pu en faire. Il y avait là un flanc bien exposé au soleil, idéal pour des arbres fruitiers et un parterre abrité où il verrait bien des plants de fraisiers…

Il resta longtemps, très longtemps à cette fenêtre, le regard perdu dans le vide ; il ne voyait pas le halo irréel des lampadaires, ni les gouttes de pluie qui rebondissaient sur le pavé. Non, il était debout dans la lumière du soleil au début de l’automne, environné du parfum aigre-doux des chrysanthèmes… Il observait les papillons sur les marguerites tardives…

 

Dans cette histoire, le juge qui condamna, l’homme qui paya la dette et l’ami qui donna à Pierre un nouveau départ dans la vie, étaient tous une seule et même personne.

 

De la même manière, un jour, Dieu jugera et punira le péché ; et parce qu’il est un juste juge, aucun péché ne sera oublié. Le salaire du péché c’est la « mort éternelle », ce qui signifie être séparé de Dieu, et ce prix doit être payé.

 

Mais Dieu, le Juge, a laissé de côté sa toge et sa tunique de gloire, et est venu à nous en Jésus ; c’est lui qui a payé une fois pour toutes cette dette du péché quand il est mort à la croix.

 

A présent, Il vient à nous par le Saint-Esprit et nous demande de le recevoir dans notre cœur, et de commencer une nouvelle vie avec lui, dans le pardon et dans la joie.

Le juge sauveur

Robert Laidlaw raconte, dans l’un de ses livres, l’histoire de deux amis qui étudièrent ensemble à la même faculté de droit. L’un entra dans la magistrature et devint finalement juge, tandis que l’autre gâcha sa vie pour se retrouver un jour devant un tribunal présidé par son ancien ami !

Le jour de l’audience une question flottait sur toutes les lèvres : quel verdict le juge allait-il prononcer ?

A la surprise générale il imposa le maximum prévu par la loi. Mais dès qu’il eut prononcé son jugement il se leva, enleva sa robe de juge, descendit dans le tribunal pour embrasser son ancien ami, puis se tourna vers le greffier pour lui dire : « Consignez dans le procès-verbal que j’ai prononcé le jugement, mais que je serai moi-même redevable du paiement de toutes ses dettes et amendes. »

En un instant le juge était devenu son sauveur !

Dieu soit loué : Il a fait exactement la même chose !

Confesser ses péchés !

Vincent était à sa fenêtre, observant le voisin qui était occupé dans son verger ; pour protéger les fruits de son poirier de choix des insectes, il les enveloppait soigneusement de petits sachets de gaze. Une méchante pensée surgit alors dans l’esprit malicieux de Vincent et, peu après, il pénétrait, avec un camarade, dans le verger du voisin. Supposant que personne ne les verrait, ils ouvrirent plusieurs des sachets protecteurs, mordirent les fruits prêts à mûrir et les refermèrent.

Quelques jours après, pendant que Vincent faisait ses devoirs d’école, son père entra dans la chambre, tenant à la main une des poires marquées et gâtées par la morsure des dents. La posant à portée de la main de Vincent, il dit seulement : « Cette poire restera ici, jusqu’à ce que tu aies fait ce qu’elle t’exhorte à faire ».

Le péché de Vincent l’avait trouvé et le poursuivait, car le voisin, ayant découvert les coupables, s’était plaint à leurs pères respectifs.

La poire mordue resta bien des jours sur la table de Vincent, lui rappelant son péché, et l’exhortant chaque jour. Elle semblait parler de jour en jour plus fort et l’impressionner davantage, de sorte que, même pendant les heures d’école, le jeune garçon était tourmenté par le souvenir de cette poire haïe, qui se gâtait et répandait maintenant autour d’elle une odeur nauséabonde.

 

Les ruses dont il devait user pour éviter de rencontrer le voisin ne parvenaient pas à le distraire de la prédication torturante de la poire mordue. Et les regards sévères et investigateurs de son père ne faisaient qu’augmenter la détresse de son âme.

Enfin, Vincent fut incapable de supporter cette situation plus longtemps et se décida à faire ce que la poire l’avait exhorté à faire, dès l’instant où il l’avait vue : confesser son péché et demander pardon. Il se rendit chez le voisin lésé, lui confessa tristement ses torts, lui demanda son pardon et l’obtint. Ah ! comme il fut soulagé et se sentit déchargé, quand il eut avoué son péché et reçu le pardon du bienveillant voisin ! Il avait retrouvé la paix et le repos du cœur !

