Le chrétien et la possession démoniaque

II est de plus en plus fréquent de blâmer le diable pour tous nos maux. Les expressions comme « c’est plus fort que moi » ou « c’est le diable qui m’a poussé » sont souvent utilisées dans certains milieux chrétiens. En général, l’être humain cherche facilement à rejeter sur quelqu’un d’autre la responsabilité de ses mauvaises actions. Cette fuite, accompagnée d’une fascination malsaine du surnaturel, attire malheureusement de nombreux chrétiens dans des voies nouvelles et dangereuses.

Depuis plusieurs années, le « ministère de délivrance »[1] s’est implanté dans les églises bien que ce ministère n’existe pas dans le Nouveau Testament. En effet, tous les ministères sont clairement cités dans 1 Co 12 : 8 à 10, 28 et 29 ; Rm 12 : 6 à 8 et Ep 4 : 11 : on n’y trouve jamais celui de « délivrance » pour les chrétiens ; il n’est pas biblique par conséquence. Cette fausse conception a donné lieu à d’étranges séances d’exorcisme sur des chrétiens, en leur faisant croire qu’ils en avaient besoin et qu’on les aidait. Mais plus tard, ils se sont plaints en déclarant : « J’ai été aidé quelques jours et maintenant c’est pire qu’avant ».

Ce « ministère de délivrance » est considéré selon certains prédicateurs comme faisant partie intégrante du processus de restauration du peuple de Dieu des derniers temps. S’il en était ainsi, comment se fait-il que l’Eglise du Seigneur ait pu traverser les siècles sans ce « ministère vital » ? Ces prédicateurs affirment que Dieu serait en train de rétablir ces « vérités » pour perfectionner son Eglise avant le retour de Jésus. Quelle confusion !

De nos jours, des serviteurs de Dieu et des chrétiens, pour prouver qu’un chrétien peut être habité par un démon, font, à tort, la distinction suivante : ils disent « qu’un chrétien né de nouveau ne peut pas être « possédé » mais qu’il peut être « démonisé ». La « possession », selon eux, suggère l’appartenance au diable et comme le chrétien appartient à Dieu, il ne peut donc pas être possédé. En revanche, ils affirment que le chrétien peut être « démonisé ». En réalité, ils donnent une explication incorrecte du mot « démonisé » : ce mot est une transcription littérale du mot grec δαιμονιζομαι daimonizomai utilisé dans les Evangiles (Mt 4 : 4 et 24 ; 8 : 16, 28 et 33 ; 9 : 32 ; 12 : 22 ; 15 : 22 ; Mc 1 : 32 ; 5 : 15, 16 et 18 ; Lc 8 : 36 ; Jn 10 : 21) mais toujours et uniquement utilisé pour des personnes n’ayant pas demandé pardon pour leurs péchés et n’ayant pas accepté ce pardon (pourtant offert gratuitement) avec le sens « d’être possédé ou habité par un mauvais esprit ».

Les partisans de cette doctrine, pour justifier leur position anti-scripturaire, donnent donc une autre signification au mot « démonisé » et l’appliquent à tort aux chrétiens. Neil Anderson[2], prédicateur de la « délivrance » et auteur chrétien américain connu pour ses livres sur ce sujet, explique qu’un chrétien « démonisé » est quelqu’un qui est sous une domination démoniaque mais cela ne veut pas dire possession satanique[3]. Cette domination démoniaque revêt, selon lui, plusieurs degrés ; cela va de la tentation, de l’influence extérieure des démons, à la présence et à la domination intérieure d’un mauvais esprit dans la vie du chrétien[4].

Dans la Bible, le mot « démonisé » n’a pas du tout le sens que les partisans de cette doctrine lui attribuent. C’est là le point crucial car c’est précisément cette erreur qui a ouvert la porte à toutes sortes de spéculations et pratiques extrabibliques dangereuses dans les églises.

Dans le texte grec des Evangiles, les expressions « être possédé » et « être démonisé » ont exactement le même sens parce qu’elles proviennent d’un seul mot grec qui est δαιμονιζομαι daimonizomai. Ce mot s’applique toujours à une personne n’ayant pas accepté Jésus-Christ comme Sauveur et Seigneur et ayant en elle un ou plusieurs démons.

Selon les commentateurs bibliques, il existe deux termes grecs dans le Nouveau Testament pour décrire « la possession démoniaque » :

  • Le premier est δαιμονιζομαι daimonizomai, traduit généralement par : « être possédé par un démon ». Appliqué à une personne il est traduit par « démoniaque » ou par « être démonisé ». Ce mot se retrouve treize fois dans les Evangiles et qualifie uniquement des personnes inconverties ayant en elles un ou plusieurs démons (Mt 4 : 24 ; 8 : 16,28 et 33 ; 9 : 32 ; 12 : 22 ; 15 : 22 ; Mc 1 : 32 ; 5 : 15, 16 et 18 ; Lc 8 : 36 ; Jn 10 : 21).
  • Le second est δαιμονιον εχω daimonion echo et signifie « avoir un démon ». Il est utilisé huit fois dans les Evangiles de Matthieu, Luc et Jean. La forme grammaticale inclut ici l’idée qu’un démon habite dans la personne (Mt 11 : 18 ; Lc 7 : 33 ; 8 : 27 ; Jn 7 : 20 ; 8 : 48, 49 et 52 ; 10 : 20).

