Le livre apocryphe d’Enoch

Introduction : il est conseillé de consulter la page  « Le canon biblique » ( https://wp.me/p8REsR-bv) avant ou après la lecture de l’article ci-dessous…

Le livre d’Enoch est un écrit attribué à Enoch, arrière-grand-père de Noé. Il fait partie du canon de l’Église éthiopienne orthodoxe mais est considéré comme apocryphe par les autres chrétiens et les Juifs. Le texte n’est pas inclus dans la Septante.

 

Les principaux partisans de la canonicité du livre d’Enoch évoquent des similitudes frappantes entre ce livre et le Nouveau Testament. Pour eux, ces similitudes remettent en cause la canonicité du Nouveau Testament, et « l’honnêteté » de Jésus[1] qui n’aurait fait que citer le livre d’Enoch dans ses discours ; de même, les écrivains du Nouveau Testament (Paul et Jude essentiellement) se seraient basé sur les écrits de Enoch pour rédiger leurs épîtres. En comparant ces passages dont ils se servent, plusieurs remarques s’imposent :

  • les passages sont souvent dans des contextes différents ;
  • les passages ne concernent pas les mêmes interlocuteurs ;
  • les passages sont des citations littérales ou conceptuelles de l’Ancien Testament (sachant que le livre d’Enoch a été rédigé, de l’avis de tous les spécialistes en écrits anciens, vers 200 avant JC, c’est-à-dire après la rédaction du canon hébreu de l’Ancien Testament[2])

 

Ils s’appuient aussi sur l’emploi d’un mot, l’Elu, par un jeu de traduction d’un verset biblique, « prouvant » la canonicité du livre d’Enoch : Luc 9 : 35 aurait été mal traduit par toutes les traductions connues en transcrivant « Et une voix vint de la nuée, disant: celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le. » D’après eux, il faudrait traduire par « Celui-ci est mon fils, l’Elu ». Cette divergence de traduction vient du fait que les différents manuscrits que nous possédons portent deux mots différents :

  • le Codex Alexandrinus[3], le Palimpseste d’Ephrem[4], le Manuscrit de Cambridge[5] et 15 manuscrits antérieurs au 10ème siècle ont les mots grecs « o agaphtov mon o agapetos mon » qui signifie Bien-aimé, affectionné ;
  • le Codex Sinaïticus[6], le Codex Vaticanus[7] et le Zacynthius[8] ont les mots « o eklelegmenov o eklelegmenos » qui signifie l’élu.

 

Ainsi, le fait que le livre d’Enoch emploierait 14[9] fois le mot « Elu » en parlant prophétiquement de celui qui allait venir prouverait l’inspiration divine et la canonicité du livre… Mais le terme grec pour « l’Elu » n’apparaît que dans des Codex[10] et des traductions modernes qui amènent à douter de leur fiabilité. Ainsi, le terme de « Bien-aimé » est le seul possible dans ce passage[11]

 

Enfin, ils s’appuient sur la citation de Jude[12] (14 et 15) affirmant qu’il s’agit d’une parole de Enoch : « C’est aussi pour eux qu’Enoch, le septième depuis Adam, a prophétisé en ces termes : Voici, le Seigneur est venu avec ses saintes myriades pour exercer un jugement contre tous, et pour faire rendre compte à tous les impies parmi eux de tous les actes d’impiété qu’ils ont commis et de toutes les paroles injurieuses qu’ont proférées contre lui des pécheurs impies. » L’épître de Jude est une lettre adressée à certains qui faiblissaient dans la foi, troublés par ceux d’entre eux qui professaient être chrétiens tout en pratiquant un culte païen immoral et prétendaient être dispensés de l’obéissance à la loi morale. Jude voulait sensibiliser les saints au danger spirituel dans lequel ils se trouvaient et les encourager à rester fidèles. De plus, pour interpeller ces « chrétiens de nom », il est allé jusqu’à citer leurs sources, comme Paul l’a fait pour l’épisode d’Epiménide (Ac 17 : 23), le poète grec Aratus[13] (Ac 17 : 28) et Menandre[14] (1 Co 15 : 33).