 

L’expérience de Vincent, que nous faisons tous, tôt ou tard, c’est que, sans la confession du péché ou du tort commis, nous ne pouvons trouver de repos, de paix ou de joie. De plus, un péché non confessé est comme cette poire qui, avec le temps, va pourrir et dégager une odeur nauséabonde… C’est ce qu’exprimait David au Psaume 32 :

 

« Quand je me suis tu, mes os ont dépéri, quand je rugissais tout le jour. Car jour et nuit ta main s’appesantissait sur moi ; ma vigueur s’est changée en une sécheresse d’été » (v. 3 et 4). C’est là ce qu’il éprouvait, pendant que ses péchés étaient cachés et pas encore confessés. Mais il ajoute : « Je t’ai fait connaître mon péché, et je n’ai pas couvert non iniquité ; j’ai dit : Je confesserai mes transgressions à l’Éternel ; et toi, tu as pardonné l’iniquité de mon péché » (v. 5). Et quand il eut fait cela, il put s’écrier : « Bienheureux celui dont la transgression est pardonnée, et dont le péché est couvert… Réjouissez-vous en l’Éternel, et égayez-vous, justes, et jetez des cris de joie » (v. 1 et 11). Le sage écrit, dans les Proverbes, au chapitre 28, verset 13 : « Celui qui cache ses transgressions ne prospérera point, mais celui qui les confesse et les abandonne obtiendra miséricorde ». Le Seigneur est un Dieu miséricordieux et plein de grâce, pardonnant l’iniquité, la transgression et le péché (Ex 34 : 6 et 7) à tous ceux qui viennent à lui repentants et confiants. Il peut le faire à juste titre, puisqu’il a donné son Fils, Jésus, pour qu’il meure, lui, le juste, pour les injustes.

 

Chaque tort fait à autrui est un péché contre Dieu, et doit lui être confessé à lui, aussi bien qu’à celui qui a été lésé. C’est seulement en agissant de cette manière-là que la prospérité, la paix et la joie seront assurées à notre âme. Et en ce qui concerne la confession de nos péchés au Seigneur, le pardon nous est promis : « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (1 Jn 1:9).

La révolte des Taïpings ou Manquer le but

On parle peu de la révolte des Taïpings vaincue par le général Gordon ! Peut être est-ce parce que la Bible y a joué un rôle important…

 

A la fin du 19ème siècle, en Chine, toutes les places des fonctionnaires étaient accessibles sur concours. Les examens avaient lieu dans diverses villes. À Canton[1], 30 000 étudiants concouraient au même moment. 300 seulement étaient reçus. Le premier de chaque ville était invité à dîner chez l’empereur qui lui remettait lui-même son diplôme. Le succès assurait de hautes places et de beaux traitements. L’aristocratie de Chine n’était pas une aristocratie d’argent mais de lettres.

 

En 1850, le missionnaire baptiste américain Assachar Roberts offrit l’hospitalité pendant les examens à plusieurs de ces concurrents parmi lesquels il y en avait de très pauvres… Ainsi, l’offre de l’étranger fut accueillie avec joie.

 

M. Roberts prévint ses hôtes que les chrétiens avaient l’habitude de lire leurs livres saints, la Bible, et de prier le vrai Dieu le matin et le soir. Il les invita à assister au culte tout en les laissant parfaitement libres. Il savait toutefois que le savoir vivre de la culture chinoise les amènerait à accepter son invitation. Un étudiant du nom de Hung fut profondément impressionné par la lecture des Écritures.

 

Hung obtint son diplôme. Avant de partir, il demanda à emporter un certain nombre de livres saints pour les distribuer à ses amis afin d’arriver à une décision au sujet de leurs doctrines. Le résultat fut la conversion de Hung et de plusieurs lauréats du concours. Ces nouveaux convertis s’employèrent avec zèle à répandre la connaissance de la vérité, chacun dans son district. Et rapidement les temples bouddhistes se vidèrent.

 

Les autorités prirent peur, craignant d’être en présence de quelque société secrète, et interdirent les réunions des chrétiens. Hung exposa la vérité, déclarant qu’ils étaient bons citoyens et qu’ils avaient simplement accepté et reçu Jésus-Christ comme Sauveur. Les autorités refusèrent de le croire : « il est certain que si une société secrète avait été fondée, elle n’aurait pas pu mieux s’y prendre pour se cacher que de se prétendre une société de chrétiens ».

 

Le vice-roi de la province les menaça de s’emparer d’eux s’ils ne renonçaient pas à leurs réunions et envoya un régiment pour les faire prisonniers. Les nouveaux convertis et leurs amis qui étaient plusieurs centaines, montèrent au sommet d’une colline. Les soldats entourèrent la colline et commencèrent à gravir ses pentes.

