Soif des paroles de la Bible

Pendant un quart de siècle, les chrétiens malgaches persécutés n’eurent d’autre missionnaire que la Bible. Et lorsque, en 1861, après la mort de Ranavalona, une reine persécutrice des chrétiens et de la Parole de Dieu, les missionnaires anglais revinrent (ils avaient été expulsés par la reine Ranavalona en en juillet 1836), au lieu de mille adhérents et de deux cents chrétiens déclarés qu’il y avait en 1835 à Madagascar, ils trouvèrent cinq mille chrétiens déclarés. Voilà ce qu’avait fait la lecture de la Bible. La Bible est un bon missionnaire.

 

Le premier désir des chrétiens malgaches, dès qu’ils eurent retrouvé la liberté de lire la Bible, ce fut de la posséder tous. Les Bibles désirées arrivèrent la veille du couronnement du roi Radama II, d’où il résulta qu’il n’y avait pas, à ce moment, de porteurs disponibles, et que les caisses de Bibles furent immobilisées à la côte pendant quelques semaines. Quel exercice de patience pour les chrétiens malgaches ! Certes, ils étaient heureux de voir auprès d’eux les missionnaires, mais ils ne cessaient de demander : « Où sont donc les Bibles? » Lorsque, à la fin, les caisses arrivèrent, trois journées furent fixées pour la distribution (une pour chaque église de la capitale).

 

L’affluence fut telle qu’on jugea plus prudent de fermer à clef les portes de la maison qui servait de dépôt, et de distribuer les volumes par la fenêtre.

 

Mais combien de chrétiens, dans les régions éloignées, ne purent pas avoir part à la distribution ! Un soir, deux malgaches se présentèrent à une station missionnaire. Ils avaient fait plus de quarante lieues. «Avez-vous une Bible?» leur demanda le missionnaire, après un moment de conversation. «Nous l’avons entendu lire, répondirent-ils, mais nous ne possédons que quelques-unes des paroles de David, et encore ne sont-elles pas à nous. Elles appartiennent à toute la famille. — Les avez-vous avec vous, ces paroles de David?» Les deux visiteurs se regardèrent, craignant qu’on ne leur ravit leur trésor. Puis, rassuré par le missionnaire, l’un d’eux tira des plis de sa tunique quelque chose qui ressemblait à un vieux chiffon roulé. C’étaient de vieilles feuilles du livre des psaumes déchirées, noircies par l’usage. Elles avaient passé de main en main, et avaient fini par tomber en morceaux.

 

« Avez-vous jamais vu les paroles de Jésus, ou de Jean, ou de Pierre? » demanda le missionnaire. « Nous les avons vues et entendues, mais nous ne les avons jamais possédées ». Le missionnaire alla chercher un exemplaire du Nouveau Testament et des psaumes. « Si vous voulez, leur dit-il, me donner ces quelques paroles de David, je vous donnerai toutes les paroles de David, et par dessus le marché toutes celles de Jésus, et de Jean, et de Paul et de Pierre ». Ces hommes n’en revenaient pas. Mais tout d’abord, ils voulurent voir si les paroles de David étaient bien les mêmes. Quand ils s’en furent assurés, leur joie ne connut plus de bornes. Ils laissèrent leurs pages déchirées, prirent congé du missionnaire, et partirent pour refaire leur quarante lieues, rapportant ces merveilleuses paroles aux habitants de leur lointain village.

Un forçat traduit la Bible

C’est à un forçat à vie que les Lapons[1] doivent leur première traduction complète de la Bible.

 

En 1849 éclatèrent en Laponie, des troubles religieux graves. Des exaltés se livrèrent à toutes sortes d’extravagances. Vingt-deux personnes furent emprisonnées, et la paix sembla rétablie, mais en 1852 il y eut une explosion plus terrible encore, et, sous une couleur religieuse, les passions les plus violentes se donnèrent libre carrière.

 

Le pasteur fut maltraité, et son presbytère assiégé par une foule hurlante. Le gouverneur fut assassiné, un négociant subit le même sort, et sa maison fut pillée et livrée aux flammes.

