Ministères de délivrance et asservissement spirituel

La délivrance des démons fait certainement partie de l’Evangile de Christ. Mais il existe un problème posé par les ministères « spécialisés » dans la délivrance des Chrétiens. Cette manière de résoudre les problèmes spirituels des enfants de Dieu n’est pas conforme à l’enseignement de la Bible, et conduit en réalité à un asservissement spirituel.

« Or, il ne faut pas qu’un serviteur du Seigneur ait des querelles ; il doit, au contraire, avoir de la condescendance pour tous, être propre à enseigner, doué de patience ; il doit redresser avec douceur les adversaires, dans l’espérance que Dieu leur donnera la repentance pour arriver à la connaissance de la vérité, et que, revenus à leur bon sens, ils se dégageront des pièges du diable, qui s’est emparé d’eux pour les soumettre à sa volonté. » (2 Ti 2 : 24-26).

Dans le système de pensée du « combat spirituel » tel qu’enseigné par Rick Joyner, Bob Larson, Watchman Nee, Michel Allard et bien d’autres, il est dit que le combat entre Dieu et Satan, entre le mal et le bien, se déroule au niveau de notre histoire humaine. L’issue de ce combat est incertaine, c’est-à-dire que Dieu n’est pas Souverain pour déterminer l’issue de ce combat[1]. Il y a des blessés et des pertes dans ces batailles spirituelles. Ce combat pour la libération des êtres humains de leurs liens spirituels doit être mené par des hommes et des femmes de foi, qui ont appris les règles de ce combat, et qui deviennent de puissants « guerriers de Dieu ». Certains leaders, dans ce système de pensée, croient que même la destinée des nations est entre les mains de ces guerriers spirituels, qui ont la responsabilité de conquérir les nations pour le Royaume de Dieu.

Selon de nombreux exorcistes qui ont adopté le système de pensée du combat spirituel, les démons possèdent leurs victimes parce qu’ils ont le « droit » de le faire. Par exemple, un disciple de Christ peut être victime d’une malédiction inconnue, qui donne à un démon le droit de le tourmenter. Voici comment l’ « exorciste chrétien » Bob Larson l’explique : « Les malédictions sont de véritables transactions légales dans le domaine spirituel. De même que les contrats humains contiennent de minutieuses dispositions, rédigées dans un langage soigneusement choisi, les malédictions sataniques sont souvent remplies de dispositions minutieuses et extrêmement détaillées »[2]. Pour être libéré, il est donc nécessaire d’avoir recours à un spécialiste capable de déchiffrer ces dispositions, et de comprendre la nature exacte de la malédiction, pour formuler ensuite une renonciation adéquate qui permet de la briser[3].

Ceux qui ont adopté le système de pensée du combat spirituel mènent ce combat à différents niveaux. Au niveau des « lieux célestes », ils embrigadent des armées « d’intercesseurs prophétiques » pour identifier, lier et chasser les esprits qui contrôlent les villes et les nations. Des « guerriers spirituels » sont rassemblés pour prendre le contrôle spirituel des villes, en faisant des « marches de prière » tout autour des lieux stratégiques situés dans ces villes. Dans cette optique, le particulier qui exerce un « ministère de délivrance » n’est qu’un simple fantassin chargé du combat au corps à corps sur le champ de bataille spirituel. Il affronte les puissances des ténèbres qui ont capturé des âmes individuelles.

Dans son livre « L’homme spirituel », Watchman Nee explique qu’il y a des lois spirituelles qui gouvernent le monde des esprits. L’une de ces lois concernait la « passivité ». Selon lui, les démons sont capables de s’emparer de ceux qui ont une volonté « passive »[4]. Ainsi, le fait que beaucoup de personnes continuent à avoir des problèmes avec les démons, malgré de nombreuses sessions d’exorcisme est « expliqué » par cette « théorie de la passivité » : ce serait la passivité qui ferait sans cesse retomber les mêmes personnes sous l’esclavage des démons ! Bien entendu, cette théorie n’a rien de biblique !

Malheureusement, ce type d’enseignement est de plus en plus en vogue aujourd’hui. Voici ce qu’écrit Bob Larson : « Si une personne possède une forte volonté, il semble plus difficile à un démon de la dominer, quoi que fasse cette personne »[5]. Dans ce schéma, le facteur de la volonté humaine serait donc très important, voire aussi important que la puissance de Dieu : « Je demande toujours à ceux qui sont liés par des démons de faire appel à cette petite portion de leur volonté qui n’est pas dominée par les démons »[6].

« Ainsi parle l’Eternel : Maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme, qui prend la chair pour son appui, et qui détourne son cœur de l’Eternel !… Béni soit l’homme qui se confie dans l’Eternel, et dont l’Eternel est l’espérance ! » (Jr 17 : 5, 7).

Selon la théorie du « combat spirituel », l’une des « lois spirituelles » de l’univers affirme que ceux qui ont une volonté passive deviennent la proie des démons, même s’ils sont Chrétiens. Pour être libre, il faudrait avoir une forte volonté. On ne pourrait plus faire confiance à Dieu pour être libre, mais il faudrait avoir une forte volonté. Dieu se trouverait donc lié par une loi spirituelle qu’Il avait Lui-même créée[7]. Bob Larson a écrit : « La volonté des victimes est le champ de bataille où se conduit la guerre de l’exorcisme. La moindre réticence peut signifier la défaite »[8]. Dans ces conditions, où donc est notre espérance ? Dans notre propre volonté ? Larson a dit de l’une de ses clientes : « Son refus initial de ne pas vouloir admettre ce qui s’était passé a donné aux démons le droit légal de continuer à la dominer »[9].

Dans ces conditions, il est clair que nous avons besoin d’un « homme de loi » spirituel pour déchiffrer les contrats spirituels de l’univers, contrats utilisés par les démons pour faire leur travail, ainsi que toutes les lois qui s’y rapportent. Dans le système de pensée du « combat spirituel », le combat concerne les êtres humains et les esprits méchants dans les lieux célestes. Les humains ont alors un immense désavantage, parce que les esprits naviguent dans le monde spirituel depuis des millénaires, et eux seuls connaissent toutes les « règles ».

