L’hérésie de la théologie de remplacement

Depuis quelques années l’erreur de vouloir substituer l’Eglise à Israël s’est subtilement glissée dans le corps de Christ. Cette doctrine s’appelle « la théologie de remplacement ». Cet enseignement erroné déclare que l’Eglise a remplacé Israël et que toutes les promesses de restaura­tion future le concernant lui sont maintenant attribuées. C’est elle qui serait maintenant censée établir le Royaume de Dieu sur la terre, avant que Christ ne revienne.

 

Nous savons que les Ecritures associent clairement Israël à la manifestation terrestre du Royaume de Dieu. Cependant, les leaders de ce nouveau mouvement, venant des Etats Unis d’Amérique[1], ont trouvé nécessaire de réinterpréter la Bible. Ils ont décidé que l’Eglise devait maintenant remplacer Israël, qu’elle représentait désormais le peuple choisi de Dieu et devenait par conséquent l’héritière de toutes ses bénédictions terrestres. Ils attestent que les malédictions appartien­nent toujours à Israël mais que les bénédictions sont destinées à l’Eglise. La nation d’Israël, par ailleurs, ne serait plus concernée par de futurs plans de Dieu.

 

David Chilton[2], partisan de cette théologie, justifie cette thèse en déclarant : « Au moment de la destruction de Jérusalem, en l’an 70 après Jésus-Christ[3], année d’excommunication d’Israël, Dieu a transféré son royaume à son nouveau peuple, l’Eglise. Ce royaume ne sera plus jamais la possession de la nation d’Israël »[4]. Quelle étrange interprétation !

 

Si nous devions croire que le peuple juif a été expulsé d’Israël par Dieu en l’an 70, alors un des événements les plus marquants dans l’histoire du monde, à savoir le retour du peuple juif dans son pays et la renaissance de l’Etat d’Israël en 1948[5], serait un simple incident sans la moindre signification. Par contre, si cet événe­ment exceptionnel est l’accomplissement des prophéties bibliques, c’est un grand miracle moderne dont le monde entier a été témoin. C’est une donnée à laquelle nous pouvons nous référer comme preuve irréfutable de la crédibilité des Ecritures[6].

 

Un autre leader spirituel de ces mouvements a aussi déclaré : « Nous aimons les juifs qui vivent en Israël… Toutefois, le Seigneur nous a clairement montré qu’ils ne sont plus le peuple élu de Dieu. Israël est maintenant composé de tous les croyants en Jésus-Christ… Il est très important que le Corps de Christ réalise qu’il est lui-même Israël et que les prophéties non accomplies concernant ce peuple lui appartiennent »[7].

 

Cette nouvelle doctrine extrêmement néfaste a des répercussions dans l’Eglise d’aujourd’hui. Cette hérésie remonte à un mouvement charisma­tique des années 1940 à 1950 au Canada et aux Etats Unis d’Amérique, appelé « Latter Ram[8] » ou « Manifested Sons of God[9] » [10]. Une de leurs « révélations[11] » était que I’Eglise devait cesser de croire à « l’enlèvement des chrétiens[12] ». Ils ont commencé à prêcher que pour compléter en quelque sorte son salut, l’Eglise est appelée à dominer et à régner sur les nations, et cela pendant au moins mille ans. Les chrétiens seraient donc déjà dans le millénium et régneraient comme rois sur cette terre dans le royaume de mille ans que Christ aurait établi lors de sa pre­mière venue. D’après eux, ce dernier ne peut donc pas revenir pour chercher son Eglise avant que celle-ci ne soit parvenue à dominer sur les nations et soit prête à lui présenter son royaume. Ils prônent que les affaires de ce monde iront de mieux en mieux grâce à la christianisation de la société.

 

Et ils ne s’arrêtent pas à cela, la seconde venue de Christ ne devrait pas s’ef­fectuer avant la fin de leur millénium. « L’enlèvement » ne correspondrait donc pas à un enlèvement physique des chrétiens, mais plutôt à un extraordinaire sen­timent d’excitation qu’ils expérimenteraient quand le Seigneur reviendra sur cette terre, enfin conquise par les chrétiens[13].

 

C’est pourquoi, appliquant par erreur à l’Eglise des derniers temps les pro­messes de restauration et de réveil destinées exclusivement au peuple d’Israël, ils attendent un réveil retentissant d’une ampleur mondiale, jamais connue au cours de toute l’histoire de l’Eglise, même pas dans la première église des apôtres du Seigneur[14]. Quelle illusion !