Dans tous les cas, le texte grec des Evangiles nous montre clairement qu’il n’y a aucune différence entre le fait d’être « démonisé », être « possédé » ou « avoir un démon ». Une personne « démonisée » est bel et bien une personne « possédée » : il s’agit du même mot dans les Evangiles ! Par conséquent, il n’est pas question de parler de degrés ou de large éventail de situations, même si on utilise le qualificatif vague de domination démoniaque du chrétien.

En outre, ces deux expressions ne décrivent jamais dans la Bible les accusations, tentations, séductions ou persécutions du diable, mais bien plutôt le cas extrême d’une personne inconvertie possédée par un ou plusieurs démons.

Ceux qui affirment que le chrétien peut être « démonisé » ont francisé le mot grec δαιμονιζομαι daimonizomai en lui donnant un sens qui n’a aucune base scripturaire. C’est là un exemple classique d’abus de la langue grecque afin de justifier ses idées et profiter de l’ignorance de ceux qui ne connaissent pas le grec. C’est toujours une erreur de formuler une doctrine basée sur un mot sorti de son contexte.

Par conséquent, le terme δαιμονιζομαι daimonizomai « démonisé » fait bien référence à la possession démoniaque. Cette signification ne provient pas seulement de son étymologie ou de son origine mais aussi du sens que le contexte lui donne. Chaque référence de ce verbe dans les Evangiles indique, dans le contexte immédiat ou le passage parallèle, que le démon habite bien dans la personne et que ce n’est pas du tout une question de degrés de la présence ennemie comme on veut nous le faire croire.

Voici un exemple avec un texte biblique prouvant qu’« être démonisé » ou « être possédé » ont exactement le même sens :

  • L’Evangile de Matthieu nous rapporte ceci : « Une femme cananéenne qui venait de ces contrées, lui cria : Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David ! Ma fille est cruellement tourmentée par le démon (grec δαιμονιζομαι daimonizomai, « démonisée »)… Alors Jésus lui dit : Femme, ta foi est grande : qu’il te soit fait comme tu veux. Et, à l’heure même, sa fille fut guérie » (Mt 15 : 22 et 28). Le passage parallèle de Marc donne, sans l’ombre d’un doute, la signification du terme grec « démonisé » : « Une femme, dont la fille était possédée (grec εχω echo, verbe avoir en soi) d’un esprit impur, entendit parler de lui, et vint se jeter à ses pieds. Cette femme était grecque, syro-phénicienne d’origine. Elle le pria de chasser (grec εκβαλλω echballo, « faire sortir de dedans ») le démon hors de sa fille… Alors, il lui dit : A cause de cette parole, va, le démon est sorti (grec εξερχομαι exerchomai, « expulser d’un lieu dans lequel l’expulsé avait élu domicile ») de ta fille. Et quand elle rentra dans sa maison, elle trouva l’enfant couchée sur le lit, le démon étant sorti (grec εξερχομαι exerchomai) » (Mc 7 : 25, 26, 29 et 30).

De toute évidence, le terme « démonisé» décrit ici quelqu’un qui était habité par un démon. Tous les textes parallèles, lorsqu’ils sont comparés les uns aux autres, n’en disent pas moins. Il est important de souligner et de rappeler que cette terminologie n’est jamais employée dans le Nouveau Testament pour des chrétiens, ni pour décrire les attaques de Satan contre eux. Ainsi il est incorrect, du point de vue de l’herméneutique et de l’interprétation des Ecritures, d’utiliser ce terme « démonisé » et de lui donner un certain sens quand il s’agit d’inconvertis et un autre pour des chrétiens. Voilà essentiellement d’où provient la confusion entre un chrétien soi-disant « démonisé » et non « possédé ».

Une autre méthode employée par les «ministères de délivrance» est de chercher, par tous les moyens, à prouver bibliquement que les chrétiens peuvent être « démonisés ». Ils essayent par exemple de justifier leur position en démontrant que cinq des principaux cas d’exorcisme de démons dans les Evangiles concernent des membres de « la famille de Dieu ». Ils attestent que les personnes possédées de démons et délivrées par Jésus étaient de la nation juive et par conséquent de « la famille de Dieu » ; donc un chrétien faisant partie de cette même famille, peut aussi être possédé. Une telle explication n’est pas valable selon la Parole de Dieu, évidemment.

Lorsque Jésus s’adressait à des personnes tels que les pharisiens hypocrites (Mc 7), le jeune homme riche (Mc 10), les vendeurs chassés du temple (Mc 11), Il ne considérait pas le seul fait d’être juif comme une indication d’appartenance à « la famille de Dieu ».

De même, lorsqu’Il prêchait aux Juifs : « Le temps est accompli et le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (Mc 1 : 15), il est évident qu’Il ne les incluait pas dans le royaume de Dieu, simplement parce qu’ils étaient Juifs.

L’apôtre Paul a également fait cette distinction en adressant à l’Eglise de Rome sa requête quant au peuple d’Israël : « Frères, le vœu de mon cœur et ma prière à Dieu pour eux, c’est qu’ils soient sauvés. Je leur rends le témoignage qu’ils ont du zèle pour Dieu mais sans intelligence : ne connaissant pas la justice de Dieu, et cherchant à établir leur propre justice, ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu » (Rm 10 : 1 à 3).


Notes :

[1] Appellation donnée à ceux qui disent chasser des démons d’un chrétien.

[2] Neil Anderson est un ingénieur en électrotechnique. Après ses études universitaires il a travaillé dans l’industrie aéronautique. Par la suite, il a obtenu un doctorat en pédagogie et a été engagé comme maître de conférences à la faculté protestante de théologie de Talbot en Californie.

[3] Possession satanique signifie « appartenir à Satan »

[4] Neil Anderson, Le Libérateur, p. 173-174.

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