D’après ces « soldats spirituels), l’exorciste doit faire appel aux démons pour réunir de multiples informations, pour les battre en utilisant ensuite leurs propres règles. Bob Larson dit forcer les démons à lui dire la vérité, en les menaçant d’être punis par les anges et être envoyés dans l’abîme. D’autre part, il se donne autorité sur les anges de Dieu pour leur commandé ce qu’ils ont à faire : Voici l’une des prières qu’il a faites pour aider une victime à trouver « sa liberté » : « Je commande aux anges de Dieu de rechercher et de tourmenter cet esprit de douleur. Je lie Douleur au démon Régulateur, et je leur commande d’éprouver tout le tourment dont ils ont affligé Randall. Je multiplie ce tourment par sept ! »[10].

Ensuite, il obligerait les démons à lui dire ce qu’il faut faire pour délivrer leurs victimes. Voici le conseil qu’il donne à ceux qui veulent s’engager dans un ministère de délivrance : « Il faut demander à quelqu’un de noter toutes les informations reçues quand on interroge les démons. A mesure que se révèle la structure interne du système démoniaque de la victime, faites une liste des démons en fonction de leur rang, notez leurs droits et les portes par lesquelles ils sont entrés, ainsi que les raisons légales qu’ils peuvent avoir pour rester »[11]. Comment pourrions-nous savoir que toutes ces informations sont sûres ? « Les démons seront forcés de vous donner toutes ces informations, parce qu’ils doivent se soumettre au Nom de Jésus et à Son autorité »[12]. Le danger dans ces affirmations, c’est qu’une partie (de plus en plus minime d’ailleurs) de celles-ci est vraie ; ici la vérité est que toute puissance et toute autorité sont soumises à Jésus-Christ (Lc 4 : 36 ; Ep 1 : 21)… mais pas dans ce contexte à la gloire de l’homme ! Toutes choses Lui (Jésus-Christ) sont soumises pour la gloire de Dieu.

Il est vrai aussi qu’il existe tout un monde invisible qui a ses lois, et que ces lois gouvernent les démons et tous les niveaux de la hiérarchie satanique… mais nous n’avons pas à les découvrir hors de la révélation biblique, et encore moins à les exploiter ou explorer !

Ceux qui acceptent le système de pensée du « combat spirituel » affirment que, pour gagner ce combat, il est important de réunir des connaissances sur Satan, sur ses émissaires, et sur leur structure hiérarchique, et ce, à tous les niveaux, qu’il s’agisse de combattre les principautés qui dominent les nations, ou de chasser les démons d’un individu. Ainsi, toutes les pensées ne sont plus dirigées vers Jésus-Christ, notre Sauveur, mais vers Satan (Phi 4 : 8).

Pour ceux qui ont accepté le système de pensée du « combat spirituel », de telles pratiques se justifient parfaitement. Tout ce qu’ils doivent accomplir dépend d’une interaction complexe entre toutes sortes de démons, de principautés et de lois qui contrôlent le monde spirituel. Aucun domaine de leur vie n’échappe à ces lois. La délivrance des individus n’est que le niveau élémentaire de ce combat, alors que les villes et les nations appartiennent aux niveaux supérieurs. A chaque niveau, il est nécessaire de réunir des informations, si l’on veut gagner la bataille. Les connaissances nécessaires sont en général les noms des démons ou des principautés, la nature des malédictions invoquées, et la structure les hiérarchies spirituelles dans le royaume de Satan. Bob Larson raconte comment il a « dû faire un exorcisme », alors que l’un des démons avait dû s’absenter pour une mission, et n’était pas présent lors de la procédure[13]. Il apprit à « obliger ce démon à rester à l’extérieur ». Il écrit : « Si j’avais terminé la procédure trop tôt, je n’aurais jamais entendu parler de cet esprit en mission, et il serait retourné plus tard »[14]. Quelle débordement d’imagination ! !

On peut se demander quel rôle peut jouer le Seigneur dans ce système de combat spirituel. En fait, Il se contenterait de nous ordonner de combattre, de nous équiper pour le combat, et de nous donner les armes dont nous avons besoin. Et ce serait à l’exorciste d’employer ses armes pour chasser les démons. Il devrait employer ces armes de la bonne manière, sinon les démons ne seraient pas chassés. Par exemple, Larson raconte comment il a dû expliquer à un pasteur pourquoi les démons continuaient à revenir : « Vous n’avez sans doute jamais identifié le « démon portier. » Peu importe le nombre de démons que vous chassez, ils ne sont pas obligés d’aller dans l’abîme, parce que le « démon portier » leur garde la porte ouverte, et ils peuvent revenir »[15]. La hiérarchie et la localisation des démons sont déterminées par les connaissances et la compétence de l’exorciste. Larson prétend qu’il a le droit d’envoyer les démons dans l’abîme, si la procédure est correctement suivie. Dieu est totalement exclu de ces combats ! Ils parlent de « procédures » et non d’une action de Dieu !

Il faut bien retenir ceci : toutes les informations dont ils ont besoin pour mener efficacement le combat spirituel, selon ce système de pensée, sont des informations qui ne sont pas révélées, c’est-à-dire qui ne se trouvent ni dans la Parole de Dieu (la Bible), ni dans la révélation générale (ce que nous pouvons légitimement apprendre de la création en ayant recours à nos sens naturels et à notre intellect rationnel). Cette connaissance requise est donc secrète. Dieu n’a pas révélé les noms de tous ces démons qui contrôlent les nations, les villes, les villages et les personnes démonisées[16]. La seule source de ces informations doit provenir d’une autre révélation, que ce soit une révélation divine extra-biblique, ou une révélation donnée par les démons eux-mêmes. Ceux qui croient au système de pensée du combat spirituel affirment que c’est à eux d’obtenir toutes les informations dont ils ont besoin pour ce combat. Etant donné que cette connaissance est « secrète », elle est du domaine de l’occulte. Il faut donc qu’ils puissent nous expliquer de quel droit ils peuvent obtenir des connaissances interdites, sous prétexte de délivrer les victimes des esprits mauvais. De plus, ils semblent complètement oublier que seul Dieu, le créateur de l’homme, connaît réellement le cœur de l’homme ! Seul Dieu connaît tous les détails du monde spirituel, et de son interaction avec l’âme humaine !