 

Les chrétiens s’agenouillèrent et demandèrent à Dieu de les guider. Alors, par une impulsion soudaine, tous se mirent à courir en descendant les pentes escarpées de la colline en direction des soldats, en criant comme l’avait fait des siècles auparavant Gédéon et ses hommes ! (Jg 7) Effrayés, les soldats jetèrent leurs armes et s’enfuirent. Les nouveaux convertis s’emparèrent de ces armes et aussitôt prêtèrent serment de n’avoir qu’un seul but, établir la liberté religieuse.

 

Ils franchirent une distance égale à celle qui sépare Paris de Moscou pour se rendre à Beijing[2], incorporant en route ceux qui reçurent leur témoignage et se joignirent à leur dessein, parmi lesquels se trouvaient des soldats impériaux.

 

Hung, le chef, établit des règles strictes : Pas de pillage, pas d’opium, pas de vandalisme… On pouvait seulement accepter des dons volontaires. Quiconque profanerait la sainteté du foyer serait fusillé sur le champ. Pour enseigner ceux qui le suivaient, il publia une édition spéciale des Écritures. Le nom de Taïping signifie grande paix. En 1851, il commandait 300 000 hommes.

 

Mais le mouvement dégénéra. Le pouvoir grisa Hung. Il y avait en lui du fanatique et du visionnaire. Il y eut des excès. On a calculé que vingt millions d’hommes périrent sous les coups de son armée. En 1864, le général Gordon triompha de la rébellion des Taïpings.

 

Une fois de plus, la grâce que Dieu donna à un homme ou un petit groupe d’hommes a été détourné de son but par la vanité, l’orgueil… Si ces hommes avaient suivi la volonté de Dieu, qu’en serait-il de la Chine aujourd’hui ?


Notes :

[1] Ville du Sud de la Chine.

[2] Il s’agit de la ville de Pékin. En chinois, Beijing signifie « la capitale du Nord ».

Le mouchoir blanc

L’homme était assis à même le trottoir, à côté de l’arrêt de bus, les yeux rivés sur les pavés. Quelques passants se retournèrent pour le toiser; sa barbe de quelques jours, ses épaules affaissées et ses chaussures éculées attiraient les regards. Mais il n’en était pas conscient car il revivait sa vie. Il n’était plus un clochard famélique qui avait passé la nuit précédente sous l’arche d’un pont de chemin de fer, il était un petit garçon qui vivait dans une petite maison de briques rouges située au bout de la rue voisine, il y avait maintenant plus de 20 ans. Peut-être la maison avait-elle depuis longtemps été rasée au bulldozer. Il espérait seulement qu’ils n’avaient pas écrasé le parterre de pensées. C’était étrange comme il pouvait nettement se souvenir des pensées, de la balançoire que son papa avait faite pour lui, et du sentier sur lequel il avait appris à faire du vélo. Ils avaient économisé pendant des mois pour acheter ce vélo.

 

Il haussa les épaules avec impatience, car l’éclat de ces images le blessait, et sa mémoire se déplaça dans une autre décennie. Le vélo avait été échangé contre une motocyclette, et il commençait alors à rentrer moins souvent à la maison. Il avait une bonne place à l’époque, et des amis à foison. Maman et papa avaient l’air un peu triste et ils commençaient à grisonner, en tout cas les bistrots étaient nettement plus amusants. A dire, il ne tenait pas tellement à rappeler ces années-là à sa mémoire, pas plus qu’il ne se souvenait avec plaisir du jour où, ses dettes s’étant amoncelées, il était rentré dans l’intention de demander de l’argent. Ses parents lui avaient préparé une tasse de thé et il n’avait pas aimé mentionner la raison de sa venue. Mais il savait exactement où son père gardait l’argent, et quand plus tard ils sortirent dans le jardin, ce fut pour lui un jeu d’enfant de prendre ce qu’il voulait.

 

C’était la dernière fois qu’il les avait vus. Après ça, il n’avait pas voulu revenir à la maison, et ils avaient perdu sa trace. Il était parti à l’étranger, et ils ignoraient tout de ces années d’errance, de la peine qu’il avait dû purger en prison. Mais la nuit, au fond de sa cellule, il avait beaucoup pensé à eux. Parfois, quand il se tournait et se retournait tout éveillé sur sa couche, et que la clarté de la lune progressait sur le mur, il avait tout loisir de se poser des questions. Une fois libre, il serait ravi de les revoir, s’ils étaient encore en vie, toujours en supposant qu’eux, ils aient encore envie de le revoir, lui…

 

Quand son temps fut expiré, il trouva un emploi en ville. Mais il ne put s’y fixer. Quelque chose semblait l’attirer à la maison, une impulsion à laquelle il ne pouvait se dérober. Chaque fois qu’il allait faire un tour, quelque chose, un parterre de pensées, un enfant sur une balançoire, un petit garçon rentrant de l’école en courant, lui rappelait la petite maison de briques rouges.