Trente-trois coupables furent arrêtés et livrés à la justice comme meurtriers, voleurs ou incendiaires. Ils furent condamnés une vingtaine environ, à la peine de mort, les autres à la prison perpétuelle. Parmi ces derniers se trouvait un jeune pêcheur du nom de Lars Haetta. Il fut transféré à la maison de correction de Christiania. Il ne savait ni lire ni écrire. Mais quand il vit que c’était pour lui la seule occupation possible, il apprit vite l’un et l’autre. Une fois qu’il sut lire, il prit grand intérêt à la lecture de la Bible. Après l’avoir étudiée pendant un an ou deux, il forma le projet d’achever de la traduire dans la langue des Lapons[2]. C’était, pour un homme d’une éducation aussi imparfaite, une entreprise singulièrement difficile. Il s’y mit tout de même. Il révisa d’abord le Nouveau Testament, puis compléta la traduction de l’Ancien. Au cours de sa peine, la liberté lui fut rendue, et c’est hors de prison qu’il semble avoir achevé sa traduction, qui, revue par des hommes compétents, est devenue la Bible des Lapons norvégiens.

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Notes :

[1] Dans un sens large, la Laponie (en suédois Lappland, en same Sápmi) désigne le pays des Saami. Elle est alors une région boréale européenne, située au nord de la péninsule scandinave (dans le nord de la Norvège et de la Suède), au nord de la Finlande et au nord de la presqu’île de Kola en Russie. Dans un sens plus limité, la Laponie est une province historique de la Suède qui, depuis 1809 où la Finlande fut conquise par la Russie, se trouve partagée entre la Suède et la Finlande.

[2] Le Nouveau Testament en Lapon avait paru en 1840, en même temps qu’une histoire sainte contenant la traduction du Pentateuque et de vingt-deux psaumes. Nos documents ne nous disent pas s’il l’acheva.

La traduction de la Bible en turc

Ali Bey, d’origine Polonaise, traduisit la Bible en turc. Il l’acheva en 1666. Le manuscrit fut envoyé par Levin Warner à Leyde pour y être imprimé. Toutefois, on ne sait pourquoi, il ne fut pas livré à l’impression, et resta tel quel dans la bibliothèque de l’Université de Leyde. Pendant cent cinquante ans, le manuscrit y dormit.

 

En 1814, le Dr Pinkerton, secrétaire de la Société biblique britannique, examina, à la requête du comité, ce manuscrit, se convainquit de sa valeur et de l’opportunité qu’il y avait à l’imprimer. Mais qui charger de cette impression, ainsi que de la révision nécessaire?

 

Dieu y avait déjà pourvu. Il y avait alors à Berlin un conseiller de la Légation impériale russe, le baron von Diez, précédemment ambassadeur russe à Constantinople, où il avait acquis une connaissance approfondie de la langue turque. Au cours d’une conversation avec des amis, le Dr Pinkerton, de passage à Berlin, avait appris d’une façon tout accidentelle et l’existence du baron von Diez et de quelle manière remarquable il possédait le turc. Il avait été le voir, et s’était longuement entretenu avec lui du manuscrit d’Ali Bey et de sa publication éventuelle. Le baron s’était déclaré tout disposé à entreprendre ce travail.

 

Il en fut chargé par le comité, et s’y mit la même année. L’Université de Leyde consentit volontiers à prêter le manuscrit. Von Diez fut frappé de l’excellence de la traduction d’Ali Bey. «Si je continue à la trouver aussi correcte, écrivait-il, je n’exagère rien en disant qu’elle prendra rang parmi les meilleures versions du saint volume, et même que, pour bien des passages, elle les dépassera». — «De tout mon coeur, écrivait-il dans une lettre, je désire que ce travail puisse être accompli pour la gloire de Dieu et pour le bien de mes semblables. Une pensée toutefois me tourmente par moments. J’ai soixante-trois ans… et s’il plaisait à Dieu de me retirer au milieu de ce travail, je ne sais pas qui pourrait le continuer après moi. Mais je demanderai à Dieu de prolonger ma vie jusqu’à ce que j’aie pu l’achever».

 

Deux ans et demi après, un ami venait voir le baron von Diez et le trouvait la tête appuyée sur son bureau, presque incapable de parler. «Je conserve l’espoir, dit-il à son visiteur, que Dieu me rétablira pour que je puisse achever la publication de la Bible turque. Mais s’il en a disposé autrement, que sa volonté soit faite. Je puis dire avec Paul : «Si je vis, je vis pour le Seigneur. Si je meurs, je meurs pour le Seigneur».

 

Huit jours après, von Diez quittait ce monde. Il n’avait pas achevé le Pentateuque.