La Bible nous dit pourquoi aucun « technicien spirituel » humain ne peut résoudre les problèmes profonds de l’être humain : « Le cœur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant : Qui peut le connaître ? Moi, l’Eternel, j’éprouve le cœur, je sonde les reins » (Jr 17 : 9-10). Toute la Bible nous montre que seul Dieu connaît le cœur humain. Considérons par exemple 1 Rois 8 : 39 

« Exauce-le des cieux, du lieu de ta demeure, et pardonne ; agis, et rends à chacun selon ses voies, toi qui connais le cœur de chacun, car seul tu connais le cœur de tous les enfants des hommes. » Voir aussi Psaume 44 : 21 ; Actes 15 : 8 ; 1 Jean 3 : 20.

Quel orgueil de prétendre

  • commander aux anges[17], qui sont les serviteurs de Dieu Lui-même,
  • connaître les profondeurs de l’âme d’une personne,
  • connaître le monde spirituel des démons et de Satan au point de le maîtriser[18]

Il s’agit ni plus ni moins de se faire l’égale de Dieu !

Malheureusement, ceux qui, de bonne foi et en toute sincérité, s’engage dans le « combat spirituel » de la « chasse aux démons » s’épuisent au lieu de se renouveler dans la puissance de Dieu…

Restons fermement attachés à l’enseignement de la Parole de Dieu, à l’évangile de Jésus-Christ, et scrutons les saintes Ecriture chaque jour pour éprouver les enseignements (Ac 17 : 11). Dans les enseignements du combat spirituel, les processus, figurent des prières, des confessions, des renonciations, des listes de contrôle, des « malédictions des ancêtres » à briser… L’implication est simple : l’Evangile n’est pas suffisant pour nous délivrer des malédictions, des démons ou des autres liens spirituels, à moins d’avoir recours à certaines techniques. Au lieu d’avoir recours aux moyens de grâce tout simples que nous offre la Bible, ils nous offrent une liste de techniques et de prières toutes faites, qui doivent « marcher ». Ils ont donc adopté le système de pensée du combat spirituel, et abandonné celui de la Providence divine.


Notes :

[1] Greg Boyd, God At War, (Downers Grove Intervarsity, 1997) 13. Le Dr Boyd définit ainsi le système de pensée du combat spirituel : « Ce système de pensée est centré sur la conviction que tous les aspects de notre vie peuvent être interprétés comme les conséquences d’un combat mené d’une part, dans les lieux célestes, entre des esprits bons et mauvais, amicaux et hostiles et, d’autre part, entre les hommes et les esprits méchants. » Le Dr Boyd refuse le système de pensée de la Providence divine. Il rejette catégoriquement l’idée que les forces des ténèbres sont utilisées par Dieu au service de Ses plans parfaits.

[2] Bob Larson, In The Name of Satan – How the Forces of Evil Work and What You Can Do to Defeat Them, (Nashville Nelson, 1996) 109.

[3] Ibid. 109, 110.

[4] Watchman Nee, L’Homme spirituel, Vol 3. W. Nee dit que la « passivité » est le facteur essentiel qui permet aux démons d’influencer les Chrétiens. Le chapitre « Path To Freedom » a fourni beaucoup d’arguments aux partisans du combat spirituel. Nee enseignait cela il y a des dizaines d’années.

[5] Larson, 48.

[6] Ibid. 80.

[7] Nee, Op. Cit. 90 : « Toutes les actions sont gouvernées par des lois. Si l’on remplit les conditions qui permettent aux esprits méchants d’agir (que ce soit volontairement, comme dans le cas des sorciers ou des médiums, ou que ce soit involontairement, comme dans le cas de Chrétiens ignorants), on leur donne automatiquement le droit d’agir dans notre vie. » Selon les versions modernes de cet enseignement, on ne peut connaître ces lois spirituelles que par des révélations extra-bibliques, comme celles qui nous sont fournies dans le livre de W. Nee !

[8] Larson, 190.

[9] Larson, 190.

[10] Larson, 142.

[11] Larson, 208.

[12] Larson, 208.

[13] Larson, 91.

[14] Larson, 208.

[15] Larson, 133.

[16] Les adeptes de ce type de « combat spirituel » font une différence entre une personne possédée (qui n’est pas chrétienne) et une personne démonisée (personne chrétienne sous l’emprise d’un ou plusieurs démons). Cette différence permet d’affirmer « un chrétien ne peut être possédé ! Il serait démonisé ! Il s’agit en fait d’exactement la même chose… Ce qui est contraire à l’enseignement de la Parole de Dieu.

[17] C’est Jésus qui exécutera le jugement final du monde spirituel : « Et voici, ils s’écrièrent : Qu’y a-t-il entre nous et toi, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? » (Mt 8 : 29). Tout être humain qui prétend disposer lui-même d’un tel pouvoir prétend donc posséder ce qui fait strictement partie des prérogatives divines. Il s’efforce donc d’agir comme Dieu. Voir « 01 Gn 003-005 002 Hérésie de la déification de l’homme »

[18] Voici une histoire que raconte Bob Larson : « Pas à pas, je poussai l’adversaire dans ses retranchements, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus résister. Avant que je prononce la condamnation finale de ce démon, il me regarda d’un air interrogateur et me demanda avec curiosité : « Qui t’a donc appris les règles ? » Je lui dis : « Qu’entends-tu par là ? » Il répondit : « Les règles spirituelles qui déterminent ce que nous pouvons, et ne pouvons pas faire. Tu as certainement été instruit par l’un d’entre nous. Je n’ai jamais connu quelqu’un qui connaisse aussi bien les règles que toi ! » (Larson, 205).

Tout ce qui nous arrive

Les bons ou mauvais événements sont dirigés par Dieu. Cependant, il est parfois difficile d’en prendre conscience lorsque l’on a des contrariétés, des soucis, etc…

Il faut savoir prendre un peu de recul dans chaque situation, pour arriver à voir la main de Dieu. Les histoires de la providence divine ne manquent pas… En voici une parmi tant d’autres… L’histoire d’une suite d’événements agaçants qui, en fin de compte, se révèlent être, non seulement voulus par Dieu, mais aussi être pour le bien de l’homme.

 »Je suis chauffeur de taxi. Israélien d’origine, installé à Londres. Un jour, je fus envoyé à Stamford-Hill pour y prendre une famille et l’ accompagner à l’aéroport. Là-bas, elle devait prendre l’avion pour l’ Amérique.