 

Il ne voulait pas débarquer sans un sou vaillant, aussi couvrit-il à pied ou en stop une bonne partie du trajet de retour. Il aurait pu arriver plus tôt à destination, mais après une trentaine de kilomètres, il fut soudain submergé de doutes: quel droit avait-il de rentrer de la sorte? Pourraient-ils jamais faire la relation entre l’homme hagard qu’il était devenu et le petit garçon qu’ils avaient aimé et qui les avait si cruellement déçus?

 

Il acheta de quoi manger et passa le plus clair de cette journée assis sous un arbre. La lettre qu’il posta ce soir-là était courte, certes, mais il avait mis des heures à l’écrire. Elle se terminait par ces mots: «Je sais qu’il est déraisonnable de ma part de supposer que vous tenez encore à me recevoir… Aussi, est-ce à vous de voir. En tout cas, je viendrai au bout de la route, jeudi, tôt le matin: si vous voulez que je rentre, suspendez un mouchoir blanc à la fenêtre de mon ancienne chambre à coucher; si je vois le mouchoir, je viendrai, sinon je dirai adieu à la vieille maison et je passerai mon chemin.»

 

Le jeudi matin étant arrivé, il se trouva au bout de la rue. La maison était toujours là. Mais maintenant qu’il était sur place, il n’était plus du tout pressé. Il était assis à même le trottoir, les yeux rivés sur le pavé.

 

Eh bien, il ne pouvait pas repousser indéfiniment sa visite, après tout il n’était pas impossible qu’ils aient déménagé. Au cas où le mouchoir ne serait pas là, il ferait sa petite enquête avant de quitter définitivement la ville. Ils pouvaient très bien être là et simplement ne pas vouloir de lui. Mais il n’avait pas encore eu le courage de faire face à cette éventualité, ni d’imaginer ce qu’il ferait dans pareil cas.

 

Il se leva péniblement, car il était engourdi à force de dormir à la belle étoile et la rue était toujours dans l’obscurité. Grelottant quelque peu, il marcha en silence vers le vénérable platane d’où il savait qu’il pourrait voir la vieille maison aussi nettement que possible. Il n’y jetterait pas un seul coup d’oeil avant d’arriver à cet endroit-là.

 

Il se tint un long moment sous les rameaux, les yeux clos. Puis il respira un bon coup et risqua un oeil. Alors il resta pétrifié, regardant encore et encore, sans se lasser.

 

Déjà le soleil dardait ses rayons sur la petite maison de briques rouges, qu’on ne pouvait honnêtement plus désigner ainsi car chaque mur était festonné de blanc. A chaque fenêtre pendaient des draps, de taies d’oreiller, des torchons, des nappes, des mouchoirs et des serviettes de table, et des rideaux de mousseline blanche étaient étendus sur le toit, accrochés à la fenêtre en mansarde. La petite maison de briques rouges avait l’air d’un chalet emmitouflé de neige, qui rayonnait dans la clarté du matin.

 

Ses parents n’avaient voulu prendre aucun risque!

 

L’homme se redressa et laissa échapper un soupir de soulagement. Puis il remonta la rue en courant et entra tout droit par la porte grande ouverte.

 

Note:

Comme un père a compassion de ses enfants, l’Eternel a compassion de ceux qui le craignent (Psaume 103.13).

Que le méchant abandonne sa voie et l’homme d’iniquité ses pensées, qu’il retourne à l’Eternel, qui aura pitié de lui, à notre Dieu qui ne se lasse pas de pardonner (Esaïe 55.7).

Georges Borrow, traducteur de Bibles

Un intrépide « vagabond pour la cause de l’évangile »

 

On raconte qu’à l’âge de 18 ans, George Borrow connaissait 12 langues. Deux ans plus tard, il était en mesure de traduire en 20 langues « avec aisance et élégance ».