 

Prenons maintenant quelques exemples d’enseignement du livre d’Enoch, contraires à ceux énoncés par la Bible :

 

  • La Bible dit que vous et moi sommes coupables parce que Adam et Eve ont péché ; à cause de cela, ils sont exclus du Paradis. Enoch dit le contraire : ce n’est ni Eve ni Adam qui ont chutés, mais une certaine catégorie d’anges qui, en se répandant sur Terre, ont corrompu les femmes, par leurs gènes d’abord et par leurs enseignements ensuite. Ainsi, l’homme est déresponsabilisé et la faute n’est plus du ressort de l’humanité… C’est de la faute des anges et de Dieu…

 

  • Enoch reçoit d’innombrables révélations d’anges… Il aurait connu des centaines de noms d’anges car tous se seraient présentés à lui en donnant leur nom. Bibliquement, cette attitude est étrange car nous trouvons l’inverse dans plusieurs passages comme celui de Juges : « Et Manoach dit à l’ange de l’Eternel : Quel est ton nom, afin que nous te rendions gloire, quand ta parole s’accomplira ? L’ange de l’Eternel lui répondit: Pourquoi demandes-tu mon nom ? Il est merveilleux. » (Jg 13 : 17 et 18) Les démons interrogés sur leurs noms, le donnent toujours : « Jésus lui demanda : Quel est ton nom ? Légion, répondit-il. Car plusieurs démons étaient entrés en lui. » (Lc 8 : 30)

 

  • Quasiment tous les attributs divins du Messie sont donnés à divers anges, amoindrissant de page en page le caractère messianique de Jésus-Christ, et de tous les textes bibliques qui annoncent et décrivent Jésus-Christ.

 

  • Nous trouvons un rapprochement entre l’expression « Fils de l’homme » du livre de Enoch et « Fils de l’homme » dans les Evangiles. Toutefois, il faut remarquer que l’expression du livre d’Enoch est non pas « Fils de l’homme », mais « fils d’homme », ce qui tend à supprimer la portée messianique et divine du Christ.

 

  • Dans ce livre, le Seigneur « viendra pour juger ses saints ». Ceci est en contradiction avec les paroles du Seigneur Lui-même en Jean 5 : 24 « les saints ne viendront point en jugement ».

 

 

Regardons ceux qui s’appuient sur ce livre pour accréditer leurs dogmes ou leurs croyances anti-bibliques :

 

  • Les Francs-Maçons : les différentes loges des Francs-Maçons sont appelées « loges de Saint Jean » car ils font références aux écrits de cet apôtre. L’un de leurs textes religieux fondateurs est la Bible, l’évangile de Jean en particulier, appelée « Volume de la loi Sacrée » ou « Volume de la Sainte Loi ». La Bible est considérée comme l’une des « Trois Grandes Lumières » de la Franc-Maçonnerie, avec le Coran et le Livre d’Enoch. Ce dernier est utilisé par les Grands Initiés de la Francs-Maçonnerie.

 

  • Les mouvements anti-scripturaires comme le mouvement de la foi, les ministères de délivrance, les manifestations de Toronto et Pensacola… qui utilisent tous des techniques occultes pour parodier la puissance de Dieu dans son œuvre de salut, de guérison et de délivrance.

 

  • Le Nouvel Age considère qu’il y a « une incontestable similitude entre le livre d’Enoch et le Corpus Hermeticum d’Hermès[15] et le début de Pymandre[16]». Ainsi, tout individu qui aurait son intelligence éclairée par cet enseignement accède à cette Connaissance qui rend la pensée Juste, et par voie de conséquence rend Juste : « pour qui s’efforce de comprendre sérieusement cet enseignement, que recevoir des paroles Justes, qu’elles viennent d’Enoch, de Thoth, d’Hermès ou d’ailleurs, est une véritable bénédiction car elle le protège, par les pensées Justes qu’elles engendrent et fécondent en lui, de l’affliction et de la réprobation réservées aux ignorants sans vertus, les impies. »

 

Pour clore cette réflexion sur le livre d’Enoch, et les raisons des incessantes réclamations pour canoniser ce livre, remarquons quelques faits révélateurs de l’origine de ce livre :

 

  • Le monde chrétien et hébreu avait perdu toute trace du Livre d’Enoch après sa condamnation officielle. Il est admis que les 1400 ans de silence ne sont interrompus que par la découverte de James Bruce en Abyssinie[17] et surtout par la traduction du professeur Laurence au début du 19ème siècle. Toutefois le livre d’Enoch a fait une apparition fulgurante à la cour de la Reine d’Angleterre par le biais de son astrologue, le mathématicien diplômé de Cambridge John Dee, version anglaise de Nostradamus[18].

 

  • On retrouve tout au long de ce livre des idées qui aboutissent plus ou moins ouvertement à la question « Dieu a-t-il réellement dit ? ». Nous retrouvons-là une stratégie connue de l’ennemi de nos âmes !

 

  • Le livre d’Enoch s’attaque à tous les fondements bibliques en excluant Dieu systématiquement par l’intervention d’un ange « spécialiste ». Par ce biais, nous retrouvons les processus ésotériques et spirites de la transmission de la connaissance.