Pendant ce voyage vers l’aéroport, un fait assez banal se produisit : l’un de mes pneus éclata, et il fallut changer la roue. Je m’arrêtai donc, et remplaçai la roue défectueuse par la roue de secours. Mes clients étaient plutôt impatients, ce qui se comprend, et je le fis donc le plus rapidement possible, et repris la route.

Mais, évènement déjà moins banal, un second pneu éclata, et là…Je ne savais plus quoi faire. Je n’avais pas de seconde roue de secours. C’en était trop pour mes pauvres clients qui se mirent a crier :  »C’est incroyable ! Vous ne pouviez pas vérifier vos pneus avant de prendre la route ? Quelle manque de responsabilité ! Vous voulez nous faire rater l’avion, ou quoi ? ». Mais, de toute évidence, je n’avais pas le choix : il fallait que je me rende, a pied, a la station-service la plus proche pour acheter un pneu. A mon retour, je vis que mes clients n’avaient pas réussi a arrêter un autre taxi, et ils remontèrent donc en voiture avec moi, non sans m’avoir réservé un accueil des plus  »chaleureux » ! En chemin, mes clients n’arrêtaient pas :  » Plus vite, plus vite ! Mais bon sang, vous ne pouvez vraiment pas aller plus vite ? ». J’espérais de tout mon coeur les déposer à l’heure à l’ aéroport.

Mais tout d’un coup, je crus rêver : on entendit un grincement, puis un éclat de verre… Nous n’en croyions pas nos yeux, mais la réalité était bien là : le camion qui était juste devant mon taxi, et qui transportait de grosses pierres, avait décidé de freiner subitement, sans raison. Une pluie de pierres tomba sur mon pare-brise qui se cassa en mille morceaux.

 

Mes clients acceptèrent, bon gré mal gré, que je prenne le numéro du camion et les coordonnées de son chauffeur, pour me faire rembourser cet accident.

Quand le chauffeur du camion s’approcha de ma voiture pour constater les dégâts, il ne manqua pas de se faire insulter par mes charmants clients dont les nerfs étaient a bout.

Apres 20 minutes, nous reprîmes la route, avec le pare-brise casse…
J’entendais les protestations, à l’arrière de la voiture :  »J’espère que vous n’aurez pas le toupet de demander a ce que nous payions cette course ».
J’appuyai à fond sur l’accélérateur, en priant qu’il n’arrive plus rien…

Je décidai de rouler sur la voie d’urgence, pour avoir une petite chance d’arriver à l’heure. Je l’avoue, ce n’était pas la première fois que je le faisais, bien que ce soit interdit, mais cette fois-ci… Vous l’avez deviné : j’entendis de toutes parts des sirènes.

La police m’obligea à arrêter le véhicule. Je descendis, et me mis a expliquer :  »Ecoutez, monsieur l’agent, je dois absolument amener ces personnes à l’aéroport. Ils sont très en retard et risquent de rater leur avion. Nous avons déjà dû remplacer deux pneus ! Regardez aussi notre pare-brise… » Mais le policier ne voulut rien entendre. Je lui proposai de lui laisser tous mes papiers et mon argent :  »Je les accompagne, et reviens aussitôt ». Mais il n’accepta pas non plus.

Apres 10 minutes d’attente et une amende, on put repartir. A en croire les chuchotements de mes clients à l’arrière, ils étaient déjà passe à la phase de désespoir et savaient qu’ils rateraient leur avion…

En arrivant à l’aéroport, leur avion venait de décoller, et je ne pus que demander a l’un de mes amis, qui travaillait sur place, de leur échanger les billets. Je tendis les nouveaux billets d’avion à la famille, et m’enfuis rapidement, honteux.

En remontant dans mon taxi, je priai que la journée continue un peu mieux que de la façon dont elle avait commencé. J’avais à présent, devant moi, une journée de réparations à faire au garage…

 

En repensant à ce qui s’était passé, il y avait quoi devenir fou ! Quel concours de circonstances ! Tellement d’évènements en un seul petit trajet…
C’était bien la première fois que les catastrophes se succédaient ainsi…

Quelques instants plus tard, j’appris que l’avion raté, de la compagnie  »Pan America » était tombé au-dessus de la ville de Loockerby… Il n’y avait
aucun survivant… Je me mis a pleurer en comprenant le miracle qui avait eu lieu… »

Notre petite vie, à nous, n’est pas faite de miracles aussi évidents, comme dans l’histoire, mais il suffit d’un exemple éloquent comme celui-ci pour nous permettre de comprendre que tout est dirigé, même quand nous n’avons pas compris, et ne comprendrons peut-être jamais, la raison de tel ou tel souci que nous avons…

L’ami qui n’avait pas oublié

Bruno et Pierre étaient de bons amis. A l’école, ils étaient assis l’un à côté de l’autre. Ils avaient également l’habitude de faire leurs devoirs ensemble. Bruno était un peu plus intelligent que Pierre et aimait lui donner un coup de main. Pendant les vacances, ils faisaient leurs révisions ensemble, et partageaient un lopin de terre qui leur était attribué et leur procurait des légumes qu’ils pouvaient vendre à leurs amis. Ils étaient tous les deux fils uniques et leurs mères s’étaient habituées à avoir plutôt deux enfants qu’un, bien qu’ils allassent le plus souvent dans la maison de Bruno : En effet chez Pierre, ce n’était pas toujours rose, sa mère étant si absorbée par ses propres soucis qu’elle paraissait parfois avoir du mal à s’occuper de son fils.

Les années passèrent. Bruno devint le premier de sa classe, alors que Pierre dut redoubler son année. Dès lors ce ne fut plus du tout évident pour les deux amis de se rencontrer. Bruno proposait encore son aide, mais Pierre n’avait pas l’air de vouloir s’en faire. En outre, Bruno devait travailler dur pour ses propres examens… Tout cela fit qu’ils se perdirent peu à peu de vue.