 

En 1833, la Société Biblique Britannique et Etrangère[1], située à Londres, convo­que cet homme singulièrement doué pour un entretien. Ne pouvant financer son dé­placement mais déterminé à ne pas lais­ser passer cette occasion favorable, Borrow, âgé de 30 ans, parcourt à pied la distance de 180 kilomètres depuis Norwich, où il habite, en 28 heures…

 

La Société Biblique lui propose de relever un défi : apprendre en six mois le mandchou[2], une langue parlée dans certaines régions de Chine. Il demande un livre de grammaire mais on ne peut lui fournir qu’un exemplaire de l’évangile selon Matthieu en mandchou et un dictionnaire mandchou-français. Mal­gré cela, il écrira dix-neuf semaines plus tard à Lon­dres : je suis parvenu à maîtriser le mand­chou avec, précise-t-il, le soutien de Dieu. Prouesse d’autant plus impressionnante qu’il aurait, dans le même temps, corrigé la traduc­tion de l’Évangile selon Luc en nahuatl[3], l’une des langues indigènes du Mexique !

 

La Bible en mandchou

 

Au 17ème siècle, pour la première fois, un sys­tème d’écriture pour le mandchou avait été mis au point ; il utilisait des caractères em­pruntés à l’alphabet ouïgour[4] arabe[5]. En Chine, il avait été alors adopté dans les hautes sphères impériales.

 

Même si son usage s’est un peu perdu depuis[6], des membres de la Société Biblique ont hâte d’imprimer et de distribuer des bibles en mandchou. Vers 1822, ils financent une édition à 550 exemplaires de l’évangile se­lon Matthieu, traduit par Stepan Lipoftsoff[7]. Mais à peine la diffusion commencée des quelques exemplaires de cette édition imprimée à Saint Petersbourg qu’une inondation en détruit tout le stock ![8]

 

Une traduction de l’ensemble des Ecritures grecques chrétiennes ne tarde pas à suivre. L’intérêt pour la Bible augmente quand on découvre, en 1844, un manuscrit ancien d’une version de la quasi-totalité des écritures hé­braïques[9]. La Société Biblique se demande bien qui pour­rait coordonner la révision des parties déjà tra­duites, puis achever le travail. Elle confie à George Borrow le soin de mener à bien cette entreprise.

 

En Russie

 

A son arrivée à Saint-Pétersbourg, Bor­row s’investit dans l’étude du mandchou, de manière à pouvoir corriger la traduction et préparer un texte de la Bible bien plus fia­ble. Mais la tâche est ardue ; il participe treize heures par jour à la composi­tion des polices de caractères nécessaires à l’impression du Nouveau Testament, qui sera qualifié de « magnifique édition d’une oeuvre orientale ». Mille exemplaires sont imprimés en 1835. Toutefois, le projet auquel Borrow tenait beaucoup et qui consistait à aller les diffuser en Chine, est contrarié. Le gouverne­ment russe, craignant que cette démarche ne soit perçue comme une oeuvre missionnaire qui risquerait de menacer les relations ami­cales entre les deux pays, interdit à Borrow de se rendre près de la frontière chinoise, avec ne serait-ce « qu’une seule Bible en mand­chou sur lui ».

 

Quelques exemplaires sont distribués une dizaine d’années plus tard et, en 1859, des traductions des Évangiles selon Matthieu et Marc, présentés sur deux colonnes parallèles, l’une en chinois, l’autre en mandchou, sont éditées. Seulement, à cette époque, la plupart des gens capables de lire le mandchou pré­fèrent maintenant le chinois ; l’idée d’une Bible complète en mandchou perd donc de son intérêt. Pour tout dire, le mandchou se meurt et ne tardera pas à être complètement supplanté par le chinois. Il l’est effectivement vers 1912 lorsque naît la République chi­noise[10].

 

La péninsule Ibérique

 

Stimulé par tout ce qu’il a vécu, George Bor­row retourne à Londres. En 1835, il est envoyé au Portugal et en Espagne, « afin de détermi­ner dans quelle mesure les gens étaient prêts à recevoir les vérités du christianisme », écrira-t-il plus tard. Ces pays n’ont alors pratique­ment pas été touchés par la Société Biblique du fait des troubles politiques et sociaux qui y règnent[11]. Borrow apprécie particulièrement les conver­sations bibliques qu’il a dans les villages du Portugal mais bientôt, il doit faire face à l’apa­thie et à l’indifférence religieuses, ce qui l’in­cite à gagner l’Espagne[12].