 

En conclusion nous constatons différents points essentiels :

 

  • Le personnage biblique nommé Enoch (ou Hénoc) était un homme de Dieu qui a certainement prévenu ses contemporains de la colère de Dieu à venir (déluge) même s’il a été enlevé 70 ans avant la naissance de Noé. Dans « sa marche avec Dieu », il a certainement reçu des révélations et peut-être même des visions ; les hommes n’ont pu que lui attribuer ou reprendre, puis amplifier, modifier, tordre, ajouter… des pensées, idées, rêves… à ce qui aurait été dit initialement : Enoch n’était pas ce personnage mystique et illuminé tel qu’il est présenté dans le livre qui porte son nom : « Il marcha avec Dieu[19]» (Gn 5 : 22 et 24).

 

  • Dans quasiment toutes les tentatives de rapprochement entre le livre d’Enoch et le Nouveau Testament, nous pourrions faire les mêmes rapprochements entre le livre d’Enoch et l’Odyssée d’Homère, par exemple… Est-ce à dire que l’un a plagié l’autre[20]?

 

  • Le Nouveau Testament est « l’accomplissement » de l’Ancien Testament… et il le cite dès que cela est possible (littéralement ou dans le message). Pour comprendre les quelques rapprochements possible entre le livre d’Enoch et le Nouveau Testament, il suffit de s’apercevoir que les passages en question sont dans les deux cas des citations de l’Ancien Testament.

 

  • Ce livre apocryphe contient trop de doctrines gnostiques dont la pensée se déguise sous des apparences bibliques pour nous laisser dans l’indécision quant à son origine !

Notes

[1] Certains vont jusqu’à accuser Jésus et les apôtres de « plagiat » pur et simple.

[2] On attribue au scribe Esdras, appelé le scribe versé dans la loi de Moïse (Esd 7 : 6 à 10), un rôle essentiel comme instrument de Dieu pour rassembler et conserver les écrits bibliques. Le canon de l’Ancien Testament était arrêté dès le IIe siècle av. J.-C. c’est-à-dire à l’époque de la rédaction du livre d’Enoch.

[3] Le Codex Alexandrinus est un manuscrit presque complet de la Septante et du Nouveau Testament datant du 5ème siècle. Le codex tire son nom de la ville d’Alexandrie où l’on suppose qu’il fut rédigé.

[4] Le Codex d’Ephrem, palimpseste, du 5ème siècle, fut écrit probablement en Égypte. Il manque environ les trois huitièmes du Nouveau Testament. Ce manuscrit est à la Bibliothèque nationale de Paris

[5] Son intituté « Codex de Bezæ Cantabrigiensis ». Ce précieux manuscrit du 6ème siècle le tient de sa préservation par les Huguenots lors des guerres de religion. En effet Théodore de Bèze  l’avait eu sous sa sauvegarde en 1562, quand il fut retiré du monastère St Irénée de Lyon pris dans les flammes durant les guerres de religion. Il l’adressa quelques années plus tard à la Bibliothèque de l’Université de Cambridge où il est conservé depuis lors.

[6] A l’origine, le Codex Sinaïticus fut l’une des cinquante copies des Saintes Écritures envoyées par Eusèbe de Césarée à l’empereur Constantin Ier au 4ème siècle. C’est en 1844 qu’un érudit allemand de 29 ans, Constantin von Tischendorff (sous le parrainage de Frédéric Auguste roi de Saxe), visita le monastère orthodoxe de Sainte-Catherine sur le mont Sinaï. En parcourant les lieux, son attention fut attirée par une corbeille contenant de vieux parchemins allant servir de combustible pour le feu. Il s’agissait de 129 grandes pages de parchemin contenant des extraits de la traduction grecque de l’Ancien Testament : la Septante.

[7] Le Codex Vaticanus est un manuscrit en écriture grecque onciale du 4ème siècle. Il s’agit peut-être de la Bible commandée par l’empereur Constant Ier en 340 à Athanase d’Alexandrie exilé à Rome ? Sa présence est attestée dès le premier catalogue de la bibliothèque vaticane en 1475. Il fut conservé par les autorités vaticanes et inaccessible même aux exégètes les plus éminents jusqu’en 1809 où il fut exposé à Paris.

[8] Manuscrit du 8ème siècle des Evangiles.