 

Comment l’entreprise allait-elle être menée à bien? Encore une fois, Dieu y avait pourvu. Jamais la parole : «Dieu enterre ses ouvriers, et il continue leur oeuvre», ne fut plus vraie. Mort au mois d’avril, von Diez avait un successeur en juillet, dans la personne de M. Kieffer.

 

Né à Strasbourg en 1767, M. Kieffer s’était adonné de bonne heure et avec distinction à l’étude des langues orientales et avait obtenu un emploi à Paris, au ministère des affaires étrangères. En 1796, il fut envoyé à Constantinople comme interprète et secrétaire de l’ambassade française. Peu après, la guerre éclata entre la Turquie et l’Égypte. L’influence française était prédominante dans ce dernier pays. Immédiatement, le sultan fit jeter au château des Sept Tours M. Ruffin, le chargé d’affaires français, et son secrétaire interprète M. Kieffer. Pendant plusieurs années, ils y subirent une captivité très étroite.

 

Le château des Sept Tours devint le cabinet de travail de M. Kieffer. Avec l’aide de son compagnon de captivité, il apprit à fond la langue. Ce n’est qu’en 1803, au bout de près de sept ans, qu’il fut autorisé à retourner à Paris pour y accompagner, à la cour de Napoléon, un ambassadeur turc; à peine arrivé, il fut comblé d’honneurs en reconnaissance soit de ses dons éminents, soit des souffrances qu’il avait endurées. Il fut nommé successivement secrétaire et interprète au ministère des affaires étrangères, professeur de turc au Collège de France, et premier secrétaire et interprète du roi pour les langues orientales.

 

En juillet 1817, le comité de la Société biblique britannique demanda à M. Kieffer de continuer la révision et la publication de la Bible turque. M. Kieffer accepta. L’Université de Leyde consentit de nouveau à prêter le manuscrit, et le gouvernement français leva tout droit d’entrée pour le papier et les caractères d’imprimerie qui furent envoyés de Berlin.

 

En 1827, M. Kieffer qui, entre temps, en 1820, était devenu le premier agent de la Société en France, achevait la révision et la publication de la version d’Ali Bey, et le précieux manuscrit reprenait sa place à l’Université de Leyde, après avoir enfin, au bout d’un siècle et demi, servi dans la maison de Dieu comme un vase d’honneur.

 

La Bible turque publiée par M. Kieffer a été l’objet d’une révision, faite de 1873 à 1878 par un comité qui s’est aidé de travaux partiels parus depuis 1827. Cette révision a été elle-même révisée, de 1883 à 1885, par un nouveau comité.

 

Pour faire comprendre l’importance de la traduction de la Bible en turc, il suffira de rappeler que le turc est parlé non seulement dans tout l’empire turc, mais encore dans la plus grande partie de la Perse, et qu’il est en outre la langue écrite comprise par les innombrables tribus tartares.

Sauvé en traduisant la Bible

Au commencement du dix-septième siècle naissait en Pologne, dans une famille Bobowski, un enfant qui reçut le nom d’Albert. Encore tout jeune, il fut enlevé dans une razzia de Tartares, et vendu comme esclave à un noble de Constantinople, qui le revendit peu après au sérail, où il passa vingt ans. Il y reçut une éducation très soignée. Arrivé à l’âge d’homme il renonça publiquement à la foi dans laquelle il était né, embrassa celle du prophète de la Mecque, et, à partir de ce moment, s’appela Ali Bey.

 

Il était doué d’un remarquable talent pour les langues. Il n’en comprenait pas moins de dix-sept, et parlait avec une parfaite aisance la plupart des langues européennes : l’anglais, le français, l’allemand, etc. Il était encore un tout jeune homme lorsqu’il fut nommé premier interprète du sultan Mahomet IV.

 

Il rencontra à la cour de ce potentat un homme qui sut non seulement découvrir ses capacités, mais encore leur donner un noble emploi. C’était Levin Warner, ambassadeur hollandais à Constantinople. À son instigation, Ali Bey entreprit ce qui devait être la grande oeuvre de sa vie, la traduction de la Bible en langue turque. On ne sait pas avec certitude s’il traduisit directement sur l’original. Toujours est-il que sa traduction est, d’un style très coulant, qui reproduit toutes les nuances de la langue. Il l’acheva en 1666. Le manuscrit fut envoyé par Levin Warner à Leyde pour y être imprimé. Toutefois, on ne sait pourquoi, il ne fut pas livré à l’impression, et resta tel quel dans la bibliothèque de l’Université de Leyde. Mais cette traduction qui devait si longtemps demeurer inutile avait déjà accompli une grande oeuvre, elle avait ramené son auteur à la foi chrétienne. Ali Bey, dit l’histoire, était décidé à rentrer dans le sein de l’Église chrétienne en recevant le baptême. La mort, malheureusement, survint avant qu’il eût accompli son dessein. Il est permis de penser que l’étude des Écritures n’était pas étrangère à sa décision.