Bruno fréquenta le collège et entreprit des études de droit. Pierre alla de travail en travail, sans se montrer capable de réussir quoi que ce soit, et son père l’accablait tellement de reproches qu’il finit par ne plus rentrer à la maison. Il prit une chambre au centre-ville, à proximité de son bar favori, et se débrouilla tant bien que mal. A un moment donné il se maria, mais sa femme se fatigua bientôt de sa façon de vivre, et le quitta. C’est ainsi que passèrent encore bien d’autres années, et quand Bruno fut nommé juge au tribunal local, et qu’il acheta une grande maison pour lui et sa famille sur la colline derrière la ville, Pierre ne jugea pas même bon de se rappeler à lui par un coup de fil.

 

Mais ils allaient bientôt être destinés à se rencontrer, car la police avait un oeil sur Pierre. A une ou deux occasions, il avait été envoyé au poste pour ivrognerie et trouble de l’ordre public, et il y avait eu d’autres menus incidents. Il avait bien un petit boulot, mais cela ne lui suffisait guère pour vivre et avoir encore assez d’argent pour ses boissons et ses cigarettes, aussi avait-il eu recours au vol à l’étalage aux rayons d’alimentation.

 

Il faisait très attention de ne pas se faire prendre, jusqu’au jour où la police l’accosta juste devant le Prisunic et lui fit ouvrir son sac. Les saucisses qu’il avait volées lui furent confisquées ; il en fut peiné car il se voyait déjà en train de les frire pour son souper.

 

Il avait déjà comparu devant le tribunal auparavant, et cela lui importait peu d’y retourner, car d’une façon ou d’une autre, il était alors si épuisé que rien ne semblait plus l’inquiéter sinon le manque d’alcool. Personne d’autre ne se faisait du souci à son sujet, alors il ne voyait pas pourquoi lui s’en ferait. Une seule chose l’ennuyait, c’était la pensée de rencontrer Bruno.

 

« Mais ce sera peut-être quelqu’un d’autre, se dit-il. Et même si c’est lui, il m’aura probablement oublié. »

Mais ce ne fut pas quelqu’un d’autre. Ce fut bien Bruno, en grand tralala dans sa plus belle toge, et il n’était pas possible d’affirmer s’il avait oublié ou non, car Pierre évita soigneusement de rencontrer ces yeux gris et de soutenir ce regard perçant dont il se souvenait si bien.

 

« La seule personne qui se soit jamais réellement souciée de moi », pensa-t-il assez vaguement, et la voix rendant le jugement lui parut étrangement lointaine. C’était une amende plus lourde que ce qu’il avait prévu, et il n’arriverait jamais à en rassembler le montant. Qu’à cela ne tienne ! Ça lui changerait les idées d’être en prison !

Il était assez amer quand il réintégra sa chambre, plus tard dans la soirée. Il avait parfois rêvé qu’il se mettrait sur son trente et un, enfin, qu’il se rendrait au moins présentable, et qu’il irait téléphoner à Bruno, mais c’était la fin de ce projet chimérique. Il se mit soudain à haïr son ami d’antan. Ce dernier aurait pu le faire acquitter s’il l’avait voulu, en invoquant les circonstances atténuantes et tout le reste, mais Bruno n’avait pas fait de son mieux, bien au contraire. Pierre alla au tiroir et déchira le petit paquet de lettres qui y était enfoui depuis si longtemps. Bruno et lui s’étaient écrit durant plusieurs années après avoir quitté l’école.

 

Il se jeta sur son lit et donna libre cours à d’amères pensées. Il n’alluma pas la lumière et il faisait tout à fait sombre quand il entendit frapper à la porte.

 

« Si c’est la vieille fille pour le loyer, elle attendra bien trois jours de plus, marmonna-t-il sans y prêter attention. Mais, des coups plutôt timides, tout différents des toc, toc, toc impatients de sa propriétaire se firent encore entendre. Il se leva, fit de la lumière et ouvrit la porte.

Il y eut un long silence.

 

— Est-ce que je peux entrer, Pierrot ?, finit par dire Bruno.

— Comme tu veux, dit Pierre.

 

Il fixait du regard son ami. Bruno, sans cravate, avait l’air différent, juste un homme ordinaire dans un pull à col roulé ; plus large d’épaules certes et les cheveux un tantinet grisonnants, mais pas si différent que ça du jeune garçon éveillé qui l’avait aidé en maths.

 

— Fais comme chez toi, reprit Pierre.

— Merci, dit Bruno.

 

Il y eut un autre silence, que Bruno finit par rompre.

 

— Pierrot, tu te souviens de notre jardin ?

— Pour sûr ! Tu prends quelque chose ?

— Volontiers, merci.

Un nouveau silence, pendant lequel Pierre déboucha une bouteille. Il leur fut plus facile de parler en sirotant leurs boissons.

— Pierrot, tu as un boulot ?

— Un boulot ? Non ; mon prochain boulot sera d’être en taule ; comment t’imagines-tu que je vais payer cette amende ?

— Eh bien, c’est pour ça que je suis venu. L’amende est payée, Pierre…, et, je ne suis pas à la hauteur avec le jardin. Il est trop grand, et il est en friche. Tu étais de tout temps beaucoup plus doué en jardinage que moi, Pierrot. Tu te rappelles comment les limaces se jetaient sur mes laitues, et que je ne pouvais jamais savoir pourquoi ? Je me demandais à l’instant… Il y a un petit bungalow contigu à ma maison et tu pourrais faire de la culture maraîchère à grande échelle. Ce serait formidable d’être de nouveau ensemble. Est-ce que tu veux y réfléchir ?

— Comment sais-tu que je ne volerai pas la rivière de diamants de ta femme ?, répliqua Pierre, mais il eut un petit rire étouffé : il avait toujours aimé jardiner.

— Quand viendras-tu ?, demanda Bruno. Demain ?

— J’y réfléchirai. Merci beaucoup !

 

Il resta à la fenêtre à observer Bruno s’éloigner en voiture sous la pluie, mais ses pensées étaient déjà ailleurs. Il connaissait le jardin ; il avait souvent regardé par-dessus la haie, et avait imaginé ce qu’il aurait pu en faire. Il y avait là un flanc bien exposé au soleil, idéal pour des arbres fruitiers et un parterre abrité où il verrait bien des plants de fraisiers…

Il resta longtemps, très longtemps à cette fenêtre, le regard perdu dans le vide ; il ne voyait pas le halo irréel des lampadaires, ni les gouttes de pluie qui rebondissaient sur le pavé. Non, il était debout dans la lumière du soleil au début de l’automne, environné du parfum aigre-doux des chrysanthèmes… Il observait les papillons sur les marguerites tardives…

 

Dans cette histoire, le juge qui condamna, l’homme qui paya la dette et l’ami qui donna à Pierre un nouveau départ dans la vie, étaient tous une seule et même personne.

