La Bible d’Olivétan

La première page de la Bible d’Olivétan, Genèse chapitre 1. On note que la numérotation des versets n’existait pas encore, chaque étoile dans le texte renvoie à une note dans la marge.

Une traduction n’est jamais anodine. Bernard Roussel a montré que Olivétan a travaillé sur une bible rabbinique. Olivétan joua sur 3 registres pour faire passer certaines de ses préoccupations théologiques : d’une part, il a fait des mentions marginales. L’apparat critique de la Bible de 1535 est l’un des plus riches de l’époque. Certaines notes en effet indiquent expressément certaines idées réformées comme l’injonction de ne pas participer aux cérémonies de l’Eglise Romaine. Le deuxième registre est fourni par l’index de l’ouvrage qui précise le sens doctrinal de certaines expressions. Par exemple, Olivétan précise que « libre-arbitre » n’est pas une expression biblique, mais il oublie de préciser que « serf-arbitre » (qu’il utilise) n’est pas biblique elle non plus. Enfin, sur un troisième registre, celle de la traduction, Olivétan a fait des choix. Quand un mot hébreu avait plusieurs traductions possibles, le choix qu’il fait est doctrinal, pour se démarquer de la tradition catholique : ainsi, Olivétan choisit de remplacer le mot d’ « évêque » par le mot « surveillants », « apôtres » par « ambassadeurs », « calice » par « coupe » ou encore le mot « prêtre » par le mot « sacrificateur » ou « ministre ». De nos jours encore, toutes les versions protestantes ont gardé le mot « sacrificateur ». Or, nous pouvons comparer avec les anglais qui traduisirent la Bible King James 80 ans plus tard : ils ont préféré garder le mot « prêtre ».

 

Pour conclure cette petite analyse critique du travail d’Olivétan, voici ce que dit B. Roussel :  » Cette traduction contribue à peser sur le groupe vaudois pour les faire adhérer à la réforme suisse ».

 

 

En dehors de ces considérations doctrinales, la traduction d’Olivétan n’était pas parfaite. Lui-même le savait bien. Mais il avait travaillé dans des conditions difficiles et avec une rapidité incroyable parce que l’enjeu était de taille : la Réforme était commencée depuis 5 ans à Neuchâtel et il n’y avait toujours pas de Bible en français !

 

De 1535 à 1538, Olivétan apporta de nombreuses corrections, surtout pour le Nouveau Testament. Les spécialistes du XIXe siècle ont jugé que sa traduction de l’Ancien Testament était un chef d’œuvre, car il maîtrisait bien mieux l’hébreu que le grec. (sur l’illustration : le début du livre des Nombres dans la Bible d’Olivétan. On remarquera que la fin du livre du Lévitique finit avec une typographie élégante en cul-de-lampe. Les caractères sont encore gothiques, hérités de la tradition manuscrite médiévale.)

 

Une édition révisée du Nouveau Testament fut publié en 1538 par Olivétan mais la mort le prit la même année. Qui allait réussir à améliorer son oeuvre ?

 

Son cousin Calvin trouvait que la traduction d’Olivétan était « rude et aucunement éloignée de la façon commune et reçue ». Il publia en 1560 une nouvelle Bible d’Olivétan après en avoir dirigé les travaux de révision. Mais il émit un vœu :

 

 » Mon désir serait que quelqu’un ayant bon loisir et étant garni de tout ce qui est requis à une telle oeuvre, y voulût employer une demi-douzaine d’ans, et puis communiquer ce qu’il a fait à gens entendus et experts, tellement qu’il fût bien revu de plusieurs yeux ».

 

Malheureusement, il ne se trouva personne pour entreprendre ce profond travail de révision. 100 ans plus tard, le grand pasteur protestant Claude commença ce travail avec un grand savant catholique Richard Simon, mais la révocation de l’Edit de Nantes interrompit les travaux. Louis XIV venait de proscrire le protestantisme de France et les huguenots commencèrent à fuir la persécution des dragonnades.

 

L’influence que la Bible d’Olivétan exerça sur les autres traductions

 

Dès la parution de 1535, la Bible d’Olivétan était tellement réussie pour l’époque qu’elle provoqua un petit raz-de-marée !

 

En 1562, la Bible de Genève était publiée en anglais par des exilés britanniques qui avait utilisé comme modèle la Bible d’Olivétan.

 

Le hollandais Hackius se basa aussi sur Olivétan pour réviser la Bible de Hollande.

 

Pendant près de 250 ans, toutes les éditions protestantes de la Bible en français ont été basées sur le travail d’Olivétan. C’est seulement à la fin du XVIIe siècle que le Synode des Eglises Wallonnes confia au pasteur David Martin la tâche de remettre en français courant la Bible d’Olivétan devenue presque illisible pour un lecteur contemporain.

 

Et voici comment la Boucle est bouclée ! Avec la Bible de David Martin, disponible encore aujourd’hui pour le lecteur attentif du XXIe siècle, la Bible française a gardé le même esprit de piété, de ferveur et d’honnêteté qui, de Pierre-Robert Olivétan, à David Martin, en passant par Calvin et Claude, a animé les fidèles serviteurs de Dieu au service de la Parole de Jésus-Christ.

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