 

Ce témoignage nous donne la preuve que tout est entre les mains de notre Dieu, et que nous devons lui faire confiance « sans comprendre » parfois… Les parents de ce petit Albert ont payés chèrement pour que le la Parole de Dieu puisse être largement répandue… mais quelle joie pour ceux qui, devant le trône de Dieu, s’entendront dire « C’est bien, bon et fidèle serviteur… » !

L’hérésie de la théologie de remplacement

Depuis quelques années l’erreur de vouloir substituer l’Eglise à Israël s’est subtilement glissée dans le corps de Christ. Cette doctrine s’appelle « la théologie de remplacement ». Cet enseignement erroné déclare que l’Eglise a remplacé Israël et que toutes les promesses de restaura­tion future le concernant lui sont maintenant attribuées. C’est elle qui serait maintenant censée établir le Royaume de Dieu sur la terre, avant que Christ ne revienne.

 

Nous savons que les Ecritures associent clairement Israël à la manifestation terrestre du Royaume de Dieu. Cependant, les leaders de ce nouveau mouvement, venant des Etats Unis d’Amérique[1], ont trouvé nécessaire de réinterpréter la Bible. Ils ont décidé que l’Eglise devait maintenant remplacer Israël, qu’elle représentait désormais le peuple choisi de Dieu et devenait par conséquent l’héritière de toutes ses bénédictions terrestres. Ils attestent que les malédictions appartien­nent toujours à Israël mais que les bénédictions sont destinées à l’Eglise. La nation d’Israël, par ailleurs, ne serait plus concernée par de futurs plans de Dieu.

 

David Chilton[2], partisan de cette théologie, justifie cette thèse en déclarant : « Au moment de la destruction de Jérusalem, en l’an 70 après Jésus-Christ, année d’excommunication d’Israël, Dieu a transféré son royaume à son nouveau peuple, l’Eglise. Ce royaume ne sera plus jamais la possession de la nation d’Israël »[3]. Quelle étrange interprétation !

 

Si nous devions croire que le peuple juif a été expulsé d’Israël par Dieu en l’an 70, alors un des événements les plus marquants dans l’histoire du monde, à savoir le retour du peuple juif dans son pays et la renaissance de l’Etat d’Israël en 1948, serait un simple incident sans la moindre signification. Par contre, si cet événe­ment exceptionnel est l’accomplissement des prophéties bibliques, c’est un grand miracle moderne dont le monde entier a été témoin. C’est une donnée à laquelle nous pouvons nous référer comme preuve irréfutable de la crédibilité des Ecritures.

 

Un autre leader spirituel de ces mouvements a aussi déclaré : « Nous aimons les juifs qui vivent en Israël… Toutefois, le Seigneur nous a clairement montré qu’ils ne sont plus le peuple élu de Dieu. Israël est maintenant composé de tous les croyants en Jésus-Christ… Il est très important que le Corps de Christ réalise qu’il est lui-même Israël et que les prophéties non accomplies concernant ce peuple lui appartiennent »[4].

 

Cette nouvelle doctrine extrêmement néfaste a des répercussions dans l’Eglise d’aujourd’hui. Cette hérésie remonte à un mouvement charisma­tique des années 1940 à 1950 au Canada et aux Etats Unis d’Amérique, appelé « Latter Ram[5] » ou « Manifested Sons of God[6] » [7]. Une de leurs « révélations » était que I’Eglise devait cesser de croire à « l’enlèvement des chrétiens ». Ils ont commencé à prêcher que pour compléter en quelque sorte son salut, l’Eglise est appelée à dominer et à régner sur les nations, et cela pendant au moins mille ans. Les chrétiens seraient donc déjà dans le millénium et régneraient comme rois sur cette terre dans le royaume de mille ans que Christ aurait établi lors de sa pre­mière venue. D’après eux, ce dernier ne peut donc pas revenir pour chercher son Eglise avant que celle-ci ne soit parvenue à dominer sur les nations et soit prête à lui présenter son royaume. Ils prônent que les affaires de ce monde iront de mieux en mieux grâce à la christianisation de la société.