 

De la même manière, un jour, Dieu jugera et punira le péché ; et parce qu’il est un juste juge, aucun péché ne sera oublié. Le salaire du péché c’est la « mort éternelle », ce qui signifie être séparé de Dieu, et ce prix doit être payé.

 

Mais Dieu, le Juge, a laissé de côté sa toge et sa tunique de gloire, et est venu à nous en Jésus ; c’est lui qui a payé une fois pour toutes cette dette du péché quand il est mort à la croix.

 

A présent, Il vient à nous par le Saint-Esprit et nous demande de le recevoir dans notre cœur, et de commencer une nouvelle vie avec lui, dans le pardon et dans la joie.

Le juge sauveur

Robert Laidlaw raconte, dans l’un de ses livres, l’histoire de deux amis qui étudièrent ensemble à la même faculté de droit. L’un entra dans la magistrature et devint finalement juge, tandis que l’autre gâcha sa vie pour se retrouver un jour devant un tribunal présidé par son ancien ami !

Le jour de l’audience une question flottait sur toutes les lèvres : quel verdict le juge allait-il prononcer ?

A la surprise générale il imposa le maximum prévu par la loi. Mais dès qu’il eut prononcé son jugement il se leva, enleva sa robe de juge, descendit dans le tribunal pour embrasser son ancien ami, puis se tourna vers le greffier pour lui dire : « Consignez dans le procès-verbal que j’ai prononcé le jugement, mais que je serai moi-même redevable du paiement de toutes ses dettes et amendes. »

En un instant le juge était devenu son sauveur !

Dieu soit loué : Il a fait exactement la même chose !

Confesser ses péchés !

Vincent était à sa fenêtre, observant le voisin qui était occupé dans son verger ; pour protéger les fruits de son poirier de choix des insectes, il les enveloppait soigneusement de petits sachets de gaze. Une méchante pensée surgit alors dans l’esprit malicieux de Vincent et, peu après, il pénétrait, avec un camarade, dans le verger du voisin. Supposant que personne ne les verrait, ils ouvrirent plusieurs des sachets protecteurs, mordirent les fruits prêts à mûrir et les refermèrent.

Quelques jours après, pendant que Vincent faisait ses devoirs d’école, son père entra dans la chambre, tenant à la main une des poires marquées et gâtées par la morsure des dents. La posant à portée de la main de Vincent, il dit seulement : « Cette poire restera ici, jusqu’à ce que tu aies fait ce qu’elle t’exhorte à faire ».

Le péché de Vincent l’avait trouvé et le poursuivait, car le voisin, ayant découvert les coupables, s’était plaint à leurs pères respectifs.

La poire mordue resta bien des jours sur la table de Vincent, lui rappelant son péché, et l’exhortant chaque jour. Elle semblait parler de jour en jour plus fort et l’impressionner davantage, de sorte que, même pendant les heures d’école, le jeune garçon était tourmenté par le souvenir de cette poire haïe, qui se gâtait et répandait maintenant autour d’elle une odeur nauséabonde.

 

Les ruses dont il devait user pour éviter de rencontrer le voisin ne parvenaient pas à le distraire de la prédication torturante de la poire mordue. Et les regards sévères et investigateurs de son père ne faisaient qu’augmenter la détresse de son âme.

Enfin, Vincent fut incapable de supporter cette situation plus longtemps et se décida à faire ce que la poire l’avait exhorté à faire, dès l’instant où il l’avait vue : confesser son péché et demander pardon. Il se rendit chez le voisin lésé, lui confessa tristement ses torts, lui demanda son pardon et l’obtint. Ah ! comme il fut soulagé et se sentit déchargé, quand il eut avoué son péché et reçu le pardon du bienveillant voisin ! Il avait retrouvé la paix et le repos du cœur !

 

L’expérience de Vincent, que nous faisons tous, tôt ou tard, c’est que, sans la confession du péché ou du tort commis, nous ne pouvons trouver de repos, de paix ou de joie. De plus, un péché non confessé est comme cette poire qui, avec le temps, va pourrir et dégager une odeur nauséabonde… C’est ce qu’exprimait David au Psaume 32 :

 

« Quand je me suis tu, mes os ont dépéri, quand je rugissais tout le jour. Car jour et nuit ta main s’appesantissait sur moi ; ma vigueur s’est changée en une sécheresse d’été » (v. 3 et 4). C’est là ce qu’il éprouvait, pendant que ses péchés étaient cachés et pas encore confessés. Mais il ajoute : « Je t’ai fait connaître mon péché, et je n’ai pas couvert non iniquité ; j’ai dit : Je confesserai mes transgressions à l’Éternel ; et toi, tu as pardonné l’iniquité de mon péché » (v. 5). Et quand il eut fait cela, il put s’écrier : « Bienheureux celui dont la transgression est pardonnée, et dont le péché est couvert… Réjouissez-vous en l’Éternel, et égayez-vous, justes, et jetez des cris de joie » (v. 1 et 11). Le sage écrit, dans les Proverbes, au chapitre 28, verset 13 : « Celui qui cache ses transgressions ne prospérera point, mais celui qui les confesse et les abandonne obtiendra miséricorde ». Le Seigneur est un Dieu miséricordieux et plein de grâce, pardonnant l’iniquité, la transgression et le péché (Ex 34 : 6 et 7) à tous ceux qui viennent à lui repentants et confiants. Il peut le faire à juste titre, puisqu’il a donné son Fils, Jésus, pour qu’il meure, lui, le juste, pour les injustes.

 

Chaque tort fait à autrui est un péché contre Dieu, et doit lui être confessé à lui, aussi bien qu’à celui qui a été lésé. C’est seulement en agissant de cette manière-là que la prospérité, la paix et la joie seront assurées à notre âme. Et en ce qui concerne la confession de nos péchés au Seigneur, le pardon nous est promis : « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (1 Jn 1:9).