 

L’Espagne présente un autre défi à relever :

 

S’exprimant dans leur langue[13], Borrow noue rapidement des liens étroits avec les Gitans en particulier. Peu de temps après son arrivée, il entreprend de traduire le Nouveau Testament en langue gitane. Pour cela, il propose à deux gitanes de l’aider. Il leur lit la version espagnole pour la lui traduire. Ainsi il apprend à employer correctement les idiomes gitans. Il est récom­pensé de ses efforts en 1838, au printemps, quand l’Évangile selon Luc est publié. Un évê­que s’exclame alors au sujet de Borrow : « Il va convertir toute l’Espagne grâce à la langue gi­tane ! »

 

George Borrow avait reçu la permission de la Société Biblique de trouver « une personne compétente pour tra­duire la Bible en basque[14] ». Cette tâche est confiée à un certain Dr Oteiza, médecin « versé dans ce dialecte, dont j’ai moi-même quelque savoir », écrira Borrow. En 1838, l’Évangile selon Luc est le premier livre de la Bible à paraître en basque espagnol.

 

Enflammé du désir d’éclairer les gens du peuple, Borrow fait de longs voyages, souvent périlleux, pour distribuer des Evangiles parmi les pauvres des campagnes. Il croit pou­voir les affranchir de l’ignorance religieuse et de la superstition. Leur dévoilant l’inuti­lité des indulgences qu’ils paient[15], il tient ce raisonnement : « Se peut-il que Dieu, qui est bon, approuve le commerce lucratif de la piété ». Redoutant qu’une telle action iconoclaste conduise à l’interdiction de ses activités, la Société Biblique lui demande de se concentrer uni­quement sur la diffusion des Écritures.

 

Borrow obtient la permission orale de la Société Biblique d’im­primer El Nuevo Testamento, une version es­pagnole du Nouveau Testament sans les no­tes doctrinales de l’église catholique romaine. Cela se fait malgré l’opposition du premier ministre qui quali­fie cette traduction de dangereuse et de « livre rempli d’erreurs ». Borrow ouvre ensuite un dé­pôt à Madrid afin de vendre ce Nouveau Testament espagnol, étape qui l’amène à se heur­ter aussi bien au clergé qu’aux autorités. Il est condamné à 12 jours d’emprisonnement. Il proteste et, du coup, on le prie de quitter les lieux sans faire de scandale. Sachant pertinem­ment qu’il est illégal de le mettre en prison, il mentionne ce qui est arrivé à l’apôtre Paul et choisit de rester jusqu’à ce qu’il soit totalement in­nocenté et que son nom soit lavé de tout opprobre. (Ac 16 : 37)

 

Alors que son émissaire zélé s’apprête à quit­ter l’Espagne, en 1840, la Société Biblique rapporte : « Près de 14 000 exemplaires des écritures ont été mis en circulation en Espagne ces cinq dernières années. » Borrow, qui a grandement contribué à cette diffusion, parle des mo­ments qu’il a vécus en Espagne comme « des années les plus heureuses de son existence ».

 

L’ouvrage La Bible en Espagne, pu­blié en 1842, et qui continue d’être imprimé, contient le récit vivant et autobiographique des voyages et des aventures de George Bor­row. Dans cette oeuvre, qui connaît un suc­cès immédiat dès sa sortie, Borrow se pré­sente comme un « vagabond pour la cause de l’évangile ». Il écrit : « J’avais l’intention de me rendre dans les endroits inaccessibles et retirés des collines et des montagnes escar­pées, et de parler aux gens, à ma façon, de Christ ».

 

De par l’enthousiasme avec lequel il a tra­duit et diffusé les Ecritures, George Borrow a ouvert la voie à d’autres. Quel précieux pri­vilège !


Notes :

[1] La British and Foreign Bible Society est connue sous le nom de Société Biblique. Cette société, qui cherche à traduire la Bible afin que tous puissent y avoir accès, a été créée en Mars 1804.

[2] Les Mandchous sont un peuple d’Asie vivant principalement en Mandchourie. Les Jurchens prirent le nom de Mandchous quand ils envahirent la Chine au 17ème siècle.

[3] Le nahuatl, qui dérive probablement de nāhuatlahtōlli, signifiant « parole claire, harmonieuse, qui rend un bon son » est un groupe de langues parlées au Mexique et au Salvador par les nahuas (groupe ethnique duquel les Aztèques et les Pipils faisaient partie). Le nahuatl reste la langue indigène la plus parlée au Mexique. Elle compte plus de 1,5 millions de locuteurs.

[4] L’ouïghour est une langue appartenant au groupe des langues turques de la famille des langues altaïques. Il est parlé en Asie centrale, principalement au Xinjiang (huit millions de locuteurs), et au Kazakhstan. En français, on peut trouver le nom écrit sous les formes suivantes : ouïgour, ouigour, ouighour, uigur. Il existe deux écritures ouïghour : l’écriture arabe ouïghoure et l’écriture latine ouïghoure.