 

Et ils ne s’arrêtent pas à cela, la seconde venue de Christ ne devrait pas s’ef­fectuer avant la fin de leur millénium. « L’enlèvement » ne correspondrait donc pas à un enlèvement physique des chrétiens, mais plutôt à un extraordinaire sen­timent d’excitation qu’ils expérimenteraient quand le Seigneur reviendra sur cette terre, enfin conquise par les chrétiens[8].

 

C’est pourquoi, appliquant par erreur à l’Eglise des derniers temps les pro­messes de restauration et de réveil destinées exclusivement au peuple d’Israël, ils attendent un réveil retentissant d’une ampleur mondiale, jamais connue au cours de toute l’histoire de l’Eglise, même pas dans la première église des apôtres du Seigneur. Quelle illusion !

 

Suite à ces « révélations », leurs messages ne mettent plus en avant la puis­sance de Jésus-Christ mais « le potentiel » de l’homme. En se basant sur leurs discours, nous serions supposés devenir une grande armée des temps de la fin, parfois appelée « l’armée de Joël » ou « la génération Josué », qui mettrait tous les ennemis de Dieu sous ses pieds même s’il fallait utiliser la force pour y parvenir[9]. Ils vont même jusqu’à dire que non seulement l’Eglise aurait pris la place d’Israël mais que progressivement elle remplacerait le Christ Lui-même, jusqu’à devenir « son incarnation » sur la terre. Ce nouveau rôle de l’Eglise consisterait à faire com­prendre aux chrétiens que, s’ils veulent accomplir tout le dessein de Dieu pour les derniers temps, il faut qu’ils réalisent qu’ils sont « de petits dieux ».

 

Nous avons donc là les racines d’une autre hérésie très populaire dans ces milieux : l’Eglise serait devenue Israël, et de surcroît, Christ Lui-même. Non seu­lement, les promesses concernant Israël seraient à appliquer à l’Eglise mais il faudrait attribuer à celle-ci le rôle revenant exclusivement au Messie. Toutes les prophéties annonçant sa venue pour restaurer et régner sur Israël pendant le mil­lénium sont rejetées. Ils ne permettent pas à Jésus, le Roi des rois, d’établir Lui-même son royaume. Ces leaders prétendent que c’est notre propre responsabili­té de le faire et que nous n’avons pas besoin de la présence personnelle de Jésus. Ils ne veulent pas que le Seigneur vienne Lui-même instaurer son règne dans un monde où Il a souffert l’humiliation, le mépris, la honte et le rejet. Deux de leurs responsables prétendent même ceci « Notre théologie nous enseigne que nous sommes parfaitement capables d’établir le royaume de Dieu sur terre, sans la présence physique de Jésus à Jérusalem »[10].

 

Tout ce scénario est bien sûr extrêmement séduisant car quel est le chrétien qui ne désirerait pas, en cette fin des temps, voir « un grand réveil mondial » se propager à toutes les nations ? Même si une telle pensée semblait acceptable, rien ne prouverait que Dieu en soit vraiment l’auteur ! La seule question que nous devons nous poser est celle-ci : que disent les Ecritures à ce sujet et que devons-nous attendre en ces temps de la fin ?

 

Quel était l’enseignement des apôtres à ce sujet ? Préparaient-ils les chrétiens à un grand réveil mondial ou à l’apostasie ? Où est-il écrit que des nations entières entreront dans le Royaume de Dieu et que l’Eglise régnerait sur elles ? La Bible dépeint un tableau tout à fait différent. Elle parle plutôt de temps dif­ficiles pendant lesquels, comme Jésus l’a dit, le monde nous haïrait, parce que nous ne sommes pas du monde, comme Lui n’est pas de ce monde (Jn 17 : 14). Cependant, l’impératif de l’Eglise et de chaque chrétien sera toujours d’amener des âmes au salut offert par Dieu et cela jusqu’à la fin. C’est là une glorieuse mais solennelle respon­sabilité.