[9] Le doublement du chiffre 7, chiffre de Dieu, n’est pas sans rappeler la structure numérique de construction grammaticale de la Bible… Mais le mot Elu y est employé 19 fois ! (39 : 5 ; 44 : 3 et 4 ; 47 : 5 ; 48 : 2 et 4 ; 50 : 3 et 5 ; 51 : 5 et 10 ; 54 : 5 ; 60 : 4, 7, 9, 10 et 13 ; 61 :1 ; 80 : 9 [2 fois]) .

[10] Voir « Le canon biblique (vidéo) » : https://wp.me/p8REsR-bv

[11] Le fait de spéculer sur la traduction d’un mot en utilisant la Bible pour accréditer des idées ou textes non-bibliques, voire anti-bibliques, rappelle celui utilisé par le musulmans par rapport à Muhammad et le Saint-Esprit.

[12] Cette citation ayant été la cause de l’exclusion du Canon biblique pendant une courte période. voici le témoignage de Saint Jérôme concernant son admission dans le canon : « Jude, frère de Jacques, a laissé une brève épître, qui est du nombre des sept épîtres catholiques ; elle est rejetée par plusieurs car elle invoque le témoignage du livre d’Hénoch, un apocryphe. Cependant, par son ancienneté et  son usage, elle n’a pas manqué d’autorité et elle prend place au rang des Saintes Écritures. »

[13] Aratus ou Aratos de Soles fut un poète et astronome grec du IIIe siècle av. J.-C. Il a composé sur l’astronomie un poème intitulé « Les Phénomènes et les Pronostics » duquel sont tirés presque tous les noms d’étoiles utilisés aujourd’hui. Des œuvres d’Aratus, seuls les Phénomènes, poème de 1154 vers sur l’astronomie, est parvenu jusqu’à nous. Si la doctrine exposée suit pour l’essentiel les idées d’Eudoxe, Aratus y ajouta le catastérisme, c’est-à-dire la transformation des êtres en astres ou constellations.

[14] Ménandre (fin du 4ème siècle av. J.-C.) est un auteur comique grec, représentant de la « Comédie nouvelle ». Il a écrit : « La nuit porte conseil. », « Le sommeil nourrit celui qui n’a pas de quoi manger. », « Le fruit le plus agréable et le plus utile au monde est la reconnaissance. », « Mieux vaut se taire que parler pour ne rien dire. », « Le repentir est un jugement que l’on porte sur soi-même. »…

[15] Le Corpus Hermeticum est l’ouvrage clef de voûte de l’Hermétisme. C’est un recueil d’une quinzaine de textes. Parmi les plus anciennes copies on trouve certains chapitres dans la bibliothèque de Nag Hammadi redécouverte vers 1950 (une ‘cache’ en Egypte enfouie vers 400.ap. J.-C. – probablement en réaction à la dogmatisation du Christianisme initialisée au concile de Nicée). Il est associé à d’autres textes gnostiques – évangiles gnostiques par exemple. Il subsiste en Grèce jusqu’à ce qu’il devienne le texte majeur de la communauté d’Harran vers 600.ap. J.-C. (frontière Syrie/Turquie). Ensuite vers l’an 1000, il influence l’Islam et arrive en Europe à la Renaissance au 15ème siècle.

[16] Pymandre est nommé le Verbe de Dieu dans les écrits d’Hermès. Il a « la bonté d’essayer de rendre intelligible à notre faible entendement la sublime perfection de l’immuable Vérité Absolue ». (Livre I d’Hermès Trismégiste, Pymandre, verset : 13 et 14)

[17] Il s’agit de quatre manuscrits éthiopiens incomplets des 15ème et 16ème siècles ; ils forment la base des différentes traductions modernes.

[18] Nostradamus, né Michel de Nostredame (14 décembre 1503 à Saint-Rémy-de-Provence – 2 juillet 1566) était un médecin (soit vrai, soit prétendu) et apothicaire français. Pratiquant l’astrologie comme tous ses confrères à l’époque de la Renaissance, il est connu pour ses prédictions sur la marche du monde.

[19] Les textes bibliques sont clairs : « Hénoch marcha avec Dieu » et non avec les anges comme il est écrit dans le livre d’Enoch : « Voici les paroles d’Enoch par lesquelles il bénit les élus et les justes qui vivront au temps de l’affliction, quand seront réprouvés tous les méchants et les impies. Enoch, âme juste qui marchait devant (et non avec) le Seigneur, quand ses yeux furent ouverts, et qu’il eut contemplé une sainte vision dans les cieux, parla, et il prononça : Voici ce que me montrèrent les anges. » (Enoch 1 : 1)

[20] Le livre d’Enoch ayant été rédigé en 200 avant JC  et l’Odyssée vers la fin du 8ème siècle avant JC, la conclusion sur le plagiaire serait évidente.

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