L’hérésie de la confession positive

Une des affirmations de base de la doctrine de la « confession positive » est que chaque croyant doit posséder une santé parfaite et la prospérité financière dans le moment présent. De ce fait il doit confesser qu’il possède ces choses dans la foi sans se soucier de l’évidence des faits objectifs : il s’agit d’avoir la foi dans sa foi, ce qui est une hérésie contraire à l’enseignement des Ecritures. Ainsi, d’après cette doctrine, une personne se doit de confesser « par la foi » que son cancer a disparu, même si celui-ci peut être constaté et vérifié matériellement par le chirurgien. Ceci revient à affirmer que « tout chrétien peut avoir ce qu’il dit avoir ». Fait surprenant, cette affirmation s’affranchit de toute vérification de l’harmonie qu’il doit y avoir entre la chose confessée et l’Ecriture.

 

Fred Price[1] enseigne de quelle manière un chrétien devient malade : « En croyant dans ton cœur et en déclarant de ta bouche :  » je pense que je vais tomber malade ». Souviens-toi que Jésus a dit, dans Marc 11 : 23 que si tu crois dans ton cœur et si tu le déclares de ta bouche tu auras ce que tu dis »[2]. Il affirme aussi que « si un enfant de Dieu connaît la maladie, les difficultés financières ou de la mélancolie, c’est parce qu’il n’est pas vrai devant Dieu »[3].

 

Cette doctrine sous tend que les paroles de l’homme ont la même puissance créatrice que la parole de Dieu. Selon Charles Capps[4] « les paroles sont la plus grande puissance de l’univers ». De même que Dieu a créé toutes choses par sa parole, par la foi l’homme transforme les circonstances de sa vie selon les paroles qu’il prononce.

 

Nous pouvons constater 5 problèmes majeurs inhérents à la doctrine de la « confession positive » :

 

1 Mauvais usage de la Parole de Dieu

 

Une malheureuse tendance parmi les adeptes de la « confession positive » consiste à sortir des passages de l’Écriture de leur contexte en ignorant les principes les plus élémentaires de l’étude de texte.

 

L’enseignement intitulé « Le pouvoir de la langue »[5] illustre bien ceci. Le verset 14 de Proverbes 18 y est cité dans la version King James avec une explication erronée. II est dit : « L’esprit de l’homme soutiendra sa faiblesse ; mais qui servira d’appui à un esprit affaibli ? ». On explique ainsi ce verset: « qu’est-ce que cela signifie ? eh bien, seulement ce qu’on lit : c’est que dans notre esprit nous pouvons entretenir les choses mauvaises (qui nous arrivent) ». Malheureusement ceci est presque à l’opposé de la réelle signification du verset. En lisant pratiquement n’importe quelle autre version ou en consultant un commentaire sérieux, l’auteur aurait découvert que Pr 18 : 14 est un hommage aux qualités intérieures d’un homme qui le soutiennent au milieu des infirmités physiques.

 

Un autre exemple est l’usage qu’ils font de Hb 10 : 23 « Retenons solidement la profession de notre foi sans vaciller » (version King James). Au lieu de reconnaître que ce passage se comprend dans le contexte de la justification de l’homme par Dieu au moyen du sang de Jésus-Christ, nombre de « confessants positifs » déclarent que ce passage indique une méthode pour recevoir tout ce qui est confessé avec foi.

 

2 Erreur de compréhension de l’œuvre parfaite de Christ

 

La doctrine de la « confession positive » met souvent l’accent sur les résultats temporels et terrestres de la rédemption sans tenir compte du fait que ces résultats ne sont pas encore réalisés et qu’ils ne sont pas censés l’être. «  …nous aussi, qui avons les prémices de l’Esprit, nous aussi nous soupirons en nous–mêmes, en attendant l’adoption, la rédemption de notre corps.  Car c’est en espérance que nous sommes sauvés. Or, l’espérance qu’on voit n’est plus espérance : ce qu’on voit, peut–on l’espérer encore ? » (Rm 8 : 23 et 24). La perfection de l’œuvre rédemptrice de Christ mentionnée par Esaïe est totale dans son action spirituelle, la purification de l’âme et la libération de l’esprit, mais le croyant ne jouit pas encore de la totalité de cette rédemption dans son corps.

 

3 Déification de l’homme

 

D’après Charles Capps, « l’homme a été créé à l’image de Dieu et à sa ressemblance. II y avait une puissance créatrice qui sortait de la bouche de Dieu or vous avez été créés à l’image de Dieu. Donc, d’après les Écritures et selon ce que Jésus a dit, vous avez le même pouvoir résidant en vous ». Mais les Écritures ne disent pas cela : l’image de Dieu dans l’homme n’inclut pas le pouvoir de créer. Jamais elle ne l’a inclus.

 

Regardons le passage biblique cité par Charles Capps : « Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. » (Gn 1 : 26)

 

  • Le mot traduit par « image » est Ce terme hébreu désigne ce qui constitue la substance de la chose, ce par quoi elle devient ce qu’elle est et qui forme sa réalité, c’est à dire l’intelligence[6] qui vient de Dieu lorsque l’esprit de l’homme retrouve sa totale liberté par l’œuvre expiatrice de Jésus-Christ (Rm 12 : 2 ; Ex 28 : 3, 31 : 3 et 6, 35 : 31 ; Dt 4 : 6 ; 1 Rs 4 : 29 ; Jb 12 : 13 ; Ps 119 : 34 et 73…)[7].

 

  • Ressemblance est la traduction de demouth qui vient de damah qui signifie résoudre, penser, s’imaginer, comparer, juger, décider et ressembler[8].

 

En fait ce verset exprime en quelques mots l’essence même de l’homme, sa caractéristiques propre qui en fait un être à part dans le règne animal : il a une capacité d’analyse, d’imagination, de réflexion mais aussi un accès à la Vie par l’œuvre de Jésus-Christ (Ps 119 : 107, Jn 6 : 35 et 48, 11 : 25, 14 : 6, Ap 21 : 6).

 

Avec ces caractéristiques, Dieu dit à Adam de « remplir la terre et de la soumettre » (Gn 1 : 28). Et il fut placé dans le jardin d’Éden pour « le travailler et en prendre soin » (Gn 2 : 15). Mais nulle part n’est donné à l’homme le pouvoir de créer comme Dieu par la parole ou par un autre moyen.