 

Suite à ces « révélations[15] », leurs messages ne mettent plus en avant la puis­sance de Jésus-Christ mais « le potentiel » de l’homme. En se basant sur leurs discours, nous serions supposés devenir une grande armée des temps de la fin, parfois appelée « l’armée de Joël » ou « la génération Josué », qui mettrait tous les ennemis de Dieu sous ses pieds même s’il fallait utiliser la force pour y parvenir[16]. Ils vont même jusqu’à dire que non seulement l’Eglise aurait pris la place d’Israël mais que progressivement elle remplacerait le Christ Lui-même, jusqu’à devenir « son incarnation » sur la terre. Ce nouveau rôle de l’Eglise consisterait à faire com­prendre aux chrétiens que, s’ils veulent accomplir tout le dessein de Dieu pour les derniers temps, il faut qu’ils réalisent qu’ils sont « de petits dieux[17] ».

 

Nous avons donc là les racines d’une autre hérésie très populaire dans ces milieux : l’Eglise serait devenue Israël, et de surcroît, Christ Lui-même. Non seu­lement, les promesses concernant Israël seraient à appliquer à l’Eglise mais il faudrait attribuer à celle-ci le rôle revenant exclusivement au Messie. Toutes les prophéties annonçant sa venue pour restaurer et régner sur Israël pendant le mil­lénium sont rejetées. Ils ne permettent pas à Jésus, le Roi des rois, d’établir Lui-même son royaume. Ces leaders prétendent que c’est notre propre responsabili­té de le faire et que nous n’avons pas besoin de la présence personnelle de Jésus. Ils ne veulent pas que le Seigneur vienne Lui-même instaurer son règne dans un monde où Il a souffert l’humiliation, le mépris, la honte et le rejet. Deux de leurs responsables prétendent même ceci « Notre théologie nous enseigne que nous sommes parfaitement capables d’établir le royaume de Dieu sur terre, sans la présence physique de Jésus à Jérusalem »[18].

 

Tout ce scénario est bien sûr extrêmement séduisant car quel est le chrétien qui ne désirerait pas, en cette fin des temps, voir « un grand réveil mondial » se propager à toutes les nations ? Même si une telle pensée semblait acceptable, rien ne prouverait que Dieu en soit vraiment l’auteur ! La seule question que nous devons nous poser est celle-ci : que disent les Ecritures à ce sujet et que devons-nous attendre en ces temps de la fin ?

 

Quel était l’enseignement des apôtres à ce sujet ? Préparaient-ils les chrétiens à un grand réveil mondial ou à l’apostasie ? Où est-il écrit que des nations entières entreront dans le Royaume de Dieu et que l’Eglise régnerait sur elles ? La Bible dépeint un tableau tout à fait différent. Elle parle plutôt de temps dif­ficiles pendant lesquels, comme Jésus l’a dit, le monde nous haïrait, parce que nous ne sommes pas du monde, comme Lui n’est pas de ce monde (Jn 17 : 14). Cependant, l’impératif de l’Eglise et de chaque chrétien sera toujours d’amener des âmes au salut offert par Dieu[19] et cela jusqu’à la fin. C’est là une glorieuse mais solennelle respon­sabilité.

 

Les Ecritures nous avertissent que dans les derniers temps, l’apostasie et la séduction spirituelle prévaudront et qu’elles feront de terribles ravages au sein même des églises (1 Ti 4 : 1 ; 2 Ti 4 : 3 et 4). Nous sommes loin de lire « un réveil mondial » ou « une christianisation générale » de la société. La tragique réalité est que sous le nom de « réveil » certains sont prêts à accepter aveu­glément n’importe quelles manifestations spirituelles extravagantes et extra-­bibliques. C’est ainsi qu’imperceptiblement nous assistons aujourd’hui à une véritable « apostasie de la foi » dans l’Eglise. Ce soi-disant « réveil » ne suppor­te plus la prédication de la saine doctrine, « l’Esprit » ayant pris la place de Jésus et de sa Parole, et « l’expérience » étant devenue prioritaire sur la doctrine.