 

Les Ecritures nous avertissent que dans les derniers temps, l’apostasie et la séduction spirituelle prévaudront et qu’elles feront de terribles ravages au sein même des églises (1 Ti 4 : 1 ; 2 Ti 4 : 3 et 4). Nous sommes loin de lire « un réveil mondial » ou « une christianisation générale » de la société. La tragique réalité est que sous le nom de « réveil » certains sont prêts à accepter aveu­glément n’importe quelles manifestations spirituelles extravagantes et extra-­bibliques. C’est ainsi qu’imperceptiblement nous assistons aujourd’hui à une véritable « apostasie de la foi » dans l’Eglise. Ce soi-disant « réveil » ne suppor­te plus la prédication de la saine doctrine, « l’Esprit » ayant pris la place de Jésus et de sa Parole, et « l’expérience » étant devenue prioritaire sur la doctrine.

 

Dans ces différents milieux, la « norme d’authenticité » est maintenant l’expé­rience à tout prix et les dernières révélations de leurs nouveaux apôtres et pro­phètes, celles-ci étant considérées comme égales aux Ecritures[11], voire plus importantes dans certains cas. Ils sont en train de dévier vers un christianisme du nouvel âge mystique, gnostique et sensuel qui n’a plus rien à voir avec celui des premiers apôtres de Jésus-Christ[12]. Nous vivons à une époque où beaucoup de chré­tiens recherchent un christianisme « self-service » de supermarché qui leur per­met de choisir à leur gré les différentes expériences qui leur conviennent. Cet état d’esprit les rend vulnérables, des proies extrêmement faciles pour toutes sortes de nouvelles séductions et manifestations spirituelles. La tendance actuelle n’est pas d’avoir plus de discernement mais de faire taire son sens critique. L’argument majeur revenant sans cesse est celui-ci : « Vous ne pouvez juger quelque chose, si vous ne l’avez pas d’abord expérimenté ». Quel non-sens ! Vous n’avez pas à expé­rimenter le suicide pour savoir qu’il vous détruit. La Bible ne demande jamais au chrétien de valider une expérience spirituelle douteuse en s’y soumettant[13].

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Notes

[1] Ils sont appelés « les reconstructionistes » ou « le royaume de Dieu maintenant ». D’une façon générale, le reconstructionnisme est le fait de rétablir et de pratiquer des religions la plupart du temps polythéistes, en s’appuyant sur des bases historiques, dans le monde moderne. Il existe un reconstructionnisme celtique, un autre germanique (Odinisme), un scandinave (Asatru), un égyptien (Kémitisme), un romain (soutenu en particulier par l’organisation Nova Roma), un hellénique (YSEE en Grèce), nombreux groupes aux États-Unis mais dispersés, un autre dit chrétien.

[2] Pasteur calviniste (1951 – 1997) auteur de plusieurs ouvrages de référence pour les reconstructionistes, dont les trois plus connus sont « Paradise Restored » (Paradis restauré – 1985), « Days of Vengeance » (Les jours de la vengeance – 1987) et « The Great Tribulation » (La Grande Tribulation – 1987).

[3] David Chilton, Days of vengeance. p. 410, 443, 575

[4] James McKeever, End-Times News Digest, Dec. 87, p.3.

[5] Expression traduite en français par « Pluie de l’arrière saison » : voir « 49 Ep 004-014 002 Le mouvement de la pluie de l’arrière saison »

[6] Werghed and found wanting by Pastor Bill Randles, p.5

[7] Expression traduite en français par « manifestation des fils de Dieu ». Cette doctrine prône la « divinité » du chrétien.

[8] A la page 8 de son ouvrage End-Times News Digest, McKeever affirme que la Grande Tribulation qui précède ce moment sera en réalité une période durant laquelle les chrétiens détruiront surnaturellement tous leurs ennemis.

[9] Gary North, 75 Bible Questions, p. 170. Gary North (1942 – ) est un théologien, écrivain et économiste reconstructioniste, le gendre de R.J. Rushdoony (1916 – 2001, philosophe calviniste, historien et théologien), l’un des fondateurs du mouvement reconstructioniste chrétien.

[10] De Mar and Leithart, Reduction, p. 12

[11] Voir « 44 Ac 017-011 002 Leurs révélations équivalent aux Ecritures »

[12] Voir « 59 Jc 003-015 001 L’œcuménisme, un préliminaire à la théosophie » et « 59 Jc 003-015 001 Le Nouvel Age ou New Age »

[13] Voir « 46 1 Co 012-027 001 Hors des églises, ou dans les églises »