 

Cette fausse supposition conduit à enseigner que si l’on confesse des choses négatives ou positives celles-ci viennent à exister. Quelqu’un aurait donc la possibilité de créer de la pauvreté ou la maladie, pour lui-même ou pour un autre, s’il s’attend à ces choses et les confesse à voix haute ! Cela revient à déifier l’homme.

 

4 Contradiction avec la foi énoncée dans Hb 11

 

Ironiquement, ceux qui proclament être les vrais docteurs de la foi semblent passer à côté du message d’un des magnifiques textes bibliques sur la foi : Hb 11. D’après la doctrine de la « confession positive », la foi accompagnée de la confession entraîne automatiquement la réalisation concrète immédiate de ce que Dieu a promis. Pourtant la longue énumération des hommes et des femmes de foi de Hb 11 se termine en affirmant que tous ces gens vivaient encore par la foi lorsqu’ils moururent et pour autant ils ne reçurent pas les choses promises ; ils les ont seulement vues et saluées de loin reconnaissant leurs limites terrestres[9] (Hb 11 : 13). Ensuite à la fin du chapitre il est dit : « Tous ceux–là, à la foi desquels il a été rendu témoignage, n’ont pas obtenu ce qui leur était promis » (Hb 11 : 39).

 

5 Négligence de la volonté de Dieu.

 

Ceux qui enseignent la « confession positive », affirment que la « confession positive » est toujours efficace sans se soucier de volonté de Dieu par rapport à ce que l’on confesse. D’après cet enseignement la volonté de Dieu n’entre pas en ligne de compte dans le résultat de la prière ou de la confession.

 

On est en droit de se demander pourquoi, si la « confession positive » est biblique et efficace, il n’est pas enseigné à ceux qui y adhèrent de confesser les choses qui sont clairement la volonté de Dieu :

  • Pourquoi n’enseigne-t-on pas à confesser le salut du monde ?
  • Pourquoi ne confesse-t-on pas la propagation de l’Évangile à des groupes de gens qui n’ont pas encore été atteints ?

 

La foi paraît plutôt limitée, orientée en premier lieu vers les besoins personnels du croyant individuel plutôt que vers la mission que Dieu a confiée à l’Église dans ce monde. Or nous constatons que Jésus n’a jamais prié et obtenu une bénédiction pour Lui. Nous trouvons aussi de nombreux témoignages de disciples de Christ qui, par la prière, ont été des instruments pour la guérison de malades, parfois atteints des mêmes maux qu’eux, alors que leurs prières pour eux-mêmes ne les ont jamais amené à expérimenter la guérison.

 

Pour conclure cette réflexion, citons l’apôtre Paul qui développe l’argument selon lequel il peut y avoir des confessions inexactes : « Ils font profession de connaître Dieu, mais par leurs actes, ils le désavouent » (Tt 1 : 16). Le mot « profession », homologeo, est le même qui a été traduit ailleurs par « confession ». II est possible de faire une confession fausse concernant Jésus ou les promesses de Dieu ou même sur sa propre relation avec Dieu. C’est pourquoi il est primordial que toute profession, à n’importe quel sujet, se fasse en accord avec la vérité et non dans l’erreur.

 

Ce fut la faute que commit l’église de Laodicée, la seule église sur laquelle Jésus n’eut rien de bon à dire. II déclara à cette église, par la bouche de Jean : « Tu dis : je suis riche ; je me suis enrichi et je n’ai besoin de rien ». Telle était sa confession. Jésus continue en disant « Mais tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu » (Ap 3 : 17).

 

La qualité la plus importante pour une confession conforme à la Bible, c’est d’être en plein accord avec Jésus. Prétendre qu’une chose est vraie, ne la rend pas vraie pour autant. Cela conduit seulement la personne qui fait cette confession à être dans la confusion : le mensonge et la vérité deviennent des synonymes !


Notes :

[1] Pasteur américain qui écrit lui-même que l’homme qui l’a le plus influencé dans sa vie est Kenneth Hagin, (l’un des plus fervents enseignants de toutes les hérésies actuelles). Pour justifier son enseignement, il va jusqu’à affirmer que des parties entières de l’Ancien Testament ne sont que des fables et des fictions chaotiques pour illustrer et imager le message biblique.

[2] Fred Price, dans son livre « Comment agit la foi ».

[3] Citation de son livre « Beware! The Lies of Satan » (Prenez garde! Les mensonges de Satan), p. 85.

[4] Charles Capps était agriculteur avant d’entrer dans le ministère de prédicateur

[5] Gem Kakou se présente comme un ministre de l’enseignement. Sa doctrine s’appuie sur la prospérité du chrétien, la confession positive et le combat spirituel

[6] Si cette image avait été matérielle, nous aurions lu le terme rat  toar correspond à la figure de la chose, à ses traits physiques, or il ne s’applique jamais à Dieu. Gn 5-3, Ps 73-20

[7] Nous retrouvons cette idée dans Gn 5 : 3 « Adam, âgé de cent trente ans, engendra  un fils à sa ressemblance, selon son image, et il lui donna le nom de Seth. ». Seth possédait ce qui constitue l’humain dans sa réalité, ce qui est appelé « l’image » d’Adam et « sa ressemblance » comme Adam lui-même avait été créé à « l’image et la ressemblance de Dieu » (Gn 1 : 26). Adam ayant instruit son fils Seth, lui a donné l’intelligence (Rm 3 : 11). Quiconque n’est pas à « l’image et la ressemblance de Dieu » n’est pas un homme, au sens plein du terme, mais un être animé, un animal ayant la figure (rat  toar) de l’homme avec, toutefois, en plus, la domination sur la création (Gn 1 : 28) mais sans l’intelligence  (Rm 3 : 11 ; 2 Pi 2 : 12 et 22).

[8] Il s’agit d’une ressemblance par rapport à une idée ou un sentiment comme « la tristesse de l’un ressemble à celle d’un autre » ; lire Ps 102 : 7 et Ez 1 : 26.

[9] « C’est dans la foi qu’ils sont tous morts, sans avoir obtenu les choses promises ; mais ils les ont vues et saluées de loin, reconnaissant ( homologeo) qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre. » Le terme grec homologeo insiste sur le fait qu’ils étaient pleinement conscients de leurs limites terrestres, comme tous les autres hommes.