 

Dans ces différents milieux, la « norme d’authenticité » est maintenant l’expé­rience à tout prix et les dernières révélations de leurs nouveaux apôtres et pro­phètes, celles-ci étant considérées comme égales aux Ecritures[20], voire plus importantes dans certains cas. Ils sont en train de dévier vers un christianisme du nouvel âge mystique, gnostique et sensuel qui n’a plus rien à voir avec celui des premiers apôtres de Jésus-Christ[21]. Nous vivons à une époque où beaucoup de chré­tiens recherchent un christianisme « self-service » de supermarché qui leur per­met de choisir à leur gré les différentes expériences qui leur conviennent. Cet état d’esprit les rend vulnérables, des proies extrêmement faciles pour toutes sortes de nouvelles séductions et manifestations spirituelles. La tendance actuelle n’est pas d’avoir plus de discernement mais de faire taire son sens critique. L’argument majeur revenant sans cesse est celui-ci : « Vous ne pouvez juger quelque chose, si vous ne l’avez pas d’abord expérimenté ». Quel non-sens ! Vous n’avez pas à expé­rimenter le suicide pour savoir qu’il vous détruit. La Bible ne demande jamais au chrétien de valider une expérience spirituelle douteuse en s’y soumettant[22].

[1] Ils sont appelés « les reconstructionistes » ou « le royaume de Dieu maintenant ». D’une façon générale, le reconstructionnisme est le fait de rétablir et de pratiquer des religions la plupart du temps polythéistes, en s’appuyant sur des bases historiques, dans le monde moderne. Il existe un reconstructionnisme celtique, un autre germanique (Odinisme), un scandinave (Asatru), un égyptien (Kémitisme), un romain (soutenu en particulier par l’organisation Nova Roma), un hellénique (YSEE en Grèce), nombreux groupes aux États-Unis mais dispersés, un autre dit chrétien.

[2] Pasteur calviniste (1951 – 1997) auteur de plusieurs ouvrages de référence pour les reconstructionistes, dont les trois plus connus sont « Paradise Restored » (Paradis restauré – 1985), « Days of Vengeance » (Les jours de la vengeance – 1987) et « The Great Tribulation » (La Grande Tribulation – 1987).

[3] Voir « 17 Est 003-010 001 Hip hip hip hourra »

[4] David Chilton, Days of vengeance. p. 410, 443, 575

[5] Voir « T0220 Théodor Herzl  et Hechler », « T0611 Nous n’avions pas le droit de choisir la voie de la facilité » et « T0614 La khoubeiza ou la manne de 1948 ».

[6] Voir « 55 2 Ti 003-016 001 La Bible, révélation de Dieu » et « 55 2 Ti 003-017 001 L’influence de la Bible sur l’humanité »

[7] James McKeever, End-Times News Digest, Dec. 87, p.3.

[8] Expression traduite en français par « Pluie de l’arrière saison » : voir « 49 Ep 004-014 002 Le mouvement de la pluie de l’arrière saison »

[9] Werghed and found wanting by Pastor Bill Randles, p.5

[10] Expression traduite en français par « manifestation des fils de Dieu ». Cette doctrine prône la « divinité » du chrétien, voir « 01 Gn 003-005 002 Hérésie de la déification de l’homme »

[11] Voir « 44 Ac 017-011 002 Leurs révélations équivalent aux Ecritures »

[12] Voir « 50 Ph 003-021 001 L’enlèvement, la glorieuse espérance de l’Eglise »

[13] A la page 8 de son ouvrage End-Times News Digest, McKeever affirme que la Grande Tribulation qui précède ce moment sera en réalité une période durant laquelle les chrétiens détruiront surnaturellement tous leurs ennemis.

[14] Voir « 44 Ac 002-002 001 Ce serait le plus grand réveil de toute l’histoire »

[15] Voir « 44 Ac 017-011 002 Leurs révélations équivalent aux Ecritures »

[16] Gary North, 75 Bible Questions, p. 170. Gary North (1942 – ) est un théologien, écrivain et économiste reconstructioniste, le gendre de R.J. Rushdoony (1916 – 2001, philosophe calviniste, historien et théologien), l’un des fondateurs du mouvement reconstructioniste chrétien.

[17] Voir « 01 Gn 003-005 002 Hérésie de la déification de l’homme »

[18] De Mar and Leithart, Reduction, p. 12

[19] Voir « 40 Mt 018-023 001 Le pardon et le salut offert par Dieu »

[20] Voir « 44 Ac 017-011 002 Leurs révélations équivalent aux Ecritures »

[21] Voir « 59 Jc 003-015 001 L’œcuménisme, un préliminaire à la théosophie » et « 59 Jc 003-015 001 Le Nouvel Age ou New Age »

[22] Voir « 46 1 Co 012-027 001 Hors des églises, ou dans les églises »

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