[5] L’ouïghour appartient aux langues turques de l’est.

[6] L’ouïghour est parlé par 8,5 millions de personnes (chiffres de 2004) en Chine, principalement dans la province de Xinjiang. L’ouïghour est aussi parlé par 300 000 personnes au Kazakhstan et il existe des communautés ouïghourophones en Afghanistan, en Australie, en Allemagne, en Inde, en Indonésie, au Kirghizstan, en Mongolie, au Pakistan, en Arabie saoudite, à Taïwan, au Tadjikistan, en Turquie, au Royaume-Uni, en France aux États-Unis et en Ouzbékistan.

[7] Membre du ministère russe des Affaires étrangères qui a passé 20 ans en Chine.

[8] Voir « Quand le feu intervient »

[9] Cette année-là, Tischendorf part pour le Proche Orient à la recherche de manuscrits bibliques. Après bien des pérégrinations infructueuses, il arrive (par hasard ?) au couvent Sainte Catherine, sur le Sinaï (construit en 565 par l’empereur Justinien). Il remarque dans une corbeille de vieux manuscrits, des feuillets de parchemin, qu’on s’apprête à brûler, étant jugés trop vieux pour continuer à être utilisés. Il les examine et se rend compte qu’il s’agit de manuscrits parmi les plus anciens que l’on connaissait alors. Il peut en emporter quelques pages mais pas la totalité. Revenu du monastère dix ans plus tard, il ne parvient pas à retrouver les feuillets manquants. La veille de son départ, discutant avec l’économe, celui-ci lui montre des manuscrits bibliques qu’il utilise lui-même : ce sont les feuillets manquants du précieux Codex. Il y eut de nombreuses tractations et l’intervention du tsar de Russie pour que Tischendorf puisse acheter ces documents. Ils composent aujourd’hui le Codex Sinaïticus (voir « 41 Mc 004-015 001 L’apparition de Codex Grecs corrompus »), publié en 1868. L’URSS l’a revendu au British Museum de Londres à Noël 1933 pour £ 100 000. Il est souvent souligné que ce Codex pourrait être l’une des 50 Bibles commandées en 331 par l’empereur Constantin à Eusèbe de Césarée.

[10] Durant la conquête mandchoue, ces derniers envahirent la Chine et fondèrent la dynastie Qing, qui régna sur la Chine durant près de trois siècles jusqu’à ce qu’en 1911, la république de Chine soit proclamée par Sun Yat-sen. Sun Yat-sen était un leader révolutionnaire et un homme d’État chinois, considéré comme « le père de la Chine moderne ». Il a une influence significative dans le renversement de la dynastie Qing, dont le dernier représentant a été Pu Yi et l’émergence de la République de Chine. Sun Yat-sen, l’un des fondateurs du Guomindang, est le premier président de la République de Chine en 1912 et son leader de 1923 à 1925. Il développe une philosophie politique connue sous le nom des Trois principes du peuple (nationalisme, démocratie et bien-être du peuple).

[11] Au début du 19ème siècle, le Portugal vit une crise due au départ de la famille royale pour le Brésil, ainsi que par les conséquences destructrices des invasions napoléoniennes, la domination anglaise sur le Portugal et l’ouverture des ports du Brésil au commerce mondial (1808) qui y transfert une partie de l’activité économique provoquant la ruine de nombreux commerçants portugais. Jusqu’à la chute de Franco, le Portugal a connu de multiples soulèvements de la population ou de militaires, des mutineries, des révoltes… Il y eut une période de calme de 1838 à 1846 ; une nouvelle constitution de compromis est imposée à la suite de la révolte dite de l’Arsenal en 1838.

[12] A cette époque, l’Espagne se trouve entre deux crises. Entre 1818 et 1830, les colonies espagnoles d’Amérique latine obtiennent leur indépendance sauf Porto Rico, Cuba et les Philippines ; la mort de Ferdinand VII (1833) entraîne une crise dynastique qui débouche sur une guerre civile ; le règne d’Isabelle II (1843-1868) est impopulaire et agité.

[13] Le caló, la langue des gitans d’Espagne, vient du romaní, une langue qui appartient à la famille indo-iranienne. Le romaní est la langue des gitans. Ils sont généralement bilingues car ils parlent la langue du pays où ils s’installent. Leur langue reçoit donc les influences de la langue du pays d’accueil. Le caló, la langue des calés c’est à dire des gitans espagnols, a des traits du castillan.

[14] Le basque (euskara) est une langue parlée au Pays basque (France et Espagne). Le nombre total de locuteurs n’a cessé de baisser et est aujourd’hui de 1 063 700 (statistique 2006).

[15] Les indulgences sont des rémissions totales ou partielles qu’accorde l’église catholique pour des péchés déjà pardonnés et effacés. Elles sont dénoncées d’abord par John Wyclif (1320-1384) et Jan Hus (1369-1415), qui remettent en cause les abus. Parmi ceux-ci, on peut citer l’indulgence accordée en 1506 pour quiconque aiderait à la construction de la nouvelle basilique Saint-Pierre. C’est également l’époque du scandale lié au dominicain Johann Tetzel, chargé en 1516-1517 de vendre les indulgences au nom d’Albert de Brandebourg, archevêque de Mayence, intéressé à la vente par une commission de 50% promise par la Curie. On lui attribue alors le slogan : « aussitôt que l’argent tinte dans la caisse, l’âme s’envole du Purgatoire ». La pratique des indulgences est donc de plus en plus perçue comme une forme de corruption au cours du 16ème siècle. Martin Luther attaque, quant à lui, le principe même de la pratique dans ses 95 Thèses de Wittenberg

Quand le feu intervient

Rien ne laissait supposer le drame, en cet après-midi d’avril 1956. Comme de coutume, lors d’une réunion, on communiquait des extraits de courrier aux collaborateurs de l’oeuvre réunis pour la prière quotidienne:

…Un Péruvien converti par la lecture journalière de son Nouveau Testament… Une équipe d’explorateurs dans l’Arctique réconfortés par la lecture d’un traité intitulé « Face à chaque jour » …Un missionnaire qui dans un autobus remet le traité « la Vie éternelle » à un Arabe, lequel après lecture, descend au prochain arrêt pour engager la conversation et recevoir deux évangiles.

Bref, des nouvelles comme il en arrive tout au long de l’année à Londres aux locaux de la Société pour la diffusion des Saintes Ecritures. Mais soudain, celui qui préside la réunion est poussé à répéter à diverses reprises, « ne crains pas » insistant même: « Ces mots se trouvent 53 fois dans l’Ecriture, une fois pour chaque semaine, et une fois supplémentaire parce qu’on ne sait jamais quand on en aura besoin! ». Il est 15 h 30. L’heure du thé, selon la coutume, rassemble pour quelques instants les équipes dans une pièce située à l’arrière du bâtiment. Dieu l’a prévu, car à 15 h 33 une formidable explosion ébranle l’édifice. Une partie s’effondre, alors qu’un gigantesque incendie enflamme le bâtiment. Des ouvriers travaillant à une conduite de gaz dans la rue sont tués sur le coup, de même qu’un étranger entré quelques instants auparavant à la librairie de la Mission. L’un des collaborateurs est enseveli sous les décombres, mais pourra en être dégagé. Un autre est transporté d’urgence à l’hôpital où il restera plusieurs mois. Mais, véritable miracle, aucune autre personne travaillant sur place -une cinquantaine -n’est touchée.

Le lendemain, les journaux londoniens titrent: « La plus formidable explosion à Londres depuis la deuxième Guerre mondiale ». La télévision, elle, répercute dans tous les foyers de Grande-Bretagne les images spectaculaires de flammes s’élevant à des dizaines de mètres de hauteur. Ainsi est porté devant tous le nom de la SCRIPTURE GIFT MISSION, dont une partie des bâtiments est anéantie.

Un journal de Toronto, au Canada, raconta comment le responsable de la Mission avait alerté ses collaborateurs à l’étranger par un télégramme portant cette seule référence biblique d’Esaïe qui résumait la situation: « notre maison… est brûlée par le feu » (64,11).

D’emblée un immense courant de sympathie chrétienne et de libéralité afflua vers la Société pour la diffusion des Saintes Ecritures provisoirement accueillie dans d’autres locaux. Et de tous les coins du monde parvinrent des dons touchants et aussi des promesses d’aide concrète.

En effet il n’y eut pas que des pertes dans les stocks de littérature biblique, mais aussi parmi les précieux manuscrits de traductions en cours, résultant souvent d’années d’efforts de missionnaires consacrés. Car la Société imprime et diffuse régulièrement la Parole divine en 400 langues. Plus, elle a déjà publié des textes bibliques en 768 langues et dialectes, dont 146 l’ont été alors que ces langues et dialectes n’avaient jamais fait l’objet d’une seule publication précédemment.

L’année 1987 fut une année record pour la Mission: 16 316 791 publications bibliques furent diffusées en 337 langues dans 165 pays.